L 'année 2003 commence avec la menace de plus en plus pressante d'un nouveau déluge de feu sur l'Irak, onze ans après la guerre du Golfe. Cette menace est pleinement révélatrice de la gravité des enjeux actuels qui pèsent sur le monde. Déjà, à travers un déploiement stratégique et une occupation militaire qui se traduisent par un quadrillage, un encerclement complet de l'Irak de Saddam Hussein, adversaire désigné, nous assistons à une concentration massive d'armements et au déploiement d'une logistique de destruction des plus impressionnantes, largement du niveau de celles des opérations militaires majeures depuis 1990. Si cette nouvelle entreprise guerrière était déclenchée, elle serait porteuse non seulement d'un enfoncement de la planète dans la barbarie guerrière avec son sinistre lot de nouveaux massacres de population à grande échelle mais aussi d'une accélération considérable des rivalités et des affrontements impérialistes dans le bras-de-fer permanent que se livrent les principales puissances de la planète entre elles depuis l'effondrement des blocs impérialistes.
Ce qui s'annonce sur le seul terrain de la barbarie guerrière est un des signes les plus patents de l'impasse dans lequel le capitalisme entraîne toute l'humanité et dont l'année 2002 offre elle-même un tableau édifiant.
Ce début de millénaire aura été déjà marqué par l'accélération des conflits armés sur la planète comme par une nouvelle aggravation de la crise économique mondiale. Sur le plan impérialiste, des pans entiers de la population civile sont les otages soit de bombardements intensifs, soit sous la menace constante des attentats terroristes qui sont devenus une arme de guerre dans les règlements de compte entre fractions de la bourgeoisie (voir RI n° 329). Ainsi, le 11 septembre 2001 et l'attentat qui a détruit les Tours Jumelles ont été le prétexte à des bombardements massifs de l'Afghanistan et à une contre-offensive américaine avec l'occupation stratégique de l'Asie Centrale sous prétexte d'une traque à Ben Laden, au mollah Omar et leurs séides d'Al Qaida. Au Moyen-Orient, un cycle infernal d'attentats-kamikaze palestiniens et de représailles de l'Etat israélien concrétise le basculement irrémédiable de la région dans le chaos sanglant. La menace de conflit nucléaire entre l'Inde et le Pakistan, désamorcé de justesse l'été dernier, représente désormais un danger permanent tandis que les manoeuvres stratégiques et militaires se développent autour des deux Corées, cernées par leurs puissants voisins, la Chine et le Japon.
La prise d'otages dans un théâtre de Moscou par un commando tchétchène qui s'est achevé en carnage avec l'intervention des troupes d'élite, a permis de relancer les massacres en Tchétchénie. Loin de freiner la multiplication des actes terroristes, la croisade mondiale contre le terrorisme a, de fait, signifié la recrudescence de ceux-ci, de Bali au Kenya. Et pour cause, le terrorisme est aujourd'hui devenu une arme de guerre de tous les Etats, y compris les plus puissants.
Le continent africain se retrouve mis à feu et à sang, de la Côte d'Ivoire à la Corne de l'Afrique et du Nord au Sud, en proie à des tueries interethniques attisées en sous-main par des puissances impérialistes rivales. En même temps, avec les ravages conjugués de la misère et de la décomposition y sévissent partout famine et pandémies comme celle du sida.
Depuis les secousses financières et les plongées boursières de l'été dernier, ce ne sont plus seulement les Etats-Unis qui sont frappés par la récession. Des puissances économiques comme l'Allemagne et le Japon connaissent aujourd'hui les pires difficultés économiques et le niveau de leur croissance est proche de zéro. Tous les Etats s'enfoncent dans une politique de surendettement. L'Argentine a ouvert la voie aux Etats, notamment d'Amérique latine, qui se retrouvent en faillite ouverte sans espoir de remise à flots, alors même que le FMI et la Banque mondiale s'avèrent de plus en plus incapables de colmater les brèches ouvertes. L'effondrement des valeurs spéculatives de la "nouvelle économie" comme la faillite de géants comme Enron ou Worldcom laissent sur la paille des milliers de salariés (et de surcroît parfois actionnaires forcés). Tant dans le secteur de la dite nouvelle économie, que dans celui dit traditionnel, incapables de se relancer dans un marché mondial sursaturé, les entreprises se livrent à des guerres commerciales à mort à coups de mégafusions, d'OPA, d'opérations boursières et spéculatives tous azimuts, débouchant la plupart du temps sur des liquidations brutales et sur des plans de "restructuration" drastiques.
Tout cela démontre la faillite irrémédiable du capitalisme et dévoile l'impasse que ce système représente pour l'humanité entière.
La principale victime du capitalisme, c'est toujours la classe ouvrière. C'est elle qui subit de plein fouet les attaques de plus en plus frontales et massives de la bourgeoisie et de son Etat. C'est elle qui devra payer en définitive la note faramineuse des opérations militaires et guerrières qu'engage sa bourgeoisie nationale. Et cette charge vient encore alourdir considérablement la facture de la crise économique en termes d'exploitation et de "sacrifices" que le capitalisme exige du prolétariat avec les vagues toujours plus massives des licenciements, le poids du chômage dans les familles ouvrières, la dégradation accélérée de son niveau de vie et de ses conditions de travail. Ces attaques aujourd'hui quasiment simultanées réduisent d'ailleurs une partie croissante du prolétariat à la misère au coeur même des pays centraux du capitalisme.
Non seulement la classe ouvrière subit l'insécurité permanente et les effets gangrènants de la décomposition de la société capitaliste dans son ensemble qui affectent toutes les classes de la société, mais elle est aussi la première victime de la loi du profit. Celle-ci qui se trouve être à l'origine de la crise économique, est aussi à l'origine de la multiplication des catastrophes et de l'ampleur inégalée des ravages provoqués par les catastrophes, celles présentées comme "naturelles" (inondations, tremblements de terre, dérèglements climatiques...) comme d'autres telles les marées noires, les explosions dans les pôles chimiques ou le naufrage de vieux rafiots surchargés.
Mais la nature de la classe ouvrière ne se résume pas à celle d'une classe qui concentre sur elle tous les maux de la société.
Malgré toutes les attaques idéologiques qu'elle subit depuis l'effondrement des régimes staliniens, malgré ses difficultés actuelles à reconnaître et affirmer ses intérêts de classe, malgré tout le chemin qu'elle a encore à parcourir pour se réapproprier ses expériences de lutte, la classe ouvrière est en même temps la seule classe porteuse d'une perspective d'avenir pour l'humanité (voir article page 8), capable de balayer ce système en pleine putréfation qui ne peut engendrer que toujours davantage de misère et de barbarie, de guerre et de destruction. D'ailleurs, la bourgeoisie ne s'y trompe pas car elle sait bien que, face à elle et à la défense de son système, elle trouvera la seule classe sociale qui se pose comme son ennemi irréductible et son futur fossoyeur. C'est pour cela qu'elle prend mille précautions pour la mystifier, pour masquer l'ampleur des attaques qu'elle doit porter contre ses conditions de vie, pour dévoyer ses mobilisations à travers une série de manœuvres syndicales. C'est pour cela qu'elle consacre autant de soin et fournit autant d'efforts pour l'empêcher de prendre conscience de la force qu'elle représente dans la société, non seulement pour s'opposer aux attaques capitalistes mais aussi, à plus long terme, pour renverser le capitalisme.
W.
Les Etats-Unis affichent
clairement leur détermination à faire la guerre en Irak.
Chacun des actes et chacune des paroles des membres de l'administration
américaine vont résolument dans ce sens, ne laissant aucune
ambiguïté sur leur résolution à intervenir
militairement dans ce pays devenu le symbole de la capacité de
l'Amérique à imposer son leadership sur le monde. Car
la nouvelle croisade contre Saddam Hussein est l'occasion pour les Etats-Unis,
après leur intervention en Bosnie, au Kosovo et en Afghanistan,
d'assurer leur présence directe et d'exercer leur contrôle
sur des objectifs stratégiques. L'objectif irakien leur permet
de parachever leurs manœuvres d'encerclement de l'Europe et d'affirmer
par la même occasion leur mainmise sur une partie importante des
réserves pétrolières européennes. Dès
janvier 2002, la dénonciation par Bush de "l'axe du Mal"
visait en première ligne Bagdad, bouc émissaire désigné
pour justifier une nouvelle démonstration de force américaine.
Il y a onze ans, c'est l'invasion irakienne du Koweït qui avait
servi de justification à l'intervention massive et aux massacre
de centaines de milliers de vies humaines de la part d'une puissance
américaine venant à la "rescousse du peuple koweitien".
Aujourd'hui, les Etats-Unis poussent à une guerre dite "préventive"
ne s'appuyant même pas sur une menace imminente, mais sur le danger
hypothétique que représenterait l'Irak, quintessence des
pires maux de la terre et que Washington s'apprête à exorciser
par les armes, "afin que le monde soit plus en sécurité".
La population est même prévenue que si l'Irak ne désarme
pas "pacifiquement", il le sera "militairement".
On peut donc voir se mettre en place un véritable encerclement
de l'Irak, déjà quasiment digne de la guerre du Golfe
de 1990-91. 70 000 hommes des trois armes principales, soumis à
un entraînement intensif et abondamment équipés
de la technologie américaine dernier cri, cernent le pays : au
nord en Turquie, au sud au Koweït, au Bahreïn, au Qatar, Oman,
dans les Emirats Arabes Unis, en Arabie Saoudite et à Djibouti.
Avec la constitution de cette armada, dont les effectifs doivent atteindre
150 000 hommes courant janvier, c'est un véritable cordon militaire
ne laissant aucune chance à Bagdad, mais aussi un contrôle
serré de tout le Golfe persique, de la mer Rouge avec une partie
importante de la corne de l'Afrique, qui est mis en place par les bourgeoisies
américaine et britannique. D'ores et déjà, avant
même le déclenchement presque annoncé de cette guerre,
la Grande-Bretagne et les Etats-Unis multiplient les raids aériens
meurtriers dans le Sud du pays, qui se chiffrent maintenant à
une soixantaine depuis 1996. Bassorah est une cible stratégique
privilégiée pour son pétrole, mais où tombent
sous les bombes les ouvriers qui y travaillent ! Voilà pour la
sécurité du monde, tandis que ces mêmes puissances,
pour mieux "sauver" les irakiens de leur dictateur, durcissent
avec brutalité les conditions des accords "pétrole
contre nourriture" afin de rendre les armées du tyran moins
aptes à se défendre en cas d'invasion, interdisant en
particulier les antidotes de gaz innervants et toxiques ou les antibiotiques
qui permettraient de limiter les dégâts d'une éventuelle
attaque à l'anthrax par exemple ! Et ce sont ces mêmes
pourfendeurs de terrorisme qui ont aussi perfectionné les armements
les plus destructeurs de toute nature, de façon à laminer,
écraser et terroriser la population irakienne, sous prétexte
de lui apporter la "liberté démocratique". Comble
du cynisme, l'armée américaine a mis au point des "mini
-bombes" nucléaires, destinées à pénétrer
le béton des bunkers, et dont les émanations radioactives
futures en cas d'utilisation pourront être mise sur le dos de
Saddam Hussein !
De tels éléments ne peuvent que servir les rivaux des
Etats-Unis dont le discours ne manque pas d'exploiter tout ce qui permet
de faire apparaître l'oncle Sam comme fauteur de guerre. Sous
couvert d'une opposition de principe ou morale à la politique
hégémonique des Etats-Unis, ou du strict respect du rôle
souverain de l'ONU, ceux-ci, France, Allemagne et Russie en tête,
ne perdent pas une occasion, au Conseil de Sécurité des
Nations Unies ou en toute autre circonstance, d'exprimer leur détermination
à faire échec aux visées militaires des Etats-Unis
en Irak. La dénonciation par l'Amérique des omissions
accusatrices pour ses auteurs, les autorités irakiennes, de la
"déclaration d'armement irakienne" a donné lieu
à des déclarations contradictoires illustrant cet antagonisme
entre brigands impérialistes. Pour Bush, qui les a qualifiées
de "violation flagrante", elles suffiraient à justifier
l'emploi de la force. Pour les autres, qui tentent d'en minimiser l'importance,
il ne peut en être question.
Si tous ces impérialismes petits ou grands sont contre cette
guerre, ce n'est pas, contrairement à ce qu'ils aimeraient faire
croire, parce qu'ils voudraient la paix ! La France, en première
ligne dans ce concert international d'hypocrisie et de mensonges, tout
en n'hésitant pas, pour la galerie, à critiquer Saddam
Hussein afin de mieux se mettre dans le camp des pourfendeurs de terrorisme,
ne cesse de se féliciter de l'avancée vers une solution
"diplomatique" qu'a représentée la résolution
1441 de l'ONU. Et de relancer plus que jamais les campagnes anti-américaines,
dont elle s'était fait la championne toutes catégories
depuis l'éclatement du bloc de l'Ouest après 1989, mais
qu'elle avait été contrainte de mettre sous le boisseau
après l'attentat du 11 septembre. Les médias français
étaient ainsi tout contents de pouvoir publier un sondage américain
exhibant la perte de crédibilité des Etats-Unis dans le
monde depuis deux ans. Quant à la prétendue volonté
"humanitaire" de la France d'éviter des massacres en
Irak, on peut mesurer ce qu'elle vaut à l'aulne des 500 000 morts
rwandais en 1994 à mettre en grande partie sur le compte des
menées de l'impérialisme français en Afrique. Celle
de la Russie qui "rejette la menace d'un recours à la force"
ne vaut pas mieux, tandis qu'elle s'acharne avec une rare férocité
à écraser la Tchétchénie dans un bain de
sang interminable. Et que dire de l'hypocrisie de l'Allemagne dont les
relations diplomatiques avec l'administration Bush sont "exécrables",
selon Donald Rumsfeld lui-même, qui est irréductiblement
contre le principe même d'une guerre, mais d'accord pour s'engager
militairement sous couvert de "mission de paix" comme au Kosovo
(dont elle va assurer prochainement la direction du contingent militaire
international) ou au Koweït (où des hommes de troupe et
des chars allemands sont cantonnés de longue date).
Ce qui motive tous ces gangsters, ce n'est pas la paix du monde, mais
la défense de leurs propres intérêts impérialistes,
laquelle est la clé véritable de leur opposition systématique
à la rivale américaine. Ceci est une donnée fondamentale
de la période aujourd'hui qui résume à elle seule
tous les risques d'éruptions guerrières. A l'instar de
Bush qui, début décembre, avec une perversité sans
égale, souhaitait ses "vœux de bonheur" aux populations
arabes, tout en déployant une armada dans le Golfe, la bourgeoisie
internationale prétend œuvrer pour la paix tout en préparant
la guerre.
Le regroupement parasitaire autoproclamé "Fraction interne du CCI" et qui s'est constitué autour de l'individu Jonas, exclu du CCI pour ses comportements indignes d'un militant communiste (voir notre communiqué dans RI n° 321) dévoile aujourd'hui ouvertement sa vraie nature.
Sur le site Internet de la FICCI, viennent d'être publiés deux textes qui en disent long sur les agissements destructeurs de cette prétendue "fraction".
Le premier texte est la lettre que la section du CCI au Mexique a adressée le 15 novembre aux quatre membres de la prétendue "fraction" vivant dans ce pays. La publication du contenu de cette lettre ne nous pose évidemment aucun problème. Par contre, ce qui nous pose problème (et devrait poser problème à l'ensemble des groupes du courant de la Gauche communiste), c'est le fait que la FICCI ait rendu publique à l'avance la date à laquelle devait se tenir une réunion interne du CCI (la Conférence territoriale de notre section mexicaine). Dans cette lettre, la section du CCI au Mexique a en effet donné aux membres de la "fraction" la date de cette Conférence afin de leur permettre de se défendre et de faire appel devant celle-ci (ce qu'ils ont refusé de faire).
En publiant l'intégralité de cette lettre sur son site Internet, la camarilla des amis de Jonas a ainsi délibérément mis à la disposition de toutes les polices du monde la date à laquelle devait se tenir notre Conférence au Mexique en présence de militants venus d'autres pays (puisque notre presse a toujours signalé que des délégations internationales participaient à ce type de conférences). Cela signifie que les organes de police concernés pouvaient renforcer et cibler leurs contrôles et leur surveillance dans les aéroports et aux frontières. Cet acte répugnant de la FICCI consistant à faciliter le travail des forces de répression de l'État bourgeois contre les militants révolutionnaires est d'autant plus ignoble que les membres de la FICCI savaient pertinemment que certains de nos camarades ont déjà, dans le passé, été directement victimes de la répression et que certains ont été contraints de fuir leur pays d'origine 1 [2].
Mais les méthodes policières de ce regroupement parasitaire ne s'arrêtent pas là.
En effet, dans le Bulletin Interne n° 14 de la FICCI, publié sur son site Internet, nos lecteurs pourront également trouver un texte intitulé "Une ultime mise au point" qui a la prétention (et surtout l'hypocrisie) de vouloir défendre le PCI ("Le Prolétaire") contre "l'attaque inqualifiable" dont cette organisation serait victime de la part du CCI. En réalité, nos lecteurs pourront constater par eux-mêmes que ce texte n'est nullement un article de défense du PCI, comme le révèle l'absence totale d'argumentation réfutant les éléments que nous avons mis en évidence dans notre réponse au "Prolétaire" (voir RI n°328 et 329).
Ce texte de la FICCI se consacre essentiellement à déverser les pires calomnies sur deux de nos camarades (et donc sur l'ensemble des militants du CCI accusés d'être à la botte de "celui qui dirige le CCI" et de sa compagne sur laquelle Jonas a fait courir le bruit, au sein du CCI, qu'elle était un "flic"). En même temps, il révèle une fois encore les méthodes abjectes des amis de Jonas.
Dans son "Ultime mise au point", la FICCI commence par affirmer "nous sommes toujours restés sur un terrain strictement politique". Nos lecteurs peuvent eux-mêmes en juger à la lumière de toute l'argumentation "politique" de la FICCI mettant clairement en évidence ses "divergences de fond" avec le CCI, lesquelles auraient justifié la constitution d'une "fraction interne" ayant la prétention de se situer dans la continuité de toutes les fractions de gauche du mouvement ouvrier, depuis la Ligue Spartakus jusqu'à la fraction de la Gauche italienne. Nous ne citerons ici qu'un petit extrait de cette argumentation, faisant la preuve que cette FICCI est toujours restée "sur un terrain strictement politique". Qu'on en juge !
"Ce texte est de la main de CG, alias Peter, ce que prouve le style et surtout la référence (plutôt fantaisiste) à une lamentable opération de récupération menée sous sa direction. Ce même Peter est celui qui dirige le CCI et qui, après avoir exclu ou poussé dehors la plus grande partie des membres fondateurs du CCI, se prétend le seul héritier de MC. Mais il faut aussi savoir que si Peter mène cette cabale haineuse contre notre camarade Jonas, c'est pour la raison bien simple que Louise (alias Avril), la militante à propos de laquelle Jonas a osé exprimer clairement des doutes, n'est autre que la compagne du chef." 2 [3]
En fait, ce texte de la FICCI aurait dû s'intituler, comme celui publié par P. Hempel dans sa feuille de chou Le Prolétariat universel, "Conciergerie universelle" 3 [4]. Sous le prétexte fallacieux de vouloir prendre la défense du PCI, la camarilla de Jonas dévoile aujourd'hui son fond de commerce et les vraies "divergences de fond" se situant "sur un terrain "strictement politique" qui étaient à l'origine de la fondation de cette prétendue "fraction" : le CCI est dirigé par un "petit Staline" (le "chef") manipulé par "la compagne du chef" qui est un élément douteux (un "flic" suivant les termes de Jonas).
Comme nous l'avions souligné dans notre article de RI n° 321 ("Le combat des organisations révolutionnaires contre la provocation et la calomnie"), le mouvement ouvrier a mis en évidence que ces méthodes consistant à introduire le soupçon au sein de l'organisation afin de détruire la confiance entre militants sont justement celles utilisés dans le passé par les agents provocateurs (notamment la Guépéou dans le mouvement trotskiste des années 1930).
Aujourd'hui, à travers cette "Ultime mise au point", la camarilla des amis de Jonas poursuit à l'extérieur du CCI le même sale travail qu'elle faisait à l'intérieur du CCI, cela afin de semer le trouble et la suspicion dans tout le milieu politique prolétarien. Il est clair que, faute d'avoir pu convaincre les militants du CCI de la nécessité d'exclure le "chef" et la "compagne du chef", ce groupuscule parasitaire se donne aujourd'hui comme objectif d'entraîner derrière ses calomnies les autres groupes de la Gauche communiste afin d'établir un cordon sanitaire autour du CCI et le discréditer (comme on peut d'ores et déjà le constater à la lecture de la presse du PCI).
Mais là où la FICCI dévoile encore plus ouvertement la nature policière de ses agissements réside dans l'insistance avec laquelle cette "Ultime mise au point" livre publiquement les initiales de celui qu'elle appelle le "chef" ("Ce texte est de la main de CG, alias Peter"). Quel intérêt se situant "sur un terrain strictement politique", Jonas et ses amis, peuvent-ils trouver à mettre sur la place publique les initiales d'un militant. Au-delà du fait qu'il s'agit là encore d'un véritable travail d'indicateur (de même nature que celui consistant à livrer à toutes les polices du monde la date de notre Conférence territoriale au Mexique), nous avons à faire ici à des méthodes de maître chanteur visant à intimider les militants. En livrant publiquement sur Internet les véritables initiales d'un de nos camarades (à quand le nom complet et l'adresse ?), Jonas et ses amis cherchent en réalité à faire passer le message suivant : quiconque osera soutenir le CCI sera dénoncé aux services de police. C'est notamment pour cela que les fichiers d'adresses des militants et de nos abonnés ont été volés au CCI plusieurs mois avant la constitution de la FICCI : outre que ce vol permettait d'abreuver nos camarades et abonnés de dénigrements crapuleux contre le CCI, il permet d'exercer sur eux une intimidation permanente. Sinon, comment expliquer que la FICCI, alors que ses bulletins se trouvent maintenant sur Internet, continue à les envoyer par la poste, y compris à ceux qui lui ont explicitement demandé de cesser ses envois ? 4 [5]
Par ailleurs, quel intérêt politique la FICCI trouve-t-elle à clamer sur tous les toits : "ce texte est de la main de CG, alias Peter, ce que prouve le style" ? Du point de vue de la méthode prolétarienne, ce qui intéresse le lecteur sérieux c'est d'abord et avant tout le contenu politique de nos articles et non quel individu est derrière telle signature ou tel "style". Par contre, il est vrai que, grâce à l'analyse du "style", les forces de répression de l'État bourgeois peuvent effectivement chercher à identifier les rédacteurs de la presse révolutionnaire (même si, comme c'est le cas pour le CCI, les articles publiés dans notre presse sont discutés et corrigés collectivement). Ce qui permet à la bourgeoisie, dans les périodes de répression, de tenter de paralyser la publication de la presse révolutionnaire en arrêtant et emprisonnant les militants dont on a (ou on croit avoir) reconnu le "style".
Avec de telles méthodes consistant à faire le travail des mouchards de la police, cette "ultime mise au point" est en réalité une ultime menace : si le CCI continue à mettre en garde le milieu politique prolétarien contre les manœuvres de Jonas et ses amis (comme il l'a fait dans son article de réponse au PCI), alors la FICCI va publier à l'extérieur les fameux "documents" faisant la preuve que "la compagne du chef" est un élément douteux afin de convaincre le milieu politique prolétarien. Ainsi, on peut lire dans le texte de la FICCI : "le camarade Jonas n'était pas le seul (et de loin) à avoir des raisons de douter de cette militante ; là encore de nombreux documents écrits du CCI que nous avons en notre possession, le montrent."
Cette menace, nous ne la connaissons que trop. C'est désormais à l'extérieur du CCI que la FICCI fait le même chantage qu'elle a pratiqué pendant près d'un an à l'intérieur de notre organisation pour tenter de l'obliger à accepter le viol permanent de nos Statuts de même que les mœurs de voyous des membres de la "fraction" (vol de documents et de l'argent du CCI, menace, chantage, calomnies contre des militants diffusées à travers des correspondances et réunions secrètes, etc.).
Cette méthode consistant à utiliser le chantage et l'insinuation, à répandre la calomnie contre deux de nos camarades et à affirmer haut et fort "Encore une fois nous sommes en possession de documents qui prouvent ce que nous avançons." n'est effectivement pas nouvelle de la part de la FICCI. Lorsque ses membres étaient encore dans le CCI, ils avaient eu pendant des mois le même comportement à propos d'un document intitulé "Histoire du SI" (Secrétariat International, commission permanente de l'organe central du CCI) qu'ils faisaient circuler de façon sélective et qu'ils présentaient comme faisant la preuve des accusations qu'ils portaient contre certains de nos camarades, particulièrement Louise et Peter. Malgré l'importance qu'ils attribuaient à ce document (qu'ils qualifiaient "d'historique"), ils avaient toujours refusé de le remettre à l'organisation, y compris à la Commission d'Investigation qui avait été nommée par le 14e congrès du CCI pour faire la lumière sur ce genre de problèmes. Finalement, ce document a été publié dans le n° 10 du Bulletin de la FICCI, après que les membres de celle-ci se soient placés délibérément en dehors de notre organisation. Il a été lu, à la demande expresse de l'organe central du CCI, par tous nos camarades qui comprenaient la langue française. Toutes les sections et tous les camarades ont été indignés et ont éprouvé la nausée devant l'avalanche de mensonges et d'interprétations crapuleuses contenues par ce document, de même que par le déballage qu'il fait de la vie privée des militants.
Voilà le type de document que la FICCI menace de rendre public !
Les organisations du mouvement ouvrier ont souvent été confrontées à ce type de chantage : "Nous avons des documents qui prouvent nos accusations !" Face à ces méthodes, l'attitude des organisations prolétariennes a toujours été d'exiger la publication de ces fameux documents afin qu'ils puissent être réfutés publiquement. Concernant ceux que la FICCI évoque frénétiquement, il est clair que le CCI est parfaitement capable de les réfuter également. Cependant, ces documents traitent des détails du fonctionnement de notre organisation et de la vie privée de ses militants, et leur publication ne pourrait être que pain béni pour les services de police. Cela dit, le CCI est tout à fait disposé à ce qu'ils soient portés à la connaissance d'une commission constituée par des militants de confiance des organisations de la Gauche communiste et qu'ils soient discutés dans ce cadre.
Le CCI n'a rien à craindre de la vérité parce que cette vérité ne peut que :
- mettre en évidence le fait que notre organisation, aussi bien au niveau de ses positions que de ses principes de fonctionnement reste totalement fidèle à son expérience passée ainsi qu'à celle de la Gauche communiste ;
- faire ressortir le caractère consciemment destructeur et anti-prolétarien des agissements de Jonas et de ses supporters comme la publication du Bulletin 14 de la FICCI et notamment le texte "Une ultime mise au point" vient d'en faire une nouvelle fois la preuve.
CCI
1 [6] Nous lisons ou nous entendons souvent que les organes spéciaux de l'État bourgeois n'ont rien à faire des activités d'une toute petite organisation comme la nôtre dans la mesure où aujourd'hui la classe dominante n'a pas conscience du rôle qu'est appelé à jouer la Gauche communiste dans un futur mouvement révolutionnaire. C'est faire preuve d'une énorme naïveté comme l'ont montré par exemple les campagnes "antirévisionnistes" qui visaient à mettre dans un même sac les groupes de ce courant qui dénonçaient l'antifascisme et l'extrême droite antisémite. Toute l'histoire du mouvement ouvrier atteste que les services spécialisés de l'État bourgeois ne sous estiment jamais le danger potentiel que représentent les groupes révolutionnaires, aussi réduites que soient, à un moment donné, leur taille ou leur influence sur la classe ouvrière. D'ailleurs, malgré le fait que pour le moment l'État "démocratique" n'exerce pas en général la répression ouverte contre les groupes de la Gauche communiste, ces derniers on déjà eu à subir des actions de répression (comme les perquisitions qui ont frappé le Parti Communiste International dans les années 1970). Le CCI lui-même n'a pas été épargné puisque certains de nos militants, y compris dans les pays les plus "démocratiques", ont fait l'objet de perquisitions, de gardes à vue, d'interrogatoires prolongés à des postes de frontière, de surveillances policières ostensibles en vue d'intimidation, d'actions de commando d'éléments armés probablement de mèche avec l'Etat. Tout cela, les membres de la "FICCI" le savaient parfaitement.
2 [7] MC est notre camarade Marc Chirik, mort en 1990. Il avait connu directement la révolution de 1917 dans sa ville natale de Kichinev en Moldavie. Membres dès l'âge de 13 ans du parti communiste de Palestine, exclu du PCF en 1928, il a poursuivi le combat pour la défense des positions révolutionnaires dans différentes organisations de la Gauche communiste, notamment la Fraction italienne où il est entré en 1938 et la Gauche communiste de France à partir de 1945. A partir de 1964 au Venezuela et de 1968 en France, MC a joué un rôle décisif dans la formation des premiers groupes qui allaient être à l'origine du CCI auxquels il a apporté l'expérience politique et organisationnelle qu'il avait acquise dans les différentes organisations communistes dont il avait été membre auparavant. On trouvera plus d'éléments sur la biographie politique de notre camarade dans notre brochure "La Gauche communiste de France" et dans l'article que la Revue Internationale lui a consacré lors de sa disparition (n°65 et 66). Quant à l'affirmation ridicule suivant laquelle Peter "se prétend le seul héritier de Mc" (complétée par une note s'exclamant "c'est dire, au passage, la conception qu'il se fait de l'organisation révolutionnaire"), les membres de la FICCI auront bien du mal à la prouver. Elle ne fait que révéler l'imagination malade et la hargne stupide des membres de la FICCI, ainsi d'ailleurs que leur propre conception tordue de l'organisation.
3 [8] Sur les convergences entre la FICCI et P. Hempel, voir notre article "Un groupe parasitaire qui sert admirablement la bourgeoisie" dans RI 326.
4 [9] Dans son Bulletin n° 11, la FICCI publie une réponse à un courrier que nous avions adressé à chacun de ses membres lui demandant de restituer les documents internes en sa possession. Dans cette réponse, elle écrit : "Quant au double des adresses du fichier des abonnés, il est pour le moins frappant que vous revendiquiez, tel un boutiquier jaloux de ses clients, une "propriété" sur des personnes. (…) Mais peut-être votre souci est-il la sécurité même de ces documents qui pourraient tomber dans des mains "indélicates" ? (…) nous pouvons vous assurer qu'ils sont à l'abri et en sécurité… et qu'il serait difficile, pour ne pas dire impossible, à des "gens indélicats" de mettre la main dessus." On peut se faire une idée aujourd'hui, après les mouchardages de la FICCI à la police, de la confiance qu'on peut lui accorder !
Dans les discussions
menées par les différentes sections du CCI lors des réunions
publiques, des permanences ou des ventes de la presse, nos interlocuteurs
tombent en général assez vite d'accord avec notre appréciation
de la situation mondiale et reconnaissent que le capitalisme entraîne
l'humanité vers l'abîme. Mais quand il s'agit de comprendre
que la classe ouvrière est la seule force capable de sortir l'humanité
de cette impasse par un soulèvement révolutionnaire, de
gros doutes apparaissent rapidement : " La classe ouvrière
est aujourd'hui elle-même désespérément divisée.
Les secteurs centraux ne vivent plus maintenant aux limites du minimum
vital comme au siècle dernier, mais ont accès aux 'acquis'
de notre culture moderne et au bien-être, même si c'est
dans une mesure modeste. La plupart des ouvriers ne se sentent plus
des ouvriers et ressentent même l'expression 'ouvrier' comme insultante.
Les 'vrais prolétaires' comme il y a cent ans sont aujourd'hui
en partie éliminés et remplacés par les employés
du secteur des services qui ne sont plus productifs et, en tout cas,
ne sont plus de 'vrais' ouvriers. Avec l'effondrement de l'Est ainsi
qu'avec l'identification entretenue par les médias bourgeois
entre le communisme et le stalinisme, le dernier reste de sympathie
du monde du travail pour la théorie de la lutte des classes et
l'hostilité délibérée au capital s'est éteint
définitivement."
Nous pensons que nous devons répondre énergiquement à
de tels arguments. Aujourd'hui, pour les révolutionnaires, l'un
des devoirs les plus importants consiste justement à les réfuter,
surtout que de telles idées ne sont plus seulement colportées
par les habituels petits-bourgeois qui se croient supérieurs,
mais par des ouvriers conscients et combatifs, par des camarades qui
se dressent pour la disparition de ce système. En outre, ces
arguments aboutissent à une prétendue "réfutation
du marxisme", dont la défense revient en premier lieu à
l'organisation communiste.
La conception actuellement en vogue affirme que l'interprétation par Marx et Engels de la nature et du rôle du prolétariat pouvait correspondre à la réalité du siècle passé, mais n'a aujourd'hui plus aucune validité. Une telle conception ne s'appuie pas seulement sur le mépris coutumier de l'idéologie bourgeoise dominante pour la classe productrice, mépris qui a atteint de nouveaux sommets dans le dénigrement du socialisme par son identification avec le stalinisme. Elle repose également sur la méconnaissance fort répandue de ce que Marx, Engels et le mouvement ouvrier ont effectivement dit de la nature de la classe. Ainsi, leur conviction que le prolétariat est la dernière classe de l'histoire de l'humanité, et la plus révolutionnaire, ne se fonde aucunement sur les particularités de son exploitation à cette époque-là. Aujourd'hui, on répand partout l'affirmation selon laquelle, dans l'optique de Marx, la vocation révolutionnaire du prolétariat se fondait sur le fait que les ouvriers de son époque devaient s'éreinter jusqu'à 18 heures par jour, accomplir de durs travaux physiques, alors qu'ils ne disposaient d'aucune sorte d'assurance maladie, de retraite, ni de congés annuels. Le fait que tout cela ne concerne plus la majorité des ouvriers, au moins dans les pays industrialisés, signifierait que les rêves révolutionnaires sont dépassés. Voilà la fausse conclusion que l'on veut nous faire avaler. Tant que l'on se tient sur le terrain, indigent au possible, de ce genre "d'explications" que les critiques bourgeois de Marx affectionnent, il est impossible d'avancer. Qu'a dit réellement le marxisme à ce sujet ?
Dans un texte fondamental, "L'Anti-Dühring", Engels
a caractérisé la contradiction du capitalisme entre le
caractère social du processus de production et la forme privée
de l'appropriation capitaliste : "La production sociale est appropriée
par des capitalistes individuels, (une) contradiction fondamentale d'où
naissent toutes les contradictions dans lesquelles la société
actuelle se meut et que la grande industrie a mis ouvertement au jour."
Ce point est absolument décisif pour comprendre la nature révolutionnaire
de la classe ouvrière. Le capitalisme n'a pas seulement bouleversé
le processus de production, les moyens de production techniques et scientifiques,
mais il a créé de la sorte, pour la première fois,
les conditions pour un monde sans pénurie ni détresse
matérielle. Il a, en lien avec cela, radicalement transformé
et révolutionné la nature de la classe exploitée,
productrice, autant à travers la socialisation du travail que
par la séparation complète des producteurs par rapport
aux moyens de production. A travers ces deux mutations, le prolétariat
se différencie fondamentalement des classes productrices qui
l'ont précédé comme les esclaves ou les serfs,
lesquels étaient sans doute exploités, mais ne représentaient
pas une classe révolutionnaire qui porte en elle une nouvelle
société.
Fondamentalement, les esclaves ou les serfs ne produisaient pas dans
la perspective de l'échange, du marché, mais pour satisfaire
les besoins locaux et personnels de leurs maîtres. Dans les sociétés
esclavagistes et féodales, les instruments de travail étaient
des instruments individuels. La base de la production était,
de ce fait, le travail isolé, limité localement, individuel.
C'est principalement par la violence que les producteurs étaient
contraints de travailler. Ces derniers n'avaient aucun intérêt
pour leur travail et ne possédaient aucune véritable instruction.
Et avant tout, ils étaient à peine unis les uns aux autres,
alors qu'ils étaient assujettis à leurs maîtres
par une relation personnelle.
Le bouleversement majeur apporté par le capital provient justement
du remplacement, en tant que base prépondérante de la
production, du travail individuel par le travail collectif. Cela signifie
que, pour la première fois dans l'histoire, presque tous les
producteurs sont, par l'échange et une division du travail toujours
plus prononcée, réunis les uns et les autres dans le processus
de production. A la place du travail individuel isolé, la fabrication
de biens s'est développée par l'association dans le travail
de milliers d'êtres humains, souvent accompagnée d'une
division du travail réalisée à l'échelle
du globe terrestre (par exemple, une automobile moderne se compose de
pièces détachées produites dans d'innombrables
usines et pays). Avec l'arrivée de l'ère du machinisme,
le capital a remplacé les instruments de travail individuels
par des systèmes de production collectifs, mis en mouvement par
de véritables armées du travail. De cette sorte, le capital
a créé, à la place des exploités éparpillés,
isolés les uns des autres, une classe qui se trouve unie par
son travail collectif (et ceci à un niveau mondial) et qui ne
peut vivre et travailler que grâce à cette union. C'est
avant tout cette socialisation du travail qui a permis au capital de
renforcer autant la compétitivité de ses produits et de
faire reculer les autres formes de production précapitalistes.
C'est seulement ainsi qu'il a pu commencer sa marche triomphale dans
la production et son expansion géographique. Mais, en même
temps, il a engendré, avec le prolétariat moderne, son
propre fossoyeur.
Par la généralisation de la production marchande, le capital
a bouleversé en même temps les rapports politiques entre
les classes. Les capitalistes ne produisent plus pour des besoins individuels,
mais pour le marché. De ce fait, les rapports entre exploiteurs
et exploités sont totalement dépersonnalisés, tout
en devenant hautement politiques. Les rapports des esclaves et des serfs
avec leurs maîtres étaient principalement des relations
personnelles, c'est-à-dire que les conditions de l'exploitation
dépendaient en premier lieu de la capacité de l'exploiteur
à mobiliser un certain nombre de soldats et de gardiens des travaux
pour s'attacher des forces de travail et les contraindre à produire.
A l'opposé dans le capitalisme, les conditions de production,
de travail et d'exploitation dépendent fondamentalement du marché,
c'est-à-dire selon que l'économie est en plein boom, en
récession, ou que les forces de travail inondent le marché
ou ne sont disponibles qu'en quantités limitées. Fondamentalement,
les travailleurs ne sont plus exploités et mis au supplice par
des individus mais, au contraire, par le système lui-même.
De ce fait, la lutte des classes entre exploiteurs et exploités
dans sa forme actuelle, pleinement développée, classe
contre classe, est devenue possible. En même temps, la séparation
complète entre les producteurs (en tant que travailleurs salariés)
et les moyens de production (en tant que capital) entraîne le
remplacement de la violence par une coercition économique dans
la contrainte au travail. Les ouvriers doivent vendre leur force de
travail pour pouvoir travailler et vivre.
C'est seulement de la naissance d'une main d'oeuvre "libre",
"mobile", "librement" motivée par la contrainte
économique, que peut résulter la possibilité de
généraliser et d'exploiter systématiquement la
science et la technique dans le processus de production. Il en découle
que le prolétariat moderne ne se distingue pas par sa grossièreté
et son ignorance (comme le pensent les nostalgiques des révolutions
romantiques qui postulent que la disparition des ouvriers des premiers
temps du capitalisme équivaut désormais à l'impossibilité
de la révolution), mais par un haut niveau d'instruction et d'éducation.
La voiture, l'assurance maladie et les congés annuels ne sont
pas des cadeaux ni des tentatives de corruption par le capital, mais
les conditions minimales pour que les ouvriers puissent produire et
reconstituer leurs forces dans le monde du travail d'aujourd'hui, très
complexe et exigeant.
Selon Marx et Engels, la principale contradiction du capitalisme réside
dans l'opposition entre, d'un côté, la prédominance
du travail social et, de l'autre, l'orientation totalement privée
et dirigée vers le profit maximal de la vie économique,
sur la base de la propriété privée. En apparence,
il s'agit d'une contradiction entre les choses. En vérité,
cette contradiction s'exerce à l'intérieur de la société,
entre les classes.
Ainsi, le caractère social du travail est incarné par
le prolétariat. La classe ouvrière se distingue par son
caractère collectif, organisé, discipliné, méthodique,
unitaire et avant tout conscient, caractère visible autant dans
le processus de travail lui-même que dans le combat collectif.
La société actuelle, privée, individuelle, chaotique,
anarchique, avec son caractère concurrent et guerrier, représentée
et incarnée par la bourgeoisie, en est le pôle contraire.
Alors que le monde du travail se montre toujours plus méthodique,
scientifique, "rationnel" et discipliné, l'anarchie
de la production capitaliste explose et le chaos s'exacerbe, conditionné
par la concurrence. Chaque secteur capitaliste, et particulièrement
chaque capital national, continue sa guerre contre tous, et cela prend
des formes toujours plus destructrices. En fin de compte, c'est l'existence
de l'humanité qui est menacée par la survivance d'un tel
système.
Cette contradiction entre le travail toujours plus productif et l'appropriation
privée toujours plus destructrice ne peut être réglée
que par son dépassement opéré par la lutte des
classes. Il revient au prolétariat la tâche de résoudre
cette contradiction, en associant au caractère social de la production
l'appropriation sociale des produits.
Cela veut dire que, pour parvenir à une conscience révolutionnaire,
il ne s'agit pas pour la classe ouvrière de laisser pénétrer
en son sein une théorie venue de l'extérieur ou des données
étrangères à sa propre vie. Pour elle, il s'agit
"seulement" de comprendre sa nature propre.
Puisque le prolétariat n'est pas propriétaire de moyens
de production et comme il est intégré dans la trame mondiale
du travail social, il ne peut accomplir sa tâche qu'en contrôlant
et en socialisant les moyens de production en tant que représentant
de l'humanité, non pas en agissant individuellement mais seulement
collectivement. Face aux couches qui produisent encore sur la base d'une
organisation individuelle du travail, comme les paysans, les artisans,
les professions libérales, les "producteurs intellectuels",
etc., et qui revendiquent encore les fruits de leur travail individuel
- voulant ainsi faire tourner la roue de l'histoire à l'envers,
le prolétariat est, par la force des choses, tourné vers
le futur. Comme il ne peut trouver de solution à la crise du
capital, puisqu'une telle solution n'existe pas, il lui faut forcément
rechercher et trouver une solution en dehors de ce système.
Il doit être clair que ni ses conditions d'exploitation, ni sa
composition (sociologique) momentanée, ni la nature des instruments
employés au travail, ni l'opinion que tel ouvrier "moyen"
a de lui-même ou de sa classe, ne permettent de comprendre la
nature profonde du prolétariat. C'est quelque chose de bien plus
important qui autorise à le faire : la nature collective, consciente,
massive, internationale et tournée vers le futur du prolétariat.
Une nature qui apparaît spontanément dans sa théorie
révolutionnaire, mais qui, aussi, resurgit dans ses gigantesques
combats. La classe, dans son ensemble, ne peut révéler
au grand jour sa véritable nature à volonté, n'importe
quand, dans n'importe quelles conditions. Il est nécessaire pour
cela qu'elle approfondisse et étende sa théorie et son
programme ; qu'elle se mobilise massivement sous les coups de la crise
; qu'il y ait des actions de masse créatrices dans les luttes.
Il n'y a absolument aucune garantie que le prolétariat trouvera
son chemin à temps avant que le capitalisme ne détruise
l'humanité. Ce que nous savons cependant, c'est que si les conditions
subjectives et objectives se réunissent dans cette perspective,
si la classe entre en bouillonnement révolutionnaire, sa nature
se dévoilera comme le socialisme scientifique l'a annoncé
il y a cent cinquante ans.
(D'après Weltrevolution n°53)
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