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ICConline - mai 2026

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Rubrique: 

La position internationaliste de la Gauche communiste d’Italie (1935)

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À nouveau aujourd’hui, les médias bourgeois, les partis de la gauche et de l’extrême gauche de la bourgeoisie clament haut et fort « Nie wieder Faschismus ». Ils appellent une fois de plus à défendre la démocratie menacée par un nouveau soi-disant fascisme : du populisme de Trump, à l’AfD en Allemagne, le Rassemblement National en France, ou Vox en Espagne, etc. Une fois de plus, la bourgeoisie tend le piège de l’antifascisme pour la classe ouvrière.

En 1935, la fraction de gauche du PC d’Italie dénonce clairement dans sa revue « Bilan » la fausse opposition entre la démocratie et le fascisme. À partir des événements d’Allemagne, elle montre clairement que loin d’être opposés, ils se complètent pour détourner le combat ouvrier, le mener à la défaite et le mobiliser ensuite pour la deuxième guerre mondiale. L’extrait publié ci-dessous montre que ce sont la social-démocratie et les factions « démocratiques », avec le soutien des PC staliniens, qui désamorcent et répriment les mobilisations prolétariennes en Allemagne, les détournent de la lutte de classe internationaliste au nom de l’antifascisme et qui préparent ainsi le terrain pour l’écrasement final par les hordes fascistes.

Si le contexte général d’aujourd’hui n’est pas celui des années 1930, et en particulier si la classe ouvrière n’est pas défaite physiquement et idéologiquement comme elle l’était alors après l’écrasement de la vague révolutionnaire de 1917-1923 , la bourgeoisie ressort néanmoins la mystification pernicieuse de l’antifascisme face  à la vague populiste pour tenter de dévoyer les actions des travailleurs vers la défense de la démocratie, ce  piège dangereux de la politique bourgeoise -comme « Bilan » le démontre clairement- et de les détourner des mobilisations sur son terrain de classe face aux attaques contre ses conditions de travail et de vie.

« L’écrasement du prolétariat allemand et l’avènement du fascisme  [1]» (Bilan n°16, mars 1935)

(Larges extraits de l’article publié sous ce titre au sein de notre site)

Un examen de la situation qui va de 1923 à mars 1933, permet de comprendre que, de la Constitution de Weimar[1] à Hitler, se déroule un processus d’une continuité parfaite et organique. La défaite des ouvriers se situe après un moment de plein épanouissement de la démocratie bourgeoise et « socialisante » exprimée par Weimar et permet la reconstitution des forces capitalistes. Alors, progressivement l’étau se resserre. Bientôt c’est Hindenburg[2], en 1925, qui devient le défenseur de cette Constitution et pendant que le capitalisme reconstitue son armature toujours plus, la démocratie devient plus restreinte, s’élargit dans des moments de tension sociale, voit même encore des gouvernements socialistes de coalisation (H. Müller[3]), mais dans la mesure où socialistes et centristes[4] augmentent le désarroi des ouvriers, elle a tendance à disparaître (gouvernement Brüning[5] et ses arrêtés-lois) pour faire place, enfin, au fascisme qui ne rencontrera aucune opposition ouvrière. Entre la démocratie, son plus beau fleuron : Weimar, et le fascisme, aucune opposition ne se manifestera : l’une permettra l’écrasement de la menace révolutionnaire, dispersera le prolétariat, brouillera sa conscience, l’autre au terme de cette évolution sera le talon de fer capitaliste consacrant ce travail, réalisant rigidement l’unité de la société capitaliste sur la base de l’étouffement de toute menace prolétarienne. (…).

Le fascisme ne s’explique ni comme classe distincte du capitalisme, ni comme émanation des classes moyennes exaspérées. Il réalise la forme de domination du capitalisme ne parvenant plus, au travers de la démocratie, à relier toutes les classes de la société autour du maintien de ses privilèges. Il n’apporte pas un type nouveau de l’organisation sociale mais une superstructure adéquate à une économie hautement développée et devant détruire politiquement le prolétariat pour anéantir tout effort de correspondance entre les contrastes toujours plus aigus qui déchirent le capitalisme et la conscience révolutionnaire des ouvriers. Le statisticien pourra toujours invoquer la masse importante des petits bourgeois en Allemagne (5 millions pour les intellectuels, fonctionnaires y compris) pour essayer de présenter le fascisme comme « son » mouvement. Il reste que le petit bourgeois, plongé dans une ambiance historique où les forces productives, en l’écrasant et en lui faisant comprendre son impuissance, déterminent une polarisation des antagonismes sociaux autour des principaux acteurs : la bourgeoisie et le prolétariat, n’a même plus la possibilité de balancer de l’un à l’autre, mais instinctivement se dirige vers ceux qui lui garantissent le maintien de sa position hiérarchique sur l’échelle sociale. Au lieu de se dresser contre le capitalisme, le petit bourgeois, salarié au col amidonné ou commerçant, gravite autour d’une carapace sociale qu’il voudrait voir assez solide pour faire régner « l’ordre, le calme » et le respect de sa dignité, en opposition à des luttes ouvrières sans issue, qui l’énervent et brouillent la situation. Mais si le prolétariat se dresse sur ses jambes et passe à l’assaut, le petit bourgeois ne peut que se terrer et accepter l’inévitable. Lorsqu’on présente le fascisme comme le mouvement de la petite bourgeoisie on viole donc la réalité historique en dissimulant le terrain véritable où s’élève celui-ci. Le fascisme canalise tous les contrastes qui mettent en danger le capitalisme et les dirige vers sa consolidation. Il contient le désir de calme du petit bourgeois, l’exaspération du chômeur affamé, la haine aveugle de l’ouvrier désorienté et surtout la volonté capitaliste d’éliminer tout élément de perturbation d’une économie militarisée, de réduire au minimum les frais d’entretien d’une armée de chômeurs permanents.

En Allemagne, le fascisme s’est donc édifié sur la double base des défaites prolétariennes et des nécessités impérieuses d’une économie acculée par une crise économique profonde. C’est sous Brüning, en particulier, qu’il prit son essor, alors que les ouvriers s’avéraient incapables de défendre leurs salaires furieusement attaqués, les chômeurs leurs allocations réduites à coups de décrets-lois. Dans les usines, les chantiers, les nazis créaient leurs cellules d’usine, ne reculèrent pas devant l’emploi de grèves revendicatives, convaincus que, grâces aux socialistes et centristes, celles-ci ne dépasseraient pas les cadres voulus ; et c’est au moment où le prolétariat s’avéra à moitié vaincu, en novembre 1932, avant les élections de Von Papen[6] qui venait de congédier le gouvernement socialiste de Prusse, qu’éclata la grève des Transports en commun à Berlin, dirigée par fascistes et communistes. Cette grève désagrégea le prolétariat berlinois parce que les communistes s’avérèrent déjà incapables d’en chasser les fascistes, de l’élargir, d’en faire le signal d’une lutte révolutionnaire. La désagrégation du prolétariat allemand s’accompagne, d’une part, d’un développement du fascisme retournant les armes ouvrières contre celui-ci ; d’autre part, de mesures d’ordre économique, d’aide croissante au capitalisme. (Rappelons à ce sujet que c’est Von Papen qui adopta les mesures de subvention aux industries occupant des chômeurs avec le droit de diminuer les salaires).

En somme, la victoire de Hitler en mars 1933 n’eut besoin d’aucune violence : c’était le fruit mûri par socialistes et centristes, un résultat normal d’une forme démocratique périmée. La violence n’eut sa raison d’être qu’après l’avènement des fascistes, non en réponse à une attaque prolétarienne, mais pour la prévenir à jamais. De force désagrégée, dispersée, le prolétariat devait devenir élément actif de la consolidation d’une société tout orientée vers la guerre. C’est pourquoi les fascistes ne pouvaient se borner à tolérer des organismes de classes dirigés cependant par des traîtres, mais devaient au contraire extirper la moindre trace de la lutte des classes pour mieux pulvériser les ouvriers et en faire des instruments aveugles des visées impérialistes du capitalisme allemand.

L’année 1933 peut être considérée comme la phase de réalisation systématisée de l’œuvre de bâillonnement fasciste. Les syndicats sont anéantis et remplacés par les conseils d’entreprises contrôlés par le gouvernement. En janvier 1934 apparaît enfin le sceau juridique de cette œuvre : la Charte du Travail, qui règlement le problème des salaires, interdit les grèves, institue l’omnipotence des patrons et des commissaires fascistes, réalise la liaison totale de l’économie centralisée avec l’État.

(Extrait de « L’écrasement du prolétariat allemand et l’avènement du fascisme », Bilan n°16, 1935)


[1] La Constitution de Weimar, adoptée le 31 juillet 1919 et promulguée le 11 août, a été votée sous l’impulsion des socialistes allemands (SPD) pour contrer le mouvement révolutionnaire à Berlin et en Bavière. Elle a fondé la première démocratie parlementaire en Allemagne après la chute de l'Empire et était présentée comme fort « progressiste ».

[2] Maréchal, chef d’état-major de l’armée allemande de novembre 1916 à novembre 1918. Il fut élu président de la République de Weimar d’avril 1925 jusqu’à sa mort en août 1934.

[3] Figure centrale du parti social-démocrate et de la République de Weimar. Il dirige une « grande coalition » de 1928 à 1930.

[4] C’est sous ce terme que Bilan désignait le stalinisme et les partis communistes dégénérescents s’orientant ainsi vers la trahison du prolétariat.

[5] Homme politique, membre du Zentrumpartei catholique, chancelier de mars 1930 à mai 1932. Il est surnommé le « chancelier de la faim »” à cause de la politique déflationniste sévère menée par son gouvernement.

[6] Homme politique conservateur et monarchiste, chancelier de juin à décembre 1932. Il aide Hitler à accéder au pouvoir en 1933 en pensant pouvoir le contrôler en prenant le titre de vice-chancelier.

Conscience et organisation: 

  • Bilan [2]
  • Courant Communiste International [3]

Personnages: 

  • Adolphe Hitler [4]
  • Paul von Hindenburg [5]
  • Hermann Müller [6]
  • Heinrich Brüning [7]
  • Franz von Papen [8]

Courants politiques: 

  • Gauche Communiste [9]

Heritage de la Gauche Communiste: 

  • Fascisme/antifascisme [10]

Rubrique: 

A propos de la soi-disant opposition entre la démocratie et le fascisme

Guerre d’Espagne (1936-1939) : Le fascisme et l’antifascisme embrigadent le prolétariat pour la guerre impérialiste

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Réunions publiques du CCI, le samedi 30 mai

Il y a 90 ans, en juillet 1936, les forces militaires dirigées par Franco lançaient un coup de force contre la République espagnole. Les travailleurs de Barcelone répondaient avec leurs propres méthodes de lutte : des grèves massives et la formation de milices ouvrières. Mais très vite, cette riposte prolétarienne était entraînée sur le terrain bourgeois de la « défense de la République » contre le fascisme. La guerre civile qui s’ensuivit s’est transformée en carnage impérialiste, une répétition générale du massacre encore plus grand de la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui, la classe ouvrière est également confrontée à la propagation des guerres impérialistes à travers le monde, même si les conditions qui ont conduit à la Seconde Guerre mondiale dans les années 1930 ne sont pas les mêmes, surtout parce que la classe ouvrière n’a pas subi de défaite historique comme ce fut le cas avec l’écrasement de la vague révolutionnaire internationale de 1917-1923. Mais les dangers posés par la plongée accélérée du capitalisme dans le chaos et l’autodestruction n’en sont pas moins réels.

Dans les années 1930, seule une poignée d’organisations révolutionnaires, et surtout la Fraction italienne de la Gauche communiste, ont été capables de comprendre la nature réelle de la guerre en Espagne et d’avancer une position internationaliste contre tous ceux (des staliniens et trotskistes aux anarchistes) qui appelaient les travailleurs à se rallier à la défense de la démocratie bourgeoise. Face aux guerres d’aujourd’hui, cette défense intransigeante de l’internationalisme est plus vitale que jamais.

Après une brève présentation de notre analyse des événements d’Espagne de 1936 à 1939, une discussion s’ensuivra afin de permettre une clarification politique. Nous invitons les personnes intéressées à venir débattre, à poser leurs questions ou à exprimer leurs accords ou leurs divergences. Pour faciliter la préparation des réunions, nous suggérons aux camarades de lire les textes suivants :

  • Espagne 36 - La gauche amène le prolétariat à la boucherie impérialiste mondiale [11]
  • « Revue “Bilan” : leçons d’Espagne 1936 (1ere partie) » [12]
  • « Revue “Bilan” : leçons d’Espagne 1936 (2eme partie) » [13]
  • Tract - (extraits de Bilan n° 41 ; juin 1937) [14] Plomb, mitraille, prison ainsi répond le Front populaire aux ouvriers de Barcelone
  • France et en Espagne : comment la bourgeoisie a mobilisé la classe ouvrière pour la guerre  - (Revue internationale 126) [15]

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BELGIQUE : adresse : Pianofabriek, rue du Fort 35, 1060 Saint-Gilles - horaire  : de 14 h à 18 h;
PARIS :  CICP. 21 ter rue Voltaire. Métro rue des boulets de 15h à 18h
MARSEILLE : Association Mille bâbords 61 rue consolat Métro réformés : de 15h à 18h

* * * * * * * * * * * 

RP en ligne en français de 15h à 18h

Envoyer un mail à [email protected] [16] pour demander à participer en ligne. 

 

 

Vie du CCI: 

  • Réunions publiques [17]

Conscience et organisation: 

  • Courant Communiste International [3]

Heritage de la Gauche Communiste: 

  • Fascisme/antifascisme [10]

Rubrique: 

Réunions publiques du CCI

La guerre au Moyen-Orient précipite l’économie capitaliste dans le chaos

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La crise autour du détroit d’Ormuz et ses conséquences économiques mondiales révèlent, une fois de plus, l’impasse historique dans laquelle le capitalisme entraîne l’humanité tout entière. La guerre qui embrase le Moyen-Orient depuis février 2026 s’inscrit dans une dynamique d’effondrement accéléré de l’ordre capitaliste mondial,[1] une dynamique où chaque manifestation du pourrissement du système capitaliste (guerres incontrôlables, crises environnementales, populisme, etc.) entraîne des conséquences sur tous les autres plans, y compris le plan économique qui, pendant longtemps, avait pu être maîtrisé tant bien que mal. Et ceci, grâce à des réponses relativement coordonnées de la bourgeoisie au niveau international (comme l’injonction massive de monnaies par les banques centrales après la crise de 2008) et l’existence d’Institutions économiques internationales solides.

La meilleure expression de ce cercle sans fin vers l’abîme réside ainsi dans la façon dont les bourgeoisies des grandes puissances, dans leurs tentatives désespérées de se sauver individuellement, entraînent l’ensemble de l’économie mondiale vers une crise que même les experts de la bourgeoisie reconnaissent sans précédent.

Une crise économique engendrée par un système en faillite

Dès les origines du mouvement ouvrier, les limites du capitalisme ont été identifiées dans l’incapacité du mode de production capitaliste à écouler l’ensemble de sa production en son sein. La surproduction chronique de marchandise ne peut être contenue que par la conquête de nouveaux marchés qui finissent eux-mêmes par s’intégrer à la sphère capitaliste et contribuer à accroître la quantité de marchandise. Vient alors le recours à l’endettement : d’abord facteur d’accélération de l’expansion capitaliste, il évolue inévitablement en une tricherie généralisée créant des débouchés «virtuels» à la surproduction que seul un nouvel endettement permet de rembourser.

Le niveau actuel de surproduction et d’endettement est donc sans précédent et ne cesse de croître. La mondialisation qui, à partir des années 1980, avait constitué une organisation de la production capable d’apaiser provisoirement les tensions liées à des velléités protectionnistes inhérentes au capitalisme en crise et de dégager de nouveaux marchés, en particulier dans la zone asiatique, atteint aussi ses limites. Le marché intérieur chinois notamment s’essouffle toujours plus, poussant la Chine à exporter vers d’autres marchés déjà étouffés par la surproduction.

C’est dans un tel contexte, sous la pression du chacun-pour-soi caractéristique du capitalisme en décomposition, que les grandes puissances tendent à renouer avec le protectionnisme et à entamer la désorganisation des chaînes de production mondialisées. L’exemple le plus caricatural est sans aucun doute la politique des tarifs douaniers de Trump, censée protéger et faire prospérer l’économie américaine, en particulier l’industrie manufacturière. Mais l’Europe n’est pas en reste avec sa politique de «préférence européenne» afin de «faire aux entreprises chinoises ce que la Chine fait aux entreprises européennes depuis vingt ans» pour reprendre les propos de la Commission européenne dans le cadre de sa loi d’accélération industrielle[2]. Cet élan protectionniste n’est donc pas la lubie d’un dirigeant isolé mais bien une démarche générale un peu désespérée, par exemple des Européens pour tenter de contrer la démarche tout aussi désespérée de la Chine, qui cherche à compenser l’atonie de son marché intérieur.

Mais toutes ces politiques ne font qu’aggraver la surproduction mondiale en la fragmentant, en enfermant toute forme de réponse dans les frontières nationales, poussant ainsi à des guerres commerciales ouvertes tous azimuts, lesquelles alimentent à leur tour les tensions et le militarisme qui génèrent une multiplication de conflits guerriers sans perspective. Elles conduisent également au démantèlement des derniers outils de régulation de l’économie mondiale : l’Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire international, les accords commerciaux multilatéraux, les mécanismes de coordination des banques centrales... tout est érodé progressivement. Cela laisse la porte ouverte à un chacun-pour-soi désormais totalement dérégulé et à l’absence de gestion coordonnée de la crise, amenant, par exemple, les banques centrales du monde entier à faire  «face à une combinaison difficile de circonstances[3]» les conduisant à arbitrer une alternative dont les deux parties sont finalement tout autant inopérantes : augmenter les taux directeurs des Banques centrales[4] pour endiguer l’inflation ou bien les baisser pour soutenir la croissance. Dans un monde capitaliste en perdition, de tels outils de gestion de crise sont devenus au mieux inefficaces, au pire contre-productifs.

Le protectionnisme prôné par Trump est donc tout sauf une solution à la crise. Au contraire, il engendre une incertitude jamais vue auparavant. Comme l’écrit la revue World Economics Journal : «l’incertitude, provoquée par les droits de douane, est particulièrement problématique tant pour les investisseurs que pour les entreprises. Ainsi, les effets indirects semblent être bien plus graves que les effets directs. Outre le fait que les guerres commerciales accroissent l’incertitude, elles détériorent les relations entre les États-Unis et les autres pays, tout en nuisant à la réputation des États-Unis en tant que partenaire économique. Dans le même temps, elles ne résolvent pas entièrement les problèmes que le président Trump cherchait à résoudre, à savoir le plein emploi et une activité manufacturière accrue[5]».

Toute tentative isolée d’un État capitaliste de résoudre la crise par ses propres moyens ne fait donc qu’approfondir la crise à l’échelle mondiale. C’est la loi fondamentale de la période. La politique de Trump (tarifs, restrictions migratoires, démantèlement des budgets de recherche et de santé) n’est pas une politique de redressement économique. C’est une politique suicidaire : elle mine les bases mêmes de la reproduction capitaliste américaine, notamment par l’explosion du chômage, au nom d’une survie à court terme qui ne fait que repousser et amplifier l’échéance de la catastrophe.

Pourtant, toute la bourgeoisie n’adopte pas la politique de l’autruche dans cette situation, ni ne voit que du positif dans une perspective de sa propre économie florissante en circuit fermé, entourée d’un monde qui s’écroule de l’autre côté des murs. Un économiste comme Richard Bookstaber, ancien responsable au Trésor américain et qui avait prédit la crise des subprimes en 2008, est inévitablement écouté et repris par la presse du monde entier quand il prédit une crise sans doute plus grave encore[6]. Sa logique est claire : aujourd’hui l’interconnexion des économies est maximale, contrairement à ce que les politiques protectionnistes pourraient laisser croire et les flux financiers sont portés par une infrastructure physique fragile que le risque géopolitique extrême rend toujours plus vulnérable. Les data centers sont d’incontournables véhicules de la finance mondiale qui reposent sur des ressources physiques très disputées (l’eau, les réseaux électriques, les terres rares, les chaînes d’approvisionnement). Ensuite, il y a aussi l’essor du crédit privé qui l’inquiète : depuis la crise de 2008, le crédit est de plus en plus porté par des entités non bancaires comme les fonds d’investissement, dont la fragilité repose sur «l’opacité de la valorisation de [leurs] actifs et [leur] concentration sur un nombre restreint d’emprunteurs, notamment les géants technologiques[7]».

La guerre au Moyen-Orient porte l’estocade

Tel était le panorama effrayant que l’on pouvait dresser avant que le premier missile ne s’abatte sur l’Iran. Comme l’a formulé le New York Times, «La guerre qui s’étend en Iran a porté un coup stupéfiant à une économie mondiale qui avait déjà été malmenée par l’effondrement de l’ordre commercial international, la guerre en Ukraine et l’élaboration chaotique des politiques du président Trump[8]«. La décision de Trump d’attaquer l’Iran (pays qui peut contrôler l’accès au détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 15% de l’approvisionnement mondial en pétrole) ne répond à aucune logique économique rationnelle, même du point de vue des intérêts à long terme du capitalisme américain.

Mais la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran a des conséquences qui dépassent de loin le seul marché pétrolier. La désorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales, déjà fragilisées par la pandémie de 2020, la guerre en Ukraine et la poussée protectionniste américaine en particulier, entre dans une nouvelle phase de perturbation. La désorganisation est globale et elle est très concrète : dès le début de la guerre, dans le Kansas, les acheteurs de maisons ont vu les taux hypothécaires à trente ans dépasser 6% ; dans l’ouest de l’Inde, des familles en deuil découvraient que les crématoriums à gaz avaient fermé ; à Hanoï, les stations-service étaient en rupture de stock ; au Kenya, les cultivateurs de thé craignaient que leurs exportations vers l’Iran pourrissent sur les quais[9]. C’est tout un système entraîné dans l’inconnu qui fait de cette guerre un événement historique.

Un événement historique aussi parce que ses effets dureront bien au-delà du conflit lui-même. D’abord, la désorganisation du transport maritime et aérien : l’insécurité des voies de navigation dans le Golfe Persique et ses abords, la congestion des ports, notamment en Chine, l’impossibilité de déployer à court terme des infrastructures terrestres alternatives, l’incapacité des nouvelles voies arctiques, très regardées par les puissances de l’hémisphère nord, à prendre le relais à court terme.

Ensuite, le risque sur l’agriculture mondiale, par la rupture des approvisionnements en engrais. Le Qatar, dont la principale installation d’exportation de gaz naturel liquéfié a été fermée après une attaque de drone, est aussi un producteur majeur de matières premières pour l’industrie des engrais. La hausse du coût des engrais (déjà perceptible depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022) se répercute directement sur les coûts de production agricole à l’échelle mondiale, menaçant la sécurité alimentaire des pays les plus pauvres. Mais plus encore, c’est la production agricole qui va être directement impactée en volume et ce de façon durable, posant le risque sur la sécurité alimentaire sur l’ensemble de la planète.

Enfin, il faut souligner le ralentissement, voire le blocage, des investissements dans de nombreux secteurs, face à l’imprévisibilité inédite d’une politique américaine dont les objectifs changent d’un jour à l’autre. L’incertitude structurelle générée par la politique de Trump d’abord sur les tarifs douaniers puis par la guerre, avec un dirigeant américain capable de reculer partiellement face à la pression des marchés, voire d’user du mensonge le plus éhonté, avant de s’engager sur de nouvelles politiques tout aussi incertaines, mine les fondements mêmes de la confiance des investisseurs.

La dépendance de l’économie capitaliste aux ressources énergétiques est une donnée constante depuis au moins l’apparition de l’électricité dans la production. Le charbon puis le pétrole ont longtemps dominé la production électrique. Aujourd’hui si c’est moins le cas, le pétrole et le gaz restent par contre indispensables au transport, une fonction centrale dans l’économie mondialisée qui fait de la dépendance aux hydrocarbures davantage une fragilité qu’une opportunité de profits. En fermant le détroit d’Ormuz, l’Iran, dans une pure logique suicidaire de : «si je tombe, tout le monde tombe avec moi», est conscient de posséder une arme de rétorsion majeure contre l’économie mondiale. Et ce d’autant plus que la menace est installée pour longtemps, sinon toujours. Comme l’écrit The Economist : «même lorsque la guerre prendra fin, le monde aura changé. Le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, sait désormais que les prix de l’énergie sont le point faible des États-Unis. En Ukraine, qui a testé des systèmes de défense contre les drones, certains appareils de type iranien parviennent encore à passer. Il n’est pas prévu que les troupes américaines occupent l’Iran pour mettre fin à ces lancements. Les États-Unis n’ont pas la capacité de défendre tous les pétroliers, même s’ils leur fournissent une assurance bon marché. Les perturbations des marchés énergétiques seront donc récurrentes au gré des tensions géopolitiques, surtout si l’Iran conclut qu’il a besoin d’une arme nucléaire pour assurer sa sécurité[10]».

La baisse profonde de la production d’hydrocarbures pose enfin un risque de crise boursière en raison de leur importance dans le développement de l’intelligence artificielle : «l’hélium nécessaire à la production de semi-conducteurs provient de la région touchée par la guerre, nombre d’usines asiatiques tournent grâce à de l’énergie provenant d’hydrocarbures importés. Et les conditions de transport maritime en Asie se tendent chaque jour davantage, notamment à Singapour, qui est le plus grand port de ravitaillement au monde mais également producteur de 10% des puces mondiales et 20% des équipements de fabrication. […] Autant d’éléments susceptibles de crever d’un coup la bulle dont ont bénéficié des entreprises comme OpenAI et Nvidia outre-Atlantique. Et de déclencher un krach boursier[11]».

La crise économique accélère la destruction de l’environnement

Tout cela reste sans compter l’accélération des désastres écologiques, en particulier dans la région touchée par le conflit. En trois semaines de guerre, plus de 300 incidents comportant des risques environnementaux étaient recensés par l’Observatoire des conflits et de l’environnement. Les incidents les plus frappants ont été provoqués par les bombardements d’installations liées aux hydrocarbures en Iran qui ont plongé dans le noir et dans un nuage de particules fines et toxiques la capitale Téhéran, une ville déjà fragile face à la pollution de l’air, tout en polluant les installations d’eau potable et les nappes phréatiques dans le pays de façon durable, comme le rapporte l’IRIS, qui précise que  «les conflits armés peuvent agir comme des accélérateurs de dégradation environnementale : incendies industriels, contaminations des sols, pollutions maritimes ou atteintes aux ressources hydriques viennent amplifier des pressions écologiques déjà existantes», faisant ainsi de la guerre  «un facteur de crise écologique à part entière[12]».

Mais une des ressources stratégiques du conflit reste l’eau, une denrée rare dans la région, à tel point que les besoins croissants liés à l’industrie mais aussi au tourisme dans les pays du Golfe, doivent être couverts significativement par la production d’eau désalinisée. Ces installations ont déjà été visées par des missiles iraniens et les États-Unis continuent de brandir la menace d’un rasage complet de ces installations en Iran, posant ainsi le risque de rendre durablement ces régions inhabitables.

Tout cela s’ajoute au désastre écologique que le capitalisme a déjà infligé à la planète. La destruction écologique est inscrite dans la logique même d’un système qui valorise le capital sans considération pour l’environnement alors même que cette destruction de l’environnement constitue une menace directe et durable à la production capitaliste. La guerre au Moyen-Orient constitue une nouvelle et effrayante illustration de cette irrationalité.

Ce panorama ne doit laisser aucun doute sur la persistance à long terme des effets de cette guerre sur l’économie capitaliste. Comme l’écrit The Economist : «Il est difficile de prédire comment cette crise va se terminer. Mais même si les pays adoptent les bonnes politiques, il est déjà clair que la guerre a rendu l’économie mondiale moins prospère, plus volatile et plus difficile à gouverner[13]».

La classe ouvrière, première victime de la crise

La plongée durable du capitalisme dans une nouvelle et inédite crise multifactorielle va nécessairement amener la bourgeoisie à chercher des solutions du côté de la force de travail. C’est la classe ouvrière qui paie déjà les conséquences de la décomposition du capitalisme, elle qui paiera encore et toujours plus cette accélération brutale du pourrissement du système jusqu’à ce qu’elle trouve le chemin d’une confrontation décisive avec ce système d’exploitation et de misère. Le New York Times énumère : «le prix du gaz à la pompe est affecté. Mais aussi le prix des aliments, des médicaments, des billets d’avion, de l’électricité, de l’huile de cuisson, des semi-conducteurs et bien plus encore[14]«.

La politique «America First» de Trump n’avait déjà pas produit les effets qu’il escomptait. À défaut de développement de l’industrie manufacturière par le protectionnisme et de plein emploi grâce à sa politique migratoire, c’est à une crise sans précédent et à une explosion du chômage que fait face désormais la première puissance mondiale. Les puissances européennes et asiatiques ne sont pas épargnées : la croissance en Europe devrait au moins ralentir et s’accompagner d’une inflation de nouveau à la hausse. En Chine, dont la croissance repose désormais fondamentalement sur l’excédent commercial, le ralentissement du transport et la raréfaction des hydrocarbures vont peser sur une croissance qui connaît déjà un fort ralentissement, avec des effets inévitables sur le chômage et le pouvoir d’achat.

S’y ajoutera surtout (et s’ajoute déjà), le renforcement de l’économie de guerre qui, depuis 2022, constitue l’effort central des grandes puissances. Les budgets militaires, déjà en forte hausse, absorbent de plus en plus de ressources financières.

La classe ouvrière va subir de plus en plus d’attaques et des attaques toujours plus lourdes sur ses conditions de vie et de travail, avec une inflation que les salaires ne compenseront pas et une accélération des cadences pour faire face à «l’effort national de guerre». Cela constitue indéniablement le terreau des conditions objectives pour le développement d’une réaction de la classe ouvrière et le développement de ses luttes.

Cependant la bourgeoisie en est consciente et va mobiliser tous les moyens à sa disposition pour entraver le développement de la conscience de la classe ouvrière. Elle sait que le déchaînement de la guerre provoque toujours un moment de sidération et de peur. D’ores et déjà, l’augmentation des prix de l’essence et celle attendue sur le gaz ont tendance à générer des réflexes de repli individualiste. Le chômage de masse, qui est déjà présent aux États-Unis et menace de plus en plus l’Europe, a également des effets délétères sur la nécessaire unité du prolétariat. Enfin, la crise ne touche pas que la classe ouvrière mais toute la société avec de possibles réactions prenant la forme d’émeutes ou de révoltes interclassistes comme la France a pu le vivre avec la crise des Gilets Jaunes à partir de la fin 2018, un mouvement déjà provoqué par la hausse du prix des carburants et initié par la petite-bourgeoisie et les petits patrons du secteur du transport routier.

Cependant, même si la crise touche toute la société, c’est la classe ouvrière qui sera la plus attaquée, car c’est elle qui est au cœur de la production capitaliste. C’est d’elle que l’effort de guerre va le plus exiger, c’est elle qui va perdre le plus massivement ses emplois face au ralentissement de l’économie, c’est elle qui va voir son pouvoir d’achat fondre devant l’inflation, c’est elle qui va subir le plus les pénuries de médicaments, la crise alimentaire, le coût insupportable du chauffage, etc.          

GD, avril 2026.


[1] Voir notamment notre  «Rapport sur la crise économique [18]» dans la Revue internationale n° 174 (2025)

[2] Les Echos, 4 mars 2026.

[3] The New York Times, 12 mars 2026

[4] Le prix auquel les banques achètent la monnaie aux Banques centrales.

[5] The World Economics Journal, avril-mai 2026

[6] The New York Times, 16 mars 2026

[7] Le Monde, 20 mars 2026

[8] The New York Times, 16 mars 2026

[9] Ibid.

[10] The Economist, 14 mars 2026

[11] Challenges, 2 avril 2026

[12]  La guerre en Iran : un conflit aux conséquences environnementales et sanitaires durables [19]

[13] The Economist, 14 mars 2026

[14] The New York Times, 12 mars 2026

Conscience et organisation: 

  • Courant Communiste International [3]

Personnages: 

  • Donald Trump [20]
  • Richard Bookstaber [21]
  • Mojtaba Khamenei [22]

Questions théoriques: 

  • L'économie [23]

Rubrique: 

Crise économique mondiale

La fausse Internationale du progrès et de la paix dans un capitalisme qui sombre dans la guerre et le chaos

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La Fondation social-démocrate allemande Friedrich Ebert, arborant fièrement le nom du traître social-démocrate Ebert, chancelier du Reich en 1918-19, puis président de la République de Weimar qui a écrasé dans le sang pour le compte de la démocratie bourgeoise, les mouvements révolutionnaires prolétariens en Allemagne en 1919 et les années suivantes, a mis en avant sur son site web un événement qui, selon ses propres termes, illustre comment il est possible d’apporter des réponses progressistes et de coopération internationale à la crise, ainsi que de résister à la loi de la jungle qui s’emparer du monde, notamment sous l’impulsion de la politique d’extrême droite. Il s’agit de la soi-disant « «Mobilisation Progressiste Mondiale», qui s’est tenue en avril dernier à Barcelone et qui a axé ses discussions sur des aspects tels que l’espoir, le progrès social, le bien commun, la paix et la protection de l’environnement. Elle a aussi multiplié les discours sur la lutte contre « l’extrême droite de la peur » et contre ces «oligarchies et milliardaires qui font passer les profits avant la santé et les droits sociaux».

Mais que se cache-t-il réellement derrière cette mobilisation qui, selon le gouvernement espagnol, «a réuni plus de 3.000 participants issus de 100 organisations progressistes provenant des cinq continents» ?

Le mensonge d’une internationale progressiste… de la bourgeoisie

Pedro Sánchez, le président du Parti socialiste espagnol, a réussi à s’imposer comme l’une des figures de proue de l’«anti-trumpisme». La chaîne française ARTE lui a consacré une émission intitulée «Pedro Sánchez est-il le meilleur rempart contre l’internationale trumpiste ?», où il était présenté comme le leader de l’actuelle «Internationale socialiste». En tant que président d’un pays en retrait sur la scène internationale, il a attribué à l’Espagne l’image de principal opposant politique des États-Unis, d’ailleurs avec «l’aide» de Trump lui-même et de ses plaintes récurrentes concernant l’insuffisance des investissements militaires espagnols dans le cadre de l’OTAN. Le gouvernement espagnol est dès lors communément présenté comme le champion de la défense nécessaire et possible de la démocratie. Il promeut l’idée qu’il est possible de rétablir un capitalisme fondé sur le droit international, de rétablir un «ordre international fondé sur des règles». Un capitalisme qui pourrait maintenir le système issu de l’après-guerre, avec des normes diplomatiques partagées, des accords commerciaux et des alliances multilatérales stables et prévisibles, ainsi qu’une série de règles susceptibles de permettre une gestion plus rationnelle de la crise mondiale du système, voire de retarder autant que possible les effets de la destruction environnementale croissante, etc. Le gouvernement espagnol symboliserait donc un capitalisme un peu plus pacifique, capable de s’opposer à des «guerres absurdes» comme celle en Iran, ou à des guerres génocidaires comme celle à Gaza.

Ce 1er mai a été marqué en Espagne par une manifestation officielle avec l’implication explicite et directe du gouvernement, avec pour slogans «non à la guerre» et «des droits, pas des tranchées». Dès lors, la Mobilisation progressiste internationale sert un objectif idéologique très clair : elle s’inscrit dans la continuité de toute une campagne idéologique internationale au nom de la résistance pour la démocratie contre le trumpisme-populisme. Ces campagnes reprennent sans hésitation toute la logique de «la lutte contre l’extrême droite réactionnaire», établissant des identifications entre la montée du populisme-trumpisme et le fascisme, dans le but clair d’enfermer les travailleurs dans la logique bourgeoise de la défense de la démocratie et d’empêcher les luttes ouvrières de rattacher les attaques contre les conditions de vie à l’accélération brutale du militarisme à laquelle ce système est condamné.

Cette «idéologie de la résistance progressiste» a déjà été largement mise en œuvre en Espagne par le gouvernement de gauche actuel. Dans des articles précédents, nous avons mis en avant comment les attaques contre nos conditions de vie, la dégradation de l’environnement, la violence contre les femmes, etc., sont dénoncées comme étant la responsabilité des «grands oligarques et des sombres pouvoirs économiques» et comment il incomberait aux citoyens de résister à ces attaques sous la bannière de la démocratie, ce qui permettrait «de les atténuer, de les adoucir, d’essayer de contenir la soif de profit des pouvoirs économiques au profit des citoyens et en particulier des plus défavorisés[1]». La rencontre de Barcelone s’inscrit pleinement dans la campagne mystificatrice visant à mettre en avant l’illusion d’une sorte d’internationale progressiste capable de s’opposer à une autre prétendue internationale d’extrême droite réactionnaire.

Cependant, la dynamique du capitalisme, loin de mener la société humaine vers le progrès, est celle d’un système en déclin déjà depuis plus d’un siècle, qui conduit l’humanité à sa destruction. Loin de pouvoir maintenir une capacité de cohésion et de coopération internationales pour gérer de manière plus globale les effets destructeurs et chaotiques du système dans le temps, nous assistons au contraire aujourd’hui à une tendance de plus en plus marquée à l’enlisement du système dans la décomposition et à la perte de contrôle et de cohésion de celui-ci. Après la guerre en Iran, la rupture définitive entre les États-Unis et l’Europe se confirme plus nettement, allant de pair avec une tendance à la fragmentation des institutions qui ont permis une certaine planification et une certaine cohésion internationale après la Seconde Guerre mondiale. Chaque jour en livre un témoignage, comme par exemple la menace d’un retrait important des troupes américaines d’Allemagne, les allusions constantes de Trump selon lesquelles «nous n’avons pas besoin d’eux, ils ont le problème de l’Ukraine à leurs portes et un océan nous sépare», l’incapacité de ses supposés alliés à prévoir ces annonces allant dans tous les sens (le président français Macron soulignait au Japon l’importance d’avoir des partenaires stables et prévisibles sur lesquels compter), la décision de déclencher la guerre en Iran que même le chancelier allemand Merz a osé qualifier publiquement d’inutile et d’humiliante pour les États-Unis. On assiste de plus en plus clairement à l’émergence d’un désordre mondial où les alliances sont de plus en plus circonstancielles et éphémères.

Sous le masque de la solidarité, la fragmentation internationale et la rébellion des seconds couteaux

Aussi, derrière les apparences d’une nouvelle «Internationale progressiste» qui promet de freiner l’avancée d’un capitalisme autoritaire et irresponsable, se cache en réalité non pas une tendance à la cohésion, mais à la fragmentation des alliances et des organismes internationaux.

En effet, les pays qui prétendent former une alliance à Barcelone ne sont nullement en train de constituer une alliance solide et prometteuse, mais représentent une convergence circonstancielle, fragile, très dépendante du contexte politique de plus en plus fragmenté de chaque pays afin de faire valoir leurs propres intérêts mesquins. Par exemple, en Espagne, on observe de plus en plus une fragmentation du paysage politique et une tendance de la faction Sánchez à s’imposer par une stratégie du «moi ou le chaos[2]», y compris à travers son rayonnement international en tant que leader de l’anti-trumpisme, pour justifier son maintien au gouvernement. Par conséquent, la menace d’une arrivée de la droite au gouvernement en Espagne ferait tomber à l’eau cette sorte d’alliance progressiste qui ne va pas, loin s’en faut, «au-delà des cycles de gouvernement».

Certes, la politique traditionnelle de la bourgeoisie espagnole depuis la Seconde Guerre mondiale consiste à jouer le rôle de «pont» entre le «Nord» et le «Sud», visant à renforcer ainsi son importance géostratégique et diplomatique. Mais de tels jeux géostratégiques deviennent de plus en plus risqués dans le contexte actuelle d’explosion du «chacun pour soi» impérialiste. En jouant si ouvertement au «rebelle» face aux États-Unis, en exacerbant à outrance la rupture avec la première puissance mondiale, l’Espagne renforce les tensions entre les différents intérêts impérialistes des pays de l’UE, le positionnement impérialiste de chaque partenaire européen n’étant pas exactement identique. Dans le même ordre d’idées, la tentative espagnole de se rapprocher de la Chine sans accord ni stratégie commune au sein de l’UE ne peut qu’accroître les tensions entre pays européens.

En Amérique latine, divers pays entretiennent simultanément des relations avec la Chine, la Russie, les États-Unis et l’Europe, et voient la «rencontre progressiste» de Barcelone comme un moyen de s’affirmer sur la scène internationale. Cependant, le contexte n’appelle pas à des alliances stables, bien au contraire : ce que les experts appellent une «tendance à la multilatéralité» signifie en réalité une tendance croissante au chacun pour soi. On peut juger de la superficialité de cette «alliance progressiste» en voyant comment le gouvernement brésilien se présente d’abord comme un fer de lance de l’anti-trumpisme, pour se retrouver quelques semaines plus tard en train de négocier directement avec Trump à la Maison Blanche. La timide participation du gouvernement mexicain de Sheinbaum est également fortement motivée, face à la menace de chaos que les États-Unis promettent de générer en Amérique, par la nécessité d’accroître la marge de manœuvre mexicaine face à un environnement américain perçu comme de plus en plus imprévisible, agressif et potentiellement déstabilisateur pour l’Amérique latine. Derrière la tendance d’une série de pays à se comporter en «rebelles», il y a avant tout des bourgeoisies qui jouent leur propre jeu, et même, au sein de chaque État, il y a de plus en plus des factions qui se fragmentent en fonction de leurs propres intérêts de clan ou de faction.

Derrière la politique du «tous contre l’ancien gendarme du monde», derrière la rhétorique de résistance de «gauche progressiste», les bourgeoisies adoptent de plus en plus une politique d’«adaptation résignée», sans aucune alternative de fond, si ce n’est la tendance au désordre anarchique généralisé qui, globalement, est le produit du «chacun pour soi».

Opero, 16 mai 2026


[1] Voir notre article «Le “virage à gauche” du PSOE [24]», CCI Online, octobre 2022

[2] Voir notre article «Sánchez ou le chaos et la droite [25]», CCI Online, mai 2024

Conscience et organisation: 

  • Courant Communiste International [3]

Personnages: 

  • Friedrich Ebert [26]
  • Pedro Sanchez [27]
  • Donald Trump [20]
  • Emmanuel Macron [28]
  • Friedrich Merz [29]
  • Claudia Sheinbaum [30]

Heritage de la Gauche Communiste: 

  • Fascisme/antifascisme [10]

Rubrique: 

Barcelone 2026

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Links
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