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ICConline - septembre 2025

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Contre tous les drapeaux nationaux!

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Trompés par les discours rendant les « étrangers » responsables de tous les maux, depuis les coupes dans les aides sociales à la menace qu’ils constitueraient pour les enfants, les participants aux manifestations contre les demandeurs d’asile et les réfugiés en Grande-Bretagne se présentent comme de véritables patriotes en brandissant l’Union Jack et la croix de Saint-Georges. Le drapeau anglais, en particulier, est accroché aux lampadaires ou peint sur les murs et les ronds-points. Le message est clair : certains d’entre nous ont le droit de vivre ici, les étrangers et/ou les « clandestins » doivent partir. Une illustration parfaite de la nécessité pour la classe exploiteuse de diviser les exploités entre eux.

Aux États-Unis, où des expulsions massives brutales sont déjà en cours, certaines des personnes visées par la même logique raciste brandissent également des drapeaux. Parfois le drapeau américain pour montrer que les immigrants peuvent aussi être patriotes, parfois le drapeau du Mexique ou d’autres pays d’Amérique latine, car une grande partie des travailleurs touchés par les raids de l’ICE1 viennent de ces pays.

L’idée que les exploités eux-mêmes doivent montrer leur loyauté envers tel ou tel drapeau national n’est pas nouvelle. En 1912, aux États-Unis, les grévistes de l’industrie textile de Lawrence, dont beaucoup étaient des immigrants nouvellement arrivés, ont également brandi le drapeau américain en réponse à l’accusation selon laquelle ils étaient des fauteurs de troubles étrangers et anti-américains. Mais les Industrial Workers of the World, qui soutenaient la grève, n’ont pas hésité à critiquer cette approche dans un article intitulé : « Le drapeau de la liberté » (Industrial Worker, 21 mars 1912)2 :

« Le drapeau des libertés, balivernes ! Des milliers de grévistes de Lawrence et des centaines de personnes dans la foule à San Diego auront découvert que le seul patriotisme que le capitalisme reconnaît est le patriotisme du profit, le patriotisme du dollar. Et les centaines de milliers de personnes qui lisent et entendent parler de ces événements verront la véritable signification du respect idolâtre pour le bout de tissu des maîtres. Le drapeau n’est qu’un bandeau sur les yeux des travailleurs ».

Nous ne pouvons qu’être d’accord : tous les drapeaux nationaux sont les chiffons des maîtres ! Un bandeau sur nos yeux, nous aveuglant par rapport à la réalité que la classe ouvrière n’a pas de pays, que la nation appartient toujours à ceux qui ont accumulé la richesse, le pouvoir politique et les armes les plus puissantes. En bref, à la classe dirigeante. Deux ans après la publication de cet article, l’IWW aurait ajouté que le drapeau américain est un moyen d’enrôler les travailleurs dans le carnage de la guerre impérialiste, au même titre que l’Union Jack britannique et les tricolores français ou allemand.

Et c’est pourquoi les révolutionnaires sont contre tous les drapeaux nationaux. Non seulement les drapeaux des États impérialistes les plus puissants, mais aussi ceux des « nations opprimées », comme l’Ukraine ou la Palestine, qui ne peuvent « résister » à la domination d’une puissance qu’en s’alliant à d’autres impérialismes. Dans le cas de l’Ukraine, les États américains et d’Europe occidentale, dans le cas de la Palestine et du Hamas, le régime islamique d’Iran, entre autres.

Contre tous les drapeaux nationaux et toutes les divisions, pour l’unité internationale de la classe ouvrière !

Amos,

 

 

 

1I CE : Service de l’Immigration et des Douanes.

2 Cet article a été porté à notre attention par un camarade qui signe « Adri » sur le forum de discussion libcom. Avec un autre camarade, « Msommer », qui s’identifie comme communiste conseilliste, ils critiquaient les anarchistes américains qui justifient le fait de brandir des drapeaux mexicains et palestiniens lors de manifestations parce qu’ils sont des symboles de la lutte contre l’oppression, alors qu’en réalité, ils sont un moyen d’emprisonner les travailleurs dans la politique bourgeoise. Le fil de discussion en question s’intitule « Les organisations anarchistes sont-elles en déclin ? » dans la section Discussions de libcom.org (allez d’abord dans « Recent », puis dans « Discussions »). Le lien que nous avons initialement publié ne semble pas fonctionner.

Conscience et organisation: 

  • Courant Communiste International [1]

Courants politiques: 

  • Le syndicalisme révolutionnaire [2]

Rubrique: 

Histoire du mouvement ouvrier

L'importance des leçons de 1905 pour les luttes d'aujourd'hui et à venir (20 septembre 2025)

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Il y a 120 ans, la classe ouvrière en Russie se soulevait contre le régime tsariste. Face à l’avènement d’une nouvelle ère dans la vie du capitalisme mondial, elle développait de nouvelles formes de lutte et d’organisation : la grève de masse et les soviets (conseils ouvriers). Ces formes et méthodes de lutte allaient réapparaître à plusieurs reprises au cours des décennies suivantes, notamment lors de la vague révolutionnaire internationale de 1917-1923, qui vit la classe ouvrière russe, organisée en conseils, s’emparer du pouvoir politique et le conserver pendant une brève période.

La révolution de 1905 contient encore de nombreuses leçons pour la lutte de classe aujourd’hui et à l’avenir, et il appartient à tous ceux qui reconnaissent la nécessité d’une lutte révolutionnaire contre le capitalisme de discuter et de clarifier ces leçons à la lumière des expériences ultérieures.

C’est l’objectif des réunions publiques qui se tiendront en France, en Belgique et en Espagne. Compte tenu de l’instabilité de la situation mondiale, nous serons prêts à consacrer une partie de la réunion à d’éventuels développements majeurs.

Le 20 septembre 2025 :

– Paris : 15h à 18h au CICP 21 Ter rue Voltaire 75011 Paris

– Marseille : 14h à 17h Association Mille Bâbords 61 Rue Consolât 13001 Marseille

– Bruxelles : 14h30 à 18h PIANOFABRIEK, Rue du fort 35, 1060 Saint-Gilles (Bruxelles)

En attendant, voici quelques lectures recommandées issues d’un dossier d’articles disponibles sur notre site web :

– « Révolution de 1905 : Il y a 120 ans, surgissaient la grève de masse et les conseils ouvriers [3] »

– « 1905 : Il y a 120 ans, la classe ouvrière en Russie montrait sa nature révolutionnaire [4] »

Vie du CCI: 

  • Réunions publiques [5]

Rubrique: 

Réunions publiques et permanences du CCI

80 ans d'Hiroshima et de Nagasaki: L’arme atomique est le visage monstrueux du capitalisme

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Il y a 80 ans, l’explosion de la bombe nucléaire à Hiroshima et Nagasaki plongeaient le monde dans une horreur sans précédent. Désormais, l’épée de Damoclès qui pendait sur l’humanité prenait la forme de l’Apocalypse. Loin de disparaître avec l’effondrement de l’URSS et la fin de l’existence des blocs issus de la guerre froide, la menace nucléaire, permanente s’est accrue aujourd’hui, exprimant l’exacerbation des tensions impérialistes entre les grandes puissances et celle de la barbarie guerrière sur le sol européen même. Ce triste anniversaire se caractérise non seulement par l’exubérance verbale d’un Trump et les menaces d’un Poutine, mais également par toute une propagande présentant la tragédie des explosions au Japon en 1945 comme une « volonté » et « erreur » des États-Unis seuls, une « folie » de son armée revancharde pour défendre des intérêts géopolitiques. La reconnaissance va même jusqu’à préciser ce que le CCI a toujours défendu, que les explosions avaient valeur de démonstration pour intimider et faire reculer l’ennemi soviétique et en vue d’expérimentations scientifiques et militaire, (les victimes irradiées servant de simple cobayes).1

Alors qu’un divorce s’est opéré entre les États-unis et l’Europe, de tels propos permettent d’écorner un peu plus l’image d’une première puissance mondiale en déclin. Jamais la bourgeoisie et les media en Europe n’avaient tenu si ouvertement ce genre de « révélations ». Habituellement, ils se bornaient à la thèse officielle du camp Allié rabâchée dans les manuels scolaires : « l’usage de la bombe atomique avait permis d’épargner la vie d’un million de soldats ». La bourgeoisie française a toujours insisté sur le fait que les essais nucléaires étaient soigneusement contrôlés afin qu’il n’y ait aucun préjudice pour l’environnement. Elle révèle aujourd’hui l’ampleur des dégâts causés par les essais nucléaires dans le pacifique, notamment de Mururoa, au mépris des populations et de l’environnement. Toute cette propagande autour de l’arme nucléaire montre que la bourgeoisie savait et mentait ouvertement, manipulait les masses, comme elle continue de le faire avec un froid cynisme aujourd’hui.

Mais ces révélations sont aussi une propagande qui vise au moins deux objectifs : :

– réactiver la défense de l’idéologie démocratique en dédouanant le système capitaliste de l’horreur des conflits et de la course aux armements ;

– justifier les dépenses militaires censées « dissuader » des « tyrans comme Poutine » dans un contexte de prolifération des armes et de tensions.

Loin de toute idée de « dissuasion » (même si les apparences trompeuses de la période de « l’équilibre de la terreur » peuvent le laisser penser), le développement de l’arme nucléaire et les dépenses militaires présentent un danger et une menace croissante de destruction de l’humanité. Suite à l’effondrement de l’URSS, le CCI, conscient de l’irrationalité portée par un chaos de plus en plus sanglant, par la décomposition du mode de production capitaliste, envisageait la possibilité d’un nouvel usage de l’arme nucléaire : « La dislocation de l’URSS, par ses dimensions, sa profondeur (c’est la Russie qui est maintenant menacée de désintégration), est un facteur d’aggravation considérable du chaos à l’échelle mondiale : risque des plus grands exodes de populations de l’histoire, de dérapages nucléaires majeurs ».2

En republiant une série d’articles sur les questions touchant à l’armement nucléaire, toujours d’actualité, nous souhaitons participer à la réflexion nécessaire : sur le lien entre la crise économique, les attaques et les dépenses militaires, mais aussi et surtout sur l’absurdité du capitalisme, un système barbare et obsolète qu’il faut détruire avant qu’il n’anéantisse l’humanité.

– « 70 ans après Hiroshima et Nagasaki [6] »

– « Le capitalisme menace l’humanité d’un avenir apocalyptique [7] »

– « Le vrai père de la bombe atomique et des crimes nucléaires, c’est le capitalisme [8] »

– « Nucléaire et économie de guerre [9] »





 


1 Voir l’émission « Hiroshima : la véritable Histoire » sur la chaîne franco-allemande ARTE.

2 Lire sur notre site : « Notes sur l’l’impérialisme et la décomposition : : vers le plus grand chaos de l’l’histoire », 18 novembre 1991.

Evènements historiques: 

  • Hiroshima [10]

Rubrique: 

Barbarie du capitalisme

Le gouvernement “socialiste” espagnol n’est pas plus efficace, rationnel ou humain que ses voisins

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Alors que les économies des principaux pays européens sont en récession ou connaissent une croissance modeste, l'économie espagnole brille par une croissance du PIB de 3,2% en 2024. Tandis qu'en Belgique, en Grande-Bretagne et en France, des plans d'austérité drastiques et des coupes sociales sont annoncés, le gouvernement espagnol «progressiste» se vante d'«améliorer la vie des gens». Alors que Paris, Londres, Berlin, etc., parlent ouvertement d'augmenter les dépenses militaires, le président Sánchez apparaît comme «résistant» à ces augmentations. Alors que les gouvernements européens prennent des mesures éhontées contre l'arrivée d'immigrants, le gouvernement espagnol apparaît comme un «rempart» contre la xénophobie et le populisme. Cette aura progressiste du gouvernement espagnol de gauche est-elle fondée ? Absolument pas.

Si d’autres États, tout aussi défenseurs de la guerre et de l’exploitation capitaliste que l’Espagne, sont prêts à entretenir ce mythe du «nouveau miracle espagnol», c’est parce qu’ils cherchent à alimenter l’idée fausse selon laquelle un capitalisme «prospère» serait possible, qu’il serait possible d’arrêter la guerre ou la montée du populisme avec des gouvernements de «gauche» comme celui  dirigé par Sánchez.

Le niveau de vie de la classe ouvrière s'est-il amélioré ?

Les statistiques officielles contredisent cette affirmation. Depuis 2008, les salaires perdent de leur pouvoir d'achat, engloutis par la hausse des prix, notamment ceux du logement, qui augmentent rapidement, aggravant la surpopulation et la précarité des familles ouvrières. Ce qui se développe, c'est ce qu'on appelle la «pauvreté au travail», c'est-à-dire le nombre de familles ouvrières qui, même en travaillant, ne peuvent subvenir à leurs besoins de première nécessité.[1]

La réduction du chômage, tant vantée par le gouvernement et ses partenaires syndicaux et de gauche, est en réalité un remplacement de l'emploi stable par des emplois à temps partiel, temporaires ou «fixes-discontinus»[2], où la vie des travailleurs est à la merci des besoins de la production ou des caprices de l'employeur. On nous parle maintenant d'une nouvelle «avancée sociale» avec l'hypothétique réduction de la journée de travail, alors qu'en réalité, la proportion de salariés effectuant des heures supplémentaires non rémunérées est encore plus élevée aujourd'hui qu'avant la réforme du travail de 2019.

Le gouvernement se vante d’une croissance économique qui, en réalité, repose sur des investissements largement spéculatifs (le secteur immobilier), dépendant d’une «monoculture» du tourisme (qui représente 13% du PIB) et profitant de la surexploitation des travailleurs, principalement ceux issus de l’émigration.

Un gouvernement pour la paix ?

En tant que gouvernement de gauche, celui de Sánchez a tendance à dissimuler sa loyauté envers l'exploitation et la guerre derrière la «solidarité» et des pantomimes pacifistes. Ce fut le cas lors du récent sommet de l'OTAN, où le président s'est «mis à l'écart» des autres dirigeants, semblant ignorer la course effrénée à la guerre et l'augmentation des budgets militaires. Mais la vérité est que, quelques mois auparavant, le gouvernement «progressiste» s'était engagé à consacrer 2,5 % du PIB aux dépenses militaires (près de 41 milliards d'euros), augmentées d'un Plan industriel de défense (10 milliards supplémentaires) et d'un engagement à investir 34 milliards supplémentaires dans les années à venir.[3] Quelques semaines plus tard, Pedro Sánchez lui-même annonçait un plan visant à augmenter les effectifs militaires de 116 000 à 140 000 au cours des huit prochaines années.

Avec un cynisme révoltant, Sira Rego, ministre de la Jeunesse et membre du parti le plus à gauche, SUMAR, a déclaré : «Il serait contradictoire de devoir choisir entre le développement d'un programme social et les dépenses militaires, et de voir des hôpitaux et des écoles fermer, et de voir l'avenir de notre génération menacé par la production accumulée d'armes.» Or, c'est exactement ce qu'ils font ! Gel des aides aux personnes dépendantes, incitant les travailleurs à souscrire à une assurance maladie privée en raison de la détérioration du système de santé publique. Réduction des effectifs enseignants, comme le dénoncent les mobilisations d'enseignants en Catalogne, au Pays Basque, dans les Asturies, à Madrid, etc.

Un gouvernement en faveur des travailleurs migrants ?

Une autre caractéristique de la propagande des partis de gauche du Capital est d'exagérer les atrocités de la droite pour camoufler les leurs. On le constate récemment, par exemple, aux États-Unis,[4] comme lors des événements de Torre Pacheco en Espagne, lorsque le gouvernement «socialiste» de Sánchez et ses camarades gauchistes tentent d'afficher leur image «progressiste» en exhibant la rage xénophobe et raciste des gangs d'extrême droite. A l’opposé, le gouvernement «progressiste» tape sur les épaules de nos frères de classe, mais pour mieux les exploiter. Il leur dit que la «prospérité» espagnole leur doit beaucoup. Et elle leur doit beaucoup ! Une étude récente a révélé que les travailleurs migrants en Espagne gagnent 30 % de moins que les travailleurs nationaux.[5] Avec toute son hypocrisie, la ministre Pilar Alegría a déclaré, à propos des attaques contre la population migrante à Torre Pacheco : «Notre pays n'a rien à voir avec ces individus violents qui les maltraitent sous prétexte de défendre l'Espagne.» Et cela vient du porte-parole d’un gouvernement qui a perpétré le massacre de la barrière de Melilla, ou qui négocie avec les gouvernements du Maroc, de Mauritanie, etc., la répression de ceux qui tentent d’échapper à la guerre et au chaos.

Le gouvernement de gauche affirme que le «peuple» lui demande de «résister» pour défendre les «acquis sociaux acquis au fil des décennies». Ce qu'il tente de dissimuler avec ce mensonge, c'est que, quel que soit le gouvernement, la voie du capitalisme mondial vers la guerre et la misère est la seule voie qu'il offre à l'humanité. La seule possibilité d'échapper à ce sinistre destin est de lutter, unis, en tant que classe, contre toutes les factions de la classe exploiteuse. Nous faire croire qu'au sein de ces factions, il y en a d'autres «plus favorables aux travailleurs» ou qu'elles représentent un capitalisme «plus humain» est la pire tromperie par laquelle ils tentent de nous enchaîner, impuissants, dans cette voie de la barbarie.

Valerio (1er août)


[1] Selon un rapport de l'ONG Save the Children, c’est le cas de 17 % des familles. Ce pourcentage monte à 33 % si elles ont un enfant.

[2] La lutte contre l'augmentation de ce type de contrats a été au cœur des manifestations, notamment celles des enseignants des Asturies et des métallurgistes de Cadix. En mai 2025, 83 % des contrats de travail étaient temporaires, à temps partiel ou à durée déterminée.

[3] Ce sont les chiffres du rapport du Centre Delás, équivalent du SIPRI en Espagne.

[4] Voir sur notre site le tract que nous appelons à distribuer (juin 2025) : « Contre les attaques xénophobes de Trump contre la classe ouvrière et le slogan de « défense de la démocratie » : La classe ouvrière doit développer sa propre lutte ».

[5] Ce sont des données publiées dans le journal El País.

 

 

Géographique: 

  • Espagne [11]

Personnages: 

  • Pedro Sanchez [12]
  • Sira Rego [13]
  • Pilar Alegría [14]

Rubrique: 

Campagnes idéologiques

Ni fascisme, ni populisme, ni démocratie

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Nous publions ci-dessous l’échange épistolaire entre le CCI et un camarade qui nous a écrit des Pays-Bas. Nous saluons son courrier et surtout sa démarche visant à faire part de désaccords sur une question politique essentielle : le rapport entre le fascisme, le populisme et la démocratie. L’importance de cette question aujourd’hui réside dans le fait que la situation internationale est marquée par la montée du populisme, par une tendance généralisée à l’assimiler au fascisme des années 1930 et par les appels à la défense de la démocratie que cela suscite.

Il s’agit là d’une question vitale pour le prolétariat du fait que la bourgeoisie exploite pleinement et instrumentalise idéologiquement cette situation pour mystifier la classe ouvrière et l’entraîner sur un faux terrain lui permettant de dédouaner et protéger son système : le capitalisme. C’est notamment le cas aux États-Unis, où la politique de Trump est présentée comme une «menace pour la démocratie» ou encore en Allemagne où la montée inexorable de l’AfD est présentée comme une nouvelle «menace fasciste». Face à ces dangers, les fractions «libérales» de la bourgeoisie et surtout la gauche du capital appellent à des mobilisations significatives pour «défendre les institutions démocratiques». L’ennemi n’est plus le capitalisme mais le populisme ou le «nouveau fascisme».

Dans notre réponse, nous voulons mettre en exergue, non seulement combien le contexte aujourd’hui est totalement différent des années 1930 et de l’ère du fascisme, mais aussi combien la mystification de la «défense de la démocratie» a toujours été une arme redoutable de la bourgeoisie pour mener la classe ouvrière à la défaite. Notre réponse vise avant tout à apporter quelques premiers éléments de réponse, à pousser au débat et à la réflexion sur ce sujet afin d’élargir et d’approfondir cette question. Elle nécessite cependant d’être prolongée et enrichie par des débats et des lectures complémentaires. Nous encourageons d’ailleurs tous les camarades qui le souhaitent à nous écrire, à aborder toutes les questions qui se posent au sein du prolétariat, comme l’a fait ce camarade de Hollande.

Le courrier de notre lecteur

Chers camarades,

Voici une réaction à l'article «La bourgeoisie tente d'attirer la classe ouvrière dans le piège de l'antifascisme» publié dans Internationalisme et Wereldrevolutie n° 382.

En général, je lis votre journal avec beaucoup d'approbation. C'est surtout votre internationalisme qui m’attire beaucoup. La solidarité internationale devrait être très importante pour la gauche, plutôt que le nationalisme. L'article susmentionné m'a moins plu.

Voici ma réaction à votre article :

Il est très important de constater que le fascisme moderne ne diffère pas fondamentalement de l'ancien fascisme.

Le fascisme diffère fondamentalement du libéralisme d'avant le 11 septembre. Le fascisme soutient à nouveau le capitalisme avec beaucoup de fanatisme et aspire en outre à un retour à l'époque d'avant les Lumières. La répression des protestations s'intensifie considérablement. Les droits acquis sont rapidement supprimés. Cela vaut pour les droits des travailleurs. Cela vaut également pour les droits d'un grand nombre de groupes sociaux, des réfugiés aux femmes. Cela vise en partie à semer la division parmi les travailleurs. Nous devons donc lutter pour le maintien et, de préférence, l'extension de tous les droits acquis. À cet égard, la lutte contre la division entre les travailleurs est un point important.

Voici maintenant quelques remarques sur certaines parties de l'article

Vous affirmez que ce que j'appelle la «gauche parlementaire» s'oppose fermement au fascisme. C'est tout le contraire. Le fascisme est considéré comme inoffensif et n'est généralement pas nommé, mais qualifié de «populisme», comme s'il s'agissait d'un phénomène populaire. Malheureusement, c'est également le cas dans votre article.

Vous affirmez à juste titre que le fascisme était un moyen très efficace pour écraser le prolétariat. N'est-ce pas toujours le cas aujourd'hui ? Le fait qu'il y ait moins de protestations du prolétariat qu'il y a 100 ans ne constitue pas une différence fondamentale.

La «gauche parlementaire» affirme en effet que le choix se situe entre le fascisme et le système parlementaire. Lutter contre le fascisme ne signifie certainement pas approuver le système parlementaire. On n'arrête pas le fascisme en votant une fois tous les quatre ans. De plus, la gauche parlementaire a, dans un passé (récent), approuvé à maintes reprises des mesures d'austérité sévères et/ou a contrecarré les protestations contre celles-ci. Les actions extraparlementaires sont essentielles pour lutter contre le fascisme et parvenir à un changement social

Vous considérez «toutes sortes de revendications fragmentées» du «mouvement LGBTQ aux organisations caritatives» comme «toutes de nature idéologique bourgeoise». Il me semble que vous négligez ainsi la diversité de ces mouvements. Certains militants sont nettement plus radicaux que d'autres. Il est important de soutenir la lutte de ces groupes contre la restriction de leurs droits. La manière dont cela doit être fait doit bien sûr faire l'objet d'un débat.

J'espère que vous considérerez ceci comme une contribution à cette discussion si nécessaire.

Avec mes salutations fraternelles,

R.V., Amsterdam

Le 03/07/2025

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Notre réponse

Cher camarade R.,

Merci pour ton évaluation enthousiaste de la presse du CCI. Dans ton courrier, tu abordes différents points importants, mais nous souhaitons nous centrer dans cette réponse sur la question politique du fascisme, du populisme et de la démocratie. Tu écris à ce propos : «Il est très important de constater que le fascisme moderne ne diffère pas fondamentalement de l'ancien fascisme. Le fascisme n'est généralement pas désigné comme tel, mais sous le nom de «populisme », comme s'il s'agissait d'un phénomène populaire.»

C'est une position qu’il est important de discuter car elle est souvent exprimée dans des débats et des textes à propos du raz de marée populiste. Quant au CCI, il ne la partage pas, pour deux raisons :

-le contexte social actuel et plus spécifiquement la situation de la classe ouvrière n’est nullement comparable à celui de l’avènement du fascisme dans les années 1930 en Allemagne et en Italie ;

-le phénomène du populisme actuel n’est pas comparable à celui du fascisme, mais exprime la putréfaction politique et idéologique d'une bourgeoisie qui n'a plus de perspective pour orienter la société.

Expliquons-nous[1] :

Le fascisme est un produit historique, un courant politique qui a émergé pendant la période de contre-révolution (les années 1920 et 1930), après que la classe ouvrière en Europe a été vaincue idéologiquement et physiquement. Il y a d’abord eu l’échec sanglant de la révolution en Allemagne (1919-1923), notamment par l’écrasement du soulèvement du prolétariat à Berlin, massacré par les corps francs sous l’impulsion et les ordres de la social-démocratie (SPD) traitre, parti qui, en votant les crédits de guerre et en soutenant l’Union sacrée pour la boucherie de la première guerre mondiale, était passé du côté de la bourgeoisie. Il y a eu ensuite l’échec de la révolution russe, isolée par l’échec de l’extension de la révolution mondiale, affaiblie par une terrible guerre civile et où la contre-révolution est incarnée par le parti bolchevik lui-même sous la direction de Staline (1917-1927). C’est cet écrasement physique et idéologique des bataillons à la pointe du mouvement révolutionnaire mondial et l'assassinat de l'élite du mouvement communiste dans ces pays (1919-1923) qui ont permis l’avènement du fascisme. En d’autres termes, le fascisme (comme le stalinisme d’ailleurs) n’a fait que consacrer la lourde défaite du prolétariat, qui ouvrait d’ailleurs à nouveau la voie à l’affrontement guerrier entre puissances impérialistes. De ce point de vue, l'avènement des régimes fascistes répondait aux besoins du capital national : il fallait concentrer tous les pouvoirs au sein de l'État, accélérer l'économie de guerre, militariser le travail. Dans les pays de l’Europe de l’Ouest où la classe ouvrière n’avait pas été défaite, c’est, au nom de “l’antifascisme”, que le prolétariat est mobilisé par la gauche du capital pour défendre la démocratie et est enrôlé pour la guerre.

 Bref, le fascisme n’est pas la cause mais est le produit de la défaite physique et idéologique écrasante de la classe ouvrière orchestrée par la social-démocratie, le stalinisme et d’autres «forces démocratiques», fraternellement unis au sein des «fronts populaires». Par ailleurs le contexte de la lutte des classes est aujourd’hui fondamentalement différent par rapport à celui des années 1930. Actuellement, la classe ouvrière dans les principaux pays du monde n’a été ni physiquement ni idéologiquement défaite. Au contraire, depuis 2022, différentes luttes importantes indiquent qu’elle s’efforce de recouvrer son identité de classe et les tentatives de mobiliser et diviser les travailleurs derrière les campagnes populistes ou au contraire derrière celle pour la défense des institutions démocratiques visent précisément à casser cette dynamique prolétarienne.

On peut discuter de l'utilisation du mot populisme, mais quel que soit le nom qu'on donne à ce phénomène, il diffère fondamentalement du fascisme. Contrairement à ce dernier, il n’est pas le produit d'une classe ouvrière vaincue, mais des contradictions croissantes dans la société capitaliste, qui rendent la rivalité au sein de la bourgeoisie de plus en plus incontrôlable et entraînent, par conséquent, une perte croissante de contrôle sur l'appareil politique. Le populisme est donc un pur produit de la profonde désintégration et de la pourriture de la société capitaliste. En raison de l'absence de perspective significative pour la société, «il se développe au sein de la classe dominante, et en particulier au sein de l'appareil politique, une tendance à la perte de la discipline politique et à une attitude du chacun pour soi» (Thèses sur la décomposition). Il en résulte que, dans de nombreux cas, les élections actuelles ne conduisent pas à la désignation d'une fraction bourgeoise capable de représenter le mieux possible, les intérêts généraux du capital national, mais à celle de factions qui défendent leurs propres intérêts, souvent en contradiction avec les intérêts nationaux globaux. Les mouvements populistes trouvent leur soutien dans le «peuple», victime de la crise économique et financière, qui se sent abandonné par “l'establishment” politique, trahi par les médias de gauche et menacé par le flot d'immigrants. Il s'agit souvent de personnes issues de la petite bourgeoisie, mais aussi de couches ouvrières plus marginalisées, dans des régions autrefois fortement industrialisées. En 2016, la campagne de Trump a reçu «le soutien des Blancs sans diplôme universitaire, et en particulier des ouvriers de la «Rust Belt», les nouveaux déserts industriels qui ont voté pour Trump en signe de protestation contre l'ordre politique établi, incarné par la soi-disant «élite libérale des grandes villes». Leur vote était avant tout un vote contre – contre les inégalités croissantes de richesse, contre un système qui, selon eux, les privait, eux et leurs enfants, de tout avenir.» (President Trump: symbol of a dying social system).

Bien évidemment, la bourgeoisie utilise et exploite cette situation idéologiquement en tentant d’entraîner la classe ouvrière dans un combat entre vandales populistes et défenseurs des principes démocratiques et de préserver ainsi son système capitaliste de toute remise en question. La gauche en particulier réagit au populisme en brandissant volontiers le spectre du fascisme et le Drapeau de la “défense de la démocratie” afin de rallier le plus grand nombre possible d’ouvriers. Cependant, cette opposition de gauche au populisme fait tout autant partie de la classe bourgeoise et s'attaque tout autant aux conditions de travail et de vie des travailleurs que tous les autres partis et, comme tu l’écris toi-même, «a approuvé à maintes reprises, dans un passé (récent), des mesures d'austérité drastiques». Les travailleurs doivent donc refuser de suivre cette voie et ne se laisser diviser en aucun cas en travailleurs «populistes» et «démocrates».

Or, si tu sembles rejeter dans ta lettre l'activité parlementaire («lutter contre le fascisme ne signifie certainement pas approuver le système parlementaire»), en même temps, rien dans ta lettre n'indique que tu rejettes la démocratie qui, tout comme la dictature, le despotisme et l'autocratie, est également une expression politique de la dictature du capital. C'est d’ailleurs en substance le thème central de l'article que tu critiques. Il faut être clair, cette question est vitale et centrale pour le prolétariat. Ce sont bien les campagnes pour la défense de la démocratie qui désarmeront la classe ouvrière et mèneront à la défaite en préparant la mobilisation en vue de la guerre si nous ne les combattons pas et nous laissons abuser par le mythe démocratique. La bourgeoisie tente bel et bien d'attirer la classe ouvrière dans le piège de l'antipopulisme. Les travailleurs ne doivent pas se laisser entraîner dans «les campagnes pour la défense de l'État démocratique». Ils doivent mener, indépendamment des partis bourgeois, la lutte sur leur propre terrain de classe.

Enfin, dans ta lettre, tu pointes également un phénomène qui indiquerait une similitude avec l’émergence du fascisme dans les années 1930 : «La répression des protestations s'intensifie considérablement.». Certes, tout comme c’est d’ailleurs le cas d'autres phénomènes comme, par exemple, la chasse aux migrants et leur enfermement dans des camps, l'exclusion de certains groupes de population, la recherche de boucs émissaires, le recours au chantage, aux menaces, aux règlements de comptes, etc. Mais tous ces phénomènes sont loin d’être spécifiques au fascisme : on les retrouvait déjà dans les pays staliniens comme la Chine, dans des régimes «démocratiques forts» (sic) comme la Russie, la Turquie ou le Pakistan par exemple et ils se généralisent de plus en plus dans les pays «champions de la démocratie». Et surtout, l’explosion de ces phénomènes est une manifestation caractéristique de la généralisation de la barbarie qui caractérise la plongée actuelle de la société dans la période de décomposition du capitalisme décadent.

CCI

 

[1] Voir pour une argumentation plus complète l’article sur notre site «Dans la période actuelle. Y a-t-il un danger fasciste ? », ainsi que notre brochure «Fascisme et démocratie, deux expressions de la dictature du capital ».

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