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Ouvriers, pas d’illusion !
La bourgeoisie en France vient bel et bien de remporter une victoire. L'épreuve de force engagée par son Etat contre TOUTE la classe ouvrière, à l'occasion de l'entrée en lutte massive des cheminots à la mi-décembre 86, sur la question des salaires, des conditions de travail, des suppressions d'emplois qui concernent désormais TOUS les ouvriers sans distinction, a tourné à son avantage.
Malgré une combativité exemplaire, en effet ; malgré une capacité à engager et étendre le combat à tout le secteur sans et contre l'avis des syndicats ; malgré une volonté et une capacité à s'organiser pour rester les seuls mitres de la conduite de leur lutte au travers d'assemblées générales souveraines, des comités de grève élus et révocables, des tentatives de coordination régionales et nationales des délégués des assemblées, les cheminots, après avoir bloqué un mois durant tout le trafic ferroviaire et pesé ainsi lourdement sur toute la vie économique du pays, ont cependant dû reprendre le travail, paquet par paquet, la rage au ventre, sans avoir rien obtenu d'essentiel.
La raison de cette victoire de la bourgeoisie, la raison de cette défaite ouvrière n'a rien de mystérieux, d'incompréhensible. Elle se résume en deux mots : CORPORATISME, ISOLEMENT.
Ils se sont satisfaits d'une solidarité passive ; ils se sont illusionnés eux aussi sur le fait que tout ce qui avait fait la force du mouvement des cheminots au début de la grève, tout ce qui les avait enthousiasmés a juste titre, pourrait se maintenir au fil des jours qui passaient.
Résultat des courses :
Oui ! La bourgeoisie a remporté une victoire, la classe ouvrière a perdu une bataille! Mais cela ne signifie nullement que la bourgeoisie a gagné la guerre de classe. Au contraire, celle-ci ne fait que commencer à s'amplifier.
Malgré son isolement, son échec, la grève des cheminots, plus que toute autre grève est venu révéler au grand jour, aux yeux de tous les ouvriers, toute la combativité qui s'est accumulée dans leurs rangs sous l'impact des attaques subies au fil des années sous les gouvernements de gauche et de droite la grève à la SNCF, par son caractère massif, est venue pleinement confirmer que le prolétariat en France -que d’aucuns disaient éteint- était capable de prendre toute sa part dans le développement des luttes plus massives, plus simultanées, cherchant à s'unifier qui ont commencé à secouer l’Europe occidentale à partir du magnifique mouvement du printemps 86 en Belgique, face aux attaques toujours plus dures et plus frontales des conditions ouvrières, luttes qui vont inévitablement s'accentuer dans les mois à venir.
La grève SNCF, parce qu'elle s'est enclenchée, étendue, auto-organisée à l’initiative des ouvriers eux-mêmes, hors et contre les syndicats, a non seulement révélé spectaculairement à tous les ouvriers, toute la défiance et l'hostilité qui s’est accumulée dans leurs rangs à l'égard des syndicats, des partis de gauche depuis 1968, et depuis le passage durant cinq ans de la gauche au pouvoir, mais a également montré la volonté et les possibilités de réussir dans l'avenir à faire obstacle aux manœuvres de division et de sabotage des luttes de ces derniers.
La grève SNCF enfin, battue parce qu'isolée, enfermée dans la corporation, malgré et à cause de son échec est venue renforcer l’idée qui mûrissait déjà souterrainement parmi la grande masse des ouvriers : "C'est tous ensemble qu'il faut lutter !" ; c’est en tant que classe unie qu'il faut se battre contre l'Etat de la classe ennemie, pour gagner.
Aussi, aujourd'hui, malgré le sentiment d'échec, malgré l’amertume, la classe ouvrière ne doit pas se décourager, baisser les bras. La bourgeoisie -et le renforcement de ses attaques- ne lui laisse pas d'autre choix que celui de reprendre la lutte dans les semaines et les mois qui viennent. Il faut que les prochaines batailles soient victorieuses.
Pour cela, il faut tirer les leçons de ce premier combat, toutes les leçons ; prendre le temps et les moyens de les assimiler collectivement. Aussi, tous les ouvriers combatifs, conscients doivent-ils s'attacher à se regrouper, à former des comités de lutte pour discuter, tirer les leçons, les diffuser partout et ainsi participer activement dès aujourd’hui à préparer les prochains combats.
Et ceci sur les bases suivantes :
Ce sont là les bases essentielles pour que les prochaines batailles soient, victorieuses.
Ce sont les bases pour que la classe ouvrière poursuive sa marche en avant vers son unité internationale, son autonomie de classe, seules capables de lui permettre, par la révolution communiste, de mettre un terme définitif à la misère, au chômage, à la barbarie guerrière qu'implique la survie du capitalisme décadent.
LL
Alors que la bourgeoisie se préparait à passer tranquillement la période des fêtes -traditionnellement de “trêve sociale“- de fin d'année et qu'elle cherchait à exploiter au maximum la situation consécutive à l'agitation stérile des étudiants pour développer de nouvelles séries d'attaques d'envergure contre le prolétariat et pour tenter de faire accréditer l'idée de l'absence ou du moins de la passivité y£ la classe ouvrière, se produit soudain l'explosion qui fait basculer le paysage politique et social en France, bouleverse tous les plans de la bourgeoisie et va marquer profondément et pour long- temps les consciences ouvrières.
L’INITIATIVE ET LA PRISE EN CHARGE DE LA LUTTE EN DEHORS ET CONTRE LES SYNDICATS
Le 18 décembre à 24 heures, dans le dépôt de trains de la gare de Paris-Nord, un petit groupe de conducteurs de trains arrêtait spontanément le travail et appelait leurs camarades à se réunir en assemblée générale.
L'assemblée décidait immédiatement la grève, sans aucun préavis, ni aucun consigne de la part des syndicats qui attendaient alors l'ouverture le 6 janvier des négociations prévues sur la nouvelle "grille des salaires", sur les conditions de travail des conducteurs et sur les suppressions d'emploi prévues à la SNCF en croyant avoir auparavant épuisé suffisamment la combativité des cheminots, dans un secteur où ils avaient organisé 14 journées d'action pour la seule année 86 '
Les grévistes bloquaient tout le trafic ferroviaire de Paris-région Nord et lançaient des appels aux "roulants" des autres zones à les rejoindre dans la lutte.
De la même manière que leurs collègues de Chambéry qui, en septembre 85 et face à un gouvernement de gauche, avaient de façon aussi spontanée déclenché une grève qui s'était répandue comme une traînée de poudre, paralysant en 48 heures les trains dans tout le pays, de même que la grève des conducteurs du métro parisien en décembre 85, la lutte embrase en peu de temps la quasi-totalité de la catégorie professionnelle.
Sans mesurer eux-mêmes la portée de leur mouvement ils venaient d'engager la plus puissante, la plus massive et la plus longue grève enregistrée à la SNCF depuis 1968.
Ainsi, avec une rapidité foudroyante, 48 heures après le premier arrêt de travail, la grève des conducteurs est pratiquement générale. Les rares trains qui circulent sont conduits pas le personnel d'encadrement ou des élèves-conducteurs non qualifiés pour cette tâche. 98 % des agents de conduite sont grévistes, la quasi-totalité des dépôts est touchée par le mouvement SANS QU'AUCUN SYNDICAT N'AIT APPELE A DEBRAYER. En plusieurs endroits, la grève tend à déborder sur d'autres catégories, à faire tâche d'huile: d'autres agents plus sédentaires de la SNCF commencent à leur tour à se mettre en grève sur leurs propres revendications. Partout, dans toutes les régions, ce mouvement s'est étendu à l'initiative de la base, tout au plus accompagné par des délégués syndicaux locaux.
Partout éclate une même exaspération face à ce qui est déjà subi (la dégradation des conditions de travail, le blocage des salaires) et face aux nouvelles menaces de "nouvelles grilles", les suppressions d'emploi supplémenta ires.
Tirant une première leçon de l'expérience de leur échec de 1985 où les syndicats avaient hâtivement négocié dans leur dos leur reddition, qualifiée par ces derniers de "victoire" et fait reprendre le travail dépôt par dépôt sur la base de vagues promesses mensongères de suspension des attaques, s'affirme la volonté claire et manifeste chez les grévistes, syndiqués comme non syndiqués de prendre en charge eux- mêmes la lutte et de la conserver entre leurs mains, de multiplier les initiatives à la base, de développer les regroupements d'ouvriers pour affirmer leur propre point de vue, de ne pas laisser les syndicats négocier à leur place. Cette volonté et ce souci de permettre à tous les ouvriers, dans une grève décidée par eux-mêmes, de contrôler chaque aspect de le lutte revient comme un leitmotiv partout. Cette volonté et ce souci chez les grévistes de conserver un contrôle permanent de la lutte s'est traduite spectaculairement par la mise en place quasi systématique d'assemblées générales journalières, par l'élection fréquente de comités de grève responsables devant l'assemblée générale, par l'organisation de la lutte des agents de conduite à un niveau régional, par les tentatives de mettre en place une coordination nationale de la lutte. A large échelle, dans la grève, s'instaure la pratique générale d'assemblées, de permanences, de regroupements où l'on discute de la conduite de la grève, où on la reconduit et où on l'organise, où l’on décide ensemble des actions à mener.
Le mouvement échappe non seulement au contrôle des syndicats mais exprime explicitement, au grand jour, la défiance massive et profonde vis-à-vis d'eux et de leur travail de sabotage, méfiance qui s'est accumulée et qui est présente dans l'ensemble de la classe.
A haute voix, des grévistes proclament : "on en a marre, on en a assez des grèves où chaque organisation lance son mot d’ordre à trois semaines d'intervalle", "on veut être consulté avant toute décision, toute négociation", "si la CGT reprend le contrôle du mouvement, moi, j’arrête la grève tout de suite!".
De fait, depuis les premières heures du conflit et jusqu'au 21 décembre à 18 heures, la CGT -minoritaire chez les agents de conduite mais majoritaire au niveau de l'ensemble du personnel SNCF, s'oppose ouvertement à la grève. Un de ses tracts, le 20/12, appelait les agents de conduite à "faire le maximum pour acheminer les vacanciers jusqu'à leur destination. Dans certains dépôts de la banlieue parisienne, comme à Villeneuve-Saint-Georges, elle appelle à la reprise du travail et à celui d'Austerlitz (réseau Paris Sud-Ouest) ou à Miramas, près de Marseille, elle va jusqu'à organiser des "piquets de travail" contre les grévistes.
La CFDT et le syndicat autonome, majoritaire chez les agents de conduite, sont contraints d’apporter du bout des lèvres leur "soutien" aux grévistes. F.O (Force Ouvrière) comte d'autres syndicats de cadres, refuse de participer à la grève.
UN BRAS DE FER PROLETARIAT-BOURGEOISIE
Toute la population ouvrière a les yeux braqués sur l'évolution de la lutte.
Tous les ouvriers savent que le combat acharné de leurs frères de classe est le leur, celui de la défense des intérêts immédiats et futurs de toute la classe ouvrière.
Tous ont conscience que c'est une épreuve de force entre l'Etat et toutes les forces capitalistes d'un côté, la classe ouvrière comme un tout de l'autre.
Cette lutte allait en effet servir, dans la première dizaine de jours de son existence, de colonne vertébrale, d'épicentre au rapport de forces établi par toute la classe ouvrière, servir de pôle de référence, montrer la voie à suivre pour la lutte à tous les ouvriers, cristalliser son attention, susciter leur réel enthousiasme, alimenter Leurs discussions et leurs réflexions, stimuler leur combativité.
Pour la bourgeoisie, l'effet de surprise est total. Un très court moment, la bourgeoisie croit d'abord à un feu de paille, aisé à circonscrire à la veille de la "trêve sociale" attendue pour la fête de Noël, mais elle réalise bien vite qu'elle est prise à contre-pied devant l'ampleur, la simultanéité, le caractère massif, la combativité et la détermination de La lutte.
Il devient surtout rapidement évident pour elle que les syndicats sont totalement débordés, impuissants, contestés, en dehors du coup. Côté gouvernement et Direction, c'est d'abord le silence, puis le rappel que des négociations "normales" sur les revendications des cheminots sont prévues en janvier.
Côté PS et PC, non seulement on se garde de critiquer trop durement le gouvernement, d'appeler à la lutte, de souffler sur le feu, mais, au contraire, comme le fait "L'Humanité" du 20/12, en pleine extension du conflit, on colporte de fausses nouvelles sur la tendance à la reprise du travail.
Tout au plus, une campagne est ouverte pour tenter, à travers les media, de discréditer la grève auprès des "usagers", d'établir son "impopularité" en cette période. Mais elle reste sans grande efficacité et elle demeure en tout cas sans effet sur les ouvriers.
Personne dans la bourgeoisie ne sait exactement comment s'y prendre. Tout le monde hésite mais a par contre pleinement conscience que l'Etat et, avec lui toute la bourgeoisie, face à cette grève à la SNCF, se trouve engagé dans une épreuve de force frontale, "à haut risque" avec toute la classe ouvrière.
La bourgeoisie sait que reculer à ce moment-là serait d'une part remettre en cause d'une façon significative toute la politique gouvernementale et patronale sur les salaires, la SNCF pouvant servir d'exemple "nuisible" pour toute la fonction publique et le secteur nationalisé, mais aussi pour tout le secteur privé, d'autre part, ce serait un encouragement à la lutte pour tous les ouvriers; ainsi, tous les autres secteurs où des signes de colère s'étaient déjà manifestés corme à l'EDF ou aux PTT seraient incités à entrer en lutte à leur tour; ainsi, les luttes en cours dans les autres secteurs comme les marins tendraient à se poursuivre jusqu'à totale satisfaction des revendications, ainsi ceux qui devaient entrer en lutte la semaine suivante comme les conducteurs de métro et de bus parisiens (RATP) aspireraient à le faire massivement et sur toutes leurs revendications; ainsi, chez tous les ouvriers, risquerait de germer rapidement l'idée que l'on a tout à gagner à entrer en lutte sans et en dehors des syndicats; que l'on n'a pas besoin d'eux pour se battre et obtenir satisfaction.
Mais aussi, pour la bourgeoisie, se montrer dure, intraitable avec un conflit qui parvient à paralyser une bonne partie de la vie économique du pays, c'est risquer un durcissement du conflit et surtout son élargissement à d'autres secteurs, rendant du même coup la tâche des syndicats de reprendre le contrôle de la situation plus malaisée, difficile, c'est augmenter le risque d'avoir à affronter un conflit encore plus général, plus incontrôlable, encore plus lourd de conséquences non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan politique.
Le seul atout, fragile mais réel, dont disposait la bourgeoisie à court terme, c'était de pouvoir essayer de jouer sur la "période des fêtes" qui, si elle n'a pas entravé l'entrée en lutte et la combativité des conducteurs de trains, joue objectivement contre le risque de contagion, d’extension, de généralisation des luttes tout particulièrement dans le secteur public. Son objectif, qui est de maintenir la grève isolée à la SNCF et de favoriser la réinsertion des syndicats dans la grève, va être servi par une stratégie pour gagner du temps en multipliant une série de manœuvres successives, "au jour le 21/12 au soir, la CGT cesse de s'opposer ouvertement à la grève, de prôner l'apaisement du conflit à la SNCF et donne ordre à ses troupes de chercher à rattraper le mouvement, de rentrer le plus possible dedans, en faisant mine de répandre la pratique des assemblées générales, en se faisant le champion de la tendance à l'élargissement de la lutte aux autres catégories de personnel SNCF où elle dispose de plus d'influence.
Le lendemain, les négociations Direction/syndicats s'ouvrent. On assiste à la situation "surréaliste" dans laquelle les syndicats qui n'ont en rien "participé" à la grève, à la définition des revendications, discutent à la place des grévistes, négociant en leur nom. Mais, au moins, on fait ainsi apparaître clairement, contre la volonté des grévistes de contrôler les éventuelles négociations, que de toutes façons, seuls les syndicats sont habilités à négocier; bref, que le mouvement de grève ne pourra pas se passer d'eux.
La Direction refuse tout recul sur les salaires au-delà des consignes gouvernementales, ce qui donne l'occasion aux principaux syndicats -CGT, CFDT, FO, bien conscients d'être incapables de faire accepter aux grévistes cette parodie de négociations, de "claquer la porte", en se présentant comme solidaires des ouvriers, leurs vrais défenseurs. De ce fait, on contribue efficacement à orienter la préoccupation des ouvriers sur les négociations au détriment du souci de rechercher les moyens réels d'élargir le rapport de forces, d'élargir la lutte qui peuvent seuls permettre d'imposer la satisfaction des revendications.
L'EXTENSION EST NECESSAIRE ET POSSIBLE
Dans les ports, le mouvement des marins, qui dure déjà depuis près d'un mois, tient bon, renforcé qu'il a été par l'entrée en lutte à Marseille des ouvriers du port et des dockers en solidarité, suite à une intervention de la police contre les grévistes.
Cependant, malgré le maintien et le développement de la combativité, de la détermination dans les ports et surtout à la SNCF sur laquelle se concentre l'attention de la bourgeoisie et de la classe ouvrière, aucun secteur de la fonction publique, où existe pourtant une volonté de rentrer en lutte à son tour, n'a rejoint le combat.
Un premier cap difficile pour la bourgeoisie vient d’être franchi. Les 24 et 25 décembre arrivent. Les grosses entreprises ferment leurs portes; derrière le jour de congé du 25 décembre, il y a un nouveau week-end. Les services publics concentrés dans la région parisienne et notamment les centres de tri postaux vont fonctionner à effectifs réduits et les éléments les plus combatifs sont dispersés en cette période de congés d'hiver.
La dynamique ouvrière à la SNCF, si elle subsiste fortement, est en passe d'atteindre son apogée, c'est-à-dire aussi qu'elle s'approche du moment où, par elle-même, elle ne peut que commencer à décliner.
Il apparaît clairement que si rien ne se produit à la SNCF, dans les heures et les jours qui viennent, dans les assemblées, pour aller dans le sens d'un élargissement du mouvement au-delà de la SNCF, par envoi de délégations massives aux autres secteurs, par des appels pressants des grévistes aux autres ouvriers du secteur public à rentrer en lutte, les hésitations qui existent dans le secteur public sur cette question de l'entrée en lutte, pourtant discutée partout, vont perdurer. La dynamique encore présente et forte à la SNCF ne pourra alors que s'étioler dans le corporatisme, le catégoriel et favoriser la réussite des manœuvres d'enfermement, d'isolement, de divisions des syndicats et des gauchistes qui se précisent.
Le 24 décembre, le mouvement de grève dans le métro se durcit, le trafic est quasiment bloqué. Sous la pression des ouvriers, la CGT et la CFDT se sont jointes à la grève. Les travailleurs des bus de la RATP se joignent en grande partie au mouvement.
LE REFLUX PROGRESSIF DE LA LUTTE ET LA REPRISE EN MAIN DE LA BOURGEOISIE
Dans les heures qui suivirent, les syndicats vont se débrouiller, chacun tirant de son côté, à faire cesser la grève à la RATP, avec la promesse d’une reprise de celle-ci le 30 et 31 décembre, "si les nouvelles négociations prévues n'ont pas abouti". S'aggravent ainsi la défiance et le ras-le-bol à leur égard mais ils réussissent à provoquer également une certaine démoralisation chez les travailleurs. A la SNCF, la mise en place par le gouvernement de transports par bus et camions pour pallier "les difficultés des usagers", pour limiter 1'impact de la grève sur l'industrie et le commerce, ne semblent pas entamer la combativité, la détermination ouvrière. Pas plus que les interventions mesurées de la police contre les piquets de grève. Mais ces interventions favorisent la réapparition "au premier rang" des syndicalistes, renforcent la solidarité corporatiste, l'enfermement sur la SNCF, sur les actions de blocage des voies ferrées. LA LUTTE DES CHEMINOTS SE REFERME SUR ELLE-MEME
L'idée avancée dans le mouvement dès le 22/12 de créer une coordination nationale des délégués des comités de grève élus par les assemblées, fait son chemin. Mais cette idée,, pour se réaliser pleinement, se heurte à trois obstacles essentiels :
Ce qui fait qu'au lieu d'avoir une seule coordination des cheminots en grève offensive, réalisant l'unité de tous les grévistes, cherchant à élargir le rapport de forces, la lutte, aux autres secteurs ouvriers, cherchant à s'ouvrir par exemple aux délégués des travailleurs du métro, des ports, des PTT, nous allons voir se constituer deux coordinations nationales, corporatistes, ayant toutes deux au moins au départ comme préoccupation aussi centrale qu'illusoire, de préserver le maintien de la conduite du mouvement dans les mains de la base, de lui permettre de contrôler les négociations Direction SNCF-gouvernement-syndicats, bref de se défendre illusoirement des manœuvres des syndicats.
LES SYNDICATS ET LES GAUCHISTES EN REPRENNENT LE CONTROLE
Dans la coordination nationale des délégués des conducteurs de trains, excluant tout élément non conducteur de ses délibérations, et a fortiori non SNCF, la CFDT, qui avait su, dès le début de la grève, notamment sur le réseau ferroviaire Nord, d'où elle était partie, se coller au mouvement, flatter l'illusion de la force autonome des conducteurs, du fait que ce sont eux qui ont bloqué tout le trafic, mettait à profit la crainte de voir les revendications spécifiques des "roulants" oubliées dans une négociation globale et elle portait ainsi sa contribution à la division et à l'enfermement du mouvement. Dans l'autre coordination inter-catégorielle SNCF, placée dans la même problématique défensive que la précédente, plus unitaire en apparence -puis- qu' inter-catégorielle- mais tout aussi corporatiste, les militants trotskystes de Lutte Ouvrière qui la noyautaient progressivement puis la contrôlaient, se révélèrent tout aussi habiles à utiliser les craintes des grévistes à l’égard de toute récupération syndicale et politique, pour apporter leur contribution, y compris "musclée «contre les militants du CCI, à la division et à l'enfermement de la lutte dans la corporation, donc à sa défaite.
Le 29/12, la combativité ouvrière dans les ports et à la SNCF, reste entière, la grève est revotée partout sans difficultés. Mais dans les faits, il devient clair que les potentialités de développement du mouvement de lutte ne se trouve plus désormais à la SNCF mais repose sur l'entrée en lutte du secteur public dans le début de la semaine suivante. Cette possibilité n'est pas à exclure mais improbable; Il y a en effet la perspective d'un nouveau week-end prolongé pour les fêtes du jour de l'an.
Le 30 et le 31/12, les autres secteurs publics n'ont pas bougé. La CGT, qui a repris ses troupes en mains à la SNCF, se sent assez forte pour "appeler" à grand renfort de tracts à des manifestations des ouvriers de tous les secteurs, "avec les cheminots". Ces manifestations ne réuniront que ses militants les plus sûrs encadrés par un fort service d'ordre. Sur le terrain, l'énergie ouvrière se concentre sur le besoin de tenir à tout prix et se disperse à de nombreux endroits dans le blocage des trains.
Les "coordinations" nationales s'enferment et se referment encore plus. De nouvelles coordinations par catégories comme inter-catégorielles se multiplient au niveau régional. La dynamique du mouvement à la SNCF se ligote et s'asphyxie de plus en plus bien que la grève tienne. La division interne a avancé à grands pas, CGT, CFDT d'un côté, coordinations de l'autre.
Le gouvernement et les syndicats dont en position pour relancer de nouvelles "négociations".
Le deuxième cap difficile pour la bourgeoisie avant le réveillon du 1er janvier et avant la rentrée sociale générale des 5 et 6 janvier, est franchi avec succès. La tactique de l'isolement et du pourrissement progressif de la lutte, à la faveur des fêtes, a fonctionné.
LES SYNDICATS ORGANISENT UNE FAUSSE EXTENSION
Dès la fin de l'année 86, et plus particulièrement depuis le début de cette nouvelle année, les syndicats, CGT en tête, lancent, à grand renfort de publicité à travers tous les médias, une série de mouvements de grèves, notamment dans la fonction publique. Un travail systématique est fait au niveau des entreprises pour obtenir qu'un maximum de services soit au mieux paralysé par la grève, au moins affectés par des débrayages. Tous les moyens sont bons pour engager le maximum d'ouvriers dans ces grèves sans lendemain, jusqu'à constituer des piquets de grève musclés pour "étendre la grève" par intimidation (comte à l'EDF). Non seulement à la SNCF mais dans tout le secteur public et nationalisé, à la RAT?, à l'EDF, dans les PTT, les arsenaux, à Renault-Billancourt, la OGT limite par sa seule présence sur le terrain de la lutte, la possibilité d'un mouvement d'ampleur dans ces secteurs, tant est fort dans la classe ouvrière, le sentiment de défiance à se mobiliser derrière elle. Cette mobilisation dans la grève et les manifestations est restée bien inférieure à celle de la journée du 21 octobre appelée par tous les syndicats.
De plus, ces grèves n'ont pas donné lieu au moindre débordement des syndicats, ceux-ci étaient incontestablement les maîtres du jeu.
ET ENTRAINENT LE MOUVEMENT VERS LA DEFAITE
Le travail d'affaiblissement du mouvement des cheminots, d ' abord entrepris de l'intérieur par les gauchistes, renforcé ensuite par les syndicats, est enfin complété de l'extérieur par le partage des tâches entre le gouvernement et les fractions de gauche, syndicales et politiques, pour le dénaturer, pour l'isoler davantage et le mener à la défaite complète. D'une part, le gouvernement claironne : "nous ne céderons pas", dénonce le jusqu'auboutisme des grévistes et fait intervenir de plus en plus fréquemment ses CRS, d'autre part, les ouvriers en lutte sont menés à l'épuisement à travers une parodie d'extension et des grèves dispersées sans lendemain.
C'est une véritable offensive politique de la bourgeoisie, dont la CGT est le fer de lance, qui se développe contre la classe ouvrière et cela dans le but de permettre aux syndicats de redorer un tant soit peu leur blason, passablement terni au début du mouvement des cheminots ; d'épuiser dans des conflits durs et longs certaines fractions de la classe ouvrière et les démoraliser ; de diviser la classe ouvrière entre ceux qui auraient un "emploi stable" (fonction publique) et les autres, entre ceux qui ont du travail et ceux qui n'en ont pas, entre grévistes et non-grévistes ; et surtout de saboter par l'occupation permanente du terrain de la lutte tout l'effort de réflexion de la classe, ressenti comme nécessaire par des fractions significatives d'ou- riers, pour tirer les leçons de la grève à la SNCF. Il s'agit pour la bourgeoisie de tenter de dénaturer ou même d'effacer dans la tête des ouvriers toute l'expérience apportée par le combat des cheminots pour l’orientation de la lutte.
Malgré la victoire sur les cheminots, la contre- offensive de la bourgeoisie est loin d’être une réussite vis-à-vis de l’ensemble de la classe ouvrière. La bourgeoisie n'a pas entamé la méfiance très profonde qui existe au sein de la classe vis-à-vis des syndicats, au contraire. Elle n'est pas non plus parvenue à épuiser de façon significative sa combativité. Même parmi les ouvriers les plus éprouvés par la défaite, les cheminots, c'est plus l'amertume que le découragement qui domine. Déjà se profile, à travers la déclaration de ce cheminot de Paris-Nord toute la potentialité des luttes futures: "C'est un échec d'accord et je vais me cacher quand je reprendrai le travail, mais on recommencera plus fort et plus dur la prochaine fois !"
Pour que ces prochaines luttes, inévitables, sortent victorieuses, les ouvriers devront savoir, à la lumière de cette première bataille perdue que :
Les ouvriers doivent déjouer les pièges et les manœuvres des syndicats, ne compter que sur eux- mêmes, sur leurs assemblées, sur l'extension, sur la solidarité active des autres secteurs.
Tout cela c'est possible, c'est réalisable.
Même défaite, la lutte à la SNCF a modifié les mentalités et a révélé les capacités ouvrières.
YD
Du début à la fin de la grève des cheminots, le CCI s'est investi sans réserve dans la lutte.
L'orientation qu'il a donnée à cette intervention et les moyens qu'il lui a consacrés ont, à chaque moment important et significatif de 1'évolution du mouvement été dictés par la nécessité de répondre à ces besoins immédiats en mettant en avant des perspectives de marche, réalisables par les ouvriers, et par celle plus générale de préparer au mieux la classe ouvrière pour ses combats futurs.
C'est ainsi que quatre jours après le début de la grève à la SNCF, alors que le refus du gouvernement d'accorder satisfaction aux revendications des grévistes allait se traduire par une partie de bras de fer entre bourgeoisie et prolétariat, à travers direction de la SNCF et cheminots interposés, il appartenait aux révolutionnaires de peser le plus possible dans le sens du renforcement du front de classe. C'est ce que nous avons fait en diffusant à tous les secteurs de la classe le tract que nous encartons dans ce n‘ : "Pour faire reculer l'attaque du gouvernement, ELARGISSONS LE MOUVEMENT, ENTRONS TOUS ENSEMBLE DANS LA LUTTE". Cette diffusion S'est effectuée prioritairement en direction des secteurs susceptibles de se mobiliser le plus rapidement dans le public et également en direction de ceux déjà en lutte, les cheminots évidemment, les travailleurs des ports. A cette occasion, nous avons mené tout un travail d'agitation sur les lieux de travail où notre intervention a pu cristalliser chez les ouvriers une volonté de discussion, de regroupement pour l'action, suscitée par l'exemple de la grève à la SNCF, ce fut le cas en particulier dans le métro parisien. Cinq jours plus tard, alors que l'élargissement à d'autres secteurs ne s'était toujours pas produit mais constituait encore une possibilité de la situation, alors que la grève à la SNCF commençait à marquer le pas du fait de son enfermement dans la corporation, et de sa reprise en mains progressive par les syndicats et les gauchistes, et que de ce fait, il devenait vital que l'élargissement du front de classe venant d'autres secteurs, intervienne, très rapidement, sous peine d'un reflux général des luttes en cours, nous sommes à nouveau intervenus par un second tract : "Appel à tous les ouvriers pour élargir et unifier les luttes" (encarté dans ce numéro du journal). Diffusé le plus rapidement possible à plus de secteurs possibles, il visait le même objectif que le précédent mais en faisant cette fois plus largement appel à la réflexion des ouvriers sur les enjeux et la portée de la grève SNCF, réflexion permise grâce à un certain recul depuis dix jours déjà que se déroulait cette grève, et nécessaire pour mesurer réellement l'importance de 1'entrée en lutte immédiate. Nous 1'avons diffusé dans les dépôts de cheminots lors des assemblées générales, aux réunions des deux coordinations de cheminots. A' ces occasions, nous avons suscité de nombreuses discussions, effectué des prises de paroles mettant en avant la nécessité pour les cheminots d'ouvrir leurs assemblées aux ouvriers des autres secteurs, de constituer des délégations massives pour rechercher leur solidarité active. C'est dans ce sens également que sont intervenus nos camarades cheminots sur leurs lieux de travail. Au cours de ces interventions, nous nous sommes confrontés à la présence musclée de la CGT, et parfois des gauchistes, à leurs manœuvres pour esquiver et noyer la question essentielle de l'extension.
L’extension à d'autres secteurs n'ayant pu se réaliser, la grève à la SNCF s'acheminant vers une défaite certaine, le travail ayant repris dans tous les ports, la grève à la RATP s'enfermant sur elle- même et alors que la bourgeoisie cherchait à accentuer son avantage en tentant d'entraîner dans des grèves vouées à 1'échec en ce moment défavorable et face au déploiement sur le terrain de toutes les forces syndicales, nous étions encore présents, principalement sur les lieux de travail, pour dénoncer cette manœuvre et participer au repli dans l'ordre de la classe, impulser, encourager et participer à la prise en charge de sa réflexion collective sur les enseignements de la grève des cheminots.
Très rapidement, après la reprise du travail à la SNCF, nous sommes intervenus à nouveau par un tract "Leçons du premier combat" (encarté dans ce numéro), également diffusé le plus largement possible à tous les secteurs de la classe ouvrière. Son objectif était d'armer la classe ouvrière dans sa réflexion et la préparer aussi au mieux aux prochaines luttes...
Celles-ci sont d'ores et déjà en train de couver dans la classe ouvrière.
Nous y serons.
Une prise de position sur cette intervention -ou son absence- aurait été parfaitement justifiée et nécessaire dans ce numéro du journal. Faute de place nous sommes contraints de reporter sa publication au prochain numéro.
La Rédaction
Les grèves de décembre-janvier ont permis de voir encore une fois, dans la pratique, le rôle que jouent les partis de gauche et les syndicats : pendant que le gouvernement cogne, les partis de gauche et les syndicats divisent et affaiblissent les luttes. Les travailleurs français qui les ont vus au gouvernement pendant cinq ans savent de plus en plus à quoi s'en tenir. Mais ces grèves ont aussi permis de juger dans la pratique le rôle réel des organisations gauchistes trotskystes ("Lutte Ouvrière" et la "LCR", entre autres), moins connues mais projetées sur le devant de la scène par le rôle important qu'elles ont joué dans la grève des cheminots.
Ce n'est pas un hasard si ce sont les organisations de 1'extrême-gauche du capital et leurs militants au langage le plus radical gui ont fini par se trouver à la tête des coordinations et principalement de celle du dépôt d'Ivry-sur-Seine ; c'est parce que leur rôle consiste à encadrer les secteurs les plus combatifs de la classe ouvrière ; là où les forces de gauche, les syndicats, ne peuvent contrôler la lutte, parce que la classe ouvrière montre ouvertement et activement sa méfiance à l'égard de ceux-ci -comme cela a été le cas dans la grève des cheminots- les gauchistes sont là pour remplir le vide, afin d’affaiblir, de dévoyer la lutte et rabattre finalement les ouvriers vers les syndicats, sur le terrain de la bourgeoisie.
La constitution des coordinations nationales de cheminots a exprimé la claire volonté des ouvriers de la SNCF de garder en main leur lutte, de la diriger eux-mêmes, ainsi que la tendance très forte du mouvement à s'étendre au sein de la SNCF, à unir les forces en lutte pour être le plus puissant possible. Elles exprimaient cette tendance spontanée qui fait que, depuis les grèves de masse en 1905 en Russie jusqu'aux luttes de l'été 1980 en Pologne, toutes les luttes ouvrières qui ont pris une importance réelle ont cherché à s'organiser par ce système d'assemblées et comités (système dont les "Soviets" ou Conseils ouvriers sont l'expression la plus épanouie). Les coordinations nationales se voulaient des assemblées générales constituées des délégués des dépôts en grève, et tout le travail des gauchistes a consisté à dévoyer ce que tendaient à exprimer ces coordinations, à empêcher toute prise de conscience, dans les rangs des ouvriers, de ce qu'ils tendaient à faire dans la pratique.
A les entendre, les trotskystes apparaissent comme des champions de la lutte contre le corporatisme et pour l'extension des grèves. Ainsi pouvait-on lire dans le "Bulletin d'entreprise" de LO, repris dans son journal du 3.1.87:
Beau discours. Mais quelle fut la pratique des militants de LO et de la LCR dans les dépôts, au sein des assemblées générales de base et ensuite au sein des coordinations nationales dont ils ont pris la tête ?
De manière générale, les gauchistes de ID et de la LCR vont asséner sans relâche, dans les AG des dépôts carme dans les coordinations -afin de miner le terrain- l'idée que l'extension de la lutte à d'autres secteurs risque de faire perdre le contrôle du mouvement aux cheminots, de faire qu'il soit "dilué" dans un mouvement plus large, alors que c'est l'élargissement du combat qui fait sa force. S'appuyant donc sur le corporatisme qui pèse dans la tête des cheminots, ils vont enrayer toute tendance vers l'extension, confinant la lutte sur elle-même, sans perspective, et poussant les ouvriers à l'épuisement.
Mais c'est tout d'abord au niveau des dépôts même, que les gauchistes vont briser systématiquement toutes les poussées vers l'extension, toutes les tentatives d'aller chercher la solidarité active des autres secteurs.
Ainsi, dès les premiers jours de la grève, face à la volonté des cheminots de sortir des dépôts pour manifester dans la rue, la LCR sort un tract qui met en avant que c’est dangereux, à cause du "risque d'attaques fascistes" ( !), ou à cause des usagers qui pourraient exprimer violemment leur mécontentement !
Quelques jours plus tard, alors que, dans les assemblées générales de dépôts, des propositions sont faites d'envoyer des piquets volants ou des délégations massives dans les usines, les gauchistes répondent:
C'est clair, lorsqu'ils sont, en parole, pour la recherche de l'extension, c'est pour la dénaturer, la stériliser, la vider de toute signification.
Ce qu'ils ont fait au niveau des coordinations nationales a été dans la continuité de leur travail de sabotage, et s'ils se sont retrouvés à leur tête, c'est grâce à leur grande expérience du travail à la base -qu'ils ont encore prouvée à la SNCF- et à leur grande capacité, leur grande souplesse à épouser, à s'adapter aux besoins du mouvement; toujours prêts en parole a être "d'accord" à appuyer ce qu'expriment les ouvriers afin de mieux briser la lutte dès qu'ils en prennent le contrôle.
Ainsi, au cours de l'AG à la bourse du travail de Paris, le 26 décembre, qui s'est prononcée sur le principe de la formation de coordinations, deux ouvriers des PTT se sont adressés à l'assemblée pour manifester leur solidarité et lui demander d'organiser l'extension de la lutte par l'envoi de délégations massives aux autres secteurs de la classe ouvrière, en particulier à ceux du secteur public (dont les PTT). Le premier put intervenir, mais, habilement, les militants de LO ont repris immédiatement la parole pour enterrer la question et passer à autre chose. Le deuxième n'a même pas pu être entendu car dès qu'il a annoncé qu'il n'était pas cheminot, quelques éléments se sont mis à crier et à vociférer au point de couvrir entièrement son intervention. Le présidium, qui n'était autre que la personne du trotskyste Vitry, fit passer aux questions "à l'ordre du jour" afin que les propositions ne puissent être discutées et reprises, brisant toute réflexion dans l'AG.
Ces propositions étaient loin d'être "à côté de la plaque", puisque des cheminots de la gare d'Austerlitz sont allés voir les deux ouvriers des PTT pour exprimer leur accord avec leur intervention et dire qu'ils avaient eu de telles initiatives sur leur lieu de travail.
Derrière les grandes déclarations: "A bas le corporatisme", voilà quelle a été la pratique concrète, la vérité des trotskystes et des syndicalistes de base; leur rôle ne fut autre que celui de toujours des staliniens de la CGT, celui de flics de l'enfermement corporatiste.
Pour la première réunion de la coordination, le 29 décembre, à la Mutualité, les militants de LO avaient pris leurs précautions. Ces soi-disant champions de l'anti-corporatisme et de l'extension, établirent un contrôle à l'entrée de la salle de réunion, interdisant l'entrée à tout élément non cheminot. Qui plus est, un ouvrier des PTT qui était parvenu à entrer dans la salle et qui tenta de prendre la parole pour appeler encore une fois à l'organisation de l'extension et proposer une motion dans ce sens, fut immédiatement interrompu et chassé violemment de l'assemblée.
Leurs explications à l'entrée de l'assemblée, face à ceux non cheminots qui voulaient assister, étaient à peine plus justifiées que la violence employée à 1'intérieur:
Quant à l'autre coordination, celle des conducteurs, qui se réunissait à la gare ou Nord, et où c'est surtout les trotskystes de la LCR qui étaient présents, la participation aux assemblées était interdite, même aux cheminots qui n'étaient pas conducteurs!
Ainsi, les gauchistes ont encore montré qu'ils étaient contre le mouvement, contre la classe ouvrière, parce qu'ils n'ont eu de cesse d'étouffer, de dévoyer l'extension et la dynamique vers celle-ci d'une part et, d'autre part, parce que derrière les déclarations radicales, antisyndicales, pour l'auto-organisation, ils ont finalement réussi à ramener la classe sous la coupa des syndicats.
Une des caractéristiques essentielles de la lutte des cheminots fut sa méfiance à l'égard des syndicats, sa tendance à 1'auto-organisation. Si les ouvriers ont accumulé cette profonde méfiance, c'est parce qu'ils savent par expérience de plus en plus qu'ils ne peuvent pas se battre lorsqu'ils ont les syndicats dans les jambes.
Le travail des gauchistes a consisté à permettre aux syndicats de se réintroduire dans le mouvement, de reprendre le contrôle de la lutte.
Ici encore, leur rôle a été particulièrement clair : épouser verbalement le sentiment de méfiance générale vis-à-vis des syndicats, grâce à leur critique des "directions", qui se manifestait dans le mouvement pour mieux le ramener sous la coupe des centrales. Là où les ouvriers cherchaient avec plus ou moins de clarté à se doter de leur propre forme d'organisation véritablement unitaire, les gauchistes ont défendu en permanence l'idée "qu'on n'est pas contre les syndicats", "qu'on a besoin d'eux". Alors que les cheminots disaient vouloir contrôler les négociations, ne pas déléguer leur volonté aux instances syndicales, les gauchistes défendaient celles-ci.
Le journal “Rouge", organe de la LCR, le dit clairement dans son numéro du 31 décembre 86:
Voilà la fausse critique, l'ambiguïté qui permet aux gauchistes d'avoir trente-six visages, adaptables au gré des situations, et poignarder la classe après avoir trompé sa vigilance !
Ainsi, à la coordination de Paris-Nord, ils ont répété : "Laissons les syndicats négocier, çà n’est pas notre problème. Mais si les accords ne nous conviennent pas, on les rejettera et on continuera la grève!". Discours hypocrite qui permettait que les ouvriers ne contrôlent en rien les magouilles gouvernement-patronat-syndicats et qui redorait la façade des syndicats qui pouvaient alors dire : "Nous allons consulter notre base", perpétuant l'idée que les syndicats "défendent” la classe ouvrière.
A la coordination d'Ivry, les gauchistes reprenaient la forte volonté des grévistes de contrôler les négociations, mais pour la détourner en disant : "On veut notre place à côté des syndicats pour les négociations".
Cela permettait que les ouvriers ne se posent pas ouvertement et clairement la question : "Pourquoi ce sont les syndicats qui négocient à notre place"?
C'est ainsi que les gauchistes se sont avérés, dans la pratique, les meilleurs défenseurs de la "représentativité" des centrales syndicales dont ils ont toujours affirmé qu'elles devaient être les principales négociatrices face au gouvernement..., alors qu'elles s'étaient opposées à la grève au début!
C'est ainsi qu'à l'heure d'organiser une manifestation, ils s'en sont remis aux appareils syndicaux...
C'est ainsi qu'à la fin du mouvement, ce sont bel et bien les syndicats qui ont mené les négociations avec le gouvernement et le patronat, "parce qu'on a quand même besoin d’eux"! dixit "Rouge"
il faut que les ouvriers en soient conscients. Dans le développement de leurs luttes à venir, ils auront encore ces fervents défenseurs (en parole) de leur combat prêts à les suivre, puis à les mener... à la défaite.
Derrière la phraséologie assembléiste, pour l'auto-organisation* tout le travail des gauchistes a été d'enfermer le mouvement, de noyer les questions afin d'étouffer toute critique réelle des syndicats, et de prévenir toute tentative d'extension vers les autres secteurs -alors que beaucoup d’entre-eux, marins, dockers, navale, RATP..., étaient en lutte- relayant et complétant, à la SNCF, le travail d'isolement mené par les syndicats, et particulièrement la OGT, dans ces autres secteurs (voir article p.5).
Dans la dynamique actuelle des luttes ouvrières, les ouvriers sont poussés et cherchant à sortir de l'isolement et pour cela, il leur faut et il leur faudra combattre avec toujours plus de force leurs ennemis tels que syndicats, syndicalistes de base, gauchistes, qui n'ont de cesse de les enfermer dans "leur" usine, “leur" secteur, "leur" corporation, qui n'ont de cesse d'empêcher toute extension de leur lutte, parce que c'est là que réside toute la force de la classe ouvrière : la prise en main des luttes par les ouvriers eux-mêmes, pour élargir et unifier leur combat.
CRV
Aujourd'hui, il est clair pour tous les ouvriers que le formidable mouvement de lutte engagé par les cheminots, depuis la mi-décembre, contre la dégradation de leurs conditions de travail, contre la baisse de leur niveau de vie, n'a pas abouti. Malgré leur colère, leur détermination, leur combativité, migré le fait qu'ils aient pris en charge (du moins dans un premier temps) leur lutte, qu'ils aient tout fait pour la contrôler eux-mêmes, qu'ils l'aient étendue à la plupart des secteurs de la SNCF, un constat s'impose : cette bataille a été perdue.
Aujourd'hui, les cheminots ont repris le travail sans avoir rien obtenu sinon quelques vagues promesses de négociations sur les revendications, de la part du gouvernement et de la direction, promesses dont la classe ouvrière connaît la valeur et dont elle a si souvent fait l'amère expérience.
Ce sont les syndicats qui ont été les principaux maîtres d'œuvre de cette défaite ouvrière.
Alors que, dans les dix premiers jours du mouvement ils ont été débordés, mis sur la touche et parfois rejetés par les ouvriers, qui se méfient à juste titre d'eux; que, pris de court et quasi impuissants, ils révélaient leur vraie nature anti-ouvrière en dénonçant la grève, en appelant les ouvriers à l'arrêter -car elle était "impopulaire"-, en méprisant les tentatives de coordination du mouvement faites par les ouvriers eux-mêmes, taxées par eux "d'insignifiantes" (Krasucki)…, à l'approche du nouvel an, voilà que leur langage change.
"Que le flot monte", claironnait Krasucki relayé en fanfare par tous les médias de la bourgeoisie. C'est la contre-offensive de la classe capitaliste qui S'affirmait ainsi par la bouche du secrétaire général de la CCT.
Cette contre-offensive s'est déclenchée d'abord parce que le mouvement des cheminots a permis qu'elle se déclenche. En s'enfermant dans leur lutte, leurs revendications spécifiques, en mettant en avant, avant tout ce qui les distingue et non ce qui les unit aux autres ouvriers, en protégeant jalousement leur lutte, encouragés en cela par les syndicats et les gauchistes, les cheminots ont dissuadé les ouvriers des autres secteurs de les rejoindre massivement dans la lutte, entretenant ainsi l'isolement de leur mouvement.
Mais il est vrai surtout que la bourgeoisie, grâce aux bons offices des syndicats, avait écarté le principal danger : l'extension du mouvement aux autres secteurs de la fonction publique surtout quand celui-ci se trouvait dans sa phase ascendante.
C'est ainsi que, durant la période autour du réveillon de Noël, les syndicats ont réussi notamment à convaincre les ouvriers de la RATP de cesser la grève qu'ils venaient d'entamer avec détermination en leur promettant la reprise de celle-ci pour les 30 et 31 décembre.
Mais cette contre-offensive devenait surtout nécessaire et même vitale pour la bourgeoisie du fait des risques importants de contagion que provoquait, par son exemplarité, la lutte à la SNCF, vers les autres secteurs ouvriers et particulièrement ceux de la fonction publique où la colère gronde tout aussi fort et où la nécessité de lutter est autant ressentie.
Quand la CGT lançait pompeusement aux ouvriers ses formules faussement combatives du style : "lève-toi et marche", ou : "que le flot monte"; quand, plus ou moins suivie car les autres syndicats, elle appelait et déclenchait les grèves à l'EDF-GDF, à la RATP ou aux PTT et organisait des manifestations, durant les premières semaines de janvier, au nom de l'extension de la "solidarité" et de 1'"unité", son seul but était de mener les ouvriers, et en premier les cheminots, à la défaite.
Pour cela, il lui a fallu avant tout se placer à la tête des luttes en se montrant la plus radicale et la plus combative, la seule capable de défendre les intérêts ouvriers, aidée dans ce sens par les autres fractions de la bourgeoisie, partis et syndicats, qui lui "reprochaient" de "politiser" les luttes, d'être "jusqu'au-boutiste", "intransigeante". Elle a cherché aussi, par ce biais, à faire oublier son attitude ouvertement anti-ouvrière au début du mouvement à la SNCF.
En prenant l'initiative de ces luttes, en les contrôlant, elle a empêché les ouvriers à l'EDF-GDF, à la RATP, et aux PTT de prendre exemple sur ceux de la SNCF, et de le faire eux-mêmes tout en cherchant à leur faire croire que c'était la base qui décidait et qu'elle ne faisait que les suivre et les soutenir.
Mais surtout, à travers ces luttes, elle a appelé, avec l'aide des autres centrales syndicales, à une fausse extension au moment le plus défavorable, quand le mouvement des cheminots refluait.
Cette parodie d'extension, les ouvriers en ont maintes fois fait les frais dans le passé. Ils en ont fait les frais encore une fois en acceptant de se lancer, derrière les syndicats, dans des actions isolées, dispersées et stériles. La véritable extension est celle qui permet d'opposer à la classe capitaliste le front le plus large et le plus unifié, celle qui est décidée, prise en charge, dirigée par les ouvriers eux-mêmes et coordonnée entre tous les secteurs. Quand les syndicats parlent d'extension, c'est pour organiser la dispersion des ouvriers. Quand ils parlent d'unité, c'est soit pour revendiquer l'unité syndicale -c'est-à-dire l'unité des saboteurs, des ennemis de la lutte- soit pour organiser l'isolement des luttes et leur désunion. Et, le plus souvent, les deux à la fois. Les cheminots et les ouvriers de l'EDF-GDF, de la RATP ou des PTT, qui ont accepté de suivre la CGT et les autres syndicats dans 1'"action" savent aujourd'hui que, s'ils ont pu effectivement exprimer leur colère et leur combativité, cela ne les amenés qu'à l'épuisement et parfois même à subir la répression, mais en aucune manière à imposer un rapport de forces favorable.
“Oui ! le flot monte et c'est tant mieux. Certains le craignent. Pas la CGT". Krasucki a raison de pavoiser, il n'y a rien à craindre tant que les ouvriers en lutte le suivront. Aujourd'hui encore, il les a menés à la défaite.
Mais cette défaite est loin d'être décisive. Tout d'abord parce que, malgré les appels conjugués, répétés et amplifiés des syndicats -pour lesquels "l'action est à l'ordre du jour partout et pour tous" (Krasucki)- la majorité des ouvriers du pays et même dans la fonction publique, ont refusé de lutter derrière ces derniers, ont refusé de se laisser entraîner dans la spirale de la défaite. Même ceux qui ont fait grève dans des conditions défavorables, loin d'être démoralisés, sont rentrés amers, avec la rage au ventre et encore plus méfiants vis-à-vis des syndicats.
Aujourd'hui, malgré sa victoire sur les cheminots, la bourgeoisie n'a pas réussi à entamer la colère générale et les potentialités de combativité dans la classe ouvrière, au contraire.
De plus, toute l'expérience riche et magnifique de la lutte des cheminots, que la bourgeoisie et ses syndicats a cherché en permanence à minimiser, dénaturer et effacer, reste pleinement vivace dans les consciences ouvrières.
Pour les ouvriers, dans tous les secteurs, dans toutes les régions, l'exemple des cheminots reste à suivre et à répandre. Mais cela ne pourra se faire victorieusement qu'après en avoir tiré toutes les leçons principales et, plus particulièrement, en prenant conscience que ce qui a été déterminant dans l'évolution du conflit de classe, c'est l'enfermement de la lutte sur elle-même et l'absence d'extension réelle aux autres secteurs.
Ce besoin de réflexion a commencé à se faire sentir au sein de la classe ouvrière, alors même que tous les cheminots n'étaient pas tous rentrés, et cela malgré l'occupation envahissante du terrain de la lutte par les syndicats (pour dénaturer tous les besoins et acquis de la lutte, ils sont capables de les reprendre à leur compte; comme le disait un militant CFDT : "nous allons créer partout, s’il le faut, des comités de grève et des coordinations").
Aujourd’hui, des manifestations de ce besoin apparaissent ouvertement parmi les ouvriers, notamment dans la fonction publique ou de fortes minorités d'entre eux, plus méfiants que jamais vis-à-vis des syndicats et clairement conscients des manœuvres que ceux-ci ont développées durant ces dernières semaines, cherchent à maintenir des contacts entre eux, à se regrouper dans des comités de réflexion et d'action.
Un tel comité s'est constitué au niveau des centres de tri parisiens/ regroupant des agents du tri et des chauffeurs, intéressant également des ouvriers de l'EDF-GDF, et se donne comme objectif de tirer collectivement les leçons du dernier combat, de faire participer le maximum d'ouvriers à cette réflexion, en la diffusant, et de préparer les prochaines batailles qui sont inévitables.
Tout ouvrier conscient, tout révolutionnaire conséquent ne peut que soutenir de tels efforts, encourager et participer à de tels comités dans l'ensemble de la classe, dans le secteur privé comme dans le secteur public.
Cela est un atout décisif pour que les ouvriers sortent victorieux dans les prochaines batailles et qu'ils fassent échec aux manœuvres de sabotage et de division des syndicats.
J. E.
Nous publions, ci-dessous, une motion qu'un groupe d'ouvriers s'était proposé de présenter, en vue de son adoption, à la "Coordination nationale interprofessionnelle" d'Ivry, le 29 décembre. Nous apportons notre soutien total à cette motion et plus particulièrement au souci fondamental qu'elle contient: la nécessité d'étendre et d'élargir le mouvement aux autres secteurs pour former “le front le plus large et unifié".
Au moment où elle a été proposée, c'est-à-dire au moment où le mouvement des cheminots en tant que tel avait atteint ses propres limites tout en continuant d'exprimer une forte combativité, où le combat pouvait rebondir au niveau d'autres secteurs -en effet, cela était réellement possible dans la mesure où déjà certains d'entre eux étaient entrés en lutte, comme à la RATP, manifestant une colère et une combativité grandissantes-, au moment où il était possible de faire pièce à la bourgeoisie gui déployait toutes ses forces, notamment syndicales, pour encadrer et isoler le mouvement des cheminots ainsi que les autres secteurs en lutte ou en mesure d'entrer en lutte, cette motion était la bienvenue; le souci d’extension qu’elle exprime était indispensable, sinon- vital, et sa discussion et son adoption par les ouvriers particulièrement nécessaires.
Mais cette motion n'a pu être prise en compte par l'assemblée générale, les gauchistes de LO ayant empêché sa lecture et même interdit l’entrée de la salle de réunion aux "éléments non-cheminots" (comme ils le disaient) qui auraient pu la défendre face à l'ensemble des ouvriers présents.
Mais rien n'est perdu. L'extension des luttes ouvrières reste toujours une nécessité vitale et un souci permanent qui d'ailleurs se fait jour de plus en plus clairement dans des fractions de plus en plus importantes de la classe ouvrière. Dans les luttes à venir, les ouvriers doivent le reprendre et le traduire en pratique -il n'y a pas d'autre voie- tout en sachant que les syndicats feront tout et toujours pour créer, avec l'aide des gauchistes, des fausses coordinations, des fausses structures ouvrières pour dénaturer les véritables besoins des luttes aujourd'hui, et dévoyer la dynamique de l’élargissement du combat.
L'assemblée générale de la coordination des cheminots en grève, considérant:
estime:
décide :
Un groupe d'ouvriers de différents secteurs,
pour 1'extention et l'unification des luttes.
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Malgré l'attention, les espoirs, la sympathie et l'enthousiasme que les ouvriers ont éprouvé à l'égard de la grève des cheminots, un relatif sentiment d'amertume, de rage et d'impuissance s'est développé à la fin de la lutte. De rage et d'impuissance quand les cheminots sont rentrés battus. De rage et d'impuissance de n'avoir pas su se mettre en grève quand il le fallait, dès le début : "nous avons raté une occasion, il fallait y aller avec eux ; tous ensemble !"
En grande partie, ce sentiment a été le produit de la contre-offensive que la bourgeoisie a su développer dès janvier contre les luttes (cf. article p.2 ) Une fois le danger d'extension aux autres secteurs écarté, une fois les cheminots enfermés dans l'impasse corporatiste, dans les "blocages de trains", toutes les forces bourgeoises se sont mises à l'œuvre. Pour essayer de transformer l'échec de la grève des cheminots en une déroute pour toute la classe ouvrière. D'un côté, le gouvernement durcit le ton contre les grévistes et... la CGT pourtant rejetée par tous les grévistes ; de l'autre, les syndicats appellent à la grève "dure et illimitée" dans les autres secteurs alors qu'ils étaient contre la grève SNCF à son début.
C'est un véritable piège pour les ouvriers. Une fausse alternative : ou suivre la CGT et les autres syndicats dans des grèves isolées et sans perspective, dans la défaite ; ou bien ne rien faire du tout au risque de paraître cautionner le gouvernement et sa politique de fermeté et d'austérité.
Les deux mâchoires de ce piège n'ont pu se refermer complètement sur les ouvriers. Certes, les cheminots ont subi une défaite. Et avec eux, toute la classe ouvrière. Néanmoins, le refus presque général en particulier dans la Fonction publique, de suivre la CGT n'a pas permis à cette dernière de transformer l'échec en déroute. Ni ceux de l'EDF, ni ceux de la RATP, et encore moins ceux des PTT, pour ne parler que des secteurs les plus combatifs, ne se retrouvent aujourd'hui épuisés, démoralisés, ni même réellement déboussolés par une grève longue, épuisante, isolée, tel que le voulaient les syndicats.
En effet, les deux mâchoires du piège ne se sont pas complètement refermées car les ouvriers n'ont pas suivi les syndicats, ni ne sont restés sans rien taire. Dans les assemblées, où la participation était forte, dans les ateliers, centres de tri, agences EDF, dépôts de bus et de métro, etc., les discussions étaient nombreuses : "maintenant, c'est trop tard, il aurait fallu y aller au début, comme les cheminots, ce n'est plus le moment. Surtout pas avec la CGT! Alors qu'est-ce qu'on fait? Rien? Il ne faut pas rester passif; il ne faut pas laisser la CGT et les autres faire leurs magouilles habituelles!"
Plusieurs réponses ont essayé de se développer. L'une d'entre elles fut, dans l'élan de la mobilisation et des discussions, l'émergence de quelques regroupements ouvriers en comités de lutte. C’est par exemple la création d'un comité de lutte entre ouvriers de différentes agences EDF de la banlieue-sud de Paris dont nous publions le tract ci-joint. D'autres encore se sont constitués, ou ont essayé de se constituer, aux postes, dans les centres de tri parisiens et parmi les chauffeurs. Ces regroupements, refusant de laisser le terrain libre et le monopole de l'expression aux syndicats, visaient à :
Pour notre part, nous, révolutionnaires, malgré la reprise du travail à la SNCF, à la RATP et à l'EDF, nous avons poussé à la formation de tels comités. Nos militants travaillant aux Postes participèrent à la formation d'un comité de lutte "postiers en colère" et à la distribution de son tract : "... nous avons décidé de former un comité de lutte. Il ne s’agit pas d'un nouveau syndicat mais au contraire que ce soit la base qui décide. Nous ne voulons plus laisser le monopole de l'information aux syndicats, ni non plus le choix du moment pour appeler à la lutte. Il y en a assez des magouilles et des mensonges ! Il faut préparer la lutte:
Le tract se terminait par un appel à rejoindre le comité à tous ceux qui était d'accord avec les leçons de la grève des cheminots:
Les deux comités, celui de l'EDF et celui des Postes, ont pris contact et tenu deux réunions afin L'essayer de constituer un comité de lutte inter-catégoriel. Participèrent à ces réunions, une quinzaine de travailleurs. Malheureusement, la mobilisation pour une telle activité retomba très vite. A la dernière réunion, les présents ont décidé d'arrêter pour le moment le comité PTT vu le peu d'écho immédiat qu'il a eu ; de vérifier l'état réel de la mobilisation parmi les camarades de l'EDF et de garder les contacts pour pouvoir se toucher en cas de lutte. Voilà où nous en sommes aujourd'hui. Nous profitons de l'occasion pour appeler tous les lecteurs connaissant de telles expériences à nous le faire savoir.
Aussi limitées soient ces expériences, les surgissements de comités de lutte vont se reproduire dans un avenir proche.
Car ils répondent aujourd’hui à la nécessité de plus en plus ressentie et partagée chez les ouvriers de se regrouper et de s'organiser pour préparer les luttes et ne pas laisser le terrain libre aux syndicats. Ne pas leur laisser le monopole de l'information. Opposer à leurs manœuvres de sabotage et d'isolement, la nécessité pour les A.G. d'organiser l'extension et l'unification des luttes ouvrières.
Car ils répondent aujourd'hui à une possibilité : la grève des cheminots a certainement réveillé, ou révélé, nombre de consciences ouvrières assoupies ; réveil qui commence et ne manquera pas de s'exprimer en particulier dans la préparation et le déroulement des prochains combats.
Ces comités de lutte ne sont pas de nouveaux syndicats, même si ce danger peut les guetter. Mais dans ce cas, c'est leur mort. Ils ne sont pas et ne peuvent pas être l'embryon des futures A.G., ni des comités de grève élus par ces assemblées. En l'absence de lutte et avec le recul de la mobilisation, il leur est difficile de subsister en tant que tels.
Par contre, ces comités de lutte vont jouer un rôle très important:
C'est le sens de notre intervention dans les quelques comités surgis durant et après la grève des cheminots. C'est dans ce sens que nous interviendrons dans les comités qui ne manqueront pas de réapparaître lors des mobilisations futures. Et cela, nous en sonnes sûrs, rapidement.
Le 21/2/87. R.L.
A tous les électriciens et gaziers
A tous les travailleurs et chômeurs
Nous sommes un groupe de travailleurs des agences mixtes de la banlieue Sud de Paris. Nous avons décidé de nous coordonner et de nous regrouper en COMITE DE LUTTE pour défendre nous-mêmes nos intérêts.
Nous avons applaudi à la lutte des cheminots en décembre 86, et à leur capacité d'étendre la lutte nationalement malgré l'avis de tous les syndicats qui étaient contre. Au début de cette grève, comme lors de la grève EDF à Paris fin 86. Ce sont des non-syndiqués qui ont été à l'origine de la grève.
Le contrôle des cheminots sur leur lutte nous a éclairés:
MAIS LES CHEMINOTS SONT RESTER ISOLES DANS LE CORPORATISME
Comme les travailleurs des autres secteurs, nous, électriciens et gaziers, nous n'avons pas su nous mettre en grève au même moment que les cheminots ni établir des contacts directs avec eux. Les cheminots n'ont pas compris non plus la nécessité, urgente dès le début, de venir nous trouver en délégations massives.
Quand 1'isolement dans la corporation SNCF a été patent, en janvier, les syndicats -CGT en tête- ont bien parlé d'extension Mais c'était une extension bidon : nous en avons fait l'expérience à Montrouge, à Massy, à Sceaux, à Bourg la Reine, etc. Nous avions toutes les raisons de nous mettre en grève comme les cheminots car nous subissons corme eux les attaques du gouvernement et nous voyons de plus en plus notre pouvoir d'achat diminuer mais la charge de travail augmenter. Qu'est-ce que les syndicats ont fait ?
Ils nous ont cantonnés à la "garde" de nos agences.
Ils nous ont déconseillé de contacter nos camarades en grève de la RATP et de la SNCF ou d'autres secteurs.
Ils ont manœuvré pour que nous n'allions pas chercher la solidarité à l'extérieur ni sérieusement informer la population
Ils ont organisé des coupures de courant n'importe comment, sans nous consulter, ce qui a eu pour conséquence grossière de monter contre nous les ouvriers du privé, et de ridiculiser des coupures de courant nécessaires pour faire savoir qu'on est en grève (mais qui peuvent être moins brutales et pas aux heures où les autres ouvriers partent travailler) ...
Leurs permanents ont menti comme d'habitude d'une agence à l'autre, avec une parodie de consultation, cachant bien d'où ils tenaient leurs ordres pour nous pousser à faire grève... justement au moment où la grève des cheminots était en train d'échouer!
Ces professionnels des grèves sur commande nous ont fait lanterner, garder le centre de Bagneux pour la frime contre des attaques fictives des commerçants d'extrême-droite, tout cela pour nous distraire de toute réelle EXTENSION assurée et contrôlée par nous-mêmes aux autres secteurs.
Quand nous leur avons demandé des comptes en AG, ils ont affirmé de façon arrogante avoir gagné... 200 cartes CGT! Nous n'avons pas fait grève pour des prunes! C’est se moquer du monde, quand en plus on sait qu'il y a eu pas mal de cartes rendues ou même déchirées!
IL FAUT FAIRE CIRCULER LES INFORMATIONS SUR CE QUI S'EST PASSE :
De même qu'à la SNCF les syndicats nous avaient poussés à des journées d'action bidon, en 86, de même, c'est à une semaine d'inaction qu'ils ont essayé de nous entraîner. Mais dans plusieurs agences beaucoup d'entre nous n'avons pas marché ni "obéi" aux chefs et sous-chefs syndicaux, d'autres ont cessé au bout de quelques jours, en pleurant de rage, cette nouvelle grève presse-bouton pour redorer le blason terni des syndicats.
A Montrouge, la grève s'est pourtant terminée en comité avec la volonté de ne pas se laisser démoraliser, et plusieurs d'entre nous avons déchiré nos cartes syndicales ou allons le faire.
A Vanves, les gars ont refusé majoritairement de se laisser manœuvrer, non par passivité, mis parce qu'on ne veut pas faire grève n'importe cannent et n'importe quand aux ordres de gens qui veulent décider à notre place; la CGT a, là, violé la décision de l'AG en appelant en douce ses adhérents à faire deux heures de grève! Voilà la division à l'œuvre!
NE NOUS LAISSONS PAS PARQUER COMME DANS DES ETABLES
Beaucoup d'entre nous avons perdu pour rien plusieurs jours de grève et avons le goût amer de la défaite. Mais nous ne sommes pas découragés de lutter, malgré toutes les magouilles syndicales.
Nous vous appelons, syndiqués et non syndiqués, à nous rejoindre pour préparer la lutte à venir. Voici la vérité: le gouvernement et les syndicats, chacun à leur place, nous attaquent et veulent nous empêcher de réaliser NOTRE UNITE, garantie de notre force.
Plus nous resterons mobilisés et groupés, plus nous garderons en mémoire les leçons de la SNCF et la fausse extension des syndicats en ce début janvier 87. Il y en a marre des magouilles syndicales, ensemble PREPARONS LA LUTTE.
Pour les prochaines luttes, établissons des contacts, directement à l'EDF et avec les autres secteurs:
POUR UNE FOIS, FAISONS QUELQUE CHOSE DE CONCRET, RASSEMBLONS-NOUS ! UNISSONS-NOUS!
Le 20 janvier 1987, Comité de lutte
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Les thuriféraires plumitifs et autres "experts" de la chose financière, voire économique, sont mobilisés depuis plus d'un mois pour nous donner jour après jour, voire heure par heure, des nouvelles et des explications sur l’évolution de la crise boursière.
Leur souci essentiel, outre celui de rassurer le "bon peuple", consiste à faire en sorte que le sujet ne s'écarte pas du domaine boursier et du présent le plus immédiat. Que cette crise boursière soit l'expression de la faillite d'un système économique, d'un mode de production, ne comptons pas sur eux pour le dire, ce serait remettre en cause le monde auquel ils se sont voués. Que, voici 58 ans, on ait eu un pareil phénomène, ils ne l'évoquent que pour nous dire que ce n'est pas comparable (cf. notamment "Libération" du 20-10-87) Or, la véritable signification de l'effondrement boursier du 19-10-87 réside dans le fait qu'il n'est qu'un signe annonciateur d'une récession d'ampleur jamais vue. La comparaison avec la "grande dépression" de 29 fait clairement ressortir que, si le mal ressurgit après 58 ans, toutes les médications dont dispose la bourgeoisie ont déjà été appliquées à hautes doses. Et le malade aujourd'hui est condamné autant par sa sénilité que par les drogues que lui a administrées la classe dominante. Aujourd'hui, comme il y a 58 ans, le krach boursier est le résultat, au niveau financier, de la crise de surproduction, de la saturation du marché par une pléthore de marchandises qui ne trouvent pas de débouchés solvables. Or, si en 29, après 10 ans de reconstruction, la saturation des marchés ne faisait que se poser avec netteté, en 87, nous sommes déjà depuis plus de 20 ans dans une situation de crise ouverte de surproduction qui condamne un quart de l'humanité à crever de faim.
La crise de 29 survient dans un contexte d'euphorie économique. Depuis la guerre, le capitalisme US était devenu le maître du monde. La reconstruction d'une Europe dévastée par la guerre, avait permis aux USA de faire tourner à plein leur appareil productif. Le budget et la balance US étaient excédentaires, la production US avait progressé de 11% de janvier 28 à août 29.
Dans un tel contexte, la bourgeoisie US avait démantelé en grande partie le système de contrôle étatique de l'économie, mis en place durant la guerre. C 'était le triomphe du libéralisme économique, et l ’Etat ne jouait qu'un rôle très limité sur le plan économique : "Pourquoi l'Etat serait-il intervenu alors que le mode de production capitaliste était en mesure, sans trop de perturbations, d'accroître régulièrement les consommations, les profits et les salaires, le commerce extérieur, l'emploi, le revenu national et le standard de vie?" ("Le conflit du siècle", F. Sternberg, p.346)
La crise des années 30 qui débute avec le krach de 29 et connaîtra son point culminant en 32, surprend la bourgeoisie, qui n'est pas préparée à un tel événement. Ce n'est qu'au début des années 30 qu'elle va mettre en place progressivement des mesures de capitalisme d'Etat qui vont ralentir les effets de la crise. Dans tous les pays développés, c'est l'orientation vers une économie de guerre (New Deal aux USA, grands travaux, budgets militaires en Allemagne...).
La mise en place de ces mesures capitalistes d'Etat ayant pour but de relancer l'économie au moyen de l'injection de capitaux par l'Etat se basait sur une dette publique énorme. Le déficit budgétaire US, par exemple, passe de 18 milliards de dollars en 29 à 50 milliards en 39.
La mainmise de l'Etat sur l'économie ne devait dès lors plus cesser, loin de là, durant près de 60 ans, de même que l'endettement public qui en est le corollaire.
Si l'on compare, terme à terme, la situation économique de 29 et celle de 87, il est déjà patent que la situation actuelle est plus grave pour la bourgeoisie.
En 29, le Dow Jones perd 43 points; le budget US est excédentaire, la balance commerciale aussi.
En 87, le Dow Jones perd 503 points, le budget US est déficitaire de 235 milliards, et la balance commerciale accuse un déficit de 15,7 milliards de dollars pour le mois de septembre.
On pourrait à loisir multiplier ce genre d'exemple, évoquer les phénomènes aggravants, telle la quasi-simultanéité des effondrements boursiers d'aujourd'hui, par rapport au délai qu'a pris la répercussion de l'onde de choc en 1929.
Mais ce qui ressort essentiellement de la comparaison, c'est que :
Si la crise économique s'ouvre en 29 avec le krach boursier, nous avons vu plus haut que la cause en est en grande partie l'absence d'intervention de l'Etat dans l'anarchie financière. Quand, à la fin des années 60, au terme d'une période de reconstruction, la crise économique ouverte refait son apparition, les mesures capitalistes d'Etat mises en place dans les années 30 et renforcées durant la 2ème guerre mondiale n'ont pas été démantelées, loin s'en faut. Les Etats contrôlent la majeure partie des secteurs économiques, civils ou militaires; ils planifient la production de façon centralisée, il existe des organismes internationaux (FMI, banque mondiale...) à travers lesquels la bourgeoisie tente de rationaliser l'anarchie capitaliste.
Depuis l'ouverture de cette crise à la fin des années 60, on a vu se succéder des phases de récession et des phases de reprise -avec de forts taux d'inflation. C'est le produit d'une crise de surproduction et des différents palliatifs que la bourgeoisie essaie d'y apporter. La surproduction aboutit à un moment à la récession. Face à cela, la bourgeoisie fait baisser les taux d'intérêts, fait marcher la planche à billets, et la consommation -des ménages, des entreprises, de l'Etat lui-même, augmente, la production progresse et l'expansion reprend; mais cela repose sur le crédit, sur une dette publique abyssale, des déficits budgétaires comparables, et le taux d'inflation s'envole. Alors, la bourgeoisie, pour faire baisser l'inflation, réduit les déficits, fait monter les taux d'intérêts, limite la masse monétaire et l'économie dépérit, le chômage augmente, les faillites d'entreprises se multiplient.
Eh bien! Depuis 20 ans, la bourgeoisie oscille entre ces deux gouffres, tantôt l'un, tantôt l'autre. Mais, bien sûr, ce ne sont pas de simples aller-retour .chaque nouvelle phase récessioniste laisse sur le carreau des centaines de milliers de chômeurs, des milliers d'entreprises en faillite, sans vraiment extirper l'inflation. De même que chaque phase inflationniste creuse davantage les déficits sans pour autant relancer durablement l'économie.
CROISSANCE DU VOLUME DU PRODUIT INTERIEUR BRUT (OCDE. 24 pays industrialisés du bloc US) et DEFICIT PUBLIC DES USA (en-pointillé)
(en % du P.I.B.)
Comme nous le montre ce graphique , les "relances" ont des effets de plus en plus faibles, alors que les moyens mis en œuvre sont toujours plus importants, que les déficits budgétaires sont plus massifs, la poussée inflationniste plus forte, et les récessions qui suivent plus profondes.
A la différence des trois précédentes, la mini-reprise de 82-83 reste très limitée. Elle creuse les déficits budgétaires {de plus de 21 I milliards de dollars) et commerciaux (130 milliards de dollars), ce qui porte la dette globale des USA à 6000 milliards de dollars. De plus, elle a pour moteur essentiel les commandes de matériel militaire.
Parce que limitée géographiquement, et aussi du fait de l'ampleur du déficit et de son effet sur le dollar, cette mini-reprise entraîne un tel tourbillon spéculatif, que la circulation financière équivaut à 80 fois la circulation des marchandises. C'est la cause directe du krach. Fondamentalement, ça montre que les contre-effets des mesures de relance se font aujourd'hui sentir presque immédiatement, alors que l'effet escompté ne se produit que très lentement et très faiblement. La mini-reprise de 82-83 a permis pendant deux ans, deux ans et demi, d'éviter la stagnation complète de la croissance, mais les taux de croissance sont restés très faibles. De plus, l'inflation repart au bout de ce délai, au moment où l'appareil productif connaît une nouvelle phase de contraction. Dorénavant, donc, ce sont les deux aspects simultanément que la bourgeoisie trouve face à elle : récession et inflation, et ce après avoir pendant 20 ans combattu l'un et l'autre alternativement, sans parvenir à autre chose qu'à cumuler les effets des deux.
Et c'est bien la véritable dimension de la crise aujourd'hui. Les déficits accumulés ne permettent plus à la bourgeoisie de relancer tant soit peu l'économie, alors que la récession s'ouvre, en même temps que l'inflation repart, et qu'elle ne peut pas non plus combattre l'inflation sans risquer d'aggraver cette récession. Les remèdes n'ont plus d'autre effet que d'aggraver l'état du malade.
P.
20/11/87
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