La fin de Smuts

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimante

La décadence du capitalisme a pris la forme du capitalisme d'État et celui-ci produit ses manifestations extrêmes dans les pays les plus ruinés par la guerre. Ce serait ne rien comprendre à ce nouveau changement structurel du régime que de croire les destructions militaires nécessaires pour qu'il s'affirme. La guerre est aujourd'hui le mode économique de vie du capitalisme mondial. Elle fournit l'orientation appropriée à l'usage d'une plus-value trop faible par rapport à la composition organique du capital, mais dont l'investissement est néanmoins limité par des restrictions monopolistes. C’est dans la loi de la valeur, dans ces conditions sociales, que le régime économique du capital trouve les fondements de sa transformation vers l'État et vers la guerre permanente.

Une nouvelle preuve vient d'être donnée qu'un pays éloigné des théâtres militaires s'oriente nécessairement, aujourd'hui, vers le capitalisme d'État. Cette preuve, c'est le changement de majorité opéré lors des récentes élections d'Afrique du Sud, et le programme pour lequel se battait la nouvelle majorité. 

Malan est aujourd’hui élu à la tête d'une coalition de nationalistes et d'africanders. Smuts, le vieux militaire Boer qui devint, après avoir été défait par l'Angleterre, un pilier de l'Empire britannique, et contraint de se retirer.  Il cède la place à un gouvernement plus réactionnaire encore que celui qu'il présidait, à des gens qui pendant la Deuxième guerre mondiale virent du meilleur œil l'entreprise idéologique et politique des nazis.

 Or, quel est le programme social de ces nouveaux flux ? Il tient dans deux mots :  racisme et nationalisation. 

Le racisme a toujours sévi dans les mondes de peuplement jeune, en particulier anglo-saxon. Mais il l'a pris une extension et une signification historique que depuis l'impérialisme. En effet, même l'esclavage des anciennes colonies de l'époque commerciale ne comportait pas, à proprement parler, de racisme. On sait que les maîtres ne dédaignaient pas les peaux noires de leur cheptel féminin. Ce n'est qu'avec la substitution du salariat à l'esclavage et le malthusianisme monopoliste que le racisme s'installe sur la scène de l'histoire. Par exemple, ce n'est que bien après la guerre civile que le racisme apparut contre les nerfs aux États-Unis.

Ce phénomène suppose donc que la décadence capitaliste soit posée par le monopole. Mais les dernières années ont montré qu'il prend une ampleur mondiale lorsque cette décadence s'affirme et que le capital monopoliste commence à fusionner avec l'État. C’est en effet depuis la première guerre mondiale, surtout depuis 1933 parenthèses l'année de l'avènement d'Hitler (que le racisme s'est étendu universellement, en particulier sur la vieille Europe libérale. La deuxième guerre mondiale nous a livré d'assaut, Auschwitz, les chorus de travail forcé, les déportations de minorité ethniques ou nationale par les deux camps sur une échelle de masse (juif, polonais, Laura, on voit, caucasien, allemand de la Volga et des Sudètes, japonais des États-Unis, etc.…) bref, le capitalisme d'État a créé une société concentrationnaire fondé sur les discriminations ethniques.  

C’est de cela dont il s'agit aujourd'hui en Afrique du Sud en pleine période de “paix”. Déjà, dans ce pays, 2,300,000 blancs voté seul à l'heure que 7,700,000 Bantous (les indigènes africains), 282,000 hindous et 900,000 métis n'avaient -parce que “colored people”, aucun droit politique. Le Bantous était relégué dans des réserves comptant pour 13 % du territoire alors qu'il représentait 77 % de la population. Il ne pouvait en sortir qu'après avoir conclu des contrats qui en faisaient des demi-esclaves, notamment dans les mines d’or et de diamants. Quand ils fuyaient, la police entreprenait la chasse à l'homme et ramenait les fugitifs dans les réserves. Or l'histoire voulut que cela ne suffise pas. 

Smuts est tombé en partie pour avoir voulu “aménager” dans un sens “libéral” cette politique raciste que lui-même avait conduite au gouvernement. Les jours qui précédèrent l'élection via une explosion d'antisémitisme, parce que le vieux bureaucrate militaire avait reconnu le nouvel État d'Israël dont l'avènement n'était lui-même qu'une autre expression du racisme. Le gouvernement issu de l'élection entend aujourd'hui (tel est son projet avoué) rassembler tous les noirs dans une réserve, tous les métis dans une autre, et isoler les hindous. Rien que cela ! 

Cette politique, l'expérience dira si, tout en suivant la ligne d'une “nécessité” économique de l'impérialisme, elle ne se heurtera pas à son tour à des limites imposées par cette même nécessité. Toujours est-il que ces mesures sont prévues en même temps que le deuxième point du programme de Malan : les nationalisations.

La puissance essentielle du capital sud-africain siège dans ses mines d’or. En 60 ans, elles ont produit 15 milliards de dollars de métal, soit 40% du stock mondial actuel. Elles distribuent chaque année 38 millions de dollars de dividendes. Là ce fait l'essentiel de l'exploitation du travail sur laquelle se fonde l'oligarchie du Cap. Ce sont ces mines que le programme de Malan projeté formellement de nationaliser.

Après sa victoire, Malan a semblé revenir en partie sur ce programme. Mais ce fut pour dire au correspondant du “Financial Times” :

“il faut mettre un frein à l'épuisement (des mines) pour un gain économique temporaire d’une telle richesse nationale. Le parti nationaliste assujettira les monopoles et les cartels au contrôle de l'État, tout en reconnaissant les droits de la propriété et de l'entreprise privée”.

Par conséquent, s'il advenait -et ce n'est pas encore prouvé- que le nouveau gouvernement renonça à nationaliser les mines, ce serait de toute façon pour les faire passer sous le contrôle de l'État. Et cette mesure, pourtant limitée, prendrait tout son sens, puisque les nationalisations sont déjà étendues, les mines, les banques, transports, aciéries appartenant depuis plusieurs années à l'État.

Tel est le sort de l'Union sud-africaine. Bien qu'elle soit à l'autre bout de la terre, elle glisse tout comme les autres pays vers le capitalisme d'État. Là comme ailleurs, la guerre impérialiste mondial, à laquelle l'Union a participé, a été l'expression, et à son tour le prétexte apparent de ce glissement. Mais l'application profonde se trouve ailleurs : la rentabilité du travail minier a atteint son plafond. Malon l'exprime en parlant d'épuisement des gisements. Il invoque ainsi la chute des rendements physiques de l'entreprise au lieu de se référer à celle du rendement de l'exploitation du travail. La vérité est que le capital sud-africain a lui aussi atteint son niveau maximum d'expansion et qu'il se trouve désormais engagé dans la décadence économique mondiale.

Il est... disons “réconfortant” (?) de voir qu'un régime féroce et un gouvernement ultra-réactionnaire poursuit l'expropriation des capitalistes privés. C’est un soufflet (on peut douter d'ailleurs qu'il le comprennent) à ceux qui falsifient la conscience de la classe ouvrière en brandissant l'arme de la propriété d'État. Ils lui font croire que ces mesures ne peuvent être le fait que de gouvernements travaillistes et “socialistes”, ou de prétendu “démocratie populaire”, et qu'elles acquièrent pour notre époque une portée révolutionnaire. En réalité le capital universel fusionne avec l'État à une échelle mondiale, totale. Ce phénomène est l'avènement d'une barbarie sans précédent à laquelle seul à prolétariat révolutionnaire peut apporter la réponse. Voilà ce qu’on n’abusera jamais de répéter ! 

Morel

Géographique: 

Personnages: 

Heritage de la Gauche Communiste: 

Rubrique: