Crise du pétrole et récession

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Au moment où nous sortons le n°6 de R.I., un vent de panique s’est mis à souffler sur le monde entier : depuis quelques jours, il n’est plus question que de la "crise du pétrole" et de ses effets désastreux sur l’économie mondiale. Les milieux officiels n’hésitent pas à parler de "croissance zér0 tt et de doublement du chômage pour 1974.

L’article qui suit,(Surproduction et Inflation, écrit avant la panique actuelle peut presque sembler démodé. Ainsi la question qu’il commence par poser : "La crise existe-t-elle ?", fait aujourd’hui sourire. Mais il n’en demeure pas moins d’actualité dans la mesure où il tente de montrer les causes profondes de l’inflation qui continue à sévir, ainsi que de la récession que tout le monde prévoit maintenant pour 1974. Et en cela, il permet de répondre par avance à la campagne de mystification qui se développe sur "la crise du pétrole". En effet la situation présente appelle les remarques suivantes :

1. : Il est indiscutable que le ralentissement des livraisons de pétrole entraîne déjà d’importantes difficultés pour les économies des plus développés, qui en ont fait une matière première extrêmement importante. Il est hors de doute également que les hausses sur ce produit contribueront à aggraver encore l’inflation. Ceci dit, il faut préciser que la situation politique qui est à l’origine de ces mesures est elle-même provoquée par une guerre qui tire ses causes profondes de l’aggravation les tensions inter-impérialistes conséquentes de la crise du capital mondial. En ce sens on peut dire que, bien que facteur aggravant, la crise du pétrole n’est elle-même en dernier ressort qu’un produit de la crise économique générale.

2. : La récession annoncée maintenant à grands cris pour 1974 a été prévue AVANT les derniers évènements du Proche-Orient (en particulier par l’OCDE). L’actuelle crise du pétrole et le freinage de la croissance qu’elle provoque dans les pays affectés, ne pourra qu’aggraver cette récession. Mais elle n’en sera pas la cause. Même si la, crise pétrolière se poursuit, elle ne sera que l’amplificateur d’un phénomène dont les racines sont ailleurs.

3° : L’extraordinaire battage qui est actuellement fait, dans le monde entier, autour des restrictions pétrolières n’est pas le seul résultat de l’affolement momentané, ni du goût du sensationnel des journalistes.

La-bourgeoisie mondiale trouve dans cette crise un bouc-émissaire inattendu, mais particulièrement opportun pour précipiter une série de mesures "impopulaires" qu’elle devra prendre. Les classes dominantes savent que la "récession" prévue exigera des licenciements, du chômage, c’est-à-dire d’attenter à un des seuls avantages réels que le capital ait été capable d’offrir au prolétariat depuis la deuxième guerre : la sécurité de l’emploi.

Celle-ci lui permettrai de supporter une deshumanisation accélérée de sa vie et de son exploitation. Les classes dominantes savent qu’elles devront s’attaquer de plus en plus violemment aux salaires réels de la classe ouvrière.

Elles savent aussi que depuis quelques années, il n’est pas aisé de s’attaquer trop brusquement au niveau de vie des travailleurs. La conscience des capitalistes du monde entier est aujourd’hui pleine d’avertissements qu’importent des noms comme Mai 68, Mai rampant italien, ou Gdansk 70.

La politique des pays producteurs de pétrole du Proche-Orient fournit dans ces conditions une occasion trop tentante de rendre effective une part de ces mesures; tout en en faisant porter la responsabilité sur cet homme à tout faire des moments difficiles de la bourgeoisie : "l’étranger" (en l’occurrence les arabes). Si les choses sont bien faites, on peut même se payer le luxe d’une petite "union sacrée de toutes les classes" face à la difficulté. La manœuvre est trop intéressante pour ne pas la deviner derrière toutes les campagnes de propagande actuelles qui accompagnent un raz de marée totalement disproportionné de fermetures d’usines et d’élévation des prix (l’essence en particulier). La force mystificatrice de cette manœuvre doit être dénoncée.

Dans l’ambiance de panique que la bourgeoisie développe une intervention militaire américaine au Proche-Orient, afin de rétablir "l’ordre pétrolier", apparaîtrait aux yeux des populations occidentales plus justifiée que lors des précédents conflits. La bourgeoisie aux abois aura de plus en plus à utiliser ce genre de mystifications. Dans cette tâche elle pourra compter sur les partis de gauche et sur les rabatteurs de ceux-ci : les gauchistes.

C’est pour cela que dans la période qui vient les révolutionnaires devront redoubler d’efforts pour mettre en lumière les véritables causes de la crise actuelle. Ils devront dénoncer toutes les mystifications véhiculées par les partis du capital pour tenter de préparer le prolétariat à la guerre impérialiste; seule réponse possible du capital a la crise.

Les deux articles "Surproduction et Inflation" et "la 4ème guerre du Proche-Orient" s’inscrivent dans cet effort.

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Crise économique