Ecolo/Groen et Vlaams Belang, les vainqueurs des élections

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Les illusions dangereuses de l'idéologie verte et du populisme

Les élections du 26 mai ont eu lieu depuis un certain temps déjà mais le résultat continue à alimenter les discussions politiques. La distribution des cartes politiques en vue de la formation des gouvernements fédéral et régionaux révèle une situation compliquée pour la bourgeoisie mais la campagne électorale et les résultats lui fournissent aussi matière à déclencher des campagnes mystificatrices intenses dans la période à venir. En effet, malgré leurs positions apparemment radicalement opposées, les vainqueurs des élections, Ecolo/Groen en Wallonie et à Bruxelles et Vlaams Belang en Flandre, mettront plus que jamais en avant leurs chevaux de bataille: les efforts pour mettre en œuvre la transition écologique pour Ecolo/Groen et l’orientation "notre propre peuple d'abord" dans le cas du Vlaams Belang.
Ainsi, les deux courants fournissent au capitalisme précisément des cadres de référence qui permettent de tromper les travailleurs en leur présentant de fausses formes de solidarité, comme par exemple la solidarité avec sa propre région, son propre peuple ou encore avec ses propres exploiteurs afin de sauver la planète. Cet article veut dénoncer les dangereuses illusions propagées par les partis concernés, Ecolo/Groen et Vlaams Belang, et expliquer comment les travailleurs peuvent s'armer contre celles-ci et y répondre en développant une véritable solidarité qui transcende toutes les frontières de race, de religion ou de nationalité: la solidarité de classe prolétarienne.

Ecolo/Groen: Des sacrifices inévitables pour la transition écologique

L'un des grands gagnants des élections est en effet Ecolo/Groen. Pour ce parti, la protection de l'environnement est primordiale et l’axe politique prioritaire est la transition écologique. Mais comment entend-il y parvenir? Vise-t-il un véritable «changement de système», comme cela a été constamment scandé au printemps dernier lors des manifestations massives des jeunes contre le réchauffement climatique?

C'est une illusion de croire que des politiciens au sein d’institutions de l’État bourgeois puissent prendre des mesures fondamentales en faveur de la protection de la terre. «Cette sorte d’approche pour faire «pression» sur les gouvernements afin «qu’ils fassent quelque chose» est comme demander à un hacker de prendre soin de la sécurité informatique ou à un renard de prendre soin des poules» (Le capitalisme menace la planète et l’humanité. Seule la lutte internationale du prolétariat peut y mettre fin, Internationalisme 370).

A la «pression» des jeunes, la bourgeoisie a répondu  - cynique comme elle est - par une enquête en ligne dans laquelle on demande à chaque citoyen comment il pense pouvoir contribuer à la réduction des émissions de CO2. Ainsi, chacun peut réfléchir par lui-même à comment il pense pouvoir réduire son empreinte écologique. De cette façon, le problème écologique devient celui du citoyen individuel et celui-ci est invité à supporter des coûts supplémentaires pour l'environnement. En outre, la classe dirigeante profite du sentiment de culpabilité instillé pour intensifier encore les attaques économiques au nom de la protection de l'environnement (via la fiscalité «verte»).

L'un des plans d'Ecolo/Groen est d’instituer une taxe générale sur le carbone. L'industrie lourde et les producteurs d'énergie sont déjà assujettis à un système européen obligatoire d'échange de quotas d'émission (SCEQE), en vertu duquel ils doivent acheter des quotas afin d'émettre du carbone. Si tous les autres secteurs qui émettent du CO2, comme les transports et l'agriculture, étaient également taxés avec une taxe carbone, cela représenterait plus de 2 milliards d'euros par an. Avec ces revenus, Ecolo/Groen pense pouvoir réaliser une partie de ses projets sans imposer des coûts supplémentaires aux citoyens. Comme si ces coûts pour les transporteurs ou les agriculteurs ne seraient pas payés directement (prix) ou indirectement (subventions publiques) par la population et donc principalement par les travailleurs!

Dans un rapport récent, le Bureau fédéral du Plan en Belgique a estimé les surcoûts pour la protection de l'environnement à 15 milliards d'euros jusqu'en 2030, et à 17 milliards d'euros pour la période 2030-2050. En outre, la Belgique est confrontée à la nécessité urgente de fermer ses centrales nucléaires et il est de notoriété publique qu'il y a un prix à payer pour cela: «Il sera déjà très difficile de compenser la fermeture des centrales nucléaires par des alternatives» (Thomas Wyns, expert climatique de la VUB). Si l’abandon du nucléaire est maintenu, des investissements substantiels seront également nécessaires pour mettre en place une production énergétique alternative à grande échelle.

Selon le gouvernement belge, des réductions de la consommation d'énergie ne peuvent aboutir à des économies de manière efficace. «Quoi qu'il en soit, le défi climatique exigera des efforts importants dans les décennies à venir, et cela coûtera de l'argent. Il n'y a pas de solution magique que personne ne sentira. (...) La transition énergétique coûtera de l'argent aux consommateurs», a déclaré la ministre de l'Énergie, Marie Christine Marghem à la Chambre des représentants, en réponse aux questions de la députée socialiste Karin Temmerman (SPa). Selon elle, la hausse actuelle des prix de l'électricité n'est qu'un avant-goût de ce qui se passera dans quelques années, lorsque les centrales nucléaires seront définitivement fermées.

Pour présenter la transition écologique comme une intervention presque indolore, les économistes progressistes en arrivent à recourir aux solutions les plus ridicules, comme l’idée d’imprimer plus de monnaie. Ecolo/Groen est bien conscient que les plans pour la protection de l'environnement naturel sont difficiles à faire avaler s'ils sont coûteux pour la population. Et les écologistes n’hésitent donc pas à saisir des deux mains l’issue qui leur est suggérée: «Pour sauver le climat, on doit juste imprimer de l'argent. C'est possible pour les banques, donc c'est certainement possible pour le climat» (Bart Staes, eurodéputé vert). Évidemment, ce que notre député vert cache pudiquement, c’est que le sauvetage des banques en 2008 a coûté dix années d’austérité supplémentaire et beaucoup de sacrifices pour la classe ouvrière.

C’est le capitalisme qui détruit la nature

La pollution de l'environnement et le réchauffement climatique ne sont pas fondamentalement causés par certains secteurs de l'industrie, par l'agriculture ou par les transports. Ils ne sont pas non plus occasionnés par le citoyen individuel, mais par le système existant: le capitalisme. C'est bien le mode de production dominant qui est à la base de la détérioration dramatique actuelle de notre cadre de vie. Le capitalisme, surtout dans la période de décadence, est devenu un véritable désastre pour l'humanité et pour tout ce que celle-ci a édifié au cours de l'histoire.

C'est parce que «le processus de la production capitaliste est dominé par le profit. Pour chaque capitaliste, la production n’a de sens et de but que si elle lui permet d’empocher tous les ans un «bénéfice net»… Mais la loi fondamentale de la production capitaliste…n’est pas simplement la poursuite d’un profit tangible, mais d’un profit toujours croissant….La plus grande partie du profit obtenu devient du capital nouveau et sert à élargir la production. Le capital s’amoncelle ainsi et –condition première aussi bien que conséquence de l’exploitation- la production capitaliste s’élargit indéfiniment». ( Ce que les épigones de la théorie de Marx ont fait ; Critique des Critiques ; Chapitre I, Rosa Luxembourg). L'expansion et l'accumulation du capital, l'accumulation pour l'accumulation, sont les forces motrices du développement capitaliste. Pour ce besoin continu d'expansion et de production accrue, tout doit faire face et cela mène à une surexploitation sans précédent de la nature. Pour démarrer la production, il faut mobiliser la main-d'œuvre et les matières premières. Pour réaliser la production, le résidu doit être éliminé dans le sol, la mer ou l’air. Ce cycle sans fin ne peut être brisé que par la révolution mondiale de la classe ouvrière et l’édification d'une société dans laquelle seules des valeurs d'usage sont produites pour les besoins sociaux de l’humanité.

Quelle est la position d’Ecolo/Groen sur cette question? Le discours est radical, évoquant la nécessité d'une «rupture avec le modèle productiviste, consumériste et capitaliste» («Autrement, ensemble, pour tous!» 27-01-2015). Un représentant au parlement de la région bruxelloise voit même en Ecolo un parti qui «remet fondamentalement en cause le système capitaliste» («Je suis absolument anticapitaliste»,  Kalvin Soiresse Njall, 29-04-2019). Mais le capitalisme en tant que mode de production est-il ici vraiment remis en question? Ne s'agit-il pas plutôt d’un radicalisme verbal visant à nous endormir avec de belles paroles? Quand Ecolo/Verts place le productivisme, le consumérisme et le capitalisme sur le même pied, il réduit au fond le capitalisme à rien de plus qu'une des manifestations du système existant, qui, lui, n’est pas remis en question. De cette façon, il est facile de lancer des déclarations ronflantes, mais qui sont en fait totalement creuses.

L'utilisation d'un tel langage radical permet à Ecolo/Groen de camoufler la dangereuse mystification qui vise à lier les travailleurs au système: dans le combat contre la crise climatique, le capitalisme pourrait apporter une solution à condition que des sacrifices communs soient réalisés. Il suffirait en effet de transformer l'économie capitaliste en économie verte. Mais l'économie capitaliste «verte» d’Ecolo/Groen est un leurre, qui n'arrêtera ni ne réduira la pollution mondiale croissante de la nature et le réchauffement climatique (1). Et quelles que soient les mesures prises - efficaces, moins efficaces ou totalement inutiles - la classe ouvrière paiera toujours la note. Affirmer que la transition écologique peut se faire sans sacrifices supplémentaires est pure affabulation.

Le PVDA/PTB (Parti des Travailleurs Belges) serait probablement pleinement d'accord avec cela. En effet, ce parti bourgeois de gauche soutient aussi que le capitalisme est la cause de l'attaque systématique contre la nature: «Le problème du climat est un problème du système, le système capitaliste (...) qui ne reconnaît que la loi du marché». (Mathilde El Bakri, députée de la PVDA/PTB de la Région bruxelloise ; 12-11-2018). Mais à lire la solution proposée par cette députée, cela ne semble soudain plus si radical: il suffirait que «l’actuel mode de pensée capitaliste soit remplacé par un mode de réflexion planifié» (Id.).  Pas un mot sur une révolution mondiale, pas de destruction de l'État capitaliste, pas de dictature du prolétariat, mais simplement un changement dans le mode de pensée des planificateurs politiques, et qui sont-ils autres que le patronat et l'État capitaliste?

Le Vlaams Belang fait des émigrés les boucs émissaires pour la barbarie capitaliste

Un autre grand vainqueur des élections est le Vlaams Belang. La montée du Vlaams Belang à partir de 2014 sous la présidence de Tom van Grieken repose sur les mêmes piliers que ceux qui ont rendu possible la montée des différents partis populistes ailleurs en Europe: un repli sur le terrain nationaliste, voire régionaliste, à travers une campagne enragée contre les étrangers, le rejet des élites politiques corrompues et la prétendue défense du «propre peuple».

Cette orientation confirme ce qu'avançait Teun Pauwels en 2011, à savoir que le Vlaams Belang était devenu entre-temps quasiment «un prototype de parti populiste. Outre le nationalisme ethnique, la xénophobie, les valeurs éthiques conservatrices et l’approche «law and order», la rhétorique populiste antipolitique  est également devenue l'une des composantes de son idéologie. Le parti prétend maintenant être le porte-parole de l'homme de la rue qui n'est plus écouté par la Rue de la Loi » (« Populisme en Flandre », Teun Pauwels, Société & Politique, septembre 2011).

Comme d'autres partis populistes, le Vlaams Belang n'est pas seulement radicalement contre les migrants mais il est aussi catégoriquement en faveur des «gens de chez nous ». Selon Tom van Grieken, nous devons fermer nos frontières, non pas en premier lieu «par haine pour les gens de l'extérieur de nos frontières, mais par amour pour les gens à l'intérieur de nos frontières». La migration constituerait une menace pour la prospérité de la Belgique, qui est le fruit du travail acharné des générations précédentes. Et cette prospérité doit être préservée. Car «nulle part ailleurs en Europe, un peuple ne permet que sa prospérité soit pillée à une telle échelle». (Wouter Vermeersch, tête de liste en Flandre occidentale).

Le Vlaams Belang prétend s’engager énergiquement pour défendre activement les intérêts matériels (économiques) des «gens de chez nous». «Ce gouvernement dépense 7 milliards par an pour de nouveaux arrivants des quatre coins du monde, mais laisse crever ceux à qui nous devons notre système de sécurité sociale» (Tom van Grieken). Le programme électoral du Vlaams Belang prévoit désormais une pension minimale de 1.500 euros, une réduction de la TVA sur l'électricité de 21 à 6% et une augmentation du revenu mensuel de 125 euros net par personne. En outre, il souhaite ramener l'âge de la retraite à 65 ans et accorder une pension après une carrière complète de 40 ans.

L’impact financier des plans du Vlaams Belang a également été calculé par le bureau du Plan. Au total, ces plans coûteraient plus de 10 milliards d'euros, avec pour résultat que la dette publique (états fédéraux et régionaux réunis) augmenterait de 8,7 %. La dette publique représente actuellement déjà 104% du produit intérieur brut (PIB), ce qui fait de la Belgique l'un des rares pays d'Europe occidentale à avoir une dette publique supérieure à 100% (seulement 53% du PIB aux Pays-Bas). Il semble donc que le Vlaams Belang promet des châteaux en Espagne car les plans proposés, tout comme ceux du gouvernement populiste italien (2), sont largement trop coûteux et donc irréalisables.

Selon le Vlaams Belang, «l'ouverture des frontières et la sécurité sociale ne vont pas de pair » (Tom van Grieken). Et comme, pour le Vlaams Belang, la sécurité sociale des «gens de chez nous» est une exigence fondamentale, c’est aux émigrés d’en payer le prix. Les nouveaux émigrés ne pourront plus accéder automatiquement à la sécurité sociale. Le Vlaams Belang propose de créer une caisse de sécurité sociale distincte pour la «sous-classe» des migrants. Ces personnes devraient alors verser leurs cotisations de sécurité sociale dans un fonds distinct et ne recevoir après un certain temps leurs allocations que de ce fonds. S'il y a moins de cotisations sociales qui rentrent dans la caisse, tout le monde recevra automatiquement une allocation inférieure.

Afin de pouvoir réaliser son programme socio-économique pour «les gens de chez nous», les étrangers «illégaux» et les nouveaux arrivants doivent en fait se voir refuser l'accès à la «sécurité sociale». Après que la N-VA a présenté un projet visant à déplacer la décision concernant les migrants du niveau fédéral vers le niveau des régions («La Flandre doit pouvoir choisir pour elle-même à qui et à combien de personnes nous accordons le droit de séjour»), le Vlaams Belang propose d’arrêter totalement l’immigration en Flandre pendant au moins dix ans. Selon le parti, cette mesure offrirait un «répit» (sic) pour édifier la Flandre de demain.

Le populisme flamand affiche la primauté de «son propre peuple»

Le précurseur du Vlaams Belang, le Vlaams Blok, a déjà été condamné par les tribunaux bourgeois en raison de ses déclarations xénophobes. En 2004, la Cour d'appel de Gand a statué que le Vlaams Blok est une association qui «incite sans cesse à la haine et à la discrimination». En effet, «les publications du Vlaams Blok montrent clairement qu'il utilise systématiquement le mécanisme du bouc émissaire pour attiser les sentiments de haine et de discrimination parmi la population» («Le Vlaams Blok incite à la xénophobie», Inge Ghijs, 22 avril 2004). Afin de ne pas se discréditer, les autres partis avaient déjà mis en place un «cordon sanitaire», ce qui ne les a pas empêchés d’œuvrer activement à la construction de la «Forteresse Europe» contre les réfugiés.

Or, l'immigration est aussi ancienne que l'humanité. Lors de la préhistoire, les gens étaient obligés de faire de grands voyages à la recherche de régions où ils pourraient subvenir à leurs besoins. L'immigration est également inextricablement liée aux temps modernes, ainsi qu'au capitalisme. Depuis l'introduction du système capitaliste au XVIe siècle, les gens des pays centraux d'Europe ont erré dans le monde entier, la période la plus importante étant celle des cent ans entre 1814 et 1914, où un total de 50 millions de personnes ont émigré vers le Nouveau Monde pour «tenter leur chance  là-bas».

L'immigration est également une caractéristique de la classe ouvrière. L’ouvrier au sein du capitalisme est  «obligé de se déplacer sans cesse, toujours à la recherche d’une occasion, d’un endroit pour vendre sa force de travail. Être un salarié implique d’être obligé de se déplacer sur de longues et de courtes distances, et même de se déplacer dans d’autres pays ou continents, partout où un ouvrier peut vendre sa force de travail… En d’autres termes: la classe ouvrière, de par la nature des conditions du capitalisme, est une classe de migrants» (CCI online- décembre 20: La migration économique et les réfugiés de guerre dans l’histoire du capitalisme).

Le projet du Vlaams Belang de fermer complètement la Flandre à l'afflux de migrants pendant dix ans est farfelu et tout aussi irréaliste que la suppression des frontières. Pour les gens en détresse (mortelle), aucune mer n'est trop haute et aucun désert trop large. Ils fuient vers une Europe sûre parce que leur terre natale est le théâtre d'une guerre sans merci entre les différentes puissances régionales et mondiales. Ils fuient vers le Nord parce que leur milieu de vie est devenu inhabitable en raison de l'avancée de la désertification, en grande partie causée par les émissions massives de CO2 dans les pays industrialisés.

La politique ségrégative du Vlaams Belang, la politique d'exclusion de tous ceux qui sont différents, vise également les «holebis » et les transsexuels parmi les «gens de chez nous». Mais au sommet de sa liste se trouvent les musulmans extrémistes, les «fruits pourris qui rendent Molenbeek misérable, qui ne sont là que pour profiter de la sécurité sociale et qui tentent d'imposer une forme extrême d'islam» (Tom van Grieken). Pour reprendre les termes du Vlaams Belang, il faut les «éliminer». L'exclusion des personnes dans le besoin, la politique du «chacun pour soi», stimulent la division et ne font qu'accroître la barbarie du capitalisme en déclin.

Cinquante ans après l'abolition de la ségrégation raciale dans les États du sud des États-Unis, trente ans après l'abolition de l'apartheid en Afrique du Sud, le Vlaams Belang envisage d'introduire une nouvelle ségrégation: celle entre autochtones et allochtones. Et comment en Flandre distinguer les étrangers des «gens de chez nous»? Pas en fonction de la couleur de la peau, puisqu'il n'y a pas que des flamands blancs mais aussi des flamands «colorés», sans parler de la «racaille» d'Europe de l'Est si méprisée par le Vlaams Belang? En obligeant les «vrais flamands» à arborer un Lion flamand sur leur col? Ou en démontrant des «racines flamandes pures» jusqu’à la troisième génération?

L'idéologie de l'exclusion, la recherche de boucs émissaires, la xénophobie sont les piliers de l'idéologie du Vlaams Belang. En réaction, les gauchistes (LSP, PVDA/PTB), se référant à la lutte antifasciste des années 1930 (3), tentent de nous mobiliser derrière des campagnes anti-populistes. Mais ces mouvements de protestation contre le Vlaams Belang n'ont qu'un seul but: dévier les travailleurs de leur propre terrain de classe pour mieux les lier à la défense de la démocratie, l'autre visage du même système d'exploitation de la nature, d'exclusion des «nouveaux venus» et d’attaques contre nos revenus qui ne cessent de diminuer.

L'impuissance de la bourgeoisie à apporter une solution

Immédiatement après les résultats des élections, divers partis ont souligné qu'il sera très difficile de démêler le nœud fédéral et que la formation du nouveau gouvernement sera ardue. «Après ce débat, j'ai le sentiment que la formation d'un gouvernement sera encore plus difficile qu'elle ne l'était déjà» (Carl Devos, Professeur de sciences politiques). «Celui qui arrive avec ce résultat à constituer un gouvernement belge qui correspond logiquement à ce qui a été voté en Flandre et en Wallonie, mérite le prix Nobel. C’est tout simplement impossible» (Bart de Wever N-VA). Dans la semaine qui a suivi les élections, des voix s’élevèrent pour réclamer de nouvelles élections.

Ces difficultés de la bourgeoisie ne profitent-elles pas à la classe ouvrière? Non! Dans la période actuelle de décomposition, les revers de la bourgeoisie ne signifient généralement rien de bon pour la classe ouvrière. Pour la seule raison que la bourgeoisie peut retourner les conséquences de cette décomposition, comme le chacun pour soi (4), contre les travailleurs. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles il est important que la classe ouvrière suive de près les développements politiques de la classe dirigeante. De fait, elle doit contrer les efforts de la bourgeoisie pour la mobiliser derrière sa politique à travers les mystifications comme «les efforts nécessaires pour protéger le climat» (Ecolo/Groen) ou «la défense de la sécurité sociale pour les citoyens flamands» (Vlaams Belang).

En exacerbant les divergences de positions en son sein, la bourgeoisie cherche constamment à appâter la classe ouvrière pour l’inciter à choisir l’un ou l’autre camp bourgeois. Pour cette dernière, il est donc de la plus haute importance de démasquer les belles paroles et d'éviter ainsi de tomber dans le piège de la bourgeoisie. Il n'y a qu'une seule règle pour les travailleurs: ne pas se laisser entraîner sur un terrain bourgeois ou petit-bourgeois, mais rester sur leur propre terrain par la défense commune de leurs intérêts matériels et de leurs propres objectifs comme classe indépendante contre le capital. Ce n'est qu'ainsi que la classe ouvrière peut exprimer une véritable solidarité de classe contre toute forme de fausse solidarité des fractions bourgeoises.

Les vainqueurs des élections ne nous présentent pas seulement des plans qui ne peuvent pas être réalisés, ils essaient aussi d'entraîner les travailleurs dans de fausses formes de solidarité. Ecolo/Groen utilise la crise climatique pour pousser les travailleurs à exprimer, en tant que citoyen, leur solidarité avec leurs exploiteurs afin d'essayer «d'écologiser» l'économie. De même, le Vlaams Belang utilise la question de la «sécurité sociale» pour appeler tous les Flamands à exprimer leur solidarité avec les «gens de chez nous» contre les «étrangers» qui mettraient en danger ce système. Face à cela, il existe une solidarité inclusive totale, qui ne fait pas de distinction selon la race, la couleur, l'origine, etc., et ne connaît pas de frontières. Cette solidarité est exprimée par la classe ouvrière, la classe qui, sur la base de sa solidarité globale et internationale, met fin à toutes les classes.

Ces «solutions» alternatives se situent parfaitement dans la ligne de celles des partis traditionnels qui ont constitué les derniers gouvernements: les socialistes, les libéraux et les démocrates-chrétiens avec comme Premiers ministres du premier, le socialiste Di Rupo et du second, le libéral Michel, auquel participait aussi la N-VA. Ces derniers ont également encouragé la solidarité avec l'État national et réduit les dispositions sociales en excluant de plus en plus de catégories. En définitive, cela démontre fondamentalement l'incapacité de la bourgeoisie à résoudre les problèmes essentiels posés par le capitalisme.

Une grand partie des électeurs ont émis un vote rejet: «Tout est mieux que les partis qui ont gouverné précédemment», ont-ils pensé. Lors des prochaines années, ces mêmes personnes arriveront à la conclusion que le Vlaams Belang et Ecolo/Groen aussi ne peuvent pas changer la donne. Les élections ne modifient pas les problèmes fondamentaux du capitalisme (5). Pire: la voix des partis radicaux ne fonctionne que comme un exutoire. Cela souligne une fois de plus combien l'électeur atomisé, prisonnier de la logique démocratique (6), ne peut qu'exprimer le désespoir et l'impuissance.

Dennis /15.07.2019

Notes

(1) Écologie: piège, mystification et alternatives ( Internationalisme nr. 358 - 2e trimestre 2013).

(2) Le gouvernement italien veut injecter plus d'argent dans l'économie, par exemple par des réductions d'impôts, comme le suggère Salvini de Lega Nord, ou un revenu de base pour lequel Luigi Di Maio s’active. Mais aux yeux de Bruxelles, le gouvernement italien dépense beaucoup trop d'argent emprunté. Et comme il ne respecte pas les règles budgétaires et le plafond de la dette, la Commission européenne souhaite que des sanctions soient prononcées.

(3)Voir: «Existe-t-il un danger fasciste?» (Révolution Internationale –nr 429). Et aussi : "Journée de discussion été 2013: la perspective est-elle similaire à celle des années 1930? (Internationalisme n° 360 - 1er trimestre 2014).

(4) Dans la phase de décomposition, à la suite du blocage de la lutte entre la bourgeoisie et le prolétariat, la société capitaliste transpire de tous ses pores : «la marginalisation, l'atomisation des individus, la destruction des rapports familiaux, l'exclusion des personnes âgées, l'anéantissement de l'affectivité et son remplacement par la pornographie…. En bref : l'anéantissement de tout principe de vie collective au sein d'une société qui se trouve privée du moindre projet, de la moindre perspective ».Voir : «thèses: la décomposition, phase ultime de la décadence capitaliste» (CCI :online)  

(5) Lire “Les élections sont un piège pour la classe ouvrière  ” (Révolution Internationale nr. 433 - juni 2012).

Aussi: “ L'avenir n'est pas dans le bulletin de vote mais dans la lutte de classe” (Internationalisme nr. 331, april- juni 2007).

Ainsi que: “Élections et démocratie: l’avenir de l’humanité ne passe pas par les urnes” (Révolution Internationale nr. 463, mars-avril 2017).

(6) Tout seul dans l'isoloir, le citoyen est confronté au choix de quelque chose de totalement abstrait, de tout à fait en dehors de sa vie quotidienne. " les exploités n’ont rien à gagner en participant au grand cirque électoral où chacun d’entre nous se retrouve atomisé, impuissant, isolé... précisément dans l’isoloir." ("Élections présidentielles: Quelles leçons pour les travailleurs?" Révolution Internationale n ° 432, mai 2012)

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Vie de la bourgeoisie