À propos de cette mal nommée “Fête du Travail”

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Nous publions ci-dessous la contribution de La., un camarade sympathisant du CCI, à propos des manifestations du 1er Mai. Nous partageons ce qu’il écrit, en particulier sur la nature des syndicats devenus, depuis l’entrée du capitalisme dans sa période de décadence, de véritables rouages de l’État, du sabotage des luttes et de l’exploitation, y compris ceux à visage plus radical.[1] C’est pourquoi, leur dénonciation est une des premières tâches de l’intervention des révolutionnaires.

Le camarade a également raison de souligner que la prise en main des luttes par la classe ouvrière est une nécessité pour la politisation de celles-ci. Nous voulions toutefois insister sur le fait que cela ne doit pas signifier que les luttes, même encore encadrées par les syndicats ne servent à rien. C’est dans la lutte que le prolétariat mesure sa force, reconquiert son identité de classe et sa solidarité, tout en s’affrontant au sabotage syndical. Le processus de prise de conscience de la classe est un processus matériel : c’est parce que ce processus existe (à certain moment aussi de manière souterraine) que les révolutionnaires peuvent jouer leur rôle d’accélération de maturation de la conscience. Depuis 2022, la classe ouvrière a retrouvé le chemin des luttes massives et de la réflexion (à différents degrés). Que ce soit au Royaume-Uni, en France, en Belgique, aux États-Unis, au Canada ou ailleurs, jusqu’à présent, les syndicats ont encadré l’ensemble des mouvements. Cela a représenté une véritable entrave pour le prolétariat. Pourtant, la solidarité qui s’est exprimée dans toutes les grèves et tous les mouvements sociaux montre que la classe ouvrière, quand elle lutte, parvient à résister à la résignation et à la division que promeut partout le syndicalisme.
CCI, 18 mai 2026.

Aujourd’hui, nous verrons à nouveau les syndicats défiler. Ce moment devrait nous rappeler que le 1er mai n’était à l’origine ni un jour férié ni une journée de glorification du salariat. C’était une journée de protestation et de lutte, qui, à l’époque, visait principalement l’obtention de la journée de travail de 8 heures. C’est la bourgeoisie qui, pour tenter de saper la nature contestataire de cette journée, l’a transformée en un jour férié, un jour de repos, et lui a donné le nom anodin de « Fête du Travail ».

Aujourd’hui, plus d’un siècle après le début du déclin du capitalisme, la distinction entre programmes minimum et maximum n’a plus aucun sens. Seul le programme maximum demeure valable : l’abolition du capitalisme, autrement dit, l’abolition du salariat. En ce sens, les syndicats, en tant que négociateurs des conditions de travail salarié, ont lié leur destin à celui du capitalisme, devenant ainsi l’un des piliers qui soutiennent le système. Leur tâche spécifique consiste à sonder l’état d’esprit de la classe ouvrière face aux divers conflits susceptibles de surgir et, en lien étroit avec cela, à servir de soupape de sécurité en anticipant et en organisant des manifestations ou des grèves sous leur contrôle. Ceci garantit la division capitaliste du prolétariat en secteurs, branches, voire usines et entreprises, conduisant ainsi à l’impuissance et à une impasse. En définitive, le rôle des syndicats est d’agir comme une police au sein du prolétariat, éradiquant toute tentative de lutte des classes autonome et unifiée.

Le problème ne réside pas seulement dans les syndicats systémiques et traditionnels, mais aussi dans les syndicats dits de base ou « révolutionnaires », qui s’opposent soi-disant aux premiers, mais dont la mission est de constituer un carcan du système pour le prolétariat le plus combatif. Le problème tient à la nature même de l’organisation syndicale : son caractère économiste réformiste. Celui-ci les a inévitablement conduits à rejoindre le camp capitaliste lorsque le programme révolutionnaire est devenu la norme.

Tant que le prolétariat ne saura pas se libérer du joug syndical et prendre en main la lutte, tout en dépassant une vision économiste et en politisant ses combats (condition essentielle à la formation de ses propres organes de classe unifiés : les soviets ou les conseils), il ne parviendra pas à un rapport de forces favorable pour affronter la bourgeoisie et son système d’esclavage salarial. Le communisme n’est ni une utopie, ni une simple possibilité, mais une nécessité concrète qui s’impose depuis plus d’un siècle. En réalité, le prolétariat a déjà déclenché une première vague révolutionnaire internationale qui, partie de Russie en 1917, a marqué de son empreinte une grande partie du monde, notamment l’Allemagne et la Hongrie, et a finalement conduit à la fin de la Première Guerre mondiale. Notre mission, celle des prolétaires les plus politisés, est de tirer les leçons du passé et de procéder à une analyse critique de cette expérience afin d’être mieux préparés à la prochaine vague révolutionnaire.

La, 03 mai 2026


[1]

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