Camp de Moria en Grèce : La sauvagerie sans limite de la bourgeoisie !

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Dans la nuit du 8 au 9 septembre, un violent incendie ravageait le sinistre camp de Mória situé sur l’île grecque de Lesbos. Depuis la construction de ce camp en 2013, de nombreuses alertes ont été lancées au sujet des abominables conditions de détention des migrants. Ce camp surpeuplé, où près de 20 000 personnes survivaient en début d’année, n’a qu’une capacité d’accueil de 2 800 places. La violence, la faim, l’insalubrité y sont omniprésentes. En plus d’un contexte sanitaire effroyable, le camp ne dispose en moyenne que d’un point d’eau pour 1 300 personnes. Des familles entières vivent sous des bâches en plastiques et la nourriture est distribuée au compte goutte. Les séquelles psychologiques sont innombrables : sur Lesbos, un tiers des enfants se sont déjà mutilés ou ont fait des tentatives de suicide.[1] Nombre d’entre eux refusent même d’ouvrir les yeux au petit matin,[2] préférant se terrer dans leur tente plutôt que de contempler la “solidarité” tant vantée par les États démocratiques !

Suite à l’incendie, les 13 000 migrants du camp (dont 4 000 enfants), encore présents, se sont alors retrouvés à la rue, dans des conditions aussi désastreuses et inhumaines que lorsque les barbelés étaient leur seul refuge, dormant à même le bitume, sans soins, sans nourritures. En revanche, ils ont eu droit à une distribution de flyers à profusion pour exhorter les migrants à s’installer dans le nouveau camp que l’ONU construit de concert avec les autorités locales.[3] “L’entrée des demandeurs d’asile dans le nouveau camp n’est pas négociable”, déclarait le ministre de la Protection des citoyens, Michalis Chryssohoïdis, affirmant que sa politique migratoire était “dure mais juste”. Pour preuve, une opération policière au matin du 17 septembre raflait l’ensemble des migrants qui ne croyait pas à la “sécurité” et aux “conditions de vie décentes” promises par les autorités !

Les autorités peuvent d’ailleurs compter sur la complicité sans faille des ONG, qui sous couvert de protéger les migrants, les rabattent vers les camps et les enferment dans le cadre légal du “droit d’asile” (qui leur est très défavorable). Elles empêchent ainsi tout lien de solidarité avec la classe ouvrière qui vit à proximité. Parallèlement, les autorités locales ont volontairement excité la population de l’île en l’exhortant à aller manifester pour demander “l’éloignement des migrants”, accusés de faire chuter le tourisme.

Suite à l’incendie, les politiciens de tout bord n’ont pas tardé à sortir leur mouchoir (pour essuyer leurs larmes de crocodile), à l’instar de Macron, le président français, qui déclarait avec une hypocrisie inouïe que “l’incendie d’un camp à Lesbos est un drame supplémentaire pour des milliers de migrants déjà en situation de détresse. La France sera une nouvelle fois au rendez-vous de la solidarité avec la Grèce”. Mais bien sûr ! Le président du conseil européen lui aussi, “ému par cette situation dramatique et complexe”, encourage l’Europe a “davantage de partenariats avec des pays tiers” (comme la Libye, peut-être ?). Pour manifester leur  “solidarité”, quelques pays ont « promis » d’accueillir une poignée de migrants, mineurs non accompagnés pour la plupart, tout en élaborant un nouveau “mécanisme de solidarité obligatoire” qui permettra de se débarrasser encore plus facilement des migrants !

La bourgeoisie peut se fendre de beaux discours sur la solidarité, elle ne cesse d’enfoncer l’humanité dans la barbarie la plus sinistre. La crise migratoire de 2015 avait amené l’Union européenne (UE) à conclure un accord pour retenir les migrants avec la Turquie en 2016 et avec la Libye en 2017. Il est notamment prévu que l’Italie aide les garde-côtes libyens à intercepter les migrants qui tenteraient de franchir la Méditerranée. Ces derniers, dont de nombreux mineurs, sont ainsi détenus dans des camps libyens, soumis à des conditions de détention atroces : réduits en esclavage, violés, torturés… Malgré la sauvagerie bien connue qui se déchaîne dans ce pays (comme dans bien d’autres) contre les migrants, l’UE poursuit sa politique de sous-traitance et l’a même renouvelé pour trois ans en novembre 2019 !

Mais les États démocratiques ne se contentent pas de sous-traiter. Partout dans le monde, ils emploient eux-mêmes les pratiques les plus barbares à l’encontre des migrants. L’Australie repousse ainsi systématiquement les migrants depuis 7 ans en les parquant dans des îles-prisons, et ce dans des conditions tout aussi déplorables que les camps grecs. La politique anti-migrants du gouvernement américain est également particulièrement brutale : enfants arrachés à leurs parents, milices surarmées patrouillant à la frontière… des migrantes sont même victimes d’hystérectomies forcées !

Et la tendance n’a fait que se renforcer ces derniers mois. Dès le 6 mars 2020, Josep Borrell, haut représentant de l’UE, donnait ainsi le ton : “n’allez pas à la frontière, [elle] n’est pas ouverte”. Alors que le gouvernement grec profitait de la pandémie de COVID-19 pour interrompre toutes les procédures d’asile, conformément au droit de la très démocratique UE,[4] il appelait Frontex à l’aide pour interdire aux migrants l’accès à son territoire.[5] Frontex, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes de l’Union Européenne, n’est qu’un énième instrument policier pour dresser des barrières physiques et juridiques contre les migrants. Depuis sa création au début des années 2000, elle a vu son budget augmenter de plus de 7 500 %, atteignant en 2020 la somme mirobolante de 460 millions d’euros.[6] À quelques kilomètres des côtes de la Turquie, au nord-est de Lesbos, une barrière flottante anti-migrants, munie de bandes réfléchissantes et de lumières clignotantes, a ainsi été posée fin août afin de “gérer le flux de réfugiés et de migrants qui augmente sans cesse”.[7]

Cette politique ouvertement anti-migrants a débouché sur les pratiques les plus immondes. La sauvagerie débridée à l’égard des migrants en Libye ou ailleurs, a fini par toucher les côtes européennes, sous l’œil complice de tous ses États. Depuis le début de l’année, les garde-côtes grecs n’ont pas hésité à abandonner en pleine mer au moins un millier de migrants : hommes, femmes enceintes et même des bébés ont été jetés sans sommation dans des rafiots sabotés et des radeaux de sauvetage (sic !), privés de leurs maigres biens et promis à une noyade certaine ![8] Même si le gouvernement grec n’a pas directement donné d’ordre (ce qui est loin d’être impossible), il a au moins créé, avec la complicité des États européens, les conditions pour que ces actes immondes puissent se perpétrer.

De droite comme de gauche, démocratique ou ouvertement dictatoriale, voilà comment la bourgeoisie traite les êtres humains ! Le capitalisme en crise, y compris dans les pays les plus développés, est devenu incapable d’intégrer davantage de travailleurs à son appareil de production. Cette barbarie n’est pas seulement le fait de bourgeois sans scrupule, elle est le produit d’un système qui n’a plus rien à offrir que la mort et la destruction !

Olive, 27 septembre 2020.

 

 

[3] Voici le contenu du flyer : “Veuillez immédiatement procéder à votre entrée dans le camp. Votre séjour dans ce camp est obligatoire pour garantir des conditions de vie décentes, pour des raisons de santé publique et personnelle ainsi que pour relancer la procédure d’asile. (sic !) Dans le camp, vous serez complètement en sécurité”. Autrement dit : les flics ne vous casseront pas trop la gueule !

[4]Grèce : les demandes d’asile suspendues pour un mois”, Info migrants (02 mars 2020).

[6] En 30 ans, 1000 km de murs ont été érigés en Europe pour empêcher les migrants d’y pénétrer.

[7]Greece to deploy anti-migrant barrier off Lesbos” d’après l’AFP (01 juillet 2020).

Rubrique: 

Barbarie du capitalisme