Avec quelques camarades qui travaillent dans le "secteur social" et aux côtés de qui nous avons participé depuis des années aux luttes dans et hors de ce "secteur", avec des propositions pro-assemblées et de classe, en marge des syndicats officiels qui prétendent nous représenter et des partis qui soi-disant nous soutiendraient, nous voulons nous exprimer sur la situation en général et élever notre voix pour appeler au débat et à l’auto-organisation.
Nous ne nions pas les efforts de quiconque. Nous saluons, au contraire, les efforts honnêtes et courageux de tant de camarades. Ces efforts sont les nôtres (particulièrement ceux de DeM1), ce que nous voulons c’est contribuer à la critique qui aidera à approfondir et à avancer dans la lutte.
Cette éternelle crise capitaliste frappe tous ceux qui se trouvent sous son emprise. Le "secteur social" n’a rien de particulier. Ceux qui travaillent dans les "services sociaux" ou les usagers de ces services (travailleurs, retraités, avec ou sans pension) subissent tous la situation actuelle avec des coupes budgétaires de toutes sortes et sans retour.
Pour les travailleurs de ce secteur : des salaires impayés, des négociations à la baisse dans les conventions collectives, des conditions de travail qui empirent, des licenciements et, pour les usagers de ce secteur et leurs familles, des coupes, des tickets modérateurs, des suppressions d’aides et de services.
Tous, autant les travailleurs de ce "secteur" que leurs usagers sont touchés : le handicap et la maladie mentale, les mineurs, les toxicos, le troisième âge…
Nous pensons qu’il existe des catégories qui sont plus importants que d’autres (ou qui ont plus besoin d’attention) dans ce qu’on appelle le secteur social, mais il est triste de voir comment chacun essaye de tirer la couverture à soi (les Centres pour mineurs, les handicapés, la santé mentale, les toxicomanes et ainsi sans fin)... avec des luttes parcellaires pour quelques miettes dans un budget. Ce qui fait que à l'époque où nous vivons, on arrive à maintenir certains moyens aux dépens d’autres secteurs qui doivent fermer. Tout cela nous amène à perdre de vue la globalité, le fait que, pour nous, la lutte doit aller vers une société où les "services sociaux" ne sont plus nécessaires.
Ces derniers temps les mobilisations sont devenues de plus en plus visibles dans ce qu’on appelle le "secteur du handicap et de la dépendance". C’est une sous-catégorie qui englobe des travailleurs de centres et d’autres faisant partie des programmes pour des personnes victimes d'un handicap ou d'une maladie mentale et qui ont la même convention collective ; à ces mobilisations se joignent parfois des personnes dépendantes et leurs familles (très touchées par les coupes et les tickets modérateurs à répétition). Nous comprenons qu’il faut bien commencer quelque part et cette branche souffre de conditions particulièrement cruelles.
Cependant, si nous levons les yeux et regardons au-delà, nous verrons que d’autres "branches" reçoivent également des coups depuis longtemps. Le "secteur" des mineurs est particulièrement écrasé et vendu par des syndicats : alors que la branche du "handicap" est un peu combative, tout est fait pour empêcher celles des "mineurs" de bouger le petit doigt. De tous côtés, on débat sur les nouvelles conventions collectives. De tous côtés, arrivent des informations selon lesquelles tout se dégrade dans tous les sens. La situation des travailleurs est de plus en plus précaire et on ne fait que réduire les forfaits pour s’occuper des mineurs qui risquent l’exclusion. La nouvelle proposition de l’administration pour le travail dans ces services n’encourage pas le travail de qualité : la seule chose qu’on encourage, c’est de faire des économies sans prendre en compte les besoins des personnes. Et quand nous réagissons à de telles agressions, les seules réponses sont celles que nous avons entendues à foison dans les médias : ou bien céder, ou le service est fermé et tout le monde se retrouve au chômage. Voilà qui met au clair notre situation d’opprimés et d’exploités. Et, bien évidemment, on nous prend paquet par paquet et chacun aura ainsi sa petite convention collective.
Pour éviter ce genre de situations de désunion, il faut avoir une vision globale du collectif des travailleurs et des usagers et une organisation générale que les syndicats et leurs satellites font tout pour éviter, en nous divisant par secteurs, sous-secteurs et mini-secteurs, en séparant les travailleurs des usagers et leurs familles (des travailleurs eux aussi) pour ainsi signer, faire et défaire à leur guise, soi-disant pour nous mais sans nous et au final contre nous.
Notre condition fait de nous une pièce maîtresse dans le système social, et dans notre "secteur", c’est exactement la même chose.
Deux éléments nous rendent essentiels, indispensables :
Nous sommes la seule source d’extraction de profit. Nos salaires impayés et réduits font tenir les Institutions en minimisant les coupes budgétaires et les retards ; notre travail maintient les activités ordinaires des Centres et les extraordinaires ; nos mobilisations servent à faire pression pour que les différentes entités reçoivent les subventions que l’administration leur doit.
À partir de la lutte nous pourrons acquérir une conscience globale et nous unir avec d’autres travailleurs et usagers. A la différence des entreprises pour lesquelles nous travaillons, qui ne peuvent avoir qu’une conscience corporatiste et qui vivent dans la concurrence, en essayant de trouver des alliances avec l’État pour être favorisées, nous, les travailleurs, apportons une vision globale qui défend à la fois les postes de travail et le maintien des services gratuits et de qualité. Nous pouvons ainsi nous unir, nous, et unir nos revendications avec celles des familles et des usagers (qui sont de la même condition sociale que nous-mêmes)
Il y a une différence claire entre les intérêts de l’Administration et des Centres et ceux des travailleurs et usagers. D’un côté, il y a les Administrations dont le seul souci est de rentabiliser ce secteur, en tirant le plus de profit des subventions (moins de dépenses publiques et plus de profit privé) ; il y a aussi les Centres, qui ne représentent vraiment pas les familles et les usagers et qui dans la plupart des cas (avec quelques honnêtes exceptions) ne sont que de simples intermédiaires de l'Administration et non pas de véritables associations revendicatives, qui cherchent à survivre en équilibre entre leurs pactes avec l’Administration et l’utilisation des travailleurs comme instruments de pression. Et, à l’opposé, il y a nous les travailleurs, les familles et les usagers, qui désirons des services de qualité, gratuits, avec des conditions de travail dignes, participatives et intégrales. Il peut sembler à l’occasion, pour des raisons tactiques, que les Centres et les travailleurs ont des intérêts communs. Mais ce n’est que nous, les travailleurs, qui, au moment où nous développerons notre autonomie et notre organisation, pourrons mettre en avant des solutions définitives et favorables pour tous : les travailleurs, les familles et les usagers.
Les deux sont complémentaires et partent de la même nécessité, l’une sans l’autre perd son sens et sa profondeur.
La lutte immédiate se développe par la revendication des nécessités concrètes et contre les attaques les plus évidentes : contre les salaires impayés, pour le payement des salaires, contre les coupures de subventions et la fermeture des services, contre les licenciements et la dégradation des conditions de travail, contre les baisses de salaire dans les négociations des conventions collectives, contre les tickets modérateurs en tout genre. Une des pires difficultés dans cette lutte est le manque d’unité et le fait d’assumer la division imposée par l’Administration et les syndicats : des conventions différentes, des grilles de salaires différentes à l’intérieur d’une même convention, des critères différents de payement de la part de l’Administration… tout cela fait qu’on ne se reconnaît plus dans les mêmes problèmes et qu’ils n’apparaissent pas en même temps.
La lutte politique est la moins développée, c’est elle qui met en avant la nécessité de l’unité et de la confluence dans et "en-dehors" du secteur, c’est elle qui évalue et fait la critique de la globalité et nous fait prendre conscience. Pour réaliser un changement en profondeur qui nous permette des solutions réelles et à long terme, il est nécessaire de développer une lutte au-delà de l’immédiat. On sait par expérience que ce qu’on peut obtenir grâce à la pression de mobilisations (par exemple qu’on paye nos salaires) est une victoire temporaire et qu’on retombera sous peu dans une situation similaire ou même pire. Ce qui reste vraiment permanent des luttes, ce ne sont pas les acquis immédiats mais le fait que les travailleurs (avec les usagers et leurs familles) approfondissent leur unité, leur solidarité, leur empathie et leur soutien mutuel. Pour développer la lutte politique, la création des lieux de rencontre, de débat, de réflexion et de clarification est indispensable. Ne pas seulement nous rencontrer pour "lancer quelques cris" et rentrer à la maison, mais nous retrouver pour nous connaître, nous comprendre et créer un vrai mouvement.
Tout cela ne nous est pas exclusif. Les assauts que nous subissons s’étendent à toute la population. C’est pour cela que, en plus de briser le carcan de la sectorisation dans le "secteur social", nous devons lever encore plus la tête et nous regarder comme quelque chose de plus vaste : comme une classe, un collectif social majoritaire qui subit les mêmes conditions d’exploitation. Tant que nous n’aurons pas cette perspective nous serons facilement séparés les uns des autres et ignorés avec mépris par tous les "matraqueurs" de tel ou tel patron ou du gouvernement du jour.
Est-ce que quelqu’un peut vraiment voir une quelconque différence entre ce qui se passe dans notre "coin" et ce qui se passe dans l’éducation, dans la santé, les transports, les mines, les chantiers navals, les ouvriers du nettoyage…? Est-ce que nous ne sommes pas tous "punis" avec des conditions de vie et de travail de plus en plus mauvaises, avec des services de plus en plus chers et mauvais (que nous payons depuis des années), avec le chômage ou sa menace, avec la privation de besoins de base…?
Essentiellement, les différences entre nous viennent du fait que nous avons fini par accepter la séparation et la parcellisation de nos problèmes, comme si c’était quelque chose d’essentiel, alors que c’est justement quelque chose qui nous met tous sur le même plan commun, qui nous unit et qui peut se résumer dans le besoin de vivre malgré ce système.
Nous disions plus haut que dans ce que nous appellons "secteur" du handicap il y a depuis quelque temps des mobilisations (ce ne sont pas les premières, rappelons-nous, par exemple, il y a eu, à Alicante, des assemblées ouvertes de travailleurs et d’usagers du "social", avec une très large perspective) visibles surtout depuis les "marches du handicap". Nous, qui avons participé a ces mobilisations et ces marches, et qui nous sommes séparés du regroupement Discapacidad en Marcha [Handicap en Marche], avons des raisons pour ne pas être d’accord et critiquer avec la volonté d’avancer.
Les mobilisations, d’après nous, ne sont pas des fins en soi, mais des outils pour développer la conscience et le mouvement. Ces marches ne sont pas allées plus loin que leur aspect spectaculaire, devenant une fin en soi, une apparente accumulation de forces stérile, dont seulement ont tiré profit les interlocuteurs appointés (syndicats, associations…) et d’autres (partis de gauche qui rejoignent tout rassemblement pourvu qu’il y ait des votes à glaner pour se mettre à la place de la droite et faire la même chose).
Le contenu de ces mobilisations est toujours parcellaire et confus, mettant en avant des revendications justes (retrait du ticket modérateur et des coupes…) mais sans même mentionner la situation des travailleurs licenciés, impayés, ou avec de pires conditions de travail, ni les conventions qui se négocient à la baisse ou qui disparaissent. Lorsque les syndicats daignent "nous mobiliser", on dirait que les travailleurs (qui sont à la base de tout service) n’existent pas autrement que liés à leur Centre où nous existons séparément de toute la réalité vécue par les usagers et leurs familles. De même les messages "politiques" sont d’une pauvreté consternante : accuser le gouvernement autonome et central de la situation c’est cacher le fait que ces deux gouvernements ne sont que "le bras armé" de la politique économique capitaliste, laquelle ne comprend que le profit et méprise les besoins humains. Ni celui-ci ni aucun autre gouvernement ne fera qu’obéir à la voix de leur maître. Enfin, on continue à s’enfermer dans le "mini-secteur", en s’adressant "aux nôtres", en ne voyant pas la globalité du problème, en évitant la confluence et l’unité.
Pour nous la mobilisation est un outil pour développer la conscience et le mouvement, l’organisation réelle et unifiée des travailleurs depuis la base ; un outil qui puisse établir un changement dans les rapports de forces en faveur de l’immense majorité.
Un mouvement ouvert, d’assemblées et indépendant, mot d’ordre sur lequel s’est reconnue Discapacidad en Lucha, et non pas comme quelque chose de symbolique, mais parce qu’il exprime le besoin d’auto-organisation des travailleurs, le nécessité de diriger nos propres luttes et de les faire confluer dans une lutte de tous et pour tous.
Nous savons que ce n’est pas facile et face aux difficultés apparaîtra l’immédiatisme, le "faisons de suite quelque chose, quoi que ce soit". Mais sans un "pourquoi" et un "pour quoi faire", le "quoi que ce soit" ne sert à rien ou à ce que tout continue comme avant. Nous ne restons pas figés : débattre et encourager le débat c’est aussi faire, c’est participer dans le quotidien, et aussi dans les petites luttes ; et c’est cette perspective qui montre plus qu’un simple chemin, un chemin vers un mouvement organisé par tous et pour tous.
Colectivo Crítico de Trabajadores de programas, centros y servicios sociales [Groupe critique de travailleurs de programmes, centres et services sociaux]2.
Nous vous appelons à une assemblée ouverte pour débattre et réfléchir sur ces questions, le 9 janvier à 18H30 dans l’Ateneu la Escletxa à Alicante (Avd. de Alcoi 155, entresuelo). L’intention est d’avancer vers des positions propres en tant que travailleurs dans une perspective d’assemblées ouvertes et indépendantes. Cette réunion est ouverte à tous ceux qui veulent participer : travailleurs du secteur social, travailleurs en général, usagers et familles des services sociaux…
En mai 2011, nous avons vécu le mouvement des Indignés en Espagne et dans d’autres pays, ainsi que, par la suite, la grève des enseignants à Madrid et la lutte des étudiants à Valence3. Il y a cependant aujourd’hui une certaine apathie dans la lutte de classes mondiale, encore qu’il ne faille pas oublier les grèves massives à répétition qui se sont déroulées au Bangladesh depuis septembre 2013.
La lutte ouvrière, en général, ne suit pas une ligne continue, elle se déroule avec des hauts et des bas, et plus concrètement, elle traverse des moments d’agitation, d’auto-activité et d’auto-organisation suivis de longues phases de confusion et d’apparente résignation.
Il ne faut pas regarder la lutte du prolétariat avec des yeux de l'immédiatisme qui ne voit que ce qui se passe au moment même sans l’insérer dans la chaîne du passé et la perspective du futur. L’immédiatisme tombe dans l’euphorie lorsque les ouvriers prennent la rue et pense qu’ils sont prêts à prendre le Palais d’Hiver. Mais c’est avec la même absence de réflexion qu’il se noie dans le pessimisme le plus sombre quand les gens ne bougent plus, ce qui l’emmène à conclure que "le prolétariat n’existe pas", qu’"il n’y a pas d’issue", etc.
Le prolétariat est à la fois une classe exploitée et une classe révolutionnaire. C’est pour cela que le résultat de la plupart de ses luttes est la défaite, une défaite qui s’ouvre sur des lendemains douloureux. Sa grande force est l’autocritique implacable de ses propres erreurs, "Les révolutions bourgeoises, comme celles du XVIIIe siècle, se précipitent rapidement de succès en succès, leurs effets dramatiques se surpassent, les hommes et les choses semblent être pris dans des feux de diamants, l'enthousiasme extatique est l'état permanent de la société, mais elles sont de courte durée. Rapidement, elles atteignent leur point culminant, et un long malaise s'empare de la société avant qu'elle ait appris à s'approprier d'une façon calme et posée les résultats de sa période orageuse. Les révolutions prolétariennes, par contre, comme celles du XIXe siècle, se critiquent elles-mêmes constamment, interrompent à chaque instant leur propre cours, reviennent sur ce qui semble déjà être accompli pour le recommencer à nouveau, raillent impitoyablement les hésitations, les faiblesses et les misères de leurs premières tentatives, paraissent n'abattre leur adversaire que pour lui permettre de puiser de nouvelles forces de la terre et de se redresser à nouveau formidable en face d'elles, reculent constamment à nouveau devant l'immensité infinie de leurs propres buts, jusqu'à ce que soit créée enfin la situation qui rende impossible tout retour en arrière, et que les circonstances elles-mêmes crient : Hic Rhodus, hic salta !"4.
Beaucoup de personnes engagées dans les mobilisations de 2011 et 2012 sont tombées dans l’illusion selon laquelle le mouvement pourrait se prolonger indéfiniment à base de volontarisme, en organisant des appels en tout genre, en proposant un éventail de mobilisations sans fin, en agitant sans répit des masses de plus en plus fatiguées et désorientées. Les forces d’encadrement de la bourgeoisie (syndicats, partis de gauche et d’extrême gauche) ont fomenté avec astuce cette orgie d’activisme, d'immédiatisme et de localisme qui a ont finalement réussi à décourager pas mal de monde.
Par contre, les auteurs de cet appel appartiennent à une minorité réfléchie et consciente qui met justement en avant de "Ne pas seulement nous rencontrer pour "lancer quelques cris" et rentrer à la maison, mais nous retrouver pour nous connaître, nous comprendre et créer un vrai mouvement", et, surtout, que, "face aux difficultés apparaîtra l’immédiatisme, le "faisons de suite quelque chose, quoi que ce soit". Mais sans un "pourquoi" et un "pour quoi faire", le "quoi que ce soit" ne sert à rien ou à ce que tout continue comme avant. Nous ne restons pas figés : débattre et encourager le débat c’est aussi faire".
Les camarades appellent à "lever la tête", à ne pas voir qu’un problème de secteur mais une crise du système capitaliste que dure depuis plus de quarante ans et dont le seul horizon est le chômage, la misère, la destruction de l’environnement, la barbarie morale, les souffrances sans fin. Lever les yeux et voir, non pas des "collectifs" et des "mini-collectifs" mais la classe prolétarienne, une classe qui éprouve beaucoup de difficultés pour se reconnaître comme telle et pour avoir confiance en ses propres forces, mais qui a entre ses mains l’avenir parce que c’est de son travail associé que jaillissent le fonctionnement même de cette société et les énormes richesses qui s’y produisent. Lever les yeux et ne pas se limiter à l’espace étroit et aliénant de la "nation espagnole", encore moins se perdre dans les royaumes de taïfas de Catalogne, de Valence ou d’Euskadi, mais comprendre que nous sommes face à une crise mondiale qui n’a qu’une solution mondiale, entre les mains de l’union des prolétaires du monde entier. Lever les yeux et ne pas rester dans le cercle asphyxiant de la lutte économique et assumer la lutte politique qui, pour le prolétariat et toutes les masses exploitées, ne consiste pas en ce labyrinthe de mensonges, intrigues et corruption qui caractérise la politique officielle, mais qui est basée sur la participation active de l’immense majorité au profit de l’immense majorité. Lever les yeux et débattre avec l’esprit ouvert aux énormes problèmes qui se posent à nous de sorte que, par la conscience, la solidarité et la lutte, ouvrir le processus long et difficile qui conduira l’humanité à se défaire du joug du capitalisme.
CCI
1Les camarades font référence au collectif Discapacidad en Movimiento (Handicap en Mouvement), qui s’est constitué dans la région de Valence. [NdR]
2 Si tu souhaites te mettre en rapport avec nous : [email protected] [1].
Pour un mouvement uni, conscient et d’assemblées des travailleurs
3 Lire notre tract international : "2011 : de l'indignation à l'espoir [2]".
Et aussi : (en esp.) "Solidaridad con la lucha de los trabajadores de la enseñanza [3]".
Face à l’escalade répressive à Valence (Espagne)" https://fr.internationalism.org/icconline/2012/face_a_l_escalade_repress... [4]
et "Pourquoi nous considèrent-ils comme leurs ennemis ?", https://fr.internationalism.org/ri430/pourquoi_nous_considerent_ils_comm... [5]
4 Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.htm [6]
Quand les troupes russes s’emparèrent des bâtiments stratégiques en Crimée, le secrétaire d'’État américain John Kerry prononça cette condamnation sans concession : "Au XXIe siècle, il est inconcevable de se comporter comme au XIX° siècle, en envahissant un autre pays, sous un prétexte totalement fallacieux."
Poutine, cependant, empruntant une expression à Tony Blair, insista sur le fait que la demi-invasion de l’Ukraine était une "intervention humanitaire" et que, de toutes façons, les forces qui ont pris possession du Parlement de Crimée étaient de simples "unités d’auto-défense" qui ont acheté leurs uniformes russes dans un magasin d’occasions.
Il n’est pas difficile de voir la vacuité et l’hypocrisie de ces représentants du capital. La déclaration de Kerry a été accueillie par un torrent de protestations à gauche : celle-ci a fait remarquer que le fait d’inventer des prétextes pour justifier l’invasion d’autres pays correspond exactement au comportement des États-Unis depuis les vingt dernières années et plus : il suffit de rappeler l’invasion en 2003 de l’Irak, justifiée par la suspicion de présence d’armes de destruction massive, ou le comportement des États-Unis au XIXe siècle. De même, l’appel de Poutine pour des motifs humanitaires porte le monde entier à se moquer de lui lorsqu'on pense à Grozny réduite à des décombres dans les années 1990 quand l’armée russe a réprimé sans ménagement les tentatives des Tchétchènes voulant rompre avec la Fédération de Russie.
Le comportement des États du XIXe siècle est une référence pour l’impérialisme. A cette époque de l’histoire du capitalisme, les grandes puissances ont construit des empires énormes en envahissant des pans entiers de l’espace pré-capitaliste, à la recherche de marchés. Les efforts désespérés pour s’emparer des espaces restants, s’y accrocher ou se les partager, furent un facteur décisif dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale.
De tous les marxistes et aussi de notre point de vue, Rosa Luxembourg avait la vision la plus clairvoyante des origines et de la nature de l’impérialisme. Elle a ainsi analysé la signification de cette transition de l’impérialisme du XIX° au XX° siècle : "Avec le degré d’évolution élevé atteint par les pays capitalistes et l’exaspération de la concurrence des pays capitalistes pour la conquête des territoires non capitalistes, la poussée impérialiste, aussi bien dans son agression contre le monde non capitaliste que dans les conflits plus aigus entre les pays capitalistes concurrents, augmente d’énergie et de violence. Mais plus s’accroissent la violence et l’énergie avec lesquelles le capital procède à la destruction des civilisations non capitalistes, plus il rétrécit sa base d’accumulation. L’impérialisme est à la fois une méthode historique pour prolonger les jours du capital et le moyen le plus sûr et le plus rapide d’y mettre objectivement un terme. Cela ne signifie pas que le point final ait besoin à la lettre d’être atteint. La seule tendance vers ce but de l’évolution capitaliste se manifeste déjà par des phénomènes qui font de la phase finale du capitalisme une période de catastrophes." (R. Luxembourg, L’Accumulation du Capital, (1913) III- Les conditions historiques de l’accumulation, 31 : Le protectionnisme et l’accumulation)
Ces mots ont été écrits un an avant l’éclatement de la Première Guerre mondiale. Et nous sommes toujours en train de vivre cette "période de catastrophes", marquée par une crise économique globale, deux Guerres mondiales, des guerres par procuration meurtrières (souvent menées au nom de la décolonisation) au cours de la guerre froide, puis les conflits exprimant le chaos qui a envahi le globe après la chute du vieux système des blocs Est/Ouest.
Dans ce conflit, l’impérialisme peut avoir changé de forme – le fait de garder des colonies, par exemple, comme dans le cas de la Grande-Bretagne et de la France, devenait le signe d’un déclin impérialiste plutôt que d’une force, et la nation capitaliste la plus puissante, les États-Unis, a supplanté les vieux empires en utilisant son immense force économique pour asseoir sa domination sur de larges pans de la planète. Mais, même les États-Unis ont été obligés encore et encore d’utiliser leur force militaire pour soutenir leur influence économique, y compris par l’invasion d’autres pays, de la Corée à Grenade et du Vietnam à l’Irak. De même leur principal rival durant la guerre froide, l’URSS, qui, du fait de sa faiblesse économique, utilisait un contrôle militaire brutal, seule façon de tenir la cohésion de son bloc : comme nous avons pu le voir avec les invasions de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie. Et bien que l’URSS n’existe plus, la Russie de Poutine ne lâche rien sur l’option militaire pour défendre ses intérêts nationaux.
En bref : l’impérialisme, loin d’être un phénomène du XIXe siècle, dirige toujours le monde. Et comme Rosa Luxembourg l’écrivait de la prison où elle était détenue pour s’être opposée au bain de sang de 1914 : "La politique impérialiste n’est pas l’œuvre d’un pays ou d’un groupe de pays. Elle est le produit de l’évolution mondiale du capitalisme à un moment donné de sa maturation. C’est un phénomène international par nature, un tout inséparable qu’on ne peut comprendre que dans ses rapports réciproques et auquel aucun État ne saurait se soustraire." (Brochure de Junius, éd. Spartacus- 1994, p. 127)
En d’autres termes, toutes les nations sont impérialistes aujourd’hui, de la plus grande à la plus petite, toutes sont poussées par les exigences impérieuses de l’accumulation capitaliste à s’étendre aux dépens de leurs rivaux, à utiliser la guerre, le massacre et le terrorisme pour défendre leurs intérêts économiques et diplomatiques. De même, la phrase nationaliste "ne sert plus qu’à masquer tant bien que mal les aspirations impérialistes, à moins qu’elle ne soit utilisée comme cri de guerre, dans les conflits impérialistes, seul et ultime moyen idéologique de capter l’adhésion des masses populaires et de leur faire jouer leur rôle de chair à canon dans les guerres impérialistes." (Ibid., page 128)
R. Luxembourg, comme Lénine, Trotsky, Pannekoek, Rosmer et les autres, était une internationaliste. Elle ne considérait pas la société du point de vue de "son pays" mais de "sa classe", la classe ouvrière, qui est la seule classe réellement internationale parce qu’elle est exploitée et attaquée par le capitalisme dans tous les pays. Elle savait que le nationalisme avait toujours été une façon de cacher la réalité fondamentale selon laquelle la société capitaliste est divisée en classes –une qui possède l’économie nationale et qui contrôle l’État national, et l’autre qui ne possède rien d’autre que sa force de travail. Dans le passé, alors que le capitalisme venait d’émerger de la vieille société féodale, l’idéal de la libération nationale pouvait servir les intérêts de la révolution bourgeoise progressiste, mais, dans la période du déclin du capitalisme, rien de positif ne reste du nationalisme, si ce n’est d’entraîner les exploités dans la guerre, pour la survie de leurs exploiteurs.
C’est pourquoi les internationalistes, en 1914, ont défendu la poursuite et l’approfondissement de la lutte de classe contre leur propre classe dominante ; pour la solidarité avec les ouvriers des autres pays luttant contre leur classe dominante ; pour l’unification éventuelle des ouvriers du monde entier en une révolution contre la loi capitaliste en tout lieu. C’est pourquoi ils ont adopté la même position au moment de la Seconde Guerre mondiale, guerre de procuration entre les États-Unis et l’URSS, et c’est pourquoi nous adoptons la même position contre les guerres d’aujourd’hui. Nous ne cautionnons pas la politique "du moindre mal" contre "l’ennemi numéro un", nous ne défendons pas les "petites nations" contre les nations plus fortes. Nous ne soutenons pas non plus qu’il existe un "nationalisme des opprimés" qui serait moralement supérieur au "nationalisme de l’oppresseur". Toutes les formes de nationalisme aujourd’hui sont également réactionnaires et meurtrières.
Dans le conflit actuel en Ukraine, nous ne défendons pas la "souveraineté" de l’Ukraine, soutenue par l’impérialisme américain, pas plus que nous ne défendons le militarisme russe mobilisé contre les États-Unis ou l’influence européenne sur leur flanc sud. Nous ne sommes pas non plus "neutres" ou pacifistes. Nous sommes partisans de la lutte de classes dans tous les pays, même si, comme en Ukraine ou en Russie aujourd’hui, la lutte de classes est noyée dans les combats de fractions concurrentes de la classe dominante.
Contre les barricades des drapeaux nationaux, divisant les ouvriers d’Ukraine et de Russie, contre la menace que constitue l’intoxication patriotique, qui risque de les entraîner dans un massacre terrible, les internationalistes ne doivent pas perdre de vue le mot d’ordre du mouvement ouvrier :
"La classe ouvrière n’a pas de patrie ! Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !"
CCI, mars 2014
Liens
[1] mailto:[email protected]
[2] https://fr.internationalism.org/ri431/2011_de_l_indignation_a_l_espoir.html
[3] https://es.internationalism.org/content/3219/solidaridad-con-la-lucha-de-los-trabajadores-de-la-ensenanza
[4] https://fr.internationalism.org/icconline/2012/face_a_l_escalade_repressive_a_valence_espagne.html
[5] https://fr.internationalism.org/ri430/pourquoi_nous_considerent_ils_comme_leurs_ennemis.html
[6] https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.htm
[7] https://fr.internationalism.org/tag/5/41/espagne
[8] https://fr.internationalism.org/tag/recent-et-cours/luttes-classe
[9] https://fr.internationalism.org/tag/5/60/russie-caucase-asie-centrale