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Courrier de lecteur - Les travailleurs du pétrole s’opposent aux attaques du chavisme

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Nous publions ci-dessous notre réponse à une note envoyée par un lecteur du Brésil (T), qui nous demande notre avis sur un article qu'il a reçu et dont nous publions quelques extraits. Cet article traite de luttes et de mobilisations ouvrières au Venezuela en septembre dernier, luttes particulièrement révélatrices de la vraie nature anti-ouvrière du chavisme.

 

L'article que T nous a renvoyé est écrit en anglais[1]. Nous en traduisons ci-dessous quelques extraits :

"Des travailleurs du pétrole affrontent la police pour le renouvellement de leurs conventions collectives.
Cent cinquante ouvriers de la raffinerie de Puerto La Cruz, accompagnés des travailleurs du complexe pétrochimique Jose, se sont dirigés vers les bureaux de la Corporation vénézuélienne du Pétrole (CVP) à Urbaneja, pour transmettre un document à Rafael Ramirez, ministre de l'Énergie et président de la compagnie pétrolière d'État PDVSA, qui était réuni avec la commission de négociation de la Fédération unitaire des travailleurs des pétroles du Venezuela (FUTPV). Ils furent stoppés par le Groupe d'intervention immédiate de la police d'Anzoategui.
Lors de cet affrontement de trois heures, 40 ouvriers furent arrêtés, trois d'entre eux blessés, dont un qui reçut une balle dans le dos... Ayant eu connaissance de cette répression policière, 4000 travailleurs des entreprises Petroanzoátegui, Petrocedeño, et du Projet San Cristobal, ont immédiatement arrêté leur travail.

"... Dans une déclaration de solidarité avec les ouvriers du pétrole d'Anzoategui, dénonçant la violence policière, la Fédération UNT-Zulia a dit : "Nous pensons que cette situation a dégénéré à cause de l'intransigeance de PDVSA qui a laissé traîner les discussions sur la convention pendant des mois, en faisant des offres en dessous des attentes des travailleurs, en imposant arbitrairement une commission de négociation (de la FUTPV) pour discuter sur la convention alors qu'elle n'avait pas été élue par les travailleurs".

"C-CURA (Courant de classe, unitaire, révolutionnaire et autonome) a fait un appel pour qu'il y ait un changement dans la commission de négociation..., parce que, autrement, ils "radicaliseront" leurs actions. Mais, des appels similaires, faits par C-CURA et Fedepetrol, à des actions radicales et à des arrêts de travail généraux pour "paralyser" l'industrie pétrolière à "l'heure zéro" le 6 août, n'ont mobilisé que 1500 travailleurs au plus dans tout le pays. Hier, la Fédération de travailleurs de UNT-ZULIA, a déclaré : "Nous pensons que certaines situations [dans l'industrie pétrolière] sont le résultat des manœuvres des secteurs droitiers au sein du chavisme pour créer des conflits dans le pays et déstabiliser ainsi le processus de réforme constitutionnel". Mais les travailleurs d'Anzoategui ont rejeté ces accusations en brandissant une pancarte avec l'inscription : "Nous ne sommes pas des guarimberos, nous sommes des travailleurs du pétrole" (la guarimba est une forme de protestation dont le seul but est de provoquer la violence pour atteindre des objectifs politiques). Les travailleurs du pétrole d'Anzoategui ont annoncé qu'ils continueront leurs manifestations de rue et qu'ils resteront vigilants, malgré les promesses de Ramirez sur une meilleure convention collective dans les deux prochaines semaines.

Notre réponse

Cher camarade T,

Nous voulons saluer l'envoi de ton courrier. Nous allons y répondre brièvement, en profitant de cette occasion pour évoquer la situation de la lutte de classe au Venezuela.

Sur la lutte des travailleurs du pétrole

La lutte menée en septembre-octobre dernier par les ouvriers du pétrole de l'entreprise d'État PDVSA, la plus importante du pays, s'est soldée par un certain nombre de travailleurs blessés et plusieurs arrestations. La cause immédiate de la lutte a été le retard de plus de 8 mois dans la discussion de la convention collective qui régit les salaires et les conditions de travail des ouvriers de ce secteur. L'entreprise, en accord avec les syndicats, la plupart contrôlés par des tendances favorables au chavisme, a retardé la discussion sur les salaires. La lutte des ouvriers a contraint plusieurs dirigeants syndicaux à se "radicaliser" contre la compagnie PDVSA et le gouvernement, pour ne pas être totalement discrédités face aux travailleurs.

En fin de compte, les syndicats et PDVSA ont fini par signer une misérable augmentation salariale de 12 000 bolivars par jour (3,8 euros), ce qui fut rejeté par les ouvriers qui exigeaient une augmentation de 30 000 bolivars. Il faut savoir que le salaire mensuel d'un ouvrier du pétrole est à peu près de 1 320 000 bolivars (autour de 420 euros), ce qui correspond à un peu plus d'une journée d'alimentation de base pour une famille de 5 personnes. Et pourtant, les ouvriers du pétrole sont une des catégories les mieux payées du pays !

Nous pensons, cependant, que cette lutte a représenté un gain politique et moral pour les ouvriers du pétrole et pour le prolétariat vénézuélien dans son ensemble.

En premier lieu, les travailleurs du pétrole ont repris la lutte sur leur terrain de classe, après avoir été un des secteurs les plus frappés par les coups de la bourgeoisie (20 000 employés de PDVSA avaient été licenciés en 2003 sans la moindre indemnisation). Les ouvriers, du moins lors de ces mobilisations, ont réussi à se placer sur le terrain de leurs revendications, malgré le forcing permanent de la bourgeoisie pour mettre n'importe quelle lutte ouvrière ou sociale sur le terrain de la polarisation sur le projet de réforme de la constitution.

Sur la nature anti-ouvrière du chavisme

Mais surtout, la lutte a mis à nu le caractère bourgeois et anti-ouvrier du gouvernement Chavez : comme les gouvernements qui l'ont précédé (que le chavisme accuse de tous les maux sociaux), celui de Chavez riposte de la même manière : répression, bombes lacrymogènes, plomb et prison contre les ouvriers qui "osent" lutter pour une vie plus digne.

Ces luttes ont été précédées par d'autres en mai dernier, qui ont mobilisé les ouvriers du pétrole pour la réintégration de plus de 1000 ouvriers des entreprises pétrolières récemment nationalisées, que le gouvernement "socialiste" de Chavez voulait jeter à la rue : voilà une expression authentique et importante de la solidarité ouvrière à laquelle ont aussi participé les familles des ouvriers.

Comme nous l'avons dit, les travailleurs sont restés insatisfaits de cet accord. Le mécontentement est toujours latent et il peut se réveiller à tout moment. Il est important d'ajouter que la même réaction que celle qui a eu lieu chez les ouvriers du pétrole, commence à se développer avec une certaine force dans d'autres secteurs. Les médecins, les instituteurs et des travailleurs dans d'autres secteurs publics ont commencé à se mobiliser pour des revendications salariales ; lors d'une récente assemblée des médecins à Caracas, travaillant pour le ministère de la Santé, ceux-ci se sont déclarés "prolétaires de la santé".

Il est important de dire que les gouvernants et les opposants ont tout essayé pour diviser et polariser le mouvement, en réussissant leur coup dans pas mal de cas. Et, en plus, le gouvernement mobilise ses organisations (cercles bolivariens, conseils communaux, service de contrôle social, et même, quand il leur semble nécessaire, ses bandes armées) pour intimider et même agresser physiquement les travailleurs.

Par ailleurs, presque quotidiennement, apparaissent des expressions d'indignation des masses paupérisées (en grande partie sympathisantes ou soumises au clientélisme gouvernemental), qui protestent contre le manque de logements, la criminalité, le manque de services sociaux, etc., et dernièrement contre de la rareté des produits tel que le lait, le sucre, l'huile, etc. Dans certains cas, elles ont été réprimées. Voilà bien une situation qui apparaît clairement à l'opposé de ceux qu'on appelle la "bolibourgeoisie", ou bourgeoisie bolivarienne, qui étale son opulence [2].

Voilà le véritable visage du "socialisme du xxie siècle" promu par Chavez et acclamé par la gauche, les gauchistes et les alter-mondialistes qui se pâment en regardant ses discours à la télévision : comme tout régime bourgeois, il est bâti sur l'exploitation des masses ouvrières. La seule différence, c'est la logorrhée "révolutionnaire" pour essayer de mystifier les prolétaires à l'intérieur et à l'extérieur du pays.

L'aggravation de la crise capitaliste obligera la classe ouvrière du Venezuela à lutter contre l'État, tel que les ouvriers du pétrole, de la santé et de l'éducation l'ont fait. C'est ainsi, sur son terrain de classe, que le prolétariat pourra sortir du piège de la polarisation politique qui l'entrave, en s'intégrant dans la lutte du prolétariat mondial pour la construction du véritable socialisme.

Nous espérons avoir répondu à tes questions.

CCI (19 novembre 2007)

[1]) Venezuelanalysis.com.

[2]) Lors d'un récent "Allo, Président", show TV dominical animé par Chavez lui-même, celui-ci n'a pas pu faire autrement que de critiquer les "révolutionnaires" dorés paradant en 4x4 tous terrains (qui dépassent les 100 millions de $), et qui boivent du whisky de 18 ans d'âge... Ce que Chavez ne dit pas, c'est qu'il tire bien profit, pour lui, sa famille et son clan, des recettes pétrolières. La "révolution bolivarienne", qui avait levé le drapeau de la lutte contre la corruption, aime bien barboter dans ses eaux croupies.

 

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