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Les Bourses s'effondrent, les actions chutent, les banques font faillite, l'économie est quasiment immobilisée. "Que se passe-t-il ? Vivons-nous un nouveau krach comme en 1929?" et surtout: "Comment en est-on arrivés là? Qui (quoi) est responsable?" Est-ce la faute de la politique de crédit irresponsable des banques hypothécaires américaines, d'une gestion de fonds sans scrupules par les banques, ou des spéculateurs, qui en semant la panique ont sérieusement perturbé l'équilibre des Bourses? Voilà les premières questions que chacun se pose. Mais très vite, vient une seconde série de questions: comment pouvons-nous nous protéger? Que pouvons-nous faire face à la récession qui menace? Existe-t-il une perspective de lutte commune pour nous défendre contre les conséquences de la crise? Dans quelle sorte de monde vivons-nous donc, n'existe-t-il vraiment aucune alternative?
La "crise du crédit", c'est la crise du capitalisme
Le 24 septembre 2008, George W. Bush, président des USA, a tenu devant des commentateurs et des journalistes un discours remarquable. Il a annoncé sans détour quels tourments allaient s'abattre sur "le peuple américain" : "Depuis quelques semaines, de nombreux Américains éprouvent de l'anxiété au sujet de leur situation financière et de leur avenir. [...] Nous avons observé de grandes fluctuations à la Bourse. De grands établissements financiers sont au bord de l'effondrement, et certains ont fait faillite. Alors que l'incertitude s'accroît, de nombreuses banques ont procédé à un resserrement du crédit. Le marché du crédit est bloqué. Les familles et les entreprises ont plus de difficulté à emprunter de l'argent. Nous sommes au milieu d'une crise financière grave [...] toute notre économie est en danger. [...] Des secteurs clés du système financier des États-Unis risquent de s'effondrer. [...] l'Amérique pourrait sombrer dans la panique financière, et nous assisterions à un scénario désolant. De nouvelles banques feraient faillite, dont certaines dans votre communauté. Le marché boursier s'effondrerait encore plus, ce qui réduirait la valeur de votre compte de retraite. La valeur de votre maison chuterait. Les saisies se multiplieraient."
En France aussi, la tempête financière a frappé. Tous les indicateurs sont au rouge. Le vendredi 26 septembre, le gouvernement a présenté son premier budget pluriannuel (2009-2011), qui avait tout d'un budget de crise. Beaucoup de promesses et d'engagements antérieurs ont été retirés. Ce budget de crise ne doit pas nous surprendre. Car dans un discours prononcé la veille, le président avait déjà dit que la France avait été très rudement touchée par la crise financière mondiale. "Dire la vérité aux Français, c'est leur dire que dans les mois à venir, la crise actuelle aura un impact sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d'achat".
Et en Belgique, ce n'est pas différent: "Lorsque la crise a complètement éclaté, c'est comme si une avalanche ou un ouragan menaçait de s'abattre sur le pays" a déclaré le premier ministre Yves Leterme. Toute l'économie est menacée. "Dans l'intérêt du pays et de la population, il faut serrer les rangs" a-t-on déclaré. Et à des remarques sur le fait que l'opération de sauvetage de Fortis et Dexia aurait de sérieuses conséquences pour le budget, le premier ministre a répliqué promptement mais sans détour: "Avez-vous une alternative? Préférez-vous peut-être la faillite?".
Pour nous rassurer, une flopée d'économistes vient nous expliquer dans les médias que certes, la crise actuelle est très sérieuse, mais qu'elle n'est pas comparable avec le krach de 1929, et que le moteur va bien redémarrer. Ils n'ont qu'à moitié raison. Durant la grande dépression, des milliers de banques avaient fait faillite aux USA, des millions de personnes avaient perdu leurs économies, le taux de chômage était grimpé à 25 %, et l'activité économique avait baissé de près de 60 %. Bref, l'économie était pratiquement immobilisée. A l'époque, les dirigeants des États n'avaient réagit que très tardivement. De long mois durant, ils avaient laissé les marchés à leur sort. Pire encore, leur seule mesure consistait à fermer les frontières aux marchandises étrangères (mesures protectionnistes), et cela avait mené à une paralysie totale du système.
Le contexte actuel est très différent. La bourgeoisie a tiré des leçons de cette catastrophe économique, elle s'est dotée d'organismes internationaux et surveille la crise comme le lait sur le feu. Depuis l'été 2007, les différentes banques centrales (surtout la FED américaine et la banque centrale européenne) ont injecté presque 2000 milliards de dollars pour sauver les institutions en détresse. Ils ont ainsi réussi à éviter l'effondrement total et brutal du système financier. . L'économie est en train de décélérer très vite mais ne se bloque pas: en Belgique, on s'attend pour 2009 à une croissance de 1 %, en Allemagne de seulement 0,5 %.
Mais, contrairement à ce que prétendent ces spécialistes érudits, la crise actuelle est bien plus grave que celle de 1929. En effet, le marché mondial est complètement saturé, et la croissance des dernières décennies n'a été possible que par une fuite en avant massive dans l'endettement et la spéculation sauvage. Désespérément à la recherche d'un peu de rentabilité, 65 trillions (1 trillion = 1018) de dollars errent dans le monde financier et ont été investis pendant les dernières décennies partout dans le monde avec des risques croissants: des rendements plus faibles, et de moins en moins de contre-valeur réelle. Par ailleurs, des personnes de plus en plus nombreuses ont été poussées à acheter des maisons à des prix dépassant de loin leur valeur réelle et à prendre des hypothèques supplémentaires pour alimenter la caisse familiale. Tout cela a fonctionné tant que le prix des maisons augmentait. Quand cela menaçait de tourner mal, beaucoup de spéculateurs ont essayé de mettre leurs fonds à l'abri en investissant massivement dans le pétrole, les carburant biologiques et les produits d'alimentation de base. Cela a provoqué une augmentation importante du prix de ces denrées, ce qui a placé les ménages dans une situation encore plus difficile. De plus en plus d'hypothèques ne pouvaient plus être remboursées, et le marché immobilier, déjà sous pression, s'est effondré dans différents pays, principalement aux Etats-Unis. Ainsi, des millions de familles américaines ont été expulsées de leur logement, leur maison étant mise en vente pour un prix très inférieur à la valeur de l'hypothèque, ce qui a placé les institutions de crédit hypothécaire dans une situation problématique. L'énorme poids de ces dettes et la recherche désespérée de rentabilité menacent aujourd'hui de plus en plus d'étouffer le capitalisme.
Les politiciens et les hauts responsables de l'économie comme Karel Vinck nous racontent aujourd'hui que les dirigeants et spéculateurs irresponsables doivent être sanctionnés, et qu'il faut "moraliser" le monde de la finance pour empêcher les excès qui ont provoqué la crise actuelle,et pour rendre possible le retour à un "capitalisme sain". Ce qu'ils ne disent pas, c'est que la "croissance" des années passées a justement été permise par ces "excès", c'est-à-dire la fuite en avant du capitalisme dans l'endettement généralisé et l'économie "de casino". Ce ne sont pas les "excès des financiers" qui sont les véritables responsables de la crise actuelle ; les excès et la crise financière, où des fonds équivalents à la production mondiale de quatre années sont partis en fumée en l'espace de quelques semaines, ne sont qu'une expression de la crise insoluble, de l'impasse historique dans laquelle est embourbé le capitalisme dans son ensemble. C'est pour cela aussi qu'il n'y aura pas de "fin du tunnel". Le plan Bush (Paulson) de 700 milliards de dollars pour "assainir le système financier" est immanquablement voué à l'échec. Le plan va récupérer les créances douteuses pour apurer les comptes des banques et relancer le crédit, mais il ne résout rien sur le fond. Les causes profondes de la crise sont toujours présentes: un marché saturé de marchandises invendables et des institutions financières, des entreprises, des Etats et des particuliers lourdement accablés par l'endettement.
Les perspectives de croissance économique sont donc particulièrement sombres. La bourgeoisie n'hésitera pas à présenter à la population la facture de sa crise. Entre-temps, les Etats devront tenter de récupérer les fonds utilisés à "soutenir" le monde financier, ce qui signifie qu'il y aura encore moins de moyens pour les travailleurs et les allocataires sociaux, et que la planche à billets va fonctionner à plein régime, avec pour résultat une inflation galopante. Cela signifie de nouvelles vagues de fermeture d'entreprises, de réorganisations, de licenciements, de baisses de salaires et d'augmentations d'impôts, des retraites toujours plus menacées et aussi le retardement de l'âge de la retraite, un enseignement et des soins de santé de plus mauvaise qualité. De plus en plus de familles vont dépendre d'allocations en baisse.
Depuis l'été 2007, plus de deux millions de familles américaines ont été expulsées de leur logement, et un million de familles supplémentaires le seront d'ici à Noël. Et le phénomène commence à faire son apparition en Europe, en Grande-Bretagne le nombre d'expulsions dans la première moitié de 2008 a augmenté de presque 50 %, et en Espagne ce n'est guère mieux.
Depuis un an environ, l'inflation a refait son apparition. Les prix des matières premières et les prix des aliments de base ont explosé, provoquant famine et révoltes dans de nombreux pays, et également de nombreuses réactions dans les entreprises.
Il s'agit d'une paupérisation de la population mondiale: logement, alimentation, déplacements, tout cela va devenir de plus en plus difficile pour des milliards de prolétaires.
A court terme, on peut constater une certaine panique. Nous sommes submergés par les événements. Chacun pense à ses économies, aux factures à payer, au paiement des études des enfants, à la future retraite. Mais, chacun dans notre coin, nous ne pouvons ressentir qu'un sentiment d'impuissance. Ce sentiment, la bourgeoisie cherche à le renforcer, de façon à ce que la classe ouvrière subisse la situation, accablée et soumise. Gouvernements, partis politiques, médias et patronat crient en chœur "punissons les coupables", plaident l'innocence du système capitaliste basé sur le profit et l'exploitation forcenés, répandent largement cette image fataliste et appellent à l'esprit de responsabilité, à resserrer les rangs derrière "leurs" mesures qui destinent la facture de cette débâcle à la classe ouvrière.
Parmi les ouvriers en Belgique, l'élan d'avant les vacances est provisoirement brisé. Ce n'est pas seulement du à la stupéfaction suite à la crise financière; la bourgeoisie a orchestré d'intenses campagnes communautaires, où elle a exploité ses propres divisions internes pour rejeter la responsabilité de tout ce qui ne va pas sur ceux de l'autre côté de la frontière linguistique et tenter de dresser les ouvriers les uns contre les autres. Ces campagnes étaient clairement destinées à occuper le terrain social au moyen de campagnes nationalistes et régionalistes, pour détourner l'attention des travailleurs de la dégradation de leur niveau de vie. Or brusquement, "Wallons", "Flamands" et "Bruxellois" sont appelés à constituer une "union sacrée" pour la défense de l'économie belge. La crise financière a même été exploitée pour rehausser la crédibilité du gouvernement Leterme : "Ils prennent enfin des mesures pour diriger le pays" entend-on. "Fortis et Dexia ont été sauvées, et donc aussi les économies des gens, la NVA a été éjectée du gouvernement, la voie est donc libre pour mettre les problèmes communautaires sur une voie de garage et commencer à prendre les mesures qui sont nécessaires pour l'Etat belge". On peut aisément deviner ce que ces mesures seront! Ne nous laissons pas abuser: si le gouvernement prétend garantir nos économies, il ne le fait pas pour ce qui est de notre pouvoir d'achat, nos salaires ou nos allocations.
Il faut dire clairement qu'à terme, le problème ne pourra pas se résoudre sur un terrain strictement économique, à l'intérieur du capitalisme. Et surtout, que toute concession, tout compromis dans la logique de ce système moribond, ne peut conduire qu'à des mesures encore plus graves. La bourgeoisie des différents pays est en effet contrainte de faire travailler "sa" classe ouvrière encore plus dur, moins cher, avec moins de "charges sociales", etc. Et cette concurrence entre Etats mènera inévitablement à de nouvelles confrontations militaires à propos de sphères d'influence, de marchés susceptibles d'écouler des marchandises, de matières premières, de régions stratégiques. Voilà à quoi ressemble l'avenir du capitalisme en crise: tensions sociales et militaires croissantes, paupérisation et guerre.
La véritable différence avec 1929 ne se trouve pas dans le fonctionnement de l'économie capitaliste, ni dans la gravité de la crise. Elle réside dans la combativité et la conscience de la classe ouvrière. Depuis 1968, la classe ouvrière s'est relevée de la contre-révolution. Non seulement elle a montré sa volonté de lutter dès les premiers signes de la crise, mais elle a aussi recherché en permanence une perspective, une "autre" façon de vivre, meilleure, libérée de l'exploitation, de la recherche du profit, de la crise et des violences guerrières, et elle a ainsi développé sa conscience. Les énormes campagnes à partir de 1989 sur la "mort du communisme" ont porté un coup dur à cette résistance, et en ont surtout fait douter beaucoup sur la possibilité d'une alternative. Mais après tant d'années de promesses fallacieuses, et surtout avec la dure réalité de la misère croissante et de la violence guerrière, la combativité et la conscience ont recommencé à progresser.
Tous les ouvriers ont les mêmes intérêts dans la défense contre les attaques sur leurs conditions de vie et de travail, mais face à une attaque généralisée de la part de l'Etat, comme nous la vivons aujourd'hui, il est impossible de résister si nous restons divisés. En 1980, les ouvriers polonais ont entamé une grève de masse en réponse à l'augmentation des prix, tous ensemble, suite à laquelle les augmentations ont été retirées, même si par la suite elles ont malgré tout été graduellement imposées. Et en 2006, c'est parce que les étudiants avaient commencé à opérer une jonction avec les ouvriers que le gouvernement a décidé de retirer le CPE, une attaque sur les conditions de travail des jeunes. Pendant la "vague de grèves" de l'hiver 2007-2008 en Belgique également, on a vu les premiers signes de prise en compte de ces nécessités de la lutte actuelle: une capacité retrouvée à engager le combat, une identité de classe retrouvée lentement mais sûrement, des tentatives répétées d'oeuvrer à la solidarité de classe. Ce qui avait spontanément commencé à la mi-janvier 2008 comme un conflit social local pour "un euro de plus" s'est vite transformé en une vague de grèves pour l'augmentation du pouvoir d'achat, qui s'est rapidement étendue à d'autres secteurs industriels et d'autres provinces. Et le lien avait alors été établi entre les licenciements, l'attaque sur les conditions de travail, l'érosion du pouvoir d'achat. Il est nécessaire de renouer avec la dynamique de cette résistance!
Les actions syndicales générales, comme la manifestation du 12.12.2007 autour de "la défense du pouvoir d'achat et de la solidarité" ou la semaine d'action syndicale par région à la mi-juin 2008, visent toutes le même but: faire barrage à ce processus de réflexion et à cette résistance naissante, les mener sur des voies de garage. C'est pourquoi les syndicats annoncent différentes journées d'action, comme récemment celle du 6 octobre, autour d'un cahier de revendications complètement vidé de son contenu. De cette façon, seul le sentiment d'impuissance est renforcé. Alors que la bourgeoisie se prépare à frapper un grand coup sur le plan des salaires et des allocations, le syndicat mobilise derrière la liaison des salaires à l'index ; cela les met en position de se présenter comme des champions de la solidarité en mobilisant pour "la défense de l'index", alors que cette "liaison automatique" est depuis longtemps bien plus un mythe qu'une réalité. Les syndicats ont donc pleinement conscience du mécontentement qui existe au sein de la classe ouvrière et de la nécessité de réagir, mais ils le font dans le but de conserver un contrôle sur les luttes, non pour les encourager. L'attitude de Herwig Jorissen, le flamboyant président du syndicat rouge des métallos, en dit long à ce sujet. Il caractérise carrément la journée du 6 octobre de dangereuse pour l'emploi: "Le pouvoir d'achat est une préoccupation des travailleurs, d'accord, mais le maintien de leur emploi l'est encore beaucoup plus. Si on considère l'industrie, on se rend compte que des moments difficiles sont à venir. Regardez donc ce qui se passe dans le textile. Cela n'a pas de sens de mettre en danger encore plus d'emplois en faisant la grève". Cela lui a valu des fleurs de la part de l'organisation patronale flamande Voka, qui loue "son courage et son sens des responsabilités" (sic). Par ces termes, il concrétise parfaitement le rôle que doivent jouer les syndicats pour la bourgeoisie : maintenir les ouvriers dans les limites du terrain capitaliste et les enchaîner à la logique de concurrence de ce système moribond. Pourtant, celui qui a peur se fera battre, et le gouvernement ne nous fera certainement cadeau d'aucun milliard pour "renflouer" notre niveau de vie. Ce n'est qu'en résistant par la lutte que les ouvriers peuvent faire barrage à l'austérité.
Les travailleurs ne peuvent développer leur force pour résister aux attaques que s'ils s'unifient à d'autres travailleurs, d'abord et avant tout en se réunissant par-delà toutes les divisions syndicales ou professionnelles, pour discuter de la façon de faire reculer les attaques. Cela veut dire que nous devons prendre nos luttes en mains, ne pas la laisser gérer par les "spécialistes" des syndicats, pour faire en sorte que tous les ouvriers puissent participer aux prises de décision sur la manière de mener la lutte. Cela veut aussi dire se réunir avec d'autres ouvriers en lutte, dans d'autres entreprises, d'autres industries, en envoyant des délégations vers d'autres assemblées générales, vers des piquets ou des manifestations.
C'est la seule perspective qui nous permette de défendre notre niveau de vie, et de recouvrer une confiance en soi pour à l'avenir remettre en cause tout le système capitaliste, avec la crise économique, les guerres et les catastrophes écologiques qu'il nous annonce. Plus d'illusions! Il ne s'agit pas de jouer à présent à tout ou rien, mais de forger progressivement une force, de chercher et de témoigner la solidarité, de clarifier notre réflexion en engageant tous ensemble le débat.
Internationalisme
6.10.08
Le 23 août, le CCI a pour la deuxième fois organisé avec succès une ‘journée de rencontre et de discussion avec le CCI' à Anvers.
"Cela demande une suite !" était la conclusion générale en 2007. Les nombreuses réactions positives et la participation active, pleine d'enthousiasme, des participants en 2007 démontrent que ce genre de rencontre correspond à un besoin qui existe chez beaucoup d'entre nous. Il suffit d'observer les nombreuses discussions en petit groupe ou sur internet, la correspondance que nous recevons sur un plan international de personnes qui prennent pour la première fois contact avec nous, les discussions avec de nouveaux groupes ou avec des gens que nous rencontrons lors de réunions ou de manifestations ou le succès d'initiatives similaires par le CCI, à Londres, Marseille ou Naples (1). Tout ceci témoigne d'un nombre croissant de personnes qui, dans tous les recoins de la planète, se posent des questions fondamentales. On veut réfléchir ensemble au futur, rechercher ensemble, et pas chacun dans son coin, une alternative pour cette société agonisante, où les catastrophes écologiques, la crise économique, le chômage, la guerre et la famine avec ses masses de réfugiés, sont monnaie courante et se multiplient. Mais aussi pour apprendre à tirer les leçons des expériences du passé, des nombreux efforts et contributions théoriques, pour mieux saisir la dynamique les forces qui peuvent réaliser cette alternative. Qui peut réaliser ces changements nécessaires ? Qui peut établir un rapport de force et comment ? La discussion politique et le débat ont toujours constitué les artères vitales du mouvement ouvrier car c'est ainsi que sont clarifiées les questions qui surgissent concrètement dans les confrontations quotidiennes avec la réalité de la crise, de la dégradation des conditions de vie et de la guerre, mais aussi dans la lutte et dans la quête d'une alternative historique. Aujourd'hui surtout dans la nouvelle phase de resurgissement de la lutte de classe, non seulement à travers les multiples expressions de luttes ouvertes (2) mais surtout par l'émergence d'une nouvelle génération en recherche de réponses fondamentales, la création d'un espace pour ce processus de réflexion politique est d'une importance essentielle.
-Créer l'espace pour une nouvelle génération signifie aller le plus possible à l'encontre des questionnements qui existent en son sein en abordant un large éventail de sujets, autant de points de départ pour approfondir la réalité sociale. En préparation de cette rencontre nous avons diffusé à autant de contacts et lecteurs possible, aussi par notre site web (3), un questionnaire comprenant une large liste de sujets possibles que nous avons distillés des réunions publiques et permanences, courriers ou de rencontres précédentes. Liste au sein de laquelle chacun pouvait indiquer les sujets qui lui tenaient le plus à cœur ou en ajouter d'autres. Nous nous sommes aussi réunis avec quelques jeunes contacts où ont surgi des idées et des sujets nouveaux.
-Créer de l'espace signifie aussi, comme nous l'a également appris l'expérience de 2007, que chacun peut y participer et contribuer selon sa capacité et ses intérêts sans être obligé de participer à toutes les parties. Plus encore que l'année précédente, les contacts ont eu une part active à tous les aspects de la journée : écriture de l'introduction sur l'art, confection de plusieurs synthèses, traductions et présidence à certains des débats. Egalement l'existence de moments plus informels, la préparation collective des repas ou des tables de lecture faisaient partie intégrante du succès de cette journée. La réussite d'une journée de discussion et de rencontre est plus que simplement la somme de ses différentes parties comme en témoignent ces deux témoignages : "Après avoir recueilli les remarques des camarades présents l'année dernière, il a été décidé de tenter une nouvelle formule. Les participants de l'année passée s'étaient plaints de la longueur des discussions et avaient avoué avoir du mal à tenir un tel rythme. Le CCI a pris en compte ces difficultés et a décidé de faire des discussions moins longues et surtout qui ne présentaient aucun caractère d'obli-gation."(M. 05.09.2008). "C'était bien aussi que tout le monde ne devait pas tout le temps participer aux discussions. On pouvait facilement se lever et aider à la préparation du barbecue ou simplement prendre une petite pause. Ceci n'était pas fait pour donner à ceux qui sont plus « pratiques » et « moins intellectuels » un sentiment de participation, non !, une telle vision dénigrante je ne la partage pas, ils étaient tout aussi importants pour la réussite de cette journée. Chaque individu a ses capacités et ses qualités et doit se sentir libre de les utiliser selon ses moyens. Cette liberté leur était donnée." (Y., 17.09.2008). Cette année, un réel effort a été fait pour mieux faire connaissance avec le CCI et mieux renforcer les liens entre les présents. Par le moyen des stands permanents, des tables thématiques et du panneau informel, il y avait largement l'occasion d'une façon plus informelle d'échanger les idées. Et surtout il y avait le barbecue où nous avons pu par après rester à causer aussi avec d'autres invités et resserrer des liens de solidarité.
-Créer de l'espace signifie que les participants aient pleinement l'occasion de débattre librement ensemble, dans un climat ouvert, fraternel où chacun sans crainte peut mettre en avant ses questions, réflexions mais aussi ses doutes pour ainsi chercher des réponses d'une façon consciente et collective. Ce n'était pas une journée de spécialistes ou pour spécialistes, un lavage de cerveau ou "une formation" ex-cathedra. "C'était une journée où des questions furent posées librement et discutées. On a abordé et approfondi des sujets actuels et brûlants comme ceux de la guerre en Géorgie et la crise socio-économique (et écologique). Quels problèmes menacent le monde, quels en sont leur racine et comment les prendre en mains ?Aussi l'art et la société sont venus à l'ordre du jour." (Y.,17.09.2008)
-Créer de l'espace finalement, c'est également souligner que cette journée et ce débat ne sont qu'un moment de tout un processus de réflexion et doit être compris ou conçu dans une continuité. Une participante le formule ainsi : "Dès le début, il a été dit que cette journée n'avait pas pour but de donner des réponses définitives sur les sujets abordés mais d'ouvrir le débat, de donner le goût de partager. En ce qui me concerne, je considère que les buts annoncés ont été atteints."(M). "Beaucoup de questions évidemment touchaient à toute sorte d'autres questions, qui loin de là ont toutes été posées et répondues. Pour moi, les différentes discussions ont ouvert des portes et c'est ce qui compte." (Y), confirme un autre participant. De voir comment on peut traiter les choses, d'exprimer de la manière la plus claire possible les problèmes et les questions, de formuler les questions de telle manière que cela contribue à une meilleure compréhension et une plus grande profondeur dans notre processus de compréhension était pour le CCI un des plus importants objectifs. Aujourd'hui, la volonté de débattre et la méthode utilisée pour approcher les questions sont d'une importance vitale pour développer la clarification.
Des sessions donc, cette année, plus courtes mais plus nombreuses. Dans une première session commune, on a essayé de tracer un cadre pour les discussions de la journée "Quels enjeux pour la période actuelle? Inflation, récession, guerre, lutte face à la flambée des prix, émeutes de la faim,...."; "Le but de la première discussion sur l'enjeu de la période actuelle n'était pas très clair au début. Finalement, il est apparu que cette première discussion voulait mettre les prochains thèmes abordés dans un contexte social, voulait donner une base pour les prochaines discussions. Elle devait offrir un cadre solide pour une meilleure compréhension des thèmes suivants." (Y). Dans l'après-midi, deux groupes ont été formés autour de plusieurs thèmes :
- "Est-ce que l'art/ la culture peut changer le monde? Est-ce que l'art peut exercer une influence sur les mouvements sociaux?"
- "Quelle est la nature de la crise économique actuelle? est-ce qu'une solution est possible?"
-En dernier lieu, une session commune autour du thème "Comment mettre fin à la guerre ? » et en particulier traitant de la guerre en Géorgie a été abordée.
Le dernier sujet : " A quoi sert une organisation politique comme le CCI ? D'où vient-elle et quel rôle peut et doit-elle jouer?" n'a pu être discuté par manque de temps.
Nous reviendrons sur les différentes introductions ainsi que sur certaines remarques et synthèses de discussion. Nous comptons les rendre publiques aussi vite que possible dans notre presse et/ou sur notre site web.
Pour compléter l'image de cette journée, nous traçons quelques passages de commentaires que certains participants nous ont déjà fait parvenir :
"La journée a été excellente à tous les niveaux tant du point de vue du fond que de la forme. L'accueil a été fort agréable, l'ambiance très chaleureuse et fraternelle. Les discussions étaient toutes très riches et très intéressantes. Il est important de dire également que le repas du soir ne fût pas juste un moment de détente pour se remettre de cette journée mais qu'il avait une place à part entière dans le déroulement de la journée...il a permis à des camarades qui n'avaient pas pu aborder les questions qui les préoccupaient de discuter avec d'autres camarades sur ces sujets. Il a permis également pour certains de découvrir ce que peuvent être les rapports humains dans un cadre autre que celui de la société capitaliste....A la fin de la journée, nous fonctionnions comme un groupe avec de réelles relations qui se sont tissées tout au long de la journée."(M)
"Les discussions étaient vivantes :des visions contradictoires n'étaient pas évitées, mais on cherchait à dépasser les contradictions. Le CCI a fait des efforts de donner la parole à chacun. Ceci est positif. Ce n'est pas facile d'éclaircir toutes les questions d'un public aussi hétérogène. Je trouvais le barbecue un succès, très agréable et excellent... un grand pas en avant par rapport à l'année précédente!" (Y).
"Je trouvais intéressant les contributions sur le caractère international de la classe ouvrière, qu'on ne peut pas se laisser diviser entre Taïwanais et belge, entre flamands et wallons, par entreprise ou corporation. Quand une entreprise ici ferme ses portes, que des licenciements tombent et que l'entreprise est délocalisée, les gens ailleurs ainsi devront travailler avec des salaires de misère, tous sont exploités et la solidarité alors est la seule arme. Je suis toujours impressionné par la capacité d'analyse globale dont rayonnent les éléments du CCI. Je trouvais également très instructif les différences entre les périodes d'esclavage, du système féodal et du capitalisme. Concernant la guerre en Géorgie, celle-ci ne diffère pas avec celles des dernières dizaines d'années, chacun trouve qu'il a des droits à faire valoir dans cette guerre. C'est à nous d'expliquer que des deux côtés ce sont toujours les soldats et les civils, donc les ouvriers qui meurent. Il n'y a aucune raison de prendre partie et justement il ne faut pas prendre partie exceptée celle de la classe ouvrière. La guerre devient de plus en plus la réalité quotidienne sur cette terre. Cela ne sert à rien de savoir si les Etats Unis étaient au courant ou ont donné leur permission car de par la disparition des deux blocs, les pays feu satellites font une politique du chacun pour soi contenant le risque que des petits conflits s'agrandissent.... Je trouvais la journée de hier très réussie...bien organisée...et avec une assistance consistante." (AT., 24.08.2008).
"C'était bien et très intéressant. L'introduction générale, je la trouvais trop longue, différents passages dans la discussion sur l'art un peu trop abstraits pour moi. La discussion sur la guerre en Géorgie était très intéressante. Les interventions du CCI étaient très complémentaires. En plus, il y avait des positions hétérogènes, mais pas contradictoires... Peut-être que sur une telle journée, une discussion aurait suffi pour aller au fond des choses... C'était un bon barbecue et un moment vraiment convivial." (E.13.09.2008).
"D'abord, je veux remercier ceux qui ont organisé cette réunion. Le lieu de la réunion, les anciens journaux, les textes dans d'autres langues (comme ceux en farsi) sur les tables, la documentation sur le panneau étaient très intéressants et attirants. La réunion a bien démarré par les exemples des jeunes et autres qui veulent changer la société. L'introduction soulignait les changements dans la conscience des ouvriers. On entendait comment les ouvriers en Egypte avec leurs manifestations de solidarité ont atteint un niveau de conscience supérieur. Les exemples de solidarité parmi les ouvriers là-bas et le choix du CCI de lire dans la réunion des passages de leurs prises de position étaient impressionnants...car dans la lutte des ouvriers pour leurs propres intérêts, ni l'islam, ni le nationalisme peuvent les convaincre. L'introduction allait logiquement aux causes: la crise du capitalisme...L'art comme symptôme de la société a aussi été abordé. Dommage que le sujet de l'organisation a été moins discuté. La présence des jeunes était intéressante. Ils étaient très actifs (surtout sur le sujet sur l'art). Dans ce sujet attirant pour les jeunes, beaucoup de points ont été avancés dans la discussion. On peut avec de tels sujets avancer beaucoup de points concernant toute la société... Personnellement, je trouvais dommage que deux discussions se déroulaient en même temps. Conclusion générale: selon moi, c'était une journée de discussion très riche et réussie."(N.05.09.2008).
CCI 19.09.2008
1. Voir notre site Web : WR Day of Study: Presentations and discussions; Journée d'étude du CCI en Grande-Bretagne: un débat vivant et fraternel; Journée de rencontre et de discussion avec le CCI d'août 2007: chercher ensemble une alternative pour cette société agonisante en "Journée de discussion à Marseille: un débat ouvert et fraternel sur un autre monde est-il possible?"
2.Voir les multiples articles dans notre presse et surtout sur notre site Web sur les manifestations de lutte de classe dans le monde
3.Voir l'invitation sur notre site Web aussi en format PDF
Depuis 15 mois, les travailleurs belges subissent une campagne nationaliste et sous-nationaliste d'une ampleur rarement atteinte depuis quarante ans. Et pendant tout un temps, malgré un ras-le-bol croissant, ils ont eu les plus grandes difficultés à dépasser ce barrage de mystifications, malgré une détérioration de plus en plus durement ressentie de leurs conditions de vie. Cependant, la "rafale gréviste" de l'hiver 2007-2008 et les mobilisations du printemps dernier ont amplement démontré que les ouvriers flamands, wallons et bruxellois avaient un potentiel de combativité intact, qu'ils récupéraient lentement mais sûrement leur identité de classe et commençaient à développer une résistance solidaire contre la dégradation de leurs conditions de vie. Dans notre presse en juin, nous soulignions les potentialités présentes dans la situation : "Il faut souligner l'importance de la conjonction de deux phénomènes qui s'expriment de manière de plus en plus nette en Belgique depuis la fin de l'année 2007. D'une part, une forte croissance de la combativité ouvrière et d'autre part, une détérioration marquée de la situation économique nationale, suite à l'accélération de la crise mondiale" (Internationalisme, n° 338, juin-septembre 2008). Que s'est-il passé depuis lors ? Comment la situation s'est-elle développée pendant l'été ?
La première caractéristique marquante pendant la période considérée est sans nul doute le véritable bombardement médiatique visant à souligner la détérioration constante de la situation économique, dans un contexte d'approfondissement de crise sur le plan international. Le survol des titres d'un journal particulier pendant les derniers trois mois le met bien en évidence: : "La vraie crise est devant nous" (De Morgen, 19.06.08), "Une famille sur cinq arrive difficilement à payer son logement" (DM, 30.06.08), "L'économie européenne malade se raidit pour des profits plus importants" (DM, 03.07.08), "Le moteur s'essouffle mais ne s'arrête pas encore" (DM, 31.07.08), "La crise hypothécaire aux USA tire les Bourses vers le bas" (DM, 02.08.08), "Les prix énergétiques sont de nouveau fortement à la hausse" (DM, 14.08.08), "Pour la première fois, l'économie recule dans la zone euro" (DM, 16.08.08), "La crise du crédit durera au moins jusqu'à 2010" (DM, 18.08.08), "Les coûts salariaux dérapent" (DM, 19.08.08), "La croissance de l'économie belge s'affaiblit encore" (DM, 04.09.08). Loin de camoufler le caractère dramatique de la situation économique, les médias tartinent largement en première page les problèmes économiques qui s'amoncellent : la crise bancaire et les menaces de faillites, l'inflation, la réduction des salaires, les licenciements et les rationalisations (UCB, Domo...).
Et tandis que les médias soulignent le caractère préoccupant de la situation, la deuxième caractéristique à pointer aujourd'hui est l'attitude de passivité et d'absence de réaction du gouvernement fédéral. C'est bien comme s'il était le seul à passer des vacances insouciantes ! Alors que la Banque Nationale annonce qu'il faudra 3 à 4 milliards d'euros de réduction des dépenses sur les budgets 2008 et 2009 pour atteindre l'équilibre, que les recettes fiscales pour 2008 sont 1,1 milliard en dessous des prévisions, le gouvernement Leterme se limite à enregistrer les choses. Il annonce placidement qu'il prendrait des mesures en temps opportun, c'est-à-dire ... vers la mi-octobre, alors que tous les observateurs avaient déjà souligné en début d'année que son budget 2008 était fantaisiste et surestimait grossièrement les rentrées, bref, que c'était une fumisterie : "On peut donc supposer que consciemment et sciemment, un budget trompeur a été rédigé" (DM, 04.09.08).
La conjonction d'une avalanche de mauvaises nouvelles et d'un immobilisme gouvernemental pesant crée une impression de fatalité, et le sentiment d'impuissance est accentué par l'attitude des syndicats qui affirment qu'il n'y a pas à mener d'actions puisqu'il n'y a pas de mesures gouvernementales, qu'il n'y a pas à négocier puisqu'il n'y a pas de négociateurs. Comme si l'absence d'initiatives gouver-nementales entravait aussi la hausse de l'inflation, la baisse du pouvoir d'achat, la multiplication des restructurations et des fermetures d'entreprises!
La conjonction d'une avalanche de mauvaises nouvelles et d'un immobilisme gouvernemental pesant crée une impression de fatalité et le sentiment d'impuissance est accentué par l'attitude des syndicats qui affirment que, si on peut exprimer son mécontentement, il faut le faire avec modération car il ne faut pas saborder les négociations. Et comme le gouvernement ne compte pas lancer des négociations avant le 15 octobre .... Comme si l'absence d'initiatives gouvernementales entravait aussi la hausse de l'inflation, la baisse du pouvoir d'achat, la multiplication des restructurations et des fermetures d'entreprises!
Et de fait, cette manœuvre de la bourgeoisie porte momentanément ses fruits sur le terrain social. Certes, il existe toujours bien de multiples actions, souvent spontanées, contre la dégradation du pouvoir d'achat et contre les restructurations : c'était le cas de la grève ‘sauvage' des bagagistes à Zaventem, vilipendés dans les médias pour avoir gâché le retour de vacances de milliers de citoyens. Il y a eu aussi des actions spontanées chez les ouvriers à GM ou dans le port d'Anvers, actions souvent occultées dans les médias. Cependant, l'extension de celles-ci est entravée par les caractéristiques de la situation actuelle, la confusion ambiante où, en fin de compte, on ne sait plus très bien si des mesures seront prises, et ce que le gouvernement fera.
Cette confusion sur le terrain social est donc clairement stimulée et exploitée par la bourgeoisie pour bloquer et désamorcer la colère ouvrière, bien réelle face à la détérioration marquée de ses conditions de vie. Début juin, les leaders syndicaux jouaient aux matamores : "Nous exigeons que le gouvernement prenne des mesures pour augmenter le pouvoir d'achat avant le 15 juillet. Sinon, nous reprenons la mobilisation à la rentrée". Aujourd'hui, le syndicat socialiste ne prévoit une "journée d'action avec mouvements de grève" que pour ... la seconde semaine d'octobre. Et encore, aucune mobilisation nationale n'est envisagée, tout au plus des "actions sur le terrain, dans les entreprises" (De Standaard, 17.09.08). Le syndicat chrétien renchérit en soulignant que les actions doivent être "proportionnées" (sic !) pour ne pas hypothéquer les négociations avec les patrons et le gouvernement qui doivent encore débuter.
"Qu'est ce qui rapporte le plus de résultat? Négocier ou agir? On doit mesurer entre les émotions chez des gens qui veulent exprimer leur mécontentement et l'efficacité d'une journée d'action" (DS, 17.09.08). Non seulement, les actions sont reportées, faute de négociation sur laquelle faire pression, mais plus que jamais, l'idée est instillée que la lutte ne constitue au fond qu'un appoint à la négociation, la concertation sociale entre ‘partenaires' sociaux pour négocier un "compromis honorable". Et pour renforcer cette appréhension de la réalité, des actions limitées et éparpillées de diverses catégories d'agents communaux sont lancées, mêlées aux actions corporatistes des pompiers où à celles d'autres groupes, liés à l'appareil de maintien de l'ordre, les gardiens de prison ou les policiers. Bref, tout est fait pour accentuer la confusion et le désarroi, favoriser les actions isolées et suicidaires, pour faire passer le sentiment que, dans le contexte actuel, on ne peut au fond rien faire d'autre que de subir les irrémédiables restructurations du système comme une fatalité !
Gouvernement, patronat et syndicats exploitent ainsi pleinement l'emprise bien réelle - et renforcée encore pendant les années 1990 et le début du nouveau millénaire - de la mystification démocratique au sein de la classe ouvrière afin de couper toute perspective d'unification aux luttes de résistance contre les attaques. L'effondrement des régimes staliniens en Europe de l'Est, présenté comme la preuve ultime de la faillite du communisme et de la victoire définitive du capitalisme, a en effet répandu au sein de la classe ouvrière l'idée qu'en dehors du cadre de la concertation au sein de l'Etat démocratique, il n'y a pas d'alternative. Et cette conception pèse encore lourdement sur le développement de la prise de conscience au sein du prolétariat.
En outre, la bourgeoisie exploite la confusion ambiante pour relancer l'immonde battage nationaliste (1). Sous des dehors apparemment contradictoires, bourgeoisies wallonne et flamande jouent le même jeu hypocrite, visant à exploiter la pression de la crise pour attiser la haine de l'autre : si les médias flamands multiplient les premières pages pour mettre en évidence le poids de la crise sur l'économie belge, les politiciens du Nord soulignent que c'est le refus des francophones de renforcer la régionalisation qui entrave le combat contre la récession. Les politiciens francophones, de leur côté, affirment vouloir s'attaquer aux vrais problèmes des gens, pouvoir d'achat et emploi, et ne pas vouloir perdre leurs temps en vaines querelles communautaires, tandis que c'est ici la presse du Sud qui exhorte les wallons et les bruxellois à accentuer leur identité francophone face au chantage des flamands.
La bourgeoisie sait que, dans la situation actuelle, elle ne pourra empêcher que le ras-le-bol des travailleurs débouche sur des réactions combatives, sur des luttes. Toutefois, à travers les campagnes démocratiques et nationalistes, à travers le saucissonnage de la combativité et du détournement de cette dernière vers un soutien au front syndical pour engager la concertation sociale, elle met le paquet pour garder les luttes aussi isolées, divisées et inoffensives que possible, pour les enfermer dans le carcan suicidaire de la concertation ‘démocratique' au sein du système en crise. Ce qu'elle veut par contre éviter à tout prix, c'est précisément ce que les travailleurs développaient lors des mouvements de début 2008 : les tendances à l'extension de la solidarité dans la lutte, à l'unification des mouvements. Car c'est au sein d'une telle dynamique que se développe au sein de la classe ouvrière la prise de conscience des vrais enjeux, mis en évidence par le caractère dramatique de la situation économique actuelle : l'incapacité de la bourgeoisie de résoudre les problèmes fondamentaux d'un mode de production à l'agonie et d'une société en irrémédiable décomposition, la nécessité impérieuse de développer l'alternative d'une société réellement au service de l'humanité.
Jos / 17.09.2008
L'été a été marqué par un nouveau déchaînement de la barbarie guerrière du capitalisme. En Géorgie, en Afghanistan, au Liban, en Algérie, au Pakistan, ce sont essentiellement des populations civiles qui ont été sauvagement massacrées dans les conflits armés entre les différentes cliques impérialistes. Ce sont aussi de jeunes garçons, à peine sortis de l'adolescence, qui ont été décérébrés pour servir de chair à canon dans les attentats terroristes et les interventions militaires des petites et grandes puissances. Partout le capitalisme sème la mort ! Partout la classe dominante se vautre, jour après jour, dans la boue et le sang !
Et une fois encore, c'est au nom de la "paix", de la lutte contre le "terrorisme", de la défense de la "civilisation", des "droits de l'homme" et de la "démocratie" que la bourgeoisie, en France comme aux Etats-Unis et dans les autres pays européens, participe au déchaînement de ce chaos sanglant. En prétendant vouloir jouer les justiciers en Géorgie, en Irak ou en Afghanistan, les grandes puissances ne visent, en réalité, qu'à défendre leurs propres intérêts de requins impérialistes sur la scène internationale.
Les promesses de Bush père d'un "nouvel ordre mondial" censé ouvrir une nouvelle ère de "paix" et de "prospérité" après l'effondrement du bloc de l'Est, apparaissent maintenant de plus en plus clairement pour ce qu'elles étaient : un énorme mensonge ! C'est au nom de cet "ordre mondial" que fut déclenchée la première croisade de l'Occident "civilisé" contre la "barbarie" du régime de Saddam Hussein : l'opération "Tempête du désert" en 1991 qui a permis à l'Etat américain d'expérimenter ses nouveaux armements (et notamment les bombes à effet de souffle qui retournaient les soldats irakiens comme des gants !). En réalité, cette intervention militaire massive des grandes puissances "démocratiques" n'a fait qu'ouvrir une boîte de Pandore et aggraver le chaos mondial.
La folie meurtrière du capitalisme ne peut que continuer à se déchaîner. Parce que ce système décadent est basé sur la division du monde en nations concurrentes, ayant des intérêts antagoniques, il porte avec lui la guerre. Le seul moyen de mettre fin à la barbarie guerrière, c'est d'en finir avec le capitalisme. Et cette perspective de renversement du capitalisme n'est pas une tâche impossible à réaliser.
La guerre n'est pas une fatalité face à laquelle l'humanité serait impuissante. Le capitalisme n'est pas un système éternel. Il ne porte pas seulement en son sein la guerre. Il porte aussi les conditions de son dépassement, les germes d'une nouvelle société sans frontières nationales, et donc sans guerre.
En créant une classe ouvrière mondiale, le capitalisme a donné naissance à son propre fossoyeur. Parce que la classe exploitée, contrairement à la bourgeoisie, n'a pas d'intérêts antagoniques à défendre, elle est la seule force de la société qui puisse unifier l'humanité. Elle est la seule force qui puisse édifier un monde basé non pas sur la concurrence, l'exploitation et la recherche du profit, mais sur la solidarité et la satisfaction des besoins de toute l'espèce humaine. Et cette perspective n'est pas une utopie!
Contrairement à ce que prétendent les sceptiques de tous poils et les idéologues de la classe dominante, la classe ouvrière peut en finir avec la guerre et ouvrir les portes de l'avenir. Elle a pu mettre fin à la première boucherie mondiale grâce à la révolution d'Octobre 1917 en Russie et à la révolution en Allemagne en 1918.
Depuis la fin des années 1960, c'est la reprise des luttes ouvrières contre les effets de la crise économique qui a empêché la classe dominante d'embrigader les prolétaires des pays centraux dans une troisième guerre mondiale.
Aujourd'hui, face à l'aggravation de la crise économique et aux attaques contre toutes leurs conditions de vie, face à l'impasse du système capitaliste, les prolétaires ne sont pas prêts à accepter passivement le renforcement de la misère et de l'exploitation, comme en témoignent les luttes ouvrières qui ont surgi aux quatre coins du monde ces dernières années.
Le chemin est encore long avant que le prolétariat mondial puisse hisser ses combats à la hauteur des enjeux posés par la gravité de la situation présente. Mais la dynamique des luttes ouvrières actuelles marquées par la recherche de la solidarité, de même que l'entrée des nouvelles générations dans le combat de classe, montre que le prolétariat est sur la bonne voie.
Face à la barbarie guerrière, les ouvriers des pays centraux ne peuvent pas rester indifférents. Ce sont leurs frères de classe qui tombent tous les jours sur les champs de bataille. Ce sont les populations civiles (hommes, femmes, enfants, vieillards) qui sont à chaque conflit décimés par les pires actes de barbarie que le capitalisme aux abois sécrète de tous ses pores.
Face aux horreurs de la guerre, le prolétariat n'a qu'une seule attitude à adopter : la solidarité.
Cette solidarité avec les victimes des bains de sang, il doit la manifester d'abord en refusant de choisir un camp belligérant contre un autre. Il doit la manifester en développant ses luttes contre les attaques du capital, contre ses exploiteurs et ses massacreurs. Il doit développer son unité et sa solidarité de classe internationale en faisant vivre son vieux mot d'ordre : "Les prolétaires n'ont pas de patrie. Prolétaires de tous les pays unissez-vous !"
Sylvestre / 26.08.2008
Links
[1] https://fr.internationalism.org/files/fr/fr_crise_tract.pdf
[2] https://fr.internationalism.org/en/tag/vie-du-cci/interventions
[3] https://fr.internationalism.org/en/tag/situations-territoriales/situation-sociale-belgique
[4] https://fr.internationalism.org/en/tag/questions-theoriques/guerre