Le 13 mai dernier,
plus d'un million de manifestants étaient dans la rue pour s'opposer
à l'attaque du gouvernement Raffarin contre le régime
des retraites.
Les médias ont largement évoqué la comparaison
de ce mouvement avec les grèves de novembre-décembre 1995
dans le secteur public contre le gouvernement Juppé qui avait
donné lieu à des rassemblements comparables. Ils ont même
évoqué la date hautement symbolique de la gigantesque
manifestation du 13 mai 1968 qui avait lancé le plus grande grève
de masse jamais connue dans le pays.
C'est une évidence, nous ne sommes pas dans la même période
qu'en mai 1968 de réaffirmation d'un combat de classe généralisé
qui fait irruption sur la scène de l'histoire après un
demi-siècle de contre-révolution. Mais nous ne sommes
plus dans la même situation qu'en 1995 non plus.
Où est la différence ?
En 1995, l'objectif essentiel du gouvernement était de renforcer
et recrédibiliser l'appareil d'encadrement syndical, en gommant
toute l'expérience accumulée des luttes ouvrières
entre 1968 et les années 1980, notamment sur la question syndicale
(voir l'article publié au verso). Une telle entreprise exploitait
pleinement le recul de la lutte de classe suite à l'effondrement
des régimes staliniens et à la campagne idéologique
de toute la bourgeoisie sur la pseudo-faillite du marxisme et du communisme.
Même si une partie économique du plan Juppé (consacré
à la réforme du financement de la sécurité
sociale et à l'institution d'un nouvel impôt appliqué
à tous les revenus) est passée en catimini et a été
parachevée sous le gouvernement Jospin dans les mois qui ont
suivi, le volet consacré précisément à la
retraite (suppression des régimes spéciaux du secteur
public) n'a pu aboutir et a même été délibérément
sacrifiée par la bourgeoisie pour faire passer cela comme une
"victoire des syndicats".
Aujourd'hui, le
niveau de la crise économique n'est plus le même. C'est
parce que la crise s'aggrave que la bourgeoisie doit désormais
cogner très fort. Ainsi, la remise en cause du régime
des retraites n'est qu'une des premières mesures d'une longue
série de nouvelles attaques massives et frontales en préparation.
Tous les salariés se retrouvent concernés par ces mesures.
Pour tous les ouvriers, c'est une attaque qui ne peut les laisser sans
réaction alors qu'ils sont déjà confrontés
en permanence à des conditions de vie qui empirent de manière
dramatique, face à des problèmes quotidiens affrontés
plus ou moins isolément dans le cadre de la cellule familiale
ou de l'entreprise : chômage, plans de licenciements, suppressions
de poste, précarité, perte du pouvoir d'achat, dégradation
générale des conditions de travail, du tissu social, augmentation
de la productivité, problèmes de santé, d'éducation,
de logement, d'environnement, remise en cause de la protection sociale.
Cette attaque a valeur d'exemple et constitue un verrou essentiel à
faire sauter pour la bourgeoisie dans la défense de la logique
de son système. On nous présente faussement le facteur
démographique (l'augmentation de l'espérance de vie et
le vieillissement de la population) comme étant déterminant
dans la crise qui menace d'entraîner les caisses de retraite vers
la faillite. Cela permet de masquer que le facteur fondamental, celui
qui a le plus de poids et qui fait une nécessité absolue
pour la bourgeoisie de s'attaquer aux retraites des salariés
c'est l'ampleur du chômage : il est évident que lorsque
le chômage en augmentation quasi-constante dépasse officiellement
les 10 % de la population active, l'assiette des cotisants se trouve
singulièrement rétrécie. Cela révèle
l'incapacité croissante du système capitaliste d'intégrer
la population dans le salariat. En fait, face à sa crise, la
bourgeoisie cherche à réduire toujours plus drastiquement
la part des dépenses improductives comme le sont, de son point
de vue, les retraites, les allocations chômage ou le RMI. La bourgeoisie
cherche en fait à masquer une réalité sociale beaucoup
plus directement accusatrice du système capitaliste derrière
des facteurs purement démographiques.
Malgré l'ampleur des attaques qu'elle a imposé à
la classe ouvrière (en particulier sa loi sur les 35 heures qui
a permi d'instaurer une flexibilité généralisé),
la Gauche au gouvernement n'a pas pu mener à bien l'attaque sur
les retraites. Rocard avait pourtant été le premier, en
1989, dans son livre blanc sur les retraites, à préconiser
cette attaque en proposant de porter progressivement à 42 ans
la durée minimale de cotisations et il avait largement préparé
le terrain et ouvert la voie à travers d'autres rapports ou audits
sur le sujet. Déjà le candidat Jospin lors des présidentielles
de 2002 avait déclaré que la réforme des retraites
allait constituer son objectif majeur.
C'est pourquoi l'aspect provocateur du gouvernement a priori comparable
à 1995, n'a en fait plus du tout le même sens.
Aujourd'hui la stratégie
de la bourgeoisie n'a plus les mêmes objectifs qu'en 95. Elle
savait bien que son attaque actuelle sur les retraites allait provoquer
d'inévitables réactions au sein de la classe ouvrière.
C'est la raison pour laquelle elle a planifié son attaque en
fonction des contraintes d'un calendrier très précis pour
pouvoir faire passer ses projets avec force de loi au meilleur moment
pour elle : au début des vacances d'été. Elle sait
bien aussi qu'elle bénéficie pour l'heure d'un contrôle
global des syndicats sur les luttes, que la classe ouvrière est
affaiblie. Malgré le mécontentement général
que ne manquera pas de susciter l'attaque et que celle-ci est à
même d'alimenter une remontée de la combativité
ouvrière, elle a aussi conscience de ne prendre qu'un minimum
de risques car une large partie des prolétaires sont encore dominés
par un sentiment d'impuissance et de résignation. Elle entendait
également tirer profit du surcroît de déboussolement
et de désorientation dans les rangs ouvriers apporté juste
auparavant par sa politique d'union nationale face à "la
guerre de Bush" puis par le déroulement de la guerre en
Irak elle-même. Face à cette réaction ouvrière
inévitable, la stratégie de la bourgeoisie était
de faire crever l'abcès, au moment choisi par elle. La méthode
de ce passage en force a été déjà largement
éprouvée en misant sur un scénario écrit
à l'avance.
C'est pour cela qu'on vient de voir Raffarin casser son image de paternalisme
rassurant et se départir de son air patelin déclarer quelques
jours avant que "ce n'est pas la rue qui gouverne", ce qui
ne pouvait avoir pour effet que de doper la mobilisation. Pas plus que
les déclarations provocatrices de Juppé en 1995, il ne
s'agit d'une gaffe ni d'une maladresse de Raffarin mais de paroles mûrement
pesées dans une interview préparée. Dans le même
sens, quand on lui a demandé, à lui qui se présentait
volontiers depuis un an comme le tenant de la main tendue vers "la
France d'en-bas", si le gouvernement allait faire un effort pour
les bas salaires au lieu d'abaisser le seuil des retraites à
75 % du SMIC, sa réponse a été catégorique
: "il n'en est pas question". Enfin, le gouvernement a délibérément
dévoilé son intention de reculer encore davantage l'âge
de la retraite jusqu'en 2020 et même au-delà et du même
coup il affichait clairement que tous les salariés, et plus seulement
les fonctionnaires, étaient impliqués dans l'attaque alors
que rien n'obligeait à le faire.
La méthode est claire : annoncer le pire et afficher sa fermeté
et sa détermination afin que le mécontentement s'exprime
dans un premeir temps. On se ménage aussi la possibilité
de casser le mouvement en laissant une ouverture dans la négociation
et à des reculs sur des points mineurs du projet afin que les
syndicats les plus "modérés" s'y engouffrent
moyennant des concessions mineures (et peu coûteuses pour l'Etat)
pour les bas salaires, ou pour ceux qui ont cotisé au maximum
en travaillant plus longtemps. C'est ce qui n'a pas manqué de
se produire rapidement. Le scénario est d'ailleurs un brin convenu
et caricatural, car est-il crédible de voir le syndicat des cadres,
la CGC-CFE se laisser convaincre par les concessions gouvernementales
pour les smicards dont il ne prétend nullement défendre
les intérêts ? Quant à la CFDT qui, depuis le début,
s'est fait le porte-parole des seules revendications précisément
accordées par le gouvernement, elle s'est chargée pour
cette fois encore (comme Notat en 1995) de porter le chapeau de l'impopularité
en "pactisant avec la droite". Il faut néanmoins remarquer
que ce partage des tâches entre syndicats est purement circonstanciel
: dans le passé et notamment au cours des années 1970,
ce rôle de "syndicat jaune" était dévolu
à FO. Il faut aussi se souvenir qu'en 1968, c'est à l'appareil
de la CGT lui-même qu'est revenu le "privilège"
de jouer ouvertement les "briseurs de grève" pour casser
le mouvement social. On en revient donc aujourd'hui à un schéma
beaucoup plus classique dans l'histoire de la lutte de classes : le
gouvernement cogne, les syndicats s'y opposent et prônent l'union
syndicale dans un premier temps pour embarquer massivement des ouvriers
derrière eux et sous leur contrôle. Puis le gouvernement
ouvre des négociations et les syndicats se désunissent
pour mieux porter la division et la désorientation dans les rangs
ouvriers. Cette méthode qui joue sur la division syndicale face
à la montée de la lutte de classe est la plus éprouvée
par la bourgeoisie pour préserver globalement l'encadrement syndical
en concentrant autant que possible le discrédit et la perte de
quelques plumes sur l'un ou l'autre appareil désigné d'avance.
Cela signifie aussi que les syndicats sont à nouveau soumis à
l'épreuve du feu et que le développement inévitable
des luttes à venir va reposer le problème de l'usure de
l'encadrement syndical pour la bourgeoisie.
Dans ce contexte, les syndicats qui revendiquent aujourd'hui d'être
partie-prenante de la lutte participent en fait étroitement à
étouffer consciencieusement toute vie ouvrière en faisant
mine de reprendre à leur compte les besoins réels de la
lutte. Ainsi, sous prétexte d'en assurer l'extension, ils s'attachent
à convaincre les ouvriers qu'il faut d'abord étendre la
lutte au sein du secteur ou de la corporation. Et quand ils consentent
à aller trouver d'autres entreprises hors de leur secteur, ce
n'est jamais avec des délégations massives d'ouvriers,
mais toujours à travers des délégations syndicales
réduites qui vont, dans la plupart des cas, trouver d'autres
syndicalistes.
Des ouvriers se sont laissés embarquer dans la fausse solidarité impulsée par les syndicats dans les services publics et notamment dans les transports (SNCF, RATP, bus urbains) dont les grèves ont paralysé pendant plusieurs jours le trafic des transports en commun. En fait de solidarité celles-ci constituent un obstacle supplémentaire à l'extension du mouvement en limitant la participation aux manifestations autrement qu'en s'y rendant avec les bus affrétés par les syndicats. Elles ont aussi contribué à rendre la grève encore plus impopulaire auprès des non grévistes.
Le secteur de l'éducation nationale est particulièrement
attaqué puisque, aux mesures sur les retraites s'ajoute pour
des dizaines de milliers de fonctionnaires le démantèlementde
leur statut, au nom de la "décentralisation". Il n'est
donc pas étonnant que ce secteur se retrouve aujourd'hui à
la pointe de la mobilisation. Mais, de plus en plus isolés du
reste de leur classe, les salariés de cette branche courent le
risque de se retrouver rapidement entraînés dans une lutte
jusqu'au-boutiste, encouragée par les gauchistes et syndicalistes
"radicaux" de tout poil, et de s'épuiser et se démoraliser,
compromettant ainsi pour un temps la possibilité de leur participation
aux futures mobilisations. D'ailleurs, à l'heure actuelle, de
nombreux établissements scolaires sont déjà en
grève depuis plus de trois semaines.
Cette expérience va inévitablement laisser des traces
profondes et le goût amer de la défaite chez des dizaines
de milliers de prolétaires. Cela aussi est inévitable.
Néanmoins, la période qui s'ouvre est telle que la classe
ouvrière sera de plus en plus amenée à comprendre
qu'elle n'a pas d'autre choix que de lutter, de retrouver et de réaffirmer
son chemin de classe face à l'accélération des
attaques massives de la bourgeoisie dirigées contre elle. La
crise économique mondiale actuelle du capitalisme atteint un
niveau de gravité qui contraint partout la bourgeoisie et son
Etat à porter de plus en plus des attaques massives et frontales.
Ainsi, par exemple, dès l'automne, la bourgeoisie française
a annoncé la couleur : elle prépare une autre attaque
générale d'envergure concernant les assurances sociales.
Contrairement aux années 90, l'aspect patent de la crise va constituer
un puissant révélateur de la faillite du système
aux yeux des prolétaires. Aux conséquences de la crise
économique s'ajoute pour les prolétaires le prix à
payer pour des dépenses de guerre et d'armement en augmentation
croissante.
Il n'y a aucune illusion à se faire sur ce qui attend les ouvriers
: toujours plus de misère et d'exploitation. Mais sous les coups
de la crise et des attaques qui en résultent, les prolétaires
sont poussés à réagir massivement et ensemble.
Ainsi se créent les conditions pour que le prolétariat
reprenne confiance en lui, retrouve sa véritable identité
de classe et s'oppose massivement et unitairement aux attaques de la
bourgeoisie comme classe ayant des intérêts propres et
distincts à défendre contre ceux de la bourgeoisie.
L'avenir appartient au prolétariat !
Wim (17 mai)
"Un autre monde est possible." Ce slogan nous le connaissons tous, il est devenu la marque de fabrique de ce fameux courant anti-mondialisation dans lequel la Ligue Communiste Révolutionnaire occupe, du moins en France, une place de choix.
C'est donc sans surprise que nous retrouvons cette profession de foi
dans le récent bouquin (Révolution ! 100 mots pour changer
le monde) du porte-parole de la LCR, Olivier Besancenot.
"…'un autre monde est possible'. Penser la révolution,
c'est commencer à expliquer quel type d'autre monde est possible."
C'est tout l'objet de ce livre et de ce point de vue, il faut bien l'avouer,
le défi est largement relevé. Bravo Monsieur Besancenot
!
Si ce dernier nous donne "100 mots pour changer le monde",
derrière chacun de ces mots, il en est un, seul et unique, qui
les résume tous : démocratie !
Voilà donc cette terre promise dont il nous fait un éloge
baveux tout au long de ses 320 pages.
Ainsi, la LCR nous offre son "alternative anti-capitaliste"
une "révolution…", certes, mais "… démocratique"
tout de même.
"L'accusation principale que nous lançons contre la démocratie
libérale, c'est que précisément les choix politiques,
sociaux et économiques échappent à la volonté
populaire." La perspective de lutte est alors toute tracée,
il faut conquérir la "vraie démocratie" confisquée
par les méchantes multinationales. Et pour les mécréants
ou autres Saint Thomas, récalcitrant aux sirènes démocratiques
de la LCR, Monsieur Besancenot les rattrape au collet en leur servant
sur un plateau la preuve irréfutable que ce "chambardement
démocratique" est le seul avenir possible en exhibant fièrement
la ville mythique du mouvement anti-mondialisation : Porto Alegre. "C'est
une ville du sud du Brésil, Porto Alegre, dirigée par
la gauche du Parti des travailleurs, qui a rallumé la flamme
des espérances démocratiques (…) Porto Alegre pratique
la démocratie participative. Depuis plus de dix ans, (…)
la municipalité laisse à la population le soin de décider
de l'utilisation du budget de la ville."
Mais c'est justement à travers l'exemple de Porto Alegre que
l'on s'aperçoit le mieux de toute la supercherie échafaudée
par les gauchistes de l'alter-mondialisme. La démocratie participative
dans cette "ville laboratoire" (et ce "depuis plus de
dix ans" !) ne correspond en rien à la remise en cause du
système capitaliste mais se résume simplement à
la participation de la population à la gestion de la misère
et de la pénurie engendrée par ce dernier.
De plus, il ne s'agit là, dans le fond, que d'une resucée
des mystifications autogestionnaires dont les ouvriers, notamment en
Europe dans les années 1970, ont fait les frais puisqu'elle s'est
révélée n'être qu'une gestion de leur propre
exploitation et non sa remise en cause. Ce n'est pas par hasard si Besancenot
nous ressort l'exemple de la lutte des ouvriers de Lip en 1973 et son
slogan, inspiré par les syndicalistes de la CFDT : "On contrôle,
on fabrique, on vend, on se paie." Ce que les trotskistes présentent
comme le summum de l'émancipation ouvrière, la démocratie
directe ou autogestion, est en fait une arme de la bourgeoisie contre
le prolétariat. Ce que le CCI a résumé dans le
point 12 de sa plateforme :
"- arme économique du capital, [l'autogestion] a pour finalité
de faire accepter par les travailleurs le poids des difficultés
des entreprises frappées par la crise en leur faisant organiser
les modalités de leur propre exploitation.
- arme politique de la contre-révolution, elle a pour fonction
:
de diviser la classe ouvrière en l'enfermant et l'isolant usine
par usine, quartier par quartier, secteur par secteur ;
d'attacher les travailleurs aux préoccupations de l'économie
capitaliste qu'ils ont au contraire pour tâche de détruire;
de détourner le prolétariat de la première tâche
qui conditionne son émancipation : la destruction de l'appareil
politique du capital et l'instauration de sa propre dictature au niveau
mondial."
En fin de compte, la tentative de la LCR n'est ni plus ni moins que
de distiller la perspective révolutionnaire de la classe ouvrière
dans le vieil alambic réformiste, d'enrayer sa conscience en
lui faisant croire qu'elle peut atteindre pacifiquement son émancipation
dans une sorte de nirvana démocratique sans remettre en cause
violemment les fondements même de la société capitaliste.
"Les révolutionnaires sont favorables aux réformes,
tout progrès, toute amélioration pour la majorité
de la population, toute nouvelle conquête sociale et démocratique
est bonne à prendre. Nous ne sommes pas partisans du tout ou
rien." Voilà qui est clairement énoncé et
illustre le "projet révolutionnaire" de Monsieur Besancenot
: "redonner un sens à la démocratie".
Et après cela, la LCR ose encore se prétendre l'héritière
de Trotsky ! Mais il n'existe pas de pire insulte pour celui qui fut
l'une des plus grandes figures de la Révolution russe, l'organisateur
de l'insurrection et de la prise de pouvoir de la classe ouvrière
en Octobre 1917.
Amender le capitalisme, le rendre plus humain en le rendant "plus
démocratique" alors qu'il est devenu, depuis son entrée
dans sa phase de décadence annoncée par le déclenchement
de la première boucherie mondiale de 1914-1918, une menace permanente
pour l'humanité, est un piège dans lequel la LCR (entre
autres) souhaite voir le prolétariat s'empaler.
Non content d'orienter les ouvriers vers une lutte stérile pour
l'amélioration de ce système, les trotskistes de la LCR
ajoutent l'appel à la défense de la démocratie,
non seulement contre les vilains patrons "qui braquent la démocratie
comme on braque une banque" mais aussi contre les courants néofascistes
qui "ne tolèrent aucune forme d'expression démocratique".
Comme si les ouvriers avaient quelque chose à défendre
dans ce monde, des acquis à préserver. Besancenot pense
notamment au suffrage universel qui serait "un acquis démocratique
précieux", c'est pourquoi "il mérite qu'on ne
le boude pas, la LCR se présente donc aux élections"
et en profite par la même occasion pour entretenir dans la classe
ouvrière les pires illusions sur la nature de ce monde. Les "élections
démocratiques" ne sont en réalité que la feuille
de vigne servant à masquer la dictature du capital.
"La démocratie est en danger ! Vite ! Prenons les armes
pour nous porter à son secours". Autant demander au prolétariat
de se suicider. La démocratie n'est qu'une forme (la plus efficace
d'ailleurs) de la dictature qui réprime la classe ouvrière
et défend la bourgeoisie et ses privilèges de classe exploiteuse.
C'est ce que rappelle Lénine dans ses Thèses sur la démocratie
bourgeoise et la dictature du prolétariat écrites en mars
1919 pour le premier congrès de l'Internationale Communiste :
"…dans aucun pays civilisé, dans aucun pays capitaliste,
il n'existe de démocratie en général : il n'y a
que la démocratie bourgeoise." et "…plus la démocratie
est évoluée, 'pure', (…) plus le joug du capitalisme
et la dictature de la bourgeoisie se manifeste dans toute leur pureté."
"Ainsi, il se confirme une fois de plus, de façon absolument
évidente, que tous ces cris en faveur de la démocratie
ne servent en réalité qu'à défendre la bourgeoisie
et ses privilèges de classe exploiteuse." C'est exactement
le cas de Monsieur Besancenot, de son organisation, et du mouvement
anti-mondialiste dans lequel il s'inscrit. Leur objectif est clair,
dévoyer la classe ouvrière de son terrain, lui faire perdre
son identité, son histoire, celle d'une classe révolutionnaire
dont la perspective est le communisme, en la gavant de guimauve interclassiste,
de lutte citoyenne pour la démocratie.
"Seattle a rassemblé des syndicalistes coréens, des
paysans sans-terre du Brésil, des étudiants des campus
américains, des féministes du Maghreb, des réseaux
de lutte pour l'annulation de la dette du Tiers-monde, des cinéastes
et même des défenseurs de tortues…" C'est l'"internationalisme
renaissant" qui "élargit ses horizons", c'est
vraiment le moins que l'on puisse dire ! Monsieur Besancenot est donc
fin prêt pour ériger l'internationale fourre-tout des "citoyens
du monde".
Comme tout groupe trotskiste, la LCR n'a de révolutionnaire que
les mots ! Besancenot veut faire croire qu'il joue au "chamboule
tout", notamment pour happer les éléments qui ressentent
une révolte vis-à-vis d'un système incapable d'engendrer
autre chose que misère et barbarie, mais en fait il ne chamboule
rien du tout. Bien au contraire, le rôle de la LCR, en tant que
"gauche authentique, une gauche 100% à gauche"…du
capital comme elle oublie chaque fois de le préciser, est de
masquer qu'un autre monde est à la fois possible et nécessaire
pour la survie de l'humanité et que cet avenir, c'est la classe
ouvrière exclusivement qui le porte dans le développement
de ses luttes.
Marx et Engels dès 1848 dans le Manifeste du Parti communiste
montraient déjà que "Les prolétaires n'ont
rien à perdre que leurs chaînes" qu'"ils ont
un monde à gagner", que ce monde, c'est le communisme et
qu'ils ne le gagneront que par le "renversement violent de tout
l'ordre social passé".
Les médias font largement écho à ce sentiment selon lequel, face à l'attaque actuelle sur les retraites, il faudrait un nouveau décembre 1995. A différentes reprises, les syndicats ont brandi cette "menace". Pour la classe ouvrière, la référence en positif à décembre 1995 ne peut représenter, à la différence de mai 1968, qu'une faiblesse importante de leur capacité de riposte aux attaques. En effet, contrairement aux proclamations de toutes les officines gou-vernementales et syndicales, non seulement cet événement n'a pas constitué une victoire de la classe ouvrière mais bien une défaite de celle-ci où, à aucun moment, elle n'a eu l'initiative et le contrôle de sa mobilisation qui sont toujours restés entre les mains des syndicats.
Il y a un bientôt huit ans, la méga-mobilisation syndicale
contre le plan Juppé battait son plein en France et donnait lieu
à un battage médiatique sans précédent à
l'adresse des prolétaires. Les trois semaines de grèves
dans la fonction publique, la paralysie complète des transports,
les "records" de mobilisation des manifestations, les commentaires
appuyés des médias sur la "popularité"
de la grève, enfin la "victoire" finale des cheminots,
tout cela avait laissé la classe ouvrière dans une espèce
d'euphorie grisante.
Le mouvement n'avait-il pas été victorieux ? Juppé
n'avait-il pas tremblé devant la masse des manifestants ? La
classe ouvrière n'avait-elle pas retrouvé "sa dignité"
et renoué avec la "solidarité" et "l'unité
dans la lutte" ? A cette époque, celui qui émettait
le moindre doute là-dessus passait au mieux pour un rabat-joie,
au pire pour un "jaune". Et pour mieux envelopper la classe
ouvrière dans cette euphorie de la victoire et dans ce sentiment
trompeur de puissance retrouvée, la bourgeoisie mettait les bouchées
doubles. Des syndicats aux médias, des gauchistes aux instances
patronales et gouvernementales, tous s'accordaient à voir dans
l'événement un "nouveau mai 68", le prototype
de futures "explosions sociales" du même acabit qu'il
fallait s'attendre à voir surgir un peu partout. Loin de la conspiration
du silence des médias qu'on a connue dans les années 1980
vis-à-vis des luttes ouvrières qui se développaient
partout en Europe, ce mouvement-là a eu droit à une publicité
médiatique phénoménale. La classe ouvrière
dans tous les pays était ainsi invitée à faire
du "décembre 95 français", l'exemple à
suivre, la référence incontournable de tous ses combats
à venir et, surtout, à voir dans les syndicats, qui avaient
été si "combatifs", si "unitaires"
et si déterminés tout au long des événements,
leurs meilleurs alliés pour se défendre contre les attaques
du capital.
Loin d'avoir constitué une "gaffe", l'annonce, simultanément
au plan Juppé sur la sécurité sociale, d'attaques
ciblant spécifiquement les cheminots était une provocation
parfaitement calculée qui allait permettre de lancer le mouvement.
Les syndicats allaient se servir de la combativité existant chez
les cheminots pour pousser par tous les moyens le maximum d'ouvriers
à se mobiliser dans un mouvement parfaitement encadré,
que ces derniers n'étaient pas prêts à mener et
qu'ils ne contrôlaient pas.
A cette fin, les syndicats ont systématiquement agi à
l'inverse de leurs pratiques habituelles de sabotage. Ils ont arboré
un langage hyper-radical et contestataire vis-à-vis du gouvernement,
contrairement à la période où la gauche était
au pouvoir.
Tous les principaux syndicats se sont immédiatement portés
à la tête du mouvement, poussant systématiquement
les ouvriers à s'engager dans la lutte, à la SNCF, puis
à la RATP et dans l'ensemble du secteur public. Unis, ils ont
lancé des appels aux manifestations, poussant ainsi de plus en
plus de travailleurs à entrer en grève. Ils se sont imposés
en mettant d'emblée en avant les besoins vitaux de la lutte,
ressentis comme tels par les ouvriers depuis des années et ceci
afin de les dénaturer, et notamment le besoin primordial de l'extension
du mouvement.
Ainsi, les intersyndicales se sont démenées pour l'extension
de la grève au-delà du secteur, en particulier en organisant
des délégations massives de cheminots dans les centres
de tri et les Télécoms, en éludant l'essentiel
: pour être réellement au service de la lutte, le besoin
vital de prise en charge de l'extension ne pouvait que venir des assemblées
ouvrieres et être assumé par elles-mêmes. C'est derrière
les intersyndicales et les "unions syndicales" qu'ils ont
appelé à "lutter tous ensemble". Ils ont mis
en avant la "souveraineté des AG" et laissé
les ouvriers "décider" au sein de celles-ci, mais dans
un cadre et selon des modalités d'actions déjà
décidés et contrôlés par leurs appareils.
Un tel simulacre était destiné dans le fond à éluder
l'antagonisme irréconciliable entre d'un côté le
souveraineté des AG, la lutte autonome du prolétariat
et, de l'autre, la présence des syndicats dans la lutte.
Dans de nombreux secteurs, comme dans la plupart des centres de tri
postaux, dans les Télécoms, à l'EDF-GDF, les syndicats
ont manipulé un minimum de grévistes pour entraîner
un maximum d'ouvriers dans la grève et dans les manifestations.
Il a suffi que, 3 semaines plus tard, Juppé retire les attaques
concernant la SNCF pour que toute cette mobilisation, sous-contrôle,
retombe aussitôt comme un soufflé.
Alors qu'en trente ans d'expérience de luttes, les syndicats
s'étaient toujours partagé le travail entre "modérés"
appelant à la reprise du travail et "radicaux" jusqu'au-boutistes
pour parachever la défaite en suscitant un maximum de divisions
dans les rangs ouvriers, permettant le retour au travail dans la démoralisation,
paquets par paquets, cette fois, les syndicats ont veillé à
assurer un repli général en bon ordre (sauf cas isolés
et ponctuels comme le centre de tri de Caen ou les traminots de Marseille).
La bourgeoisie a pu ainsi mener les opérations à sa guise
: elle a fait partir le mouvement comme elle le voulait et elle a pu
le faire cesser, quasiment du jour au lendemain, quand elle l'a voulu,
juste à la veille de la trêve des confiseurs. Tout était
donc bien réglé comme du papier à musique !
Comment s'y est-elle prise ?
- à travers une focalisation médiatique sur la lassitude
manifestée par une partie des ouvriers qui voulaient reprendre
le travail et surtout sur les AG où était votée
la reprise;
- alors que les syndicats n'avaient cessé de pousser systématiquement
un maximum de nouveaux secteurs à rentrer dans la grève,
il a suffi qu'ils cessent cette pression pour faciliter la reprise.
Cela démontre d'ailleurs que la "combativité syndicale"
n'était pas liée à une quelconque "pression
de la base", contrairement à la propagande alimentée
par les médias et entretenue par les groupes gauchistes. Le travail
s'est alors partagé entre la CFDT et les syndicats modérés
qui ont appelé directement à la reprise du travail tandis
que la CGT et FO ont dit qu'ils suivraient les décisions des
AG ;
- les syndicats ont joué sur l'absence de centralisation du mouvement
qu'ils avaient provoquée et entretenue : le fait que chaque AG
décide dans son coin de la poursuite ou non de la grève
a permis une propagation "spontanée" de la vague de
reprise.
De fait, la CGT et FO ne sont jamais apparus comme divisés, ni
surtout comme des diviseurs. Les deux principaux syndicats "combatifs"
n'ont, au contraire, pas cessé de proclamer la nécessité
pour les ouvriers de rester unis et ont même largement mis en
garde contre le développement d'une division entre "jusqu'au
boutistes" et ouvriers voulant reprendre le travail.
Contrairement à ce qui avait pu se passer dans certains conflits
des années 70 ou 80, la fin de la grève n'a pas permis
que soit mis en évidence le rôle de saboteurs de la lutte
que sont les syndicats. Le maintien du plan Juppé a été
attribué à la seule et unique intransigeance du gouvernement
et non pas à un quelconque manque de détermination des
syndicats. Par contre, les médias ont largement relayé
l'idée du manque de solidarité des secteurs qui ne se
sont pas ou que peu mis en grève, le secteur privé notamment,
et toute une entreprise de division et culpabilisation basée
sur celle-ci.
Après trois semaines de grève, un grand nombre d'ouvriers
ont repris le travail avec un sentiment de fierté "de ne
pas s'être laissés faire", d'avoir été
capables de relever la tête. L'idée suivant laquelle ce
mouvement a contribué à renforcer la classe ouvrière
est totalement fausse. Elle représente un poison pour la conscience
du prolétariat.
Les syndicats n'ont nullement changé de nature. S'ils ont adopté
un profil si radical, c'est pour faire oublier leur sale travail passé
et pour renforcer leur capacité à saboter les luttes ouvrières
dans l'avenir, comme dans le but présent et permanent de permettre
au gouvernement de faire passer ses attaques.
Face à l'usure accélérée des syndicats et
à la défiance envers eux qu'avaient suscitée dans
les rangs ouvriers 35 ans de sabotage syndical de leurs luttes, il était
urgent pour la bourgeoisie d'imprimer une nouvelle image positive de
ses officines d'encadrement de la classe ouvrière et de pousser
les ouvriers à leur faire confiance. Pour ce faire, les syndicats
ont pris l'initiative de lancer un mouvement qui, du début à
la fin, est resté sous leur parfait contrôle, et dans lequel
ils se sont offert une image inhabituellement "radicale",
"combative" et "unitaire".
Aux cris de triomphe des syndicalistes d'hier clamant que, grâce
à eux, le mouvement avait fait reculer Juppé et la classe
ouvrière s'était renforcée, s'oppose le constat
d'évidence : le plan Juppé sur la sécurité
sociale est passé. Quant à l'illusion que cette "expérience"
aurait permis à la classe ouvrière de se renforcer en
réapprenant à se défendre, qu'elle y aurait retrouvé
ses réflexes de lutte, de solidarité de classe et d'unité,
elle aussi s'est révélée une chimère. Depuis
lors, les attaques gouvernementales et patronales n'ont fait que redoubler
de violence : outre la mise en place, mois après mois, des mesures
du plan Juppé, les hausses de prélèvements et baisses
des allocations sociales, la bourgeoisie a déchaîné
sur la classe ouvrière une avalanche de coups sans précédents,
sous forme de plans sociaux à répétition et leurs
charrettes de licenciements et de suppressions de postes dans la fonction
publique, de développement de la précarité et de
la flexibilité du travail.
A tout cela les ouvriers ont été incapables d'opposer
la moindre résistance sérieuse, et pour cause. Pris dans
la nasse de syndicats renforcés par leur nouvelle image, les
ouvriers en butte aux attaques se sont retrouvé baladés,
atomisés, dispersés dans des actions syndicales impuissantes
et isolées, sans trouver la force de contester et encore moins
de déborder cet encadrement syndical omniprésent. Bref,
les syndicats ont eu les mains plus libres que jamais, dans les années
suivantes, pour faire leur sale boulot habituel de saucissonnage, de
division et de sabotage ouvert.
Le capitalisme est
rentré dans sa sixième phase de récession ouverte
depuis le resurgissement de la crise sur la scène de l'histoire
à la fin des années 60 : 1967, 1970-71, 1974-75, 1980-82,
1991-93, 2001- ?, sans compter l'effondrement des pays du Sud-Est asiatique,
du Brésil, etc., dans les années 1997-1998. Depuis, chaque
décennie se solde par un taux de croissance inférieure
à la précédente : 1962-69 : 5,2% ; 1970-79 : 3,5%
; 1980-89 : 2,8% ; 1990-99 : 2,6% ; 2000-2002 : 2,2%. En 2002, la croissance
de la zone Euro atteint péniblement + 0,7% alors qu'elle se maintenait
encore à 2,4% aux Etats-Unis, chiffre néanmoins moins
élevé que dans les années 1990.
Ce qui caractérise la récession actuelle, aux dires des
commentateurs bourgeois eux-mêmes, c'est la rapidité et
l'intensité de son développement. Les Etats-Unis, la première
économie du monde, ont très rapidement plongé dans
la récession. Le repli du PIB américain est plus rapide
que lors de la récession précédente et l'aggravation
du chômage atteint un record inégalé depuis la crise
de 1974. Le Japon, la deuxième économie du monde, ne se
porte pas mieux. Malgré des plans de relance massifs, l'économie
nippone vient de replonger dans la récession pour la troisième
fois. C'est la plus forte crise depuis 20 ans et, selon le FMI, le Japon
pourrait connaître, pour la première fois depuis l'après-guerre,
deux années consécutives de contraction de l'activité
économique. Avec ces multiples plans de relance successifs, le
Japon rajoute à son endettement bancaire astronomique, un endettement
public qui est devenu le plus élevé de tous les pays industrialisés.
Ce dernier représente aujourd'hui 130% du PIB et devrait atteindre
153% en 2003.
Au XIXe siècle, dans la période ascendante du capitalisme,
le solde budgétaire des finances publiques (différence
entre les recettes et les dépenses) de six grands pays (Etats-Unis,
Japon, Canada, France, Grande-Bretagne, Italie) n'est que ponctuellement
en déficit, essentiellement pour cause de guerres, il est par
ailleurs stable et en constante amélioration entre 1870 et 1910.
Le contraste est saisissant avec la période de décadence
dans laquelle le déficit est quasiment permanent, exceptées
4 années à la fin des années 20 et une vingtaine
d'années entre 1950 et 1970 et se creuse tant pour des raisons
guerrières que lors des crises économiques.
Le poids de la dette publique en pourcentage du PIB diminue tout au
long de la période ascendante. En général, ce pourcentage
ne dépasse jamais 50. Il explose lors de l'entrée en période
de décadence pour ne refluer qu'au cours de la période
1950-80, mais sans jamais redescendre au dessous de 50%. Il remonte
ensuite au cours des années 1980-90. Cette montagne de dettes
qui s'accumulent non seulement au Japon mais aussi dans les autres pays
développés constitue un véritable baril de poudre
potentiellement déstabilisateur à terme. Ainsi, une grossière
estimation de l'endettement mondial pour l'ensemble des agents économiques
(Etats, entreprises, ménages et banques) oscille entre 200 et
300% du produit mondial. Concrètement, cela signifie deux choses
: d'une part, que le système a avancé l'équivalent
monétaire de la valeur de deux à trois fois le produit
mondial pour pallier la crise de surproduction rampante et, d'autre
part, qu'il faudrait travailler deux à trois années pour
rien si cette dette devait être remboursée du jour au lendemain.
Si un endettement massif peut aujourd'hui encore être supporté
par les économies développées, il est par contre
en train d'étouffer un à un les pays dits "émergents".
Cet endettement phénoménal au niveau mondial est historiquement
sans précédent et exprime à la fois le niveau d'impasse
dans lequel le système capitaliste s'est enfoncé mais
aussi sa capacité à manipuler la loi de la valeur afin
d'assurer sa pérennité.
On essaie de nous faire croire qu'avec la libéralisation et
la mondialisation, les Etats n'ont pratiquement plus rien à dire,
qu'ils ont perdu leur autonomie face aux marchés et aux organismes
supranationaux comme le FMI, l'OMC, etc., mais lorsqu'on consulte les
statistiques, force est de constater que malgré vingt années
de "néo-libéralisme", le poids économique
global de l'Etat (plus précisément du secteur dit "non
marchand" : dépenses de toutes les administrations publiques,
y compris les dépenses de sécurité sociale) n'a
guère reculé. Il continue de croître, même
si c'est à un rythme moins soutenu, pour atteindre une fourchette
de + 45 à 50% pour les 32 pays de l'OCDE avec une valeur basse
autour de 35% pour les Etats-Unis et le Japon et une valeur haute de
60 à 70% pour les pays nordiques.
Oscillant autour de 10% tout au long de la phase ascendante du capitalisme,
la part de l'Etat (dépenses de toutes les administrations publiques,
y compris les dépenses de sécurité sociale) dans
la création de valeur ajoutée grimpe progressivement au
cours de la phase de décadence pour avoisiner 50% en 1995 dans
les pays de l'OCDE (source : Banque Mondiale, rapport sur le développement
dans le monde, 1997).
Quant au poids politique des Etats, il s'est bel et bien accru. Aujourd'hui,
comme tout au long du XXe siècle, le capitalisme d'Etat n'a pas
de couleur politique précise. Aux Etats-Unis, ce sont les républicains
(la "droite") qui prennent l'initiative d'un soutien public
à la relance et qui subventionnent les compagnies aériennes.
La Banque Centrale pour sa part, très étroitement liée
au pouvoir, a baissé ses taux d'intérêt au fur et
à mesure que la récession se précisait afin d'aider
à la relance de la machine économique : de 6,5% à
2% entre le début et la fin 2001. Au Japon, les banques ont été
renflouées à deux reprises par l'Etat et certaines ont
même été nationalisées. En Suisse, c'est
l'Etat qui a organisé la gigantesque opération de renflouement
de la compagnie aérienne nationale Swissair, etc. Même
en Argentine, avec la bénédiction du FMI et de la Banque
Mondiale, le gouvernement a recours à un vaste programme de travaux
publics pour essayer de recréer des emplois. Si, au XIXe siècle,
les partis politiques instrumentalisaient l'Etat pour faire passer prioritairement
leurs intérêts, dans la période de décadence,
ce sont les impératifs économiques et impérialistes
globaux qui dictent la politique à suivre quelle que soit la
couleur du gouvernement en place. Cette analyse fondamentale, dégagée
par la Gauche communiste, a été amplement confirmée
tout au long du XXe siècle et est plus que jamais d'actualité
aujourd'hui que les enjeux sont encore plus exacerbés. "Les
causes directes du renforcement de l'Etat capitaliste à notre
époque traduisent toutes les difficultés dues à
l'inadaptation définitive du cadre des rapports capitalistes
au développement atteint par les forces productives". ("La
décadence du capitalisme", brochure du CCI).
Ce qui est absolument certain, c'est qu'avec le développement
de la récession au niveau international, la bourgeoisie imposera
une nouvelle et violente dégradation du niveau de vie de la classe
ouvrière. Sous prétexte d'état de guerre et au
nom des intérêts supérieurs de la nation, la bourgeoisie
américaine en profite pour faire passer ses mesures d'austérité
déjà prévues depuis longtemps, car rendues nécessaires
par une récession qui se développait : licenciements massifs,
efforts productifs accrus, mesures d'exception au nom de l'anti-terrorisme
mais qui servent fondamentalement comme terrain d'essai pour le maintien
de l'ordre social. Après l'effondrement du bloc de l'Est, la
course aux armements s'était ralentie pendant quelques années
mais très rapidement, vers le milieu des années 1990,
elle est repartie. Le 11 Septembre a permis de justifier le développement
encore plus énorme des armements. Les dépenses militaires
des Etats-Unis représentent 37% des dépenses militaires
mondiales qui sont en hausse dans tous les pays. Partout dans le monde,
les taux de chômage sont de nouveau fortement orientés
à la hausse alors que la bourgeoisie avait réussi à
camoufler une partie de son ampleur réelle par des politiques
de traitement social - c'est-à-dire des gestions de la précarité
- et par des manipulations grossières des statistiques. Partout
en Europe, les budgets sont révisés à la baisse
et de nouvelles mesures d'austérité sont programmées.
Au nom de la stabilité budgétaire, dont le prolétariat
n'a que faire, la bourgeoisie européenne est en train de revoir
la question des retraites (abaissement des taux et allongement de la
vie active) et de nouvelles mesures sont envisagées pour faire
sauter "les freins au développement de la croissance"
comme disent pudiquement les experts de l'OCDE, à savoir "atténuer
les rigidités" et "favoriser l'offre de travail"
via une précarisation accrue et une réduction de toutes
les indemnisations sociales (chômage, soins de santé, allocations
diverses, etc.). Au Japon, l'Etat a planifié une restructuration
dans 40 % des organismes publics : 17 vont fermer et 45 autres seront
privatisés. Enfin, pendant que ces nouvelles attaques viennent
frapper le prolétariat au cœur du capitalisme mondial, la
pauvreté se développe de façon vertigineuse à
la périphérie du capitalisme. La situation des pays dits
"émergents" est significative à cet égard
avec la situation dans des pays comme l'Argentine, le Venezuela. La
Turquie et la Russie sont toujours sous perfusion et suivies à
la loupe.
A cette situation d'impasse économique, de chaos social et de
misère croissante pour la classe ouvrière, celle-ci n'a
qu'une réponse à apporter : développer massivement
ses luttes sur son propre terrain de classe dans tous les pays. Aucune
"alternance démocratique", aucun changement de gouvernement,
aucune autre politique ne peut apporter un quelconque remède
à la maladie mortelle du capitalisme. La généralisation
et l'unification des combats du prolétariat mondial qui ne peuvent
aller que vers le renversement du capitalisme, sont la seule alternative
capable de sortir la société de cette impasse. Rarement
dans l'histoire, la réalité objective n'avait aussi clairement
mis en évidence que l'on ne peut plus combattre les effets de
la crise capitaliste sans détruire le capitalisme lui-même.
Le degré de décomposition atteint par le système
et la gravité des conséquences de son existence sont tels
que la question de son dépassement par un bouleversement révolutionnaire
apparaît et apparaîtra de plus en plus comme la seule issue
"réaliste" pour les exploités. L'avenir reste
dans les mains de la classe ouvrière.
CCI
Sources
Croissance du PIB (1962-2001) : OCDE
Ratio solde budgétaire/PIB (en % du PIB) : Paul Masson et Michael
Muss : "Long term tendencies in budget deficits and Debts",
document de travail du FMI 95/128 (décembre 1995)
Alternatives Economiques (Hors série) : "L'état de
l'économie 2003".
Maddison : "L 'économie mondiale 1820-1992", OCDE et
"Deux siècles de révolution industrielle", Pluriel
H 8413.
Links
[1] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/luttes-classe
[2] https://fr.internationalism.org/en/tag/courants-politiques/trotskysme
[3] https://fr.internationalism.org/en/tag/heritage-gauche-communiste/soi-disant-partis-ouvriers
[4] https://fr.internationalism.org/en/tag/situations-territoriales/lutte-classe-france
[5] https://fr.internationalism.org/en/tag/heritage-gauche-communiste/question-syndicale
[6] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/crise-economique