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Résolution sur l'Etat de la période de transition

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  • Revue Internationale no 18 - 3e trimestre 1979

L'existence, dans la période de transition, d'une division de la société en classe, aux intérêts antagoniques fait surgir au sein de celle-ci un Etat. Un tel  Etat devra avoir pour tâche de garantir les acquis de la société transitoire,  d'une part contre toute tentative intérieure et extérieure de restauration du pouvoir des anciennes classes exploiteuses et, d'autre part pour maintenir la cohésion contre le danger de déchirement résultant des oppositions entre les différentes classes non exploiteuses qui  subsistent en son sein.

L'Etat de la période de transition comporte un certain nombre de différences d'avec celui  des sociétés antérieures :

-     pour la première fois de l'histoire, c'est un Etat non pas au service d'une minorité exploiteuse pour l'oppression de la majorité mais au contraire au service de la majorité comprenant les classes et couches exploitées ainsi que celles non exploiteuses contre la minorité des anciennes classes dominantes déchues;

-     il  n'est pas l'émanation d'une société et de rapports de production stables mais au contraire d'une société dont la caractéristique permanente est le constant bouleversement dans lequel s'opèrent les plus grandes transformations que l'histoire ait connues;

-     il  ne peut s'identifier à aucune classe économiquement dominante dans la mesure où il  n'existe aucune classe de ce type dans société de la période de transition;

-     contrairement à l'Etat des sociétés passées, celui de la société transitoire n'a plus le monopole des armes. C'est pour l'ensemble de ces raisons et de leurs implications que les marxistes ont pu parler de "demi-Etat" au sujet de l'organe surgissant dans la période de transition.

Par contre, cet Etat conserve un certain nombre de caractéristiques de ceux du passé.  Il  reste en particulier l'organe du statuquo, chargé de codifier, légaliser un état économique déjà existant, de le sanctionner, de lui  donner force de loi et dont l'acceptation est obligatoire pour tous les membres de la société.  Dans la période de transition, l'Etat tendra à conserver l'état économique existant, et, de ce fait, l'Etat reste un organe fondamentalement conservateur tendant :

-     non à favoriser la transformation sociale mais à s'opposer à celle-ci,

-     à maintenir en vie les conditions qui le font vivre la division de la société en classes,

-     à se détacher de la société, à s'imposer à elle et perpétuer sa propre existence et à développer ses propres prérogatives,

-     à lier son existence à la coercition, à la violence qu'il  utilise nécessairement pendant la période de transition et à tenter de maintenir et renforcer ce type de régulation des rapports sociaux,

- à être un bouillon de culture pour la formation d'une bureaucratie, offrant ainsi un lieu de rassemblement aux éléments transfuges des anciennes classes et cadres que la révolution avait détruits.

C'est pour cela que l'Etat de la période de transition a été depuis le début considéré par les marxistes comme un "fléau",  "un mal nécessaire" dont il s'agit de "limiter les effets les plus fâcheux" (Engels). Pour l'ensemble de ces raisons, et contrairement à ce qui  s'est produit dans le passé, la classe révolutionnaire ne peut s'identifier avec l'Etat de la période de transition.

D'une part,  le prolétariat n'est pas une classe économiquement dominante. Il ne l'est ni  dans la société capitaliste ni dans la société transitoire. Dans celle-ci, il  ne possède aucune économie, aucune propriété même collective mais lutte pour la disparition de l'économie, de la propriété. D'autre part, le prolétariat, classe porteuse du communisme, agent du bouleversement des conditions économiques et sociales de la société transitoire, se heurte nécessairement à l'organe tendant, lui à perpétuer ces conditions. C'est pour cela qu'on ne peut parler ni "d'Etat socialiste" ni "d'Etat ouvrier" ni "d'Etat prolétarien" durant la période de transition.

Cet antagonisme entre prolétariat et Etat se manifeste tant sur le plan immédiat que sur le plan historique.

Sur le terrain immédiat,  le prolétariat devra s'opposer aux empiétements et à la pression de l'Etat en tant que manifestation d'une société dans laquelle subsistent des classes aux intérêts antagoniques aux siens.  Sur le terrain historique, la nécessaire extinction de l'Etat dans le communisme, déjà mise en évidence par le marxisme, ne sera pas le résultat de sa dynamique propre mais le fruit d'une pression soutenue de la part du prolétariat, conséquence de son mouvement en avant, qui le privera progressivement de tous ses attributs au fur et à mesure de l'évolution vers la société sans classe.

Pour ces raisons, si  le prolétariat doit se servir de l'Etat de la période de transition, il  doit conserver sa complète indépendance à l'égard de cet organe.  En ce sens, la dictature du prolétariat ne se confond pas avec l'Etat. Entre les deux, existe un rapport de forces constant que le prolétariat devra maintenir en sa faveur  :  la dictature du prolétariat s'exerce par la classe ouvrière au travers de son organisation générale, unitaire, indépendante et armée  : les conseils ouvriers qui, comme tels, participent dans les soviets territoriaux (où est représenté l'ensemble de la population non-exploiteuse, et d'où émane la structure étatique), sans s'y confondre, afin d'assurer son hégémonie de classe sur toutes les structures de la société de la période de transition.

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