Le football peut-il «unir le monde»?

«Le football unit le monde», affirmaient les supports promotionnels de la récente Coupe du monde; pourtant, nous avons assisté à l’inverse: des tentatives de raviver le souvenir de la guerre des Malouines lors du match entre l'Angleterre et l'Argentine, les propos racistes de Rajoy à l'encontre de l'équipe de France et, lors de la finale, la volonté de redorer le blason du gouvernement socialiste de Pedro Sánchez dans sa croisade contre le populisme[1] de Trump et de Milei -tout cela alors que, dans les rues des États-Unis (pays hôte du tournoi), des opérations de contrôle de l'ICE entraînaient la mort de quatre migrants.

                Ce que le football parvient effectivement à unir, en revanche, c'est la population autour de la nation. À chaque match, les supporters se rassemblaient -dans les cafés, dans la rue ou chez eux- pour arborer drapeaux et symboles nationaux en défense de la patrie, rejouant symboliquement la dynamique de la guerre.

                En Espagne -le «champion du monde»-, cette ferveur nationaliste a atteint son paroxysme, au point que Vox et les partis d'extrême droite ont accusé la gauche de «s'approprier» les symboles nationaux. On a même vu des artistes espagnols de renom comme Bardem -pourtant apôtre de «l'internationalisme»- scander «Je suis espagnol, espagnol...» depuis les tribunes. Les seuls affrontements entre supporters (et il y en a eu) naissaient de disputes pour savoir qui était le plus grand patriote ou qui défendait le mieux la nation. Au cœur de cette dynamique d'illusion collective, le sélectionneur de l'équipe nationale -une figure ayant pris part aux pratiques corrompues de la FIFA et applaudi ses dirigeants- a été érigé au rang de héros national. Le style de jeu de l'équipe -souvent fastidieux et répétitif- a été salué comme le summum de la stratégie footballistique, tandis que les prestations ternes des stars de l'équipe étaient célébrées comme l'exemple ultime du jeu collectif, sacrifiant le génie individuel au nom de l'unité. Ce constat contrastait vivement avec le traitement réservé aux «perdants» -comme la France ou l'Angleterre- qui, bien qu'ayant été loués pour leur style agressif et dynamique, ont par la suite été humiliés et dénigrés. Nous avons même vu, de façon caricaturale, comment la première puissance mondiale tente d'imposer ses intérêts; l'exemple le plus frappant est la pression exercée par Trump sur Infantino pour qu'il retire le carton rouge infligé à un joueur de l'équipe nationale américaine (une manœuvre qui a finalement abouti).

                Dans d'autres articles de notre site web[2], nous avons soutenu que le sport, à notre époque, n'est ni une expression culturelle ni un moyen de développer les qualités humaines -comme on l'a brièvement observé dans les clubs de randonnée ou de cyclisme ouvriers du début du XXe siècle- mais plutôt une discipline qui prépare les individus à endurer l'exploitation et, en fin de compte, la guerre. Ainsi, le football n'unit pas le monde; au contraire, il recrée une dynamique d'unité nationale et de confrontation entre pays qui sert de propagande de guerre.

                Seule la lutte de la classe ouvrière pour la révolution mondiale est capable d'unir le monde -une classe qui ne connaît ni frontières ni distinctions de sexe. Cette compétition comporte bien entendu un autre volet: le spectacle commercial. À cet égard, la Coupe du monde a battu des records en imposant des pauses publicitaires en plein match -officiellement pour l'hydratation et le bien-être des joueurs-, tout en les contraignant à jouer aux heures les plus chaudes pour satisfaire aux impératifs de diffusion, ou en les obligeant à prendre l'avion presque quotidiennement et à parcourir des milliers de kilomètres pour rejoindre le lieu de leur prochain match. Mais c'est là une autre histoire.

Hic Rhodas (25 juillet)

 

[1] Voir l’article sur notre site «Barcelone 2026: la fausse internationale du progrès et de la paix dans un capitalisme qui sombre dans la guerre et le chaos»

[2] Voir sur notre site la série: Le sport dans la phase ascendante du capitalisme (1750–1914) et Le sport dans le capitalisme décadent (de 1914 à nos jours).

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Le sport dans le capitalisme