De l’Ukraine à l’Iran, du Soudan à Gaza, en passant par le Yémen, où les Houthis, qui bloquent désormais le détroit de Bab el-Mandeb, s’opposent à l’Arabie saoudite, c’est bien aux quatre coins du monde que les conflits sans issue se multiplient, s’enlisent dans des bourbiers et s’étendent inexorablement, plongeant les populations dans la désolation et l’horreur la plus totale. En Ukraine, voilà presque cinq ans (plus que la Première Guerre mondiale!) que les bombes pleuvent sans discontinuer, ciblant indistinctement immeubles, hôpitaux, écoles, infrastructures énergétiques. À ce jour, deux millions de personnes, civils et militaires, ont péri ou ont été blessées. Et c’est loin d’être terminé tant les deux camps sont bien décidés à ne rien céder en s’engageant dans une surenchère meurtrière irrationnelle! Les drones et les missiles ukrainiens frappent, en plein cœur de la Russie, les sites logistiques du e-commerce et les raffineries. Sous la pression de ces affronts et des sanctions qui saignent son économie, l’impérialisme russe multiplie les provocations envers les puissances de l’OTAN. L’emploi de plus en plus massif de drones, de missiles dernier cri, de satellites, de l’intelligence artificielle et des robots annonce toujours plus d’atrocités. Et comme cette guerre 2.0 ne peut pas se passer de chair à canon, des deux côtés on tente d’enrôler par centaines de milliers les civils et on mène une chasse impitoyable aux déserteurs!
À quelques centaines de kilomètres à l’Est, au Proche-Orient, en Iran, après les milliers de victimes de la répression du soulèvement encouragé par Trump contre le régime, le déluge de bombes d’Epic Fury déclenché par les États-Unis, censé mettre à genoux le régime des mollahs, est d’une violence telle qu’il conduit à l’épuisement des stocks de munitions de la première puissance militaire mondiale. Ce fiasco sans issue prévisible ne génère que des destructions massives, un chaos inouï et sème la mort dans les populations civiles.
Et la «furie» démente et sanguinaire de l’Oncle Sam ne s’arrête pas là, puisque ce sont désormais les populations du Yémen et de Syrie qui subissent sa puissance de feu. De son côté, son compagnon d’armes, Israël, rejette catégoriquement le «plan de paix» proposé par Trump et sa clique, poursuivant implacablement sa croisade: incursions au Liban et en Syrie, sinistres exactions dans la bande de Gaza, opérations commandos de ses colons contre les civils palestiniens de Cisjordanie. Simultanément, de nouvelles lignes de fracture apparaissent entre la Turquie, Israël, l’Arabie et les Émirats, embryons de futurs affrontements.
Mais ces derniers mois n’ont pas seulement été marqués par l’aggravation du chaos guerrier. Partout dans le monde, les populations ont dû faire face à l’amplification du dérèglement climatique et environnemental: des vagues de chaleur sans précédent rendant la vie insupportable pour plus d’un milliard de personnes, des feux de forêts gigantesques aux portes de grandes villes comme Bordeaux ou Madrid, des effondrements de montagne, des inondations, des coulées de boue emportant tout sur leur passage comme au Népal et au Tibet à la fin du mois d’août. L’intensification du phénomène El Niño pourrait provoquer des effets dévastateurs et inédits dans les mois à venir tout particulièrement en Amérique latine et en Asie du Sud-Est. S’il ne s’agit là que d’un premier aperçu de ce que sera la vie sur Terre à une température avoisinant les 50 °C, les conséquences sur la vie humaine sont d’ores et déjà dramatiques. Ces quatre dernières années, rien qu’en Europe, près de 200,000 personnes auraient succombé aux températures extrêmes! L’assèchement des fleuves et des nappes phréatiques provoque la désorganisation des chaînes d’approvisionnement, la chute de la production agricole et altère même la production d’énergie nucléaire. Les risques de pénuries alimentaires planent sur des régions comme l’Inde, l’Asie centrale et même l’Europe. La Tunisie est, quant à elle, carrément touchée par une pénurie d’eau potable assoiffant une partie de la population!
Ces effets conjugués de la spirale guerrière et du désastre climatique constituent évidemment un facteur majeur de l’aggravation de la situation économique déjà fortement dégradée. Les fermetures ou la désorganisation des principales artères du commerce mondial telles qu’Ormuz ou Bab el-Mandeb ont non seulement provoqué la plus grave crise pétrolière de l’histoire mais également un ralentissement considérable des échanges commerciaux. Ces nouveaux chocs, en désorganisant la production mondiale, en faisant même craindre la survenue de pénuries, ainsi qu’en faisant exploser l’inflation (au plus haut en Europe depuis trois ans), aggravent encore la crise économique du système capitaliste déjà bien fragilisé.
Cette situation réduit encore davantage les marges de manœuvre budgétaires des États des principales puissances économiques mondiales déjà étranglés par le niveau abyssal de leur endettement. Ceci, alors même que le G20 alerte sur les risques de survenue de défauts de paiement sur la dette qui pourraient conduire à une crise financière de forte magnitude. Ainsi, l’Allemagne, considérée il y a encore peu de temps comme «la vitrine de l’économie occidentale», profondément déstabilisée par les chocs successifs impactant son modèle, voit ses principaux fleurons industriels, comme le secteur automobile, subir un véritable séisme: Volkswagen prévoit la suppression de 100,000 emplois, Mercedes envisage d’augmenter le temps de travail de 30% à 40%, alors même que Berlin s’engage dans un vaste programme de réarmement, les vannes de l’endettement grandes ouvertes. Aux États-Unis, en Chine, en Europe, le chômage augmente dès à présent partout! Et comme d’habitude, tous les États et les gouvernements sont bien décidés à faire payer leur crise à la classe ouvrière par des attaques massives sur les systèmes de santé, de retraites, d’éducation et ce, alors que les prix des biens de première nécessité ne cessent d’exploser, plongeant toujours davantage les travailleurs exploités dans la précarité et la paupérisation.
Une étape dans la spirale mortifère du capitalisme
Toutes ces convulsions qui ébranlent l’ensemble du monde constituent une accélération brutale de la spirale mortifère dans laquelle le capitalisme est engagé. Ainsi, le conflit en Iran n’est pas une simple guerre de plus, mais une puissante exacerbation des rivalités impérialistes où le chacun pour soi, le chaos et l’incertitude sont désormais la norme. Non seulement l’enlisement américain rebat les cartes de la compétition entre puissances locales pour l’hégémonie régionale entre l’Arabie, les Émirats arabes unis, la Turquie et Israël (avec des prolongements de leur affrontement dans la Corne de l’Afrique et au Soudan), mais plus largement, c’est l’ensemble de «l’ordre international» mis en place au lendemain du second conflit mondial en 1945 qui vole en éclats, annonçant même de possibles affrontements directs entre ex-alliés. Les États-Unis, à l’image de leur coup de force au Venezuela, de leurs velléités affichées d’annexer le Groenland ou de faire du Canada le 51e État de l’Union alimentent au premier chef cette fragmentation du monde où tous les États concurrents rivalisent dans la surenchère militariste et la course aux armements…
S’il y a quarante ans, après l’effondrement du bloc de l’Est et la campagne assourdissante sur «la mort du communisme», la bourgeoisie pouvait encore nous faire croire que la démocratie et l’économie de marché allaient mener l’humanité à la paix et au bonheur universel, désormais, la réalité d’un monde sans le moindre avenir, autre que l’enfoncement dans la barbarie, devient trop évidente pour être niée. Au début de la décennie, le CCI affirmait que «les années 20 du XXIe siècle s’annoncent comme une des périodes parmi les plus convulsives de l’histoire et accumulent déjà des catastrophes et des souffrances indescriptibles. Elles ont commencé par la pandémie du Covid-19 […] et une guerre au cœur de l’Europe, qui dure déjà depuis plus de neuf mois et dont personne ne peut prévoir l’issue. Le capitalisme est entré dans une phase de graves troubles sur tous les plans. Derrière cette accumulation et imbrication de convulsions se profile la menace de destruction de l’humanité.»
Si la présence au pouvoir (ou la menace d’arrivée au pouvoir) de cliques bourgeoises populistes, leurs conceptions politiques aberrantes comme leur programme inadapté à la défense des intérêts réels du capital national, associés à leur complète incompétence, constituent en soi un facteur supplémentaire d’aggravation du chaos, il s’agit de ne pas perdre de vue que tous les États et tous les gouvernements de toutes tendances contribuent également délibérément à cette fabrique du chaos et des catastrophes:
- par l’exacerbation des rivalités, de la concurrence et de la tendance à ce que chaque État joue sa propre carte pour la préservation de ses seuls intérêts, à l’image de la bataille sur les droits de douane initiée par les États-Unis à laquelle la Chine, l’Union européenne ou encore le Canada participent;
- par l’incurie totale concernant la prétendue «lutte contre le réchauffement climatique». Alors que les États se donnaient jusqu’à présent au moins la peine de faire semblant de prendre la question climatique au sérieux, désormais, les plus grandes puissances mondiales (États-Unis, Union européenne) détricotent et abandonnent carrément les maigres mesures de «protection environnementale» sur l’autel de la concurrence, de l’exploitation sans fin des ressources naturelles et des rivalités impérialistes entre les nations;
- mais surtout, par l’amplification et la multiplication des guerres engendrées délibérément et volontairement par les États et les gouvernements. Qu’elles se drapent du manteau de la démocratie et des droits de l’homme, du «Make America Great Again», du messianique «Grand Israël» ou encore du rêve chinois de revanche sur «le siècle d’humiliation», toutes les nations, toutes les fractions de la bourgeoisie cautionnent et préparent la guerre, à l’image des programmes d’armement colossaux qui ne cessent de grimper en flèche dans le monde entier.
Mais loin d’être séparés les uns des autres, les effets conjugués de la crise économique, de la guerre, de la perte de contrôle de la bourgeoisie sur son propre système et de la crise climatique interagissent et démultiplient leur impact. Alors que chacun des facteurs représente par lui-même et à lui seul un sérieux risque d’effondrement, leurs effets combinés dépassent sans commune mesure la simple somme des effets de chacun d’entre eux pris isolément. Les conséquences de toute cette chaîne de destruction sur la classe exploitée dans le monde entier sont incommensurables. Envolée des prix, baisse des salaires, augmentation de la durée du travail, licenciements, chômage… Partout les dépenses colossales d’armement qui asphyxient les économies nationales frappent et entraînent toujours plus les prolétaires vers la paupérisation absolue. Travailler plus dur, plus longtemps dans la semaine et dans la vie, tout en voyant réduit l’accès à la santé, à l’éducation, à la retraite… Tels sont les sacrifices imposés par tous les gouvernements au nom de l’intérêt supérieur de la nation!
La nécessité absolue de la révolution prolétarienne
Mais depuis plusieurs années, loin de courber l’échine et de subir sans rien dire, le prolétariat relève la tête à l’échelle internationale. Après l’été de la colère au Royaume-Uni en 2022, le mouvement contre la réforme des retraites en France à l’hiver 2023, les grèves aux États-Unis, notamment dans l’automobile, à la fin de l’été 2023, les luttes contre la politique d’austérité du gouvernement en Belgique au printemps 2025, ce sont aujourd’hui les travailleurs d’Airbus en Espagne qui montrent le chemin en tentant de s’organiser de manière autonome par la tenue d’assemblées générales où les ouvriers décident eux-mêmes de leur lutte. Toute cette dynamique, aussi embryonnaire soit-elle, démontre une chose: loin d’être reléguée dans les poubelles de l’histoire, la classe ouvrière est la seule force sociale capable de s’unir par-delà les frontières pour renverser cette société agonisante et semer les nouvelles graines de l’avenir.
Pour cela, le prolétariat devra lutter de manière consciente sur son propre terrain, c’est-à-dire comme classe autonome afin de défendre ses conditions de vie attaquées, et par là même retrouver le chemin de son expérience historique oubliée, retrouver ce qui fait son identité de classe perdue pour aller bien au-delà d’une simple résistance aux attaques de la bourgeoisie. Pour cela, la classe ouvrière devra mener une lutte intense et massive, développer une réflexion en profondeur afin de déjouer les obstacles, notamment ceux qui obscurcissent et entravent les conditions de son combat, elle devra renouer avec toute l’expérience du passé, pour retrouver sa capacité d’initiative et toute la mémoire du meilleur de l’expérience et de la tradition du mouvement ouvrier. Ce n’est que comme cela qu’elle sera en mesure de prendre conscience qu’elle seule détient les clés de l’avenir de la société communiste. Une société débarrassée de l’exploitation et du profit, capable de construire un ordre social fondé sur la conscience éclairée par les connaissances scientifiques et de mettre en œuvre les avancées techniques non pas au service de la destruction mais de la satisfaction des besoins humains.
CCI, 19 septembre 2026
A l’image des démonstrations de force de la marine et de l’aviation russes en mer Baltique, de l’attaque d’un drone sur l’aéroport de Leipzig, ou encore du bombardement d’un train sur le territoire ukrainien en direction de Varsovie à quelques kilomètres de la frontière polonaise, auxquelles ripostent les manœuvres militaires de l’OTAN autour de l’enclave de Kaliningrad.
Au cours du mois d’août, la baisse du niveau du Rhin a rendu la navigation impraticable par endroit ce qui a occasionné la coupure du réseau de transport fluvial. La navigation sur le Canal de Panama a dû être ralentie pour les mêmes raisons.
«Solidarité et extension de la lutte des ouvriers d’Airbus!«, et «FACE AUX ATTAQUES PARTOUT: Luttons unis en tant que classe!«, publiés sur le site web du CCI, (septembre 2026).