En avant-première mondiale, le CCI va ici vous révéler un scoop exclusif. Le soir du 6 mai, à 20 heures pétantes, le visage du vainqueur des élections présidentielles françaises qui s’affichera sur tous vos écrans de télé sera celui de… la bourgeoisie.
Quel que soit l’élu, de gauche ou de droite, le gouvernement mis en place va implacablement attaquer nos conditions de vie et de travail au nom de l’intérêt du capital national français. Toutes les promesses de cette campagne, toutes sans exceptions, vont s’envoler et le programme qui sera réellement appliqué portera pour nom Austérité. Réduction des effectifs des fonctionnaires, baisse des pensions de retraites, détérioration des droits des chômeurs et de l’accès aux soins, aggravation de la précarité et de la flexibilité sur le marché du travail, hausse des prix…
Entre la droite et la gauche, seuls les discours changent, les actes, eux, restent les mêmes. Hollande voudrait aujourd’hui nous faire croire que voter pour lui, ce serait mettre fin à la politique liberticide, raciste et brutale de “la clique à Sarko”. Les petites phrases des Guéant, Hortefeux et consorts sont en effet abjectes et insupportables. Et les envies de passer un grand coup de Kärcher dans la salle du Fouquet’s sont tout à fait compréhensibles. Mais il ne faut pas oublier qui sont réellement les socialistes :
Sous l’ère mitterrandienne, ont régné la désindustrialisation, les licenciements massifs et la hausse du chômage. Jamais l’Etat n’a autant privatisé pour supprimer des postes qu’avec Jospin Premier ministre !
Dans les années 1980, la gauche a généralisé le travail précaire en multipliant les petits boulots (par exemple les TUC), a propulsé dans la misère les RMIstes, fabriqué des SDF…
La gauche a “perfectionné” la politique anti-immigrés en mettant en place “les charters collectifs pour les expulsions de sans-papiers” au début des années 1990 lorsque Edith Cresson était Premier ministre de Mitterrand.
Les lois promulguées par Pierre Joxe, ministre socialiste de l’Intérieur dans les années 1980, ont permis de fliquer et quadriller les banlieues.
Il n’ont pas hésité à participer à la guerre du Golfe en 1990 (500 000 morts) ou à jouer un rôle sordide dans le génocide rwandais de 1994 (au moins 800 000 morts). Souvenons-nous de ce qu’avait déclaré à l’époque François Mitterrand à un journaliste qui l’interrogeait sur le rôle “obscur” de l’armée française alors en opération “humanitaire” sur ces terres rwandaises : “Dans ces pays-là, un génocide n’est pas trop important”.
Si Hollande est élu, le Parti socialiste ne barrera pas la route à la politique nauséabonde de Sarkozy, il lui emboîtera le pas. Que la droite ou la gauche soit au pouvoir demain, la vie sera plus dure qu’aujourd’hui. Il n’y a aucune illusion à avoir. Pour reprendre une formule crue mais explicite des Indignés d’Espagne : “Izquierda, derecha, ¡la misma mierda!” (“Gauche, droite, la même merde !”).
Et Mélenchon ? Lui qui clame partout “Prenez le pouvoir !” et “Place au Peuple !”, ne pourrait-il pas être la lueur d’espoir dans un coin de ce tableau si noir ? Fort des quelques millions de voix qui vont le soutenir, ne pourrait-il pas à l’avenir “peser dans la balance” en faveur des faibles, des petits et des exploités ? Encore une fois, regardons les actes. Mélenchon a, il est vrai, tout de l’homme anti-système… à condition de fermer les yeux sur son passé ! En tant que socialiste, il a en effet été successivement rien de moins que conseiller municipal de Massy (1983), conseiller général de l’Essonne (1985), sénateur du même département en 1986, 1995 et 2004, ministre de l’Enseignement professionnel de 2000 à 2002 sous Jospin et député européen en 2009 dans la circonscription du Sud-Ouest. Mais, nous dit-il, il a changé (lui aussi !), il a appris de ses erreurs passées (décidément !). Très bien. Qui est son principal soutien politique actuel ? Le PCF ! Le plus chauvin des partis français, celui dont le “F” jette une ombre démesurée sur les deux autres toutes petites lettres qui l’accompagnent… Faut-il rappeler l’épisode du foyer malien rasé à coups de bulldozers le 24 décembre 1980, à Vitry-sur-Seine, sous les ordres de la mairie “communiste” ? Ou l’ordre donné à la police par Fiterman, le ministre des Transports “communiste”, d’évacuer manu militari les cheminots grévistes de la gare Saint-Lazare en 1984, accusés “d’être manipulés par l’extrême droite” ? Comme ses amis staliniens, Mélenchon prétend défendre les exploités, en paroles, pour mieux protéger les intérêts de sa nation, en actes. Comme ses amis staliniens, Mélenchon discourt de “la nécessaire solidarité internationale des peuples” coiffé du bonnet phrygien et en scandant les slogans les plus cocardiers, du “Produisons et consommons français !” au “Soutenons l’industrie française !”. Monsieur Mélenchon peut bien jouer au pipeau l’air de l’Internationale, il suffit de tendre l’oreille pour entendre que les paroles qu’il nous chante sont sans aucun doute celles de la Marseillaise. Il pourrait presque former un chœur avec “les gars de la Marine” (Le Pen)… lui qui pourtant se présente comme le plus grand adversaire du Front national.
Rien de bon ne peut réellement sortir des urnes. Il ne peut pas y avoir de “bons candidats” pour les exploités lors d’une élection organisée par et pour la bourgeoisie. Jamais. La raison en est simple : le capitalisme est en train de sombrer, la crise économique l’entraîne peu à peu vers le fond. Ce système ne peut plus rien apporter à l’humanité, que toujours plus de misère et de guerre. La seule issue possible, c’est de mettre fin à l’exploitation et à la division du monde en nations concurrentes. Aucune élection (1), aucun référendum ne peut mener à un tel résultat. Au contraire, chaque fois que la bourgeoisie nous demande de voter aux élections présidentielles, elle ne nous impose rien d’autre que de choisir celui qui va se mettre à la tête de l’Etat pour faire perdurer ce système, de choisir celui qui défendra au mieux les intérêts capitalistes du pays. Ce n’est donc pas simplement que “gauche-droite, c’est pareil”, mais bien plus profondément que la démocratie ne cherche, à travers ses élections, qu’à maintenir en vie le système capitaliste et les privilèges d’une minorité au détriment de l’écrasante majorité. Comme l’ont affirmé certains Indignés d’Espagne “Lo llaman democracia y no lo es, es una dictadura y no se ve” (“Ils l’appellent démocratie mais ce n’est pas le cas, c’est une dictature mais ça ne se voit pas !”) (2).
WH et Pawel (27 mars)
1) Nous désignons ici évidemment les élections organisées par les Etats dits démocratiques et non celles pouvant avoir lieu au sein d’organes de luttes ouvrières comme, par exemple, les assemblées générales.
2) Lire notre tract international [2].
Depuis plus d’un an, nous assistons à de nombreuses expressions de révolte. De celles qui sont nées dans les pays arabes en passant par le mouvement des Indignés en Espagne et en Grèce, jusqu’au mouvement des Occupy aux Etats-Unis ou encore en Grande-Bretagne, les populations montrent une volonté claire de ne plus se laisser traiter comme moins que rien. Ces mobilisations massives qui regroupent à la fois l’ensemble des laissés-pour-compte de ce système capitaliste moribond comme ceux qui ont encore la “chance” d’avoir du travail sont une réponse immédiate à l’angoisse progressive qui envahit la société avec une conscience à divers degrés que le monde dans lequel nous vivons n’est plus possible. Les mouvements des “Indignés” ont pris ce nom en référence au livre de Stéphane Hessel, ancien résistant français de la Seconde Guerre mondiale, intitulé Indignez-vous et publié en octobre 2010. Ce petit fascicule, largement médiatisé on s’en souvient, a été écrit à la demande de journalistes et de membres d’Attac qui avaient déjà sollicité Hessel lors de la déclaration de mars 2004 d’anciens du Conseil national de la Résistance (CNR) au plateau des Glières 1 , revendiquant les prétendues “valeurs” de la France issue de la “Libération” avec le slogan : “Créer, c’est résister. Résister, c’est créer.”
Dans le sillage de cet appel à faire revivre les idéaux de la Résistance et à défendre “la paix et la démocratie” contre la dictature internationale des marchés financiers, une kyrielle d’associations étaient apparues, ou ont été réactivées, souvent en créant des blogs ou en étant présents dans certains mouvements de résistance aux injustices sociales (luttes des sans-papiers, des sans-logis, etc.). Ces groupes, se voulant apolitiques et citoyens, où l’on retrouve aussi bien des représentants des partis de gauche et de droite traditionnels 2 que des éléments de la gauche radicale, des altermondialistes ou des syndicalistes, ont été très actifs dans le mouvement des Indignés. Ils prétendent lutter contre les ravages du libéralisme économique en s’inspirant des valeurs du CNR de 1944 et militent pour l’idée selon laquelle le mouvement actuel des Indignés serait l’expression d’un mouvement populaire de résistance qui pourrait s’apparenter à celui de la Résistance française contre l’Allemagne nazie en 1939-1945. En d’autres termes, le programme du CNR de 1944 aurait été un programme économique au service des exploités et qu’il suffirait de réactualiser, d’y apporter quelques aménagements pour en faire un programme de société au service du bien-être de tous. Le programme du CNR aurait-il une quelconque viabilité ou une utilité pour les luttes actuelles des exploités ? Pourrait-on s’appuyer sur les grandes lignes de l’idéologie qu’il véhicule ? Pour nous, la réponse est clairement : non.
Nous allons nous efforcer d’étayer cette réponse dans une série d’articles, dont voici la première partie. Avant d’aborder le programme du CNR lui-même, il est nécessaire de rappeler le contexte de la Seconde Guerre mondiale, la division de la classe politique en France entre le Gouvernement de Vichy, de Gaulle et la Résistance. Notre souci est d’ouvrir un débat sur cette période qui est toujours présentée comme un combat entre les forces du mal (régimes fascistes, Allemagne nazie) et les forces du bien (les glorieux mouvements de Résistance, le général de Gaulle et les alliés anglo-saxons “défenseurs de la démocratie”). Pour les jeunes générations qui n’ont pas connu ces événements dramatiques, les livres d’histoire officiels présentent souvent cette période sous l’angle qui arrange la bourgeoisie. Pour notre combat commun contre le capitalisme, il est absolument nécessaire de débattre du passé, de se réapproprier la réalité historique, sans ostracisme, pour éclairer notre présent et savoir ce que nous voulons bâtir pour le futur et comment le faire.
On oublie souvent, lorsqu’on aborde la tragédie de la Seconde Guerre mondiale, que la cause fondamentale de celle-ci est le produit comme aujourd’hui d’une crise économique profonde qui commence en 1929 et qui plonge le monde entier dans une misère insupportable. Le système économique est en train de mourir parce qu’il produit trop de marchandises qu’il n’arrive pas à écouler, à vendre, pendant que des millions de chômeurs affamés cherchent de ville en ville un emploi introuvable. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si c’est l’Allemagne, grande perdante de la Première Guerre mondiale qui va à nouveau déclencher les hostilités avec le fameux mot d’ordre pan-germanique de Hitler qui était “exporter ou mourir”. Alors que la Première Guerre mondiale avait été interrompue pour faire face à la Révolution russe et à sa menace d’extension à l’Europe, les années 1930 sont marquées par sa dégénérescence et par la défaite de toute la formidable vague révolutionnaire des années 1920, notamment en Allemagne. L’instauration du stalinisme, c’est-à-dire du capitalisme d’Etat en Russie au nom du “socialisme”, aura dans ce contexte une portée catastrophique pour le mouvement prolétarien mondial 3).
Face à cette nouvelle crise économique et à l’écrasement de l’espoir d’une nouvelle société qu’avait représentée la Révolution russe, le monde va basculer dans l’horreur. La barbarie fasciste et l’hystérie antifasciste vont conduire les prolétaires et la population d’Espagne en 1936, puis des principaux pays du monde, au massacre. Sans compter les dizaines de millions d’êtres humains qui seront exterminés dans les camps de concentration staliniens et hitlériens, les combats du conflit de 1939/1945 feront 55 millions de morts, ce qui constitue de loin le plus grand holocauste de l’humanité. Qu’on le veuille ou non, c’est bien pour préserver son système décadent que toute la bourgeoise, quel que soit le camp qu’elle a choisi, fasciste ou antifasciste, s’est vautrée dans la guerre et a sacrifié autant de vies humaines.
C’est en ayant à l’esprit le sordide bilan de cette période que l’on peut examiner la façon dont la France a été impliquée dans cette période tragique, tout en sachant qu’un certain nombre d’éléments sont valables aussi pour d’autres pays, notamment en Europe, qui a été le principal théâtre de cette boucherie.
Pendant quelque temps, l’Etat français avait eu l’illusion que la crise de 1929 ne toucherait que les Etats-Unis et l’Allemagne. Malgré l’instauration d’un fort protectionnisme, pour protéger le marché intérieur, sous la forme de quotas notamment pour les marchandises importés sur le territoire national, la grande dépression va se développer et ses ravages vont être profonds. “Une fois la décélération commencée, avec un effondrement des exportations et des prix agricoles en 1931, il n’y eut plus moyen de l’arrêter” (4). La crise économique va créer une véritable débandade dans la classe politique et démontrer que la IIIe République n’était plus adaptée à la situation, ce qui va d’ailleurs donner un premier point en commun au gouvernement de Vichy et à la Résistance, à savoir celui d’un rejet viscéral des institutions de la IIIe République et du libéralisme anarchique (et archaïque au vu des nécessités du capitalisme d’Etat) qui rendaient l’appareil productif français incapable de faire face à la concurrence mondiale et de rentrer dans la course aux armements en vue de la guerre qui se dessinait déjà. Les différents gouvernements qui vont se succéder, notamment ceux des partis de gauche du Front populaire de Léon Blum de 1936 et 1938, vont en fait préparer la guerre qui semble inévitable. En contrepartie d’augmentations de salaires et de conventions collectives dans certains secteurs, les ouvriers vont travailler plus de 40 heures dans les usines d’armement. Un certain nombre de nationalisations sont réalisées, notamment celle qui compte le plus dans une économie qui va vers la guerre, l’industrie des armements. Le ministère Daladier (Parti radical) devait être le dernier du temps de paix. Le président du conseil se fixa comme objectif primordial la défense nationale, ce qui permit aux socialistes et communistes de rester à l’écart du gouvernement et de ne pas apparaître ouvertement, auprès des ouvriers et de la population en général, comme des fractions va-t-en guerre. De son côté, Hitler, en Autriche, puis en Tchécoslovaquie, lançait l’Allemagne dans sa course à l’expansion impérialiste à travers cette série de provocations (débouchant notamment sur les accords de Munich de 1938 qui accordaient de fait le droit pour Hitler d’annexer la partie allemande de la Tchécoslovaquie – les fameux Sudètes – et préparaient déjà la guerre, mais une guerre à laquelle les futurs “Alliés” n’étaient pas encore prêts). En septembre 1939, c’est le pacte entre les deux brigands Hitler et Staline, entre l’Allemagne nazie et la Russie “socialiste”, dont la première clause est le partage de la Pologne, qui signe en fait l’ouverture généralisée des hostilités militaires. C’est aussi à ce moment là que dans le sillage de l’Angleterre, la France déclare la guerre à l’Allemagne.
La défaite rapide et totale de l’armée française devant les forces allemandes en juin 1940 va créer un véritable séisme dans l’ensemble des partis politiques. C’est au maréchal Pétain, “héros” du carnage de 1914/1918, que revient les pleins pouvoirs en juillet, seule une minorité de députés de la IIIe République s’y oppose et l’armistice avec l’Allemagne est signée dans la foulée. C’est à ce moment là que Pétain proclame aussi son intention d’entreprendre un redressement de la France, dénommé ensuite “Révolution nationale”. La question qui se pose alors pour la classe politique, tous partis confondus, est celle de préserver la continuité de l’Etat français, malgré la présence d’une force d’occupation allemande sur une partie du territoire, la zone Nord, et une zone libre au sud du territoire. C’est ici que la classe politique française va se diviser entre ceux qui sont pour l’alliance avec l’Allemagne et ceux qui se regroupent derrière le général De Gaulle et qui sont pour l’alliance avec les alliés anglo-saxons et donc la poursuite de la guerre pour préserver les intérêts de la France.
Pour le régime de Vichy, il n’y a pas de doute, le rapport de forces est favorable à l’Allemagne nazie et donc il faut collaborer avec celle-ci pour préserver les intérêts de l’Etat français et espérer avoir une place de choix dans une Europe qui serait sous la domination allemande.
Donc pour les dirigeants de Vichy, en 1940, ils ont une stratégie à double objectif, défendre la France de la domination du conquérant allemand et reconstruire les institutions. “En théorie, l’armistice reconnaissait à la France bon nombre des attributs de la souveraineté, y compris l’autorité sur la zone occupée et sur les colonies… Mais, dans les faits, Vichy n’avait d’autorité que ce que lui accordait les Allemands et les réformes n’étaient accordées que dans la mesure où “elles n’allaient pas à l’encontre des objectifs militaires nazis” (5).
Quant au général De Gaulle, réfugié à Londres, il appelle dans son célèbre discours du 18 juin 1940, à résister à l’envahisseur allemand sous la formule : “La flamme de la Résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas”. Il signe un accord avec Churchill qui le reconnaît comme le chef des Français libres et, avec l’argent que lui avance le gouvernement anglais, il va reconstituer un embryon de marine et d’armée, en s’appuyant sur les militaires et politiciens qui partagent son option impérialiste, notamment dans les divers territoires coloniaux que la France possède dans la défense commune des intérêts du capital national.
En fait, il ne s’agit pas d’un combat entre les forces du bien contre les forces du mal, mais plutôt de divergences au sein de la classe politique française, sur l’option militaire et impérialiste à choisir.
Quelles que soient leurs divergences idéologiques, les hommes de Vichy ou ceux de la Résistance autour du général De Gaulle ont pour préoccupation essentielle que l’Etat français retrouve sa place sur l’échiquier européen et mondial : “Malgré des différences évidentes, les réformes proposées par Vichy et par la Résistance avaient beaucoup de points communs. Les unes comme les autres visaient à une renaissance nationale, à une réconciliation sociale, à une restauration morale, à une économie planifiée et plus juste, à un Etat plus dynamique” (6).
Leur peur commune est d’être soit sous le joug allemand, soit sous la coupe des Alliés. Si les relations entre Vichy et l’Etat allemand sont difficiles, du fait des exigences financières de l’occupant (frais pour les troupes d’occupation, production de marchandises pour l’industrie allemande, prélèvement de main d’œuvre qualifiée d’origine française pour travailler dans les usines allemandes) ; il en est de même pour De Gaulle : “Quant au général De Gaulle, son principal souci sera toujours d’affirmer, fût-ce au prix de vifs conflits, sa totale indépendance à l’égard des Alliés… En septembre 1941, il constitua le Comité national français, embryon d’un Conseil des ministres... qui fut accepté de mauvaise grâce par les Anglais… Les Anglais, par-dessus la tête de leur protégé (De Gaulle), recherchèrent un modus vivendi avec Vichy sans aboutir à un accord véritable. Quant aux Américains, systématiquement, ils ne voulaient reconnaître que Pétain” (7).
C’est un véritable bras de fer en permanence entre De Gaulle et les Alliés pour préserver l’indépendance de la France. Les Américains, tout comme l’Allemagne nazie, se verraient bien occuper la France, si les forces alliées gagnaient la guerre. C’est d’ailleurs le sens du débarquement des troupes américaines en novembre 1942 en Afrique du Nord où, comme le souligne l’historien O. Paxton, “L’Afrique du Nord devient en quelque sorte ‘un Vichy à l’envers’ sous occupation américaine” (8). C’est pour cela d’ailleurs, que le général De Gaulle n’a jamais osé critiquer la Russie pour avoir signé en 1939, un pacte avec le “diable” hitlérien, car elle pouvait lui servir comme contrepoids aux ambitions américaines vis-à-vis des territoires français. “Avant le 21 juin 1941 (rupture du pacte Staline-Hitler), il s’est gardé de l’attaquer et de lui reprocher son pacte avec l’Allemagne nazie. Jamais il ne s’en prend à son régime politique. Il affecte d’ailleurs de l’appeler la Russie et de la voir, non pas sous la forme temporaire qu’elle a prise, mais sous l’angle de l’histoire. Le premier point, c’est que l’URSS se bat et se bat bien ; le deuxième, c’est qu’elle est utile, en contrepoids des Anglo-saxons et contre l’Allemagne, aujourd’hui et demain” (9). Le général De Gaulle couvre même d’éloges Staline, le bourreau de la Révolution russe, du fait de la vaillance de ses armées et de leurs chefs.
Comme pour toute bourgeoisie nationale, en temps de guerre, comme en tant de paix, ce qui la préoccupe, c’est la défense de ses intérêts et donc la défense du capital national. A aucun moment, les exploités et la population en général n’ont leur mot à dire, sinon celui d’accepter toujours plus de sacrifices. Suivre le général De Gaulle et la Résistance, ou rejoindre le gouvernement de Vichy, impliquait de toute façon, toujours plus de misère, de privation, pour finalement servir de chair à canon.
Contrairement à la mythologie de l’histoire officielle, il n’est pas vrai que le régime de Vichy était composé exclusivement d’hommes de droite et que les partis de gauche vont rejoindre la Résistance et son héroïque général. La réalité est plus complexe.
Si le régime de Vichy est composé d’éléments de droite qui défendent la France agricole, la moralité, l’ordre, les modernisateurs font leur apparition dans les principaux ministères, ceux que l’on appelait les “planistes”, ceux qui étaient partisans de réformes structurelles pour adapter et préparer le capital français à la grande Europe sous influence allemande. Des hommes politiques de gauche ou des syndicalistes vont participer ou soutenir le régime de Vichy. Par exemple René Belin, un des responsables de la CGT, devint même sous Vichy ministre de la Production et du Travail. “Les dissidents de la gauche que l’on trouve à Vichy présentent un double intérêt : ils sont, bien sûr, le reflet des querelles intestines qui ont déchiré la CGT et la SFIO avant la guerre ; mais surtout – et c’est là l’important – ils attestent que, du moins pendant un an ou deux, les collaborateurs du maréchal Pétain arrivent d’horizons très divers. Loin d’être des nouveaux venus ou d’anciens leaders de l’extrême-droite, les hommes de Vichy se recrutent parmi les notables de la IIIe République, où qu’ils se situent sur l’éventail politique” (10).
Cette diversité politique n’est pas que l’apanage du gouvernement de Vichy, on verra ultérieurement, que dans les forces de la Résistance, se côtoyaient, à la fois des hommes de gauche, dont les staliniens du PCF, des hommes de droite, mais aussi des éléments issus de l’extrême-droite, notamment de l’organisation clandestine de la Cagoule.
Mais le soutien à Vichy ou à de Gaulle n’est pas figé. L’hiver 1942/1943 va être un tournant dans la guerre. Le général allemand Rommel perd la bataille en Afrique du Nord, avec le débarquement des Alliés en novembre 1942 au Maroc et en Algérie, et Staline, qui a rompu son pacte avec Hitler, est maintenant dans le camp des Alliés et infligera une défaite cinglante à l’Allemagne en janvier 1943 lors de la bataille de Stalingrad. Lors du débarquement américain en novembre 1942, en Afrique du Nord, l’amiral Darlan (11), ancien Premier ministre de Pétain, alors commandant en chef des forces armées de Vichy, va passer avec armes et bagages dans le camp des alliés, sous la menace du général américain Marck Clark qui envisage de constituer un gouvernement militaire américain en Algérie. “C’est ainsi que l’armée et l’administration, ardemment pétainistes, se retrouvent en bloc dans l’autre camp... De cette manière, un grand nombre d’officiers et de fonctionnaires fidèles à Vichy peuvent passer de l’autre côté tout à fait légalement et sans renoncer à la révolution nationale (programme de Pétain). Tel est le cas du général Juin qui, onze mois plus tôt, discutait à Berlin avec Goering de ce que ferait la France si Rommel se repliait en Tunisie et qui va gagner son bâton de maréchal en prenant le commandement des forces françaises (fidèles à De Gaulle) pendant la campagne d’Italie en 1943” (12).
Il n’y a rien de surprenant à ces changements d’alliances ou de camps, puisqu’au bout du compte, que cela soit Vichy ou de Gaulle, ce qui importait, c’était de préserver les intérêts de la nation française et de l’Etat français.
L’histoire officielle présente souvent les programmes économiques de Vichy et de De Gaulle et la Résistance comme antagoniques, alors que la réalité est bien différente, on peut même parler de continuité, même si l’un à dû gérer l’économie de guerre et l’autre la reconstruction du capitalisme français.
Un aspect en commun entre Vichy et la Résistance, notamment des staliniens du PCF, étaient leur phobie des trusts et des sociétés anonymes, issus de la IIIe République. Le souci de Vichy était de donner un cadre dirigiste à l’Etat pour moderniser l’économie, ce qui était d’ailleurs aussi le souci de la Résistance, même si certaines composantes dont les socialistes ou les communistes, l’enrobent d’un discours qui parle de révolte sociale et Vichy de révolution nationale.
La grande force de Vichy sera de créer une administration hyper centralisée pour collecter les données de statistiques économiques, essayer de gérer le rationnement des produits alimentaires et de la pénurie de matières premières, tout cela, dans un contexte où l’occupant allemand se sert en premier pour faire tourner ses propres usines d’armement ou celles de la France à son profit.
En 1940, sont créés les CO (Comités d’organisation), organes corporatistes qui comptent des ouvriers et des patrons pour la gestion du commerce et des affaires. Les CO sont des créations dont les textes datent d’avant-guerre (1938) qui eux-mêmes reprennent des mesures de la guerre de 1914-1918, c’est cela la continuité de l’Etat. Cela se met en place à chaque fois dans le cadre de l’économie de guerre.
Les CO remplacent ce que l’on appelait les consortiums avant la guerre. Pour imprimer la marque de l’Etat au fonctionnement économique, se crée l’OCRPI (Office central de répartition des produits industriels) qui va chapeauter les CO. Cet Office est l’outil idéal à ce moment là pour l’Etat français afin de gérer l’économie de guerre et il sera largement utilisé par les Allemands pour utiliser les capacités productives dont ils ont besoin pour la production, entre autres, d’armes de guerre. Il faut se rendre compte, qu’en fait Vichy va gérer la pénurie. “A la fin de 1940, le rationnement de la consommation touchait non seulement des produits industriels… mais aussi une longue liste de produits alimentaires. Les six mois qui suivirent l’armistice virent s’instaurer plus de rationnement et pire qu’il n’y en avait jamais eu pendant la Première Guerre mondiale. Ce devint pour la plupart des Français une corvée quotidienne que de courir après la nourriture et de tenter de se chauffer. A la suite de la fixation des prix par l’Etat apparaît le marché noir” (13). Un journaliste a pu écrire que la vraie voix de la France pendant la guerre était le grondement de son estomac.
Entre 1938 et 1943, les prix officiels des denrées alimentaires de base doublèrent tandis que les salaires des travailleurs augmentaient tout juste de 30 %.
Cette gestion de la pénurie est non seulement due à l’économie de guerre mais surtout à la politique de l’occupant et des alliés, “les CO (comités d’organisation de Vichy) ne pouvaient être tenus pour responsables de la dégradation générale de l’économie pendant la guerre. Il est plus exact d’attribuer, par exemple, les souffrances dues à un rationnement parcimonieux, à des causes telles que la politique des autorités d’occupation ou le blocus allié” (14).
Dans ce contexte très défavorable, le gouvernement de Vichy, sur le plan de la défense des intérêts du capitalisme français, a fait un travail remarquable.
De toutes les tentatives faites dans les temps modernes pour contrôler et organiser au mieux dans un contexte d’économie de guerre, l’industrie française, ce fût l’organisation des CO et de l’OCRPI qui eut la plus grande portée. Ce n’est pas un hasard si de Gaulle et la Résistance, qui allaient prendre le pouvoir à la Libération pour reconstruire l’appareil productif, vont utiliser ce que Vichy avait mis en place ou prévu de mettre en place.
“Sous un nouveau nom mais avec le même personnel, l’organisme statistique de Vichy devait se trouver comme le ministère de la production incorporé dans l’administration d’après-guerre” (15).
“Ainsi à l’époque même où Vichy amenait le peuple français a se dresser contre les contrôles, la Résistance entreprenait une campagne en faveur d’une forme socialiste de dirigisme et de fait la Résistance devait s’apercevoir qu’une bonne partie de l’appareil de l’Etat français pouvait s’adapter a ses propres desseins” (16).
C’est bien cette continuité de l’Etat qui, au delà des divergences idéologiques, va voir Vichy préparer finalement le terrain à l’équipe suivante qui prendra en charge la reconstruction, à savoir de Gaulle et la Résistance.
Pour mettre en œuvre une économie planifiée à la fin de la guerre, Vichy va confier à la DGEN (Délégation générale à l’équipement national) la mission de rédiger des plans d’équipement, c’est-à-dire une planification de la rénovation de l’appareil productif et bancaire, etc.
“Décidés à mettre en œuvre, après la fin des hostilités, une économie planifiée, les administrateurs du temps de guerre établirent deux plans d’équipement : le plan d’équipement national, ou plan de dix ans, publié en 1942 ; puis une version de ce même document, adaptée aux besoins de l’immédiat après-guerre et intitulé “Tranche de démarrage” (17), qui fût achevée en 1944. Bien que ces projets n’aient jamais été mis directement à exécution, le gouvernement provisoire d’après-guerre (De Gaulle et la Résistance) les utilisa pour élaborer ses propres programmes de rétablissement économique. D’un point de vue historique, ils représentent aussi les premiers vrais plans économiques français.”
Donc, Vichy a œuvré efficacement pour l’après-guerre et une grande partie du plan économique établi par De Gaulle et la Résistance (c’est-à-dire le PCF, les chrétiens, les socialistes) a été mis en œuvre grâce au travail effectué par Vichy.
Ce nouveau plan de démarrage fût rédigé au cours de l’été 1944, alors que la Libération a déjà commencé. Malgré son hostilité au régime de Vichy, le gouvernement du général De Gaulle qui prenait le pouvoir fit une exception pour la planification (élément essentiel de la politique économique pour créer les infrastructures, planifier les importations, assurer la reprise des activités économiques essentielles). De Gaulle “ordonna d’imprimer et de distribuer le projet de la DGEN, à un moment où Pétain et ses ministres avaient déjà fui hors de France” (18).
“Le plan de deux ans (des experts de Vichy) était conçu de façon à pouvoir être appliqué par le gouvernement quel qu’il dût être, qui dirigerait la reconstruction. Ce que nous savons, c’est que les nouveaux planificateurs de 1945-1946 l’utilisèrent pour élaborer les programmes d’après-guerre et que les commandes placées dès 1944 auprès de l’industrie permirent d’accélérer la reprise de l’économie. Des convergences frappantes apparaissent entre ce qu’envisageaient les planistes de Vichy et ce que les experts de Monnet mirent en forme et réalisèrent à partir de 1946. Les deux équipes se trouvèrent d’accord sur les grands obstacles qui pouvaient s’opposer à la renaissance, et sur les solutions à proposer. Toutes deux reconnaissaient le vieillissement de l’appareil productif français et condamnaient d’une même voix l’économie politique de l’avant- guerre, avec son aversion sous-jacente pour l’intervention étatique, qui justement laissait l’Etat agir au hasard, avec ses préoccupations de stabilité financière, avec son penchant pour le protectionnisme. Comme celle de Monnet, celle de Vichy trouvait dans une planification indicative le moyen de mener le navire entre les écueils opposés du libéralisme (au sens des trusts différent du libéralisme dont on parle ces dernières années) d’avant-guerre et du dirigisme de guerre” (19).
C’est cela que l’on appelle la continuité de l’Etat, au delà des gouvernements, l’appareil d’Etat assure sa propre continuité, et bien entendu sur le dos des exploités et de la population.
Il y a bien sûr des différences, notamment Vichy misait sur l’autosuffisance nationale alors que les gouvernements de la Libération attendaient beaucoup de l’aide américaine.
“Quand, au cours de l’été 1944, De Gaulle et la Résistance vinrent remplacer les pétainistes, la continuité fut durement rompue dans l’ordre politique, elle le fut beaucoup moins au niveau de l’administration économique” (20).
L’attitude de la Résistance répondit dans une large mesure aux espoirs de Vichy : “Au niveau institutionnel, l’organisme de planification, l’office statistique, le ministère de la Production se trouvèrent intégrés dans l’administration d’après guerre. Les CO, l’OCRPI, les comités sociaux survécurent également… les personnels de l’administration économique ne subirent pas de purge violente… Cette fois, le besoin de changement suscité par la guerre et les programmes de Vichy allaient se mêler au puissant élan de la Résistance pour amener la France à une économie politique nouvelle” (21).
Là encore, comme sous Vichy, la réalité de la situation des exploités ne va pas changer à la Libération sous le règne de De Gaulle et de la Résistance, il fallait bien accepter de nouveaux sacrifices pour la “grandeur de la France” : “La reconstruction planifiée exigeait envers autre chose que la semaine de travail des ouvriers dépasse les 40 heures et que chacun se résignât à un bas niveau de consommation, tel était le coût de la rénovation” (22).
Dans la seconde partie de cet article, nous aborderons plus précisément ce qui a provoqué la constitution du Conseil national de la Résistance et quel a été son programme de fond ainsi que l’idéologie réelle qui le sous-tendait et avec quelles options politiques.
K (15 mars)
1) Ce plateau de Haute-Savoie incarne le combat de la Résistance contre Vichy et les troupes allemandes en cela que ce fut le théâtre du premier combat des “Résistants” d’une certaine ampleur en cette fin de Seconde Guerre mondiale et de défaite nazie annoncée. La déclaration du 8 mars 2004 “fêtait” le 60e anniversaire de ce combat.
2) Sarkozy ne manque pas lui non plus de se dire inspiré par le CNR de 1944. Voir le site de Rue 89, “Sarkozy ou les indignés, qui sont les héritiers de la Résistance ?”.
3) Voir à ce sujet notre brochure la Terreur stalinienne : un crime du capitalisme, pas du communisme.
4) Voir le chapitre “Les années 30 : expériences et alternatives à l’ordre libéral”, tiré du livre de Richard Kuisel le Capitalisme et l’Etat en France, NRF, Editions Gallimard.
5) Idem, chapitre “La révolution nationale à Vichy, 1940-1944 : survie et rénovation”.
6) Idem, p. 228, chapitre “la révolution nationale à Vichy”.
7) Voir le chapitre “Naissance et extension de la France libre” tiré de l’ouvrage de Henri Michel Histoire de la résistance en France, Presses Universitaires de France.
8) Voir le chapitre “La collaboration de 1942 à 1944”, page 323, tiré de l’ouvrage d’O. Paxton, la France de Vichy, 1940-1944.
9) Voir le chapitre “Le nationalisme” dans le livre de Henri Michel, les Courants de pensée de la Résistance, Presses universitaires de France.
10) O.Paxton, op. cit., chapitre “Les hommes de Vichy”, p. 320. Pour le lecteur qui voudrait une étude plus approfondie sur ce sujet, on recommande de lire l’ouvrage de Rémy Handourtzel et Cyril Buffet la Collaboration…à gauche aussi, collection Vérités et légendes, librairie académique Perrin.
11) L’amiral Darlan est assassiné le 24/12/1942, peu de temps après sa conversion du pétainisme au camp des alliés. Les historiens ne sont pas unanimes sur la question, mais il semble que les Américains n’avaient pas envie à la fin de la guerre qu’il raconte les liens secrets qui ont existé durant toute la guerre entre des émissaires de Pétain et des militaires américains, ce qui ne serait pas surprenant, vu les animosités qui opposaient de Gaulle et la Résistance aux Américains.
12) O.Paxton, op. cit., chapitre “La collaboration de 1942 à 1944”, p. 322-324.
13) R. Kuisel, op. cit., p. 241.
14) Idem., p. 252.
15) Idem., p. 236.
16) Idem., p. 253.
17) Idem., p. 256-257.
18) Idem., p. 266.
19) Idem., p. 269.
20) Ibidem.
21) Idem., p. 270.
22) Idem., p.324.
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Nous publions ci-dessous le tract international que le CCI diffuse partout où il est présent et qui dresse le bilan des mouvements des Indignés et des « Occupy » qui ont eu lieu en 2011.
Téléchargez le tract en pdf [4], imprimez-le et diffusez-le autour de vous !
Les deux événements les plus marquants de 2011 ont été la crise globale du capitalisme1 et les mouvements sociaux en Tunisie, en Egypte, en Espagne, en Grèce, en Israël, au Chili, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne...
Les conséquences de la crise capitaliste sont extrêmement dures pour l’immense majorité de la population mondiale : détérioration des conditions de vie, chômage qui se prolonge pendant des années, précarité qui rend impossible la plus petite exigence de stabilité vitale, des situations extrêmes de pauvreté et de faim...
Des millions de personnes se rendent compte avec anxiété du fait que toute possibilité « d’une vie stable et normale », « d’un futur pour leurs enfants » devient inatteignable. Ceci a provoqué une indignation profonde, a amené à briser la passivité, à prendre les rues et les places, à se poser des questions sur les causes d’une crise qui dans sa phase actuelle dure déjà depuis cinq ans.
L’indignation est encore montée d’un cran à cause de l’arrogance, la rapacité et l’indifférence vis-à-vis des souffrances de la majorité de la population, avec lesquelles se comportent les banquiers, les politiciens et les autres représentants de la classe capitaliste. Mais aussi à cause de l’impuissance des gouvernements face aux graves problèmes de la société : les mesures qu’ils prennent ne font qu’augmenter la misère et le chômage sans y apporter la moindre solution.
Le mouvement d’indignation s’est étendu internationalement. Il a surgi en Espagne où le gouvernement socialiste avait mis en place un des premiers plans d’austérité et un des plus durs ; en Grèce, devenue le symbole de la crise économique mondiale à travers l’endettement ; aux Etats-Unis, temple du capitalisme mondial ; en Egypte et en Israël pays pourtant situés de chaque coté du front du pire conflit impérialiste et le plus enkysté, celui du Moyen Orient.
La conscience du fait qu’il s’agit d’un mouvement global commence à se développer, malgré le boulet destructeur du nationalisme (présence de drapeaux nationaux lors des manifestations en Grèce, en Egypte ou aux Etats-Unis). En Espagne, la solidarité avec les travailleurs de Grèce s’est exprimée aux cris de « Athènes tiens bon, Madrid se lève !». Les grévistes d’Oakland (Etats-Unis, novembre 2011) proclamaient leur « solidarité avec les mouvements d’occupation au niveau mondial ». En Egypte a été approuvée une Déclaration du Caire en soutien au mouvement aux Etats-Unis. En Israël, les Indignés ont crié « Netanyahou, Moubarak, El Assad, c’est la même chose » et ont pris contact avec des travailleurs palestiniens.
Aujourd’hui, le point culminant de ces mouvements est derrière nous, même si l’on voit apparaître de nouvelles luttes (Espagne, Grèce, Mexico). Alors, beaucoup de gens se posent la question : à quoi a servi toute cette vague d’indignation ? Avons-nous gagné quelque chose ?
Il y a plus de trente ans qu’on n’avait pas vu des foules occupant les rues et les places pour essayer de lutter pour leurs intérêts propres au-delà des illusions et des confusions qui peuvent exister.
Ces personnes-là, les travailleurs, les exploités, tous ceux qu’on dépeint comme des ratés indolents, des gens incapables d’initiative ou de faire quelque chose en commun, sont arrivés à s’unir, à partager, à créer et à briser la passivité étouffante qui nous condamne à la sinistre normalité quotidienne de ce système.
Cela a fait un bien fou pour regonfler le moral, le début d’un développement de la confiance en notre propre capacité, de la redécouverte de la force fournie par l’action collective de masse. La scène sociale est en train de changer. Le monopole sur les affaires publiques exercées par les politiciens, les experts, les « grands de ce monde » commence à être mis en question par les foules anonymes qui veulent se faire entendre2.
Il s’agit certes d’un point de départ fragile. Les illusions, les confusions, les inévitables va-et-vient des états d’âme, la répression, les voies de garage dangereuses vers lesquelles poussent les forces d’encadrement que possède l’État capitaliste (les partis de gauche et les syndicats) imposeront des pas en arrière, d’amères défaites. C’est un chemin long et difficile, semé d’obstacles et sur lequel on n’a aucune garantie de succès, mais le fait même de se mettre en marche est déjà une victoire.
Les foules ne se sont pas bornées à crier, passivement, leur malaise, mais ont pris l’initiative de s’organiser en assemblées. Les assemblées massives sont la concrétisation du slogan de la Première Internationale (1864) « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ou elle ne sera pas ». Elles s’inscrivent dans la continuité de la tradition du mouvement ouvrier qui démarre avec la Commune de Paris et prend son expression la plus élevé en Russie en 1905 et en 1917, se poursuivant en 1918 en Allemagne, 1919 et 1956 en Hongrie, 1980 en Pologne.
Les assemblées générales et les conseils ouvriers sont les formes distinctives de l’organisation de la lutte du prolétariat et le noyau d’une nouvelle organisation de la société.
Des assemblées pour s’unir massivement et commencer à briser les chaînes qui nous accrochent à l’esclavage salarié : l’atomisation, le chacun pour soi, l’enfermement dans le ghetto du secteur ou de la catégorie sociale.
Des assemblées pour réfléchir, discuter et décider, devenir collectivement responsables de qui est décidé, en participant tous, autant dans la décision que dans l’exécution de ce qui a été décidé.
Des assemblées pour construire la confiance mutuelle, l’empathie, la solidarité, qui ne sont pas seulement indispensables pour mener en avant la lutte mais qui seront aussi les piliers d’une société future sans classes ni exploitation.
2011 a connu une explosion de la véritable solidarité qui n’a rien à voir avec la « solidarité » hypocrite et intéressée qu’on nous prêche : il y a eu des manifestations à Madrid pour exiger la libération des détenus ou empêcher que la police arrête des émigrants ; des actions massives contre les expulsions de domicile en Espagne, en Grèce ou aux Etats-Unis ; à Oakland « l’assemblée des grévistes a décidé l’envoi de piquets de grève ou l’occupation de n’importe quelle entreprise ou école qui sanctionne des employés ou des élèves d’une quelconque manière parce qu’ils auraient participé à la grève générale du 2 novembre ». On a pu vivre des moments, certes encore très épisodiques, où n’importe qui pouvait se sentir protégé et défendu par ses semblables, ce qui est en fort contraste avec ce qui est « normal » dans cette société, autrement dit le sentiment angoissant d’être sans défense et vulnérable.
La conscience nécessaire pour que des millions de travailleurs transforment le monde ne s’acquiert pas dans des cours magistraux ou en suivant des consignes géniales des chefs illuminés, mais le fruit d’une expérience de lutte accompagnée et guidée par un débat qui analyse ce qui est en train de se vivre en tenant compte du passé et en le projetant toujours vers l’avenir car, comme le disait une pancarte en Espagne, « pas de futur sans révolution ! ».
La culture du débat, autrement dit, la discussion ouverte qui part du respect mutuel et de l’écoute attentive, a commencé à germer pas seulement dans les assemblées mais autour d’elles : des bibliothèques ambulantes ont été montées, des rencontres, des discussions, des échanges se sont organisés... Une vaste activité intellectuelle avec des moyens précaires s’est improvisée dans les rues et sur les places. Et, à l’instar des assemblées, cela a renoué avec l’expérience passée du mouvement ouvrier : « La soif d’instruction, non assouvie pendant si longtemps, est devenue avec la révolution un véritable délire. Rien que de l’Institut Smolny sont sorties chaque jour, durant les six premiers mois, des tonnes de littérature qui, en charrettes ou en trains, se sont déversées sur le pays. La Russie absorbait, insatiable, comme le sable chaud absorbe l’eau. Et non pas des romans grotesques, de l’histoire falsifiée, de la religion diluée, toute cette littérature bon marché qui pervertit, mais des théories économiques et sociales, de la philosophie, les œuvres de Tolstoï, de Gogol, de Gorki »3. Face à la culture de cette société qui propose de lutter pour des « modèles à succès », ce qui est à l’origine de millions d’échecs, contre les stéréotypes aliénants et falsificateurs que l’idéologie dominante et ses médias martèlent jour après jour, des milliers de personnes ont commencé à rechercher une culture populaire authentique, construite par elles-mêmes, en essayant de forger ses propres valeurs, de manière critique et indépendante. Dans ces rassemblements, on a parlé de la crise et de ses causes, du rôle des banques, etc. On y a parlé de révolution, même si dans cette marmite on a versé beaucoup de liquides différents, parfois disparates ; on y a parlé de démocratie et de dictature, le tout synthétisé dans le slogan de ce distique aux deux strophes complémentaires : « ils l'appellent démocratie mais ce n’est pas le cas ! », « C’est une dictature mais ça ne se voit pas ! » »4
On a fait les premiers pas pour que surgisse une véritable politique de la majorité, éloignée du monde des intrigues, des mensonges et des manœuvres troubles qui est la caractéristique de la politique dominante. Une politique qui aborde tous les sujets qui nous touchent, pas seulement l’économie ou la politique, mais aussi l’environnement, l’éthique, la culture, l’éducation ou la santé.
Si tout ce qui précède fait de 2011 l’année du début de l’espoir, nous devons néanmoins avoir un regard lucide et critique sur les mouvements qu’on a vécus, ses limites et ses faiblesses qui sont encore bien nombreux.
Si une quantité croissante de gens dans le monde entier sont convaincus du fait que le capitalisme est un système obsolète, que « pour que l’humanité puisse vivre, le capitalisme doit mourir », on tend à réduire le capitalisme à une poignée de « méchants » (des financiers sans scrupules, des dictateurs sans pitié) alors que c’est un réseau complexe de rapports sociaux qui doit être attaqué dans sa totalité et non pas se disperser en poursuivant ses expressions multiples et variées (les finances, la spéculation, la corruption des pouvoirs politico-économiques).
Si le rejet d’une violence dont le capitalisme dégouline par tous ses pores (répression, terreur et terrorisme, barbarie morale) est plus que justifié, il n’en demeure pas moins que ce système ne pourra pas être aboli par la simple pression pacifique et citoyenne. La classe minoritaire n’abandonne pas volontairement le pouvoir, elle se protège derrière un Etat qui, dans sa version démocratique, est légitimé par des élections tous les 4 ou 5 ans, avec des partis qui promettent ce qu’ils ne feront jamais et font ce qu’ils n’avaient jamais dit, et avec des syndicats qui mobilisent pour démobiliser et finissent par signer tout ce que la classe dominante leur met sur la table. Seule une lutte massive, tenace et persévérante, pourra fournir aux exploités la force nécessaire pour détruire les moyens d’écrasement dont dispose l’État et faire devenir réel le mot d’ordre si souvent repris en Espagne : « Tout le pouvoir aux Assemblées ».
Même si le slogan « nous sommes 99% face à 1% », si populaire dans les mouvements d’occupation aux Etats-Unis, révèle un début de compréhension du fait que la société est cruellement divisée en classes, la majorité de participants dans ces mouvements se voyaient eux-mêmes comme des « citoyens de base » qui veulent être reconnus dans une société de « citoyens libres et égaux ».
Et pourtant la société est divisée en classes, une classe capitaliste qui possède tout et ne produit rien et une classe exploitée -le prolétariat- qui produit tout et possède de moins en moins. Le moteur de l’évolution sociale n’est pas le jeu démocratique de « la décision d’une majorité de citoyens » (ce jeu est plutôt le masque qui couvre et légitime la dictature de la classe dominante) mais la lutte de classe.
Le mouvement social a besoin de s’articuler autour de la lutte de la principale classe exploitée -le prolétariat- qui produit collectivement l’essentiel des richesses et assure le fonctionnement de la vie sociale : les usines, les hôpitaux, les écoles, les universités, les ports, les travaux, la poste... Dans certains mouvements en 2011, la force de cette classe exploitée a commencé à apparaître : à partir du moment où la vague de grèves a éclaté en Egypte, le pouvoir a été obligé de se débarrasser de Moubarak. A Oakland (Californie), les "occupiers"5 ont appelé à une grève générale, ils sont allés au port et ont réussi à avoir le soutien actif des travailleurs du port et des routiers. À Londres, les électriciens en grève et les occupants de Saint-Paul ont convergé vers des actions communes. En Espagne, les assemblées sur les places et certains secteurs en lutte ont tendu à s’unifier.
Il n’existe pas d’opposition entre la lutte du prolétariat moderne et les besoins profonds des couches sociales spoliées par l’oppression capitaliste. La lutte du prolétariat n’est pas un mouvement particulier ou égoïste mais la base du « mouvement indépendant de l’immense majorité au bénéfice de la immense majorité » (Manifeste Communiste).
Reprenant de façon critique les expériences de deux siècles de lutte prolétarienne, les mouvements actuels pourront tirer profit des tentatives du passé de lutte et de libération sociale. Le chemin est long et hérissé d’obstacles, ce dont rendait bien compte un slogan répété maintes fois l’an dernier en Espagne « l’essentiel n’est pas qu’on aille vite ou pas, c’est qu’on aille loin ». En menant un débat le plus large possible, sans aucune restriction et sans ambiguïté pour ainsi préparer consciemment les futurs mouvements, nous pourront agir pour que devienne réalité cet espoir : une autre société est possible !
CCI (12 mars)
1 En rapport avec la crise globale du système, le très grave incident dans la centrale nucléaire de Fukushima au Japon nous montre les grands dangers que l’humanité encourt.
2 Il est assez significatif que Times Magazine ait désigné « Homme de l’année » le « Protester » (l’indigné). Voir www.time.com/time/specials/packages/article/0,28804,2101745_2102132_2102... [5]
3 John Reed 10 jours qui ébranlèrent le monde.
4 En espagnol : « lo llaman democracia y no lo es» et «es una dictadura y no se ve ».
5 Participants du mouvement des Occupy, signifiant “les occupants”.
En mars dernier, à l’occasion de la commémoration du cinquantenaire des accords d’Evian qui scellaient la fin de la guerre d’Algérie, une série de documentaires et de débats se sont succédés dans les médias, faisant découvrir à ceux d’entre nous qui ne l’ont pas connue, l’ampleur des atrocités et des horreurs commises de part et d’autre pendant les huit ans de guerre (1954-1962). C’est-à-dire près de 400 000 morts et un million de réfugiés. Pour la circonstance, cette commémoration a été accompagnée de cérémonies et de discours officiels en France comme en Algérie, au cours desquels l’Etat français en particulier s’est livré à une sorte de mea culpa pour sa responsabilité dans les massacres. Surprenant ? Pas vraiment… Cela ne lui coûte pas grand-chose de reconnaître ses crimes 50 ans après les faits. Et cela a permis à la bourgeoisie française de profiter de l’occasion pour essayer de nous faire croire que, depuis l’indépendance, le peuple algérien est “libre”.
A en croire la propagande, malgré ses torts, l’Etat français a été finalement capable de libérer l’Algérie du joug du colonialisme. Et l’Etat algérien, qui s’est construit par la suite, serait le produit d’une réelle volonté du “peuple” de vivre “libre et autonome”. Quelle hypocrisie ! Ce qui s’est passé en Algérie entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la proclamation d’indépendance de 1962 est le prototype même de l’énorme mystification des “libérations nationales”. Les prémices de cette guerre, qui jusqu’en 1999 restera officiellement en France “les événements d’Algérie”, reviennent aux massacres de Sétif et Guelma, le 8 mai 1945. Alors que l’Europe fête la victoire des Alliés contre l’Allemagne nazie, l’armée française réprime la naissance d’un fort mouvement nationaliste algérien né de l’obstination de l’Etat français, et de ceux qu’on appelait les “pieds-noirs” c’est-à-dire les colons, de reconnaître une égalité de droits pour la population algérienne, enfermée dans le statut d’un “indigénat” pourtant officiellement abrogé. Cela alors même que près de 70 000 Algériens avaient combattu dans l’armée française. La répression, menée à coups de bombes par la marine et l’aviation (sous les ordres du radical-socialiste René Coty), fera au moins 30 000 morts. Il existait certes dès avant la guerre, un mouvement de militants algériens regroupés dans le Mouvement national algérien (MNA) de Messali Hadj prêts à en découdre avec l’armée française pour secouer l’hégémonie colonialiste. Mais la plupart d’entre eux seront massacrés à Melouza en 1957 pour laisser le champ libre au Front de libération nationale (FLN), peu ou prou instrumentalisé par le bloc de l’Est via la Hongrie, la Tchécoslovaquie ou encore la Yougoslavie. Ces derniers pays fournirent des armes à profusion pour l’Armée de libération nationale du FLN. Les règlements de compte furent ainsi la règle au sein des forces de “libération” algérienne, dans lesquels les assassinats se comptaient déjà à l’époque par dizaines de milliers.
Du côté français, la soupe ne fut pas moins amère. La lutte à mort entre les pro et les anti-colonialistes signera la chute de la IVe République et l’avènement du général De Gaulle et de sa Ve République en 1958. Ce n’est nullement pour des raisons humanitaires que ce dernier finira par emporter la mise, mais parce que les fractions bourgeoises colonialistes, comme celle qu’incarnait l’Organisation armée secrète (OAS), avaient fait leur temps, dans une période où la vague de décolonisation s’ancrait dans la période des nouveaux enjeux impérialistes de la Guerre froide. Les indépendances nationales étaient d’autant mieux acceptées que les pays concernés restaient dans le camp de la puissance de tutelle.
L’Algérie serait donc aujourd’hui un pays “libre et indépendant” où vivrait, par conséquent un peuple “libre et indépendant”. La réalité est évidemment toute autre.
Quarante ans après la fin de la guerre, les travailleurs subissent toujours aussi férocement le même joug de l’exploitation capitaliste… simplement aujourd’hui il n’est plus le fruit de la bourgeoisie française mais de la bourgeoisie algérienne. La preuve en est l’ampleur de la colère sociale qui gronde dans ce pays. L’Algérie a connu au cours des dernières années des grèves importantes, en particulier en 2011 chez les enseignants, les travailleurs communaux, le personnel de la santé, dans toute la fonction publique, les pilotes, les cheminots, comme dans les grands centres industriels (SNVI-Rouiba, Sonatrach…). Et elle n’a pas été épargnée par les soulèvements qui ont secoué les pays arabophones et particulièrement le Maghreb. Ce qui a empêché la rébellion de se poursuivre comme en Egypte par exemple, c’est la main de fer de l’armée, alors même que plusieurs nuits d’émeutes gagnaient le pays face au ras-le-bol général, à la hausse du coût de la vie, à la généralisation d’un système mafieux où le moindre poste ou visa se paie. Pour la jeunesse, dont une majeure partie est condamnée au chômage et à une précarité endémique, il n’y a aucune perspective. La soldatesque algérienne détient les rênes du pouvoir avec des forces de répression qui contrôlent fermement la situation.
D’autre part, l’Algérie n’a cessé d’être de manière quasi-ininterrompue un terrain d’affrontements violents et de rivalités sanglantes entre fractions et cliques bourgeoises autochtones dont l’ensemble de la population a fait les frais.
Ainsi, après des années de luttes et de rivalités internes au sein du FLN qui ont succédé à l’indépendance du pays comme au sein de l’appareil militaire qui se sont traduites par des règlements de compte, des assassinats ou des “disparitions” ou encore après une répression féroce des soulèvements des minorités berbères notamment en Tizi-Ouzou dans les années 1970 ou en 1986, la violence a encore franchi un nouveau palier. Alors que le FIS (Front Islamique du Salut) avait fait une razzia lors des premières élections “libres” lors des élections locales en 1990, confirmé lors des législatives le 26 décembre 1991, l’armée décidait de pousser à la démission le président Chadli et d’interrompre le processus électoral. Les assemblées dirigées par des élus du FIS ont alors été dissoutes, militants et sympathisants des islamistes jetés en prison ou expédiés dans des camps dans le Sud saharien, tandis que d’autres s’engageaient dans la lutte armée. Le Mouvement islamique armé (MIA), puis les Groupes islamistes armés (GIA) se mirent à proliférer et à perpétrer des tueries et des attentats. Cela a été le début d’une effroyable guerre civile meurtrière qui allait durer une dizaine d’années avec des assassinats et des attentats de toutes sortes, les habitants de villages entiers, femmes et enfants compris, violés et égorgés. De nombreux témoignages, y compris émanant des services secrets de l’armée eux-mêmes, ont depuis largement démontré que le MIA et le GIA se sont vus équipés dès le début par les services secrets de l’armée de “véhicules de services”, et qu’un grand nombre des assassinats avaient été commis par les officines de l’armée qui avaient progressivement infiltré le mouvement et pris le contrôle des GIA ou s’y étaient même carrément substitués. Pendant cette “décennie noire”, la population algérienne s’est trouvée déchirée, et plongée dans la terreur permanente, en proie à la pire des guerres civiles, prise en otage entre le feu des islamistes et celui de l’armée, qui était fréquemment le même. Et durant cette période, l’Etat algérien, de Bouteflika aux militaires, n’a cessé de bénéficier de la totale complicité du gouvernement français qui continue aujourd’hui encore de lui apporter son appui.
Dans ce monde capitaliste, l’indépendance, nationale ou autre, n’existe pas ; tous les discours qui sont brassés autour de cette mystification ne servent qu’à renforcer et justifier l’exploitation, voire le massacre, des masses de la population.
W. (30 mars)
Links
[1] https://fr.internationalism.org/files/fr/pdf/ri431.pdf
[2] https://fr.internationalism.org/ri431/2011_de_l_indignation_a_l_espoir.html
[3] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/36/france
[4] https://fr.internationalism.org/files/fr/tract_inter_2011.pdf
[5] http://www.time.com/time/specials/packages/article/0,28804,2101745_2102132_2102373,00.html
[6] https://fr.internationalism.org/en/tag/vie-du-cci/prises-position-du-cci
[7] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/229/algerie