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En Afghanistan et au Pakistan le prix Nobel de la paix sème la mort et la guerre

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  • Révolution Internationale 2010 - n° 408 - 418
  • Révolution Internationale n° 408 - janvier 2010

Lors de la réception de son prix Nobel de la paix le 10 décembre, Barack Obama a fait entendre un discours plus belliqueux que jamais. Celui qui se présente avantageusement lui-même comme “commandant en chef de l’armée d’une nation plongée dans deux guerres” n’a pas lésiné, avec l’annonce de 30 000 Gi’s supplémentaires et de 500 soldats britanniques. Si vis pacem, para bellum (1) est son credo. Au milieu de belles phrases sur la “loi de l’amour” et l’impérissable “étincelle divine” qui guide sa main de justicier international pour la paix dans le monde, Obama a encore bien précisé que “la croyance que la paix est désirable est rarement suffisante pour parvenir à la réaliser. La paix requiert de la responsabilité. La paix implique le sacrifice”... de nombre de vies humaines, évidemment ! Car “l’usage de la force est non seulement nécessaire mais aussi moralement justifiée”. Et pour bien marteler son propos, le chef de guerre de la première puissance militaire mondiale a même pris des accents dignes de Bush et de sa clique intégriste : “La guerre (…) est arrivée avec le premier être humain (…) le Mal existe dans le monde.” Brrr ! ! ! Et pour bien préciser ses véritables intentions, il n’a pas hésité à expliquer que son objectif principal depuis ses onze mois de présidence n’a pas été la paix, pas plus le bien-être des populations de la planète, mais que ce “but a été de faire avancer les intérêts de l’Amérique”. Voilà qui a au moins le mérite de la clarté.

Les “bénéfices” de l’offensive américaine

Depuis l’éviction militaire du pouvoir des talibans en 2001, quel est le bilan ? Un pays en totale déliquescence qui égrène ses victimes et ses morts, sans aucune amélioration en vue. Obama peut bien répéter que les forces armées occidentales devront se retirer en 2011, après la “stabilisation” du pays, rien n’indique qu’une telle perspective soit réalisable. D’après les chiffres de l’ONU, le nombre de victimes civiles a augmenté de 24 % au premier semestre de 2009 par rapport au même semestre de 2008. Depuis le mois de janvier 2009, il y a eu plus de mille morts, essentiellement des personnes victimes des armées étrangères, notamment lors des bombardements aériens.

Au mois de mai, des dizaines de civils, dont au moins 65 femmes et enfants, ont perdu la vie lorsque les forces américaines ont bombardé le village de Bala Bulok, dans une région de la province de Farah. En plus des morts et des blessés, toutes les destructions dues à la guerre accentuent la misère et les souffrances d’une population qui subit les menaces et l’intimidation de toutes les parties en présence, talibans comme forces de l’OTAN.

La guerre a aussi provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes, qui n’ont aucun accès aux soins les plus élémentaires

L’extension du conflit

Si l’Afghanistan est officiellement le centre de l’activité militaire américaine, le Pakistan devient de plus en plus clairement un enjeu d’une importance cruciale dans le dispositif de la stratégie américaine. Ainsi, Obama opère depuis le printemps une véritable offensive, non pas de charme, mais de pression à l’égard de l’État pakistanais, cherchant à faire de l’appareil militaire son interlocuteur principal en évinçant purement et simplement le gouvernement du veuf de Benazir Bhutto, considéré comme “non fiable”. D’ailleurs, la population pakistanaise “bénéficie” nettement de cette attention particulière de l’Amérique et de ses alliés à son égard, et donc de l’élargissement de ses prérogatives guerrières dans sa prétendue lutte contre le terrorisme : au moins 10 000 victimes dont 3300 morts ne serait-ce que pour l’année 2009, dans leur grande majorité des civils, sans compter deux millions de réfugiés qui errent aujourd’hui sans espoir. De plus, l’utilisation systématique des drones censés repérer puis abattre les rebelles talibans ou d’Al Qaïda a multiplié les victimes dans la population, tout autant que les attentats à la bombe, au nombre de 500 en 2009, provoquant par exemple la mort de 300 personnes juste entre le 1er et le 13 décembre !

Et si le Pakistan devient de plus en plus l’épicentre même des événements militaires de cette région de l’Asie, l’Inde est venue s’inviter à coups de bruits de bottes toujours plus menaçants au festin impérialiste. Cet État, rival traditionnel et congénital du Pakistan, ne pouvait que chercher à profiter des tensions et des difficultés actuelles qui grandissent dans la région pour venir alimenter le désordre dans la région du Cachemire, pomme de discorde majeure entre les deux États, et faire les yeux doux à Karzaï (considéré par Islamabad comme pro-indien), au nom du “soutien à sa lutte contre les talibans”.

En guise de perspective de paix, tous les ingrédients d’une foire d‘empoigne aggravée sont donc une nouvelle fois rassemblés, d’autant que les États-Unis effectuent maintes tractations pour offrir aux talibans un certain nombre de régions de l’Afghanistan en échange de leur “pacification” et de leur intégration dans le gouvernement afghan. Toute cette agitation ne fait en définitive qu’ouvrir la porte toute grande à un chaos indescriptible, loin des grands effets d’annonce sur la stabilisation de la région et bien loin encore d’une soi-disant lutte contre le terrorisme.

Wilma (18 décembre)

 

1) Si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre.

Afghanistan
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