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Les universités prennent le parti de la répression de l'État

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En Iran, une des premières réponses du régime islamique aux manifestations massives qui ont suivi le résultat des élections truquées a été d’envoyer ses milices Basij de ruffians dans l’université de Téhéran, pour cogner et assassiner des étudiants sélectionnés pour faire un exemple envers tous les autres.

En France, pendant les mobilisations plus récentes contre la « réforme » de l’université (destinée à accentuer les divisions entre l’élite universitaire et le reste de la population), plus d’un campus occupé a été attaqué par la police armée de chiens et a essayé d’empêcher les étudiants de tenir des débats politiques dans les amphithéâtres.

En Grèce, durant la révolte de décembre 2008, les campus universitaires, particulièrement à l’École Polytechnique d’Athènes, ont servi de base pour des assemblées générales ouvertes aux étudiants, aux ouvriers et aux chômeurs. La police a là aussi été utilisée pour briser les occupations et frapper ainsi les efforts de cette révolte à devenir consciente de ses buts et de ses méthodes.

Dans nombre de ces cas, il y a eu des signes clairs de complicité entre la police et les autorités universitaires.

L’Iran, bien sûr, est une théocratie rigide, les polices française et grecque ont une longue histoire de violence contre l’opposition sociale. Mais les choses sont-elles différentes dans la libérale Grande-Bretagne, avec sa tradition d’universités indépendantes et de tolérance envers les penseurs non-orthodoxes ?

Peut-être pas !

En juin, des étudiants de SOAS (School of Oriental and African Studies) de Londres ont occupé l’université après que des policiers de l’immigration lourdement armés ont organisé un raid pour identifier, arrêter, et dans certains cas expulser, des ouvriers immigrés employés au nettoyage des locaux qui avait été impliqués dans une grève. Ici encore, la police a agi de conserve avec les autorités universitaires :

« Les brigades policières de l’immigration ont été appelés par la société de nettoyage ISS, quand bien même certains employés étaient à son service depuis des années. Il avait été dit à l’équipe de nettoyage qu’une ‘réunion d’urgence de l’équipe’ allait avoir lieu à 6h30 du matin le vendredi (12 juin) ».

Il s’agissait d’un prétexte pour piéger les salariés dans un espace clos où les policiers traquant l’immigration clandestine étaient cachés pour les arrêter.

Plus de 40 policiers en tenue anti-émeutes ont procédé à un interrogatoire musclé et agressif avant de les escorter jusqu’au centre de détention. Aucun représentation légale ni aucun soutien syndical n’étaient présents du fait du secret entourant l’action. La plupart des interpellés étaient incapables de communiquer et incapables de comprendre ce qui se passait du fait du refus de la présence de traducteurs.

« La direction de SOAS était complice du raid de la brigade de répression de l’immigration en donnant aux policiers la possibilité de se cacher dans le local par avance et ne lançant aucun avertissement préalable aux employés grévistes. » 1

A l’Université d’East London, le professeur d’anthropologie Chris Knight a été suspendu de son poste et risque le renvoi pour « grave inconduite ». Il lui est reproché de s’être fait remarquer à la tête d’un « sommet alternatif au G20 » sur le campus (bien qu’au fond, aucune action à l’intérieur des bâtiments n’ait été planifié d’avance) après que les autorités universitaires ont interdit cette manifestation à la dernière minute. Il doit être rappelé que, dans la période qui a conduit au sommet du G20 à Londres, les médias et la police ont organisé une campagne hystérique sur la menace de violence dans la capitale – une menace qu’ils ont eux-mêmes mise à exécution avec un étalage de violence hystérique qui ont provoqué l’excitation de centaines de manifestants et la mort d’un passant, Ian Tomlinson. Il ne fait aucun doute que les autorités universitaires craignaient que le campus de l’UEL ne se transforme en quartier général des manifestations anti-G20. Les journaux ont été fort discrets cependant sur la raison principale de la suspension de Knight et ont donné une publicité maximum aux propos imagés de Knight sur les banquiers à pendre aux réverbères, déclarant que c’était la véritable raison de sa suspension.

Nous ne pensons pas que le sommet alternatif, largement dominé par des gauchistes comme Tony Benn et Lindsay Germain, pouvait offrir une alternative révolutionnaire au G20, comme nous ne sommes pas d’accord avec la focalisation de Knight sur le style de protestation « théâtre de rue ». Mais cela ne nous arrêtera pas dans la dénonciation de la complicité de l’UEL avec les forces de répression, tout comme nous condamnons SOAS pour avoir lâché les mouchards de la répression de l’immigration sur leur propre équipe de nettoyage.

Les visiteurs de notre site web savent que nous avons initié une discussion autour des idées de Chris Knight sur l’origine de la culture humaine.

Celui-ci est un intellectuel original et stimulant qui ne craint pas de sortir des sentiers battus de l’orthodoxie académique. En le suspendant, et en refusant d’abriter le « sommet alternatif », l’UEL a créé un précédent lourd de menaces : dans la période actuelle de crise sociale et économique grandissantes, les lignes de pensée non-orthodoxes ne seront pas permises.

Cette sorte de stalinisme intellectuel allant de pair avec l’allégeance complice des universités aux exigences de la police, il est chaque fois nécessaire de se mobiliser contre cette dynamique ; mais la meilleure méthode pour faire revivre les universités comme centres réels de réflexion est celle mise en œuvre par les étudiants grecs et français qui firent ouvrir les portes des campus et organisèrent leurs assemblées générales de telle façon que tout un chacun intéressé à résister au capitalisme puisse prendre part à une véritable culture du débat prolétarien.


Amos (26 juin 2009)

1 https://libcom.org/forums/announcements/support-soas-occupation-cleaners-risk-deportation-russell-square-london-430

Luttes de classe

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