Lettre ouverte aux militants du BIPR (Décembre 2004)

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Le 22 et le 29 septembre dernier, la Tendance Communiste internationaliste a tenu deux réunions publiques, respectivement à Paris et Saint-Nazaire. Le CCI a toujours considéré que les discussions, le débat, la confrontation des positions est une tâche et une responsabilité fondamentales entre les groupes de la Gauche communiste. C’est pourquoi nous sommes intervenus dans ces deux réunions en mobilisant également de nombreux sympathisants pour contribuer à ce que le débat soit le plus riche possible.

Mais à en croire les bilans de ces réunions publiés sur le site de la TCI, notre attitude aurait été animée d’une toute autre intention.

Dans la RP de Paris, « la réunion qui aurait pu beaucoup plus approfondir tous les aspects de la situation actuelle et ses conséquences pratiques, a été quelque peu détournée de son but par des camarades du CCI. » Dans celle de Saint-Nazaire, ce serait pire : « l’intervention du CCI avait été coordonnée dans le but de dénaturer le débat, lequel a été orienté dans une mise en accusation frontale autant que fantaisiste de nos positions. En dépit de notre refus de le suivre sur cette voie, ses militants ont pourri le débat en brandissant toutes sortes de détails extrapolés ou invérifiables, à mille lieues des préoccupations des autres participants. »

Autrement dit, le CCI aurait fomenté un plan délibéré pour saboter le déroulement de réunions publiques d’une organisation de la Gauche communiste. Ces accusations balancées publiquement et sans le moindre argumentaire sont lourdes de conséquences. Alors soyons un peu plus consistants et honnêtes que la TCI en commençant par rectifier les multiples mensonges proférés dans ces deux bilans.

I - Détournement de la discussion ou lutte pour la confrontation des positions ?

Après avoir écouté, durant près d’une heure, l’exposé du présidium (complété par deux interventions de Battaglia communista et de Internationalist Workers’ Group, deux groupes affiliés à la TCI), le CCI s’est inscrit dans la discussion. Notre première intervention a essayé de démontrer que :

1 - contrairement à l’analyse développée dans la présentation, la guerre impérialiste dans la période de décadence du capitaliste n’est absolument pas une solution à la crise économique. Bien au contraire, elle ne fait que l’aggraver et plonge l’humanité dans une spirale de destruction et de chaos. Elle acquiert un caractère de plus en plus irrationnel du point de vue du capitalisme.

2 - Contrairement à l’idée développée également dans l’exposé, nous n’adhérons pas à l’analyse d’une tendance à la formation des blocs préfigurant le cours vers une troisième guerre mondiale. Nous pensons plutôt que la tendance au chacun pour soi entre les États impérialistes ne peut que provoquer une multiplication des conflits guerriers engendrant toujours plus de chaos et de destruction et pouvant conduire à la fin de l'humanité même en l'absence de guerre mondiale.

C’est pourquoi, comme nous l’avons souligné aussi bien à Paris qu’à Saint Nazaire, l’analyse abstraite et erronée de la TCI sur la guerre impérialiste l’amène à sous-estimer profondément la gravité de la situation !

Mais la prétendue entreprise de sabotage du CCI ne s’arrêterait pas là puisque, par la suite, nous aurions porté l’attention « sur des points assez secondaires » et tenté de « dévier la discussion sur la question syndicale ». Si effectivement, dans la réunion de Paris, le CCI est intervenu pour affirmer l’appartenance des syndicats et du syndicalisme à l’État bourgeois, c’est justement face à l’ambiguïté contenue dans les propos du représentant de Battaglia communista déplorant que les syndicats n’étaient pas assez combatifs et ne faisaient pas ce qu’il fallait pour développer les luttes. Il n’y a donc rien d’étonnant, comme l’indique le bilan de la réunion de Paris, que le membre de la CNT/AIT (organisation libertaire se concevant justement comme une fédération de syndicats) ait été à 100% en « accord politiquement » avec la position de la TCI.

D’ailleurs, nous avons pu constater la même complaisance à l’égard des syndicats, une semaine plus tard, dans la réunion de Saint-Nazaire, puisque la TCI ne s’est pas vraiment démarquée de la position défendue par le représentant du groupe gauchiste Lutte ouvrière appelant justement à travailler dans les syndicats ! Une intervention de la CWO a même affirmé que « cela fait sens d’adhérer au syndicat si tous les collègues de travail y sont » laissant donc penser qu’il serait parfois nécessaire d’être présent dans ces organes de l’État.

Devant de telles concessions sur une position aussi importante pour la classe ouvrière, il était indispensable de rappeler et de réaffirmer haut et fort ce qui constitue un des acquis programmatiques de la Gauche communiste, que la TCI est sensée partager mais qu’elle est incapable de défendre !

De toute manière, cette « parenthèse » sur les syndicats ne nous a pas empêché pour autant d’intervenir sur des questions plus centrales posées dans la discussion. C’est pourquoi, nous avons également pris position, dans les deux réunions, sur le rôle des organisations de la Gauche communiste face à la guerre impérialiste.

Dans ces interventions nous avons défendu :

  1. - La validité de la Déclaration commune des groupes de la Gauche communiste contre la guerre impérialiste. Cette démarche, en continuité avec le combat des Bolcheviks à Zimmerwald, est une politique concrète visant à s’inscrire dans un processus vers le regroupement des forces révolutionnaires par la défense des principes et des méthodes du mouvement révolutionnaire([1]).
  2. - Le caractère artificiel et surtout dangereux de la politique de « front uni » avec des groupes anarchistes et gauchistes (soi-disant internationalistes), défendue par la TCI à travers la promotion des comités NWBCW([2]).
  3. - Qu’en se référant à « L’appel à un front prolétarien uni » lancé par le Parti communiste internationaliste (PCint) en 1944, la TCI s’inscrit dans la continuité de la démarche opportuniste contenue dans cet appel adressé implicitement aux bases des anciens partis ouvriers (Parti socialiste et Parti communiste)([3]).

Il est malheureux que la TCI n’ait pas pris tout ceci au sérieux et se soit contentée de nous taxer, sans le moindre argument, « d’idéalistes » tout juste bons à faire des « déclarations platoniques »

II - « frénésie sectaire » ou claire démarcation vis-à-vis du gauchisme ?

En fin de compte, toutes les accusations éhontées proférées dans les bilans :  la « mise en accusation frontale » de ses positions, « la dénaturation du débat », l’« attitude de provocation et de mise en cause ubuesque », le « parasitage de la discussion », etc. démontrent surtout une véritable aversion à l’encontre de ceux qui ont su défendre clairement et avec détermination les principes et la tradition de la Gauche communiste.

Animée par la volonté de gagner toujours plus d’influence et l’esprit de rivalité, la TCI est prête au contraire à flatter n’importe qui et à se compromettre pour n’importe quoi ! Cette démarche suicidaire la mène même à brouiller la frontière de classe avec des organisations gauchistes comme LO dont le militant présent à Saint Nazaire est considéré comme un « camarade ». On nous accuse même de s’en être pris personnellement à lui alors que nous n’avons fait que dénoncer Lutte ouvrière comme un groupe gauchiste ayant pour fonction de dévoyer l’internationalisme.

En réalité, l’ouverture maximale avec tout ce qui se trouve à sa droite et le refus catégorique de discuter avec la gauche est une démarche typique de l’opportunisme. La même hostilité avait gagné l’Opposition de gauche et Trotsky dans les années 30 à l’encontre de la fraction de gauche du Parti communiste d’Italie qui incarnait la position la plus claire face à la dégénérescence opportuniste de l’Internationale communiste.

III - La défense des principes et des comportements prolétariens 

Il nous serait enfin reproché de « remettre sur le tapis de vieilles lunes de plus de vingt ans. La TCI fait ici certainement référence à la déclaration que nous avons lue 30 minutes avant la fin de la réunion de Paris dans laquelle nous avons dénoncé la présence de deux individus exclus du CCI au début des années 2000 pour avoir publié des renseignements qui exposaient nos camarades à la répression étatique, une activité que nous avons dénoncée comme du mouchardage.([4]) Ces derniers n’ont jamais renié leurs comportements. L’un est même membre de la TCI depuis plusieurs années et faisait partie du présidium. En fait, c’est surtout cette interpellation qui enrage la TCI et qu’elle tente de cacher par tous les moyens, en la réduisant à de simples « histoires anciennes peu politiques » et en nous accusant d’avoir, à travers ça, « parasité la discussion ».

Jusqu’à preuve du contraire, les mouchards n’ont jamais eu leur place dans le camp révolutionnaire. C’est pourquoi nous estimons qu’il était de notre responsabilité d’interpeller la TCI sur ce problème, en défendant, une fois encore, les principes hautement politiques du prolétariat. Au lieu de cela, tous les militants de la TCI présents sur place ont préféré se boucher les oreilles et prendre la défense de ces individus. Nous avons au moins la confirmation que cette organisation, qui a la prétention de participer à la formation du futur parti des révolutionnaires, est prête à accepter n’importe qui dans ses rangs, y compris des individus aux comportements de flics et des voyous !

Ce n'est d’ailleurs pas la première fois qu’elle pactise avec des éléments troubles. En 2004, le BIPR (l’ancêtre de la TCI) avait publié sur son site internet les calomnies proférées à l’égard du CCI par le fameux Citoyen B et le « Cercle des Communistes Internationalistes » avant de les retirer en catimini après s’être aperçu du caractère mensonger de ces déclarations([5]). La TCI n’a toutefois jamais fait la critique de cette démarche totalement irresponsable de sa part et n’en a donc tiré aucune leçon.

IV - La TCI incapable de faire la critique des erreurs du passé

Plutôt que d’affronter sérieusement toutes ces questions, la TCI préfère donc les esquiver. Pire, elle nous exhorte à mettre les désaccords de côté et appelle au grand rassemblement et à l’unité de tous ceux qui se réclament, de près ou de loin, de l’internationalisme, sans la moindre clarification sur les principes. C’est une démarche que le mouvement ouvrier connaît bien et que dénonçait d’ailleurs Bordiga en 1926 à l’Exécutif de l’Internationale communiste : « l'expérience montre que l'opportunisme entre toujours dans nos rangs sous le masque de l'unité. Il est de son intérêt d'influencer la masse la plus grande possible, aussi fait-il toujours ses propositions dangereuses sous le masque de l'unité. »

C’est avec la même démarche opportuniste qu’a été fondé en 1943 le plus lointain ancêtre de la TCI : le Parti Communiste internationaliste (PCint) dans lequel avaient été admis sans la moindre critique :

1- Des éléments de la minorité de la fraction italienne qui était partie se battre aux côtés des Républicains durant la Guerre d’Espagne.

2- Vercesi et tous ceux qui, au cours de la Seconde Guerre mondiale, avait participé au Comité de Coalition antifasciste de Bruxelles.([6])

C’est donc cette très vieille tare politique qui constitue la source de l’opportunisme de la TCI aujourd’hui. Dès lors, son refus de l’affronter de front, son incapacité à faire la critique de son propre passé la condamne à reproduire toujours les mêmes erreurs.

Dans les bilans des deux réunions, la TCI appelle le CCI à se ressaisir, elle nous exhorte même de à nous excuser pour l’attitude négative que nous aurions adoptée au cours des discussions. Allons camarades, ne soyez pas ridicules.

Nous pensons avoir démontré la responsabilité dont nous avons fait preuve au cours de ces deux réunions en œuvrant à la confrontation des positions politiques et en étant capables de défendre les positions et les principes de la Gauche communiste. Nous ne pouvons hélas pas en dire autant de la TCI dont l’esquive et le refus de débattre, la compromission avec des éléments gauchistes, l’acceptation des comportements de flics et de voyous sont autant de symptômes de la maladie qui ronge cette organisation et la mène inexorablement vers le néant ! Comme le disait Lénine : "Un défenseur de l'internationalisme qui n'est pas en même temps un adversaire très cohérent et déterminé de l'opportunisme est un fantôme, rien de plus."

31 octobre 2023,

CCI.


[3] Idem.

[4] Pour avoir davantage de précisions sur les comportements de ces deux individus, lire notamment : « Attaquer le CCI : la raison d’être du GIGC », ICConline, (janvier 2023).

[6] Cette démarche politique totalement aberrante a été particulièrement critiquée par la Gauche communiste de France dans l’article « A propos du Ier congrès du Parti communiste internationaliste d’Italie » dans le n°7 de la revue Internationalisme : « Dans la Fraction Italienne, une minorité se sépare ou est exclue, et ira rejoindre l'Union Communiste alliée du POUM. Cette minorité - qui, de 1936 à 1945, est restée hors de la Fraction, contre qui s'est formée la Gauche Communiste Internationale, qui garde et se réclame toujours de ses positions - se trouve aujourd'hui faisant partie du nouveau Parti en Italie. En 1945, après 6 ans de lutte contre la ligne marxiste et révolutionnaire de la Fraction, la tendance Vercesi crée le Comité de Coalition Antifasciste où elle collabore, dans une union sacrée originale, avec tous les partis de la bourgeoisie. De ce fait, précipitant la discussion politique, théorique la Fraction est amenée à exclure cette tendance de son sein. Aujourd'hui, cette tendance, sans avoir rien renié de ses positions et de sa pratique, se trouve être partie intégrante du nouveau Parti en Italie et occupe même une place importance dans la direction. Ainsi, la Fraction - qui a exclu la minorité en 1936-1937 et la tendance Vercesi au début 1945 - se trouve dissoute elle-même fin 1945 mais unie à ceux-là même qu'elle avait exclus ; et cette union c'est... le Parti. »

 

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