Contribution de Russie - La classe non identifiée: la bureaucratie soviétique vue par Léon Trotsky

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Quel était la nature du système ayant existé dans notre pays pendant la pé­riode « soviétique » ?

C'est certainement une des questions princi­pales de l'histoire et, dans une certaine me­sure, des autres sciences sociales. Et ce n'est pas seulement une question académique : elle est très liée à l’époque contemporaine car il est im­possible de comprendre les réali­tés d'aujourd'hui sans connaître celles d'hier.

Cette question peut être résumée comme suit : quel était la nature du sujet central du système « soviétique » qui a déter­miné la voie du développement du pays, c’est-à-dire la bureaucratie dirigeante ? Quels étaient ses rapports avec les au­tres groupes sociaux ? Quels motiva­tions et besoins déterminaient son ac­tivité ?

Il est impossible d’étudier sérieusement ces problèmes sans connaître les œuvres de Léon Trotsky, un des premiers au­teurs qui ait essayé de comprendre et d'analyser la na­ture du système « soviétique » et de sa cou­che diri­geante. Trotsky a consacré plusieurs ou­vrages à ce problème, mais ses visions les plus générales, les plus concentrées de la bureaucratie sont exposées dans son livre La Révolution trahie publié il y a 60 ans.

La bureaucratie : caractéristiques principales

Rappelons les caractéristiques principa­les de la bureaucratie données par Trotsky dans son livre.

1) Le niveau supérieur de la pyramide so­ciale en URSS est occupé par « la seule cou­che sociale privilégiée et dominante, au sens plein des termes », cette couche « qui, sans fournir un tra­vail productif direct, com­mande, ad­ministre, dirige, distribue les châ­ti­ments et les récompenses ». D’après Trotsky, elle compte de 5 à 6 millions de personnes ([1]).

2) Cette couche qui dirige tout est hors de tout contrôle de la part des masses qui pro­duisent les biens sociaux. La bu­reaucratie règne, les masses laborieuses « obéissent et se taisent » ([2]).

3) Cette couche maintient des rapports d'in­égalité matérielle dans la société. « Des li­mousines pour 'les activistes', de bons par­fums pour 'nos femmes', de la margarine pour les ouvriers, des ma­gasins de luxe pour les privilégiés, la seule image des mets fins exposés à la vitrine pour la plèbe » ([3]). En général, les conditions de vie de la classe diri­geante sont analogues a celles de la bourgeoisie : elle « comprend tous les de­grés, de la petite bourgeoisie la plus provin­ciale à la grande bourgeoisie des vil­les » ([4]).

4) Cette couche est dirigeante pas seu­lement objectivement ; subjectivement elle se con­sidère comme le seul maître de la société. D’après Trotsky, elle a « une conscience spécifique de classe dirigeante » ([5]).

5) La domination de cette couche est main­tenue par la répression, sa pros­périté se base sur « l'appropriation masquée du travail d'autrui ». « La mi­norité privilégiée, note Trotsky, vit aux détriment de la majorité bernée » ([6]).

6) Il y a une lutte sociale latente entre cette couche dirigeante et la majorité opprimée des travailleurs ([7]).

Ainsi Trotsky décrit le tableau qui suit : il existe une couche sociale assez nom­breuse qui contrôle la production, donc son produit, d'une manière monopolisti­que, qui s'appro­prie une grande part de ce produit (c’est-à-dire, exerce une fonction d'exploitation), qui est unie autour de la compréhension de ses inté­rêts matériels communs et qui est oppo­sée à la classe des producteurs.

Comment les marxistes appellent-ils la cou­che sociale qui a toutes ces caracté­risti­ques ? Il n'y a qu'une seule ré­ponse : c'est la classe sociale dirigeante au sens plein du terme.

Trotsky conduit les lecteurs à une telle con­clusion. Mais lui n'y parvient pas, bien qu'il note qu'en URSS la bureau­cratie « est quel­que chose de plus qu'une simple bureaucra­tie » ([8]). « Quelque chose de plus » mais quoi ? Trotsky ne le dit pas. De plus, il con­sa­cre un chapitre entier à réfuter l’idée d’une essence de classe de la bureau­cratie. Après avoir dit « A », après avoir décrit un tableau de la classe dirigeante exploiteuse, Trotsky recule au dernier moment et refuse de dire « B ».

Le stalinisme et le capitalisme

Trotsky fait preuve des mêmes réticen­ces quand il traite une autre question, lorsqu'il compare le système bureaucra­tique stali­nien et le système capitaliste. « Mutatis mutandis, le gouvernement sovié­tique s'est mis à l'égard de l'éco­nomie dans son en­semble dans la situa­tion du capita­liste à l'égard d'une en­treprise isolée », nous dit Trotsky dans le Chapitre II de La Révolution tra­hie ([9]).

Dans le Chapitre IX il écrit : « Le passage des usines à l'Etat n'a changé que la situation juridique [souligné par A.G.] de l'ouvrier ; en fait, il vit dans le be­soin tout en tra­vaillant un certain nombre d'heures pour un salaire donné (...) Les ou­vriers ont perdu toute influence sur la direc­tion des usines. Travaillant aux pièces, vi­vant dans une gêne profonde, privé de la li­berté de se déplacer, subissant à l'usine même un ter­rible régime poli­cier, l'ouvrier pourrait difficilement se sentir 'un tra­vailleur libre'. Le fonc­tionnaire est pour lui un chef, l'Etat un maître. » ([10]).

Dans le même chapitre Trotsky note que la nationalisation de la propriété ne li­quide pas la différence sociale entre les couches diri­geantes et les couches soumises : les unes jouissent de tous les bien possibles, les au­tres vivent dans la misère comme jadis et vendent leur main-d’œuvre. Dans le Chapitre IV il dit la même chose : « la pro­priété éta­tique des moyens de production ne transforme pas le fumier en or et n'en­toure pas d'une auréole de sainteté le sweating system, le système de la sueur ». ([11])

Ces thèses semblent très clairement consta­ter des phénomènes élémentaires du point de vue marxiste. Car Marx a toujours souli­gné que la caractéristique principale de tout système social n'était pas constituée par ses lois et « ses for­mes de propriété » dont l'analyse en tant qu'une chose en soi menait à une méta­physique stérile ([12]). Le facteur décisif est constitué par les rapports sociaux réels, principalement le comportement des groupes sociaux envers le surproduit social.

Un mode de production peut se fonder sur différentes formes de propriété. L'exemple du féodalisme le montre bien. Au Moyen Age, il s'est fondé sur la propriété féodale privée des terres dans les pays occidentaux et sur la pro­priété féodale d'Etat dans les pays orientaux. Néanmoins, dans les deux cas, les rapports sociaux étaient féo­daux, ils s'appuyaient sur l'exploitation féodale que la classe des paysans pro­ducteurs subissait.

Dans le Livre III du Capital Marx dé­finit comme caractéristique principale de toute société « la forme économique spécifique sous laquelle le travail gra­tuit est directe­ment soutiré des produc­teurs. » Par consé­quent, ce qui joue le rôle décisif ce sont les rapports entre ceux qui contrôlent le pro­cessus et les résultats de la production et ceux qui exercent cette dernière ; l'attitude des propriétaires des conditions de la pro­duction envers les producteurs eux-mê­mes... : « C'est ici que nous découvrons le mystère le plus profond, la base ca­chée de toute la so­ciété. » ([13])

Nous avons déjà donné le tableau des rap­ports entre la couche dirigeante et les pro­ducteurs tel que le décrit Trotsky. D'un côté, « les propriétaires des conditions de la pro­duction » réels incarnés dans Etat (c’est-à-dire la bu­reaucratie organisée), de l'autre, les propriétaires « de-jure », en fait les tra­vailleurs dépossédés des droits, les sa­lariés dont « le travail gratuit est souti­ré ». Il n'est possible d'en tirer qu'une seule conclusion logique : du point de vue de leur nature, il n'y a aucune diffé­rence fondamentale entre le système bu­reaucratique stalinien et celui du capi­talisme « classique ».

Ici aussi, après avoir dit « A », après avoir démontré une identité fondamen­tale de ces deux systèmes, Trotsky ne dit pas « B ». Au contraire, il se dresse ca­tégoriquement con­tre une identification de la société stali­nienne à un capita­lisme d'Etat et il avance la thèse qu'il existe en URSS une forme spéci­fique d'« Etat ouvrier » où le prolétariat de­meure une classe dirigeante du point de vue économique et ne subit pas d'exploi­tation bien qu'il soit « politiquement ex­proprié ».

Pour soutenir cette thèse, Trotsky invo­que la nationalisation des terres, des moyens de production, du transport et des échanges ainsi que le monopole du commerce exté­rieur, c’est-à-dire qu’il dresse le même ar­gumentaire « juridique » qu'il a déjà réfuté d'une manière convaincante (voir les cita­tions ci-dessus). A la page 72 [édition russe] de La Révolution trahie il nie que la pro­priété d'Etat puisse « transformer le fumier en or », mais à la page 206, au contraire, il déclare que le seul fait de la nationalisation suffit pour que les tra­vailleurs opprimés deviennent la classe dirigeante.

Le schéma qui efface la réalité

Comment peut-on expliquer cela ? Pourquoi Trotsky, le publiciste, le criti­que impitoya­ble du stalinisme qui cite les faits démon­trant que la bureaucratie est une classe diri­geante et un exploi­teur collectif, peut-il con­tredire Trotsky, le théoricien qui essaie d'analy­ser les faits exposés ?

Evidemment, on peut donner deux sé­ries de causes principales qui ont empê­ché Trotsky de surmonter cette contra­diction. Ce sont des causes de type théorique et des causes de type politi­que.

Dans La Révolution trahie, Trotsky es­saie de réfuter en théorie la thèse de l'essence de classe de la bureaucratie en avançant des ar­guments assez faibles dont le fait qu’elle « n'a ni titres ni ac­tions » ([14]). Mais pour­quoi la classe dirigeante doit-elle obligatoi­rement les posséder ? Car il est bien évident que la possession « des actions et des obli­ga­tions » elle-même n'a aucune impor­tance : la chose importante consiste dans le fait que tel ou tel groupe social s’approprie ou non un surproduit du travail des producteurs di­rects. Si oui, la fonction d'exploitation existe indé­pendamment de la distribution d'un pro­duit approprié soit en tant que profit sur des actions, soit en tant que traitements et privi­lèges de fonction. L'auteur de La Révolution trahie est aussi peu con­vaincant quand il dit que les représen­tants de la couche dirigeante ne peuvent pas laisser leur statut privilégié en héri­tage ([15]). Il est peu probable que Trotsky ait sérieusement envisagé que les fils de l’élite puissent devenir ou­vriers ou paysans.

A notre avis, il ne faut pas chercher dans des explications superficielles de ce genre une cause vraiment fondamen­tale du refus de Trotsky de considérer la bureaucratie comme la classe sociale dirigeante. Il faut la chercher dans sa conviction profonde que la bureaucratie ne pouvait pas devenir l’élément central d'un système stable, qu'elle n’était ca­pable que de « traduire » les inté­rêts d'autres classes, mais en les faussant.

Aux cours des années 20, cette convic­tion était déjà devenue la base du sché­ma des an­tagonismes sociaux de la so­ciété « soviétique » adopté par Trotsky pour qui le cadre de tous ces antagonis­mes était réduit à une dichotomie stricte : prolétariat-capital privé. Dans ce schéma, il ne reste aucune place pour une « troisième force ». L’ascension de la bureaucratie a été considé­rée comme le résultat d'une pression de la petite bourgeoisie rurale et urbaine sur le parti et l'Etat. La bureaucratie a été considé­rée comme un groupe balançant entre les in­térêts des ouvriers et ceux des « nouveaux propriétaires », qui n’était capable de bien servir ni les uns, ni les autres. Indubitablement, après une première atteinte sérieuse sur sa stabi­lité, le régime de domi­nation d'un pa­reil groupe instable « entre les classes » devrait tomber et ce groupe se scinder. C'est ce que Trotsky a prédit à la fin des années 20 ([16]).

Pourtant, dans la réalité, les événements se sont développés d'une autre manière. Après un conflit des plus violents avec la paysan­nerie et la petite bourgeoisie, la bureaucratie n'est pas tombée et ne s'est pas scindée. Après avoir facilement obtenu la capitula­tion de la « droite » peu nombreuse en son sein, elle a com­mencé à liquider la NEP, « les koulaks comme classe », a déployé une collecti­visation et une industrialisation for­cées. Tout cela a été complètement inat­tendu pour Trotsky et ses partisans, car ils étaient sûrs que les « apparatchiks » centris­tes n'en seraient pas capables du fait de leur nature ! Il n'est pas étonnant que l’échec des prévisions politiques de l'opposition trots­kiste ait entraîné son déclin catastrophique. ([17])

En tentant en vain de trouver une issue, Trotsky a envoyé de son exil des lettres et des articles où il a démontré qu'il n'y avait là qu'un détour de l'appareil qui allait « inévitablement échouer bien avant qu'il n'obtienne le moindre résul­tat sérieux » ([18]). Même quand le lea­der de l'Opposition a constaté l’inconsistance pratique de ses con­cep­tions à propos d'un rôle « dépendant » de la bureaucratie « centriste », il a continué obstinément à s'en tenir à un schéma en état de faillite. Ses ré­flexions théoriques de l’époque du « grand tournant » nous frap­pent par leur éloigne­ment de la réalité. Par exemple, à la fin de 1928 il écrit : « Le cen­trisme est une ligne officielle de l'appareil. Le porteur de ce cen­trisme est le fonction­naire du parti... Les fonctionnaires ne for­ment pas une classe. Quelle ligne de classe le cen­trisme repré­sente-t-il ? » Car Trotsky niait la possibilité même d'une ligne propre de la bureaucratie ; il en était arrivé à la conclusion suivante : « Les propriétaires montants trouvent leur expression, même lâ­che, dans la frac­tion de droite. La ligne pro­létarienne est représen­tée par l'opposition. Que reste-t-il au cen­trisme ? Après la dé­duction des sommes ci-dessus reste... le pay­san moyen » ([19]). Et Trotsky écrit tout cela alors même que l'ap­pareil sta­linien conduit la campagne de vio­lence contre la paysan­nerie moyenne et pré­pare la liquidation de sa formation éco­nomique !

Et par la suite, Trotsky a continué d'at­tendre une proche désintégration de la bureaucratie en éléments prolétariens, bourgeois et « ceux qui resteraient de côté ». Il a prédit la chute du pouvoir des « centristes » d'abord après l’échec d’une « collectivisation com­plète », puis comme résultat d'une crise éco­nomique à la fin du premier quinquen­nat. Dans son « Projet de plate-forme de l'oppo­sition de gauche internationale sur la ques­tion russe » rédigé en 1931, il a même envi­sagé la possibilité d'une guerre civile quand les éléments de l'ap­pareil d'Etat et du parti seraient divisés « des deux côtés de la barri­cade » ([20]).

Malgré toutes ces prévisions, le régime sta­linien s'est maintenu, la bureaucratie non seulement s'est unifiée, mais elle a même renforcé son pouvoir totalitaire. Néanmoins, Trotsky a continué de con­sidérer le système bureaucratique en URSS comme extrême­ment précaire, et dans les années 30, il a cru que le pou­voir de la bureaucratie pouvait s'effon­drer à tout moment. De ce fait, on ne peut pas considérer celle-ci comme une classe. Trotsky a le plus clairement ex­primé cette pensée dans son article « L'URSS en guerre » (septembre 1939) : « Est-ce que nous ne nous trom­perons pas si nous don­nons le nom d'une nouvelle classe dirigeante à l'oli­garchie bonapartiste quelques années ou même quelques mois avant sa chute hon­teuse ? » ([21]).

Ainsi, tous les pronostics sur le destin de la bureaucratie « soviétique » diri­geante faits par Trotsky ont été réfutés les uns après les autres par les événe­ments eux-mêmes. Pourtant, malgré tout cela, il n'a pas voulu modifier ses opinions. Pour lui, l'attache­ment à un schéma théorique valait plus que tout le reste. Mais là ne se trouve pas la seule cause, car Trotsky fut plus homme po­litique que théoricien et il préféra géné­rale­ment une approche « politique con­crète » de divers problèmes à une ap­proche « sociologique abstraite ». Et ici nous allons voir une autre cause impor­tante de son refus obstiné de nommer les choses par leur pro­pre nom.

La terminologie et la politique

Si nous examinons l'histoire de l'oppo­sition trotskiste dans les années 20 et au début des années 30, nous verrons que la base de toute sa stratégie politique était de miser sur une désintégration de l'appareil gouvernant en URSS. C’est l'alliance d'une « tendance de gauche » hypothétique avec l'Opposition que Trotsky considérait comme la condition né­cessaire pour une réforme du parti et de l'Etat. « Le bloc avec les centristes [la partie stalinienne de l'appareil - A.G.] est admissi­ble et possible en principe, écrit-il à la fin de 1928. De plus, seul un tel regroupement dans le parti peut sauver la révolu­tion » ([22]). En comptant sur un tel bloc, les leaders de l'opposition tentaient de ne pas re­pousser les bureaucrates « progressistes ». En particulier, cette tactique explique une attitude plus qu’équivoque des leaders de l'Opposition envers la lutte de classe des travailleurs contre l'Etat, leur refus de créer leur propre parti, etc.

Même après son exil de l'URSS, Trotsky a continué de placer ses espoirs dans le rap­prochement avec les « centristes ». Son aspi­ration à s'appuyer sur une par­tie de la bu­reaucratie dirigeante était si grande qu'il était prêt à transiger (sous certaines condi­tions) avec le secrétaire général du Comité Central du PC. L'histoire du mot d'ordre « Démettre Staline ! » en est un exemple frappant. En mars 1932, Trotsky a publié une let­tre ouverte au Comité Exécutif Central de l'URSS ou il lance un appel : « Il faut réaliser enfin le dernier conseil insis­tant de Lénine : démettre Staline » ([23]). Mais quelques mois après, à l'automne de cette même année, il avait déjà reculé en l'expliquant ainsi : « Il ne s'agit pas de la personne de Staline, mais de sa fraction... Le mot d'ordre "A bas Staline !" peut être compris (et serait inévitablement compris) comme l'appel à un renversement de la frac­tion qui est aujourd'hui au pouvoir et, au sens plus large, de l'appareil. Nous ne vou­lons pas renverser le système, mais le ré­former... » ([24]). Trotsky a mis tous les points sur « i » sur la question de l'attitude envers les staliniens dans son article-inter­view inédit écrit en décem­bre 1932 : « Aujourd'hui, comme jadis, nous sommes prêts à une coopération multiforme avec la fraction dirigeante actuelle. Question : en conséquence, êtes-vous prêts à coopérer avec Staline ? Réponse : Sans aucun doute » ([25]).

Au cours de cette période Trotsky liait la possibilité d'un tournant d'une partie de la bureaucratie stalinienne vers « la coopéra­tion multiforme » avec l'Opposition à une proche « catastrophe » du régime qu'il consi­dérait comme inévitable, comme nous l'avons déjà vu plus haut, en raison de la « précarité » de la position sociale de la bu­reaucratie ([26]). En fonction de cette catas­trophe, les leaders de l'Opposition considé­raient l'alliance avec Staline comme le moyen de sauver le parti, la propriété natio­nalisée et l'« économie planifiée » de la con­tre-révolution bourgeoise.

Pourtant, la catastrophe n'a pas eu lieu : la bureaucratie était beaucoup plus con­solidée et forte que ne le pensait Trotsky. Le Bureau Politique n'a rien répondu à ses appels en vue d’assurer « une coopération honnête des fractions historiques » dans le PC ([27]). Enfin, à l'automne 1933, après beaucoup d’hésitations, Trotsky a rejeté l’espoir tout utopique en des réformes du sys­tème bu­reaucratique avec la participa­tion des stali­niens et a appelé à faire « une révolution politique » en Union Soviétique.

Mais ce changement du mot d’ordre princi­pal des trotskistes n'a nullement signifié la révision radicale de leurs points de vue sur la nature de la bureau­cratie, du parti et de l'Etat, ni un refus définitif des espérances en faveur d’une alliance avec sa tendance « progressiste ». Quand Trotsky a écrit La Révolution trahie et après, il consi­dérait en théorie la bureaucratie comme une formation précaire dévorée par des antagonismes croissants. Dans « Le Programme de transi­tion » de la IVe Internationale (1938) il dé­clare que l'appareil gouvernant en URSS com­prend toutes les tendances politiques, dont une « vraiment bolchevique ». Trotsky se représente cette dernière comme une mi­norité dans la bureau­cratie, mais une minori­té assez impor­tante : il ne parle pas de quelques appa­ratchiks, mais de la frac­tion de la cou­che comptant de 5 a 6 millions de per­sonnes. D’après Trotsky, cette fraction « vraiment bolchevique » constituait une ré­serve potentielle pour l'opposi­tion de gau­che. De plus, le leader de la IVe Internationale a cru admissible la formation d'un « front uni » avec la partie stalinienne de l'appareil en cas de tentatives de contre-révolution capita­liste auxquelles il fallait s'attendre « dans l’immédiat », comme il pensait en 1938 ([28]).

C'est avant tout cette orientation politi­que (à la fin des années 20 et au début des années 30) vers la coopération et vers le bloc avec les « centristes », c’est-à-dire avec la majori­té de la bureaucra­tie « soviétique » diri­geante, puis (dès 1933) vers l'alliance avec sa minorité « vraiment bolchevique » et vers « un front uni » avec la fraction stalinienne dirigeante qu'il faut avoir en vue en exami­nant les idées de Trotsky sur la nature de l'oligarchie bureaucratique, et des rapports sociaux en URSS en géné­ral, exprimées le plus complètement dans La Révolution tra­hie.

Supposons que Trotsky ait reconnu dans la bureaucratie « soviétique » totalitaire une classe dirigeante exploiteuse en­nemie acharné du prolétariat. Quelles en eussent été les conséquences politi­ques ? En premier lieu, il aurait fallu rejeter l’idée de s'unir avec une partie de cette classe - la thèse même de l'exis­tence d'une pareille « fraction vraiment bolchevique » au sein de la classe bu­reaucratique exploiteuse aurait paru aussi absurde que la supposition de son existence au sein de la bourgeoisie, par exemple. En deuxième lieu, dans un tel cas, une supposée alliance avec les sta­liniens pour lutter contre « la contre-ré­volution capitaliste » serait de­venue un « front populaire », politique dés­ap­prouvée catégoriquement par les trots­kis­tes, puisqu’elle aurait consisté en un bloc entre classes ennemies, au lieu d'être un « front uni » au sein d'une classe, idée ac­ceptable dans la tradition bolchevik-léni­niste. Bref, constater l'es­sence de classe de la bureaucratie portait un coup très sérieux aux bases de la stratégie politique de Trotsky. Naturellement, il ne l'a pas voulu.

Ainsi, le problème de déterminer la na­ture de la bureaucratie qui peut à pre­mière vue sembler terminologique ou théorique, était beaucoup plus impor­tant.

Le destin de la bureaucratie

Il faut rendre justice a Trotsky : à la fin de sa vie il a commencé à réviser ses visions de la bureaucratie stalinienne. On le voit dans son livre « Staline », la plus mûre de ses œuvres bien qu’inachevée. En examinant les événe­ments décisifs au tournant des années 20-30, quand la bureaucratie a complè­te­ment monopolisé le pouvoir et la propriété, Trotsky considère déjà l'appa­reil d'Etat et du parti comme une des forces sociales princi­pales qui luttaient pour disposer du « surplus de la pro­duction du travail natio­nal ». Cet ap­pareil était mu par l'aspiration à contrô­ler de façon absolue ce surproduit et non par la « pression » venant du proléta­riat ou bien par « la poussée de l'opposi­tion » (ce que Trotsky avait jadis pré­tendu) qui avait obligé les apparatchiks à déclarer la guerre à outrance aux « éléments petit-bour­geois » ([29]). En conséquence, la bu­reaucra­tie « n'expri­mait » pas les intérêts d'autrui et ne « balançait » pas entre deux pôles, mais se manifestait en tant que groupe social con­scient avec ses propres in­té­rêts. Elle l’a em­porté dans la lutte pour le pouvoir et les profits après avoir abattu tous ses concur­rents. Elle a mo­nopolisé la disposition du surproduit (c’est-à-dire la fonction d'un pro­prié­taire réel des moyens de production). Après l'avoir avoué, Trotsky ne peut plus négliger la question d'une es­sence de classe de la bureaucratie. En effet, quand il parle des années 20, il dit : « La substance du Thermidor [soviétique] ... se trouvait dans la cris­tallisation d'une nou­velle couche pri­vilégiée, la création d'un nouveau substra­tum pour la classe éco­nomi­quement diri­geante [souligné par A.G.]. Deux préten­dants ambition­naient ce rôle : la petite bourgeoisie et la bureaucra­tie elle-même » ([30]). Ainsi le substrat avait nourri deux prétendants pour jouer le rôle d'une classe diri­geante, il ne restait qu'à découvrir qui vaincrait - c'est la bureaucratie qui a vaincu. La conclusion en est bien claire : c'est la bureaucratie qui est de­venue cette classe sociale dirigeante. A la vérité, après avoir préparé cette con­clusion, Trotsky n'y parvient pas, préfé­rant ne pas achever poli­tiquement ses réflexions. Mais il a fait un grand pas en avant.

Dans son article « L'URSS dans la guerre » pu­blié en 1939, Trotsky a fait encore un pas dans cette direction : il croit possible en théorie que « le régime stalinien [soit] la première étape d'une société d'exploitation nouvelle ». Certes, il a comme toujours sou­ligné qu'il avait un autre point de vue sur ce­la : le système soviétique et la bureau­cra­tie qui y gouvernait n’étaient qu'une « récidive épisodique » dans le proces­sus de la transformation d'une société bourgeoise en société socialiste. Néanmoins il a déclaré sa bonne volonté de réviser ses opinions en certaines cir­constances, au cas où le gouver­nement bureaucratique en URSS survivrait à la guerre mondiale déjà commencée et se répandrait dans d’autres pays ([31]).

On sait que tout s’est passé comme cela. La bureaucratie qui, d'après Trotsky, est privée de toute mission historique, se trouve « entre les classes », est non au­tonome et précaire, constitue « une ré­cidive épisodique », n'a pas fait autre chose que de changer radicalement la structure sociale de l'URSS par la prolé­tarisation de millions de paysans et de petits bourgeois, de réaliser une indus­trialisation fondée sur la surexploitation des tra­vailleurs, de transformer le pays en grande puissance militaire, de survi­vre à la guerre la plus pénible, d’exporter les formes de sa domination en Europe Centrale et de l'Est et en Asie du Sud-Est. Est-ce qu'après cela Trotsky aurait changé ses visions de la bu­reau­cratie ? C'est difficile à dire : il n'a pas survécu à la 2ème guerre mondiale et n’a pu voir la formation d'un « camp socialiste ». Mais pendant les dizaines d'années d’après-guerre, la plupart de ses adeptes politiques ont continué à ré­péter à la lettre les dogmes théoriques tirés de La Révolution trahie.

La marche de l'histoire a évidemment réfuté tous les points principaux de l'analyse trots­kiste du système social en URSS. Pour le constater il ne suffit que d'un fait : aucune des « réalisations » de la bureaucratie citées ci-dessus ne se conforme au schéma théori­que de Trotsky. Pourtant, même aujourd'hui, certains chercheurs (sans parler des re­pré­sentants du mouvement trotskiste) conti­nuent à prétendre que la concep­tion de l'au­teur de La Révolution trahie et ses pronos­tics concernant le destin d'une « caste » diri­geante ont été con­firmés par l’échec du ré­gime du PCUS et les événements qui ont suivi en URSS et dans les pays du « bloc soviétique ». Il s'agit de la prédiction de Trotsky d’après laquelle le pouvoir de la bu­reaucratie devait inévitablement tomber, soit comme résultat d’une « révolution politi­que » des masses des travailleurs, soit après un coup d'Etat social bour­geois contre-révo­lutionnaire ([32]). Par exemple, l'auteur de la série des livres apologétiques sur Trotsky et sur l'op­position trotskiste, V.Z. Rogovine ([33]), écrit que « la variante "contre-révolu­tion­naire" des pronostics de Trotsky a été réali­sée avec un retard de 50 ans, mais de façon extrêmement précise. » ([34])

Où trouvons-nous cette précision, et surtout son caractère « extrême » ?

L'essence de la variante « contre-révo­lution­naire » des pronostics de Trotsky a été avant tout dans ses prédictions de la chute de la bureaucratie en tant que couche dirigeante. « La bureaucratie est inséparablement liée à la classe diri­geante au sens économique [il s'agit du prolétariat - A.G.], nourrie de ses raci­nes sociales, elle se tient et tombe avec lui [souligné par A.G.] » ([35]). En sup­po­sant, que dans les pays de l'ex-Union Soviétique a eu lieu la contre-révolution so­ciale et que la classe ouvrière a perdu son pouvoir économique et social, d'après Trotsky, la bureaucratie diri­geante aurait dû tomber avec lui.

Est-ce qu'elle est tombée en réalité, est-ce qu'elle a cédé la place à la bourgeoi­sie venue de quelque part ailleurs ? D’après l’Institut de Sociologie de l’Académie des Sciences de Russie, plus de 75 % de « l’élite politi­que » russe et plus de 61 % de « l’élite du business » sont originaires de la Nomenklatura de la période « soviétique » ([36]). Par con­séquent, les mêmes mains tien­nent les mêmes positions sociales, économi­ques et politiques dirigeantes dans la so­ciété. L'origine d’une autre partie de l’élite s’explique simplement. La sociologue O. Krychtanovskaya écrit : « Outre la privatisa­tion directe... dont le sujet principal était la partie technocratique de la Nomenclatura (économistes, ban­quiers professionnels etc.), a eu lieu la création quasi spontanée des structures commerciales qui parais­saient n'avoir aucune relation avec la Nomenklatura. A la tête de telles structures se sont trouvés de jeunes gens dont l'étude des biographies n'a pas révélé de lien avec la Nomenklatura. Mais leurs grands succès financiers n'expliquent qu'une chose : n’étant pas partie de la Nomenklatura, ils étaient ses hommes de confiance, ses "agents de trust", au­trement dit, plénipoten­tiaires [souligné par l'auteur - A. G.] » ([37]). Tout cela montre très clairement que ce n'était pas un quelconque « parti bourgeois » (d'où peut-il apparaître du fait de l'absence de la bourgeoisie sous le régime totali­taire ?) qui a pris le pouvoir et a réussi à utiliser quelques originaires de la « caste » gouvernante de jadis en tant que ses servi­teurs - c'est la bureaucratie elle-même qui a transformé d'une ma­nière organisée les for­mes économiques et politiques de sa domi­nation, en res­tant le maître du système.

Ainsi, contrairement à la prévision de Trotsky, la bureaucratie n'est pas tom­bée. Avons-nous, pourtant, constaté la réalisation de l'autre aspect de ses pro­nostics, la pré­diction d'une scission imminente de la « couche » sociale diri­geante en éléments prolétariens et bour­geois et de la formation en son sein d'une fraction « vraiment bol­chevi­que » ? Effectivement, les leaders des partis « communistes », différentes for­mes des débris du PCUS, prétendent actuelle­ment jouer le rôle des vrais bol­cheviks, des défenseurs des intérêts de la classe ouvrière. Mais il est peu pro­bable que Trotsky aurait reconnu « les éléments prolétariens » en Zouganov et en Ampilov ([38]) car le but de toute leur lutte « anticapitaliste » n'est pas autre chose que la restauration de l'ancien régime bureaucratique dans sa forme stalinienne classique ou « étatiste pa­triotique ».

Enfin, Trotsky avait vu la variante « contre-révolutionnaire » de la chute du pouvoir de la bureaucratie dans des couleurs presque apocalyptiques : « Le capitalisme ne pour­rait (ce qui est douteux) être restauré en Russie qu'à la suite d'un coup d'Etat contre-révolu­tionnaire cruel qui conduirait à dix fois plus de victimes que la révolution d’Octobre et la guerre civile. En cas de chute des Soviets, leur place ne serait occu­pée que par le fascisme russe, par rapport auquel les cruautés des régimes de Mussolini et de Hitler apparaîtraient comme des institutions philanthropi­ques. » ([39]). Il ne faut pas considérer cette prédiction comme une exagération accidentelle, car elle résulte inévitable­ment de toutes les visions théoriques de Trotsky sur la nature de l'URSS, et avant tout de sa conviction pro­fonde que le système bureaucratique « soviétique » servait à sa manière les mas­ses des travailleurs, garantissant leurs « conquêtes sociales ». Cette vi­sion admet­tait naturellement que la transi­tion contre-révolutionnaire du stali­nisme au capitalisme devrait être ac­compagnée de la levée des masses prolé­tariennes pour défendre l'Etat « ouvrier » et « leur » propriété natio­nalisée. Et seul un régime féroce du type fasciste pourrait sûrement abattre et écraser une ré­sistance puissante des ouvriers contre « la restauration capita­liste ».

Bien sûr, Trotsky n'avait pu supposer qu'en 1989-1991 la classe ouvrière ne défendrait pas la nationalisation de la propriété et l'ap­pareil d'Etat « communiste », et que, de plus, elle contribuerait activement à leur aboli­tion. Car les travailleurs ne voyaient rien dans l'ancien système qui aurait justifié sa défense ; la transition à l’économie de mar­ché et la dénationa­lisation de la propriété n'ont mené à au­cune lutte de classe san­glante et aucun régime fasciste ou semi-fa­sciste n'a été nécessaire. Ainsi, dans ce do­maine, il n'y a pas lieu de parler d'une réali­sation des pronostics de Trotsky.

Si la bureaucratie « soviétique » n’était pas une classe dirigeante et, selon Trotsky, n’était que le « gendarme » du processus de distribution, la restauration du capitalisme en URSS demanderait une accumulation primitive du capital. En effet, les publicistes russes contem­porains emploient souvent cette expres­sion de « l'accumulation primi­tive du capital ». En l'utilisant, les auteurs la comprennent en général comme l'enri­chis­sement de telle ou telle personne, l'accumu­lation de l'argent, des moyens de production et d'autres biens dans les mains de « nouveaux Russes ». Pourtant tout cela n'a aucun rapport avec la com­préhension scien­tifique de l'accumula­tion primitive du capital découverte par Marx dans « Le Capital ». En analysant la genèse du capital, Marx a sou­ligné que « son accumulation appelée 'pri­mitive' n'est qu'un processus historique de séparation du producteur et des moyens de production » (40). La for­mation de l’armée des salariés par la confiscation de la pro­priété des produc­teurs est une des conditions principales de la formation d'une classe diri­geante. Est-ce qu'au cours de années 90 dans les pays de l'ex-URSS « les restaurateurs du capitalisme » ont eu besoin de former une classe de salariés par l'expropriation des producteurs ? Evidemment non : cette classe existait déjà, les producteurs ne contrôlaient les moyens de produc­tion en aucune manière - il n'y avait personne à exproprier. Par con­séquent, le temps de l'accumulation primi­tive du capital était déjà passé.

Quand Trotsky a lié l'accumulation primitive à la dictature cruelle et à l'ef­fusion de sang, il avait sans doute rai­son. Marx écrit aussi que « le capital [vient au monde] suant le sang et la boue par tous les pores » et à son pre­mier stade a besoin d'une « discipline sanguinaire » (41). L’erreur de Trotsky ne se trouve que dans le fait qu'il liait l’accumulation primitive à une pro­chaine contre-révolution hypothétique et ne voulait pas voir comment elle (avec tous ses attri­buts nécessaires comme une tyrannie politi­que monstrueuse et des massacres en masse) se réalisait sous ses yeux. Les millions de paysans pillés, mourant de faim et de mi­sère, les ouvriers privés de tous les droits et condamnés à travailler au-dessus de leurs forces, dont les tombeaux étaient les fonda­tions permettant de bâtir les édifices prévus par les quinquennats staliniens, les innom­brables prisonniers du GOULAG - voici les véritables vic­times de l'accumulation primi­tive en URSS. Les possesseurs contempo­rains de la propriété n'ont pas besoin d'ac­cumuler le capital, pour eux il suffit de le redistribuer entre eux-mêmes en le trans­formant de capital d'Etat en capi­tal privé corporatif (42). Mais cette opé­ration qui ne signifie pas un change­ment de société ni des classes dirigean­tes, ne nécessite pas de grands cata­clysmes sociaux. Si on ne le comprend pas, on ne peut comprendre ni l'histoire « soviétique », ni l’actualité russe.

Concluons. La conception trotskiste de la bureaucratie qui avait synthétisé la série des visions théoriques fondamenta­les et des perspectives politiques de Trotsky, n'a pas été capable d’expliquer ni les réalités du stalinisme ni la marche de son évolution. On peut dire la même chose d'autres postulats de l'analyse trotskiste du système social de l'URSS (l'Etat « ouvrier », le caractère « post-capitaliste » des relations sociales, le rôle « double » du stalinisme, etc.). Néanmoins, Trotsky a pourtant réussi à ré­soudre le problème dans un autre sens : ce publiciste remarquable a fait une critique foudroyante des thèses sur la construction du « socialisme » en Union Soviétique. Et c’était déjà pas mal pour son temps.

A.G.

40 Karl Marx, Le Capital, Livre I, Editions sociales, Paris 1976, p. 518.

41. Ibidem, p. 555 et 541.

42. En faisant une conclusion analogique après des études sociologique concrètes, O. Krychtanovskaya écrit : « Si on analyse attentivement la situation en Russie au cours des années 90 (...), on constate que seuls les physiciens maladroits qui ont décidé de devenir "brockers", ou les ingénieurs en tech­nologie devenus propriétaires de kiosques ou de coopératives commerciales, faisaient de "l'accumulation primitive". Leur passage par cette accumulation a presque toujours fini par l'achat d’actions de "MMM" [une pyramide financière] (le résultat en est bien connu) et a rarement abouti à l'étape de "l'accumulation secondaire". » (Izvestia, 10 janvier 1996).



[1]. Léon D. Trotsky, La révolution trahie, p. 602 et 532, in De la Révolution, Editions de Minuit, Paris, 1963.

[2]. Ibidem, p. 476, 502 et 516.

[3]. Ibidem, p. 520.

[4]. Ibidem, p. 533.

[5]. Ibidem, p. 530.

[6]. Ibidem, p. 597.

[7]. Ibidem, p. 525 et suivantes.

[8]. Ibidem, p. 602.

[9]. Ibidem, p. 472.

[10]. Ibidem, p. 597-598.

[11]. Ibidem, p. 497.

[12]. Marx, Misère de la philosophie, chap. 2.

[13]. Marx, Le Capital, Livre III.

[14]. Léon D. Trotsky, La révolution trahie, p. 603.

[15]. Ibidem, p. 603 et 605.

[16]. Voir l'article « Vers la nouvelle étape » - Centre russe des collections de documents de la nouvelle histoire (CRCDNH), fond 325, liste 1, dossier 369, p. 1-11.

[17]. Vers 1930, l'opposition a perdu deux tiers de ses effectif, y compris presque toute sa « direction historique » (10 personnes des 13 qui ont signé « La Plate-forme des bolcheviks-léninistes » en 1927).

[18]. CRCDNH, f. 325, l. 1, d. 175, p. 4, 32-34.

[19]. Ibid., d. 371, p. 8.

[20]. Bulletin de l'opposition (BO), 1931, No 20, p. 10.

[21]. Ibidem, 1939, No 79-80, p. 6.

[22]. CRCDNH, f. 325, l. 1., d. 499, p. 2.

[23]. BO, 1932, No 27, p. 6.

[24]. Ibid., 1933, No 33, p. 9-10.

[25]. Cf. P. Broué, Trotsky et le bloc des oppositions de 1932, in Cahiers Léon Trotsky, 1980, No 5, p. 22.

[26]. Cf. L. D. Trotsky, Lettres et correspondance, Moscou, 1994, p. 54-55.

[27]. Ibid.

[28]. BO, 1938, No 66-67, p. 15.

[29]. Léon D. Trotsky, Staline, Editions Grasset, Paris, 1948, p. 546 et 562.

[30]. Ibidem, p. 562.

[31]. Léon D. Trotsky, L'URSS dans la guerre, Oeuvres T. 22, Paris 1985, p. 48.

[32]. Léon Trotsky, La Révolution trahie, Ibid. p. 603-605.

[33]. Vadim Rogovine était, à l'époque, « soviétique » un des principaux propagandistes officiels et commentateurs de la politique sociale du PCUS, professeur à l'Institut Russe de Sociologie. Durant la Perestroïka, il s'est converti en « antistalinien » et admirateur inconditionnel de Trotsky. Il est l'auteur d'un certain nombre de livres faisant l'apologie de Trtosky et de ses idées.

[34]. V.Z. Rogovine, La Neo-Nep stalinienne. Mos­cou, 1994, p. 344.

[35]. BO, 1933, No 36-37, p. 7.

[36]. Krychtanovskaya O. L'oligarchie financière en Russie, Izvestia, 10 janvier 1996.

[37]. Ibid.

[38]. Zouganov est le chef du parti communiste « rénové » et principal rival d'Eltsine lors de la der­nière élection présidentielle. Victor Ampilov, pour sa part, est le principal dirigeant du mouvement stali­nien « dur » en Russie, fondateur du « Parti com­muniste ouvrier russe ». Il plaide pour la restaura­tion du totalitarisme « classique » des années 30.

[39]. BO, 1935, No 41, p. 3.