Depuis
1989, les proclamations de la bourgeoisie sur la fin du communisme n'ont cessé
de faire grand bruit. On nous a dit et répété que l'effondrement des régimes
« communistes » était la preuve de l'impossibilité de créer une
forme de société supérieure au capitalisme. On nous pousse aussi à croire que
les prédictions du marxisme sur la désintégration inévitable de l'économie
capitaliste sont fausses et qu'elles ne sont justes que pour le marxisme lui
même. Après tout, l'histoire n'a pas été témoin de l'effondrement du
capitalisme mais de celui du socialisme !
Les
marxistes ont le devoir de combattre ces campagnes idéologiques et il est bon
de rappeler que de telles rengaines ne sont en aucune manière nouvelles. Il y
a quasiment 100 ans, les « révisionnistes » dans la seconde Internationale,
éblouis par les succès d'une société bourgeoise qui était à son apogée, essayaient
de mettre en avant le fait que la théorie marxiste des crises était obsolète,
écartant ainsi la nécessité d'un renversement révolutionnaire du capitalisme.
L'aile
gauche de la social-démocratie, avec Rosa Luxemburg en première ligne, n'a pas
eu peur de s'en tenir aux « vieux » principes du marxisme et de
répondre aux révisionnistes en réaffirmant que le capitalisme ne pouvait
échapper à la catastrophe; et ce qui s'est passé dans les trois premières décennies
du vingtième siècle a prouvé, de façon spectaculaire, qu'elle avait raison. La
guerre de 1914-18 a
démontré la fausseté des théories sur la possibilité d'un capitalisme évoluant
pacifiquement vers le socialisme ; la période de reconstruction qui a
suivi la guerre a été de courte durée et, pour l'essentiel, n'a concerné que
les Etats-Unis, donnant peu de temps à la classe dominante pour se féliciter
des succès de son système. De même la crise de 1929 et la profonde dépression
mondiale qui a suivi donnaient encore moins de bases à la bourgeoisie pour
affirmer que les prédictions économiques de Marx étaient fausses ou, au mieux,
valables seulement pour le 19e siècle.
Il en
a été autrement pour la période de reconstruction qui a suivi la deuxième
guerre mondiale. Les taux de croissance sans précédent observés pendant cette
période ont permis le développement de toute une industrie, ce qui a conduit à
monter en épingle toutes les théories sur l'embourgeoisement de la classe ouvrière,
sur la société de consommation, la naissance d'un nouveau capitalisme
« organisé » et la fin définitive de la tendance du système à entrer
en crise. Une fois de plus, on a proclamé que le marxisme était dépassé avec
encore plus d'aplomb.
La
crise qui s'est ouverte à la fin des années 1960 a révélé, une nouvelle
fois, la vacuité de toute cette propagande. Mais elle ne l'a pas révélé d'une
manière évidente, d'une façon qui puisse être appréhendée immédiatement par
le plus grand nombre de prolétaires. Le capitalisme, depuis le milieu des années
1930 et surtout depuis 1945, s'était, en effet, « organisé » dans le
sens où le pouvoir d'Etat avait pris la responsabilité de prévenir ses
tendances à l'effondrement. Et la formation des blocs impérialistes
« permanents » rendait possible le « management » du système
à l'échelle de la planète. Si les formes d'organisation capitalistes d'Etat
facilitaient le boom de la reconstruction d'après guerre, elles permettaient
aussi un certain ralentissement de la crise, de telle façon qu'au lieu
d'assister à un plongeon spectaculaire comme dans les années 1930, nous avons
connu, pendant près de trente ans, une chute irrégulière, ponctuée de
nombreuses « reprises » et « récessions » qui ont servi à
masquer la trajectoire sous-jacente de l'économie vers la faillite totale.
Au
cours de cette période, la bourgeoisie s'est pleinement servi de l'évolution
lente de la crise pour développer toutes sortes « d'explications »
sur les difficultés de l'économie. Dans les années 1970, les tensions
inflationnistes ont été mises sur le compte de la hausse du prix du pétrole et
sur celui des revendications excessives de la classe ouvrière. Au début des
années 1980, le triomphe du « monétarisme » et des Reaganomics ont
rejeté la faute sur les dépenses d'Etat excessives des gouvernements de gauche
qui avaient sévi dans la période précédente. Dans le même temps, la gauche
pouvait se permettre de souligner l'explosion du chômage qui a accompagné les
nouvelles politiques et accuser de mauvaise gestion les Thatcher, Reagan et
compagnie. Les deux arguments se fondaient sur une certaine réalité :
celle d'un capitalisme qui, pour autant qu'il puisse être géré, ne peut l'être
que par l'appareil d'Etat. Ce que de tous côtés ils cachaient, c'est le fait
que le « management » est pour l'essentiel un
« management » de crise. Néanmoins, le fait est que pratiquement
tous les « débats » économiques que nous offrait la classe dominante
tournaient autour de la question de la gestion de l'économie; en d'autres
termes, la réalité du capitalisme d'Etat a été utilisée pour cacher la
réalité de la crise puisque la nature incontrôlable de la crise n'est jamais
admise. Cette utilisation idéologique du capitalisme d'Etat a connu un nouveau
tournant en 1989 quand l'effondrement du modèle stalinien de capitalisme
d'Etat, comme nous l'avons déjà dit, a tenu lieu de preuve du fait que la
principale crise de la société d'aujourd'hui n'était pas celle du capitalisme
mais celle du... communisme.
L'effondrement
du stalinisme et les campagnes sur la « fin du marxisme » ont aussi
donné lieu aux plus extravagantes promesses d'une « nouvelle ère de paix
et de prospérité » qui devait inévitablement s'ouvrir. Les sept années
qui ont suivi ont battu en brèches toutes ces promesses, surtout celles qui
concernaient la « paix ». Mais même si sur le plan économique, les
marxistes peuvent largement mettre en évidence qu'elles ont été des années de
vache maigre, ils ne doivent pas sous-estimer la capacité de la bourgeoisie à
cacher la nature réellement catastrophique de la crise à la classe exploitée,
et donc à empêcher celle ci de développer sa conscience de la nécessité de
renverser le capitalisme.
C'est
pourquoi, au 11e congrès du CCI, notre résolution sur la
situation internationale était obligée de commencer sa partie sur la crise
économique par une dénonciation des mensonges de la bourgeoisie selon lesquels
le début d'une reprise économique était en vue, en particulier dans les pays
anglo-saxons. Deux ans plus tard, la bourgeoisie parle toujours de la reprise,
même si elle admet qu'il y a de nombreuses rechutes et exceptions. Ici, nous
voulons donc éviter de faire l'erreur (que font souvent les révolutionnaires,
du fait d'un enthousiasme compréhensible de voir l'avènement de la crise
révolutionnaire) de tomber dans une évaluation immédiatiste des perspectives
pour le capitalisme mondial. Mais en même temps, nous allons chercher à
utiliser les outils les plus affûtés de la théorie marxiste pour montrer la
futilité des affirmations de la bourgeoisie et pour souligner l'approfondissement
significatif de la crise historique du système.
La fausse
reprise
La
résolution sur la situation internationale du 11e Congrès du CCI (avril 1995) analysait les
raisons des taux de croissance plus élevés dans certains pays comme suit :
« Les
discours officiels sur la "reprise" font grand cas de l'évolution des
indices de la production industrielle ou du redressement des profits des
entreprises. Si effectivement, en particulier dans les pays anglo-saxons, on a
assisté récemment à de tels phénomènes, il importe de mettre en évidence les
bases sur lesquelles ils se fondent :
– le retour des profits découle bien souvent,
notamment pour beaucoup de grandes entreprises, des bénéfices
spéculatifs ; il a comme contrepartie une nouvelle flambée des déficits publics ;
il résulte enfin de l'élimination par les entreprises des "branches
mortes", c'est-à-dire de leurs secteurs les moins productifs ;
– le progrès de la production industrielle
résulte pour une bonne partie d'une augmentation très importante de la
productivité du travail basée sur une utilisation massive de l'automatisation
et de l'informatique.
C'est pour ces raisons qu'une des caractéristiques
majeures de la "reprise" actuelle, c'est qu'elle n'a pas été capable
de créer des emplois, de faire reculer le chômage de façon significative de
même que le travail précaire qui, au contraire, n'a fait que s'étendre, car le
capital veille en permanence à garder les mains libres pour pouvoir jeter à la
rue, à tout instant, la force de travail excédentaire. »
La
résolution continue en mettant l'accent sur
« l'endettement dramatique des Etats qui a connu, au cours des dernières
années, une nouvelle flambée » et sur le fait que « s'ils étaient soumis aux mêmes lois que les
entreprises privées, ils seraient déjà déclarés officiellement en
faillite. » Ce recours à l'endettement permet de mesurer la faillite
réelle de l'économie capitaliste, et ne peut que laisser présager des
convulsions catastrophiques de tout l'appareil financier. On en a eu une
indication avec la crise du peso mexicain : alors que le Mexique était
considéré comme un des modèles de la « croissance » du tiers monde,
le début de l'effondrement de sa monnaie a nécessité une opération de secours
massive de 50 milliards de dollars pour empêcher un véritable désastre sur
les marchés monétaires mondiaux. Cet épisode ne révélait pas seulement la
fragilité de la croissance tant vantée des économies du tiers monde (les
« dragons » d'Asie étant les plus vantés) mais aussi la fragilité de
l'économie mondiale toute entière.
Un an
plus tard, la résolution sur la situation internationale du 12e Congrès de RI passait en revue les
perspectives tracées au 11e Congrès du CCI pour
l'économie mondiale. Ce dernier avait prévu de nouvelles convulsions financières
et une nouvelle plongée dans la récession. La résolution du congrès de RI
énumérait les facteurs qui confirmaient cette analyse globale : des problèmes
dramatiques dans le secteur bancaire et une chute spectaculaire du dollar au
niveau financier; et au niveau des tendances vers la récession, les difficultés
croissantes des grands modèles de croissance économique, l'Allemagne et le
Japon. Ces indications de la profondeur réelle de la crise du capitalisme
sont devenues encore plus significatives au cours de l'année écoulée.
L'endettement
et l'irrationalité capitaliste
En
décembre 1996, Alan Greenspan, le patron de la banque centrale d'Amérique,
s'est levé à la fin d'un dîner chic et a commencé à parler de « l'exubérance irrationnelle » des
marchés financiers. Prenant cela pour le présage d'un krach financier, les investisseurs
se sont mis à vendre dans la panique partout dans le monde et des milliards
en actions (25 milliards rien qu'en Grande-Bretagne) ont été liquidés tout d'un
coup entraînant une des plus fortes chutes des cours depuis 1987. Les marchés
financiers se sont rapidement remis de ce mini krach mais cet épisode était
très significatif de la fragilité de tout le système financier. En effet,
Greenspan n'avait pas tort du tout de parler d'irrationalité. Les capitalistes
eux-mêmes se rendent compte de l'absurdité d'une situation dans laquelle la
bourse de Wall Street tend aujourd'hui à dégringoler dès que le taux de chômage
devient trop faible, car cela ravive la peur d'une « surchauffe » de
l'économie et de nouvelles tensions inflationnistes. Les commentateurs
bourgeois peuvent même voir qu'il y a un divorce grandissant entre les
investissements spéculatifs massifs réalisés sur tous les marchés financiers
du monde et l'activité productive réelle mais aussi la vente et les achats
« réels ». Comme nous l'avons pointé dans notre article « Une économie de casino » (Revue internationale n° 87) écrit
juste avant le mini krach de décembre, le New York Stock Exchange a récemment
fêté son centième anniversaire en annonçant que l'indice Dow Jones, avec un
accroissement de 620 % pendant les 14 dernières années, avait battu
tous les records précédents, y compris « l'exubérance irrationnelle »
qui avait précédé la crise de 1929. Plusieurs experts capitalistes ont
accueilli cette nouvelle en exprimant des craintes profondes : « les cours des entreprises américaines ne correspondent
plus du tout à leur valeur réelle » disait Le Monde. « Plus longtemps durera cette folie spéculative, plus
élevé sera le prix à payer ensuite » disait l'analyste
B.M. Biggs (cité aussi dans la
Revue internationale n° 87). Le même
article de la Revue signalait aussi
qu'alors que le marché mondial annuel tourne autour de 3 000 milliards de
dollars, les mouvements internationaux de capitaux sont estimés à
100 000 milliards de dollars, c'est-à-dire 30 fois plus. En somme, il y a
un divorce croissant entre les prix des actions sur le marché financier et
leur valeur réelle, ce que la bourgeoisie sait et elle en est si profondément
préoccupée que quelques allusions venant d'un gourou à la tête de l'économie
américaine peuvent susciter une énorme crise de confiance sur les marchés
financiers mondiaux.
Ce
que les capitalistes ne comprendront jamais, bien sûr, c'est que la
« folie spéculative » est justement un symptôme de l'impasse dans
laquelle se trouve le mode de production capitaliste. L'instabilité sous-jacente
de l'appareil financier capitaliste est fondée sur le fait que l'activité
économique d'aujourd'hui, pour une grande part, n'est pas
« réellement » rétribuée mais se maintient grâce à une montagne de
plus en plus grande de dettes. Les rouages de l'industrie, et par là de toutes
les branches de l'économie, fonctionnent grâce aux dettes qui ne seront jamais
remboursées. Le recours au crédit a été un mécanisme fondamental, non seulement
de la reconstruction d'après guerre, mais aussi de la « gestion » de
la crise économique depuis les années 1960. C'est une drogue qui a maintenu le malade
capitaliste en vie pendant des décennies, mais comme nous l'avons dit très
souvent, la drogue est aussi en train de le tuer.
En
effet, dans sa réponse aux révisionnistes en 1889, Rosa Luxemburg a expliqué
avec une grande clarté pourquoi le recours au crédit, bien qu'il semble
améliorer les choses pour le capital à court terme, ne peut qu'exacerber la
crise du système à long terme. Il est bon de la citer entièrement sur ce point,
parce que cela projette une vive lumière sur la situation à laquelle le
capitalisme se trouve confronté aujourd'hui :
« Le crédit apparaît comme le moyen
de fondre en un seul capital un grand nombre de capitaux privés – sociétés
par actions – et d'assurer à un capitaliste la disposition de capitaux
étrangers – crédit industriel. En qualité de crédit commercial, il
accélère l'échange des marchandises, par conséquent, le reflux du capital dans
la production, autrement dit tout le cycle du processus de la production. Il
est facile de se rendre compte de l'influence qu'exercent ces deux fonctions
principales du crédit sur la formation des crises. Si les crises naissent,
comme l'on sait, comme conséquence de la contradiction existant entre la
capacité d'extension, la tendance à l'extension de la production et la
capacité de consommation restreinte du marché, le crédit est précisément,
d'après ce qui a été dit plus haut, le moyen spécifique de faire éclater cette
contradiction aussi souvent que possible. Avant tout, il accroît énormément
la capacité d'extension de la production et constitue la force motrice interne
qui la pousse constamment à dépasser les limites du marché. Mais il frappe
des deux côtés. Après avoir, en tant que facteur du processus de la production,
provoqué la surproduction, il n'en détruit pas moins sûrement pendant la
crise, en tant que facteur de l'échange, les forces productives éveillées grâce
à lui. Au premier symptôme de la crise, le crédit fond, abandonne l'échange,
là où il serait, au contraire, indispensable, apparaît, là où il s'offre
encore, comme sans effet et inutile, et réduit ainsi au minimum, pendant la
crise, les capacités de consommation du marché.
Outre ces deux résultats principaux, le
crédit agit encore diversement sur la formation des crises. Il ne constitue
pas seulement le moyen technique de mettre à la disposition d'un capitaliste
des capitaux étrangers, mais il est, en même temps pour lui, le stimulant pour
l'utilisation hardie et sans scrupules de la propriété d'autrui, par
conséquent, pour des spéculations hasardeuses. Il n'aggrave pas seulement la
crise, en qualité de moyen dissimulé d'échange des marchandises, mais il
facilite sa formation et son extension, en transformant tout l'échange en un
mécanisme extrêmement complexe et artificiel, avec un minimum d'argent
métallique comme base réelle, et provoque ainsi, à la moindre occasion, des troubles
dans ce mécanisme.
C'est ainsi que le crédit, au lieu d'être
un moyen de suppression ou d'atténuation des crises, n'est, tout au contraire,
qu'un moyen particulièrement puissant de formation des crises. Et il ne peut
d'ailleurs en être autrement. La fonction spécifique du crédit consiste, en
fait, très généralement parlant, à éliminer ce qui reste de fixité en tous les
rapports capitalistes, à introduire partout la plus grande élasticité possible
et à rendre toutes les forces capitalistes au plus haut point extensibles,
relatives et sensibles. Il est évident qu'il ne fait ainsi que faciliter et
aggraver les crises, qui ne sont autre chose que le heurt périodique entre les
forces contradictoires de l'économie capitaliste. » ([1])
Sous
beaucoup d'aspects, Luxemburg prédit les conditions qui prévalent aujourd'hui :
le crédit comme facteur qui semble atténuer la crise mais qui l'aggrave en
réalité ; le crédit comme base de la spéculation ; le crédit en tant
que base d'une transformation de l'échange en un processus « complexe et
artificiel » se séparant toujours plus de toute valeur monétaire réelle.
Mais bien que Luxemburg, en 1898, avait déjà posé les fondements de son
explication de la crise historique du système capitaliste, c'était un moment
dans lequel seuls les grands traits de la décadence du capitalisme pouvaient
être esquissés. Dans le processus de conquête des dernières aires non
capitalistes du globe en tant que terrain pour l'extension du marché mondial,
le capitalisme fonctionnaient encore selon ses propres « statuts »
internes et n'était pas devenu irrationnel et absurde comme il l'est
aujourd'hui. Ceci s'applique aussi bien au crédit qu'à toute autre sphère. La
« rationalité » du crédit pour le capital, c'est d'emprunter ou de
prêter de l'argent étant entendu qu'il servira pour élargir la production et
étendre le marché. Tant que le marché peut s'étendre, les dettes peuvent être
remboursées. Le crédit « a un sens » dans un système qui a un avenir.
Dans l'époque décadente du capitalisme cependant, le marché, d'un point de vue
global, a atteint les limites de sa capacité à s'étendre et le crédit devient
lui même le marché. C'est ainsi qu'au lieu de voir les plus grands capitaux
prêter à des capitaux plus faibles dans l'optique de trouver de nouveaux marchés,
faire des profits et récupérer leurs prêts avec les intérêts, ce que l'on voit
ce sont les grands capitaux qui distribuent d'énormes masses d'argent à des
capitaux plus petits de façon à pouvoir leur vendre leurs propres produits.
C'est comme cela, grossièrement parlant, que les Etats-Unis ont financé la
reconstruction d'après guerre : le Plan Marshall amenait les Etats-Unis à
consentir d'énormes prêts à l'Europe et au Japon pour qu'ils puissent devenir
un marché pour les marchandises américaines. Et dès que les principales
nations industrialisées, surtout l'Allemagne et le Japon, sont devenues des
rivaux économiques des Etats-Unis, la crise de surproduction a resurgi et s'est
maintenue depuis.
Mais
maintenant, contrairement à ce qui se passait au moment où écrivait Luxemburg,
le crédit ne disparaît plus dans une crise en éliminant les capitaux les plus
faibles à la bonne vieille manière darwinienne et en réduisant les prix en
rapport avec la baisse de la demande. Au contraire, le crédit est devenu de
plus en plus le seul mécanisme qui maintient le capitalisme hors de l'eau.
Ainsi actuellement, nous avons cette situation inédite dans laquelle non
seulement les grands capitaux prêtent aux plus petits pour qu'ils puissent leur
acheter leurs marchandises mais les principaux créanciers du monde ont
eux-mêmes été obligés de devenir débiteurs. La situation actuelle du Japon
démontre cela très précisément. Comme nous l'avons signalé dans l'article « Une économie de casino » :
« Pays en excédent dans ses échanges
extérieurs, le Japon est devenu le banquier international avec des avoirs
extérieurs de plus de 1000 milliards de dollars (...) Le Japon constitue la
caisse d'épargne de la planète, assurant à lui seul 50 % des financements
des pays de l'OCDE. » Mais dans le même article, on faisait ressortir
que « le Japon est très certainement
l'un des pays les plus endettés de la planète. A l'heure actuelle, la dette
cumulée des agents non financiers (ménages, entreprises et Etat) s'élève à
260 % du PNB, et atteindra les 400 % dans une dizaine d'années ».
Le déficit budgétaire du Japon s'élevait à 7,6 % pour 1995 alors qu'il
est de 2,8 % aux Etats-Unis. Pour les institutions bancaires elles mêmes,
« l'économie japonaise doit faire
face, dès à présent, à une montagne de 460 milliards de dollars de dettes
insolvables. » Tout cela a amené les spécialistes en analyse de risques
(Moody's) à classer le Japon en catégorie D; en d'autres termes, il y a là un
risque financier aussi grand que pour des pays comme la Chine, le Mexique et le
Brésil.
Si le
Japon est le créancier du monde, d'où tire-t-il ses crédits ? C'est un
écheveau que pas même un samouraï-businessman japonais versé dans le zen ne
pourrait démêler. On peut se poser la même question au sujet du capitalisme
américain qui est aussi, en même temps, un banquier du globe et un débiteur du
globe, même si ses gouvernants ont fait la fête à propos de la réduction du
déficit US (en octobre 1996, le gouvernement et l'opposition se sont
précipités pour réclamer du crédit puisque le déficit budgétaire US était le
plus bas depuis 15 ans, à 1,9 % du PIB).
Le
fait est que cette situation absurde démontre que, malgré tous les bavardages
sur les économies saines et équilibrées auxquels le gouvernement tout autant
que l'opposition aiment à se laisser aller, le capitalisme ne peut plus
fonctionner selon ses propres lois. Contre les économistes bourgeois de son
époque, Marx écrivait des pages entières pour montrer que le capitalisme ne pouvait
créer un marché illimité pour ses propres marchandises ; la reproduction
élargie du capital dépend de la capacité du système à étendre constamment le
marché au delà de ses propres frontières. Rosa Luxemburg a mis en évidence les
conditions historiques concrètes dans lesquelles cette extension du marché ne
pouvait plus avoir lieu, plongeant ainsi le système dans un déclin
irréversible. Mais le capitalisme, dans notre époque, a appris à survivre à son
agonie mortelle, faisant fi sans scrupule de ses propres règles. Pas de
nouveaux marchés, dites-vous ? Alors, nous allons les créer même si cela
signifie la faillite, stricto sensu, pour chacun, y compris les plus riches
Etats de la planète. De cette façon, le capitalisme a évité, depuis les années
1960, le type de krach brutal, déflationniste qu'il avait connu au 19e siècle et qui avait encore été la forme prise
par la crise de 1929. Dans la période actuelle, les récessions périodiques et
les ratées au niveau financier ont la fonction de laisser échapper un peu de
la vapeur que l'endettement global produit dans la cocotte minute du
capitalisme. Mais ils laissent aussi présager des explosions beaucoup plus
sérieuses à venir. L'effondrement du bloc de l'Est devrait servir partout
d'avertissement à la bourgeoisie ; elle ne peut tricher indéfiniment
avec la loi de la valeur. Tôt ou tard, celle-ci va se réinstaurer d'elle même
et plus on a triché avec elle, plus sa vengeance sera dévastatrice. En ce sens,
comme Rosa Luxemburg l'avait souligné : « le crédit est loin d'être un moyen d'adaptation du capitalisme. C'est
au contraire un moyen de destruction d'un effet des plus révolutionnaires. »
(Idem)
Les limites
de la croissance : la crise aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, en Allemagne et au Japon
La
résolution du 11e congrès du CCI était donc parfaitement
correcte lorsqu'elle parlait de la perspective d'une instabilité financière
croissante. Mais jusqu'à quel point s'est vérifiée la perspective d'un
nouvelle plongée dans la récession ? Avant de regarder ce point en détail,
nous devons nous rappeler qu'il y a un danger dans le fait de prendre pour
argent comptant les analyses et la terminologie de la bourgeoisie.
Evidemment, pour la classe dominante, il n'existe nullement une crise irréversible
de son mode de production. Manquant de toute vision historique large, sa
vision de l'économie, même quand elle parle de « macro-économie »,
est nécessairement immédiatiste. Quand elle parle de « croissance »
ou de « récession », elle n'utilise que les indicateurs économiques
les plus superficiels et ne se pose pas de questions sur les bases réelles des
accès de croissance qu'elle constate, ni sur la signification réelle des
moments qu'elle décrit comme de la récession. Comme nous avons eu l'occasion de
le souligner précédemment, les périodes de croissance sont généralement des
expressions d'une récession cachée et ne mettent en aucune façon en question
la tendance générale de l'économie capitaliste à aller vers une impasse
insoluble. Pour démontrer l'existence de la crise, il n'est pas nécessaire de
montrer que chaque pays dans le monde a un taux de croissance négatif. De
plus, les statistiques économiques bourgeoises nous renseignent très peu sur
les effets réels de la crise sur des millions d'êtres humains. Le Bilan du monde du journal Le Monde pour 1995 nous dit, par
exemple, que les pays d'Afrique avaient connu des taux de croissance de
3,5 % pour cette année là et qu'on s'attendait à ce qu'ils augmentent encore
l'année suivante. De telles appréciations servent seulement à masquer le fait
que dans des parties entières du continent africain, la société s'est effondrée
dans un cauchemar de guerre, de maladie et de famine, toutes choses qui sont,
au sens global, des effets de la crise économique dans les pays
« sous-développés » mais qui n'entrent jamais dans les
considérations des experts « économiques » de la bourgeoisie parce
que ce sont des effets historiques et non immédiats.
Dans
la situation actuelle, il est d'autant plus important de garder cela présent à
l'esprit qu'un grand nombre d'éléments, en apparence contradictoires, apparaissent.
La « reprise » centrée sur les pays « anglo-saxons » a un
peu vacillé selon les propres termes de la bourgeoisie, tandis que la plupart
de ses grands prêtres restent « sereinement optimistes » sur les
perspectives de croissance. Par exemple, le Sunday Times du 29 décembre 1996 a fait un tour des prévisions que font
les experts US pour l'économie américaine en 1997, sur la base des
performances de 1996 : « Notre
tour des pronostiqueurs américains commence avec la revue des 50 meilleurs
pratiquants de cet art du Business Week.
En moyenne, ces prophètes s'attendent à ce que 1997 soit une répétition de
1996. Il est prévu que le produit intérieur brut s'accroisse régulièrement au
taux annuel de 2,1 % et que les prix à la consommation augmentent de
3 %... le taux de chômage devrait rester faible, à 5,4 % et le taux
d'intérêt à trente ans devrait rester voisin du niveau actuel à
6,43 %. » En effet, le principal débat chez les économistes
américains aujourd'hui est celui de savoir si la poursuite de la croissance va
engendrer une inflation excessive ; c'est une question sur laquelle on
reviendra plus tard.
La
bourgeoisie anglaise, ou du moins son équipe gouvernementale ([2]), a troqué son style pour celui des
américains et au lieu d'être prudemment optimiste, en rajoute en toute
occasion. Selon le Chancelier de l'Echiquier, l'économie britannique est
« au mieux de sa forme pour une
génération ». Parlant le 20 décembre 1996, il a cité des tableaux
de l'Office des Statistiques Nationales qui « prouvent » que le
revenu réel disponible s'est accru de 4,6 % dans l'année ; les
dépenses de consommation ont augmenté de 3,2 %; la croissance économique
globale atteint 2,4 % alors que le déficit commercial a aussi diminué.
Dans le même mois, le chômage officiel, en diminution générale depuis 1992,
est passé au dessous de deux millions pour la première fois depuis 5 ans.
En janvier, différents instituts de prévisions, tels que Cambridge
Econometrics et Oxford Economic Forecasting ont prévu que 1997 serait plus ou
moins semblable, avec des taux de croissance aux alentours de 3,3 %. En
Grande-Bretagne aussi, la préoccupation des experts dont on parle le plus est
qu'il va y avoir une « surchauffe » de l'économie qui pourrait
provoquer une nouvelle poussée de l'inflation.
Comme
nous l'avons vu, le CCI a déjà analysé les raisons de la bonne performance relative
des pays anglo-saxons ces dernières années. A part les facteurs cités dans la
résolution de notre 11e Congrès, nous avons aussi
souligné, dans le cas des Etats-Unis, « des attaques d'une brutalité sans précédent contre les ouvriers
qu'elle exploite (dont beaucoup sont contraints d'occuper plusieurs emplois
pour survivre) et aussi à la mise en oeuvre de tous les moyens que lui donne
son statut de superpuissance, les pressions financières, monétaires, diplomatiques
et militaires au service de la guerre commerciale qu'elle livre à ses concurrents ».
([3]). Dans le cas de la Grande-Bretagne,
le rapport pour le 12e Congrès de World
Revolution (voir World Revolution
n° 200) a confirmé à quel degré cette « reprise » a été fondée
sur l'endettement, la spéculation, l'élimination des branches mortes et
l'utilisation massive de l'automatisation et des technologies informatiques.
Il souligne aussi les avantages spécifiques que la Grande-Bretagne a
obtenus en se retirant du « serpent monétaire européen » en 1992 et
de la dévaluation de la Livre
qui s'en est suivi, ce qui a grandement augmenté ses exportations. Mais le
rapport détaille aussi l'appauvrissement réel de la classe ouvrière sur lequel
a été fondée cette « reprise » (taux d'exploitation accrus, déclin
des services sociaux, augmentation des sans logis, etc.) tout en montrant les
mensonges de la bourgeoisie sur la baisse du chômage : depuis 1979, la
bourgeoisie britannique a modifié les critères de ses statistiques du chômage
33 fois. La définition actuelle, par exemple, ignore tous ceux qui sont devenus
« économiquement inactifs », c'est-à-dire ceux qui ont finalement
abandonné la recherche d'un travail. Cette fraude a même été confessée par la Banque d'Angleterre :
« Presque toute l'amélioration au
niveau des performances concernant le chômage dans les années 90 par rapport
aux années 80 est à mettre sur le compte de la montée de l'inactivité. »
([4]) Idem pour « les plus hauts standards de vie depuis une génération »
claironnés par Mr Clark.
Mais
alors que les marxistes sont toujours obligés de montrer le coût réel de la
croissance capitaliste pour la classe ouvrière, se contenter de souligner la
misère des ouvriers ne suffit pas en soi à prouver que l'économie capitaliste
est en mauvais état. Si c'était le cas, le capitalisme n'aurait alors jamais
eu de phase ascendante, puisque l'exploitation des ouvriers au 19e siècle était, comme chacun le sait,
absolument sans limite. Pour montrer que les prévisions optimistes de la
bourgeoisie sont basées sur du sable, nous devons analyser les tendances plus
profondes de l'économie mondiale. Et là, nous devons examiner ces pays dont
les difficultés économiques indiquent le plus clairement où en sont les
choses. Comme le faisait ressortir la résolution du 12e Congrès de RI, l'évolution la plus
significative à ce niveau, dans les dernières années, a été le déclin de ces
deux économies « locomotives » : l'Allemagne et le Japon.
La dernière conférence territoriale de Welt Revolution a identifié des éléments
confirmant ce déclin en ce qui concerne l'Allemagne. Ceux-ci comprennent :
– Le
rétrécissement du marché interne : pendant des décennies, l'économie allemande
représentait un grand marché pour les européens et l'économie mondiale. Avec
la paupérisation croissante de la classe ouvrière, cela a cessé d'être le cas.
En 1994, par exemple, les dépenses pour la nourriture ont diminué de 6 %
à 20 %. Plus généralement, les investissements intérieurs seront
inférieurs de 8 % cette année ; les investissements dans la construction
et les équipements sont quelques 30 % en dessous du pic de 1992. Le turnover
réel a diminué de 2 % en 1995. Mais l'aspect le plus significatif à cet
égard est certainement le fait que le chômage se situe maintenant bien au dessus
des quatre millions : selon l'Office du Travail d'Allemagne, il pourrait
atteindre les 4,5 millions dans les prochains mois. C'est la démonstration la
plus claire de la paupérisation de la classe ouvrière allemande et de sa
capacité déclinante à servir de marché pour le capital allemand et mondial.
– Le
fardeau croissant de l'endettement : en 1995, le déficit d'Etat (fédéral,
länder et municipalités) atteignait 1 446 milliards de DM ; avec en
plus 529 autres milliards de DM « cachés », la dette avoisinait les
2000 milliards de DM, ce qui correspond à 57,6 % du PNB. En dix ans, la
dette publique a augmenté de 162 %.
– Le
coût croissant de l'entretien de la classe ouvrière : la croissance du
chômage augmente encore l'insolvabilité de l'Etat qui est confronté à une
classe ouvrière qui n'est pas battue et qui ne peut pas laisser simplement les
chômeurs mourir de faim. En dépit de toutes les fameuses mesures d'austérité
introduites par le gouvernement Kohl l'année dernière, l'Etat a encore une énorme
note à payer pour soutenir les chômeurs, les vieux retraités, les malades.
Quelques 150 milliards sur un budget fédéral de 448 milliards de DM sont dépensés
en rétributions sociales à la classe ouvrière. L'Office Fédéral du Chômage a
un budget de 104,9 milliards DM et se trouve déjà en faillite.
– L'échec de la bourgeoisie allemande dans la
construction d'un « paysage industriel » à l'est : malgré les
dépenses gigantesques à l'est après la réunification, l'économie n'y a pas
décollé. Une grande partie de l'argent est allée aux infrastructures, télécommunications
et habitations mais peu dans de nouvelles industries. Au contraire, toutes les
anciennes usines, obsolètes, ont fait faillite; et quand il y en a de
nouvelles (des usines modernisées ont été installées), elles absorbent moins de
10 % de l'ancienne force de travail. L'armée des chômeurs reste mais
« bénéficie » de télécommunications sophistiquées et de belles
nouvelles routes.
Tous
ces facteurs entravent sérieusement la compétitivité de l'Allemagne sur le
marché mondial et obligent la bourgeoisie à attaquer sauvagement tous les
aspects des conditions de vie de la classe ouvrière : salaires, avantages
sociaux et emplois. La fin de l'« Etat social » allemand est aussi
la fin de beaucoup de mythes capitalistes : celui consistant à faire
croire que travailler beaucoup et être socialement passif donne aux ouvriers
des niveaux de vie élevés, celui de la nécessaire et profitable collaboration
entre patrons et ouvriers et enfin celui d'un modèle allemand de prospérité
censé montrer aux autres pays la marche à suivre. Mais c'est aussi la fin d'une
réalité pour le capital mondial : la capacité de l'Allemagne d'agir comme
une locomotive. Au contraire, c'est le déclin même du capital allemand, et non
la « reprise » superficielle dont se vantent les bourgeoisies
américaine et anglaise, qui montre ce qu'est la perspective réelle pour le
système tout entier.
La
fin du « miracle » économique japonais est tout aussi significative.
C'était déjà devenu visible au début des années 1990 quand les taux de
croissance – qui s'étaient élevés jusqu'à 10 % dans les années
1960 – se sont effondrés jusqu'à ne pas dépasser 1 %. Le Japon est
maintenant « officiellement » en récession. Il y a eu une légère
amélioration en 1995 et en 1996 qui a amené certains commentateurs à devenir
enthousiastes à propos des perspectives pour l'année qui vient : un
article publié dans The Observer en
janvier 1996, soulignait les performances « impossibles à arrêter » de l'exportation japonaise (un
accroissement de 10 % en 1994 qui signifiait que le Japon avait
maintenant surpassé les Etats-Unis en tant que plus grand exportateur mondial
de biens manufacturés). Il annonçait avec confiance que « le Japon était de nouveau aux commandes de
l'économie mondiale ».
Notre
récent article, « Une économie de casino »
soufflait le froid sur de telles espérances. Nous avons déjà mentionné la montagne
de dettes qui pèse sur l'économie japonaise. L'article poursuit en insistant
sur le fait que « tout ceci vient
relativiser l'annonce au Japon des quelques frémissements de croissance à la
hausse après ces quatre années de stagnation. Nouvelle apaisante pour les
médias bourgeois, elle n'illustre en fait que l'extrême gravité de la crise.
Et pour cause, ce résultat n'a péniblement été atteint qu'à la suite d'une
injection de doses massives de liquidités financières à travers la mise en
oeuvre de cinq plans de relance. Cette expansion budgétaire, dans la plus pure
tradition keynésienne, a bien fini par porter quelques fruits..., mais au prix
de déficits encore plus colossaux que ceux dont les conséquences avaient déterminé
l'entrée du Japon dans la phase récessive. Ceci explique que cette
"reprise" demeure on ne peut plus fragile et est vouée à terme à retomber
comme un soufflé. »
Le
dernier rapport de l'OCDE sur le Japon (2 janvier 1997) confirme pleinement
cette analyse. Bien que le rapport prédise une hausse des taux de croissance
pour 1997 (autour de 1,7 %), il insiste lourdement sur la nécessité de
s'attaquer à la question de la dette. « La conclusion du rapport est que, alors que le stimulus fiscal de la
dernière année et demie était crucial pour compenser l'impact de la récession,
le Japon doit à moyen terme contrôler son déficit budgétaire pour réduire la
dette accumulée par le gouvernement. Cette dette représente 90 % du
rendement annuel de l'économie. » ([5]). L'OCDE réclame une augmentation des
taxes sur les ventes mais surtout des réductions drastiques des dépenses
publiques. Elle affiche ouvertement sa préoccupation à propos de la santé
économique du Japon à plus long terme. En bref, ce brain-trust dirigeant de la
bourgeoisie ne fait aucun effort pour cacher la fragilité de toute
« reprise » au Japon, et s'inquiète clairement de voir l'économie
s'enfoncer dans des problèmes encore plus grands dans le futur.
Quand
cela concerne des pays comme l'Allemagne et le Japon, les inquiétudes de la
bourgeoisie sont très bien fondées. C'était avant tout la reconstruction de ces
économies démolies par deux guerres qui a fourni le stimulant du grand boom
des années 1950 et 1960 ; c'est l'achèvement de cette reconstruction dans
ces deux pays qui a provoqué le retour de la crise ouverte de surproduction à
la fin des années 1960. Aujourd'hui, l'échec de plus en plus évident de ces
deux économies représente un rétrécissement significatif du marché mondial et
c'est le signe que l'économie globale entre en chancelant dans une nouvelle
étape de son déclin historique.
Les
« Dragons » blessés
Déçue
par les difficultés du Japon, la bourgeoisie et ses médias ont essayé de créer
de nouveaux faux espoirs en faisant ressortir les performances des
« dragons » de l'Asie du sud-est, c'est-à-dire des économies comme
celles de la Thaïlande,
de l'Indonésie et de la Corée
du Sud, dont les taux de croissance vertigineux ont été pris comme emblème, de
même que la Chine
future qui est présentée comme étant sur la voie d'un statut de
« superpuissance économique » à la place du Japon.
Le problème est que, comme dans les précédents
« succès » de certains pays du tiers-monde comme le Brésil et le
Mexique, la croissance des dragons d'Asie est une bulle gonflée par l'endettement
qui peut éclater à tout moment. Les grands investisseurs occidentaux le
savent :
« Parmi
les raisons qui ont rendu les pays industriels les plus riches si soucieux de
doubler la ligne des crédits de secours du FMI jusqu'à 850 milliards, il y a
celle qu'une nouvelle crise du style Mexique est à craindre, cette fois dans le
sud-est asiatique. Le développement des économies dans le Pacifique a favorisé
un flux énorme de capital dans le secteur privé, qui a remplacé l'épargne
intérieure, conduisant à une situation financière instable. La question a été
de savoir quel serait le premier des dragons d'Asie à tomber.
Certes la situation en
Thaïlande commence à paraître hasardeuse. Le ministre des finances, Bodi
Chunnananda, a démissionné alors que les investisseurs perdaient confiance et
que la demande dans des secteurs clefs, y compris la construction, le foncier
et la finance, tous symboles d'une économie de bulle, se réduisait. De la même
façon, on a focalisé sur une certaine incertitude récente en Indonésie,
puisque la stabilité du régime Suharto et son respect des droits de l'homme
sont devenus un problème. »
([6])
Le
plus frappant, c'est la situation économique et sociale en Corée du Sud. La
bourgeoisie ici, s'inspirant de ses consoeurs européennes, a certainement entraîné
les ouvriers dans une manoeuvre à grande échelle : en décembre 1996, des
dizaines de milliers d'ouvriers se sont mis en grève contre les nouvelles lois
sur le travail qui ont été présentées comme étant surtout une attaque de la
démocratie et des droits syndicaux, permettant ainsi aux syndicats et aux
partis d'opposition de détourner les travailleurs de leur propre terrain. Mais
derrière l'attaque provocatrice du gouvernement, il y a une réponse réelle à
la crise à laquelle est confrontée l'économie de la Corée du Sud : l'aspect
central de cette loi est qu'elle rend beaucoup plus facile aux entreprises
les licenciements d'ouvriers et l'établissement des horaires de travail ;
et c'est clairement compris par les ouvriers comme une préparation à des attaques
contre leurs conditions d'existence.
En ce
qui concerne le fait que la
Chine serait en train de devenir une nouvelle génératrice
de croissance économique, c'est plus que jamais une sinistre farce. C'est vrai
que la capacité du régime stalinien dans ce pays à s'adapter et à survivre
alors que tant d'autres se sont effondrés est remarquable en tant que telle.
Mais ce n'est ni le niveau de libéralisation économique, ni « l'ouverture
à l'ouest », ni l'exploitation de nouveaux débouchés qui lui seront
offerts par la cession de Hongkong, qui transformeront les fondements de
l'économie chinoise, qui reste désespérément arriérée dans l'industrie,
l'agriculture et les transports et paralysée de façon chronique, comme tous
les régimes staliniens, par le poids d'une bureaucratie boursouflée et du
secteur militaire. Comme dans tous les régimes déstalinisés, la libéralisation
a en effet gratifié la Chine
d'exploits du même type qu'en Occident... tels que le chômage massif. Le 14
octobre, le China Daily, à la solde du gouvernement, admettait que le nombre de
chômeurs pouvait augmenter de plus de la moitié du chiffre actuel jusqu'à atteindre
258 millions en quatre ans. Avec des millions de migrants des campagnes qui
inondent les villes et des entreprises d'Etat en faillite qui cherchent
désespérément à se débarrasser du « surplus » de travailleurs, la
bourgeoisie chinoise est profondément inquiète du danger d'une explosion sociale.
Selon les chiffres officiels, 43 % des entreprises d'Etat ont perdu de
l'argent en 1995, alors que dans le premier trimestre 1996, le secteur d'Etat
tout entier tournait à perte. Des centaines de milliers, si ce n'est des
millions, d'ouvriers dans les entreprises d'Etat n'ont pas reçu de salaire depuis
des mois ([7]). Il est vrai qu'une proportion
croissante du revenu industriel de la
Chine provient d'entreprises privées ou mixtes mais, même
si ces secteurs montrent qu'ils sont plus dynamiques, ils peuvent difficilement
compenser le poids énorme de la banqueroute dans le secteur directement
étatique.
Chaque
fois qu'un mythe s'écroule et menace de dévoiler la faillite de tout le système
capitaliste, la bourgeoisie en propose de nouveaux. Il y a quelques années,
c'étaient les miracles allemand et japonais ; puis, après l'effondrement
du bloc de l'est, c'étaient les lendemains qui chantent grâce aux
« nouveaux marchés » en Europe de l'Est et en Russie. Dès que ces
mythes se sont écroulés ([8]), on s'est mis à nous parler des
« dragons » du sud-est asiatique et de la Chine. Aujourd'hui,
de plus en plus de ces petits « rois » font la preuve qu'ils sont
nus. Peut-être que le nouveau grand espoir pour l'économie mondiale sera la
performance de la livre sterling du Royaume-Uni. Après tout, ce pays n'était-il
pas le laboratoire du monde capitaliste au siècle dernier ? John Bull
n'est-il pas capable aujourd'hui de tout recommencer depuis le début ?
C'est à ce point qu'en est la faillite non seulement du capitalisme mondial
mais aussi des mythes qu'il utilise pour la cacher.
Perspectives
1. Une guerre commerciale plus aiguë
Un
autre mythe utilisé pour répandre l'idée qu'il y a encore plein de vie dans le
capitalisme, c'est la fable de la globalisation. Dans l'article « Derrière la "mondialisation" de
l'économie, l'aggravation de la crise du capitalisme » (Revue Internationale n° 86), nous
montrions, pour contrer quelques confusions qui affectent même le milieu révolutionnaire,
que la mondialisation, malgré les beaux discours de la bourgeoisie, ne signifie
en rien une nouvelle phase dans la vie du capitalisme, une ère de
« liberté de commerce » dans laquelle l'Etat national aurait de
moins en moins de rôle à jouer. Au contraire, l'idéologie de la mondialisation
– mis à part son intérêt pour agiter la question du nationalisme dans la
classe ouvrière – est en réalité une couverture pour une guerre
commerciale qui s'approfondit. Nous donnions alors l'exemple de la nouvelle
Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour montrer comment les économies
les plus puissantes – les Etats-Unis en particulier – utilisent
cette institution pour imposer des standards de santé et de bien-être que les
économies plus faibles ne peuvent espérer atteindre, les handicapant ainsi en
tant que rivales économiques potentielles. La rencontre ministérielle de
décembre 1996 de l'OMC a continué dans la même veine. Là, les pays les plus
développés ont semé la division chez les plus faibles pour saboter un plan
visant à donner à quelques pays parmi les plus pauvres l'accès hors douane aux
marchés occidentaux. Les américains ont fait des concessions sur les tarifs du
Whisky et autres alcools de façon à réaliser quelque chose de beaucoup plus
lucratif : l'ouverture des marchés européens et asiatiques aux produits
de la technologie de l'information. C'est là une preuve éclatante que la
« mondialisation », la nouvelle « liberté de commerce »,
veulent surtout dire « liberté » pour le capital américain de pénétrer
sur les marchés mondiaux sans avoir l'inconvénient de voir leurs concurrents
plus faibles protéger leurs propres marchés avec des barrières douanières.
Notre article dans la Revue soulignait déjà
que c'était surtout une « liberté » à sens unique : « Clinton lui même – qui, en
1995, parvint à faire en sorte que le Japon ouvre ses frontières aux produits
américains et qui, sans relâche, demande à ses "associés" la
"liberté de commerce" – donna l'exemple, dès son élection, par
l'augmentation des taxes sur les avions, l'acier et les produits agricoles, limitant
en outre les achats de produits étrangers aux agences étatiques. »
Nous
avons déjà souligné que la capacité de l'Amérique à jouer les gros bras à
l'échelle internationale a été un énorme facteur de la force relative de
l'économie des Etats-Unis au cours des dernières années. Mais cela éclaire
aussi une autre caractéristique de la situation actuelle : le lien de
plus en plus grand entre guerre commerciale et compétition inter-impérialiste.
Evidemment,
ce lien est un produit à la fois des conditions générales de la décadence,
dans laquelle la concurrence économique est de plus en plus subordonnée aux
rivalités militaires et stratégiques, et des conditions spécifiques prévalant
depuis l'effondrement du vieux système des blocs. La période des blocs mettait
en lumière la subordination des rivalités économiques aux rivalités militaires
puisque les deux superpuissances n'étaient pas les principaux rivaux économiques.
En contraste, les déchirures impérialistes qui se sont ouvertes depuis 1989
correspondent beaucoup plus étroitement à des rivalités économiques directes.
Mais ceci n'a pas détrôné la domination des considérations
stratégico-impérialistes. Au contraire, la guerre commerciale s'est avérée de
plus en plus comme un instrument de ces dernières.
Cela
a été très clair avec la loi Helms-Burton qu'ont édictée les Etats-Unis. Cette
loi fait des incursions sans précédent dans « les droits
commerciaux » des principaux rivaux impérialistes et économiques de
l'Amérique, interdisant le commerce avec Cuba sous peine de sanctions. C'est
très clairement une réponse provocatrice des Etats-Unis aux puissances
européennes qui défient leur hégémonie mondiale, un défi lancé non seulement
dans des pays « lointains » comme les Balkans et le Moyen-Orient mais
aussi dans le « pré carré » américain, l'Amérique latine y inclus
Cuba même.
Les
puissances européennes ne sont pas restées les bras croisés face à cette provocation.
L'Union Européenne a traîné les Etats-Unis devant le tribunal de la nouvelle
Organisation Mondiale du Commerce à Genève, demandant le retrait de la loi
Helms-Burton. Ceci confirme ce que nous disions dans notre article sur la
mondialisation, que la formation de conglomérats commerciaux régionaux comme
l'Union Européenne correspond aux « besoins
de groupes de nations capitalistes de créer des zones protégées à partir
desquelles elles peuvent affronter des rivaux plus puissants » ([9]). L'Union Européenne est donc un
instrument de la guerre commerciale mondiale et les avancées actuelles vers
une seule monnaie européenne ont été vues en fonction de cela. Mais elle a
plus qu'une fonction purement « économique ». Comme nous l'avons vu
au cours de la guerre en ex-Yougoslavie, elle peut servir comme un instrument
plus direct de confrontation inter-impérialiste.
Naturellement,
l'Union Européenne est elle-même gangrenée par des divisions
national-impérialistes profondes, comme l'ont montré récemment les désaccords
entre l'Allemagne et la France
d'un côté et la
Grande-Bretagne de l'autre, sur la monnaie unique. Dans le
contexte général du « chacun pour soi », on peut s'attendre à voir
les rivalités autant commerciales qu'impérialistes prendre de plus en plus une
allure chaotique, aggravant l'instabilité de l'économie mondiale ; et,
comme chaque nation est obligée de barricader son capital national, cela
accélérera encore plus la contraction du marché mondial.
2. Inflation et dépression
Quel
que soit le fil qu'essaie de tirer la bourgeoisie, le capitalisme mondial est
ainsi à deux doigts de tomber dans de grandes convulsions économiques, à une
échelle sans comparaison avec ce que nous avons vu dans les trente dernières
années. C'est certain ! Ce qui ne peut pas être aussi clair pour les
révolutionnaires, ce n'est pas seulement l'échéance exacte de telles
convulsions (et on ne rentrera pas dans le jeu des prédictions ici), mais
aussi la forme précise qu'elles prendront.
Après
l'expérience des années 1970,
l'inflation a été présentée par la bourgeoisie comme
le monstre qu'il fallait éliminer à tout prix : les politiques massives
de désindustrialisation et de coupes dans les dépenses publiques défendues
par Thatcher, Reagan et les autres monétaristes étaient fondées sur l'argument
que l'inflation était le danger numéro un pour l'économie. Au début des
années 1990, l'inflation,
au moins dans les principaux pays industriels, semblait avoir été domptée, au
point que quelques économistes ont commencé à parler de la victoire historique
sur l'inflation. On peut se demander si, en fait, nous n'assistons pas au
retour, au moins en partie, à une crise de type déflationniste comme cela a
été le cas au début des années 1930 : une crise « classique » de
surproduction dans laquelle les prix s'effondrent avec la contraction brutale
de la demande.
Par
ailleurs, il faut noter que cette tendance a commencé à s'inverser après 1936,
quand l'Etat est intervenu massivement dans l'économie : le développement
de l'économie de guerre et la stimulation de la demande par les dépenses du
gouvernement ont fait apparaître des pressions inflationnistes. Cette
modification a été encore plus apparente lors de la crise qui s'est ouverte à
la fin des années 1960. La première réponse de la bourgeoisie a été de
continuer les politiques « keynésiennes » des décennies précédentes.
Ceci a eu pour effet de ralentir le rythme de la crise mais a eu comme résultat
des niveaux d'inflation dangereux.
Le
monétarisme s'est présenté comme une alternative radicale au keynésiannisme,
comme un retour aux valeurs sûres du capitalisme, c'est-à-dire de ne dépenser
que l'argent qui a été réellement obtenu, de « vivre selon ses
moyens », etc. Il prétendait démanteler l'appareil d'Etat hypertrophié et
quelques révolutionnaires s'y sont même laissés prendre et ont parlé de « renversement »
du capitalisme d'Etat. En réalité, le capitalisme ne peut plus retourner aux
formes et aux méthodes qu'il avait dans sa jeunesse. Le capitalisme sénile ne
peut plus se maintenir sans la béquille d'un appareil d'Etat hypertrophié ;
et si les Thatcheriens ont fait des coupes claires dans les dépenses d'Etat,
dans quelques secteurs et spécialement ceux qui avaient quelque chose à voir
avec le salaire social, ils ont à peine touché à l'économie de guerre, à la bureaucratie
ou à l'appareil de répression. Bien plus, la tendance à la désindustrialisation
a fait croître le poids des secteurs improductifs sur l'économie prise comme
un tout. En bref, les « nouvelles politiques » de la bourgeoisie
n'ont pas pu éliminer les facteurs sous-jacents aux tendances inflationnistes
du capitalisme décadent du fait de la nécessité de maintenir un énorme secteur
improductif ([10]).
Un
autre facteur de la plus grande importance dans cette équation est la dépendance
de plus en plus grande du système vis-à-vis du crédit que nous avons déjà
évoquée. Le niveau extrêmement élevé d'endettement des gouvernements montre
comment la bourgeoisie a été peu capable de rompre avec les politiques
« keynésiennes » du passé. En fait, c'est le manque de marchés
solvables qui fait qu'il est impossible à la bourgeoisie, quel que soit le
vernis idéologique de ses équipes gouvernementales, d'échapper à la nécessité
de créer un marché artificiel. Aujourd'hui, la dette est devenue le principal marché artificiel pour le
capitalisme, mais au départ les mesures proposées par Keynes amenaient tout
droit dans cette direction.
Si
nous gardons cela à l'esprit, cela jettera quelque lumière sur quelques uns
des plus récents discours de la bourgeoisie. Il semble que sa confiance dans
la « victoire historique » contre l'inflation ne soit pas si profonde
puisque dès qu'elle détecte des signes d'un retour à la croissance dans des
pays comme l'Angleterre et l'Amérique, elle recommence à parler du danger
d'une nouvelle poussée de l'inflation. Les économistes ont des avis différents
sur les causes : certains sont en faveur de la thèse de l'inflation par
les coûts, avec une insistance particulière sur le danger que représentent
des revendications de salaire irréalistes. L'idée est que si les ouvriers
n'ont plus peur du chômage et voient des profits se réaliser, ils vont se mettre
à réclamer plus d'argent et cela causera de l'inflation. L'autre thèse est que
l'inflation est « tirée par la demande » : si l'économie croît
trop vite, la demande va excéder l'offre et les prix vont augmenter. Nous ne
répéterons pas les arguments que nous avons développés il y a 25 ans contre
ces théories. Ce que nous dirons, c'est que le vrai danger de la
« croissance » qui conduirait à l'inflation se situe ailleurs :
dans le fait que toute croissance, toute prétendue reprise est basée sur une
augmentation considérable de l'endettement, sur la stimulation artificielle
de la demande, c'est-à-dire sur du capital fictif. C'est cela la matrice qui
donne naissance à l'inflation parce qu'elle exprime une tendance profonde dans
le capitalisme décadent : le divorce grandissant entre l'argent et la
valeur, entre ce qui se passe dans le monde « réel » de la production
des biens et un processus d'échanges qui est devenu « un mécanisme
tellement complexe et artificiel » que même Rosa Luxemburg serait sidérée
si elle pouvait voir cela aujourd'hui.
Si nous cherchions un modèle d'effondrement
d'une économie qui a renversé la loi de la valeur, c'est-à-dire l'effondrement
d'une économie capitaliste d'Etat, nous devrions regarder ce qui est en train
d'arriver dans les pays de l'ex-bloc de l'est. Ce que nous y voyons ce n'est
pas seulement un effondrement de la production à une échelle beaucoup plus
grande que pendant la crise de 1929 mais aussi une tendance à l'inflation
incontrôlable et la gangstérisation de l'économie. Est-ce la forme que cela
prendra à l'ouest ?
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