Les révolutionnaires en
Allemagne pendant la première guerre mondiale
Lorsqu'en
août 1914 est déclenchée la première guerre mondiale, qui causera plus de
vingt millions de victimes, le rôle déterminant que jouent les syndicats, et
surtout la social-démocratie, est clair aux yeux de tous.
Au
Reichstag, le SPD approuve unanimement le vote des crédits de guerre. Simultanément,
les syndicats appellent à l'Union Sacrée interdisant toute grève et se prononçant
pour la mobilisation de toutes les forces dans la guerre.
Voila
comment la social-démocratie justifie le vote des crédits de guerre par son
groupe parlementaire : « A l'heure du
danger, nous n'abandonnons pas notre propre pairie. Nous nous sentons par là en
concordance de vues avec l'Internationale, qui a reconnu de tous temps le droit
de chaque peuple à l'indépendance nationale et à l'autodéfense, de même que
nous condamnons en accord avec elle toute guerre de conquête. Inspirés par ces
principes, nous votons les crédits de guerre demandés. » Patrie en danger,
défense nationale, guerre populaire pour la civilisation et la liberté, tels
sont les « principes » sur lesquels
s'appuie la représentation parlementaire de la social-démocratie.
Dans
l'histoire du mouvement ouvrier, cet événement représente la première grande
trahison d'un parti du prolétariat. Comme classe exploitée, la classe ouvrière
est une classe internationale. C'est pourquoi l'internationalisme est le
principe le plus fondamental pour toute organisation révolutionnaire du
prolétariat ; la trahison de ce principe conduit inéluctablement
l'organisation qui la commet dans le camp ennemi, celui du capital.
Alors que
le capital en Allemagne n'aurait jamais déclenché la guerre s'il n'avait pas
été certain de pouvoir compter sur le soutien des syndicats et de la direction
du SPD, alors que la trahison de ceux-ci n'est pas une surprise pour la
bourgeoisie, elle provoqua un énorme choc dans les rangs du mouvement ouvrier.
Même Lénine, au début, ne veut pas croire que le SPD a voté les crédits de
guerre. Il considère les premières informations comme une manipulation visant
à diviser le mouvement ouvrier. ([1])
En effet,
vu l'accroissement des tensions impérialistes depuis des années, la II° Internationale
est intervenue précocement contre ces préparatifs guerriers. Lors des congrès
de Stuttgart en 1907 et de Bâle en 1912 - et jusqu'aux derniers jours de
juillet 1914 même - elle se prononce contre la propagande et les visées
guerrières de la classe dominante ; et cela, malgré une résistance acharnée de
son aile droite, déjà très puissante.
« Au cas où la guerre viendrait cependant à
éclater, il est du devoir de la social-démocratie d'agir pour la faire cesser promptement
et de s'employer, de toutes ses forces, à exploiter la crise économique et
politique créée par la guerre pour agiter le peuple et précipiter ainsi
l'abolition de la domination capitaliste. » (Résolution adoptée en 1907 et
confirmée en 1912.)
« Il y a péril en la demeure, la guerre mondiale
menace ! Les classes dominantes qui, en temps de paix, vous étranglent, vous
méprisent, vous exploitent, veulent vous transformer en chair à canon. Partout
il doit résonner aux oreilles des despotes : Nous refusons la guerre ! A bas la
guerre ! Vive la fraternisation internationale des peuples ! » (Appel du
comité directeur du SPD du 25 juillet 1914, c'est-à-dire dix jours avant
l'approbation de la guerre le 4 août 1914.)
Quand les
députés du SPD votent en faveur de la guerre, c'est en tant que représentants
du plus grand parti ouvrier d'Europe, parti dont l'influence dépasse largement
le cadre de l'Allemagne, parti qui est le produit de plusieurs décennies de
travail et d'effort (souvent dans les conditions les plus défavorables, comme
ça a été le cas sous la loi anti-socialiste, lorsqu'il était interdit), parti
qui détient plusieurs dizaines de quotidiens et d'hebdomadaires. En 1899, le
SPD possédait 73 journaux dont le tirage global atteignait 400.000
exemplaires et 49 d'entre eux paraissaient six fois par semaine. En 1900, ce
parti comptait plus de 100.000 membres.
Ainsi, au
moment de la trahison de la direction du SPD, le mouvement révolutionnaire se
trouve face à une question fondamentale : faut-il laisser cette organisation
ouvrière de masse passer corps et biens dans le camp de l'ennemi ?
Mais la
direction du SPD en Allemagne n'est pas la seule à avoir trahi. En Belgique, le
président de l'Internationale, Vandervelde, devient ministre du gouvernement
bourgeois, ainsi que le socialiste Jules Guesde en France. Dans ce pays, le
Parti Socialiste va se déterminer unanimement en faveur de la guerre. En
Angleterre, où le service militaire n'existait pas, le Labour Party prend en
mains l'organisation du recrutement. Même si, en Autriche, le Parti Socialiste
ne vote pas formellement pour la guerre, il fait une propagande effrénée en sa
faveur. En Suède, en Norvège, en Suisse, aux Pays-Bas les dirigeants socialistes
votent les crédits de guerre. En Pologne, le Parti Socialiste se prononce, en
Galicie-Silésie, en faveur du soutien à la guerre, mais contre, en Pologne russe.
La Russie offre une image partagée : les anciens dirigeants du mouvement
ouvrier de ce pays, comme Plekhanov, le chef des anarchistes russes,
Kropotkine, mais aussi une poignée de membres du Parti Bolchevik de l'émigration
en France, appellent à la défense contre le militarisme allemand. En Russie, la
fraction sociale-démocrate de la Douma fait une déclaration contre la guerre.
C'est la première déclaration officielle contre la guerre de la part d'un
groupe parlementaire de l'un des principaux pays belligérants. Le Parti
Socialiste italien prend, dès le début, position contre la guerre. En décembre
1914 le parti exclut de ses rangs un groupe de renégats qui, sous la direction
de Benito Mussolini, se rangent du côté de la bourgeoisie favorable à l'Entente
et font de la propagande pour la participation de l'Italie à la guerre
mondiale. Le Parti Social-démocrate Ouvrier de Bulgarie (Tesniaks) adopte
aussi une position internationaliste conséquente.
L'Internationale,
l'orgueil de la classe ouvrière, s'effondre dans les flammes de la guerre
mondiale. Le SPD devient un « cadavre
puant ». L'Internationale se désintégre et se transforme, comme l'écrit
Rosa Luxemburg, en « un amas de bêtes
fauves prises de rage nationaliste qui s'entre-déchirent mutuellement pour la
plus grande gloire de la morale et de l'ordre bourgeois ». Seuls quelques
groupes en Allemagne - Die Internationale, « Lichtstrahlen », la Gauche de
Brème -, le groupe de Trotsky, Martov, une partie des syndicalistes français,
le groupe De Tribune (avec Gorter, Pannekoek) en Hollande, ainsi que les Bolcheviks,
défendent le point de vue résolument internationaliste.
Parallèlement
à cette trahison décisive de la majorité des partis de la II° Internationale,
la classe ouvrière subit un matraquage idéologique qui parvient à lui inoculer
la dose fatale de poison nationaliste. En août 1914, ce n'est pas seulement la
plus grande partie de la petite-bourgeoise qui est embrigadée derrière les
visées expansionnistes de l'Allemagne, mais aussi des secteurs entiers de la
classe ouvrière, galvanisés par le nationalisme. De plus, la propagande bourgeoise
entretient l'illusion qu’ « en l'espace de quelques semaines, au plus tard
d'ici Noël », la guerre sera terminée et tout le monde rentré chez soi.
A la
veille de la guerre, malgré ses conditions particulièrement défavorables, la
minorité de révolutionnaires qui reste intransigeante sur le principe de
l'internationalisme prolétarien ne va ni se résigner ni abandonner le combat.
Les révolutionnaires et leur
lutte contre la guerre
Alors que
la grande majorité de la classe ouvrière reste grisée par le nationalisme, le
soir du quatre août 1914 les principaux représentants de la Gauche de la
social-démocratie organisent une réunion dans l'appartement de Rosa
Luxemburg, rassemblant K. et H. Duncker, H. Eberlein, J. Marchlewski, F.
Mehring, E. Meyer, W. Pieck. Même si leur nombre ce soir-là est réduit, leur
action au cours des quatre années suivantes va connaître un immense
rayonnement.
Plusieurs questions
essentielles sont à l'ordre du jour de cette conférence :
- l'évaluation
du rapport de force entre les classes,
- l'évaluation
du rapport de force au sein du SPD,
- les
objectifs de la lutte contre la trahison de la direction du parti,
- les
perspectives et les moyens de cette lutte.
La
situation générale, à l'évidence très défavorable, ne constitue en rien un
motif de résignation pour les révolutionnaires. Leur attitude n'est pas de
rejeter l'organisation mais, au contraire, de continuer, développer le combat
en son sein et lutter avec détermination pour lui conserver ses principes prolétariens.
Au sein
du groupe parlementaire social-démocrate au Reichstadt il y a eu, avant le vote
en faveur des crédits de guerre, un débat interne au cours duquel 78 députés se
sont prononcés pour, et 14 autres contre ce vote. Par discipline de fraction,
les 14 députés - dont Liebknecht- se sont plies à la majorité et ont voté les
crédits. Ce fait a été tenu secret par la direction du SPD.
Au niveau
local dans le parti, les choses apparaissent bien moins unitaires. Des protestations
contre la direction s'élèvent aussitôt de la part de nombreuses sections
(Ortsvereine). Le 6 août, l'écrasante majorité de rassemblée de la section
locale de Stuttgart exprime sa défiance à la fraction parlementaire. La gauche
réussit même à exclure la droite du parti, à lui arracher le journal local. A
Hambourg, Laufenberg et Wolfheim rassemblent l'opposition autour d’eux, à
Brème, le Bremer-Burger-Zeitung
intervient avec détermination contre la guerre ; le Bramschweiger Volksfreund, le Gothaer
Volksblat, Der Kampf de Duisburg, des journaux de Nuremberg, Halle, Leipzig
et Berlin élèvent également des protestations, reflétant l'opposition de larges
parties de la base du parti. Lors d'une assemblée à Stuttgart le 21 septembre
1914, une critique est adressée à l'altitude de Liebknecht. Lui-même dira par
la suite que d'avoir agi comme il l'avait fait, par discipline de fraction,
avait été une erreur désastreuse. Comme, dès le début de la guerre, tous les
journaux sont soumis à la censure, les expressions de protestations sont immédiatement
réduites au silence. L'opposition dans le SPD s'appuie alors sur la possibilité
de faire entendre sa voix à l'étranger. Le Berner
Tagwacht va devenir le porte-parole de la gauche du SPD ; de même, les
internationalistes vont exprimer leur position dans la revue Lichtstrahlen, éditée par Borchardt de
septembre 1913 à avril 1916.
Un examen
de la situation au sein du SPD montre que si la direction a trahi, l'ensemble
de l'organisation ne s'est pas laissé embrigader dans la guerre. C'est
pourquoi la perspective apparaît clairement : pour défendre l'organisation,
pour ne pas l'abandonner aux mains des traîtres, il faut décider leur expulsion
et rompre clairement avec eux.
Au cours
de la conférence dans l'appartement de Rosa Luxemburg est discutée la question
: doit-on, en signe de protestation ou par dégoût face à la trahison, quitter
le parti ? Unanimement, cette idée est rejetée pour la raison qu'il ne faut pas
abandonner l'organisation, l'offrir, pour ainsi dire en cadeau, à la classe
dominante. On ne peut pas, en effet, quitter le parti, qui a été bâti au prix
d'énormes efforts, tout comme des rats quittent un navire. C'est pourquoi se
battre pour l'organisation ne signifie pas alors en sortir mais combattre pour
sa reconquête.
Personne
ne pense, à ce moment-là, à quitter l'organisation. Le rapport de forces ne contraint
pas la minorité à le faire. De même il ne s'agit pas, pour l'instant, de
construire une nouvelle organisation indépendante. Rosa Luxemburg et ses
camarades, par leur attitude, font ainsi partie des défenseurs les plus
conséquents de la nécessité de l'organisation.
Le fait
est que, longtemps avant que la classe ouvrière n'émerge de son abrutissement,
les internationalistes ont déjà engagé le combat. Comme avant-garde, ils
n'attendent pas les réactions de la classe ouvrière dans son ensemble mais se
portent à la tête du combat de leur classe. Alors que le poison nationaliste
poursuit son effet sur la classe ouvrière, que celle-ci est livrée
idéologiquement et physiquement au feu de la guerre impérialiste, les
révolutionnaires - dans les conditions les plus difficiles de l'illégalité -
ont eux-mêmes déjà démasqué la nature impérialiste du conflit. Là aussi, dans
leur travail contre la guerre, les révolutionnaires ne se mettent pas en
position d'attendre que le processus de prise de conscience de plus larges
parties de la classe ouvrière se fasse seul. Les internationalistes assument
leurs responsabilités de révolutionnaires, en tant que membres d'une organisation
politique du prolétariat. Il ne s'est pas passé un jour de guerre sans qu'ils
ne se réunissent, autour des futurs Spartakistes, pour entreprendre aussitôt la
défense de l'organisation et poser les bases effectives pour la rupture avec
les traîtres. On est loin du prétendu spontanéisme des Spartakistes et de Rosa
Luxemburg.
Les
révolutionnaires entrent aussitôt en contact avec les internationalistes des
autres pays. Ainsi, Liebknecht est envoyé à l'étranger en tant que représentant
le plus éminent. Il prend contact avec les Partis Socialistes de Belgique et de
Hollande.
La lutte
contre la guerre est impulsée sur deux plans : d'une part sur le terrain parlementaire,
où les Spartakistes peuvent encore utiliser la tribune du Parlement, d'autre
part - c'est le plus important - par le développement de la résistance au
niveau local dans le parti et au contact direct avec la classe ouvrière.
C'est
ainsi qu'en Allemagne, Liebknecht lui-même devient le porte-flambeau de la
lutte.
Au sein
du Parlement, il parvient à attirer de plus en plus de députés de son côté. Il
est clair qu'au début, la crainte et les hésitations dominent. Mais le 22
octobre 1914, cinq députés SPD quittent la salle en signe de protestation ; le
2 décembre, Liebknecht est le seul à voter ouvertement contre les crédits de
guerre; en mars 1915, lors du vote de nouveaux crédits, environ 30 députés
quittent la salle et une année plus tard, le 19 août 1915, 36 députés votent
contre les crédits.
Mais le
véritable centre de gravité se trouve, naturellement, dans l'activité de la
classe ouvrière elle-même, à la base des partis ouvriers d'une part, et dans
les actions de masse de la classe ouvrière dans les usines et dans la rue,
d'autre part.
Immédiatement
après le déclenchement de la guerre, les révolutionnaires avaient énergiquement
et clairement pris position sur la nature impérialiste de celle-ci. ([2]) En
avril 1915 est imprimé le premier et unique numéro de Die Internationale à 9
000 exemplaires, dont 5 000 sont vendus dés le premier soir (D'où le nom du
groupe « Die Internationale »).
A partir
de l'hiver 1914-15, les premiers tracts illégaux contre la guerre sont
diffusés, dont le plus célèbre d'entre eux : » L'ennemi principal se trouve
dans notre propre pays ».
Le
matériel de propagande contre la guerre circule dans de nombreuses assemblées
locales de militants. Le fait que Liebknecht ait refusé de voter les crédits
de guerre est publiquement connu et fait rapidement de lui l'adversaire de la
guerre le plus célèbre, d'abord en Allemagne, puis dans les pays voisins par la
suite. Toutes les prises de positions des révolutionnaires sont considérés
comme « hautement dangereuses » par les services de sécurité bourgeois. Dans
les assemblées locales de militants, les représentants des dirigeants traîtres
du parti dénoncent les militants qui distribuent du matériel de propagande
contre la guerre. Souvent ces derniers sont ensuite arrêtés ! Le SPD est
divisé au plus profond de lui-même !
Hugo
Eberlein rapportera plus tard, lors du congrès de fondation du KPD le 31 décembre
1918, qu'il existait une liaison avec plus de 300 villes. Pour mettre fin au
danger croissant de la résistance à la guerre dans les rangs du parti, la
direction décide, en janvier 1915, en commun accord avec le commandement
militaire de la bourgeoisie, de faire taire définitivement Liebknecht en le
mobilisant dans l'année. Il est ainsi interdit de prise de parole et ne peut
plus se rendre dans les assemblées de militants. Le 18 février 1915, Rosa
Luxemburg est incarcérée jusqu'en février 1916 et, à l'exception de quelques
mois entre février et juillet 1916, elle restera en prison jusqu'en octobre
1918. En septembre 1915 Ernst Meyer, Hugo Eberlein et, par la suite, Franz
Mehring - âgé de 70 ans - et beaucoup d'autres encore, sont également
incarcérés.
Mais,
même dans ces conditions particulièrement difficiles, ils vont poursuivre leur
travail contre la guerre et tout entreprendre pour continuer à développer un
travail organisationnel.
Entre-temps,
la réalité de la guerre commence à sortir de plus en plus d'ouvriers de leur
ivresse nationaliste. L'offensive allemande en France est rapidement tombée en
panne et une longue guerre de positions prend place. Rien que fin 1914, 800 000
soldats sont déjà tombés. La guerre de positions en France et en Belgique
coûte, au printemps 1915, des centaines de milliers de morts. Sur la Somme, 60
000 soldats trouvent la mort le même jour. Sur le front, la désillusion
s'installe rapidement, mais surtout, sur le «front de l'intérieur », la classe
ouvrière est précipitée dans la misère. Les femmes sont mobilisées dans la production
d'armements, les produits alimentaires augmentent terriblement, puis sont rationnés.
Le 18 mars 1915 se produit la première manifestation de femmes contre la
guerre. Du 15 au 18 octobre on signale des affrontements sanglants entre la
police et des manifestants contre la guerre, à Chemnitz. En novembre 1915 entre
10 000 et 15 000 manifestants défilent contre la guerre à Berlin. Dans d'autres
pays, il se produit également des mouvements dans la classe ouvrière. En
Autriche, de nombreuses « grèves sauvages », contre la volonté des syndicats,
sont déclenchées. En Grande-Bretagne 250 000 mineurs, dans le sud du Pays de
Galles, font grève ; en Ecosse, dans la vallée de la Clyde, ce sont les
ouvriers de la construction mécanique. En France des grèves se produisent dans
le secteur du textile.
La classe
ouvrière commence lentement à s'arracher aux brumes nationalistes dans
lesquelles elle se trouve, et manifeste de nouveau sa volonté de défendre ses
intérêts de classe exploitée. L'union sacrée, un peu partout, commence à
vaciller.
La réaction des
révolutionnaires au niveau international
Avec le
déclenchement de la première guerre mondiale et la trahison des différents
partis de la 2e Internationale, une époque se termine. L'Internationale meurt
car plusieurs de ses partis-membres ne représentent plus une orientation
internationaliste. Ils sont passés du côté de leurs bourgeoisies nationales
respectives. Une Internationale, composée de différents partis nationaux
membres, ne trahit pas en tant que telle ; elle meurt et perd son rôle pour la
classe ouvrière. Elle ne peut plus être redressée en tant que telle.
Mais la
guerre a permis une clarification au sein du mouvement ouvrier international :
d'un côté les partis qui ont trahi, de l'autre la gauche révolutionnaire qui
continue de défendre de façon conséquente et inflexible les positions de classe,
mais qui au début ne forme qu'une petite minorité. Entre les deux se trouve un
courant centriste, oscillant entre les traîtres et les internationalistes,
hésitant constamment à prendre position sans ambiguïté et refusant la rupture
claire avec les social-patriotes.
En
Allemagne même, l'opposition à la guerre est au départ divisée en plusieurs
regroupements :
- les
hésitants, dont la plupart appartiennent à la
fraction parlementaire
social-démocrate au Reichstag : Haase, Ledebour sont les plus connus ;
- le
groupe autour de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, « Die Internationale », qui
prend le nom
de Spartakusbund à partir de 1916 ;
- les
groupes autour de la Gauche de Brème (le
Bremer Burgerzeitung paraît à partir de juillet 1916), avec J. Knief et K.
Radek à leur tête, le groupe autour de J. Borchardt (« Lichtstrahlen »), plus ceux qui existent dans d'autres villes (à
Hambourg autour de Wolfheim et Laulenberg, à Dresde autour de O. Ruhle).
Fin 1915 la
Gauche de Brème et
le groupe de
Borchardt fusionnent et prennent
le nom d'Internationale Sozialisten Deutschlands
(1SD).
Après une
première phase de désorientation et de rupture des contacts, à partir du printemps
1915, les conférences internationales des Femmes Socialistes (du 26 au 28 mars)
et des Jeunes Socialistes (du 5 au 7 avril) se tiennent à Bénie. Et après
plusieurs ajournements, du 5 au 8 septembre, 37 délégués de 12 pays européens
se réunissent à Zimmerwald (non loin de Berne). La délégation la plus
importante numériquement est celle d'Allemagne, comprenant
dix représentants, délégués par
trois groupes oppositionnels : les Centristes, le groupe « Die Internationale » (E. Meyer, B. Thalheimer), les ISD (J.
Borchardt). Alors que les Centristes se prononcent pour mettre fin à la guerre
sans bouleversement des rapports sociaux, la Gauche fait du lien entre guerre
et révolution la question centrale. La conférence de Zimmerwald, après d'âpres
discussions, se sépare en adoptant un Manifeste appelant les ouvriers de tous
les pays à lutter pour l'émancipation de la classe ouvrière et pour les buts
du socialisme, au moyen de la lutte de classe prolétarienne la plus intransigeante.
En revanche, les Centristes refusent d'y faire figurer la nécessité de la
rupture organisationnelle avec le social-chauvinisme et l'appel au renversement
de son propre gouvernement impérialiste. Le Manifeste de Zimmerwald va
cependant connaître un énorme retentissement dans la classe ouvrière et parmi
les soldats. Même s'il s'agit d'un compromis critiqué par la gauche, vu que les
Centristes hésitent encore très fortement devant des prises de positions
tranchées, il constitue néanmoins un pas décisif vers l'unification des forces
révolutionnaires.
Dans un article
déjà paru de la Revue Internationale
nous avons fait la critique du groupe « Die
Internationale » qui, au début, hésite encore à reconnaître la nécessité de
transformer la guerre impérialiste en guerre civile.
Le rapport de forces est
ébranlé
Les révolutionnaires
impulsent ainsi le processus vers leur unification et leur intervention
rencontre un écho de plus en plus grand.
Le 1° mai
1916 à Berlin, environ 10 000 ouvriers manifestent contre la guerre. Liebknecht
prend la parole pour crier « A bas la guerre ! A bas le gouvernement ! » A ces
paroles il est arrêté, ce qui va déclencher une grande vague de protestation.
L'intervention courageuse de Liebknecht sert à ce moment-là de stimulant et
d'orientation aux ouvriers. La détermination des révolutionnaires à lutter
contre le courant social-patriote et à poursuivre la défense des principes
prolétariens ne les conduit pas à un isolement plus important, mais a un effet
d'encouragement sur le reste de la classe ouvrière pour entrer en lutte.
En mai
1916, les mineurs du district de Beuthen entrent en grève pour des hausses de
salaires. A Leipzig, Brunswick et Coblence se produisent des manifestations
ouvrières contre la faim et des rassemblements contre la vie chère. L'état de
siège est décrété à Leipzig. Les actions des révolutionnaires, le fait que
malgré la censure et l'interdiction de se réunir l'information au sujet de la
riposte croissante contre la guerre se répande, va donner une impulsion
supplémentaire à la combativité de la classe ouvrière dans son ensemble.
Le 27 mai
1916, 25 000 ouvriers manifestent à Berlin contre l'arrestation de Liebknecht.
Un jour plus tard se produit la première grève de masse politique contre son
emprisonnement, rassemblant 55 000 ouvriers. A Brunswick, Brème, Leipzig et
dans de nombreuses autres villes, il y a aussi des rassemblements de solidarité
et des manifestations de la faim. Dans une douzaine de villes il y a des
rassemblements ouvriers. Nous avons ici une claire concrétisation des rapports
existants entre les révolutionnaires et la classe ouvrière. Les
révolutionnaires ne se trouvent pas en dehors de la classe ouvrière, ou au
dessus d'elle, mais n'en sont que sa partie la plus claire, la plus déterminée
et rassemblée dans des organisations politiques. Mais leur rayonnement dépend
de la « réceptivité » de la classe
ouvrière dans son ensemble. Même si le nombre des éléments organisés dans le
mouvement spartakiste est encore réduit, des centaines de milliers d'ouvriers
suivent cependant leurs mots d'ordre. Ils sont de plus en plus les porte-parole
de l'état d'esprit des masses.
De ce
fait, la bourgeoisie va tout faire pour isoler les révolutionnaires de la
classe ouvrière en déclenchant, dans cette phase, une vague de répression. De
nombreux membres de la Ligue Spartakiste sont alors placés en détention
préventive. R. Luxemburg et presque toute la Centrale de Spartakus sont arrêtés
au cours de la seconde moitié de 1916. De nombreux Spartakistes sont dénoncés
par les fonctionnaires du SPD pour avoir distribué des tracts dans des
réunions du SPD ; les cachots de la police se remplissent de militants
spartakistes.
Tandis
que les massacres sur le front de l'Ouest (Verdun) causent de plus en plus de
victimes, la bourgeoisie exige de plus en plus des ouvriers sur « le front de l'intérieur », dans les
usines. Toute guerre ne peut être faite que si la classe ouvrière est prête à
faire le sacrifice de toute sa vie au profit du capital. Or, à ce moment-là, la
classe dominante se heurte à une résistance de plus en plus forte.
Les
protestations contre la faim ne cessent de se développer (la population
n'obtient que le tiers de ses besoins en calories !). A l'automne 1916 il y a,
quasiment tous les jours, des protestations ou des manifestations dans les
grandes villes - en septembre à Kiel, en novembre à Dresde, en janvier 1917, un
mouvement des mineurs de la Ruhr. Le rapport de forces entre le capital et le
travail commence lentement à se renverser. Au sein du SPD, la direction
social-patriote rencontre de plus en plus de difficultés. Même si, grâce à une
collaboration étroite avec la police, elle fait embarquer et envoyer au front
tout ouvrier oppositionnel, même si, dans les votes à l'intérieur du parti,
elle maintient des rapports de majorité en sa faveur grâce aux manipulations,
elle ne parvient plus à mater la résistance croissante face à son attitude. La
minorité révolutionnaire gagne progressivement
en influence dans le parti. A
partir de l'automne 1916, de plus en plus de sections locales (Ortsvereine)
décident la grève des cotisations versées à la direction.
L'opposition
tend dès ce moment-là, en cherchant à unifier ses forces, à éliminer le comité
directeur pour reprendre le parti en main.
Le comité
directeur du SPD voit clairement le rapport de forces se développer à son
désavantage. Suite à la réunion, le 7 janvier 1917, d'une conférence nationale
de l'opposition, le comité directeur décide alors l'exclusion de tous les
oppositionnels. La scission s'accomplit.
La rupture organisationnelle est inévitable. Les activités internationalistes
et la vie politique de la classe ouvrière ne peuvent plus se développer au
sein du SPD mais,
désormais, seulement à l'extérieur de celui-ci. Toute
vie prolétarienne au sein du SPD
s'est éteinte suite à l'expulsion des minorités révolutionnaires. Le travail au
sein du SPD n'est plus possible ; les révolutionnaires doivent s'organisera
l'extérieur. ([3])
L'opposition
se trouve désormais face à la question : quelle organisation ériger ? Disons
seulement ici qu'à partir de cette période du printemps 1917, les différents
courants au sein de la Gauche en Allemagne empruntent différentes directions.
Dans un
prochain article nous aborderons plus en profondeur la question de l'appréciation
du travail organisationnel de ce moment-là.
La Révolution russe, début
de la vague révolutionnaire
Au même
moment, au niveau international, la pression de la classe ouvrière est en train
de franchir un seuil décisif.
En
février (mars pour le calendrier occidental), les ouvriers et les soldats, en
Russie, créent à nouveau, dans leur lutte contre la guerre, comme en 1905, des
conseils ouvriers et de soldats. Le Tsar est renversé. Un processus
révolutionnaire, qui va très rapidement connaître un écho dans les pays
voisins et dans le monde entier, s'enclenche dans ce pays. Cet événement va
faire naître un espoir immense dans les rangs ouvriers.
Le
développement ultérieur des luttes ne peut pleinement être compris qu'à la
lumière de la révolution en Russie. Car le fait que la classe ouvrière ait
renversé la classe dominante dans un pays, qu'elle commence à ébranler les
fondements capitalistes, agit comme un phare qui éclaire la direction à suivre.
Et c'est dans cette direction que la classe ouvrière du monde entier commence à
braquer les yeux.
Les
luttes de la classe ouvrière en Russie ont un puissant retentissement, surtout
en Allemagne.
Dans la
Ruhr il y a, du 16 au 22 février 1917, une vague de grèves. D'autres actions de
masse se produisent dans de nombreuses villes allemandes. Il ne va plus se
passer de semaines sans d'importantes actions de résistance, revendiquant des
hausses de salaires et un meilleur ravitaillement. Dans presque toutes les
grandes cités sont signalés des troubles dus aux difficultés d'approvisionnement.
Lorsqu'en avril une nouvelle réduction des rations alimentaires est annoncée,
la colère de la classe ouvrière déborde. A partir du 16 avril, il se produit
une grande vague de grèves de masse à Berlin, Leipzig, Magdebourg, Hanovre,
Brunswick, Dresde. Les chefs de l'armée, les principaux politiciens bourgeois,
les dirigeants des syndicats et du SPD, notamment Ebert et Scheidemann, se
concertent pour tenter de maîtriser le mouvement de grèves.
Les
ouvriers sont plus de 300 000, dans plus de 30 usines, à faire grève. C'est,
après les luttes contre l'arrestation de Liebknecht en juillet 1916, la seconde
grande grève de masse.
« D'innombrables assemblées eurent lieu dans
des salles ou en plein air, des discours furent prononcés et des résolutions
adoptées. L'état de siège fut ainsi rompu en un clin d'oeil et réduit à néant
dès que la masse se fut mise en mouvement et, déterminée, eût pris possession
de la rue. » (Spartakusbriefe,
avril 1917)
La classe
ouvrière en Allemagne emboîte ainsi le pas de ses frères de classe de Russie,
qui s'affrontent au capital dans un gigantesque combat révolutionnaire.
Ils
luttent exactement avec les moyens décrits par Rosa Luxemburg dans sa brochure
Grève de masse, écrite suite aux
luttes de 1905 : assemblées massives, manifestations, rassemblements,
discussions et résolutions communes dans les usines, assemblées générales,
jusqu'à la formation des conseils ouvriers.
Depuis
que les syndicats ont été intégrés à l'Etat à partir de 1914, ils lui servent
de rempart contre les réactions ouvrières. Ils sabotent les luttes par tous les
moyens. Le prolétariat se doit de se mettre lui-même en activité, s'organiser
par lui-même, s'unifier par lui-même. Aucune organisation construite à
l'avance ne peut lui épargner cette tâche. Et les ouvriers d'Allemagne, le pays
industriel le plus développé d'alors, ont démontré leur capacité à s'organiser
par eux-mêmes. Contrairement au discours que l'on nous sert sans cesse
aujourd'hui, la classe ouvrière est parfaitement capable d'entrer massivement
en lutte et de s'organiser pour cela. Dans cette perspective, sa lutte ne doit
plus se dérouler dans le cadre syndical et réformiste, c'est à dire par
branches d'activité séparées les unes des autres. La classe ouvrière montre
qu'elle est désormais capable de s'unifier au delà des secteurs professionnels
et des branches d'activité et d'entrer en action pour des revendications partagées
par tous : le pain et la paix, la libération de ses militants
révolutionnaires. De partout, en effet, résonne l'appel pour la libération de
Liebknecht.
Les
luttes ne peuvent plus être soigneusement préparées à l'avance, à la façon
d'un état-major comme au siècle précédent. La tâche de l'organisation politique
est d'assumer, dans les luttes, un rôle de direction politique et non
d'organiser les ouvriers.
Lors de
la vague de grèves de 1917 en Allemagne, les ouvriers, pour la première fois,
s'affrontent directement aux syndicats. Alors que ceux-ci, au siècle précédent,
ont été créés par la classe ouvrière elle-même, depuis le début de la guerre
ils sont devenus des défenseurs du capital dans les usines et ils constituent
désormais un obstacle pour la lutte prolétarienne. Les ouvriers en Allemagne
font les premiers l'expérience que désormais, dans leur lutte, ils ne peuvent aller
de l'avant que contre les syndicats.
Les
effets du commencement de la révolution en Russie se propagent d'abord parmi
les soldats. Ces événements révolutionnaires sont discutés avec le plus grand
enthousiasme ; de fréquentes fraternisations ont lieu sur le front de l'est
entre soldats allemands et russes. Durant l'été 1917 se produisent les
premières mutineries dans la flotte allemande. La répression sanglante est sans
doute, encore ici, en mesure d'étouffer les premières flammes mais il ne lui
est plus possible de stopper l'extension de l'élan révolutionnaire à long
terme.
Les
partisans de Spartakus et les membres des Linksradikale de Brème disposent
d'une large influence parmi les marins.
Dans les
villes industrielles, la riposte ouvrière continue à se développer : de la
région de la Ruhr à l'Allemagne centrale, de Berlin à la Baltique, partout la
classe ouvrière fait front à la bourgeoisie. Le 16 avril, les ouvriers de
Leipzig publient un appel aux ouvriers des autres villes pour qu'ils s'unissent
à eux.
L'intervention des
révolutionnaires
Les
Spartakistes se trouvent aux avant-postes dans ces mouvements. Depuis le printemps
1917, en reconnaissant la signification du mouvement en Russie, ils jettent un
pont en direction de la classe ouvrière russe et mettent en évidence la
perspective de l'extension internationale des luttes révolutionnaires. Dans
leurs brochures, dans des tracts, dans des polémiques, face à la classe
ouvrière, ils interviennent sans cesse contre les centristes, oscillants et
hésitants, qui esquivent les prises de position claires ; ils contribuent à la
compréhension de la nouvelle situation, démasquent sans cesse la trahison des
social-patriotes et montrent à la classe ouvrière comment retrouver la voie de
son terrain de classe.
Les Spartakistes, notamment,
mettent constamment en avant que :
- si la
classe ouvrière développe un rapport de forces suffisant, elle sera en mesure
de mettre un tenue à la guerre et de provoquer le renversement de la classe
capitaliste ;
- dans cette
perspective, il est nécessaire de reprendre le flambeau révolutionnaire allumé
par la classe ouvrière en Russie. A ce niveau, le prolétariat en Allemagne
occupe une place centrale et décisive !
« En Russie les ouvriers et les paysans (...)
ont renversé le vieux gouvernement tsariste et ont pris en main la conduite de
leur destin. Les grèves et les arrêts de travail d'une telle ténacité et unité
nous garantissent actuellement non seulement de petits succès mais la fin du
génocide, le renversement du gouvernement allemand et de la domination des
exploiteurs ...La classe ouvrière ne fut jamais aussi puissante au cours de la
guerre que maintenant quand elle se manifeste unie et solidaire dans son action
et son combat ; la classe dominante, jamais aussi mortelle ... Seule la
révolution allemande peut apporter à tous les peuples la paix ardemment désirée
et la liberté. La révolution russe victorieuse unie à la révolution allemande
victorieuse sont invincibles. A partir du jour où s'effondrera le gouvernement
allemand -y compris le militarisme allemand - sous les coups révolutionnaires
du prolétariat, s'ouvrira une ère nouvelle : une ère dans laquelle les guerres,
l'exploitation et l'oppression capitalistes devront disparaître à tout jamais.
» (Tract spartakiste, avril 1917)
« Il s'agit de briser la domination de la
réaction et des classes impérialistes en Allemagne, si nous voulons mettre fin
au génocide ... Ce n'est que par la lutte des masses, par le soulèvement des
masses, par les grèves de masse qui arrêtent toute l'activité économique et
l'ensemble de l'industrie de guerre, ce n'est que par la révolution et la
conquête de la république populaire en Allemagne qu'il sera mis un ternie au
génocide et que la paix générale sera instaurée. Et ce n'est qu'ainsi que la
révolution russe pourra aussi être sauvée. »
« La catastrophe internationale ne peut que
dompter le prolétariat international. Seule la révolution prolétarienne
mondiale peut liquider la guerre impérialiste mondiale. » {Lettre de Spartacus n°6, août 1917)
La Gauche
radicale est consciente de sa responsabilité et comprend pleinement tout ce qui
est en jeu si la révolution en Russie reste isolée : « ... Le destin de la révolution russe : elle atteindra son objectif
exclusivement comme prologue de la révolution européenne du prolétariat. Si en
revanche les ouvriers européens, allemands, continuent à rester spectateurs de
ce drame captivant et jouent les badauds, alors le pouvoir russe des soviets ne
devra pas s'attendre à autre chose qu'au destin de la Commune de Paris (C'est à
dire la défaite sanglante). » (Spartakus,
janvier 1918)
C'est
pourquoi le prolétariat en Allemagne, qui se trouve à une position-clé pour
l'extension de la révolution, doit prendre conscience de son rôle historique.
« Le prolétariat allemand est le plus fidèle,
le plus sûr allié de la révolution russe et de la révolution internationale
prolétarienne. » (Lénine)
En
examinant l'intervention des Spartakistes dans son contenu, nous pouvons
constater qu'elle est clairement internationaliste et qu'elle donne une juste
orientation au combat des ouvriers : le renversement du gouvernement
bourgeois avec le renversement mondial de la société capitaliste comme
perspective, la mise à nu de la tactique de sabotage des forces au service de
la bourgeoisie.
L'extension
de la révolution aux pays centraux du capitalisme : une nécessité vitale
Si le
mouvement révolutionnaire en Russie, à partir de février 1917, est dirigé
principalement contre la guerre, il n'a pas la force, par lui-même, d'y mettre
fin. Pour cela, il est indispensable que la classe ouvrière des grands bastions
industriels du capitalisme entre en scène. Et c'est avec la conscience profonde
de cette nécessité que, dès la prise de pouvoir des soviets en Octobre 1917, le
prolétariat de Russie lance un appel à tous les ouvriers des pays belligérants:
« Le gouvernement des ouvriers et des paysans
créé par la révolution des 24/25 octobre et s'appuyant sur les soviets
ouvriers, de soldats et de paysans propose à tous les peuples belligérants et à
leurs gouvernements d'entamer des négociations sur une paix équitable et
démocratique. » (26 novembre 1917)
La
bourgeoisie mondiale, de son côté, est consciente du danger que recèle une
telle situation pour sa domination. Voilà pourquoi il s'agit pour elle, à ce
moment-là, de tout faire pour étouffer la flamme qui s'est allumée en Russie.
Voilà pourquoi la bourgeoisie allemande, avec la bénédiction générale,
poursuivra son offensive guerrière contre la Russie après avoir signé un accord
de paix avec le gouvernement des soviets à Brest-Litovsk en janvier 1918. Dans
leur tract intitulé « L'heure de la
décision », les Spartakistes lancent, dans ce sens, un avertissement aux
ouvriers :
« Pour le prolétariat allemand sonne désormais
l'heure de la décision ! Soyez sur vos gardes ! Car avec ces négociations le
gouvernement allemand vise justement à jeter de la poudre aux yeux au peuple,
à prolonger et aggraver la misère et la détresse du génocide. Le gouvernement
et les impérialistes allemands ne font que poursuivre par de nouveaux moyens
leurs anciens buts. Sous couvert du droit à l'autodétermination des nations
doivent être créés
dans les provinces russes
occupées des états fantoches - condamnés à une pseudo-existence, dépendants économiquement
et politiquement des "libérateurs" allemands - qui bien entendu les
avaleront ensuite à la première occasion favorable. »
Cependant,
une année supplémentaire s'écoulera avant que la classe ouvrière des centres
industriels soit suffisamment forte pour repousser le bras assassin de
l'impérialisme.
Mais, dès
1917, le retentissement de la révolution victorieuse en Russie d'une part,
comme l'intensification de la guerre par les impérialistes d'autre part,
poussent de plus en plus les ouvriers à vouloir mettre un tenue à la guerre.
La flamme
de la révolution se propage, en effet, dans les autres pays.
- En
Finlande, en janvier 1918, un comité exécutif ouvrier est créé, préparant la
prise du pouvoir. Ces luttes vont être ensuite défaites militairement en mars
1918. L'année allemande mobilisera à elle seule plus de 15 000 soldats. Le
bilan des ouvriers massacrés s'élèvera à plus de 25 000 morts.
- Le 15
janvier 1918 débute à Vienne une grève de masse politique qui s'étend quasiment
à l'ensemble de l'empire des Habsbourg. A Brünn, Budapest, Graz, Prague,
Vienne, et dans d'autres villes, se produisent de gigantesques manifestations
pour la paix.
Un
conseil ouvrier est formé, unissant les actions de la classe ouvrière. Le 1er
février 1918 les marins de la flotte austro-hongroise se soulèvent, dans le
port de guerre de Cattaro, contre la poursuite de la guerre et fraternisent
avec les ouvriers en grève de l'arsenal.
- A la
même période, des grèves ont lieu en Angleterre, en France et en Hollande.
(Voir à ce sujet l'article de la Revue
Internationale n° 80)
Les
luttes de janvier : le SPD, fer de lance de la bourgeoisie contre la classe
ouvrière
Après la
poursuite de l'offensive allemande contre le jeune pouvoir révolutionnaire
ouvrier en Russie, la colère dans les rangs de la classe ouvrière déborde. Le
28 janvier 400 000 ouvriers de Berlin entrent en grève, notamment dans les
usines d'armement. Le 29 janvier le nombre des grévistes s'élève même à 500
000. Le mouvement se propage dans d'autres villes : à Munich, une assemblée
générale de grévistes lance l'appel suivant : « Les ouvriers de Munich en grève adressent leurs saints fraternels aux
ouvriers belges, français, anglais, italiens, russes et américains. Nous nous
semons un avec eux dans la détermination à mettre de suite un terme à la guerre
mondiale ... Nous voulons solidairement imposer la paix mondiale ...
Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » (Cité par R. Millier, p.
148.)
Dans ce
mouvement de masse, le plus important de la guerre, les prolétaires forment un
conseil ouvrier à Berlin. Un tract des Spartakistes y appelle de la façon
suivante :
« Nous devons créer une représentation
librement élue sur le modèle russe et autrichien et ayant pour tâche de
diriger cette lutte-ci et les prochaines. Chaque usine élit un homme de
confiance pour 1000 ouvriers. » Au total plus de 1800 délégués se
réunissent.
Par
ailleurs, ce même tract déclare : « Les
dirigeants des syndicats, les socialistes de gouvernement et autres piliers de
l'effort de guerre ne doivent sous aucun prétexte être élus dans les
délégations ... Ces hommes de paille et ces agents volontaires du gouvernement,
ces ennemis mortels de la grève de masse n'ont rien à faire parmi les ouvriers
en lutte ! (...) Lors de la grève de masse d'avril 1917 ils ont cassé les reins
du mouvement de grève de la façon la plus perfide en exploitant les confusions
de la masse et en orientant le mouvement dans de fausses voies. (...) Ces loups
déguisés en agneaux menacent le mouvement d'un danger bien plus grave que la
police impériale-prussienne. »
Au coeur
des revendications on trouve : la paix, l'adjonction de représentants ouvriers
de tous les pays aux négociations de paix... L'assemblée des conseils ouvriers,
de son côté, déclare : « Nous adressons
aux prolétaires d'Allemagne, ainsi qu'à ceux des autres pays belligérants dans
leur ensemble, l'appel pressant, comme nos camarades d'Autriche-Hongrie nous v
ont déjà précédé avec succès, à désormais entrer pareillement dans des grèves
de masse, car seule la lutte de classe internationale solidaire nous apportera
définitivement la paix, la liberté et le pain. »
Un autre
tract des Spartakistes souligne : « Nous devons parler russe à la réaction.
» Il appelle à des manifestations de rue en solidarité.
La lutte
ayant entraîné un million d'ouvriers, la classe dominante va choisir une
tactique qu'elle réutilisera sans cesse par la suite contre la classe ouvrière.
C'est le SPD qui est le fer de lance de la bourgeoisie pour torpiller le
mouvement de l'intérieur. Ce parti traître, tirant profit de son influence
encore importante en milieu ouvrier, parvient à envoyer dans le Comité
d'action, à la direction de la grève, trois de ses représentants qui mettent
toute leur énergie en oeuvre pour briser le mouvement. Ils jouent le rôle de saboteurs
de l'intérieur. Ebert reconnaît carrément : « Je suis entré dans la direction de la grève avec l'intention délibérée
d'y mettre fin rapidement et de préserver le pays de tout dommage. (...)
C'était finalement le devoir des travailleurs que de soutenir leurs frères et
leurs pères du front et de leur fournir de meilleures armes. Les travailleurs
de France et d'Angleterre ne perdent pas une heure de travail pour aider leurs
frères du front. La victoire est évidemment le voeu de tous les Allemands. »
(Ebert, 30 janvier 1918) Les ouvriers paieront très cher leurs illusions vis à
vis de la social-démocratie et de ses dirigeants.
Après
avoir mobilisé les ouvriers dans la guerre depuis 1914, le SPD s'oppose maintenant,
de toutes ses forces, aux grèves. Cela montre la clairvoyance et l'instinct de
survie de la classe dominante, sa conscience du danger que constitue pour elle
la classe ouvrière. Les Spartakistes, de leur côté, dénoncent haut et fort le
danger mortel représenté par la social-démocratie contre laquelle ils mettent
en garde le prolétariat. Aux méthodes perfides de la social-démocratie, la
classe dominante ajoute des interventions directes et brutales, à l'aide de
l'année, contre les grévistes. Une douzaine d'ouvriers sont abattus et
plusieurs dizaines de milliers incorporés de force... quoique ceux-ci, faisant
de l'agitation au sein de l'année dans les mois qui vont suivre, contribueront
à sa déstabilisation.
Les
grèves sont finalement brisées le 3 février.
Nous pouvons
constater que la classe ouvrière en Allemagne applique exactement les mêmes
moyens de lutte qu'en Russie : grève de masse, conseils ouvriers, délégués élus
et révocables, manifestations de rue massives, qui constituent depuis les armes
« classiques » de la classe ouvrière.
Les
Spartakistes développent une orientation juste pour le mouvement mais ne
disposent pas encore d'une influence déterminante. « Une foule des nôtres s'étaient trouvés parmi les délégués, mais ils
étaient dispersés, n'avaient pas de plan d'action et se perdaient dans la
masse. » (Barthel, p. 591)
Cette
faiblesse des révolutionnaires et le travail de sabotage de la
social-démocratie sont les facteurs décisifs dans le coup d'arrêt que subit le
mouvement de la classe à ce moment-là.
« Si nous n'étions pas entrés dans le comité
de grève, je suis convaincu que la guerre et tout le reste auraient été
liquidés dès janvier. Il y avait le danger d'un effondrement total et de l'irruption
d'une situation à la russe. Par notre action il fut bientôt mis fin à la grève
et tout fut remis en ordre. » (Scheidemann.)
Le
mouvement en Allemagne se heurte à un ennemi bien plus fort qu'en Russie. La
classe capitaliste dans ce pays a, en effet, déjà tiré les leçons pour agir,
par tous les moyens, contre la classe ouvrière.
Déjà, à
cette occasion, le SPD fait la preuve de sa capacité à poser des chausse-trapes
et à briser le mouvement en se plaçant à sa tête. Dans les luttes ultérieures
cela va se révéler encore plus destructeur.
La
défaite de janvier 1918 offre aux forces du capital la possibilité de continuer
sa guerre encore quelques mois.
Au cours
de l'année 1918, l'armée va engager d'autres offensives. Celles-ci coûtent,
pour la seule Allemagne et uniquement pour 1918, 550 000 morts et pratiquement
un million de blessés.
Suite aux
événements de janvier 1918, la combativité n'est malgré tout pas brisée. C'est
précisément sous la pression de la situation militaire qui va s'aggravant,
qu'un nombre croissant de soldats désertent et que le front commence à se
désagréger. A partir de l'été, non seulement la disposition à lutter, dans les
usines, recommence à se développer mais, de plus, les chefs de l'armée sont
obligés de reconnaître ouvertement qu'ils n'arrivent plus à tenir les soldats
sur le front. Pour la bourgeoisie, de ce fait, le cessez-le-feu devient une
nécessité pressante.
La classe
dominante montre ainsi qu'elle a tiré des leçons de ce qui s'est passé en Russie.
Alors
qu'en avril 1917, la bourgeoisie allemande fait traverser l'Allemagne à Lénine
en wagon plombé, dans l'espoir que l'action des révolutionnaires russes
permette un développement du chaos en Russie et, ainsi, facilite la
réalisation des buts impérialistes allemands (l'année allemande ne s'attend
pas, à ce moment-là, à ce qu'il se produise ensuite une révolution
prolétarienne en octobre 1917), il lui faut maintenant éviter, à tout prix, un
développement révolutionnaire identique à celui de la Russie.
Le SPD
entre alors dans le gouvernement bourgeois, nouvellement formé, pour servir de
frein.
« Si nous refusons notre collaboration dans
ces circonstances, il faudrait alors compter avec le danger très sérieux (...)
que le mouvement nous passe sur le corps et qu' ensuite un régime bolchevik
prenne momentanément place chez nous aussi. » (G. Noske, 23 septembre
1918)
En cette
fin de 1918, les usines sont à nouveau en ébullition, des grèves éclatent sans
cesse en différents lieux. Ce n'est plus qu'une question de temps avant que le
mouvement de grèves de masse n'atteigne l'ensemble du pays. La combativité
montante fournit le sol nourricier à l'action des soldats eux-mêmes. Lorsque
l'armée commande une nouvelle offensive de la Hotte en octobre, des mutineries
éclatent. Les marins de Kiel et d'autres ports de la Baltique refusent de
partir en mer. Le 3 novembre s'élève une vague de protestations et de grèves
contre la guerre. Partout, des conseils ouvriers et de soldats sont créés. En
l'espace d'une semaine, l'ensemble de
l'Allemagne est « submergée » par une vague de conseils ouvriers
et de soldats.
Si en
Russie, après février 1917, ce fut la poursuite de la guerre par le
gouvernement Kerenski qui donna une impulsion décisive au combat du
prolétariat, au point que celui-ci s'est emparé du pouvoir en octobre pour
mettre fin définitivement à la boucherie impérialiste, en Allemagne, la classe
dominante, mieux armée que la bourgeoisie russe, va tout faire pour défendre
son pouvoir.
Ainsi, le
11 novembre, soit une semaine après le développement des luttes ouvrières et
leur extension fulgurante, après l'apparition des conseils ouvriers, elle
signe l'armistice. Tirant les leçons de la Russie, elle ne commet pas l'erreur
de provoquer une radicalisation fatale de la vague ouvrière en continuant la
guerre coûte que coûte. En y mettant fin, elle tente de couper l'herbe sous les
pieds du mouvement, afin que l'extension de la révolution ne se produise pas.
De plus, elle fait entrer en campagne sa principale pièce d'artillerie : le
SPD, et les syndicats à ses côtés.
« Le socialisme de gouvernement, par son
entrée au ministère, se pose en défenseur du capitalisme et barre le chemin à
la révolution prolétarienne montante. La révolution prolétarienne marchera sur
son cadavre. » (Spartakusbrief n°12, octobre 1918)
A la fin
du mois de décembre, Rosa Luxemburg précise : « Dans toutes les révolutions antérieures, les combattants s'affrontaient
de façon ouverte, classe contre classe, épée contre bouclier... Dans la
révolution d'aujourd'hui les troupes qui défendent l'ordre ancien se rangent
non sous leur propre drapeau et dans l'uniforme de la classe dominante... mais
sous le drapeau de la révolution. C'est un parti socialiste qui est devenu
l'instrument le plus important de la contre-révolution bourgeoise. »
Nous
aborderons, dans un prochain article, le rôle contre-révolutionnaire du SPD
face au développement ultérieur des luttes.
La fin de
la guerre permise par l'action des révolutionnaires
La classe
ouvrière en Allemagne n'aurait jamais pu développer cette capacité de mettre
fin à la boucherie impérialiste sans la participation constante et
l'intervention des révolutionnaires dans ses rangs. Le passage de la situation
d'ivresse nationaliste, dans laquelle pataugeait la classe ouvrière en 1914, au
soulèvement de novembre 1918, qui met fin à la guerre, n'a été possible que
grâce à l'activité inlassable des révolutionnaires. Ce n'est pas le pacifisme
qui a permis la fin des massacres mais le soulèvement révolutionnaire du
prolétariat.
Si les
internationalistes n'avaient pas courageusement, dès le début, mis en évidence
la trahison des social-patriotes, s'ils n'avaient pas fait entendre leur voix
fortement et clairement dans les assemblées, dans les usines, dans la rue,
s'ils n'avaient pas démasqué avec détermination les saboteurs de la lutte de
classe, la riposte ouvrière n'aurait pu se développer, et encore moins aboutir.
En jetant
un regard lucide sur cette période de l'histoire du mouvement ouvrier, et en tirant
un bilan du point de vue du travail des révolutionnaires, nous pouvons dégager
des leçons cruciales pour aujourd'hui.
La
poignée de révolutionnaires, qui a continué de défendre les principes
internationalistes en août 1914, ne s'est pas laissée intimider ou
démoraliser par son nombre réduit et l'ampleur de la tâche qu'elle avait à
assumer. Elle conservait la confiance en sa classe et a continué à intervenir
résolument, malgré d'immenses difficultés, pour tenter de renverser le rapport
de forces, pourtant particulièrement défavorable. Dans les sections du parti, à
la base, les révolutionnaires ont regroupé le plus rapidement possible leurs
forces sans jamais renoncer à leurs responsabilités.
En
défendant face aux ouvriers des orientations politiques capitales, sur la base
d'une analyse juste de l'impérialisme et des rapports de forces entre les
classes, ils ont indiqué, avec la plus grande clarté, la véritable perspective
et ils ont servi de boussole politique à leur classe.
Leur
défense de l'organisation politique du prolétariat a été, elle aussi,
conséquente. Autant quand il s'agissait de ne pas abandonner, sans combattre,
le SPD aux mains des traîtres que lorsqu'il a fallu construire une nouvelle
organisation. Nous aborderons, dans notre prochain numéro, les éléments
essentiels de ce combat.
Les
révolutionnaires sont, dès le début de la guerre, intervenus pour défendre
l'internationalisme prolétarien et l'unification internationale des
révolutionnaires (Zimmerwald et Kienthal), ainsi que celle de la classe
ouvrière dans son ensemble.
En
reconnaissant que la fin de la guerre ne pouvait être obtenue par des moyens
pacifistes, mais uniquement par la guerre de classe, la guerre civile, qu'il
était donc nécessaire de renverser la domination capitaliste pour émanciper
le monde de la barbarie, ils sont intervenus concrètement pour le dépassement
de la société capitaliste.
Ce
travail politique n'aurait pas été possible sans la clarification théorique et
programmatique effectuée avant la guerre. Leur combat, à la tête duquel se
trouvaient Rosa Luxemburg et Lénine, était en continuité avec les positions de
la Gauche au sein de la 2e Internationale.
Nous
pouvons constater que, même si le nombre des révolutionnaires et leur influence
étaient réduits au début de la guerre (l'appartement de Rosa Luxemburg
disposait d'une place suffisante pour accueillir les principaux militants de la
gauche le 4 août 1914 ; les délégués de Zimmerwald tenaient tous dans trois
taxis), leur travail allait s'avérer déterminant. Même si, au départ, leur
presse ne circulait qu'en très faible nombre, les prises de position et les
orientations qu'elle contenait étaient cruciales pour le développement
ultérieur de la conscience et du combat de la classe ouvrière.
Tout cela
doit nous servir d'exemple et nous ouvrir les yeux sur l'importance du travail
des révolutionnaires. En 1914, la classe a eu besoin de quatre années pour se
remettre de sa défaite et pour s'opposer massivement à la guerre. Aujourd'hui,
les ouvriers des centres industriels ne s'entre-déchirent pas dans une
boucherie impérialiste mais doivent se défendre contre les conditions de vie
de plus en plus misérables que leur fait subir le capitalisme en crise.
Mais, de
la même manière qu'au début du siècle elle n'aurait jamais été capable de
mettre fin à la guerre si les révolutionnaires, en son sein, n'avaient pas
combattu clairement et de façon décidée, la classe ouvrière, pour mener son
combat d'aujourd'hui et assumer ses responsabilités de classe révolutionnaire,
a un besoin vital de ses organisations politiques et de leur intervention.
C'est ce que nous concrétiserons dans d'autres articles.
DV.
[1] « Mais non. c'est un mensonge ! C'est une falsification
de ces messieurs les impérialistes ! le vrai Vorwàrts est vraisemblablement
sous séquestre ' » (Zinoviev au sujet de Lénine)
[2] A. Pannekoek : Le Socialisme et la
grande guerre européenne : F. Mehring : Sur
la nature de la guerre ; Lénine : L'Effondrement
de la II° Internationale. Le
Socialisme et la
guerre. Les Tâches de la social-démocratie révolutionnaires
dans la guerre européenne ; C. Zelkin et K. Duncker : Thèses sur la guerre ; R. Luxemburg : La Crise de la social-démocratie {Brochure de Junius) ; K.
Liebknecht : L'Ennemi principal se trouve
dans notre propre pays.
[3] De 1914 à 1917. le nombre des membres du SPD est passé de un million à
environ 200 000.
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