Rwanda, Yémen, Bosnie, Corée : derrière les mensonges de « paix », la barbarie capitaliste

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Sous les auspices de « la paix », de « la civilisation » et de la « démo­cratie », les plus grandes puissances militaires du monde viennent de cé­lébrer en grandes pompes l'anniver­saire du débarquement Allié en Normandie. Les festivités organi­sées à cette occasion, le répugnant reality show mis en scène sur les lieux mêmes de la boucherie cin­quantenaire, les phrases sonores à leur propre gloire que se sont échangés les chefs d'Etat les plus puissants de la planète, n'en finis­sant pas de se congratuler, ont donné lieu à un déballage médiati­que phénoménal à l'échelle mon­diale. Le message a été assené sur tous les tons : « Nous autres, grands Etats industrialisés et nos institutions démocratiques, sommes les héritiers des libérateurs qui chassèrent d'Europe l'incarnation du mal qu'était le régime nazi. Aujourd'hui comme hier, nous sommes les garants de la "civilisation", de la "paix" et de /'"humanitaire", contre l'oppression, la terreur, la barbarie et le chaos. »

Ces gens-là veulent nous faire croire, qu'aujourd'hui comme hier, la barbarie, c'est ... les autres. Le vieux mensonge selon lequel la boucherie de 1939-45, ses 50 millions de morts, son cortège d'atrocités et de souffrances, aurait eu pour seul responsable la folie barbare d'un Hitler et non le capitalisme comme un tout, et non les sordides intérêts im­périalistes de tous les camps en pré­sence. Cela fait un demi-siècle qu'on nous le rabâche, dans l'espoir qu'un mensonge mille fois répété devienne un vérité. Et s'ils nous le resservent au­jourd'hui en mondovision, c'est encore pour disculper le capitalisme, et en par­ticulier les grandes puissances « démocratiques », de la responsabilité des massacres, des guerres, des génoci­des et du chaos grandissant qui ravagent aujourd'hui la planète.

Un demi-million d'hommes impliqués dans l'opération, la plus gigantesque ex­pédition militaire de tous les temps, une boucherie effroyable qui -en quelques heures - laissa sur le terrain des dizaines de milliers de cadavres. Voilà, ce que,

« au nom de la paix », les têtes couron­nées, galonnées, suffragées, de la « communauté internationale » célé­braient en choeur le 6 juin 1994. En se recueillant hypocritement devant les champs de croix blanches à perte de vue où s'inscrivent l'âge de ces enfants qu'ils appellent des « héros » - 20 ans, 18 ans, 16 ans - la seule émotion vraie que res­sentaient cette brochette de canailles, c'était bien le regret du « bon temps », celui d'il y a 50 ans, où la classe ou­vrière était défaite et la chair à canon abondante et soumise. ([1])

La « paix », tous, Clinton, Major, Mit­terrand et les autres, n'ont eu que ce mot à la bouche. Ce même mot de « paix », dont ils se gargarisaient il y a 5 ans lors de la chute du mur de Berlin. Ce mot de « paix », au nom duquel cette même « communauté internationale » déchaî­na, quelques mois plus tard, la « tempête du désert » en Irak avec ses centaines de milliers de victimes. De cette boucherie sans nom - ils nous l'avaient encore promis - un « nouvel ordre mondial » allait naître. Depuis lors, c'est encore en porte-parole de « la paix » et de la « civilisation » qu'ils se sont tous présentés, en Yougoslavie, en Afrique, dans les Etats de l'ex-URSS, au Moyen et en Extrême-Orient. Plus ces régions du monde étaient ravagées par la guerre, plus les grandes puissances s'y sont présentées en défenseurs de « la paix », et plus en réalité elles étaient présentes et actives sur tous les théâtres des conflits guerriers, pour y défendre la seule «juste cause » que connaissent tous les pays capitalistes : leurs intérêts impérialistes.

Il n'y a pas de paix possible dans le capitalisme. La fin de la seconde bou­cherie mondiale, si elle avait chassé la guerre d'Europe et des pays les plus dé­veloppés, n'avait fait que la reporter vers la périphérie du capitalisme. Depuis 50 ans, les puissances impérialistes, gran­des et petites, n'ont pas cessé de s'affronter militairement à travers les conflits locaux. Pendant des décennies, les guerres locales incessantes ont été autant de moments de l'affrontement entre les deux grands blocs impérialistes qui se disputaient le partage du monde. L'effondrement du bloc de l'Est et, par suite, l'éclatement de celui qui lui faisait face en Occident, loin de mettre fin à cette réalité guerrière et impérialiste du capitalisme a été le signal de son dé­chaînement tous azimuts et sans limites.

Dans un monde où le chacun pour soi règne désormais en maître, ce sont les anciens alliés d'hier qui se disputent aujourd'hui leurs zones d'influence im­périaliste aux 4 coins de la planète. Les célébrations du « D day », où les plus puissants Etats se félicitaient mutuelle­ment d'avoir ensemble chassé la guerre d'Europe il y a 50 ans, se sont déroulées alors même que la guerre est de retour sur ce continent et qu'elle y est active­ment nourrie, depuis trois ans en You­goslavie, par les rivalités qui opposent ces mêmes Etats « civilisés ».

Non, le chaos guerrier qui ravage au­jourd'hui la planète ne peut simplement s'expliquer par le soudain retour de « haines ancestrales » entre populations arriérées, comme le prétendent ceux qui veulent nous faire croire, encore une fois, que la barbarie, c'est les autres. Il est partout alimenté, attisé, entretenu, quand ce n'est pas carrément provoqué, par les rivalités et les ambitions impé­rialistes de ceux-là même qui nous abreuvent de discours sur leurs bonnes intentions « civilisatrices », « humani­taires », et « pacificatrices. »

RWANDA : Les rivalités franco-américaines sont responsables de l'horreur

Un bain de sang effroyable. Des popu­lations entières froidement assassinées, à coups de machettes et de gourdins à clous, les enfants égorgés dans leur ber­ceaux, les familles pourchassées par des hordes de tueurs déchaînés jusque dans le moindre lieu où elles croient trouver refuge et mises à mort avec une sauva­gerie inouïe. Le pays transformé en un immense charnier et dont l'effroyable évocation du lac Victoria charriant des milliers de cadavres putréfiés donne l'odieuse mesure. Le nombre des victi­mes ? Un demi-million au moins, sans doute plus encore. L'ampleur du géno­cide restera inconnu. Jamais dans l'his­toire un tel exode de populations fuyant à l'aveugle les massacres ne s'était pro­duit en si peu de temps.

L'évocation d'une telle horreur par les médias de la bourgeoisie « démocrati­que », qui se sont vautrées dans ces images d'holocauste, nous a renvoyé à l'envi le message : « regardez à quelles horreurs aboutissent les haines raciales ancestrales qui déchirent les popu­lations arriérées de l'Afrique "sauvage" et face auxquelles les Etats civilisés sont impuissants. Et réjouissez vous de vivre dans nos contrées démocratiques à l'abri d'un tel chaos. Le quotidien de misère et de chômage que vous vivez ici est un paradis à côté des massacres que subissent ces populations. »

Le mensonge est cette fois d'autant plus énorme, que le prétendu conflit ethnique ancestral entre Hutus et Tutsis a été créé de toutes pièces par les puissances im­périalistes à l'époque de la colonisation. Tutsis et Hutus correspondaient alors beaucoup moins à des critères « ethniques » qu'à des castes sociales. Les Tutsis désignaient la caste féodale au pouvoir sur laquelle se sont d'abord appuyées les puissances coloniales. Héritant de la colonie rwandaise lors du dépeçage de l'empire allemand entre les vainqueurs de la première guerre mon­diale, c'est la Belgique qui introduit la mention ethnique sur la carte d'identité des Rwandais, attisant la haine entre les deux castes pour mieux s'appuyer sur la monarchie tutsi.

En 1959, changeant son fusil d'épaule, Bruxelles soutient la majorité hutu qui s'est emparée du pouvoir. La fameuse carte d'identité « ethnique » est mainte­nue et les discriminations entre tutsis et hutus dans les divers domaines de la vie sociale sont renforcées.

Plusieurs centaines de milliers de Tutsis fuient le pays pour s'installer au Bu­rundi ou en Ouganda. Dans ce dernier pays, ils seront une base de recrutement pour la clique de l'actuel président ou­gandais Museveni qui prend le pouvoir avec leur soutien à Kampala en 1986. En retour, le nouveau régime ougandais favorise et arme la guérilla tutsie qui va se concrétiser par la création du Front patriotique rwandais (FPR) qui entre au Rwanda en octobre 1990.

Entre temps, le contrôle de l'impéria­lisme belge sur Kigali a laissé la place à la France qui apporte un soutien mili­taire et économique sans faille au ré­gime hutu d'Habyarimana, lequel fait

régner la terreur dans le pays en renfor­çant les ressentiments ethniques contre les Tutsis. C'est grâce au soutien de l'impérialisme français qui l'arme acti­vement et qui envoie en renfort des militaires, que le régime repoussera l'avance du FPR, lequel est soutenu discrètement par les Etats-Unis, à tra­vers l'Ouganda qui l'arme et l'entraîne.

A partir de là, la guerre civile s'emballe, les pogroms anti-Tutsis se multiplient en même temps que ceux menés par le FPR contre tous ceux qu'il soupçonne de « collaborer » avec le régime. Au nom de « protéger ses ressortissants », Paris renforce encore son corps expédition­naire. En réalité l'État français ne fait que défendre sa chasse gardée face à l'offensive des Etats-Unis qui n'a de cesse, depuis l'effondrement du bloc de l'Est, de disputer à Paris ses zones d'in­fluence en Afrique. La guérilla du FPR prend la forme d'une véritable offensive américaine visant à faire tomber le ré­gime pro-français de Kigali.

Pour tenter de sauver le régime, la France finit par mettre sur pied en août 1993 un accord de «paix » qui prévoit une nouvelle constitution plus « démocratique », octroyant une partie du pouvoir à la minorité tutsi ainsi qu'aux diverses cliques d'opposition.

Cet accord va s'avérer irréalisable. Non pas parce que les « haines ancestrales » sont trop fortes, mais tout simplement parce que l'enjeu impérialiste et les cal­culs stratégiques des grandes puissances ne pouvaient pas s'en accommoder. L'assassinat le 6 avril 94, à la veille de la mise en place de la nouvelle constitu­tion, des présidents rwandais et burundais fait capoter l'accord et met le feu au poudres, déclenchant le bain de sang que l'on sait.

Les dernières révélations publiées par la presse belge (qui a des raisons d'en vouloir à son rival français en Afrique) mettant directement en cause des mili­taires français dans l'attentat du 6 avril suggèrent que Paris a très bien pu com­manditer l'attentat dans l'espoir qu'en en faisant porter le chapeau aux rebelles du FPR, il obtiendrait toutes les justifica­tions et la mobilisation nécessaires de la part de l'armée gouvernementale pour en finir avec la rébellion tutsi. Si tel est le cas la réalité a dépassé toutes ses es­pérances. Mais peu importe laquelle des deux cliques, gouvernementale ou FPR, et derrière elles qui, de la France ou des Etats-Unis, avait le plus intérêt à faire ainsi passer le conflit rwandais de la guérilla larvée à la guerre totale. La lo­gique même du capitalisme le veut ainsi : la « paix » n'est qu'un mythe dans le capitalisme, au mieux une pause préparant les prochains affrontements, et en dernière instance la guerre reste son seul mode de vie, la seule manière de régler ses contradictions.

Aujourd'hui les apprentis sorciers font semblant de s'émouvoir devant l'am­pleur prise par le brasier qu'ils ont eux-mêmes attisé. Pourtant, pendant des mois, tout ce beau monde à laissé faire le massacre se contentant de déplorer 1' « impuissance de l'ONU ». Le prin­cipe adopté à la mi-mai par le conseil de sécurité de l'ONU - plus d'un mois après le début de la guerre alors qu'on dé­comptait déjà 500 000 morts ! - d'expé­dier 5 000 hommes dans le cadre de la MINUAR ne devrait pas voir un début de mise en oeuvre avant le mois de juillet ! Même si certains Etats africains de la région se sont dits prêts à fournir les troupes, du côté des grandes puis­sances, chargées d'assurer l'équipement et les moyens financiers, c'est la lenteur et l'apathie qui ont présidé, faisant s'in­digner le responsable de la MINUAR : « c'est comme si nous étions devenus to­talement insensibles, comme si cela nous était devenu indifférent. » Ce à quoi rétorquaient les diplomates du con­seil de sécurité : « de toutes façons le gros des massacres est passé, il faut at­tendre la suite. » Les autres résolutions de l'ONU, censées mettre fin à l'alimentation de la guerre et aux livraisons d'armes à partir de l'Ouganda et du Zaïre, n'ont eu pas plus d'effet. Et pour cause, cette « impuissance », c'est la même qui règne dans la guerre en Bos­nie. Elle ne fait que refléter les diver­gences d'intérêts impérialistes qui divi­sent ceux qui se font passer pour des forces de « maintien de la paix. »

C'est de la bouche du gouvernement français que le sursaut militaro-humanitaire a refait surface en juin, après l'adoption d'un cessez-le-feu immédia­tement violé. « On ne peut plus suppor­ter ça » a clamé le ministre français des Affaires étrangères, et de proposer une intervention, « dans le cadre de l'ONU », mais à condition que l'opéra­tion soit menée sous le commandement direct de l'État français. L'initiative a évidemment provoqué une réaction im­médiate des représentants du FPR s'indignant que « la France ne peut arrêter le génocide qu'elle a aidé à mettre en action. » Quant aux autres « grands » ils freinent des quatre fers, Etats-Unis en tête. D'une part parce qu'il ne fait pas de doute que si la France veut prendre la direction des opérations, c'est bien pour s'assurer la conservation de son rôle de puissance dominante dans le pays et dans le but de peser de tout son poids pour arrêter la progression du FPR. D'autre part, parce que les USA, de leur côté, non seulement s'appuient juste­ment sur le dit FPR sur le terrain, mais tiennent plus généralement à faire en­tendre qu'il n'est pas question qu'une autre puissance qu'eux-mêmes prétende s'arroger le rôle du gendarme. Voilà les véritables ressorts de cette nouvelle va­gue de gesticulations « humanitaires », le sort des populations massacrées n'a rien à y voir.

YEMEN : Les calculs stratégiques des grandes puissances

Née de la réunification des deux Yémen il y a 4 ans - dans l'euphorie de l'effon­drement du bloc de l'Est, qui laissa brutalement Aden et son parti unique dirigeant le PSY sans parrain - la toute nouvelle République yéménite unifiée n'aura pas fait long feu. La sécession du Sud et le conflit militaire qui opposent à nouveau les deux parties du pays n'est qu'un révélateur de plus de ce que vaut le « nouvel ordre mondial » promis : un monde d'instabilité et de chaos, des Etats qui se déchirent et éclatent sous la pression de la décomposition sociale. Mais comme au Rwanda, comme en Yougoslavie, ce chaos est nourri, ali­menté par les puissances impérialistes de la région et au-delà, qui là encore sont bel et bien derrière dans le but d'es­sayer de tirer les marrons du feu pour leur propre compte.

Régionalement le conflit yéménite est ainsi nourri d'un côté par l'Arabie Saoudite qui reproche les trop grandes sympathies des factions islamistes du Nord avec son menaçant voisin l'Irak et avec le régime soudanais. C'est elle - et derrière elle son puissant allié améri­cain - qui a ainsi attisé et soutenu la cli­que sécessionniste d'Aden dans le but d'affaiblir les factions yéménites pro­ irakiennes De l'autre, c'est aussi sa zone d'influence impérialiste régionale que défend Khartoum, en particulier contre son rival local l'Egypte, autre place-forte américaine, en appuyant l'offensive nordiste. Offensive dont l'enjeu n'est autre que le contrôle de la position éminemment stratégique que constitue le port d'Aden, en face de la place-forte française de Djibouti. Et que trouve-t-on derrière le régime militaro islamiste soudanais ? Comme par hasard l'appui discret de la France qui ne fait là qu'ap­porter la réponse du berger à la ber­gère, après que l'offensive des Etats-Unis en Somalie est venue menacer sa chasse gardée de Djibouti.

Le bras de fer qui se joue sur le conti­nent africain et au Moyen-Orient entre les grandes puissances, en particulier entre les Etats-Unis et la France, aboutit à cette sordide réalité qui voit d'un côté l'Etat français dénoncer à cor et à cri l'obscurantisme islamiste, quand il sévit en Algérie et déstabilise ses propres zo­nes d'influence avec la bénédiction des Etats-Unis qui soutiennent désormais sans se cacher le FIS. De l'autre côté, c'est Washington qui s'en va dénoncer ce même islamisme quand il contrarie ses prérogatives dans la péninsule ara­bique, tandis que la France, oubliant ses laïcs états d'âmes, le trouve plutôt à son goût quand il s'agit de défendre ses inté­rêts impérialistes à l'entrée de la Mer Rouge. Voilà encore une justification idéologique qui s'effondre devant la sordide réalité de l'impérialisme.

BOSNIE : Les missions « pacificatrices » attisent la guerre

C'est le même cynisme, la même du­plicité des grandes puissances « civilisatrices » qui se révèlent dans l'enlisement de la guerre en Bosnie ([2]). Les dernières évolutions de l'imbroglio diplomatico-militaire des principales puissances, tandis que les massacres continuent de plus belle, n'ont fait que confirmer le mensonge du caractère prétendument « humanitaire » de leurs prétentions et le sourd affrontement en­tre les « grands » qui se joue par popu­lations serbes, croates et musulmanes interposées.

Le théâtre du conflit bosniaque, long­temps terrain privilégié de l'affirmation impérialiste des diverses puissances européennes est aujourd'hui devenue une des pierres angulaire de la contre-offensive américaine. Avec l'ultimatum de l'OTAN et la menace de frappes aé­riennes sur les forces serbes, Washing­ton est parvenu à reprendre complètement l'initiative, à rabattre les nouvelles prétentions de la Russie à s'engouffrer dans le conflit et à sanctionner l'im­puissance totale de la Grande-Bretagne et de la France, qui durent accepter une ingérence américaine qu'elles avaient jusque là refusée et sabotée par tous les moyens. Et ce sont encore les Etats-Unis qui ont marqué des points en parrainant la création d'une fédération croato-musulmane. Du coup les prétentions de l'Allemagne à s'appuyer sur la Croatie pour prendre pied sur les bords de la Méditerranée sont complètement mises sur la touche. Là encore, toutes ces grandes manoeuvres militaro-diplomatiques n'ont pas grand chose à voir avec le « retour de la paix ».

Comme nous le disions dans notre pré­cédent numéro : « l'alliance croato-musulmane qu'ils (les Etats-Unis) pa­tronnent - si elle va jusqu'à son terme -va porter l'affrontement avec la Serbie à un niveau supérieur. Les puissances européennes qui viennent de prendre une gifle ne vont pas manquer de jeter de l'huile sur le feu. » Le vote par le Sé­nat américain, qui s'est prononcé pour la levée de l'embargo sur les armes en Bosnie - et qui a trouvé un appui inat­tendu de la part d'une poignée d'intellectuels français va-t-en-guerre de salon-, ne peut qu'encourager l'armée bosniaque, déjà réarmée par les bourgeoisie américaine à reprendre l'offensive militaire. Et ce n'est pas le plan européen de partition de la Bosnie, totalement inacceptable par les Musul­mans et auquel la Maison blanche - en apparent désaccord avec son Congrès -fait semblant de se rallier qui risque de permettre l'arrêt des massacres. Son prévisible échec, tandis que l'appui de Washington au nouveau front anti-serbe croato-musulman rend inévitable un élargissement de la guerre, ne fait qu'annoncer de nouvelles tueries.

La boucherie qui ensanglante l'ex-Yougoslavie, depuis maintenant trois ans, n'est pas près de se terminer. Elle n'a fait que démontrer à quel point les conflits guerriers et le chaos nés de la décomposition du capitalisme se trou­vent attisés par les menées des grands impérialismes. Et aussi, qu'au bout du compte, au nom du « devoir d'ingérence humanitaire », la seule alternative qu'ils aient, les uns et les autres, à proposer, c'est la suivante : soit bombarder les for­ces serbes, soit envoyer plus d'armes aux bosniaques. En d'autres termes, face au chaos guerrier que provoque la décomposition du système capitaliste, la seule réponse que celui-ci ait à donner, de la part des pays les plus puissants et les plus industrialisés, c'est d'y ajouter en­core plus de guerre.

COREE : Vers de nouveaux déchaînements militaires

Tandis que les foyers de conflits se multiplient, un autre brasier couve avec la Corée du Nord, qui prétend se doter d'un embryon d'arsenal nucléaire. La réaction des Etats-Unis qui ont engagé le bras de fer avec Pyongyang menaçant celle-ci d'une escalade de sanctions, nous est encore une fois présentée comme l'attitude responsable de puis­sances « civilisées » soucieuses de com­battre la course aux armements et de défendre la paix. En fait, cette « crise majeure », n'est pas sans rappeler le bras de fer engagé par ces mêmes Etats-Unis il y a quatre ans face à l'Irak et qui déboucha sur la boucherie de la guerre du Golfe. Et, comme à l'époque, les prétentions d'une Corée du Nord -qui est déjà un des pays les plus militarisés du monde, fort d'une armée d'un million d'hommes - à enrichir son énorme arse­nal d'un « plus » nucléaire, ne sont fon­damentalement qu'un prétexte.

Derrière la « crise coréenne » et l'intox médiatique sur les risques d'agression de Pyongyang sur son voisin du Sud, il y a fondamentalement la réaction amé­ricaine à la menace sur son hégémonie et son statut de gendarme du monde que fait peser l'alliance qui se noue entre les deux géants de la région : la Chine et le Japon. Les premiers visés dans cette af­faire, à travers la détermination affichée par Washington à « aller jusqu'au bout s'il le faut », sont bien moins le régime de Pyongyang que ces deux derniers pays. Elle fait partie de la pression ap­puyée de la Maison blanche sur la Chine qui, tendant d'une main la ca­rotte, avec le maintien de la « clause de la nation la plus favorisée » accordée à Pékin, brandit de l'autre le bâton, en s'attaquant à son petit protégé nord co­réen.

L'objectif, en faisant volontairement monter la tension avec la Corée, est de contraindre la Chine et le Japon à se ranger derrière eux, d'obliger Pékin à se désolidariser de Pyongyang, et mettre à mal l'axe sino-japonais et toute velléité de politique indépendante de la part de ces deux pays. Exactement comme lors de la crise du Golfe, où les Etats-Unis

avaient eux même provoqué la crise en encourageant les visées de Saddam Hus­sein sur le Koweït, dans le seul but de contraindre les puissances européennes à se ranger derrière eux et, contre leurs propres intérêts au Moyen Orient, à faire acte d'allégeance devant la toute puissance militaire américaine. L'opé­ration avait parfaitement réussi alors. Les velléités d'affirmations impérialistes de ses rivaux européens avaient été un temps étouffées au prix d'une ignoble boucherie.

Que les Etats-Unis aillent jusqu'au bout cette fois-ci, que, rééditant leur « exploit » sanglant, ils mettent une fois de plus en branle leur énorme machine­rie guerrière, dans le seul but de faire plier les puissances d'Asie à leurs dik­tats, n'est pas encore dit. En tout cas cette nouvelle crise montre l'avenir que prépare le capitalisme.

LE CAPITALISME C'EST LA GUERRE

Les cérémonies commémorant le « D day » avaient elles aussi pour but de rappeler à tous ceux qui seraient tentés de passer outre, que ce sont les Etats-Unis qui entendent faire la loi dans le monde en 1994, comme en 1944. Ainsi la gifle adressée à l'Allemagne, osten­siblement exclue des festivités, est ve­nue sèchement lui rappeler sa position de vaincue de la seconde guerre mon­diale et lui faire entendre qu'il serait mal venu de sa part de prétendre obtenir un autre statut dans le rapport de forces impérialiste actuel. L'absence encore plus remarquée de la Russie -qui n'a pas manqué de protester contre un tel oubli de sa participation à la victoire de 1945 et aux millions de prolétaires qu'elle avait sacrifiés sur l'autel de la boucherie mondiale- entendait bien aussi rabattre le caquet aux prétentions de Moscou à retrouver place au premier rang des puissances mondiales. Quant aux risettes hypocrites que se sont mu­tuellement adressés les invités de la fête, clamant leur volonté commune d'agir « pour la paix » elles cachaient décidé­ment mal la sordide réalité des conflits qui les opposent aux quatre coins de la planète.

Il n'y aura pas de pause dans le rythme des foyers guerriers de par le monde. La guerre est inscrite depuis sa naissance dans l'histoire du capitalisme. Elle de­vient le mode de vie permanent de ce système à l'heure de sa décomposition. On veut nous faire croire qu'il s'agit

d'une fatalité, qu'on est impuissant et que le mieux à faire encore est de s'en remettre à la bonne volonté des grandes puissances et de leurs efforts pour en limiter les effets les plus dévastateurs. Rien n'est plus faux. Comme on vient de le voir, ce sont elles les premiers fau­teurs de guerre de part le monde. Et pour une raison bien simple : ce chaos guerrier et ce déchaînement du milita­risme trouvent leurs fondements dans la faillite même de l'économie capitaliste.

LA REPONSE EST ENTRE LES MAINS DU PROLETARIAT

La barbarie guerrière, qui se répand dans les zones les plus sous-développées de la planète, a pour pendant la misère et le chômage massif, qui s'étendent dé­sormais à l'autre pôle de la planète, dans les grands pays industrialisées. Guerre permanente et plongée catastrophique dans la crise économique sont, l'une et l'autre, des manifestations de la même faillite totale du système capitaliste. Oui, il est impuissant à résoudre ces fléaux. Tout au contraire, en continuant à pourrir sur pied, le capitalisme n'a d'autre chose à offrir que toujours plus de misère, de chômage et de guerres.

La réponse à l'avenir effroyable que nous promet le capitalisme existe. Elle est entre les mains de la classe ouvrière internationale et d'elle seule. Il appar­tient en particulier aux prolétaires des pays les plus industrialisés, qui subis­sent de plein fouet les conséquences dramatiques de la crise de ce système, d'y répondre par la lutte sur leur terrain de classe, de la manière la plus détermi­née, la plus unie, la plus consciente.

Au sentiment d'impuissance face à la barbarie que veut lui inoculer la classe dominante, à ses tentatives de l'entraî­ner derrière elle dans ses aventures guerrières, la classe ouvrière doit ré­pondre par le développement de sa ri­poste de classe aux attaques capitalistes. Cette riposte, et elle seule, est une ré­ponse à la barbarie de ce système. Parce qu'elle seule porte en elle la possibilité de détruire le capitalisme avant que sa logique meurtrière n'aboutisse à la destruction de l'humanité. L'avenir de l'espèce humaine est entre les mains du prolétariat.

PE, 19/6/1994.



[1] Voir l'article « 50 ans de mensonges im­périalistes », dans ce numéro.

[2] Voir l'article «Les grandes puissances impérialistes sont les fauteurs de guerre, dans l'ex-Yougoslavie tout comme dans le reste du monde », Revue internationale n° 76.