Présentation du 9e congres du CCI et résolution sur la situation internationale

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Quelques semaines avant les événements d'URSS, le CCI a tenu son 9e Congrès interna­tional. Comme le lecteur pourra s'en rendre compte en prenant connaissance des docu­ments adoptés à cette réunion que nous publions par la suite, l'éclatement de l'URSS -ainsi que la guerre civile en Yougoslavie -qui s'inscrit complètement dans la dynamique ouverte depuis la disparition du bloc impéria­liste de l'Est, ne nous a pas surpris et est venu illustrer les travaux et les orientations que nous venions tout juste de confirmer à ce congrès. Tout juste de confirmer disions-nous, car, à vrai dire, c'est depuis le tout début de l'explosion du bloc impérialiste de l'Est, en été 1989, que notre organisation a su analyser les grandes tendances de la nou­velle situation historique qui s'ouvrait, et tout spécialement la perspective du chaos et de l'explosion du bloc de l'Est et de l'URSS.

Véritable assemblée générale du CCI, moment privi­légié de sa vie et expression la plus haute de son carac­tère centralisé et international, un congrès doit tirer un bilan du travail accompli dans la période qui le précède, et, sur cette base, définir des orientations d'activités en rapport avec les perspectives qu'il dégage de la situation internationale, spécialement quant au rapport de force entre le capital et le prolé­tariat au niveau mondial. Par conséquent, ce congrès avait pour tâche essentielle la discussion de la validité de nos analyses (en particulier l'analyse générale sur la phase historique de décomposition dans laquelle est entré le capitalisme) et de nos prises de position face aux immenses bouleversements historiques que nous avons vécus depuis la fin 1989 :

- l'effondrement des régimes staliniens,

- la disparition de la configuration impérialiste Est-Ouest issue de 1945, de Yalta,

- face à la situation qui s'en est suivie, la guerre du Golfe qui a vu la destruction de l'Irak et du Koweït,

- le chaos touchant un grand nombre de pays et tout particulièrement les pays de l'Est européen, e recul de la lutte de classe internationale.

La nouvelle situation : une rupture historique et le recul de la lutte de classe

Quel bilan le congrès a-t-il tiré des analyses élaborées et des prises de position du CCI - toutes publiées dans la presse et auxquelles nous allons faire référence -face aux événements gigantesques que nous avons vécus ? Comme le dit la résolution d'activités adoptée :

« Les événements de portée historique qui ont jalonné ces deux années ont mis l'organisation à l'épreuve en lui imposant le réexamen de {ensemble de ses analyses et de son activité à la lueur des nouvelles données de la situation internationale (...) Le critère central pour apprécier le bilan de l'activité du CCI durant ces deux dernières années est nécessairement, vue l'importance des événements, sa capacité à avoir perçu et analysé ce qu'ils signifiaient et impliquaient. »

Que signifiaient ces événements ? Qu'impliquaient-ils ? C'est là-dessus que le congrès a du revenir et se prononcer.

La phase historique de décomposition du capitalisme a l'origine de la disparition du bloc de l'Est et de l'URSS

Dans les conditions dramatiques et catastrophiques de la crise économique ouverte, irréversible du capi­talisme, la bourgeoisie est incapable d'imposer au prolétariat mondial la seule perspective qu'elle puisse offrir à l'humanité : une troisième guerre mondiale aux effets dévastateurs. Mais par ailleurs, le proléta­riat est lui-même incapable pour le moment de déga­ger clairement, ni même de présenter, sa propre pers­pective révolutionnaire de destruction de la société capitaliste. Aucune perspective historique n'ayant réussi à se dégager, la société capitaliste - dont la crise économique, elle, ne s'arrête pas - se trouve dans une impasse et pourrit sur pied tel un fruit non cueilli. C'est ce que nous appelons la nouvelle phase historique de décomposition du capitalisme ("La décomposition, phase ultime du capitalisme", Revue Internationale n° 62, 3e trimestre 1990).

Cette phase de décomposition, de blocage et d'impasse historique, est a l'origine de l'éclatement du bloc impérialiste de l'Est, de PURSS et de la mort du stalinisme que nous avions su entrevoir dès octobre 1989 :

«Dès à présent, le bloc de l'Est nous présente le tableau d'une dislocation croissante. Par exemple, les invec­tives entre l'Allemagne de l'Est et la Hongrie, entre les gouvernements "réformateurs" et les gouvernements "conservateurs", ne sont nullement du cinéma. Elles rendent compte des réels clivages qui sont en train de s'établir entre les différentes bourgeoisies nationales. Dans cette zone, les forces centrifuges sont tellement fortes qu'elles se déchaînent dès qu'on leur en laisse l'occasion. Et aujourd'hui, cette occasion s'alimente des craintes suscitées au sein des partis dirigés par les "conservateurs" que le mouvement parti d'URSS, et qui s'est amplifié en Pologne et en Hongrie, ne vienne, par contagion, les déstabiliser.

C'est un phénomène similaire qu'on retrouve dans les Républiques périphériques de l'URSS. Ces régions sont en quelque sorte des colonies de la Russie tsariste ou même de la Russie stalinienne (par exemple les pays baltes annexés suite au pacte germano-soviétique de 1939). (...) Les mouvements nationalistes qui, à la faveur du relâchement du contrôle central du parti russe, s'y développent aujourd'hui avec près d'un demi-siècle de retard par rapport aux mouvements qui avaient affecté les empires français ou britannique, portent avec eux la dynamique de séparation d'avec la Russie.

En fin de compte, si le pouvoir central de Moscou ne réagissait pas, nous assisterions à un phénomène d'explosion, non seulement du bloc russe, mais égale­ment de sa puissance dominante. Dans une telle dyna­mique, la bourgeoisie russe, qui, aujourd'hui, domine la deuxième puissance mondiale, ne serait plus à la tête que d'une puissance de second plan, bien plus faible que l'Allemagne, par exemple. »

("Thèses sur la crise économique et politique dans les pays de l'Est",  adoptées en Octobre 1989, Revue Internationale n° 60, 1er trimestre 1990).

La décomposition du capitalisme exacerbe encore plus les antagonismes impérialistes, les guerres et le militarisme

Les effets de cette phase historique, dans ce cas l'explosion du bloc de l'Est et de l'URSS, à leur tour, viennent accentuer et renforcer la décomposition de la société. Elle est marquée par l'exacerbation de toutes les caractéristiques du capitalisme décadent, tout particulièrement, la guerre, l'impérialisme, le militarisme (telles que nous les avons mises en évi­dence dans le texte "Militarisme et décomposition" en octobre 1990, Revue Internationale n° 62), le capita­lisme d'Etat, et ce dans un chaos croissant. Voilà ce 3ue nous écrivions au lendemain de la chute du mur e Berlin, alors que la bourgeoisie mondiale chantait à tue-tête les vertus du capitalisme et se vantait d'offrir à l'humanité une ère de paix et de prospérité... ainsi que sa victoire sur le marxisme :

« Cette disparition du bloc de l'Est signifie-t-elle que, désormais, le monde sera dominé par un seul bloc impérialiste ou que le capitalisme ne connaîtra plus d'affrontements impérialistes ? De telles hypothèses seraient tout à fait étrangères au marxisme. (...). Dans la période de décadence du capitalisme, TOUS les Etats sont impérialistes et prennent les dispositions pour assumer cette réalité : économie de guerre, arme­ments, etc. C'est pour cela que l'aggravation de l'économie mondiale ne pourra qu'attiser les déchire­ments entre ces différents Etats, y compris, et de plus en plus, sur le pian militaire. La différence avec la période qui vient de se terminer, c'est que ces déchire­ments et antagonismes qui auparavant étaient contenus et utilisés par les deux grands blocs impérialistes, vont maintenant passer au premier plan. La disparition du gendarme impérialiste russe, et celle qui va en découler pour le gendarme américain vis-à-vis de ses principaux "partenaires" d'hier (note : nous entendions par là la disparition du bloc de l'Ouest face à la mort subite de son rival oriental), ouvrent la porte au déchaînement de toute une série de rivalités plus locales. Ces rivalités et affrontements ne peuvent pas, à l'heure actuelle, dégénérer en un conflit mondial (même en supposant que le prolétariat ne soit plus en mesure de s y oppo­ser). En revanche, du fait de la disparition de la disci­pline imposée par la présence des blocs, ces conflits ris­quent d’être plus violents et plus nombreux, en particu­lier, évidemment, dans les zones où le prolétariat est le plus faible. »

("Après l'effondrement du bloc de l'Est, décomposi­tion et chaos", Revue Internationale n°61, 2 tri­mestre 1990,).

C'est exactement ce qui allait se réaliser quelques mois plus tard de manière ô combien sanglante avec la guerre du Golfe.

 

L'effondrement du bloc de l'est : une rupture historique dans la situation mondiale

La disparition du bloc impérialiste de l'Est, l'agonie du capitalisme d'Etat stalinien, la guerre impérialiste du Golfe, marquent une rupture nette dans l'évolution historique. En particulier pour la lutte de classe du prolétariat mondial.

La fin des années 1960 avait ouvert une période de développement lent, non linéaire, mais réel, des luttes ouvrières dans le monde entier face aux attaques dues à l'aggravation inexorable de la crise économique : 1968 à 1975 (France, Italie, Pologne, etc.), Pologne 1980, luttes des années 1983-1988 en Europe occidentale. Cette force relative, cette résis­tance de la classe ouvrière mondiale, en empêchant les différentes bourgeoisies nationales d'embrigader l'ensemble du prolétariat, est à l'origine du blocage historique qui a vu le phénomène de la décomposition devenir déterminant dans la vie du capitalisme. L'effondrement des régimes staliniens, qui est à com­prendre dans ce cadre de la décomposition, devait occasionner un profond recul dans la conscience de la classe ouvrière (article de la Revue Internationale n°60, "Des difficultés accrues pour le prolétariat" rédigé en novembre 1989 et la thèse 22 des "Thèses sur la crise économique et politique dans les pays de l'Est" déjà citées). Il pesait encore sur la classe ouvrière lorsque la guerre du Golfe est venue à son tour influer sur le rapport de force entre les classes :

«Aujourd'hui, cette prise de conscience continue à être entravée par les séquelles de l'effondrement du stali­nisme et du bloc de t'Est. Le discrédit qu'a subi il y a un an et demi, sous l'effet notamment d'une campagne gigantesque de mensonges, l'idée même de socialisme et de révolution prolétarienne est encore loin d'avoir été surmonté. (...) De même, la crise et la guerre du Golfe, si elles ont eu le mérite de démentir les discours sur la "paix éternelle", ont aussi engendré dans un premier temps un sentiment d'impuissance et une paralysie indiscutable dans les grandes masses ouvrières des pays avancés. »

("Résolution sur la situation internationale" adoptée par le congrès et publiée dans ce numéro).

Est-il besoin de préciser que, depuis notre congrès, l'échec du putsch des "conservateurs" en URSS au mois d'août, la mort du PC stalinien d'URSS, la dis­location de l'URSS, sont l'occasion pour la bourgeoi­sie mondiale de relancer la campagne contre la classe ouvrière sur "la mort du communisme", usant et abu­sant du plus grand mensonge historique de tous les temps qui assimile le capitalisme d'Etat stalinien au communisme. Nul doute que cette campagne ne fait que prolonger un peu plus encore les effets négatifs sur le prolétariat de la putréfaction nauséabonde du stalinisme. Le prolétariat mondial aura payé cher, très, très cher, la contre-révolution stalinienne, dans sa chair et dans son esprit.

Le 9e congrès du CCI s'est prononcé en accord avec cette analyse et avec les différentes prises de position adoptées face aux événements. Il a donc tiré un bilan positif de ses activités sur le plan de l'élaboration théorique et de l'analyse de la situation internatio­nale, ainsi que sur le plan des prises de position.

Bilan des activités

La rupture historique, les événements que nous avons vécus depuis l'effondrement du bloc de l'Est, le recul du prolétariat, ont nécessité une adaptation de notre intervention générale. De ce point de vue aussi, le congrès a tire un bilan positif. L'ensemble de notre intervention a su prendre position de façon militante sur les principales questions posées dans la situation actuelle, en particulier à travers : la mise en lumière de la nouvelle phase historique de décomposition, la gravité des enjeux, l'explication des causes histo­riques et particulières de l'effondrement des régimes staliniens, la dénonciation des campagnes bour­geoises en particulier celle identifiant la révolution russe à la barbarie du stalinisme, identifiant le com­munisme au capitalisme d'Etat stalinien, la dénoncia­tion de la barbarie meurtrière et cynique de la bourgeoisie, de son système et de la "démocratie" durant a guerre du Golfe, etc.

Par ailleurs, avec le recul de la lutte de classe et les circonstances de celui-ci, « l'aspect propagande a lar­gement pris le pas dans notre intervention, avec la presse comme instrument principal de celle-ci (...) Les publications territoriales ont été globalement capables de répondre à l'irruption des événements majeurs, en avançant leur date de parution, par la sor­tie de suppléments quand nécessaire » (Résolution sur les activités). Le CCI, comme un tout uni et centralisé, a diffusé un supplément international à ses publi­cations lors de l'éclatement du bloc de l'Est, et deux tracts internationaux dans les douze pays où il est pré­sent et partout où il pouvait intervenir, dénonçant le conflit impérialiste dans le Golfe lors de son éclate­ment et de sa fin.

Sur le plan de la vie organisationnelle, le CCI a su renforcer ses liens et sa centralisation internationale suivant en cela les orientations tracées par son congrès international précédent. La mobilisation de l'organisation, de tous ses militants, et le resserre­ment des liens entre toutes ses parties et sections terri­toriales, ont constitué une arme fondamentale de l'organisation pour faire face à la nouvelle situation.

Si le congrès a tiré un bilan positif de nos activités, cela ne veut pas dire que nous n'ayons pas manifesté des faiblesses, notamment des retards dans les diffé­rentes presses territoriales, en particulier pour répondre à l'effondrement des régimes staliniens. Ces faiblesses ont résulté fondamentalement de la diffi­culté réelle qu'il y avait pour appréhender dans toute sa mesure l'ampleur de la rupture historique ; pour remettre en cause le cadre d'analyse correspondant à la période précédant la disparition du bloc de l'Est ; pour voir rapidement et comprendre l'éclatement de ce bloc ; pour saisir les répercussions négatives pour la classe ouvrière de l'effondrement du stalinisme ; pour reconnaître le recul de la lutte de classe.

Faire face à l'accélération dramatique de l'histoire

L'histoire s'accélère dramatiquement. Inutile de revenir encore sur les événements et sur le dernier d'entre eux à l'heure où nous écrivons : la fin de l'URSS. Il suffit de lire les journaux, ou de regarder la TV. La bourgeoisie ne peut le cacher. La décomposi­tion de la société capitaliste dans l'impasse histo­rique, est la cause de cette accélération. Elle touche toute la société, toutes les classes, y compris le prolé­tariat. Les caractéristiques du phénomène de la décomposition font que s'exerce sur la classe ouvrière, les organisations révolutionnaires - y inclus bien sûr le CCI - et les militants, une pression particu­lière de l'idéologie petite-bourgeoise qui mine la confiance et la conviction dans la force historique du prolétariat et dans le rôle des organisations politiques révolutionnaires.

La pression de l'idéologie bourgeoisie et petite-bour­geoise gangrenées par la décomposition, et la fuite dans les illusions les plus réactionnaires qu'elle pro­voque, telles le nationalisme, le corporatisme, voire le racisme ; le rejet de grandes masses d'ouvriers dans le chômage, sans perspective de retrouver du travail, ou d'en trouver quand il s'agit des jeunes, la lumpénisation, la marginalisation qui s'ensuit, le désespoir (la chute dans la drogue et dans la délinquance ou la constitution par exemple), et nous en passons, sont es dangers qui menacent de plus en plus violemment et massivement le prolétariat mondial. Ils entravent le développement de sa conscience et de la confiance en sa force révolutionnaire. Cette situation connaît un développement terrible et se révèle dans toute son ampleur dans les pays de l'ex-bloc de l'Est. Le déboussolement, l'aveuglement et le désespoir qui frappent les grandes masses d'ouvriers de ces pays sont particulièrement dramatiques. Nul doute que l'explosion de l'URSS, l'indépendance des répu­bliques et le nationalisme qui va avec, les illusions démocratiques et celles sur la pseudo prospérité des pays occidentaux, vont renforcer encore le désarroi et 'impuissance du  prolétariat dans  cette partie du monde.

Le même type de dangers pèse sur les militants com­munistes et leurs organisations politiques. Les doutes, le scepticisme, la démoralisation, le manque de confiance dans la classe ouvrière vont de pair avec les tentations de fuite dans la "vie privée", dans l'individualisme, dans le rejet, le dénigrement amer et cynique de toute activité militante organisée et collec­tive, ou dans le refus de la théorie, de la réflexion.

De même au plan collectif, du fonctionnement de l'organisation révolutionnaire, le dilettantisme, le laisser-aller, le chacun pour soi, le localisme, repré­sentent eux aussi des dangers autrement plus mena­çants que par le passé sur le fonctionnement même des organisations politiques communistes.

Cette pression s'effectue encore sur le plan théorico-politique. L'absence de perspective historique qui produit cette situation inédite de décomposition du capitalisme, se manifeste dans la déliquescence de la pensée, dans la perte de toute méthode, dans la confusion et le mélange des genres, dans une vision immédiate, a-historique. Pour les organisations communistes, cette pression se traduit dans des ten­dances accrues à une vision immédiate et superficielle, au jour le jour, des événements - ce que nous appelons l'immédiatisme - sans comprendre, ni même bien souvent essayer de voir, l'unité et l'ensemble du processus historique.

Le manque de rigueur dans la pensée, le manque d'intérêt pour la théorie - caractéristiques qui tou­chent l'ensemble de la société capitaliste et qui connaissent un développement effarant - se manifes­tent par une pression à l'abandon de la lecture des ouvrages théoriques et historiques, par l'oubli ou l'ignorance des "classiques du marxisme", de l'histoire du mouvement ouvrier et de la société capitaliste.

Cette pression s'illustre aussi - nous le voyons dans nombre de groupes révolutionnaires - dans la mise en cause des acquis théoriques et politiques du mouve­ment ouvrier, quand ce n'est pas tout simplement -ouvertement ou non - dans le rejet du marxisme.

C'est la raison pour laquelle le 9e congrès a appelé l'ensemble de notre organisation, de ses parties, de ses militants, à renforcer les liens et la centralisation internationale du CCI, à faire preuve de la plus grande vigilance organisationnelle et militante, mais aussi à développer tout particulièrement l'implication et la mobilisation de l'ensemble de nos forces dans la réflexion et l'approfondissement théorique et dans l'élaboration de nos analyses. Ce sont la les condi­tions indispensables pour pouvoir intervenir de la manière la plus adéquate et la plus efficace possible dans la classe ouvrière.

L'intervention dans la période qui vient

Dans cette situation de pression renforcée de la décomposition sur le prolétariat et les révolution­naires, dans cette situation d'accélération terrible de l'histoire, le 9e congrès du CCI a tracé ses perspec­tives d'activités générales, et tout particulièrement ses perspectives d'intervention envers la classe ouvrière et e milieu politique prolétarien.

Bien évidemment, la disparition de l'URSS et l'ignoble campagne de la bourgeoisie contre le com­munisme prolongent les effets du recul subi par le prolétariat depuis maintenant plus de deux ans. Elles renforcent aussi la nécessité pour nous de renforcer la dénonciation du mensonge assimilant le communisme au stalinisme. En s'inscrivant dans le cadre de nos analyses, cet événement ne nous surprend pas et vient confirmer l'orientation de notre intervention que le 9e Congrès avait définie :

«  Notre intervention va être confrontée à la fois à la nécessité d'aider la classe ouvrière à surmonter les séquelles toujours présentes du recul dans sa conscience, consécutif à l'effondrement du bloc de l'Est et à celle de favoriser la décantation de cette même conscience qu a suscité la guerre du Golfe et que ne fera qu'approfondir la menace déplus en plus présente de la guerre. C'est pourquoi l'axe principal de l'intervention est de contribuer du mieux possible à l'approfondissement de la conscience, à travers la dénonciation générale de la bourgeoisie et de son sys­tème, à la mise en relief des enjeux dans la nouvelle situation historique en lien avec la perspective générale du combat de classe.

De ce fait la question de la guerre doit rester un axe de notre intervention. » (Résolution sur les activités).

Car en fait, la classe ouvrière va devoir lutter dans une situation déterminée par le développement du chaos, des guerres et de la crise économique. C'est aussi dans cette situation que va se déployer notre activité et notre intervention.

« Le chaos général qui caractérise la phase ultime de la décadence capitaliste, celle de la décomposition, ne pourra être marqué que par un déchaînement de ce qui constitue la caractéristique dominante de la période de décadence: les conflits impérialistes et le militarisme. » (Résolution sur la situation internationale).

Les guerres impérialistes qui vont éclater, même si elles ne prendront pas la forme de guerre mondiale avec deux blocs impérialistes antagoniques - du moins pour le moment -, n'en seront pas moins meurtrières, provoquant des ravages considérables et, combinées aux autres effets de la décomposition, pollution, famines, épidémies, elles peuvent très bien mener à la destruction de l'humanité. En effet, chaque fois plus aigus encore sous les coups redoublés de la crise éco­nomique, les antagonismes impérialistes entre les alliés d'hier dans l'ex-bloc occidental, vont venir entretenir et propager les différents feux guerriers qui éclatent dans la phase de décomposition.

Cette perspective de multiplication de conflits impé­rialistes sanglants et la perspective d'un développe­ ment catastrophique des effets de la décomposition tout particulièrement  dans les pays d'Europe de l'Est  ne sont pas sans conséquences sur la lutte de classe. Nous l'avons dit, le prolétariat subit un recul de sa conscience et de sa combativité. Mais comme classe mondiale, il n'est pas défait et le cours histo­rique reste à des affrontements de classe décisifs. Tout particulièrement, et c'est ce qui est déterminant, la classe ouvrière concentrée et expérimentée d'Europe de l'Ouest n'est pas embrigadée derrière les drapeaux de la bourgeoisie.

«  En réalité, si le désarroi provoqué par les événements du Golfe peut ressembler, en surface, à celui résultant de l'effondrement du bloc de l'Est, il obéit à une dyna­mique différente :  alors que ce qui vient de l'Est (élimination des restes du stalinisme, affrontements nationalistes, immigration, etc.) ne peut, et pour un bon moment encore, qu 'avoir un impact essentiellement négatif sur la conscience du prolétariat, la présence de plus en plus permanente de la guerre dans la vie de la société  va tendre, au contraire, à réveiller cette conscience. (...). La mise en évidence croissante tant de la faillite irréversible du mode de production capitaliste, y compris et surtout sous sa forme "libérale", que de la nature irrémédiablement guerrière de ce système, vont constituer pour les secteurs centraux du prolétariat un facteur puissant d'usure des illusions issues des événements de la fin 1989. » (idem).

La barbarie guerrière et la multiplication des attaques économiques vont pousser le prolétariat à reprendre le chemin de la lutte, et à prendre conscience des terribles enjeux historiques qui se présentent. C'est à cette perspective que le 9e congrès a voulu préparer le CCI.

 

Appel au milieu politique prolétarien

C'est dans cette situation historique mondiale chaque jour plus dramatique, que le 9e congrès adresse un "Appel au milieu politique prolétarien" (publié dans ce numéro). En effet, malgré les difficultés importantes du milieu politique prolétarien, le CCI doit participer et oeuvrer à la clarification politique et à 1unification de ce qui constitue l'avant-garde politique du prolétariat. Depuis sa fondation, notre organisation a toujours inscrit cette tâche au sein de ses préoccupations.

« Le CCI qui, par l'importance de sa place dans ce milieu, possède une responsabilité de premier ordre (...), doit savoir mettre à profit toute occasion pour agir dans le sens d'un dépassement de l'actuelle situation (de dispersion et de sectarisme). La guerre du Golfe, qui a provoqué une claire prise de position internationaliste de la part des groupes révolutionnaires, mais de façon très dispersée, et dans une bien moindre mesure l'effondrement du bloc de l'Est, vis-à-vis duquel les groupes ont réaffirmé sa nature capitaliste mais dans un cadre d'analyse aussi insuffisant que confus, fournissent une telle occasion. (...)

Le 9e Congrès du CCI décide d'adresser aux groupes dont l'existence repose sur des bases historiques réelles et à l'exclusion des groupes parasites, un appel mettant en avant la nécessité :

- de prendre conscience de l'importance des enjeux historiques actuels et des positions de classe que par­tagent ces groupes ;

-  de combattre les attitudes marquées par le sectarisme de chapelle (...);

-  d'agir en vue d'un développement des contacts et du débat ouvert à travers la presse (...), l'assistance aux réunions publiques et permanences des groupes du milieu, d éventuelles interventions communes (à tra­vers des tracts par exemple) face à des questions par­ticulièrement importantes. » (Résolution sur le milieu politique prolétarien).

Le 9e congres, moment d'homogénéisation et de renforcement du CCI

C'est un bilan positif que nous tirons de ce congrès. Ce fut un moment d'homogénéisation et de regrou­pement du CCI. Après les faits historiques boulever­sant toute la société capitaliste telle qu'elle était sortie de la 2e Guerre mondiale, il s'agissait de "digérer" ce bouleversement, cette rupture Historique, de vérifier nos analyses, de se regrouper derrière nos perspec­tives, pour affronter l'intense période qui vient.

L'histoire s'accélère et s'accélère encore. Les événe­ments dramatiques se succèdent à une cadence chaque fois plus effrénée. L'immense majorité de la population mondiale vit dans la misère extrême sous a menace mortelle des guerres, des maladies, des catastrophes en tous genres, et de la famine.

Le prolétariat mondial subit les attaques écono­miques redoublées dans une ambiance croissante de décomposition et de guerre. Même si aujourd'hui il subit un recul de sa conscience et aussi de sa combati­vité, il est la seule force capable d'en finir à jamais avec ce cloaque immonde qu'est devenu le capita­lisme en putréfaction. Inévitablement, sous les coups du capital, il va devoir s'affronter implacablement, dans une lutte à mort, à la bourgeoisie mondiale. L'enjeu de cet affrontement terrible et gigantesque ? La destruction du capital, l'instauration du communisme et la survie de l'humanité.

CCI, 01/09/91

9e CONGRES DU CCI

La guerre impérialiste, la crise et les perspectives de la lutte de classe dans la décomposition du capitalisme

Nous publions ci-dessous la résolution sur la situation internationale adoptée par le 9e congrès du CCI. Ce texte constitue la synthèse des deux rapports présentés à ce congrès : sur la situation économique et sur les autres aspects de la situa­tion internationale. Afin de préciser et expliciter certains points de la résolution, nous reproduisons à sa suite des extraits de ce deuxième rapport. Faute de place, les passages retenus ne sont pas toujours articulés entre eux et sont loin de recouvrir l'ensemble des points abordés dans le rapport de même que dans les discussions du congrès. Ces passages ne concernent pas toujours non plus les points les plus importants de la situation internationale, lesquels ont déjà été amplement traités dans d'autres articles de la Revue Internationale. Nous avons plutôt privilégié dans ce choix les questions, également importantes, sur les­quelles le rapport était plus explicite que ces articles.

Résolution sur la situation internationale

Le phénomène d'accélération de l'histoire, déjà iden­tifie par le CCI au début des années 1980, a connu, depuis son dernier congrès, une accentuation consi­dérable. Jamais, depuis la constitution de notre orga­nisation, et même depuis la seconde guerre mondiale, il ne s'était déroulé, et ceci en moins de deux ans, des événements d'une telle importance historique. En quelques mois, c'est toute la configuration du monde, telle qu'elle était sortie de cette guerre, qui s'est trou­vée bouleversée. En fait, l'effondrement du bloc impérialiste de l'Est, qui clôt les années 1980, ouvre la porte à une fin de millénaire dominée par une instabilité et un chaos comme jamais l'humanité n'en a connus. Il appartient aux révolutionnaires, s'ils veulent être en mesure d'assumer leur rôle d'avant-garde du prolétariat mondial, de comprendre pleinement la signification des convulsions que nous venons de connaître afin de dégager la perspective qu'elles annoncent pour l'ensemble de la société et, en pre­mier lieu, pour la classe ouvrière. En particulier, il leur revient de faire ressortir que l'effondrement du bloc de l'Est et la guerre du Golfe constituent des manifestations de l'entrée du système capitaliste dans la phase ultime de sa période de décadence : celle de la décomposition générale de la société.

 

1) Comme il a été mis en évidence dans plusieurs autres textes de l'organisation, la phase de décomposition :

- «constitue l'étape ultime vers laquelle tendent les convulsions phénoménales qui, depuis le début du siècle, à travers une spirale infernale de crise-guerre-reconstruction-nouvelle crise, ont secoué la société et ses différentes classes (...); elle apparaît [dans la mesure où les contradictions et manifestations de la décadence du capitalisme... ne disparaissent pas avec le temps, mais se maintiennent et même s'approfondissent] comme celle résultant de l'accumulation de toutes ces caractéristiques d'un sys­tème moribond, celle qui parachève et chapeaute trois quarts de siècle d'agonie d'un mode de production condamné par l'histoire. Concrètement, non seule­ment la nature impérialiste de tous les Etats, la menace de guerre mondiale, l'absorption de la société civile par le Moloch étatique, la crise permanente de l'économie capitaliste, se maintiennent dans la phase de décomposition, mais cette dernière se présente comme la conséquence ultime, la synthèse achevée de tous ces éléments »

- « est déterminée fondamentalement par des conditions historiques nouvelles, inédites et inattendues : la situation d'impasse momentanée de la société, de "blocage", du fait de la "neutralisation" mutuelle de ses deux classes fondamentales qui empêche chacune d'elles d'apporter sa réponse décisive à la crise ouverte de l’économie capitaliste (...): l'incapacité de la bourgeoisie à offrir la moindre perspective pour l'ensemble de la société et l'incapacité du prolétariat à affirmer ouvertement la sienne dans l'immédiat». ("La décomposition, phase ultime de la décadence du capitalisme", Revue Internationale, n°62, 3e tri­mestre 1990)

Cette incapacité du mode de production capitaliste à proposer la moindre perspective à la société, en dehors d'une résistance au jour le jour face à l'avancée inéluctable de ses convulsions écono­miques, débouche nécessairement sur des tendances croissantes vers un chaos généralisé, vers une déban­dade des différentes composantes du corps social dans le "chacun pour soi".

En outre, cette phase de décomposition ne débute pas avec sa manifestation la plus spectaculaire : l'effondrement du stalinisme et du bloc de l'Est dans la seconde moitié de 1989. C'est tout au long des années 1980 que le phénomène de décomposition générale de la société prend son essor et imprègne de Façon croissante tous les aspects de la vie sociale.

2) Un événement aussi considérable et inédit que l'effondrement de tout un bloc impérialiste en dehors d'une guerre mondiale ou d'une révolution proléta­rienne, tel qu'on l'a vécu en 1989, ne peut s'expliquer pleinement sans prendre en considération l'entrée du capitalisme décadent dans une phase nouvelle de son existence : la phase de décomposition. Cependant, les particularités de la décomposition ne permettent pas, a elles seules, de comprendre les causes d'un tel évé­nement. Celui-ci trouve ses origines dans l'existence d'un phénomène, le stalinisme, qui ne peut être analysé qu'en faisant intervenir le cadre général de la décadence du mode de production capitaliste et de l'histoire de cette décadence tout au long du 20e siècle :

 

a)  Le stalinisme constitue une manifestation particu­lière de la tendance générale au capitalisme d'Etat qui caractérise justement la décadence capitaliste.

b)  Cependant, et au contraire des manifestations de cette tendance dans la plupart des autres pays (particulièrement les plus avancés), il ne se déve­loppe pas de façon progressive et organique au sein des rouages de la société capitaliste, mais il résulte de circonstances spécifiques et "accidentelles" (si on se place du point de vue de la bourgeoisie) mais qui ne pouvaient se produire que dans la décadence : la révolution prolétarienne momentané­ment victorieuse dans un pays à laquelle fait suite une contre-révolution prise en charge dans ce même pays par l'appareil de l'Etat post-révolution­naire et non par les secteurs classiques de la classe dominante.

c) Ce même caractère "accidentel" se retrouve dans la constitution du bloc dirigé par l'Etat qui a vu naître le stalinisme. En effet, ce sont les circonstances spécifiques de la seconde guerre mondiale (qui constitue justement la manifestation la plus sail­lante à ce jour de la décadence capitaliste) qui ont permis à cet Etat arriéré d'établir sa domination sur une partie du monde avec comme seul instrument la même force brute qu'il utilisait à l'intérieur de ses frontières, ce qui a conduit à la formation d'un bloc impérialiste particulièrement bancal.

Les caractéristiques aberrantes de la forme stali­nienne du capitalisme d'Etat (totale centralisation de l'économie, absence de la sélection du marché élimi­nant les entreprises non rentables, sélection du per­sonnel gérant le capital national sur des critères uni­quement politiques) liées à son origine historique pouvaient être compatibles avec les circonstances de la guerre mondiale. En revanche, elles ont imposé à ce type de régime des limites radicales avec la prolon­gation, sans qu'elle puisse déboucher sur un nouvel holocauste généralise, de la crise ouverte du capita­lisme. Dans une telle situation d'aggravation de la guerre commerciale entre nations, ces caractéris­tiques, en privant l'économie stalinienne de toute compétitivité et d'une quelconque motivation de ses agents, n'ont pu que déboucher sur son implosion.

En ce sens, l'effondrement économique de l'URSS et de ses "satellites", qui est à l'origine de la dislocation du bloc de l'Est, trouve ses racines dans les mêmes conditions historiques qui ont permis l'entrée du capi­talisme dans la phase de décomposition : la prolonga­tion de la crise ouverte alors qu'aucune des deux classes fondamentales de la société ne peut affirmer sa propre perspective. Ainsi, il se confirme que l'effondrement du bloc de l'Est, fait historique le plus important depuis la reprise mondiale des combats de classe à la fin des années 1960, est bien une manifesta­tion, au delà des particularités de ce bloc et de l'URSS, de l'entrée dans la phase ultime de la déca­dence capitaliste, celle de la décomposition.

3) S'il est un domaine où s'est immédiatement confir­mée la tendance au chaos croissant, dont l'éclatement du bloc de l'Est constituait la première grande mani­festation sur la scène mondiale, c'est bien celui des antagonismes impérialistes. La fin du bloc russe était présentée par la bourgeoisie d'Occident comme l'aube d'un "nouvel ordre mondial" censé promouvoir la paix et la prospérité. En moins d'un an, la guerre du Golfe est venue apporter un démenti cinglant à ce mensonge. Elle a mis en évidence la réalité d'un phé­nomène qui, comme le CCI l'avait relevé immédiatement, découlait nécessairement de la disparition du bloc de l'Est : la désagrégation de son rival impéria­liste, le bloc de l’Ouest. Ce phénomène était déjà à l'origine du "hold-up" irakien contre le Koweït en août 1990 : c'est bien parce que le monde avait cessé d'être partagé en deux constellations impérialistes qu'un pays comme l'Irak avait cru possible de faire main basse sur un ex-allié du même bloc. Ce même phénomène a révélé de façon évidente, courant octobre 1990, toute son ampleur avec les diverses ten­tatives des pays européens (notamment la France et l'Allemagne) et du Japon de torpiller, à travers des négociations séparées menées au nom de la libération des otages, la politique américaine dans le Golfe. Cette politique visait à faire de la punition de l'Irak un "exemple" censé décourager toute tentation future d'imiter le comportement de ce pays (et c'est bien en vue de cet "exemple" que les Etats-Unis avaient tout fait, avant le 2 août, pour provoquer et favoriser l'aventure irakienne). Elle s'applique aux pays de la périphérie où le niveau des convulsions constitue un acteur puissant d'impulsion de ce genre d'aventures. Mais elle est loin de se limiter à cet objectif. En réa­lité, son but fondamental est beaucoup plus général : face à un monde de plus en plus gagné par le chaos et le "chacun pour soi", il s'agit d'imposer un minimum d'ordre et de discipline, et en premier lieu aux pays les plus importants de l’ex-bloc occidental. C'est bien pour cette raison que ces pays (à l'exception de la Grande-Bretagne gui a choisi depuis longtemps une alliance indéfectible avec l'Oncle Sam) ont fait plus que traîner les pieds pour s'aligner sur la position des Etats-Unis et s’associer à leur effort de guerre. S'ils avaient besoin de la puissance américaine comme gendarme du monde, ils redoutaient qu'un étalage trop important de celle-ci, inévitable lors d'une inter­vention armée directe, ne porte ombrage à leur propre puissance. Et c'est bien ce que les opérations militaires du début de l'année ont clairement mis en évidence : il n'existe aujourd'hui qu'une seule super­puissance ; aucun autre pays ne peut songer à rivaliser militairement avec les Etats-Unis.

4) En fait, il s'agit là de la clé essentielle de la guerre du Golfe et de l'ensemble de la perspective mondiale. Dans un monde où l'impasse économique totale et de plus en plus évidente du mode de production capitaliste ne peut qu'attiser de façon croissante les antago­nismes guerriers entre nations, la disparition des deux blocs issus de la seconde guerre mondiale a mis à l'ordre du jour la tendance à la reconstitution de deux nouveaux blocs militaires, c'est-à-dire de la structure classique que se donnent les principaux Etats, dans la période de décadence, pour "organiser" leurs affrontements armés. Avant même la guerre du Golfe, il était clair qu'aucun des deux seuls prétendants pos­sibles à la direction d'un éventuel nouveau bloc rival de celui qui serait dirigé par les Etats-Unis, le Japon et surtout l'Allemagne, n'était pour le moment en mesure de tenir un tel rang du fait de son extrême fai­blesse militaire. Mais compte tenu de la puissance économique et du dynamisme de ces pays, qui en font déjà des concurrents commerciaux redoutables pour les Etats-Unis, il importait pour cette puissance de prendre les devants face à toute évolution des rap­ports internationaux pouvant s'orienter vers une telle redisposition des forces impérialistes. C'est pour cela que la guerre du Golfe ne saurait être réduite à une "guerre pour le pétrole" ou à une guerre "Nord-Sud". Une telle vision (défendue notamment par les gau­chistes qui l'ont utilisée pour justifier leur soutien à l'impérialisme irakien), ne fait qu'amoindrir son importance et sa signification. Au même titre que l'ensemble des manifestations de la décadence capi­taliste (militarisme, capitalisme d'Etat, crise ouverte, etc.), les antagonismes fondamentaux qui déchirent le monde trouvent leur origine au coeur du capitalisme et opposent nécessairement les puissances qui tien­nent le premier rôle sur la scène mondiale. De ce point de vue, la guerre du Golfe, imposée par les Etats-Unis à leurs alliés, a donné les résultats qu'ils en attendaient : elle a fait la preuve éclatante de l'immense décalage existant entre cette puissance et ses rivaux potentiels. Elle a notamment mis en relief l'incapacité totale des pays européens de mettre en avant une politique extérieure commune indépen­dante qui aurait pu représenter la prémisse politique de la constitution, à terme, d'un "bloc européen" dirigé par l'Allemagne.

5) Cependant, cette réussite immédiate de la politique américaine ne saurait constituer un facteur de stabili­sation durable de la situation mondiale dans la mesure où elle ne pouvait affecter les causes mêmes du chaos dans lequel s'enfonce la société. Si les autres puissances ont du remiser pour un temps leurs ambi­tions, leurs antagonismes de fond avec les Etats-Unis n'ont pas disparu pour autant : c'est bien ce qui se manifeste avec l'hostilité larvée que témoignent des pays comme la France et l'Allemagne vis-à-vis des projets américains de réutilisation des structures de 'OTAN dans le cadre d'une "force de réaction rapide" dont le commandement reviendrait, comme par hasard, au seul allié fiable des Etats-Unis : la Grande-Bretagne. En outre, au Moyen-Orient même, les conséquences de la guerre du Golfe (chaos dans le Koweït "libéré", révoltes des chiites et des kurdes) ont mis en relief que les moyens employés par les Etats-Unis pour imposer leur "nouvel ordre mondial" constituaient des facteurs d'aggravation du désordre. En ce sens, il n'existe pour le capitalisme aucune perspective de modération, encore moins d'élimination, des affrontements militaires. Bien au contraire, le chaos général qui caractérise la phase ultime de la décadence capitaliste, celle de la décom­position, ne pourra être marquée que par un déchaî­nement de ce qui constitue la caractéristique domi­nante de la période de décadence : les conflits impé­rialistes et le militarisme. Un déchaînement où, contrairement au passé, et c'est là un indice majeur du pas qualitatif franchi par le capitalisme en putré­faction, ce ne seront plus les puissances les plus mal loties dans le partage impérialiste qui joueront le rôle de "boutefeu", mais bien la puissance qui conserve la position dominante, les Etats-Unis, et dont la préser­vation de cette position la conduira nécessairement à garder ou à prendre de façon croissante l'initiative des affrontements militaires puisque c'est le terrain par excellence où elle peut affirmer sa supériorité. Dans cette situation, et même si les conditions n'étaient plus jamais réunies pour l'établissement d'une nou­velle division du monde en deux blocs impérialistes, c'est-à-dire la prémisse indispensable pour que les affrontements militaires puissent déboucher sur une troisième guerre mondiale, ces affrontements, qui ne pourront que s'amplifier, risquent de provoquer des ravages considérables, y compris, en se combinant avec d'autres calamités propres à la décomposition (pollution, famines, épidémies, etc.), la destruction de l'humanité.

6) La fin de la "guerre froide" et la disparition des blocs n'a donc fait qu'exacerber le déchaînement des antagonismes impérialistes propres à la décadence capitaliste et qu'aggraver de façon qualitativement nouvelle le chaos sanglant dans lequel s'enfonce toute la société. Mais, en même temps qu'il faut souligner l'extrême gravité de la situation présente à l'échelle du monde entier et non seulement de telle ou telle de ses parties, il importe de mettre en évidence que cette gravité n'affecte pas celles-ci de façon immédiatement identique. Il en est ainsi, en premier lieu, du phéno­mène qui se trouve à l'origine de la nouvelle configu­ration de la situation mondiale : la fin du bloc de l'Est et celle du bloc de l'Ouest. Ce ne sont pas là deux phénomènes identiques : en particulier, il n'y a pas eu des processus parallèles d'affaiblissement de chacun des deux blocs impérialistes aboutissant à leur dispa­rition simultanée. L'un des blocs s'est effondré bru­talement sous la pression de la faillite économique totale de sa puissance dominante alors que le leader de l'autre bloc conservait encore l'essentiel de ses capacités. C'est la disparition du premier qui a pro­voqué celle du second, non pas à la suite d un effon­drement interne, mais tout simplement parce qu'il avait perdu sa raison essentielle d'existence. Cette différence permet de comprendre pleinement les caractéristiques présentes des conflits impérialistes : au même titre que le Japon et l'Allemagne au lende­main de la seconde guerre mondiale, l'URSS ne peut plus jouer un rôle de premier plan dans l'arène impé­rialiste mondiale. Désormais, c'est entre les "vainqueurs" de la "guerre froide" que vont se jouer fondamentalement ces antagonismes et c'est pour cela qu'il revient à la puissance dominante du camp victorieux de jouer, pour son compte propre mais aussi pour le compte de l'ensemble du capitalisme, le rôle de "gendarme du monde".

7) D'autre part, cette différence dans les processus de disparition des deux blocs est à l'image de l'évolution de la situation interne dans chacune des composantes de l'un et l'autre : alors que, globalement, les Etats de l’ex-bloc de l'Ouest sont encore capables de contrôler la situation politique et même économique à l'intérieur de leurs frontières, il en est tout autrement des Etats de l'ex-bloc de l'Est ou à régime stalinien. Dès à présent, ces pays nous présentent une carica­ture de ce que la phase de décomposition porte avec elle ; outre le chaos économique on y voit se dévelop­per à une vitesse foudroyante les plaies du capitalisme pourrissant : chômage massif provoquant la lumpénisation de secteurs importants de la classe ouvrière, explosion de la drogue, de la criminalité, de la cor­ruption. Le chaos économique et politique qui se répand dans les pays de l'Est européen frappe en premier lieu celui qui se trouvait à leur tête il y a moins de deux ans, l'URSS. En fait, ce pays a prati­quement cessé d'exister en tant que tel puisque les organes du pouvoir central se révèlent de plus en plus incapables d'exercer leur contrôle sur des parties croissantes du territoire. La seule perspective qui puisse exister pour ce qui fut la deuxième puissance mondiale est celle d'une dislocation sans retour. Une dislocation que la réaction des forces "conservatrices", et particulièrement des organes de sécurité, telle qu'on ra vue dans les pays baltes et en Transcaucasie, ne pourra que retarder quelque peu tout en déchaînant à terme un chaos encore plus considérable en même temps que des bains de sang.

Pour ce qui concerne les ex-démocraties populaires, leur situation, tout en n'atteignant pas le degré de gravité de celle de l'URSS, ne peut que plonger vers un chaos croissant comme le révèlent dès a présent les chiffres catastrophiques de la production (chutant jusqu'à 40 % pour certains pays) et l'instabilité poli­tique qui s'est manifestée ces derniers mois dans pratiquement tous les pays de la région (Bulgarie, Rou­manie, Albanie) et particulièrement en Yougoslavie qui est au bord de l'éclatement.

8) La crise du capitalisme, qui se trouve, en dernière instance, à l'origine de toutes les convulsions que subit le monde à l'heure actuelle, est elle-même aggravée par ces convulsions :

- la guerre au Moyen-Orient, l'accroissement des dépenses militaires qui en résulte, les crédits néces­saires à la reconstruction d'une partie des destruc­tions (pour l'essentiel, un pays comme l'Irak ne pourra jamais surmonter les dommages considé­rables subis durant la guerre), ne peuvent qu'affecter de façon négative la situation économique du monde (contrairement à ce qui fut le cas, par exemple, pour la guerre du Vietnam qui permit, au début des années 1960, de repousser l'entrée en récession de l'économie américaine et mondiale), dans la mesure où l'économie de guerre et l'endettement généralisé constituent, depuis longtemps déjà, des facteurs de premier ordre d’aggravation de la crise ;

- la dislocation du bloc de l'Ouest ne peut que porter un coup mortel à la coordination des politiques éco­nomiques à l'échelle du bloc qui, par le passé, avait permis de ralentir le rythme d’effondrement de l'économie capitaliste ; la perspective est à une guerre commerciale sans merci dans laquelle tous les pays laisseront des plumes ;

- les convulsions dans la zone de l'ancien bloc de l'Est vont également constituer un facteur croissant d'aggravation de la crise mondiale en participant à l'amplification du chaos général, et en particulier, en contraignant les pays occidentaux à consacrer des crédits importants a la limitation de ce chaos (par exemple avec l'envoi d'une "aide humanitaire" desti­née à ralentir les émigrations massives vers l'Occident).

9) Ceci dit, il importe que les révolutionnaires met­tent bien en évidence ce qui constitue le facteur ultime de l'aggravation de la crise :

-  la surproduction généralisée propre à un mode de production qui ne peut créer des débouchés en mesure d'absorber la totalité des marchandises pro­duites, et dont la nouvelle récession ouverte, qui frappe actuellement la plupart des pays avancés, à la suite de la première puissance mondiale, constitue une illustration flagrante ;

-  la fuite effrénée dans l'endettement extérieur et inté­rieur, public et privé, de cette même puissance tout au long des années 1980, qui, si elle a permis de relancer momentanément la production d'un certain nombre de pays, a fait des Etats-Unis de très loin le premier débiteur mondial ;

- l'impossibilité de poursuivre éternellement cette fuite en avant, d'acheter sans payer, de vendre contre des promesses dont il est de plus en plus évi­dent qu'elles ne seront jamais tenues, fuite en avant qui n'a fait que rendre les contradictions encore plus explosives, notamment par une fragilisation crois­sante du système financier international.

La mise en évidence de cette réalité est d'autant plus importante qu'elle constitue un facteur de premier ordre dans la prise de conscience du prolétariat contre les campagnes idéologiques qui se sont déchaînées ces derniers mois, qu'elles aient prétendu "démontrer" que seul le capitalisme "libéral" peut offrir la prospérité aux populations ou que les causes des difficultés économiques sont à imputer aux ambi­tions du "dictateur mégalomane et sanguinaire" Saddam Hussein. Il est donc indispensable que les révolutionnaires soulignent clairement que la réces­sion actuelle, pas plus que celles de 1974-1975 et de 1980-1982, ne résulte des convulsions politiques et guerrières du Moyen-Orient, mais qu'elle avait débuté dès avant la crise du Golfe et qu'elle révèle les contra­dictions fondamentales du mode de production capitaliste.

10) Plus généralement, il importe que les révolution­naires fassent ressortir, de la réalité présente, les élé­ments les plus aptes à favoriser la prise de conscience du prolétariat.

Aujourd'hui, cette prise de conscience continue à être entravée par les séquelles de l'effondrement du stali­nisme et du bloc de l'Est. Le discrédit qu'a subi il y a un an et demi, sous l'effet notamment d'une cam­pagne gigantesque de mensonges, l'idée même de socialisme et de révolution prolétarienne est encore loin d'avoir été surmonté. En outre, l'arrivée massive qui s'annonce d'immigrants originaires d'une Europe de l'Est en plein chaos, ne pourra que créer un sur­croît de désarroi dans la classe ouvrière des deux côtés de feu le "rideau de fer" : parmi les ouvriers qui s'imagineront pouvoir échapper à une misère insup­portable en s'exilant vers l’"Eldorado" occidental et parmi ceux qui auront le sentiment que cette immigra­tion risque de les priver des maigres "acquis" oui leur restent et qui seront, de ce fait, plus vulnérables aux mystifications nationalistes. Et un tel danger sera par­ticulièrement redoutable dans les pays, tel l'Allemagne, qui se retrouveront en première ligne face aux flux d'immigrants.

Cependant, la mise en évidence croissante tant de la faillite irréversible du mode de production capitaliste, y compris et surtout sous sa forme "libérale", que de la nature irrémédiablement guerrière de ce système, vont constituer pour les secteurs centraux du proléta­riat un facteur puissant d'usure des illusions issues des événements de la fin 1989. En particulier, la promesse d'un "ordre mondial de paix", telle qu'elle nous a été faite avec la disparition du bloc russe, a subi en moins d'un an un coup décisif.

11) En fait, la barbarie guerrière dans laquelle se vautre de plus en plus le capitalisme en décomposi­tion va imprimer sa marque de façon croissante dans le processus de développement dans la classe de la conscience des enjeux et des perspectives de son combat. La guerre ne constitue pas en soi et automa­tiquement un facteur de clarification de la conscience du prolétariat. Ainsi, la seconde guerre mondiale a débouché sur un renforcement de l'emprise idéologique de la contre-révolution. De même, la crise et la guerre du Golf, si elles ont eu le mérite de démentir es discours sur "la paix éternelle", ont aussi engendré dans un premier temps un sentiment d'impuissance et une paralysie indiscutable dans les grandes masses ouvrières des pays avancés. Mais les conditions actuelles de développement du combat de la classe ouvrière ne permettront pas que se maintienne de façon durable un tel désarroi :

-parce que le prolétariat d'aujourd'hui, contraire­ment à celui des années 1930 et 1940, s'est dégagé de la contre-révolution, qu'il n'est pas embrigadé, tout au moins ses secteurs décisifs, derrière les drapeaux bourgeois (nationalisme, défense de la "patrie socia­liste , de la démocratie contre le fascisme) ;

- parce que la classe ouvrière des pays centraux n'est pas directement mobilisée dans la guerre, soumise au bâillon que représente l'enrôlement sous l'autorité militaire, ce qui lui laisse beaucoup plus de latitude pour développer une réflexion de fond sur la signification de la barbarie guerrière dont elle sup­porte les effets par un surcroît d'austérité et de misère ;

- parce que l'aggravation considérable, et de plus en plus évidente, de la crise du capitalisme, dont les ouvriers seront évidemment les principales victimes et contre laquelle ils seront contraints de développer leur combativité de classe, développera les condi­tions leur permettant de façon croissante de faire le lien entre la crise capitaliste et la guerre, entre le combat contre celle-ci et les luttes de résistance aux attaques économiques, renforçant leur capacité de se garantir contre les pièges du pacifisme et des idéologies aclassistes.

12) En réalité, si le désarroi provoqué par les événe­ments du Golfe peut ressembler, en surface, à celui résultant de l'effondrement du bloc de l'Est, il obéit à une dynamique différente : alors que ce qui vient de l'Est (élimination des restes du stalinisme, affronte­ments nationalistes, immigration, etc.) ne peut, et pour un bon moment encore, qu'avoir un impact es­sentiellement négatif sur la conscience du prolétariat, la présence de plus en plus permanente de la guerre dans la vie de la société va tendre, au contraire, à réveiller cette conscience. De même, si l'effondrement du stalinisme n'a eu qu'un impact limité sur la combativité de la classe ouvrière, comme on pouvait déjà le constater au printemps 1990 par une tendance à la reprise des luttes, la crise et la guerre du Golfe, par le sentiment d'impuissance qu'elles ont suscité parmi les ouvriers des principaux pays avancés (qui étaient pratiquement tous impli­qués dans la "coalition") ont d'ores et déjà provoqué un recul important de la combativité, de plus longue durée que celui de l'hiver 1989-90. Cependant, cette pause dans la combativité ouvrière, loin de constituer en soi un obstacle sur le chemin du développement historique des combats de classe, se présente surtout comme un moment de décantation, de réflexion en profondeur de l'ensemble du prolétariat. C'est bien pour cette raison que les appareils de gauche de la bourgeoisie ont tenté déjà depuis plusieurs mois de lancer des mouvements de lutte prématurés afin d'entraver cette réflexion et de semer un surcroît de confusion dans les rangs ouvriers.

13) Si, malgré un désarroi temporaire, le prolétariat mondial détient donc toujours entre ses mains les clés du futur, il importe de souligner que tous ses secteurs ne se trouvent pas au même niveau dans la capacité d'ouvrir une perspective pour l'humanité. En particu­lier, la situation économique et politique qui se développe dans les pays de l'ex-bloc de l'Est témoigne de l'extrême faiblesse politique de la classe ouvrière dans cette partie du monde. Ecrasé par la forme la plus brutale et pernicieuse de la contre-révolution, le stalinisme, ballotté par les illusions démocratiques et syndicalistes, déchiré par les affrontements nationa­listes et entre cliques bourgeoises, le prolétariat de Russie, d'Ukraine, des pays baltes, de Pologne, de Hongrie, etc., se trouve confronté aux pires difficultés pour développer sa conscience de classe. Les luttes que les ouvriers de ces pays seront contraints de mener, face à des attaques économiques sans précé­dent, se heurteront, quand elles ne seront pas direc­tement dévoyées sur un terrain bourgeois tel que le nationalisme (comme ce fut en partie le cas lors de la grève des mineurs en URSS au printemps dernier), à toute la décomposition sociale et politique qui est en train de s'y développer, étouffant de ce fait leur capa­cité à constituer un terreau pour la germination de la conscience. Et il en sera ainsi tant que le prolétariat des grandes métropoles capitalistes, et particulière­ment celles d'Europe occidentale, ne sera pas en mesure de mettre en avant, même de façon embryon­naire, une perspective générale de combat.

14) En réalité, les difficultés considérables affrontées aujourd'hui par les ouvriers des pays de l'Est du fait, notamment, de la décomposition sociale qui se déchaîne dans cette partie du monde, constituent un révélateur de l'impact que la décomposition du capi­talisme exerce sur le développement de la lutte et de la conscience du prolétariat mondial. Par la confusion et les illusions aclassistes qu'un certain nombre d'aspects de la décomposition (tels les désastres éco­logiques, les catastrophes "naturelles", la montée de la criminalité, etc.) provoquent en son sein, par l'attaque contre sa confiance et soi et en son avenir que représente l'atmosphère de désespoir qui envahit la société, par l'obstacle à la solidarité et à l'unification des combats que constitue l'idéologie du "chacun pour soi" aujourd'hui omniprésente, la décomposition croissante de la société, le pourrisse­ment sur pieds du capitalisme, s'inscrivent fondamen­talement comme une difficulté supplémentaire que doit affronter le prolétariat sur le chemin de son émancipation. Mais le fait même :

-  que les formes les plus extrêmes et brutales de la décomposition affectent moins le prolétariat des pays centraux du capitalisme, celui qui sera au coeur de l'affrontement décisif avec la bourgeoisie, que les autres secteurs du prolétariat mondial ;

-  que ce même prolétariat ait réussi dans la plus grande partie des années 1980 à développer ses luttes et sa conscience alors que la décomposition faisait déjà sentir ses effets, ces deux éléments illustrent le fait que la classe ouvrière détient toujours entre ses mains les clés de l'avenir. Et c'est particulièrement vrai dans la mesure où les deux manifestations majeures de la vie du capi­talisme auxquelles elle sera confrontée, la crise économique du mode de production capitaliste et la guerre impérialiste (qui ne sont pas des manifesta­tions typiques de la phase de décomposition, mais appartiennent à la décadence capitaliste), la contraindront à développer ses luttes sur son terrain de classe, à prendre conscience de la faillite de ce sys­tème et de la nécessité de le renverser.

15) La nouvelle étape du processus de maturation de la conscience dans le prolétariat, dont la situation actuelle du capitalisme détermine les prémisses, n'en est, pour le moment, qu'à ses débuts. En particulier, c'est un chemin important que doit parcourir la classe pour se dégager des séquelles du choc provoqué par 'implosion du stalinisme et l'utilisation qu'en a faite la bourgeoisie. De même, ce n'est pas de façon immédiate que l'ensemble du prolétariat sera en mesure de dégager de la barbarie guerrière croissante la perspective historique de ses luttes.

Dans ce processus, les révolutionnaires auront une responsabilité croissante :

-  dans la mise en garde contre l'ensemble des dangers que représente la décomposition, et particulière­ment, il va de soi, le déchaînement de la barbarie guerrière qu'elle porte en elle ;

-  dans la dénonciation de toutes les manoeuvres bour­geoises, dont un des aspects essentiels sera de dissi­muler, ou de dénaturer, le lien fondamental entre la lutte contre les attaques économiques et le combat plus général contre une guerre impérialiste de plus en plus présente dans la vie de la société ;

-  dans la lutte contre les campagnes visant à saper la confiance du prolétariat en lui-même et en son devenir ;

-  dans la mise en avant, contre toutes les mystifica­tions pacifistes ou interclassistes et, plus générale­ment, contre l'ensemble de l'idéologie bourgeoise, de la seule perspective qui puisse s'opposer à l'aggravation de la guerre : le développement et la généralisation du combat de classe contre le capitalisme comme un tout en vue de son renversement et de son remplacement par la société communiste.

CCI, juillet 1991