Correspondance internationale : Emancipacion Obrera, Militancia Clasista Revolucionaria (Argentine, Uruguay)

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

Présentation

Nous venons de recevoir d'Argentine une "Proposition Internationale" qui s'adresse aux éléments et aux groupes révolutionnaires. Elle appelle à la discussion et au regroupement des forces révolutionnaires au­jourd'hui faibles et dispersées de par le monde. Cette proposition que nous présentons ici avec notre répon­se est clairement et sans équivoque possible prolétarienne : elle dénonce la démocratie bourgeoise, tout type de frontisme "anti-fasciste" et le nationalisme ; elle défend et affirme la nécessité de l'internatio­nalisme prolétarien face à la guerre impérialiste.

Nous saluons l'esprit et la démarche dont  les camarades font preuve dans leur document : nécessité de la discussion ouverte, de la "polémique", de la confrontation des différentes positions politiques, de la lut­te politique fraternelle en vue de constituer un pôle de référence politique international. Un pôle de ré­férence qui soit capable de regrouper et d'aider au surgissement d'éléments et de groupes révolutionnaires. Comment ne pourrions-nous pas appuyer 1'esprit et la préoccupation des camarades, nous qui affirmions, lors de la constitution du CCI, dans le premier numéro de notre Revue  Internationale d'avril  1975,  nos propres ambitions:"Concentrer les faibles forces révolutionnaires dispersées de par le monde est  aujourd'hui, dans cette période de crise générale, grosse de convulsions et de tourmentes sociales, une des tâches les plus urgentes et les plus ardues qu'affrontent les révolutionnaires. Cette tâche ne peut être entreprise qu'en se plaçant d'emblée et dès le départ sur le plan international. Ce  souci est au centre des préoccupa­tions de notre Courant. C'est à ce souci que répond également notre Revue, et en la lançant nous entendions en faire un instrument, un pôle pour le regroupement international des révolutionnaires". Même si  les ré­sultats ont été modestes jusqu'à présent, notre ambition est  toujours là et c'est dans ce sens que nous pu­blions cette "Proposition Internationale" signée par deux groupes : "Emancipacion Obrera" et "Militancia Clasista Révolueionaria" ([1]).

Ce dernier groupe ne nous est pas connu. Par contre, nous savons qu'"Emancipacion Obrera" est un groupe qui a surgi après la  guerre des Malouines. Il ne se rattache à aucune organisation déjà existante. Ce grou­pe s'est constitué petit à petit au cours des terribles années 70 en Argentine. Il a dû affronter la répres­sion de 1'Etat bourgeois sous toutes ses formes :

-.1'officielle : la démocratique, la péroniste, la syndicale,  et bien sûr la policière et la militaire;

- 1'officieuse, para-étatique : d'une part, celle des  tristement célèbres commandos d'extrême droite A.A.A et, d'autre part, celle du trotskisme ([2]) quand nos camarades dénonçaient l'appui et la participation de ceux-ci à la guerre des Malouines et défendaient  une politique de "défaitisme révolutionnaire".

C'est en  1978 que la répression a atteint son sommet lors de la coupe du monde de football en Argentine. C'est en  1978 que Ces camarades ont décidé "de commencer à réaliser un travail de lutte idéologique, de sortir une publication clandestine"."C'est cette activité qui, quand le gouvernement militaire a envahi les îles Malouines, a permis de sortir des  tracts dans la rue s'opposant à la guerre dès le deuxième jour de celle-ci. C'est à partir de là que de vieilles et de nouvelles connaissances se sont regroupées dans la lut­te contre le nationalisme et la guerre inter-bourgeoise. Durant ces deux mois, des petits groupes ont surgi réalisant une activité internationaliste" ("Emancipacion Obrera").Après la guerre, ces groupes se sont réunis et "ont décidé de poursuivre le processus de lutte politique et ont discuté de 1'avenir : produit de la discussion,  est sorti  un document sur les élections futures et ce document  fut signé : "Emancipacion Obre­ra".

Nous allons peut-être manquer de pudeur,  mais c'est avec émotion et joie que nous saluons ces camarades et présentons ici  leur "Proposition Internationale". Dans un pays où le prolétariat avait subi  une répres­sion féroce, l'apparition d'une voix prolétarienne est  une promesse de plus, après le Mexique, après l'In­de,  pour l'issue victorieuse des gigantesques affrontements de classe qui se préparent.

C'est aussi  la promesse de plus de travail et de responsabilité pour les groupes déjà constitués du milieu révolutionnaire international. Pour sa part, le CCI essaiera de remplir du mieux possible la tâche qu'il s'est assignée.

"Proposition internationale" aux partisans de la révolution prolétarienne mondiale

Les 22 et 23 février 1986, un groupe de. Militants que, (spécialement d'Argentine et d'Uruguay) se sont réunis en Uruguay pour discuter de la situation mondiale actuelle et des tâches du prolétariat

Entre eux, il y eut un accord général sur le fait que face aux attaques que la bourgeoisie porte mondialement contre le prolétariat et face à la situation actuelle de faiblesse, de dispersion et d'isolement des petites forces classistes et révolutionnaire il était nécessaire de travailler de manière associée pour renverser la situation en combattant le sectarisme et le nationalisme implicites dans certaines conceptions du travail inter­national. Et comme tentative pour modifier cette situation, les camarades présents donnent à connaî­tre les idées et la proposition suivantes.

QUELQUES CONSIDERATIONS ET FONDEMENTS PREALABLES.

Il peut paraître étrange que, ici, d'un seul coup, quelques groupes et militants peu nombreux, sûrement inconnus en général, lancent un appel, une proposition à tous ceux qui, en diverses parties du monde, avec plus ou moins de force, avec plus ou moins de clarté, brandissent bien haut le drapeau de l'internationalisme prolétarien, de la révolution prolétarienne mondiale.

Mais ce n'est pas "d'ici" ni "d'un seul coup" que surgit une fois encore le cri angoissé de minorités révolutionnaires qui cherchent à rompre le cordon tendu par le capital, qui assistent impuissantes aux coups terrifiants que la bourgeoisie porte sur le prolétariat et sur elles-mêmes, qui, tant dans les périodes de montée de la lutte de classe que dans les moments de la contre-révolution la plus violente, découvrent l'une et l'autre ce que signi­fient l'isolement, la faiblesse de leurs petites for­ces ; faiblesse non seulement numérique, mais fon­damentalement politique car il est impossible loca­lement ou nationalement de résoudre les problèmes que le moment actuel impose aux révolutionnaires.

Nous sommes convaincus qu'en différents lieux, ont surgi des groupes, des militants qui, ne s'iden­tifiant pas à la gauche traditionnelle (stalinienne, trotskyste et ses variantes.), aux politiques visant à aider la bourgeoisie à résoudre ses problèmes, avec la position de changer la forme étatique de la domination bourgeoise ou de l'appuyer dans ses guerres, ont essayé d'élaborer une politique dis­tincte revendiquant l'autonomie de la classe ouvriè­re face à la bourgeoisie et la lutte pour détruire sa domination et son Etat sans admettre des phases ou des étapes préliminaires (démocratiques).

Et nous savons ce que c'est que d'aller à contre-courant, sans aucune aide sur laquelle compter, sans possibilité immédiate de réappropriation des expé­riences historiques du prolétariat révolutionnaire, sans textes théorico-politiques fondamentaux et dans une ambiance de répression et de danger.

Si, pour quelques uns, certaines définitions ou positions sont aussi évidentes que l'alphabet, au point qu'il ne leur paraît pas nécessaire d'en par­ler ou d'écrire dessus, pour d'autres, arriver à écrire la lettre "A" a signifié tout un processus de luttes, de ruptures, de peurs et d'incertitudes.

Ici, dans les écoles, on enseigne une phrase d'un homme illustre du siècle passé : "on ne peut tuer les idées". Cependant, nous avons appris qu'on tue ceux qui ont certaines idées (ou positions), et que la classe dominante peut entraver pour une longue période la réappropriation, la connaissance, le lien et le développement des expériences ; idées et positions que vit et construit le prolétariat révo­lutionnaire dans différentes aires du monde.

C'est ainsi que, paradoxalement, il a fallu une répression monstrueuse (avec l'exil qui s'en est suivi) et une guerre (les Malouines) pour savoir ici, qu'existaient dans le monde divers courants et groupes radicalisés ; pour connaître -et encore très peu- les expériences d'Allemagne et d'ailleurs après la première guerre ; pour connaître d'autres positions dans la guerre civile espagnole qui ne soient ni franquistes ni républicaines. Et qu'il y a une autre histoire plus proche (que nous ne connaissons pratiquement pas).

A partir de là, nous avons eu la confirmation qu'actuellement il existe des groupes qui ne s'ins­crivent pas dans les courants politiques tradition­nels, beaucoup que nous ne connaissons pas encore et d'autres dont nous ne savons ni quand ni comment ils ont rompu avec le capital et ses fractions, mais qui expriment à divers degrés des moments dif­férents de rupture avec la politique du capital.

Mais si aujourd'hui nous savons que cela existe, ceci ne signifie nullement que la situation actuel­le d'isolement et de faiblesse ait changé. Au con­traire, nous n'arrivons même pas encore à savoir ce qui se passe, non dans un pays lointain ou limitro­phe, mais dans une ville proche ou un quartier voi­sin. Et il ne faut pas comprendre cela comme une curiosité ou une question journalistique : en Ar­gentine, par exemple, il y a continuellement des jours où plusieurs millions d'ouvriers sont en con­flit... sans qu'il existe une quelconque coordina­tion entre eux, parfois même sans qu'on sache qu'il y a une lutte ; ce qui arrive de tous côtés. Et s'il en est ainsi des mouvements relativement massifs, c'est encore pire pour ce qui concerne les contacts et la connaissance des avant-gardes qui surgissent au cours de ces luttes ou sous leur influence.

Et nous sommes convaincus que dans les pays dans lesquels nous vivons, comme dans d'autres parties du monde, des groupes d'ouvriers ou de militants surgissent qui essaient de rompre avec les politi­ques de conciliation, de subordination à la bourgeoisie, mais qui, en l'absence de référence inter­nationale, avec la forte présence de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier, finissent par succomber absorbés par quelque fraction du capital ou simple­ment désagrégés, disparus.

Peu nombreux sont ceux qui réussissent à surmonter les premiers coups, et ceux qui le font ont de­vant eux une perspective incertaine ou la solitude politique, le devoir de passer des étapes et de rebrousser chemin, de se retrouver dans des impas­ses, partir presque à zéro sur de nombreux sujets, se transformer en une réalité quotidienne épuisan­te qui mine les petites forces déjà tant frappées politiquement et économiquement. N'y a-t-il pas d'autre alternative que celle-ci ? Est-ce que la gestation d'une politique internationaliste révo­lutionnaire, ou tout au moins une ébaucha de celle-ci, se fera ainsi, étape par étape, groupe par groupe, ville par ville, nation par nation, généra­tion par génération ? Chacun doit-il repasser par les mêmes étapes, affronter les mêmes problèmes, recevoir les mêmes coups, déchiffrer les mêmes let­tres, élaborer les noues mots, pour qu'après un temps et un chemin assez longs, une fois forts et constitués en "Parti", se réunir avec d'autres "égaux" ou, en leur absence, "s'étendre à d'au­tres nations ?

Nous ne croyons pas que ce soit la seule option ; nous ne croyons même pas qu'on puisse en tirer quel­que chose de positif.

Au contraire, nous pensons que la seule alterna­tive vers laquelle nous allons est internationale. Tout comme c'est une mystification de parler de So­ciété Communiste tant qu'il existe un seul pays ca­pitaliste dans le monde, c'en est une aussi de parler d'internationalisme en ne concevant celui-là que comme la solidarité avec les luttes ouvrières dans le monde ou en l'assimilant à quelques phrases pompeuses de temps en temps contre la guerre, le militarisme ou l'impérialisme.

L'internationalisme prolétarien a pour nous une autre signification et implique de faire un effort pour dépasser la solidarité générique car les di­mensions internationales de la révolution proléta­rienne exigent d'entrelacer et d'unifier les efforts pour délimiter une stratégie unique au ni­veau mondial et son corollaire politique dans les tâches auxquelles nous nous confrontons dans les  > différentes aires et pays.

Naturellement, on ne résoudra pas ce problème par volontarisme ni du jour au lendemain ; il ne sera pas le fruit d'un travail long et prolongé d'"édu­cation" ou "scientifique" comme le concevait la 2ème Internationale (et pas seulement elle), un travail d' "accumulation de forces" ("en gagnant des militants un à un", en "élaborant LA théorie" et en "structurant LA direction qui devra être re­connue à son heure) pour un affrontement repoussé à un futur toujours plus lointain, alors que la ré­sistance et la lutte du prolétariat contre le capi­tal sont quotidiennes (pour ces courants politi­ques ces luttes quotidiennes doivent être contrôlées, cachées, isolées, afin de pouvoir s'en ser­vir, comme ils l'ont toujours fait, pour soutenir une fraction de la bourgeoisie contre une autre supposée pire).

Si le parti de la classe ouvrière n'est pas un de ces groupes politiques qui se donne un tel nom dans un ou plusieurs pays ; si ne pas être d'accord avec "le parti pour la classe ouvrière" et revendi­quer "la classe ouvrière organisée en classe, c'est-à-dire en parti" n'est pas un simple jeu de mots ; si nous rejetons les idées social-démocrates (sta­liniennes, trotskystes etc...) du parti comme étant l'appareil (intellectuels, ouvriers etc...) porteur de la Vérité et qui se constitue volontairement et au sein d'une nation , qui attend   d'être reconnu par les masses incultes, et de l'Internationale comme étant une fédération de partis (ou d'un parti qui s'étend à d'autres nations), tout ceci implique de rompre avec ces conceptions et ces pratiques to­talement opposées à l'internationalisme proléta­rien et qui ne sont qu'une manière de manifester et de défendre le nationalisme.

Parmi celles-ci, la plus évidente est celle qui conçoit le développement de son propre groupe (ou de ses propres groupes) comme une question locale ou nationale, avec pour objectif d'obtenir une for­ce déterminée afin de se dédier plus tard à prendre contact avec d'autres groupes dans d'autres pays, groupes qu'il faut absorber ou démasquer générale­ment par des discussions et des déclaration.

Les contacts internationaux sont considérés com­me une question de"propriété privée"où règne la pratique de la bilatéralité, celle qui inclut cha­que "X" année des périodes de rencontres pour se réunir dans des "Nations Unies" de "révolutionnai­res". La pratique des partis de la 2ème Internatio­nale en est un bon exemple.

Nous pensons que ce chemin ne peut conduire qu'à de nouvelles frustrations et de nouvelles mystifi­cations ; c'est la raison pour laquelle il est né­cessaire de lutter contre tous les intérêts, les conceptions et les sectarismes que produisent et reproduisent les divisions créées par la bourgeoisie dans la défense de ses marchés internes, de ses Etats, de "ses" prolétaires, c'est-à-dire de la plus-value qu'elle leur extrait.

Personne ne pense à faire un travail commun, ni mê­me un tract, avec ceux qui se situent dans le camp ennemi. Et avec l'ennemi de classe, il ne peut y avoir de conciliation ou d'entrisme. Mais il n'exis­te pas que des ennemis. Et on ne peut nier qu'entre les groupes et les personnes qui n'en sont pas, il y a très souvent des intolérances, des visions sta­tiques et du sectarisme. Il y a une pratique des différences, une dispute de la "clientèle" commune, un nationalisme ou "une défense de sa propre chapelle" vêtue d'intransigeance.

Nous ne pouvions éluder ce problème dans une proposition internationale. Il est évident que person­ne ne pense à travailler dans une perspective commune avec un groupe se réclamant de la 4ème Inter- I nationale ou avec un groupe maoïste tiers mondistes.  Mais si le caractère d'ennemi de classe est évident  dans certains cas, dans d'autre il est plus subtil  et rend difficile l'élaboration d'une ligne de démarcation, et ceci d'autant plus lorsque nous cherchons un point qui implique un pas en avant dans la situation actuelle de faiblesse, d'isolement et de dispersion

Nous pensons qu'il est impossible d'élaborer un ensemble de points "programmatiques" qui soient à l'abri des opportunistes sauf s'il est défini de telle sorte que seul le groupe lui-même puisse être en accord, et encore.

Cri ne peut prétendre non plus que, dans chaque pays du monde, des groupes ou des militants isolés aient mûrit de la même manière que dans d'autres zones et qu'ils aient telles ou telles défini­tions qui, si diffusées qu'elles soient en certains lieux, sont le produit d'une histoire non partagée et de laquelle, comme nous l'avons déjà signalé, rien ou peu n'est connu dans d'autres aires.

En contrepartie, la grève de presque un an des mineurs anglais, qui n'a suscité aucune tentative sérieuse de coordonner une réponse commune de l'en­semble des différents groupes et militants éparpil­lés dans le monde, n'indique pas seulement une faiblesse et une limitation : elle indique le sectaris­me, des conceptions sur la lutte de classe et le Parti identiques à celles de la social-démocratie. Et face à la guerre entre l'Irak et l'Iran ? Et fa­ce à l'Afrique du Sud ? Et la Bolivie et tant d'au­tres lieux où le prolétariat se bat ou reçoit les coups les plus durs ? Quelle réponse, même minime, a-t-on essayé d'intégrer au niveau international ?

Comment faire pour résoudre cela ? Comment défi­nir des critères pour nous reconnaître afin d'évi­ter que, dès le départ, la proposition pour commen­cer à dépasser la situation actuelle ne soit pas mort-née ? (parce qu'elle serait si ambiguë qu'elle serait une "auberge espagnole" ou qu'elle serait si stricte que seuls entreraient ceux qui réalisent déjà un travail ensemble ?) Pour nous, ce critère pour nous reconnaître c'est la pratique. Et c'est de celle-ci que la seconde partie de la proposition va traiter. Même si ni cet­te pratique, ni rien d'autre ne peut éluder le fondement, l'unique "garantie" : la lutte.

SUR QUELQUES PREVENTIONS

Nous ne savons pas si ce qui précède suffit pour présenter cette proposition et la fonder ou si elle requiert un plus grand développement. Cependant, nous pensons qu'il faut préciser quelques préven­tions.

Beaucoup demanderont sûrement : avec qui, jusqu' où et comment va-t-on se regrouper dans la perspec­tive internationaliste prolétarienne ? Comment la déterminer ? Qui doit le faire ? Il est évident que

PROPOSITION INTERNATIONALE

Avec l'objectif de :

-   contribuer à modifier la situation actuelle de faiblesse de petites forces révolutionnaires et classistes éparpillées de par le monde pour augmen­ter les possibilités d'action dans la lutte de clas­se ;

-   de consolider et d'élargir ce qui est aujour­d'hui des convergences sporadiques, dans la pers­pective d'organiser et de centraliser une tendance internationaliste prolétarienne qui, avec ses limites et des erreurs, existe aujourd'hui, nous propo­sons de promouvoir :

1) une réponse coordonnée face à certaines attaques du capital (exemple : dans la question des mineurs anglais, des travailleurs en Afrique du Sud, en Iran-Irak etc...) : tracts et campagnes communes, informations politiques, moments de relations effectives et d'orientations face aux questions con­crètes et graves qui touchent le prolétariat mon­dial ;

2)  une information internationale :

a- des luttes ouvrières, en faisant de la propagande en fonction des possibilités, sur les plus importantes qui se déroulent dans chaque région (ou pays) pour les répercuter ailleurs et pour ren­forcer la réalité de 1'internationalisme proléta­rien et la fraternité prolétarienne ;

b- des différents groupes politiques, non seule­ment des participants à la proposition mais aussi des ennemis, car c'est un élément nécessaire pour la lutte politique contre eux ;

c- de l'expérience historique, des textes et des documents produits dans la longue lutte du proléta­riat contre le capital et toute exploitation ;

3)  la polémique théorico-politique en vue de prises de positions communes et comme contribution au dé­veloppement d'une politique révolutionnaire.

Pour ceux qui non seulement partagent cet ensemble de points mais qui se retrouvent effectivement en accord avec une pratique qui mette en avant tous les points de cette proposition -en particulier le point (action commune)-, il est vital d'organi­ser la discussion. Et pour ceux-là uniquement nous proposons deux choses :

4) l'organisation internationale de la correspon­dance, ce qui implique la création d'un réseau fluide d'échange et de communication qui doit être une des bases matérielles pour le point 7 ;

5) une revue internationale qui ne doit pas être conçue comme un ensemble de positions politiques des différents groupes réunies sous une couverture "collective". Au contraire, elle doit être un ins­trument pour consolider l'activité réalisée en commun, pour fonder et propager les positions par­tagées et, bien sûr, pour développer la discussion publique nécessaire sur les questions vitales qui touchent aux tâches du moment, aux activités propo­sées et sur des thèmes "ouverts" considérés d'un commun accord comme étant nécessaire à inclure ;

6) dans la mesure où les accords le permettent, stimuler la participation d'autres groupes dans la presse et vice versa ainsi que la diffusion de tex­tes des groupes intervenants ;

7) tendre à créer une discussion interne commune ; c’est-à-dire ne pas se limiter à la polémique "officielle et publique" de groupe à groupe, mais aussi à la discussion des communistes face aux pro­blèmes "ouverts".

Toutes les activités et toutes les décisions que

- prendront les groupes intervenants seront prises d'un commun accord, c'est-à-dire à l'unanimité.

A QUI FAISONS-NOUS CETTE PROPOSITION ?_

1- A ceux qui, dans le monde, réalisent une lutte contre les attaques du capital, contre toutes les guerres impérialistes ou inter bourgeoisies, contre tous les Etats bourgeois (quelles que soient leur forme ou couleur) avec pour objectif la dictature de la classe ouvrière contre la bourgeoisie, son sys­tème social et contre toute forme d'exploitation ;

2- A ceux qui n'appuient aucun secteur bourgeois contre un autre, mais qui luttent contre tous, qui ne défendent pas des fronts interclassistes ni n'y adhèrent ou   participent ;

3- à ceux qui assument dans la pratique que "les ouvriers n'ont pas de patrie" ; phrase consacrée qui ne dit pas seulement que les ouvriers ne peu­vent pas défendre ce qu'ils n'ont pas, mais qu'on "peut" et qu'on "doit" intervenir dans les luttes et les tâches qui se posent dans les différents pays du monde, en dépit du fait que, du point de vue bourgeois, cette intervention puisse être con­sidérée comme une intromission et contre le "droit des nations à l'auto-détermination". Droit qui est revendiqué et défendu à chaque fois que le proléta­riat révolutionnaire ou ses avant-gardes renforcent les liens internationaux face à leur ennemi de classe, droit qui est foulé aux pieds à chaque fois qu'il s'agit de réprimer et de massacrer les mou­vements révolutionnaires ;

4- Et justement pour cela, à ceux qui luttent con­tre les politiques de "défense de l'économie na­tionale" de relance économique, de "sacrifices pour résoudre la crise", à ceux qui n'avalisent pas les politiques d'expansion de leur propre bourgeoisie même quand celle-ci subit des atta­ques économiques, politiques ou militaires ; à ceux qui luttent toujours contre toute la bour­geoisie, tant la locale comme celle étrangère.

5- A ceux qui combattent les forces et les idéo­logies qui prétendent enchaîner les prolétaires à l'économie et la politique d'un Etat national, et les désarmer sous prétexte de "réalisme" et de "moindre mal";

6- A ceux qui ne se donnent pas comme but de "ré­cupérer" ou "reconquérir" les syndicats mais, au contraire, les caractérisent comme des instruments et des institutions de la bourgeoisie et son Etat -raison pour laquelle ils ne peuvent aucunement représenter les intérêts immédiats et encore moins historiques du prolétariat, ni être perméables aux intérêts révolutionnaires de la classe.

7- A ceux qui sont d'accord qu'une des tâches sur ce terrain est de mener jusqu'au bout la bataille contre la ligne politique de collaboration de clas­ses soutenue par les syndicats et de contribuer à rendre irréversible la rupture entre la classe les syndicats.

8- A ceux qui dans la mesure de leurs possibilités contribuent à renforcer toutes les tentatives d'unification du prolétariat pour s'affronter, même partiellement, au capital, toutes les tentati­ves d'extension, de généralisation et d'approfon­dissement des luttes de résistance contre le capi­tal.

9- A ceux qui défendent la lutte contre toutes les variantes de la répression capitaliste, tant celle exercée par les forces militaires officielles (éta­tiques) de l'ordre, comme celle de collègues ci­vils de droite et de gauche du capital. A ceux qui dans la mesure de leurs possibilités, collaborent avec les groupes qui subissent des coups de la ré­pression.

10-A ces avant-gardes qui, dans la lutte contre la bourgeoisie et son Etat,combattent implacable­ment ceux qui se limitent à critiquer une des for­mes qu' assume la dictature de la bourgeoisie (la plus violente, militaire en fait) et défendent la démocratie ou luttent pour son développement.

11-Dans ce sens, dans l'optique bourgeoise fascisme-antifascisme, à ceux qui dénoncent le caractère de classe bourgeois des fronts antifascistes et de la démocratie, et posent la nécessité de lutter pour la destruction de l'Etat bourgeois, peu impor­te sous quelle forme il se présente, avec l'objec­tif d'abolir le système de travail salarié et d'éli­miner mondialement la société de classes et toute forme d'exploitation.

12-A ceux pour qui l'internationalisme prolétarien implique, en premier lieu, la lutte contre sa pro­pre bourgeoisie, le défaitisme révolutionnaire en cas de guerre qui ne soit pas la guerre de classe du prolétariat contre la bourgeoisie et pour la révolution prolétarienne mondiale.

13- A ceux qui, au-delà des différentes théorisations sur le parti, sont d'accord sur le fait qu'il sera international dès sa naissance, ou ne sera pas.

14- Enfin, à ceux qui, en accord avec leur force et leur situation, définissent leurs tâches dans la lutte contre la bourgeoisie orientées vers deux aspects fondamentaux :

a) impulser le développement de l'autonomie de classe du prolétariat ;

b) contribuer à la construction et au développement de la politique internationaliste prolétarienne et de son parti mondial.

C'est-à-dire que, si en fonction des situations particulières,les moyens, les tâches et les prio­rités peuvent revêtir des formes différentes, tou­tes doivent être en relation avec une seule pers­pective : la constitution de la classe ouvrière en force mondiale pour détruire le système capita­liste.

ECLAIRCISSEMENTS FINAUX

Nous croyons que les formulations antérieures peuvent et doivent être améliorées, corrigées, com­plétées. Nous n'allons pas défendre au pied de la lettre cette proposition, mais son sens général.

Dans les premières discussions que nous avons eues sur la situation actuelle et sur comment commencer à la changer, il y a eu des camarades qui ont mani­festé un certain pessimisme sur la réception qu'el­le recevrait et les possibilités de sa réalisation.

Nous croyons que, face aux coups terribles que la bourgeoisie porte contre le prolétariat dans sa recherche, parfois désespérée, de résoudre ses pro­blèmes, que, face aux possibilités (et aux réali­tés) de la guerre inter bourgeoisies, que face aux massacres de travailleurs, d'enfants et de vieux, qui se répètent dans diverses parties du monde, et que face à la montagne toujours croissante des tâ­ches qui s'imposent aux révolutionnaires à l'heure actuelle, la politique de secte, les mesquineries, les "laisser pour plus tard", et la défense impli­cite ou explicite de l'actuel "statu quo" ne con­viennent pas.

La reconnaissance de la situation actuelle doit se traduire dans une initiative politique capable de récupérer le terrain perdu et de dépasser les graves faiblesses. Pour cela, l'engagement commun doit être la lutte pour un changement radical dans les relations internationales entre révolutionnai­res, c'est-à-dire passer du simple échange de posi­tions (parfois même pas) à la prise de positions - communes face à 1'attaque de la bourgeoisie contre le prolétariat, aux coordinations indispensables orientant la réflexion et le débat sur des ques­tions qui consolident une perspective commune.

Parmi les "objections" qui peuvent exister par rapport à la viabilité de cette proposition, il y a celle de comment la concrétiser ?

Ici, se trouvent cinq points pour, si on est d'accord avec tous, étudier comment organiser leur réalisation. Nous ne prétendons pas ici donner une réponse à chacune des questions et à chaque pro­blème, mais manifester un engagement de lutte pour sa concrétisation.

Il est évident que, compter sur une exécution et une rapidité pour certaines choses, implique des rencontres physiques. Nous ne croyons pas que ce soit absolument nécessaire, c'est à dire qu'actuel­lement il nous parait difficile d'y arriver, au moins pour ceux d'entre nous qui vivons dans cette région du monde.

A l'heure actuelle, nous ne voyons pas comment réaliser une réunion vraiment internationale : voyager à l'étranger est pour nous (économiquement) interdit. Un voyage de plus de 8 000 kms équivaut à plus de quinze salaires mensuels (plus de vingt, si nous prenons le minimum défini par le gouverne­ment).

C'est pour cela que nous estimons que, dans un premier temps, les rapports, les discussions, au moins entre les non-européens et ceux-ci, se feront par correspondance. Cela nous retardera, rendra en­core plus difficile la tâche, mais elle n'est pas impossible, loin de là (une lettre d'Europe par exemple, si il n'y a pas de grève, met de 15 à 20 jours).

Les conditions de sécurité (celui qui a confian­ce dans la légalité n'est pas seulement un crétin ingénu, mais un danger pour les révolutionnaires) posent aussi des obstacles, mais ils peuvent et doivent être résolus.

La langue aussi présente des inconvénients. De notre côté, et jusqu'à maintenant, la seule dans laquelle nous pouvons écrire est l'espagnol. Cer­tains peuvent lire avec difficultés l'italien, le portugais et l'anglais. Avec de l'imagination, quelqu'un pourra comprendre un peu de français, mais rien à faire avec l'allemand. Les autres lan­gues "n'existent pas". En tenant compte de cela, ce qui viendra en castillan n'aura pas la même diffu­sion, ni la même rapidité que les autres langues dans l'ordre établi.

Pour terminer, l'initiative présentée est expo­sée dans sa partie fondamentale. Ceux qui se mon­trent intéressés ou sont d'accord avec, recevront une partie dite "plus organisatrice", c'est-à-dire comment nous voyons, nous, pouvoir la réaliser et la concrétiser.

A tous ceux qui nous écriront, nous garantissons qu'ils recevront une copie de toutes les réponses reçues. L'organisation postérieure de la correspon­dance, des discussions, etc. se fera avec ceux qui sont d'accord et dépendra de la manière avec laquelle ils s'entendront entre eux.

A ceux qui sont d'accord avec l'esprit de la pro­position, nous leur demandons sa diffusion et le détail des groupes (si possible avec leur adresse) à qui ils ont fait parvenir cette convocation.

Uruguay, février 1986.

Note du CCI. : Nous ne publions pas  une   "note d'éclaircissement" en post-scriptum par manque de place. Cette note a été rédigée après la réunion en mars 1986.Les camarades précisent leur pro­position quant à l'aspect "technique" et la répartition des articles. Ils proposent  une division en trois parties de la revue "une commune à tous les groupes intervenants élaborées d'un commun accord entre tous qui expliquerait et/ou fonderait les positions partagées. Une seconde partie, où le SUJET serait choisi d'un commun accord et les positions seraient individuelles. Et une troi­sième partie où le sujet serait choisi librement par chaque participant,où il pourrait impulser la discussion de thèmes qu'il  considère importants et qui -selon lui- ne sont pas pris ou consi­dérés correctement par les autres. Ou un sujet"nouveau" ou  une argumentation particulière.

Nous considérons comme fondamentale 1'inclusion des TROIS PARTIES dans cette proposition internationale.   (Emancipacion  Obrera et Militancia  Clasista Revolucionaria)

 

REPONSE DU CCI

Chers camarades

Nous venons juste de prendre connaissance de vo­tre brochure d'appel : "Proposition Internationale à tous les partisans de la révolution prolétarien­ne mondiale".

Après une première lecture et discussion, nous tenons, avant toute chose, à saluer l'esprit qui anime votre "Proposition" à laquelle nous ne pou­vons qu'adhérer avec détermination.

Nous ne pouvons que souscrire au constat que vous faites non seulement de l'extrême faiblesse dans laquelle se trouve le mouvement révolutionnaire aujourd'hui -son extrême faiblesse numérique, poli­tique, et plus encore, organisationnelle- mais surtout de l'immense dispersion et isolement des fai­bles groupes qui s'en réclament. Comme vous, nous pensons qu'une des premières tâches -voire même la première tâche aujourd'hui- de chaque groupe se si­tuant vraiment sur le terrain révolutionnaire du prolétariat consiste à oeuvrer de toutes ses forces pour mettre fin à cet état déplorable, à réagir vi­goureusement contre la dispersion et l'isolement, contre l'esprit sectaire de chapelle, pour le déve­loppement de liaisons, de contacts, de discussions, de regroupements et d'actions communes entre les groupes, à l'échelle nationale et internationale. Ceux qui, parmi ces groupes, ne ressentent pas cette nécessité -et ceux-là existent malheureusement- montrent leur incompréhension de la situation dans laquelle nous nous trouvons, et, de ce fait, leur tendance à se scléroser.

Qu'un groupe en Argentine découvre à son tour cette nécessité urgente -ce qui est tout à son hon­neur- n'est pas pour nous surprendre : 1°) parce que le fait qu'il ait ressenti cette nécessité prouve la vitalité révolutionnaire qui est la sien­ne et 2°) parce que nous avons retrouvé cette même préoccupation dans d'autres groupes qui ont surgi récemment tel le groupe Alptraum au Mexique ou en­core celui des "Communistes Internationalistes" en Inde.

A quoi est due la constatation de cette nécessité précisément aujourd'hui ? Pour le comprendre il ne suffit pas de dire que ce n'est pas "d'un coup" que surgit, une fois encore, le cri anxieux des minori­tés révolutionnaires qui cherchent à rompre le cor­don sanitaire tendu par le capital ; il ne suffit , pas de dire que tant dans les périodes de montée de la lutte de classe que dans les moments de la con­tre-révolution la plus violente ces minorités "dé­couvrent^  l'une après l'autre, ce que signifient l'isolement, la faiblesse de leurs petites forces, une faiblesse non seulement numérique, sinon fonda­mentalement politique...". S'il est vrai que c'est de tout temps que les révolutionnaires s'efforcent de rompre le "cordon sanitaire" de la bourgeoisie visant à les disperser et à les isoler de leur classe, on ne peut mettre sur le même plan "les pé­riodes de montée de la lutte de classe" et "les mo­ments de la contre-révolution la plus violente".

Sans tomber dans le fatalisme, l'expérience his­torique de la lutte de classe nous enseigne qu'une période de recul et de défaites profondes du prolé­tariat entraîne inévitablement une dispersion des forces révolutionnaires et la tendance à leur isolement. La tâche qui s'impose alors aux groupes ré­volutionnaires est celle de chercher à limiter au­tant que possible l'avalanche de l'ennemi de classe afin d'empêcher que celle-ci ne les emporte vers le néant. Dans une certaine mesure, l'isolement, dans une telle situation, est non seulement inévi­table mais nécessaire pour leur permettre de mieux résister à la violence momentanée du courant et au risque d'y être emporté. Ce fut le cas, par exem­ple, de l'attitude politique de Marx et Engels dissolvant la Ligue Communiste au lendemain des violentes défaites subies par le prolétariat durant la tourmente sociale de 1848-51, dissolvant la 1ère Internationale après l'écrasement sanglant de la Commune de Paris, de même que celle de Léni­ne et Luxembourg au moment de la faillite de la 2ème Internationale lors du déclenchement de la première guerre mondiale. On peut citer également en exemple la constitution et l'activité de la  Fraction de gauche italienne après la banqueroute de la 3ème Internationale sous la direction stali­nienne.

Toute autre se présente l'activité des groupes révolutionnaires dans une période de montée de la lutte de classe. Si, dans une période de recul, les groupes révolutionnaires nagent à contre-courant, et donc forcément sur les bords et par petits pa­quets, dans une période de montée, il est de leur devoir d'être dans le courant et le plus massive­ment, le plus internationalement organisés possi­ble. Les groupes révolutionnaires qui ne le com­prennent pas, qui n'agissent pas dans ce sens, soit parce qu'ils ne comprennent pas la situation, la période dans laquelle se trouve la lutte de classe et les perspectives de sa dynamique, soit parce que, ayant difficilement survécu à la période de recul et de dispersion, ils se sont plus ou moins sclérosés, se trouvent alors incapables d'assumer la fonction pour laquelle la classe les a fait surgir.

Le sectarisme que vous dénoncez à juste titre avec tant de force n'est, au fond, rien d'autre que la survivance de la tendance à se replier sur soi-même correspondant à une période de recul. Hisser cette tendance à la hauteur d'une théorie et d'une pratique, à un esprit de chapelle, surtout dans une période de montée, est le signe d'un processus de sclérose extrêmement dangereux et finalement mortel pour tout groupe révolutionnaire.

Seules une analyse et une compréhension justes de la période ouverte à la fin des années 60 avec l'éclatement de la crise mondiale du capitalisme décadent et le resurgissement de la lutte de clas­se d'une nouvelle génération du prolétariat n'ayant pas connu la défaite et gardant ainsi toutes ses potentialités et combativité permet de comprendre la nécessité impérieuse qui se pose aujourd'hui aux groupes révolutionnaires existant dans le monde et surgissant dans divers pays : celle de s'engager consciemment dans la voie de la recherche des con­tacts, de l'information, de la discussion, de la clarification, de la confrontation des positions politiques, de prises de position et d'actions com­munes entre les groupes s'engageant résolument dans un processus de décantation et de regroupement. Cet­te voie est la seule qui mène à la perspective de l'organisation du futur parti mondial du proléta­riat. Cette compréhension de la période et de ses exigences est aussi la condition majeure pour combattre efficacement le sectarisme et ses manifesta­tions qui sévissent aujourd'hui encore dans le mi­lieu révolutionnaire.

Nous nous sommes attardés longuement sur cette question, non pour critiquer mais pour appuyer vo­tre "Proposition" en lui apportant une argumenta­tion que nous pensons susceptible de renforcer en­core son fondement. La lutte contre la dispersion et l'isolement, la lutte contre le sectarisme ont toujours été et restent une préoccupation majeure du CCI depuis sa constitution. Retrouver cette pré­occupation aujourd'hui venant d'un groupe aussi isolé que le vôtre ne peut que nous réjouir et renfor­cer notre conviction de sa validité. C'est pourquoi nous nous proposons de traduire et de publier sans tarder votre texte dans le prochain numéro de notre Revue Internationale en français et en en anglais (et probablement ultérieurement dans les Revues Internationales en langues espagnole et italienne lors de leur parution). Nous sommes convaincus que vous ne verrez aucun inconvénient à cette publication (bien entendu, nous ne donnerons pas, pour des rai­sons de sécurité, votre adresse sans une autorisa­tion explicite de votre part).

Cette préoccupation de la nécessité de rompre avec la dispersion et l'isolement des groupes révo­lutionnaires, de même que la conviction de sa va­lidité, ont été à la base de tentatives telles que les trois conférences internationales des groupes révolutionnaires impulsées par nous et Battaglia Comunista durant les années 1977 à 1980. Ces con­férences, qui auraient pu devenir un lieu de ren­contre et un pôle de référence et de regroupement pour de nouveaux groupes surgissant dans différents pays, ont échoué en se heurtant justement au secta­risme de groupes comme Battaglia Comunista pour qui ces conférences devaient rester muettes, être un lieu uniquement de confrontation de groupes à la recherche de recrutement et de "pêche à la ligne". Sur notre insistance, les comptes rendus de ces Conférences ont été publiés en français, anglais et italien. Nous nous ferons un devoir de vous les communiquer au plus vite.

Le besoin urgent de rompre avec 1'éparpillement et l'isolement n'est certes pas une tâche facile de même qu'il ne peut se réaliser du jour au lende­main. Pour autant, cela ne constitue pas une raison pour abdiquer mais, au contraire, cette difficulté même devrait stimuler les efforts de chaque groupe révolutionnaire digne de ce nom de s'y engager ré­solument.

Nous ne pouvons, dans le cadre de cette lettre, nous livrer à un examen détaillé de chaque paragra­phe et encore moins de chaque formulation. Comme' vous le dites vous-mêmes, ce texte ne prétend ni être complet ni définitif .Nous aurons largement le temps de discuter de telle ou telle formulation, de tel ou tel argument. Pour le moment, ce qui importe c'est le principe, la démarche-même qui sous-tend votre "Proposition". C'est là-dessus que porte no­tre accord. Toutefois, il faut retenir deux questions fondamentales que soulève cette "Proposi­tion" :

1°) A qui s'adresse une telle "Proposition" ?

Pour répondre à cette question, il est évident que nous recherchons la participation la plus large possible des groupes authentiquement révolutionnaires,,  même si des divergences sur des points par­ticuliers mais secondaires existent entre ces grou­pes. Cependant, il ne s'agit pas de réunir n'impor­te qui, ce qui donnerait l'image d'un panier de crabes et constituerait une démarche négative, une entrave et non un renforcement du mouvement révolu­tionnaire. Il n'existe pas, surtout au stade actuel du mouvement -avec la dispersion et les différents degrés de maturité des groupes existants- de critè­res discriminatoires et sélectifs pouvant garantir, d'emblée, de façon absolue, une telle sélection. Mais il existe -et on doit pouvoir les formuler- un minimum de critères permettant d'établir un cadre général dans lequel les groupes qui s'y inscrivent puissent adhérer tout en maintenant des positions qui leur sont propres mais qui restent néanmoins compatibles avec ce cadre. Il nous faut rejeter tant le monolithisme que le rassemblement de forces fondamentalement hétérogènes sur la base de posi­tions politiques vagues et incohérentes.

Dans votre chapitre;"A qui faisons-nous cette proposition ?vous essayez de donner une réponse en énumérant longuement (peut-être trop longuement) certaines positions devant servir de critères. Quelles que puissent être les améliorations tou­jours possibles dans leurs formulations, ces positions erronées sont, dans leur fond politique, abso­lument juste, à notre avis.

Cependant, le manque de prise de position claire et explicite sur des questions très importantes peut inquiéter. Nous en citerons quelques-unes :

-   le rejet de toute participation aux campagnes électorales dans la période actuelle du capitalisme décadent ;

- la nécessité de se concevoir et de se situer dans la continuité de l'histoire du mouvement ouvrier, de ses acquis théoriques et politiques (non pas une continuité passive et de simple répétition, mais une continuité dynamique et de dépassement étroitement liée aux expériences et à l'évolution des exacerbations de toutes les contradictions du système capitaliste mettant désormais à l'ordre du jour la nécessité objective de sa destruction). Ceci implique la reconnaissance du marxisme comme la théorie révolutionnaire du prolétariat, le fait de se revendiquer des apports successifs des 1ère, 2ème et 3ème Internationales et des gauches commu­nistes qui en sont issues ;

-  la reconnaissance, sans ambiguïté, de la nature prolétarienne du parti bolchevik (avant sa banque­ route et son passage définitif dans le camp de la contre-révolution) et de la révolution d'octobre. ?

Il est surprenant de ne trouver, dans votre tex- i te, aucune référence à ces questions, pas plus qu'à la reconnaissance des Conseils Ouvriers, "for­me enfin trouvée" de l'organisation unitaire de la classe en vue de la réalisation concrète de la ré­volution prolétarienne. Nous nous étonnons égale­ment de ne trouver aucune mention sur la question du terrorisme, des guérillas (urbaines ou non), et sur le rejet catégorique de ce type d'actions (ar­mes propres aux couches désespérées de la petite-bourgeoisie, du nationalisme, et qui sont efficacement entretenues et manipulées par tous les Etats), non pas au nom du pacifisme qui n'est que ' l'autre face de la même médaille, mais au nom de son inefficacité et de sa prétention, , au mieux, à réveiller et, au pire, à se substituer à la seule violence de classe adéquate : celle de la lutte ou­verte, massive et généralisée des grandes masses de la classe ouvrière. Votre silence est d'autant plus étonnant que vous vivez et luttez dans un continent et un pays qui ont tristement connu ce type d'ac­tions aventuristes, les tupamaros et autres guéril­las guévaristes.

2°) La deuxième question se rapporte à vos proposi­tions concrètes de réalisation de ce grand projet, notamment à la publication d'une revue commune aux groupes adhérents et au mode de fonctionnement d'une telle coordination. Commençons par ce dernier point. Vous proposez l'unanimité comme règle de toute activité et décision. Une telle règle ne nous semble par forcément la plus appropriée. Elle com­porte le risque soit de l'exigence d'un accord cons­tant -et donc, du monolithisme-, soit de la para­lysie de l'ensemble des groupes participants à cha­que fois que l'un d'entre eux se trouve en désac­cord. Le point 5 de votre "Proposition" porte sur l'éventualité d'une publication commune. Il est inutile d'ouvrir une discussion sur la structure d'une telle publication (division en 3 parties, etc...) puisque le projet-même d'une telle publica­tion immédiate nous semble, en tout état de cause, largement prématuré. Une publication commune à de nombreux groupes présuppose deux conditions :

a)  une connaissance plus approfondie de la trajectoire politique des différents groupes et de leurs positions actuelles, un constat de l'intégra­tion effective de ces positions dans le cadre des critères élaborés de même que leur tendance à con­verger à plus ou moins long terme ;

b)  et sur cette base, une avancée sérieuse de l'expérience d'une activité commune permettant à ces groupes de s'engager davantage sur le plan organisationnel avant de pouvoir affronter vraiment les difficultés inhérentes à une publication (ques­tions politiques et techniques de la nomination d'une rédaction responsable, question de langues dans lesquelles doit être publiée une telle revue et, enfin, questions d'administration et de ressour­ces financières).

Aucune de ces deux conditions n'étant actuelle­ment remplie, ce point de la "Proposition" nous semble, de ce fait, irréalisable pour le moment et, en conséquence, il serait erroné de vouloir en fai­re un point central. Il serait plus judicieux et davantage à notre portée de nous contenter, pour le moment, de la tâche réalisable consistant à assurer la circulation de textes de discussion entre les groupes adhérents sur des thèmes importants et, autant que possible, convenus en commun.

Reste  la proposition de 1'information réciproque, de l'échange de publications, de favoriser réciproquement la diffusion de la presse des différents groupes adhérents, la possibilité de publication d'articles dans la presse des autres groupes et, enfin, l'éventualité de prises de position communes sur des événements importants et, donc, l'éventualité d'une intervention publique commune. Cette partie de votre proposition générale peut être réalisée dans une échéance relativement brève, toujours dans le souci de rompre l'isolement, de resserrer les contacts entre les groupes révolution­naires existants et surgissants, de développer les discussions et de favoriser un processus de décan­tation et de regroupement des révolutionnaires.

En un mot, mieux vaut partir avec prudence et ar­river au but que de partir au galop, de s'essouf­fler et de s'arrêter à mi-chemin.

Avec nos salutations communistes.


[1] Nous ne publions pas  l'adresse de ces  groupes;  pour tout contact,   les  lecteurs peuvent écrire à la boîte postale de R.I.  qui transmettra.

[2] "Emancipacion Obrera" a du subir la répression et la violence du MAS, groupe trotskyste qui a appelé à participer à la  guerre des Malouines,  appuyant  les généraux