La "fraction externe du CCI" (polémique)

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QUESTION D'ORGANISATION : UNE CARICATURE DE SECTE  IRRESPONSABLE

Le milieu politique prolétarien, déjà fortement marqué par le poids du sectarisme, comme le CCI l'a souvent mis  en évidence et déploré, vient de "s'enrichir" d'une nouvelle secte. Il vient en  effet de paraître le  n° 1 d'une nouvelle  publication intitulée Perspective Internationaliste, organe de la "Frac­tion Externe du CCI" qui "revendique  la  continuité du  cadre programmatique élaboré par  le CCI". Ce grou­pe  est composé des camarades appartenant  à la "tendance" qui s'était  formée dans notre organisation  et qui l'a quittée lors- de son 6ème Congrès ([1]) pour "défendre la plate-forme du CCI". Nous avons déjà rencontré et mis en  évidence beaucoup de formes de sectarisme parmi les révolutionnaires  d'aujourd'hui, mais la création d'un CCI-bis ayant  les mêmes  positions  programmatiques que le CCI constitue un  sommet en ce domaine, un sommet jamais atteint jusqu'à  présent. De même, ce qui  peut  être considéré comme un sommet, c'est la  quantité de calomnies que P.I. déverse  su  le CCI ; il n'y a guère que  le Communist Bulletin (formé également  d'ex-membres du CCI) qui soit allé aussi loin dans ce domaine. Dès sa création, ce nouveau groupe se place donc sur un terrain que seul des voyous politique (qui  s'étaient  dis­tingués en  volant du matériel  et des fonds du CCI avaient par le passé exploité avec autant  de ferveur. Même si les membres de  la "Fraction" ne se sont nullement  rendus responsables de tels actes,  on peut dire que son sectarisme et sa prédilection pour  1'insulte  gratuite augurent mal  de  l'évolution  future de ce groupe et de sa capacité d'être une contribution à l'effort de prise de conscience du prolétariat En effet, les petits jeux de la FECCI ne traduisent qu'une chose : une irresponsabilité totale face aux tâches  qui incombent aujourd'hui aux révolutionnaires, une désertion du combat militant.

Calomniez, calomniez,...il en restera toujours quelque chose.

Dans le principal article de" P.I. consacré au CCI, on peut lire que "ce texte ne visera ni à ré­gler des comptes, ni à tomber dans une basse polé­mique. On peut se demander ce que ce texte au­rait été si tel avait été le cas. En effet, dans cet article, on peut lire, entre autres compli­ments, qu'au cours de ces deux dernières années, le CCI aurait fait preuve d'un mépris intolérable pour les principes révolutionnaires, traînés dans la boue de volte-face tactiques", qu'il aurait dé­veloppé "une vision tout à fait stalinienne de l'organisation", qu'il se serait "enfoncé dans la pourriture" et que, "pour faire avaler la couleuvre de ses revirements à 180°", il aurait employé comme moyen de "semer la peur, terroriser et paralyser, l'ensemble des militants par des insinuations malsaines". En même temps, le CCI aurait,  contre les camarades minoritaires qui ont constitué la FECCI, "mis en marche une machine infernale visant à broyer toute résistance" et dont la liste des ex­actions est impressionnante : "pratiques organisationnelles sordides", "chasse aux sorcières", "at­taques personnelles de toutes sortes", "calomnies", "suspicion", "procédés inqualifiables", "multiples pressions et manoeuvres", "chantage". Ce n'est là qu'un petit échantillon de ce qu'on peut trouver dans cet article mais on peut se demander qui se livre à des"incantations hystériques", le CCI comme l'écrit la FECCI ou la FECCI elle-même ?

On pourrait écarter d'un revers de main ces ca­lomnies ; mais elles sont d'une telle ampleur et en telle quantité qu'on peut craindre qu'elles ne fi­nissent par impressionner les lecteurs mal informés de la réalité du CCI, que du fait qu'elles émanent d'une organisation prétendant défendre la platefor­me du CCI, ce qui devrait être un gage de sérieux-elles n'insinuent l'idée "qu'il n'y a pas de fumée sans feu". Aussi, même si nous ne répondons pas à toutes les accusations de la FECCI (ce qui occupe­rait la totalité de ce numéro de la Revue), nous sommes contraints de récuser quelques uns des men­songes qu'on peut trouver dans les pages de P.I. ridicules jusqu'à des accusations d'une malveillan­ce odieuse.

C'est ainsi que l'article sur le "déclin du CCI" commence par un "petit mensonge". La première phra­se affirme que "la plupart des camarades qui ont constitué la Fraction externe du CCI ont été à la base de la constitution de cette organisation en "1975". C'est faux : des dix camarades qui ont quitté le CCI pour constituer la FECCI, trois seu­lement était dans l'organisation à la fondation du CCI en janvier 75.

L'article de PI fourmille de ce genre de "petits mensonges" ridicules. Il reprend par exemple un vieux dada de la "tendance" suivant lequel l'ana­lyse présente du CCI sur l'opportunisme et le cen­trisme constituerait un revirement de ses positions classiques. Nous avons montré dans la Revue n° 42, citations à l'appui, que c'est en réalité l'ana­lyse de la tendance qui constitue une révision des positions du CCI et de la gauche communiste. Nous ne lui chercherons pas ici querelle pour cette révision. Mais il faut constater que le procédé qui consiste à refuser d'assumer une démarche en l'attribuant aux autres est bien symptomatique de ce qu’a été le comportement de la "tendance" et que reprend aujourd'hui la FECCI : obscurcir par des contorsions et par la mauvaise foi les véri­tables questions posées.

Cette même propension à reprocher à autrui (en l'occurrence le CCI) ce qui lui revient de droit, nous la retrouvons lorsque P.I. accuse le CCI de "manque d'esprit fraternel". C'est de nouveau le monde à l'envers, nous n'allons pas ennuyer le lecteur en énumérant les multiples exemples où ce sont des camarades de la "tendance" qui se sont il­lustrés par un tel "manque d'esprit fraternel". Il suffit de lire dans P.I. la collection d'insultes odieuses, animée par la hargne et un esprit de re­vanche, qui s'intitule "Le déclin du CCI" pour se rendre compte de quel côté se situe le "manque d'esprit fraternel".

"PERSPECTIVE INTERNATIONLISTE"

Ils sont en nombre incalculable et prennent plu­sieurs formes en partant de petites contre vérités

Nous pourrions poursuivre la réfutation de ces petits mensonges mais ce serait fastidieux. Il est préférable de mettre en évidence les mensonges énormes qu’emploie la FECCI pour justifier sa thèse de la dégénérescence du CCI.

Le premier d'entre eux dépasse toute mesure : les camarades de la "tendance" auraient été exclus du CCI. Mal à l'aise pour soutenir une telle affirma­tion, la FECCI prend le soin de préciser dans cer­taines phrases qu'il s'agissait d'une exclusion "de fait". Il faut le réaffirmer nettement : c'est to­talement faux. Ces camarades n'ont pas été exclus, ni formellement ni "de fait". Dans le précédent n° de la Revue nous expliquons, les circonstances du départ de ces camarades. En particulier nous y don­nions connaissance d'une résolution adoptée à l'unanimité par le 6ème congrès montrant clairement que le départ de ces camarades était de leurs seu­les responsabilité et volonté. Sans y revenir dans le détail, rappelons ici :

-  que le congrès a demandé aux camarades de la "tendance" quelles étaient leurs intentions pour après celui-ci, en particulier s'ils comptaient rester des militants du CCI, dans la mesure où cer­tains d'entre eux avaient affirmé à plusieurs re­prises qu'ils comptaient se retirer après le con­grès ;

-  que les camarades de la tendance ont constam­ment refusé de répondre à cette question dans la mesure où, en fait, ils n'étaient pas d'accord en­tre eux là-dessus ;

-  que face à ce refus de répondre, le congrès a demandé à ces camarades de se retirer de la séance pour qu^ils puissent réfléchir, discuter et revenir à la séance suivante avec une réponse claire ;

-  que les camarades ont pris prétexte de cette demande pour se retirer du congrès en prétendant qu'on les avait exclus de celui-ci, ce qui est par­faitement faux ;

-  que le congrès a adopté une résolution transmi­se par téléphone à ces camarades exigeant leur re­tour au congrès ;

-  que ces camarades ont opposé une fin de non re­cevoir à cette demande en la qualifiant de "tenta­tive de justification ignoble de l'exclusion de la tendance" ;

-  que le congrès a adopté une résolution condam­nant cette attitude qui "traduit un mépris du con­grès et de son caractère de moment d'action mili­tante de l'organisation" et "constitue une vérita­ble désertion des responsabilités qui sont celles de tout militant de l'organisation".

Cette résolution prévoyait des sanctions contre ces camarades mais nullement leur exclusion.

Prétendre après cela que la "tendance" a été ex­clue du CCI, ou mené du congrès, est un mensonge aus­si odieux que ridicule car le procès-verbal du con­grès prouve exactement le contraire. D'ailleurs ces camarades savaient pertinemment en partant qu'ils n'avaient pas été exclus de l'organisation puisque dans la déclaration remise au moment de leur départ ils affirmaient qu'ils restaient "comme tendance et comme camarades minoritaires au sein du CCI".

Un autre mensonge énorme et tout aussi odieux qu'on peut lire dans P.I., c'est l'affirmation que le CCI aurait "étouffé" les débats, y compris par l'utilisation do mesures disciplinaires, et aurait censuré l’expression publique des positions de la "tendance". Encore une fois, c'est le monde à l'en­vers ! En janvier 84, il a fallu insister auprès des camarades qui avaient émis des "réserves" pour qu'ils fassent parvenir à l'ensemble de l'organisa­tion leurs explications de votes. Un an plus tard, c'est l'organe central qui demande que "les éven­tuelles contributions doivent être conçues en vue de l'ouverture du débat vers l'extérieur".

Franchement, affirmer que le CCI, ou son organe central, a "étouffé" le débat, qu'il a évolué vers le monolithisme comme le prétend la FECCI, c'est se moquer du monde. Les bulletins internes de l'orga­nisation ont publié sur plus d'un an environ 120 textes portant sur la discussion soit environ 700 pages. Tous les textes des camarades minoritaires sans exception ont été publiés. |En fait de "monolithisme", c'est de façon permanente que l'organisation a insisté sur l'exigence de clarté, sur la nécessité que s'ex­priment de la façon la plus précise possible les différentes positions existant en son sein.

Il en est de même en ce qui concerne la publica­tion vers l'extérieur des débats internes. C'est une calomnie grossière et stupide que de prétendre que le CCI "n'en a  pratiquement rien laissé filtrer depuis deux ans et qu'il a établi autour un "mur du silence" (page 14). Tout lecteur a pu se rendre compte que les cinq derniers numéros de no­tre Revue ont donné une large place au débat (au total une quarantaine de pages avec trois textes de la "tendance" et trois textes défendant les posi­tions du CCI). Toute aussi calomnieuse est l'affir­mation suivant laquelle le CCI "a systématiquement censuré les textes dans lesquels nous essayions de dégager les enjeux réels du débat actuel" (p.25). En fait de censure systématique, les textes non pu­bliés sont au nombre total de deux. L'un était des­tiné à la presse territoriale de Grande-Bretagne mais par le nombre même des questions traitées, il trouvait plus sa place dans la Revue Internationale, ce qui a été proposé à la "tendance" et refusé par elle. L'autre était la "Déclaration sur la forma­tion d'une tendance" publiée dans P.I. (page 25). A son propos, l'organe central du CCI a adopté une résolution qui "relève dans la 'Déclaration' sur un certain nombre d'affirmations ou d'insinuations diffamatoires pour l'organisation" (suit la liste des passages concernés), qui "estime que, pour la dignité même du débat public, et donc de la crédi­bilité de l'organisation, de telles formulations ne peuvent paraître telles quelles dans le prochain numéro de la Revue" et "demande donc aux camarades signataires de la 'Déclaration', soit de les enlever du texte qui sera publié, soit de les argumenter, afin que ce débat public puisse se dérouler dans la clarté et s'éviter l'emploi des insultes gratuites". Cela est interprété par la FECCI : "le CCI s'arro­gerait le droit de dicter à la minorité ce qu'elle pouvait (et ne pouvait pas) écrire et penser" (p.25).

Voilà comment on écrit l'histoire !

Si la "tendance" avait vraiment été intéressée à faire connaître la totalité de ses critiques, il lui suffisait de se donner la peine d'argumenter quelque peu les points qui, dans son texte, appa­raissaient comme de simples insultes gratuites. Mais tel n'était pas son souci. Elle s'est drapée dans sa dignité offensée et a "catégoriquement re­fusé d'entrer dans ce jeu de compromissions" (P.I. p. 25), comme si expliciter un désaccord ou une critique était une "compromission".

C'est d'ailleurs là une constante dans la démar­che de la "tendance" : elle a tout fait pour con­vaincre le reste du CCI de son manque de sérieux ...à elle, et a pleinement réussi.

LE "GLORIEUX COMBAT" DE LA TENDANCE

Lorsqu'une minorité apparaît dans une organisa­tion pour essayer de la convaincre qu'elle fait fausse route, son comportement est au moins aussi important pour atteindre ce but que la validité de ses arguments politiques. P.I. dépeint comme un exemple de sérieux son action en vue de "redresser le CCI menacé de dégénérescence" : "les minoritaires avaient toujours mené leur lutte ouvertement de façon militante et responsable sans aucune at­teinte au fonctionnement général de l'organisation, dans le but de convaincre le CCI de ses erreurs" (p. 22).

C'est une triste blague !

Dans les précédents numéros de la Revue nous avons mis en évidence l'inconsistance des arguments politiques de la "tendance". Le comportement de ses camarades tant dans le débat que dans la vie orga­nisationnel le du CCI en a été le pendant fidèle. Comment peuvent-ils affirmer, par exemple, qu'ils n'ont porté "aucune atteinte au fonctionnement général de l'organisation" alors :

-  qu'un membre de l'organe central a tenté d'an­noncer à l'ensemble de l'organisation sa démission de celui-ci sans même le prévenir ;

-  que plusieurs membres du même organe central ont communiqué à une section locale un document si­gné en tant que membres de cet organe et critiquant celui-ci sans le porter d'abord à sa connaissance ;

-  qu'à plusieurs reprises se sont tenues des réu­nions dites "informelles" sans que l'organisation en ait été informée à l'avance »;

-  que des membres de l'organe central ont man­qué une réunion de celui-ci afin de pouvoir tenir une réunion de la "tendance".

Il ne manque pas d'autres exemples de l'absence de sérieux des camarades minoritaires dans le dé­bat. Eux-mêmes en étaient d'ailleurs conscients lorsque, fin 84, ils faisaient (dans un texte jus­tifiant la tenue régulière de réunions séparées) un "constat de carence dans (leur) contribution au dé­bat en cours dans le CCI" : on est bien loin des affirmations satisfaites qu'on peut lire dans P.I. sur "l'inlassable impulsion des débats" par la mi­norité contre le "verrouillage" de l'organisation.

Nous ne citerons ici que deux exemples de cet "admirable" sérieux de la minorité :

-  en juin 84, quatre camarades minoritaires, mem­bres de l'organe central, votent à cinq minutes d'intervalle de façon totalement contradictoire sur la question du centrisme : dans un premier vote ils placent le centrisme dans la bourgeoisie, et dans un second vote ils en font un phénomène

au sein de la classe ouvrière;

-  depuis le début du débat, les camarades minori­taires n'ont cessé d'affirmer la nécessité de "s'atteler enfin à la tâche difficile de développer à un niveau supérieur la théorie marxiste sur la conscience de classe et le rôle du parti sur les fondements déjà établis par le CCI". Et depuis deux ans, nous n'avons rien vu venir de la part de ces camarades. Rien ! Aucun texte ! Cela en dit long sur le sérieux avec lequel ils ont mené le débat.

UNE CARICATURE DE SECTE IRRESPONSABLE

Une question se pose : comment se fait-il que des membres de longue date de l'organisation, à l'expé­rience et aux capacités politiques souvent indiscu­tables, membres pour la moitié d'entre eux de l'or­gane central du CCI, aient pu se laisser aller à une telle régression qui les a conduits à des com­portements de plus en plus irresponsables, jusqu'à scissionner de l'organisation et à déchaîner une telle quantité de mensonges odieux et ridicules contre celle-ci ? Toutes proportions gardées, nous assistons aujourd'hui à un phénomène très similai­re à celui qui s'est développé au cours et à la suite du 2ème congrès du Parti Ouvrier Social Démo­crate de Russie en 1903 et qui conduisit à la scis­sion entre bolcheviks et mencheviks. A la tête des mencheviks il y avait également des militants de vieille date et d'une capacité politique reconnue, qui, pendant des années, avaient apporté beaucoup à la cause de la révolution socialiste, notamment à la rédaction de l'ancienne "Iskra" (1900-1903).

Et ce sont ces éléments (notamment Martov, rejoint par la suite par Plekhanov) qui allaient impulser un courant opportuniste dans le POSDR, courant qui s'achemina progressivement vers la trahison de classe.

Pour caractériser le phénomène du menchevisme à ses débuts et analyser ses causes, laissons la pa­role à Lénine, le chef de file de l'aile marxiste révolutionnaire dans le POSDR :

"…la nuance politique qui  a joué  un  rôle im­mense au congrès  et qui  se distingue justement par sa  veulerie,sa mesquinerie,  par 1'absence d'une ligne propre,(...),  par des oscillations perpétuel­ les entre les deux parties nettement déterminées, par la peur d'exposer ouvertement  son credo, en un mot par son ' embourbement ' (dans le "marais"). (Il en est maintenant dans notre parti  qui,   à  entendre ce mot,   sont saisis d'horreur et  crient  à  une polémique dénuée d'esprit  de camaraderie... JI n'est guère de parti politique qui, connaissant la lutte intérieure,se soit passé de ce  terme dont on se sert  toujours pour désigner les  éléments instables, qui oscillent^entre les combattants. Et les Allemands, qui savent  faire tenir la  lutte intérieure dans  un cadre parfaitement  convenable, ne se  forma­ lisent pas au  sujet du mot 'versumpft' (marais), et ne se sentent pas saisis d'horreur, ne font pas preuve d'une officielle et  ridicule pruderie.)

Oeuvres, Tome 7, page 230.

"Mais  le plus  dangereux n 'est pas que Martov soit tombé dans  le marais; c'est qu'y étant  tombé  for­tuitement, loin de chercher à en  sortir,  il  s'y soit  enfoncé toujours davantage."

Oeuvres, Tome 7, page 78.

Nous avons là, à plus de 80 ans de distance, une caractérisation de la démarche dans laquelle se sont engagés les camarades de la minorité. Sur la base de réelles faiblesses conseillistes un certain nombre de camarades sont tombés fortuitement dans une démarche centriste à l'égard du conseillisme. Une partie d'entre eux s'est ressaisie mais il est arrivé aux autres ce qui était arrivé à Martov : refusant d'admettre qu'ils aient pu être victimes du centrisme (à entendre ce mot ils furent "saisis d'horreur et ont crié à la polémique dénuée d'es­prit de camaraderie") ils s'y sont enfoncés tou­jours davantage. C'est ce que nous signalions déjà dans notre article de réponse à la "tendance" de la Revue n°43 ("Le rejet de la notion de centrisme : la porte ouverte à l'abandon des positions de clas­se"). Ces camarades ont mal supporté qu'on puisse les critiquer, ils ont interprété un texte et une résolution se donnant pour but de mettre en garde contre le danger de centrisme dans l'organisation, et qui illustrait ce danger, entre autres, par leur attitude conciliante face au conseillisme, comme une insulte personnelle. Ce n'est nullement là une explication "subjectiviste" de leur démarche. Léni­ne explique en des termes similaires celle des Men­chéviks :

"Lorsque je considère la  conduite des amis de Martov après le congrès, leur refus de collaborer (…), leur refus de  travailler pour le Comité Cen­tral.. je puis dire seulement que c'est là seule­ment une tentative insensée, indigne de membres du Parti...Et pourquoi? Uniquement parce qu'on est mécontent de la composition des organismes centraux car, objectivement, c'est uniquement cette question qui nous a séparés, les appréciations subjectives (comme offense,   insulte, expulsion, mise à 1'écart, flétrissure, etc.) n'étant que le fruit d'un amour propre blessé et d'une imagination malade."

Oeuvres, Tome 7, page 28

Il faut d'ailleurs ajouter que même l'attitude de certains camarades minoritaires face aux organes centraux s'est apparentée à celle des mencheviks puisqu'ils ont à plusieurs reprises boycotté ceux-ci (en refusant de participer à leurs réunions ou d'assumer les responsabilités qu'on. voulait leur confier) et qu'ils ont fait une affaire d'Etat de ce que P.I. appelle (p.22) "la mise à l'écart de membres minoritaires de certaines fonctions qu'ils remplissaient, sous prétexte que leurs 'divergen­ces' les mettaient dans l'incapacité de les rem­plir".

Pour quelles raisons ces camarades ont-ils été conduits à adopter cette démarche ? Là aussi, l'exemple des mencheviks est significatif :

"Sous  le nom de 'minorité ' se sont  groupés dans le  Parti, des  éléments hétérogènes qu'unit  le désir conscient ou non,   de maintenir les rapports de  cer­cle,   les  formes d'organisation  antérieures au Par­ti.

Certains militants éminents des anciens  cercles les plus  influents, n'ayant pas  1'habitude des res­trictions  en matière d'organisation, que l'on  doit s ' imposer en  raison  de la discipline du Parti, sont enclins à confondre machinalement les intérêts  géné­raux du Parti  et, leurs intérêts de cercle qui, ef­fectivement, dans  la période des  cercles,  pouvaient coïncider."

Oeuvres, Tome 7, page 474.

Il est de nouveau frappant de constater, lors­qu'on examine la démarche des camarades qui allaient former la "tendance", puis la FECCI, sa similitude avec ce que décrit Lénine.

Fondamentalement, la "tendance" a été formée par des camarades qui se connaissaient depuis très longtemps (avant même la formation du CCI pour la plupart) et qui ont établi entre eux une solidarité l'artificielle basée essentiellement sur leurs vieux liens d'amitié et non sur une homogénéité politique. Nous avons déjà signalé dans notre Revue le manque d'homogénéité de la "tendance" composée de camarades qui, au départ, avaient des positions to­talement divergentes tant sur la question de la conscience de classe que sur celles du danger de conseillisme, de la définition du centrisme et de l'importance de notre intervention à l'heure ac­tuelle. Cette hétérogénéité s'est encore manifestée au 6ème congrès du CCI entre ceux qui voulaient quitter l'organisation et ceux qui voulaient y res­ter. Elle se révèle de nouveau dans P.I. si on com­pare le ton hystérique de l'article "Le déclin du CCI" et celui, incomparablement plus fraternel, in­titulé "Critique de l'intervention du CCI". La seu­le chose qui cimentait la "tendance", outre et en conséquence de cet esprit de cercle "légué" par le passé des camarades, c'est la difficulté commune à supporter la discipline de l'organisation qui les f a conduits à de multiples manquements organisationnels.

Mais la similitude entre les mencheviks de 1903 et les camarades de la "tendance" ne s'arrête pas là :

"Le  gros de 1 'opposition a  été formé principale­ment par les éléments  intellectuels de notre Parti. Comparés  aux prolétaires, les intellectuels sont toujours plus individualistes, ne  fût-ce qu'en rai­son de leurs conditions  essentielles d'existence et de travail, qui les empêchent de se grouper large­ment  spontanément, d'acquérir directement cette éducation qu'assure  un  travail  en  commun organisé.

Aussi  est-il plus difficile aux éléments intellec­tuels  de s 'adapter à  la  discipline de la  vie du Parti, et  ceux d'entre eux qui  ne peuvent  y parve­nir,   lèvent naturellement  1'étendard de la révolte contre  les restrictions  indispensables qu'exigent 1'organisation, et ils érigent  leur anarchisme spontané en principe de lutte, qualifiant à tort cet anarchisme... de revendication  en  faveur de la 'tolérance',   etc."

Oeuvres, Tome 7, page 474-475

Là encore, la ressemblance est frappante : si nous avions voulu faire enrager les camarades de la "tendance", nous aurions appelée celle-ci "la ten­dance de professeurs, des universitaires et des ca­dres supérieurs". Il est clair également que la susceptibilité et la vanité sont en général beau­coup plus fortes chez ces "individualités", habi­tuées dans leur vie quotidienne à rencontrer une écoute respectueuse de la part de leurs interlo­cuteurs, que chez les ouvriers.

Nous pourrions poursuivre la mise en évidence de bien d'autres ressemblances entre la "tendance-fraction" et le courant menchevik de 1903. Nous nous bornerons à en signaler deux autres :

-  le sectarisme,

-  l'absence de sens des responsabilités face aux  exigences de la lutte de classe.

1°) Le sectarisme

En de fréquentes occasions, Lénine a dénoncé le sectarisme des mencheviks qui portaient l'entière responsabilité de la scission alors que pour sa part, il estimait que :

"Les divergences de principe entre 'Vperiod' (le journal  bolchevik) et  la nouvelle 'Iskra' (menchévique)sont  essentiellement celles qui existaient entre l'ancienne 'Iskra' et le 'Robotchéïé Diélo' (les'économistes '). Ces  divergences, nous  les  con­sidérons  comme  importantes, mais nous ne les  con­sidérons pas  comme constituant en elles-mêmes  un obstacle au  travail  commun  au sein  d'un  seul par­ti..,v

Oeuvres, Tome 8, page 127

Le CCI estime également que les divergences poli­tiques qui l'opposaient à la "tendance" notamment sur la conscience de classe et sur le danger de centrisme sont importantes. Si les positions de la "tendance" avaient gagné l'ensemble de l'organisation, cela aurait constitué une menace pour elle.  Mais nous avons toujours affirmé que ces divergen­ces sont parfaitement compatibles au sein d'une mê­me organisation et ne devaient pas compromettre un travail commun. Telle n'est pas la conception de la "fraction" qui, à l'image des mencheviks, veut de plus nous faire porter la responsabilité de la séparation organisationnelle. Lorsque le milieu politi­que prolétarien sérieux prendra connaissance des questions de fond qui, selon la "fraction", inter­disent un travail commun, il ne pourra que se de­mander quelle mouche a piqué ces camarades. De même, que pourront penser les ouvriers qui auront entre leurs mains deux tracts ou deux journaux qui, sur les questions essentielles auxquelles ils se con­frontent : la nature de la crise, l'attaque de la bourgeoisie, le rôle de la gauche et des syndicats, la nécessité d'étendre, d'unifier et d'auto organiser leurs luttes, les perspectives de celles-ci, diront la même chose ? Ils ne pourront qu'en con­clure que les révolutionnaires (ou certains d'entre eux) sont des gens bien peu sérieux.

Le sectarisme est le corollaire de "l'esprit de, cercle", de l'individualisme, de l'idée que "bou­gnat est maître chez soi". Tout cela, les camarades de la "tendance" l'avaient appris au sein du CCI au cours des multiples combats que nous avions menés contre le sectarisme qui pèse sur le milieu poli­tique prolétarien actuel.

C'est en particulier pour tenter de masquer leur sectarisme fondamental, parce qu'ils savent bien, eux qui se réclament du "vieux CCI", que les diver­gences de fond qui les séparent du CCI n'ont jamais motivé pour nous une rupture organisationnelle, qu'ils ont inventé toutes les fables abracadabran­tes, tous les mensonges odieux et imbéciles dont  ils couvrent aujourd'hui notre organisation.

La "fraction" accuse le CCI de "monolithisme". Rien n'est plus absurde. En réalité, c'est la "frac­tion" qui est "monolithique", comme toutes les sec­tes : à partir du moment où on estime que n'impor­te quelle divergence surgissant dans une organisa­tion ne peut aboutir qu'à la scission, c'est qu'on (refuse l'existence de telles divergences au sein de cette organisation : c'est le propre du monolithis­me. D'ailleurs ce monolithisme se manifeste déjà dans P.I. : aucun des articles n'est signé comme s'il ne pouvait exister la moindre nuance en son sein (alors que nous savons que c'est tout le con­traire qui est vrai).

2°) L'absence du sens des responsabilités face aux exigences de la lutte de classe.

Les mencheviks avaient entrepris tout leur tra­vail scissionniste à la veille de la première ré­volution en Russie, le  PQSDR se trouvait on ne peut plus mal armé pour l'affronter. Lénine n'a cessé de dénoncer le tort que portaient les agissements irresponsables des mencheviks à l'impact des idées révolutionnaires et à la confiance que les ouvriers pouvaient accorder au Parti. C'est également à ce moment crucial pour la lutte de classe que les cama­rades de la "tendance" choisissent de disperser les forces révolutionnaires. Ils peuvent raconter tout ce qu'ils veulent dans P.I. sur "l'importance dé­terminante de l'intervention des révolutionnaires à l'heure actuelle", leurs actes démentent leurs paroles. Ce qu'ils prouvent en réalité c'est que leurs intérêts de cercle et de secte priment sur les intérêts généraux de la classe ouvrière. Face aux exigences que la période actuelle impose aux révolutionnaires, ils font preuve d'une irresponsa­bilité bien plus grande encore que celle que le CCI a depuis longtemps dénoncée chez les autres grou­pes.

LES PERSPECTIVES DE LA "FRACTION"

Marx constate dans "Le 18 brumaire" que si l'his­toire se répète, c'est la première fois sous forme de tragédie et la seconde fois sous forme de farce. Les événements de 1903 dans le POSDR étaient une tragédie dans le mouvement ouvrier. Les aventures de la "tendance" ressemblent beaucoup plus à une farce, ne serait-ce que par le fait de l'extrême faiblesse numérique de cette formation. On retrou­ve tant de ressemblances entre la démarche de la "tendance" et celle des mencheviks qu'on ne peut s'empêcher de faire le constat qu'il s'agit là d'un danger permanent au sein du mouvement ouvrier. Mais en même temps il y a bien peu de chances pour que la "fraction" joue un jour un rôle comparable à celui des mencheviks : se transformer en dernier rempart de la bourgeoisie au cours de la révolu­tion, s'allier avec les armées blanches. Il est très probable qu'au moment de la révolution, la "fraction" aura disparu, que ses militants se se­ront depuis longtemps dispersés dans la démoralisa­tion ou que, comprenant leurs erreurs, certains d'entre eux, auront repris une activité révolutionnaire responsable (comme ce fut le cas de Trotski qui, en 1903, s'était trouvé avec les mencheviks). Mais en attendant, la "fraction" joue un rôle es­sentiellement néfaste face à la classe.

D'une part, par son sectarisme, elle tend à ren­forcer la méfiance très forte qui existe aujourd'hui au sein de la classe ouvrière, y compris par­mi les ouvriers les plus combatifs, à l'égard des organisations révolutionnaires.

D'autre part, en prétendant défendre la plate­forme du CCI, elle porte un tort important aux idées de cette plateforme. Une défense sectaire et irresponsable des principes révolutionnaires clairs et cohérents est bien pire encore qu'une défense conséquente de positions révolutionnaires moins élaborées ou moins cohérentes. Elle ne fait que détourner de cette clarté et de cette cohérence les éléments en recherche qui sont dégoûtés par le comportement irresponsable de ceux qui prétendent s'en faire les porte-parole. D'ailleurs, l'expérience montre, qu'à terme, cette défense irrespon­sable se répercute nécessairement sur les principes eux-mêmes comme ce fut le cas des mencheviks qui ont progressivement tourné le dos au programme qu'ils avaient adopté en 1903 avant leur scission d'avec les bolcheviks.

Enfin, la comparaison que la FECCI établit entre elle et la fraction de gauche du Parti Communiste d'Italie ne peut que discréditer les énormes apports de cet organisme dans le mouvement ouvrier. Jusqu'à la seconde guerre mondiale, "Bilan, "Prometeo", "Communisme" sont un exemple de fermeté sur les principes révolutionnaires face aux reniements successifs des autres organisations prolétariennes emportées par la chape de la contre-révolution. Ils sont ainsi un exemple de sérieux, de sens des responsabilités au niveau le plus élevé. C'est sur ces mêmes bases, et en suivant son exemple, que le CCI a en permanence essayé de développer son acti­vité militante. La "fraction" avait lutté jusqu'au bout au sein du Parti communiste dégénérescent pour tenter de le redresser. Elle ne l'avait pas quitté mais en avait été exclue comme la grande majorité des fractions révolutionnaires de 1'histoire. Elle a, en particulier, élaboré un apport inestimable sur la question de la lutte et du rôle d'une fraction communiste. Ce sont justement ces enseignements fondamentaux que la FECCI jette par la fenêtre en quittant le CCI et en usurpant le terme de "fraction", en créant cette nouveauté historique de "fraction (ce qui veut dire "partie de quelque chose") externe" sans jamais avoir développé un tra­vail de fraction interne ou même de véritable ten­dance. Nous avons souvent écrit dans notre Revue que la caricature de Parti que constituait le PCI-Programme ridiculisait l'idée même de parti. La ca­ricature de fraction que représente la FECCI ridi­culise l'idée même de fraction.

Du point de vue des intérêts de la classe ouvriè­re, la FECCI n'a aucune raison d'exister. Bien au contraire. A propos du "Communist Bulletin Group" qui avait quitté le CCI en 81 en gardant une par­tie de ses fonds, nous écrivions :

"Que représente le CBG face au prolétariat ? Une version provinciale de la plateforme du CCI avec la cohérence en moins et le vol en plus." (Revue n°36).

Pour la FECCI, le vol n'y est pas, mais le secta­risme et l'irresponsabilité font bon poids. Comme à l'égard du CBG, nous pouvons conclure à propos de la FECCI : "voilà un autre groupe dont l'exis­tence est parasitaire" (Ibid.).

La meilleure chose que nous puissions souhaiter pour la classe ouvrière, de mené d'ailleurs que pour les camarades qui la composent, c'est la dis­parition la plus rapide possible de la FECCI.

F.M.



[1] La Revue Internationale n°44, dans l'article consacré au 6ème Congrès du CCI, rend compte du départ de ces camarades et de leur constitution en "Fraction". Le lecteur pourra s'y reporter, ainsi qu'aux articles publiés dans les Revues n°40 à 43 reflétant l'évolution du débat au sein du    CCI.