6eme Congres du CCI

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

Début novembre, s'est tenu le 6ème congrès du Courant Communiste International. Le congrès est l'instance suprême d'une organisation communiste. C'est au congrès que l'ensemble de l'organisation fait un bilan de ses activités durant toute la pé­riode écoulée depuis le précédent congrès, qu'elle se prononce sur la«validité des orientations défi­nies par ce dernier tant au plan de l'analyse de la situation internationale qu'au plan des perspecti­ves d'activité qui en découlent pour l'organisation elle-même. Ce bilan permet que soient tracées à leur tour des perspectives sur ces deux plans pour la période allant jusqu'au prochain congrès. Il est clair que ce n'est pas seulement à l'occasion du congrès que l'organisation se préoccupe et discute de l'évolution de la situation internationale et de ses propres activités. C'est de façon permanente qu'elle réalise ce travail afin d'être à chaque riment en mesure d'assumer le mieux possible ses responsabilités au sein du combat de classe. Mais ce qui distingue les travaux du congrès des autres réunions régulières qui se tiennent au sein de l'organisation c'est qu'à cette occasion c'est toute l'organisation qui se prononce collectivement et de façon directement unitaire sur les orienta­tions générales et essentielles constituant le cadre au sein duquel vont se développer et s'articu­ler toutes ses activités. En d'autres termes, ce qui distingue les congrès c'est qu'ils doivent se confronter aux enjeux primordiaux de toute la vie de l'organisation.

Quels étaient les enjeux de ce 6ème congrès du CCI ?

LES ENJEUX DU CONGRES

L'organisation révolutionnaire n'existe pas par elle-même ni pour elle-même. Sécrétion de la clas­se révolutionnaire, elle ne peut exister que comme facteur actif dans le développement de la lutte et de la conscience de celle-ci. En ce sens, les en­jeux de ce congrès pour le CCI étaient directement tributaires des enjeux de 1'évolution présente de la lutte de classe. Or ces derniers enjeux sont considérables. Face à un système capitaliste qui s'enfonce de plus en plus et de façon irréversible dans sa crise mortelle, crise dont l'unique abou­tissement sur le terrain de ce système ne peut être qu'une troisième guerre mondiale qui détrui­rait l'humanité, la lutte du prolétariat, sa capa­cité de mobilisation sur son propre terrain de classe, constitue le seul obstacle en mesure de s'opposer à un tel aboutissement comme nous l'avons souvent mis en évidence et comme nous le rappelons dans l'éditorial de ce numéro de la Re­vue. Si aujourd'hui la crise du capitalisme n'a pas débouché sur un holocauste généralisé, c'est dû fondamentalement à la reprise historique des com­bats de classe depuis la fin des années 60, une reprise, qui, malgré des moments de repli et de déboussolement provisoires de la classe, ne s'est jamais démentie. Ainsi, alors que le 5ème congrès du CCI eut notamment pour tâche de comprendre et d'analyser le recul de la classe au niveau mondial qui avait permis et suivi sa défaite de 1981 en Pologne, le 6ème congrès s'est tenu par contre deux ans après le début d'une nouvelle vague de luttes qui a touché la plupart des pays industria­lisés et notamment tous ceux d'Europe occidentale. Cette vague de luttes (la 3ème depuis 1968) se situe à un moment crucial de la vie de la société.

Elle se situe au milieu d'une décennie dont notre organisation a démontré en de multiples reprises la gravité des enjeux, une décennie où la "réalité du monde actuel se révélera dans toute sa nudité", où "se décidera pour une bonne part l'avenir de l'humanité" (Revue Internationale n° 20, "Années 80, les années de vérité"). C'est dire toute l'im­portance de la question centrale à laquelle était confronté notre 6ème congrès : comment armer notre organisation face à la 3ème grande vague de luttes depuis la reprise historique de 1968 et qui prend place au milieu d'une décennie aussi décisive, comment faire pour que le CCI soit non un simple observateur, même avisé, ou même un "supporter" enthousiaste des combats menés par la classe, mais, comme c'est sa responsabilité, un acteur du drame historique qui se joue, partie prenante de ces combats ?

S'ils étaient en premier lieu déterminés par la situation mondiale et particulièrement par l'évo­lution de la lutte de classe, les enjeux du 6ème congrès du CCI résultaient également de la situa­tion particulière dans laquelle s'est trouvée no­tre organisation durant ces dernières années. En effet, si elle est un produit historique du mouve­ment de la classe révolutionnaire vers sa prise de conscience, l'organisation communiste n'en est pas un produit mécanique ou immédiat. La classe se donne des organisations communistes pour répondre à un besoin : participer activement à l'élabora­tion, l'approfondissement et la diffusion dans l'ensemble de la classe de la théorie et des posi­tions révolutionnaires, mettre en avant de façon claire les buts ultimes de son mouvement et les moyens pour y parvenir, mener un combat permanent et acharné contre toutes les facettes de l'idéolo­gie dominante qui pèse de façon constante sur l'ensemble de la classe et tend à paralyser son combat. C'est là un mandat que la classe confie aux organisations révolutionnaires mais dont il n'est pas donné a priori qu'elles pourront s'acquitter au mieux, à chaque moment de leur existen­ce. Au même titre que la classe dont elles consti­tuent une partie, celles-ci, ainsi que leurs mi­litants, sont soumises à la pression permanente de l'idéologie de la classe dominante, et si elles sont mieux armées que le reste du prolétariat pour y résister, la menace n'en existe pas moins pour elles d'un affaiblissement de leur résistance et, en fin de compte, de l'incapacité d'accomplir les tâches pour lesquelles elles ont surgi. C'est ain­si que la gravité des enjeux des années 80 consti­tuait pour l'ensemble des organisations du milieu révolutionnaire un défi considérable que ce milieu a éprouvé les plus grandes difficultés à relever. Les "années de vérité" pour l'ensemble de la so­ciété l'étaient également pour les organisations révolutionnaires et les convulsions qui ont marqué la situation mondiale dès le début de cette décennie tant au plan des conflits impérialistes (com­me l'Afghanistan) qu'au plan des luttes de classe (comme en Pologne) , se sont répercutées par des convulsions importantes au sein du milieu révolu­tionnaire qui s'était développé avec la reprise historique de la classe dès la fin des années 60. Cette crise du milieu révolutionnaire que nous avons signalée et analysée à plusieurs reprises dans cette Revue ([1]) n'a pas épargné le CCI lui-même comme nous l'avons mis en évidence. La confé­rence extraordinaire du CCI de janvier 82 devait représenter un moment important du ressaisissement de notre organisation et son 5ème congrès (juillet 83) pouvait, avec raison, tirer un"bilan positif de la façon dont le CCI fait face à cette crise" (Présentation du 5ème congrès dans la Revue n°35). Mais, comme nous l'avons constaté par la suite (cf. notamment l'article de la Revue n°42, "Les glisse­ments centristes vers le conseillisme"), si ce re­dressement était "effectif", il était encore "in­complet". C'est ce que constate dans sa partie bi­lan la résolution d'activités adoptée au 6ème con­grès :

"1. Le 5ème congrès du CCI, en juillet 83, a réaffirmé à juste titre la validité du cadre géné­ral de redressement organisationnel et politique assumé par la conférence extraordinaire de 1982 en riposte à la crise qui avait secoué le CCI au dé­but  des années 80, comme 1 'ensemble du milieu ré­volutionnaire,  face aux enjeux des années de véri­té.

Cependant le 5ème congrès, en laissant subsister des flous sur la compréhension de la situation in­ternationale, en particulier sur les perspectives immédiates de la lutte de classe (sur un long re­cul du prolétariat, 1 'attente d'un saut qualita­tif) n'a pas donné, dans  la  résolution  d'activi­tés, d'orientation,  d'intervention  dans le surgissement pourtant prévisible de luttes ouvrières fa­ce à 1 'accentuation  des attaques de la bourgeoisie.

La consigne ‘faire moins mais mieux’ ([2]) au  lieu d'être clairement posée et comprise comme la con­solidation et la préparation de 1'organisation en vue d'explosions inévitables de la lutte de classe dans les deux années suivant le congrès, a été conçue et perçue comme reconduisant  le même  'repli dans l'ordre' de la conférence extraordinaire de 1982. Le CCI restait ainsi en partie tourné vers la période de déboussolement du prolétariat  alors que la prise en compte des caractéristiques géné­rales de la lutte de classe en période de décaden­ce et  1'analyse des conditions présentes détermi­naient  la reconnaissance de la sortie de ce déboussolement et de la reprise des luttes  ou­vrières, ce qui s'est  confirmé trois mois à peine après le congrès par 1 'irruption des grèves en Belgique en septembre 1983.

2. Au cours des deux années écoulées, le CCI s'est donc affronté au rattrapage de ces faiblesses, et notamment celles du mandat qu'il s'était donné au 5ème congrès, réajustant 1'orientation de celui-ci pour hisser son activité à la hauteur des exi­gences posées aux révolutionnaires par le mouve­ment d'accélération de 1'histoire sur  tous les plans qui  conditionnent 1'évolution de la société vers des affrontements de classe décisifs' ([3]) et, en particulier pour assurer une intervention  conséquente dans la  reprise générale des combats de classe.

Face aux retards et aux positions erronées dans la compréhension des événements après le congrès le CCI (...) a commencé à réajuster ses orienta­tions, soulignant le rythme plus rapide de 1'évo­lution de la situation internationale, dégageant 1'idée de 1'accélération de 1'histoire en donnant la signification des événements face aux retards dans les analyses et en rejetant  les conceptions erronées tendant à amoindrir  a responsabilité de 1'organisation."

Le 6ème Congrès du CCI, se devait donc, en vue d'élever l'organisation à la hauteur des responsa­bilités qui sont les siennes dans le moment pré­sent, de consolider tous les acquis auxquels nous étions parvenus dans les années précédentes sur les différents plans évoqués dans la résolu­tion d'activités. Il se devait en particulier de tourner résolument le dos aux hésitations, aux tergiversations, aux tendances conservatrices qui s'étaient manifestées face à l'effort développé par l'organisation en vue de parvenir à ces acquis et qui avaient trouvé dans la minorité constituée en tendance en janvier 85 leur expression la plus accentuée pour ne pas dire la plus caricaturale. Il se devait, en ce sens, de se prononcer claire­ment non seulement sur les perspectives de la si­tuation internationale, de la lutte de classe et de l'intervention que celle-ci requiert de notre part, mais également sur les questions essentiel­les qui avaient été longuement débattues dans l'organisation tout au long de cet effort, débat que nous avions rendu public dans les colonnes de notre Revue Internationale (cf. Revue n°40, 41, 42 et 43) et qui portait principalement sur :

-      la reconnaissance de glissements centristes vers le conseillisme au sein du CCI ;

-      l'importance du danger de conseillisme pour la classe et ses organisations révolutionnaires dans la période présente et à venir ;

-      la menace que fait peser sur ces dernières, aujourd'hui autant ou plus que par le passé, l'opportunisme et notamment sa variante centriste.

Voilà quels étaient les enjeux et les exigences du 6ème congrès du CCI. Dans quelle mesure a-t-il su y répondre ?

LES DISCUSSIONS ET LES TEXTES DU 6ème CONGRES

L'analyse de la situation internationale

Les lecteurs de notre Revue ont pu constater que c'est de façon permanente que le CCI examine la situation internationale. Aussi ne revenait-il pas au 6ème congrès la tâche de traiter tous les as­pects de celle-ci mais de se concentrer sur les aspects les plus importants, les plus récents et déterminant le plus directement les tâches de no­tre organisation. Il se devait en particulier de souligner les enjeux majeurs de la période et no­tamment face à toute une série de campagnes idéo­logiques de la bourgeoisie tendant à "montrer" :

-      que l'économie capitaliste se porte mieux, qu'elle est en "convalescence" ;

-      que grâce à la sagesse des dirigeants des grandes puissances, les tensions entre celles-ci se sont atténuées ;

-      que la classe ouvrière lutte de moins en moins, qu'elle a "compris" la nécessité de se montrer "raisonnable" pour favoriser la sortie de la crise.

La résolution adoptée par le congrès, et que nous publions à la suite, réfute - au même titre que les rapports présentés à ce congrès et sur lesquels elle est basée- ces différents mensonges. Reconnaître les principaux enjeux de la période présente cela consiste en particulier à mettre en évidence :

-      l'impasse totale dans laquelle se trouve l'éco­nomie capitaliste et la barbarie dans laquelle elle plonge toute la société (points 2 à 5) ;

-      l'aggravation inéluctable des tensions impéria­listes et le caractère mensonger de tous les dis­cours de paix (points 6 à 8) ;

-  que "la clé de toute la situation  historique est entre les mains de la classe ouvrière" (point 9) ; que "la situation présente recèle d'énormes potentialités de surgissements prolétariens de très grande envergure" et qu'"il importe que les révolutionnaires soient particulièrement vigilants face aux potentialités de la période présente et, en particulier, qu'ils ne sous-estiment pas ces potentialités" (point 15).

La mise en évidence des enjeux de la lutte de classe s'appuie donc, en premier lieu, sur la capa­cité à réfuter tous les mensonges sur la "passivi­té" de la classe ouvrière (les points 9, 10 et surtout 11 y sont consacrés), mais également sur une analyse des caractéristiques présentes du dé­veloppement de cette lutte (notamment aux points 10 et 13) et des multiples pièges tendus par la bourgeoisie et en particulier ses syndicats pour la paralyser (points 12 et 13). Elle repose enfin sur une analyse claire du phénomène du chômage comme un aiguillon majeur du combat de classe :

L'examen du développement de la lutte de classe devait occuper la plus grande part des discussions sur la situation internationale (la moitié de la résolution y est consacrée). C'était la traduction de toute l'importance que le CCI accorde à cette question en vue d'intervenir du mieux possible, avec ses forces encore bien faibles, dans cette lutte afin que s'en dégagent toutes les potentia­lités qu'elle recèle.

L'intervention du CCI

La nécessité de l'intervention des révolution­naires imprègne la résolution sur la situation in­ternationale qui se termine sur ce point :

"C'est notamment à travers cette intervention, si elle est capable de mettre en avant des pro­positions de marche correspondant  aux besoins de la classe, que les révolutionnaires feront la preuve concrète auprès des ouvriers de la nécessi­té d'une organisation révolutionnaire jetant ainsi les bases du futur parti  de la  révolution  communis­te. " (point 15) .

Mais elle est surtout au centre de la résolution d'activités adoptée au congrès :

"L'intervention dans la lutte de classe basée sur des revendications de classe doit  être la priorité du CCI. Cette présence politique de 1'or­ganisation par 1'intervention, sur le terrain de classe, sur la défense des intérêts immédiats des ouvriers face aux attaques du capital, par les mo­yens de lutte propres à la classe ouvrière (grè­ves, manifestations, réunions, assemblées, groupes ouvriers, comités de chômeurs) est non seulement possible, mais elle est nécessaire et a une influ­ence parmi les ouvriers, que ce soit formellement les syndicats qui appellent ou non, que les ou­vriers y soient présents en masse ou en petit nom­bre. C'est  la condition pour que l'organisation remplisse en pratique la  tâche pour laquelle elle existe dans la  classe ouvrière, pour qu'elle soit capable de dénoncer les caricatures de lutte des syndicats et leur stratégie de démobilisation que sont les opérations médiatiques, les ‘actions-commando' , les délégations et pétitions syndica­les, les 'revendications' corporatistes et natio­nalistes, pour qu'elle soit capable de mettre en avant  des propositions concrètes de marche pour pousser à la réflexion, l'unité, l'action collec­tive de la classe, à chaque moment et dans chaque lieu de la défense des intérêts ouvriers.

Cette maîtrise [du cadre organisationnel en vue de 1'intervention] suppose la conviction que ces deux années  à venir vont voir surgir des explo­sions de la lutte de classe, que nous n'avons pas les réponses toutes  faites aux problèmes nouveaux qui vont surgir mais que la fermeté sur ce que nous avons acquis est la condition pour être à la hauteur de la situation. L'organisation doit être prête à tout instant à un embrasement possible de la lutte de classe, ce qui implique de participer à chaque moment qui annonce, prépare et rapproche des mouvements de grande ampleur dont elle a besoin pour remplir sa mission historique."

C'est donc de façon particulièrement déterminée que le congrès a confirmé et renforcé l'engagement de l'organisation vers une intervention de plus en plus active au sein des luttes ouvrières, une in­tervention qui soit à la hauteur de 1'importance de celles-ci. Il a confirmé cette orientation par l'adoption d'une résolution spéciale sur la pres­se du CCI qui précise notamment que :

"La presse demeure le principal instrument d'in­tervention de1'organisation et elle se situe donc au centre de notre effort pour développer les mo­yens de participation active au combat de classe. Même si 1'intervention par tracts et les prises de parole deviennent partie intégrante du travail  ré­gulier de 1 'organisation, cela  ne diminue en  rien 1'importance de la presse, au contraire. Celle-ci incarne la continuité de notre intervention  et constitue l’outil indispensable qui permet  de re­placer chaque intervention dans un cadre plus lar­ge, donnant les dimensions historiques et mondia­les de chaque combat."

Enfin, à l'image du 5ème congrès qui avait adop­té une "Adresse aux groupes politiques proléta­riens" (Revue n°35), le 6ème congrès s'est à nou­veau penché sur cette question en considérant no­tamment "que 1 'orientation actuelle vers  1'accé­lération  et  le renforcement  de  1'intervention du CCI dans la lutte de classe est également valable et doit être appliquée rigoureusement dans notre intervention envers  le milieu."  La résolution adoptée affirme notamment que :

Le CCI  [...] doit se préoccuper  d'utiliser plei­nement la dynamique positive de la situa­tion actuelle de lutte afin de pousser le milieu de l'avant et d'insister sur une intervention  clai­re et déterminée des organisations révolutionnai­res dans ces luttes.(...)

Afin  de faire  le meilleur usage de ces potentia­lités qui sont à leur tour simplement une concré­tisation du fait que la période de lutte pour la formation du parti est ouverte, il est nécessaire de mobiliser les forces de tout le CCI afin d'oeu­vrer au mieux à la défense du milieu politique, ce qui passe par (...) une attitude déterminée pour participer au regroupement des révolutionnai­res, à leur unité."

Si 1'importance et les modalités de l’interven­tion du CCI dans les luttes ouvrières ont mobili­sé beaucoup d'attention et d'effort au 6ème con­grès, la capacité politique de l'organisation con­ditionnant cette intervention a également été une préoccupation centrale. C'est ainsi que le danger que représente le conseillisme pour l'ensemble de la classe et pour ses organisations politiques a été clairement mis en avant tant dans la résolu­tion sur la situation internationale (point 15) que dans la résolution sur les activités qui pré­cise que :

"Ce danger qui  remet en question la capacité de l'organisation  'être un facteur actif dans les luttes quotidiennes de la classe, ne peut être combattu que si 1 'organisation  développe  et  ren­force de manière constante sa clarté politique et sa volonté militante".

Mais cette préoccupation d'armer politiquement l'organisation ne s'est pas arrêtée là. Elle a donné lieu à la discussion d'une résolution parti­culière "sur l'opportunisme et le centrisme dans la période de décadence" et d'une contre-résolu­tion présentée par une minorité du CCI "sur le cen­trisme et les organisations politiques du proléta­riat", toutes deux publiées dans cette Revue.

L'opportunisme et le centrisme

La reconnaissance de la permanence du phénomène historique de l'opportunisme dans la période ae décadence du capitalisme fait partie intégrante du patrimoine politique de la gauche communiste qui s'est dressée contre la dénégénérescence de 1'In­ternationale Communiste, justement au nom de la lutte contre l'opportunisme et le centrisme.

Le CCI a éprouvé à ses débuts quelques difficul­tés à se réapproprier cet acquis. Mais dès son 2ème congrès (1977) c'était chose faite pour l'en­semble de l'organisation avec la "Résolution sur les groupes politiques prolétariens" (Revue Internationale n°11). La remise en cause de cet ac­quis par certains camarades de la minorité qui al­lait se constituer en "tendance" participait donc d'une régression contre laquelle le CCI a engagé le combat à travers une longue discussion que no­tre Revue a répercutée, notamment dans ses numéros 42 et 43. La richesse de ces débats, l'approfon­dissement des acquis qu'ils ont permis et qui ren­forcent notre organisation contre les menaces permanentes de l'opportunisme et du centrisme, ont trouvé leur conclusion logique au congrès par l'a­doption de la "Résolution sur l'opportunisme et le centrisme dans la période de décadence" et le rejet de la contre-résolution. Pour l'essentiel, cette dernière reprend les arguments figurant dans l'ar­ticle "Le concept du 'centrisme' : le chemin de l'abandon des positions de classe" publié dans la Revue n°43 et auxquels le CCI a déjà apporté une réponse dans ce même numéro ("Le rejet de la no­tion de centrisme : la porte ouverte à l'abandon des positions de classe"). C'est pour cela qu'il n'est pas nécessaire de revenir ici sur la criti­que de ces arguments sinon pour souligner que les conceptions mises en avant par cette contre-réso­lution conduisent à la fois à un sectarisme total ("en dehors des organisations défendant sur tous les points un marxisme intransigeant il n'y a que la bourgeoisie") et à la fois, même si elle s'en défend, à amoindrir la vigilance de l'organisa­tion contre la principale des formes de pénétra­tion de l'idéologie bourgeoise.

L'adoption par le congrès de la résolution s'est accompagnée de l'adoption d'une courte résolution indiquant la nécessité pour le CCI de rectifier sa plate-forme. En effet, le degré de clarté qui s'é­tait fait dans les débats et que la résolution ré­sume, avait fait apparaître la nécessité d'une telle rectification en particulier sur la question des conditions de passage des partis ouvriers (PS et PC) dans le camp bourgeois. Cette rectification était d'ailleurs prévue à l'ordre du jour et des amendements avaient été préparés depuis plusieurs mois. Mais si les débats du congrès ont fait la preuve d'une grande clarté autour de la résolution elle-même, ils ont fait apparaître une maturité encore incomplète sur les formulations qu'il con­venait d'insérer dans la plate-forme. Partant de ce constat, et conscient du fait que sur la question primordiale de l'opportunisme et du centrisme -laquelle a des implications immédiates sur la vie de l'organisation- celle-ci s'était solidement ar­mée avec la résolution, le congrès a décidé de re­porter au prochain congrès la rectification de la plate-forme.

Par contre, le congrès a adopté plusieurs amende­ments aux statuts permettant, dans le même esprit qui est le leur et qui s'exprime dans le "Rapport sur la structure et le fonctionnement de l'organi­sation des révolutionnaires" (Revue n°33), de pré­ciser certains points et de fermer en particulier la porte à toute idée que l'organisation pourrait fonctionner sur la base de groupes de travail comme c'était le cas dans la gauche hollandaise. Cette précision était devenue nécessaire dans la mesure où, entraînés par leurs glissements conseillistes, les camarades minoritaires s'étaient acheminés, sans le reconnaître, vers une telle conception.

Le déboussolement de ces camarades sur les ques­tions organisationnelles devait d'ailleurs se tra­duire lors du congrès par leur départ de celui-ci et de l'organisation.

LA DESERTION DE LA "TENDANCE"

Dans l'article de la Revue n°43 en réponse à l'article de la "tendance", nous mettions ces cama­rades en garde contre le danger d'être "broyés par les engrenages de la démarche centriste qu'ils ont adoptée". Leur attitude lors du congrès a mon­tré que la mise en garde n'était pas vaine. En ef­fet, face aux affirmations de certains membres de cette "tendance" sur leur prochain départ de l'or­ganisation, le congrès a d'emblée demandé aux ca­marades qui en faisaient partie ce qu'il en était de leur engagement militant dans l'organisation. En effet, il est parfaitement concevable qu'une minorité (ou une majorité) d'une organisation se présente à un congrès en annonçant la nécessité d'une scission et demande que soit immédiatement mise aux voix la question qui la motive : c'est ainsi qu'a agi la majorité de la SFIO au congrès de Tours en 1920 et la minorité du PSI au congrès de Livourne en 1921 sur la question de l'adhésion à l'Internationale Communiste. Mais telle n'a pas été l'attitude de la "tendance" qui, afin de ne pas mettre en évidence les désaccords existant en son sein entre ceux qui voulaient se retirer et ceux qui voulaient rester des militants du CCI, a préféré escamoter la question qui lui était posée. Voici comment, dans une résolution adoptée à l'unanimité des délégués présents, le congrès a pris position sur l'attitude de la "tendance" :

"Considérant  que :

- la tendance s'est présentée au 6ème congrès en posant un ultimatum inacceptable selon lequel elle pourrait mettre  en  question  son  appartenance à 1’organisation au cas où celle-ci  adopterait  les orientations présentées par 1'organe central sor­tant ; la  tendance a refusé de répondre à la demande du congrès qu 'elle se prononce clairement sur son engagement militant dans 1'organisation  à la suite du congrès, le congrès  a  demandé à la tendance de  se retirer afin de réfléchir, préparer et fournir une réponse à la  séance suivante.

Au lieu de cela, la tendance et deux camarades de 1'organisation, tout en faisant parvenir une déclaration au présidium du congrès prétendant être exclus du congrès et affirmant continuer à faire partie de 1'organisation, ont quitté défini­tivement le congrès sans même 1'en  avertir.

Malgré  1'adoption par  le  congrès  d'une  résolu­tion  exigeant  leur retour,  malgré que  cette réso­lution  leur  ait  été  communiquée par  téléphone, la tendance  et  les  deux camarades ont refusé de reve­nir s'expliquer au  congrès, se contentant d'une déclaration mensongère présentant  leur attitude comme une 'exclusion  de  la  tendance  des  travaux du  congrès'.

Face à cela, le congrès considère que 1'attitude de la tendance et des deux camarades

-   premièrement traduit un mépris du congrès et de son caractère de moment d'action militante de 1'organisation ;

-   deuxièmement, constitue une véritable désertion des responsabilités qui sont celles de tout militant de l'organisation."

Après le congrès, le CCI a reçu des camarades de la "tendance" une déclaration où est renouvelée l'affirmation mensongère suivant laquelle elle au­rait été exclue du congrès. Aux termes de la dé­claration, cette prétendue "exclusion" marque de "façon irrévocable la dégénérescence de la vie in­terne du CCI" et en conséquence la "tendance" dé­cide de se "constituer en fraction à 1'extérieur du cadre organisationnel du CCI" afin notamment de "représenter la continuité  programmatique et organique avec le pôle de regroupement que fut le CCI, avec sa plateforme et ses statuts qu'il a cessé de défendre".

Ainsi, le milieu politique prolétarien déjà lourdement marqué par le sectarisme et la disper­sion vient-il de "s'enrichir" d'un nouveau groupe basé sur la même plateforme que celle du CCI. La trajectoire lamentable de cette "tendance" qui réalise une "première historique" en se constituant en "fraction" (qui veut dire "partie de") après son départ de l'organisation d'origine, qui a be­soin des mensonges les plus grossiers pour justi­fier ses contorsions, traduit bien le danger que représente la constitution d'une "tendance" sur des bases inconsistantes comme nous le signalions dans la Revue n°42 :

"... le CCI considère qu'il ne s'agit pas là d'une véritable  tendance présentant une orienta­tion alternative positive à celle de 1'organisa­tion, mais d'un  rassemblement de camarades dont le véritable ciment n'est ni la  cohérence de leurs positions, ni une profonde conviction de ces posi­tions, mais une démarche contre les orientations du CCI dans son combat  contre le conseillisme."

Le réel dévouement, le sincère engagement mili­tant d'un certain nombre de camarades de la "ten­dance" n'y a rien pu : dès lors qu'ils se sont laissés happer par la dynamique aberrante de cel­le-ci, ils ont fini par s'aligner sur les éléments qui étaient fatigués de militer et qui cherchaient le moindre prétexte, même le plus fallacieux, pour se désengager tout en "sauvant la face".

Tout au long de l'existence des organisations communistes, celles-ci ont perdu de leurs mili­tants. A certains moments de l'histoire, comme au cours de la terrible contre-révolution des années 30 à 50, cette perte constituait un phénomène tra­gique qui a pu venir à bout des organisations el­les-mêmes. Aujourd'hui, la situation est toute au­tre et le départ des camarades de la "tendance" ne saurait compromettre la capacité du CCI à faire face à ses responsabilités tout comme il n'a pas empêché le 6ème congrès d'assumer les taches qu'il s'était données.

EN CONCLUSION. . .

Après plusieurs jours de débats intenses, où se sont exprimées les délégations de toutes les sec­tions territoriales qui composent le CCI, où ont été examinés, discutés et mis aux voix différents rapports, résolutions et de nombreux amendements, il nous faut donc considérer que le 6ème congrès du CCI a globalement atteint les objectifs qu'il s'était fixés, qu'il a valablement armé l'organi­sation face aux enjeux de la période présente. Les années qui viennent jugeront de la validité d'une telle appréciation, elles montreront en particulier si l'analyse dont s'est doté le CCI sur la situa­tion internationale et notamment sur l'évolution de la lutte dardasse est bien conforme à la réa­lité, ce que contestent la plupart des autres groupes révolutionnaires. Mais dès à présent, les résolutions que nous publions dans ce numéro de la Revue Internationale font la preuve que le CCI s'est engagé dans une direction bien précise, laissant le moins possible la porte ouverte à tou­te ambiguïté (comme c'est le cas malheureusement de la part de beaucoup de ces groupes) , une direc­tion qui, sur la base de l'analyse des énormes po­tentialités de combat qui mûrissent et se dévelop­pent dans la classe, exprime la ferme volonté d'être à la hauteur de ces combats, d'en être par­tie prenante et de contribuer activement à leur orientation vers l'issue révolutionnaire.

F.M.



[1] Voir notamment les n°28, 32 et 36

[2] Figurant  dans la résolution d'activités du 5ème congrès du CCI (cf. Revue Internationale n°35)

[3] Résolution d'activités du 6ème congrès de RI, juillet 1984.