Correspondance internationale : en Inde, l'émergence d'un nouveau regroupement communiste

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PRESENTATION

L'effort de prise de conscience du prolétariat s'expri­me nécessairement par l'émergence constante de grou­pes, de minorités qui s'organisent pour participer au développement de cet effort dans l'ensemble de la classe. Plus la lutte de classe se développe, plus la prise de conscience mûrit dans les entrailles de la so­ciété, plus nombreux sont les éléments et groupes qui surgissent. L'apparition d'un nouveau groupement en Inde, dans le cadre des principes fondamentaux de la lutte du prolétariat à notre époque, constitue une ex­pression de cette tendance permanente du prolétariat à la prise de conscience de son être révolutionnaire et de la présente maturation de la conscience de la classe.

Ce groupe s'est baptisé "Communist Internationalist" ([1]) et vient de publier le premier numéro d'un bulle­tin qui :se donne pour tâche de participer à "la clari­fication et au regroupement des éléments et individus à la recherche d'une clarté révolutionnaire". Nous pu­blions ci-dessous les principes de base à travers les­quels ils se définissent pour le moment.

Le fait que ce groupe surgisse en Inde constitue une démonstration éclatante du caractère unitaire du pro­létariat comme classe mondiale, qui défend les mê­mes intérêts et mène le même combat, quelle que soit la diversité des conditions dans lesquelles il. se trouve. Même si le prolétariat des pays sous-développés vit dans des conditions d'isolement national et in­ternational telles qu'il peut difficilement ouvrir la dy­namique de la révolution mondiale ([2]), il n'en est pas moins une partie totalement intégrante de la classe ouvrière mondiale. C'est l'être historique et mondial de la classe qui produit des minorités révolutionnaires. C'est pourquoi, les minorités révolutionnaires du prolé­tariat ne sont pas immédiatement dépendantes de l'expérience du prolétariat là où elles se trouvent, et peuvent surgir dans des pays sous-développés. Le CCI lui-même en est une expression : sa plus ancienne section est née au Venezuela.

Comme le lecteur pourra s'en rendre compte, les po­sitions du CCI ont été un facteur crucial dans la cla­rification du groupe en Inde. Elles lui ont notamment permis de se rattacher à l'expérience historique de la classe, celle des Internationales et des Gauches com­munistes. Sans un rattachement et une compréhension critique de l'expérience historique de sa classe, aucun groupement révolutionnaire ne saurait s'enraciner.

LA RUPTURE AVEC LE GAUCHISME

Les positions du CCI ont servi de pôle de clarification pour les éléments de ce groupe qui, depuis 1982, avaient engagé un processus plus ou moins confus de rupture avec un groupe maoïste ([3]). Elles les ont aides à mener à bien ce processus et à accomplir pleine­ment cette rupture qui est la condition sine qua non d'une évolution positive vers des positions communis­tes. Beaucoup d'analyses du CCI les ont aidés, mais nous voudrions souligner ce qui a constitué la pierre de touche de cette réelle rupture : la question natio­nale.

Dans les pays sous-développés, la mystification la plus importante de la bourgeoisie, celle qui trouve un écho dans la situation de misère de la population et du prolétariat, est le nationalisme, sous toutes ses for­mes, contre "l'impérialisme". C'est derrière ce slogan que les bourgeoisies nationales des pays sous-dévelop­pés, spoliées par les plus grandes puissances, tentent de faire l'unité des mécontentements. Si nous regar­dons la Pologne où se sont déroulés à plusieurs repri­ses de formidables combats du prolétariat, nous de­vons nous rappeler la force du nationalisme anti-russe. Dans les pays d'Amérique Latine, "l'impérialisme yankee" a été dans les années 70 le grand thème de dévoiement de la part des gauchistes, défenseurs des "luttes de libération nationale". En Inde, l'idée de "na­tion opprimée" avec toutes les divisions nationales qui traversent cet Etat constitué tardivement, pèse très fortement. Le mythe de la "nation indienne", "indé­pendante" des grandes puissances impérialistes, est le fer de lance des mystifications de la bourgeoisie, masquant ainsi les caractéristiques de notre époque, à savoir l'impossibilité de tout développement et indé­pendance nationaux, et le réel ennemi du prolétariat : la bourgeoisie mondiale et  nationale.

La "question nationale" n'est pas nouvelle : elle a po­sé beaucoup de problèmes et fait commettre bien des erreurs au mouvement ouvrier ([4]). La compréhension que le terrain prolétarien contient la rupture avec toute forme de nationalisme par le groupe "Communist Internationalist" est l'un des critères majeurs qui nous permet de saluer aujourd'hui son émergence comme expression du prolétariat, comme groupement commu­niste.

Malheureusement, des groupes du milieu révolutionnai­re, Battaglia Comunista (BC) et Communist Workers Organisation (CWO), n'ont pas la clarté des nouvelles énergies qui se dégagent aujourd'hui de la lutte de classe. D'Inde, ils rapportent dans les pages de leur presse, les nouvelles d'un groupe, le Revolutionary Proletarian Party (RPP), dont les camarades de "Com­munist Internationalist" nous disent :

"Nous pensons que leurs efforts (du RPP) pour rom­pre avec le gauchisme ne se sont pas bloqués ; en fait, ils n'ont jamais commencé d'efforts dans ce sens (...) ; sur la question nationale, ils n'ont même pas essayé de rompre avec le nationalisme fa­natique de leur organisation-mère Le moindre in­ternationalisme pour eux est aberrant Développant leur attaque hystérique contre les positions du CCI, dans leur publication en hindi, ils mettent en avant les idées de "socialisme (bien sûr comme 'première étape') 'en un seul pays', de 'nationa­lisme prolétarien', et d'autres positions tout à fait gauchistes ( .) L'enthousiasme de la CWO et ses relations avec le RPP et 1 'UCM ne font que montrer  la  confusion  de  la  CWO  "  (Lettre  du   1/4/85).

Sur cette question, BC et la CWO justifient leurs concessions aux "mouvements nationaux" par les spéci­ficités... "nationales" des pays sous-développés ([5]), et ne voient pas que, ce faisant, ils font le jeu d'une des mystifications les plus pernicieuses dans les pays sous-développés, le nationalisme. Et en fin de compte ils en sont eux-mêmes le jouet. Mais BC et la CWO ne veulent pas nous croire. Le CCI, disent-ils, est indifférentiste, voudrait un prolétariat pur, il est hors du réel...

Voila la force du nouveau groupe "Communist Interna-tionalist". Il est un argument concret, éminemment réel, contre les justifications de BC-CWO à leur op­portunisme envers le gauchisme des RPP et autre UCM. L'arrivée de nouvelles forces aux positions communis­tes est un renforcement de tout le milieu prolétarien, pas seulement en forces numériques, mais aussi en ar­gumentation concrète, pratique.

LES PERSPECTIVES

Comme nous l'avons dit plus haut, la clarté politique pour des éléments qui se sont détachés du gauchisme

et ont traversé tout un processus d'évolution à partir de celui-ci, passe par une claire rupture avec leur passé, et notamment la compréhension du caractère bourgeois du gauchisme. Dans les pays capitalistes avancés, c'est surtout la question du parlementarisme et, de plus en plus, du syndicalisme, qui sont la prin­cipale mystification que l'on doit démasquer dans le gauchisme. Dans les pays sous-développés, c'est avant tout le nationalisme.

Le groupe "Communist Internationalist" a 'accompli cette rupture, et adopté les positions fondamentales du prolétariat dans la période de décadence. Les pers­pectives de discussion pour la clarification des posi­tions communistes qu'ils se donnent dans leur déclara­tion, le but de regroupement des éléments révolution­naires qui surgissent et l'orientation vers l'intervention dans la lutte de classe qu'ils affirment et qu'ils ont déjà réalisée en publiant deux tracts lors d'événe­ments en Inde (l'assassinat d'Indira Gandhi, puis les élections), sont des traits caractéristiques d'une ex­pression authentiquement prolétarienne. Ces camarades ont encore du chemin à parcourir, comme ils le disent eux-mêmes, pour développer une pleine cohérence. Mais leur émergence constitue une nouvelle contribu­tion à la lutte historique du prolétariat, un pas vers la formation de son parti mondial dans les perspecti­ves d'affrontements de classe à venir. Pour notre part, nous contribuerons de toutes nos forces, comme c'est notre orientation depuis le début de notre exis­tence, à la clarification et au regroupement des for­ces révolutionnaires qui se dégagent. Salut au groupe "Communist Internationalist".

CCI

Ce que nous sommes

Après des décennies d'une longue contre-révolution, la reprise mondiale du prolétariat a commencé dans les années 60 avec la réapparition de la crise ouverte du capitalisme décadent. Depuis, d'un côté le capital s'est enfoncé dans l'abîme de la crise s'approfondissant ; de l'autre, les luttes de la classe ouvrière ont été de plus en plus fières et conscientes.

Dans une perspective qui s'ouvre vers la révolution prolétarienne mondiale, des expressions politiques de la classe, ses minorités révolutionnaires, ont surgi et sur­gissent encore. Et si ces groupes sont le produit des efforts de prise de conscience de la classe, ceci a été vrai à un niveau encore plus rudimentaire en ce qui concerne nos propres efforts.

Bien qu'il y ait ici (en Inde) une longue tradition de luttes héroïques de la classe, ce sont les traits de la reprise mondiale de la classe qui ont commencé à arracher le masque du stalinisme et à faire succomber le mythe d'un socialisme russe et chinois. C'est sous la pression de ces luttes et sous l'influence directe et puissante de leur impact que certains éléments ici dont nous-mêmes, avons tenté de nous dégager du gau­chisme, du stalinisme et du maoïsme (Naxalbari) et de faire de premiers pas vers des positions communistes. Contrairement à l'Europe où les nouveaux éléments et groupes révolutionnaires qui surgissaient, avaient à leur disposition le trésor que constituent les analyses de la gauche communiste, et pouvaient s'appuyer dessus, nos efforts initiaux ont été le résultat de purs ins­tincts prolétariens.

Mais un simple instinct de classe ne suffit pas. Pour développer ces premiers efforts, il était essentiel qu'ils soient fermement basés sur le terrain solide de la longue expérience historique de la classe et de sa synthèse -le marxisme. Les analyses du CCI. ont été d'une grande aide pour nous dans cette direction.

Ces efforts nous ont convaincus qu'une position com­muniste ne peut que partir d'un ferme rejet de cou­rants capitalistes tels que le stalinisme, le trotskysme et le maoïsme, et en se reliant au riche héritage des première, deuxième et troisième Internationales.

Mais ceci n'était pas encore suffisant. Nous vivons dans une époque, celle de la décadence du capitalis­me, qui n'a commencé que récemment, en 1917-18. Toutes ses implications pour la tactique prolétarienne n'étaient pas clairement comprises alors. Mais aujour­d'hui, après soixante-dix ans d'expérience, on ne peut passer à côté de cela sans abandonner les positions de classe.

En 1914 le système capitaliste est entré dans sa phase de décadence à cause de la saturation du marché mondial. La tendance au capitalisme d'Etat s'est développée dans tous les pays pour maintenir en vie le capitalisme décadent. L'Etat a commencé à se dévelop­per sous une forme monstrueuse, absorbant et inté­grant toutes les sphères de la vie en son sein. Au cours de ce processus, le monstrueux Etat capitaliste a inté­gré toutes les anciennes organisations réformistes de la classe en son sein et les a transformées en ses propres appendices. Toutes les vieilles tactiques con­cernant les syndicats, les parlements, les fronts et les libérations nationales ont perdu leur ancien caractère prolétarien.

Les positions des fractions de gauche de la 3e Interna­tionale ont représenté de premiers efforts pour rejeter les vieilles tactiques à la lumière du changement des conditions, et pour en adopter de nouvelles à la place. Ensuite, avec la dégénérescence de la révolution russe et du Comintern, les fractions de gauche ont non seulement lutté contre la contre-révolution stalinienne et, plus tard, ses supporters trotskystes, mais ont approfondi leur compréhension du caractère contre-révolutionnaire des syndicats, de l'activité parlemen­taire, du frontisme, des luttes de libération nationale et de toutes les sortes de nationalisme, à travers une profonde analyse de la décadence du capitalisme en fonction de laquelle elles ont développé leur tactique.

Nous pensons que l'expérience des dernières décennies a démontré maintes et maintes fois que ces positions étaient correctes. C'est notre ferme conviction que garder en vue ces positions, les comprendre et les as­similer, est essentiel pour toute intervention fructueu­se dans  les  luttes de  la classe.

C'est dans ce but que nous avons orienté nos efforts tous ces derniers temps. Nous avons essayé de com­prendre l'expérience de la classe entre la première grande vague révolutionnaire et la reprise dans les années 60 et d'en assimiler les leçons. Nous avons aussi trouvé pour cet effort une aide valable avec le CCI.

Mais ceci n'est pas un effort valable une fois pour toutes. C'est un processus long et continu. Ce bulletin a pour but de permettre à ce processus de se pour­suivre et de le pousser plus loin à une échelle supé­rieure et plus large. Nous aimerions donc avoir un débat sur la longue expérience historique de la classe avec les éléments qui surgissent et voudront que des leçons soient tracées à partir de l'expérience des luttes actuelles de la classe. Nous nous engageons à ouvrir les pages de ce bulletin à des éléments et groupes qui adoptent les positions communistes et sont intéressés à mener un débat honnête.

Mais ce travail de compréhension de l'expérience de la classe et d'apprentissage de ses leçons n'est pas notre but en soi. Comme révolutionnaires, notre but est d'enrichir notre compréhension des positions com­munistes afin de baser la défense de ces positions sur un terrain ferme et nos interventions dans la classe sur ces positions. En fait, le plus important pour^ nous, c'est cette intervention, la rendre fructueuse et,à tra­vers elle, se réapproprier toutes les leçons de l'expé­rience passée de la classe. Ainsi, en les assimilant, la classe pourra réaliser toutes les possibilités laten­tes existant dans ses luttes présentes et à venir.

Tout cela nécessite un effort systématique et orga­nisé. Etant donné le rôle décisif des révolutionnaires dans les luttes de la classe, il est essentiel que les débats du bulletin soient dirigés pour aider les éléments et individus à la recherche d'une clarté révolutionnaire et pour développer un pôle de regroupement. Le bulle­tin devra garder constamment en vue ce but extrême­ment  important.

Nous avons mentionné l'importante contribution du CCI dans notre développement vers des positions com­munistes. Même si nos positions sont le résultat de nos efforts pour comprendre et assimiler les analyses du CCI, nous pensons qu'il est nécessaire de clarifier la forme de nos relations actuelles avec le CCI.

BIEN QU'IL SYMPATHISE AVEC LE CCI, LE BULLETIN N'EST, EN AUCUN CAS, UNE PUBLICA­TION DU CCI, NI PARTIE DE SON CADRE ORGANI-SATIONNEL.

C'EST LE BULLETIN SEUL QUI PORTE LA RESPON­SABILITE POLITIQUE DES IDEES EXPRIMEES DANS SES PAGES.

Communist  Internationalist



[1] Adresse   : Post Box n°25 - N.I.T FARIDABAD  121001 - HARYANA STATE - INDE

[2] Voir  l'article   "Le prolétariat d'Europe occidentale.", Revue Internationale n°3 1.

[3] Nous publierons ultérieurement un article sur 1'évolution  et les leçons  de 1'expérience de  ces  camarades

[4] Voir dans ce n°  "Les communistes  et la question nationale, III" ainsi que les Revues Internationales n°34 et 36.

[5] Voir "La formation du BIPR : le  bluff d'un regroupement",  Revues  Internationales n°40 et 4 7