A propos de l'adresse aux groupes politiques prolétariens du 5eme congres du CCI

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REPONSE AUX REPONSES

A son 5ème Congrès International,le CCI a adressé à tout le milieu politique prolétarien un Appel (cf. Revue Internationale n°35) pour qu'il prenne conscience de ses responsabilités dans la gravité de la situation historique actuelle. Les  contradictions destructrices du système capitaliste, aiguisées par la crise mondiale, précisent  chaque jour davantage 1'alternative devant la classe ouvrière : guerre ou révolution. "Mais 1'avant-garde politique du prolétariat, au lieu de servir de phare dans la tourmente sociale qui se développe, est au contraire souvent ballottée par les événements incapable de dépasser son éparpillement et son sectarisme qui sont le legs de la contre-révolution." (Adresse du 5ème Congrès).

L'"Appel" du CCI ne contient pas de solution miracle à cette situation. Nous avons voulu insister sur le fait que 1'intervention dans les luttes et surtout la préparation aux combats  futurs "ne sauraient être assurées par une simple somme d'efforts de chaque groupe pris individuellement. Il s'agit d'établir une coopération consciente entre toutes les organisations non pas pour réaliser des regroupements hâtifs, artificiels, mais pour engendrer une volonté et une démarche qui donnent toute son importance à un travail systématique de débats, de confrontations fraternelles entre forces politiques prolétariennes". (Ibid.).

Nous avons dit clairement dans l "Adresse" : "l'heure n'est pas  venue pour l'appel à des nouvelles conférences des  groupes communistes." Après l'échec des Conférences Internationales de 1977 à 1980, il s'agit  aujourd'hui d'en tirer les leçons et poursuivre par d'autres moyens le débat sur les questions po­litiques qui restent à clarifier, notamment la  question sur laquelle les Conférences se sont disloquées sans clarté réelle : le rôle, la fonction du futur parti du prolétariat.

 

Nous allons répondre ici brièvement aux proposi­tions qui nous ont été faites et aux arguments mis en avant par ceux qui ont répondu.

Il faut dire tout de suite que le fait même que des organisations politiques aient ressenti le be­soin de répondre et de s'expliquer est déjà une chose positive. Nous sommes contents de constater que les organisations politiques du prolétariat ne sont pas sourdes.

Mais les révolutionnaires ont beau être optimis­tes par nature, nous avons parfois la fâcheuse im­pression que les réponses à 1'"Adresse" expriment moins une conviction profonde qu'une réaction "ré­flexe" : on sauve la face en répondant mais on se lave les mains par ailleurs en n'allant pas au POND de la question. On continue à penser dans son for intérieur : si d'autres organisations ont des pro­blèmes, tant mieux ! Qu'elles débarrassent le plan­cher au plus vite. Chacun construit "son" parti et défend "son" territoire. On est pour la confron­tation des positions politiques, bien sûr, mais c'est plutôt un "pourquoi pas". On ne la considè­re pas comme une nécessité vitale, une activité à part entière.

On se réveille à la nécessité de penser ou agir collectivement seulement quand il y a des événe­ments ponctuels, mais comme activité systématique, comme préoccupation constante, on ne comprend tou­jours pas.

On continue à opposer l'intervention dans la clas­se" à l'intervention "dans le milieu", cette der­nière étant vue comme une activité annexe, voire stérile, même si on ne le dit pas à haute voix. Pourtant, si les groupes politiques étaient réel­lement convaincus que :

-   la conscience de classe ne vient pas de l'ex­térieur de la classe elle-même et n'est pas injec­tée de dehors comme le prétend la position léni­niste de "Que faire ?" ;

-   la classe ouvrière donne naissance à son milieu politique pour que les idées de la classe puissent s'exprimer et se clarifier ; alors, tous les groupes comprendraient dans les faits, et pas seulement dans des phrases, que les débats dans le milieu sont le reflet des besoins de la classe. Ils comprendraient que les discus­sions ne sont pas superflues et que les thèmes de débat ne sont pas le fait du hasard. Ils compren­draient enfin que la clarification nécessaire à la classe ouvrière internationale doit aussi s'exprimer dans un mouvement vers la clarification de son milieu politique. Il ne suffit pas de faire la comptabilité des groupes en voie de disparition dans le milieu comme si on assistait à un "match" macabre : sans la clarification réelle des erreurs, le milieu dans son ensemble continuera à traîner des incompréhensions qui nuiront inévitablement à la possibilité d'une révolution victorieuse.

Aujourd'hui, on reconnaît qu'une décantation de grande envergure se produit dans le milieu politi­que. Les groupes politiques sont bien obligés de se rendre à l'évidence. Mais ils sont passifs fa­ce à ce processus. Ils ne reconnaissent pas la nécessité d'une clarification consciente active pour faire en sorte que cette décantation ne soit pas une pure perte. Ils ne reconnaissent pas non plus que c'est le sectarisme et la peur qui ont saboté les Conférences Internationales, empêchant le milieu politique prolétarien de s'assumer consciemment. Aujourd'hui, seule la confrontation des positions peut aider tous les groupes à évo­luer vers une cohérence politique et à assurer une intervention à la hauteur des exigences historiques.

Nous avons reçu des lettres du Communist Bulletin Group (Grande-Bretagne) , du Groupe Communiste Internationaliste (Belgique), de la Communist Workers’Organisation (Grande-Bretagne) et du PCI-Battaglia Comunista (Italie) . Le Fomento Cforero Revolutionario nous promet une réponse en décembre 83. Les éléments du Groupe Volonté Commu­niste prévoient un bilan de leur trajectoire poli­tique pour bientôt. En commençant par le petit bout...

COMMUNIST BULLETIN GROUP (Grande-Bretagne)

Comment distinguer le bavardage d'un discours sincère ? En s'assurant que les paroles se concré­tisent par des actes en conséquence. Talk is cheap (parler n'engage à rien). Le CBG écrit : "Nous vou­lons exprimer notre solidarité avec la démarche et les préoccupations exprimées dans 1'Adresse. " ; "Le débat  ouvert, fraternel et constant, est une nécessité matérielle pour le milieu révolutionnai­re" ."Nous devons combattre pour la reconnaissan­ce de 1'existence d'un milieu politique proléta­rien.". (Lettre du CBG). Parfait ! Le seul hic -et il est de taille- c'est que, à l'origine de ce groupe,se trouve 1'ex-section du CCI d'Aberdeen (également ex-section de la CWO ; ce sont les mêmes) qui a couvert et justifié le vol du maté­riel et de 1 ' argent du CCI en péchant dans les eaux troubles de Chénier (Voir Revue Internationa­le n°28) . Ces "camarades" ont eu connaissance des manoeuvres de Chénier pendant des mois et ils ont justifié le vol une fois celui-ci accompli, comme "normal en cas de scission". Notre condamnation de ces pratiques était qualifiée de "réaction de petits bourgeois propriétaires". Jusqu'à aujourd'hui, le CBG dans son ensemble a justifié politiquement ces actes et ces prises de position. Jusqu'à aujour­d'hui, il a refusé de nous rendre ce qu'il a pris lui. Dans les premiers numéros de The Bulletin, il se revendiquait de ce comportement en se vau­trant dans le colportage de racontars aussi vils que stupides contre le CCI. Maintenant, (sans dou­te en voyant que l'attitude précédente n'a pas me­né au résultat escompté) il essaye de se blanchir les mains en défendant hypocritement "la nécessi­té de polémiques saines". Que  le ton soit hystérique ou douceâtre ne change rien au fait qu'on ne peut lire nulle part dans la presse du CBG un dé­saveu politique du vol qui a été à l'origine du groupe.

Comment oser parler de"solidarité", de "recon­naissance du milieu politique du prolétariat" quand le fondement n'existe pas? Le CBG a le tou­pet d'oser nous écrire : "L'existence de ce milieu engendre une  communauté d'obligations et de respon­sabilités".

Mais cela se traduira en vol le jour où vous serez en désaccord avec le CBG et il jus­tifiera  le vol comme "anti-petit-bourgeois". Peut-être pourrions-nous le formuler ainsi : quand on scissionne, on peut voler ce qu'on veut, mais quand on a enfin un groupe à soi, enfin maître chez soi... 1!accession à la propriété assagit les petits voyous. Ou peut-être en ayant attiré vers eux de nouveaux camarades, les anciens espèrent-ils se cacher derrière. Changez de nom, changez de vie. Ce n'est pas sérieux. S'il y a des camarades un tant soit peu sincères dans le CBG, la moindre des choses serait qu'ils fassent un effort pour com­prendre et agir en conséquence. On ne peut pas par­ler de reconnaître- l'existence du milieu politique dans un texte et faire le contraire dans les faits.

Quand El Oumami a scissionne du PCI en volant du matériel en France, nous avons montré une solidari­té sur cette question primaire. Nous aurons à l'avenir la même attitude de défense du milieu po­litique prolétarien contre les attaques destructri­ces quel que soit le groupe concerné. Au moins dans le cas d'El Oumami, ce dernier avait-il des po­sitions politiques gauchistes cohérentes avec ses actes. Mais qu'en est-il pour le CBG ?

Quelles sont les positions du CBG ? Celles (plus ou moins) du CCI ! Voila un autre groupe dont l'existence est parasitaire. Que représente-t-il face au prolétariat ? Une version provinciale de la plateforme du CCI avec la cohérence en moins et le vol en plus. Mais il y a sans doute une évo­lution dans l'air. La plupart des petits cercles qui scissionnent sans avoir préalablement clarifié les positions commencent par suivre le chemin de la facilité en adoptant la même plateforme que le groupe d'origine. Mais bientôt, pour justifier une existence séparée, on découvre maintes questions secondaires divergentes et à la fin on change les principes. Ce fut le cas du PIC (Pour une Inter­vention Communiste, aujourd'hui disparu), du GCI dans une certaine mesure, et le CBG prend déjà le même chemin en rejetant la cohérence sur la ques­tion de l'organisation. Cependant, cela ne nous a jamais empêchés de polémiquer avec ces autres grou­pes, ni de les considérer comme partie du milieu prolétarien en général, ni d'en inviter certains aux Conférences Internationales. Mais il n'en va pas de même pour le CBG. Un groupe politique qui ne respecte pas "la communauté des obligations et responsabilités" au point de participer aux actes visant à nuire à d'autres organisations du prolé­tariat, se met de lui-même en dehors du milieu po­litique et mérite l'ostracisme qu'il recueille. Jusqu'à ce que la question fondamentale de la dé­fense des organisations politiques du prolétariat ne soit comprise, nous répondons par une fin de non-recevoir à la lettre du CBG. Ils se sont trom­pés d'adresse.

GROUPE COMMUNISTE INTERNATIONALISTE (Belgique)

Le GCI nous écrit : "Nous sommes donc principiellement en accord avec la nécessité du regroupement, de la  centralisation mondiale des forces  communis­tes  sur base du programme. Mais ceci signifie pour nous non pas  le primat de la conscience sur 1'être (préalable des discussions et échanges d'idées), mais la nécessité d'une convergence réelle pratico-théorique comme base, comme ciment sur lequel les débats et polémiques peuvent et doivent se développer. C'est pourquoi, nous formu­lons de réelles propositions de travail et non les éternelles palabres en circuit fermé que ont, pour 1 'instant,  vos réunions publiques :

1)    Nous estimons qu'il est vital que le peu de groupes ouvriers développent ensemble des mesures et des pratiques élémentaires de sécurité et de solidarité afin d'opposer un front compact aux at­taques de plus en plus virulentes de la répression étatique et para-étatique. Qu'en pensez-vous ?

2)    Face à 1'importante  vague de luttes que nous venons de connaître et  au  rôle de briseurs de grè­ve qu'ont   une fois de plus joué les syndicats, nous estimons qu'il est  fondamental et opportun de développer une campagne de propagande, d'agita­tion, d'actions, centrées sur cette question : syndicats=briseurs  de grève ; organisation  autonome en dehors  et  contre eux ; solidarité avec les vic­times de la répression, etc. Nous pensons  que c'est sur ce terrain, et uniquement sur celui-là que  se démontre  la  réelle  volonté de lutte". (Lettre du GCI, 29/9/83).

Nous n'avons rien contre les actions communes s'il se présente des situations qui les requièrent. Sur la défense des organisations politiques du pro­létariat, au moins, nous partageons le soucis du GCI et telle a toujours été notre pratique (la prise de position de la section du CCI en Belgique face aux calomnies d'Amada maoiste contre le GCI ; la position sur Chénier ; contre les attaques d'El Oumami à la Fête de LO en France). D'autres cas peuvent se présenter. Cependant, pour nous, l'effi­cacité de ce "type d'actions" ne relève pas d'une préparation contre la répression "en soi" (groupes de défense ? préparation militaire ?) ni de fronts sans principes pour la défense des victimes, mais d'accords de principe solides sur l'existence et la nécessité de la défense du milieu prolétarien. Ceci ne peut pas se faire "uniquement sur le ter­rain d'actions" mais en passant nécessairement par ce que le GCI voit comme les "éternelles palabres" -discussions et débats, prises de position publi­ques dans nos réunions, dans la presse, etc. Il en est de même pour la dénonciation des syndicats : pour nous, celle-ci ne se réduit pas à des bombages ou "campagnes de propagande". Nous ne connais­sons que trop ce que sont les "campagnes" dont le PIC fut si friand pendant des années et qui ne font que cacher la confusion et l'incapacité d'un véri­table travail révolutionnaire. La dénonciation des syndicats est un travail de longue haleine requé­rant un cadre permettant que l'intervention ne soit pas une agitation ponctuelle, mais s'intègre dans une activité constante de presse, tracts, grèves, manifestations, etc., et ceci au niveau internatio­nal. Mettre en avant les "projets d'actions commu­nes" comme base, c'est mettre l’activité révolutionaire sur la tête et la conduire au casse-gueule.

Il semblerait que le GCI tombe dans l'idée que l'agitation est le"seul terrain"de la confrontation. Une telle démarche introduit en permanence une sé­paration entre "théorie" et  "action" qui mè­ne en fait la théorie dans les ornières d'un acadé­misme stérile, et d'autre part 1'"action" dans cel­les non moins stériles de l'activisme. Cette logi­que mènerait au bout du compte à priver la lutte de classe de son arme essentielle, la prise de conscience.

Le GCI nous accuse d'idéalisme, d'hégélianisme, de donner "le primat de la conscience sur 1'être". Dans la réponse de la section du CCI en Belgique à la lettre du GCI (Internationalisme, déc.83), nous avons écrit : "Tout comme un homme ne  respi­re pas pour respirer, mais pour vivre, le CCI, s'il  existe  et discute, ce n'est pas pour discu­ter comme dans  un salon de  thé, mais pour dégager une intervention  claire  au sein des  luttes. L'al­ternative n'est  donc pas entre la théorie ou  la pratique, mais  la  question  est  de savoir quelles interventions, sur quelles bases, sur  quelles positions   ?

Tout comme ce fut au nom du primat de 1’être sur la conscience que 1'IC fit passer sa politique de front  unique, c'est  au nom de  ce même argument que le PCI interdisait  toute discussion  et  interven­tion politique dans la lutte des  immigrés, que le GCI a fait un foin  autour de comités  fantômes dis­paraissant  aussi  vite qu'ils étaient apparus (Fran­ce) et a  fait  expulser de  fait  le  CCI du  comité de chômeurs de Bruxelles, car il  fallait choisir en­tre 'coller  une  affiche ou  discuter  de  la  décadence',

Nous  avons vu le résultat  de toutes ces démar­ches : la  faillite de 1'IC, 1'éclatement  du PCI, la  disparition  de  tous  les  comités  du GCI, une scission  dans  ce même  GCI... Cette logique qui veut  à  tout prix que 1'agitation soit  le seul   terrain  de  la  confrontation mène à 1'apolitisme et  à l'activisme". (Réponse d'Internationalisme).

Nous ne refusons pas des actions communes ; ajoutons même que le mouvement de grèves en Bel­gique en septembre 83 aurait requis de telles ac­tions. Mais elles ne s'improvisent pas ; elles nécessitent une analyse et un accord politique commun qui passent nécessairement par ce que le GCI appelle des"éternelles palabres".

Si nous nous sommes attardés autant sur les im­plications de la démarche de la lettre du GCI, c'est parce que cette démarche n'est pas propre à ce groupe. Loin de là. Combien de fois n'entendons-nous pas des groupes dire: "de toute façon, chacun a ses positions ; personne ne va changer ; alors pourquoi parler?" Et dans la mesure où des grou­pes politiques ne cherchent pas à défendre leurs positions par des arguments rationnels et dans un cadre de principes, mais plutôt à se fuir et à s'ignorer les uns les autres, le milieu politique du prolétariat stagne effectivement. Alors, cer­tains concluent, comme le GCI, qu'il faut se rappro­cher par des "actions ponctuelles" (en ce sens, le bilan que nous promettent les éléments du GVC, ex-PIC, sera très intéressant sur ce point) ; d'autres,au contraire,veulent bien polémiquer, mais à condition qu'aucune prise de position commu­ne ne ressorte ; c'était le cas dans les Conférences Internationales "muettes" (Voir Bévue Interna­tionale n°17) . Et voila l'impasse.

BATTAGLIA CQMUNISTA (PARTI COMMUNISTE INTERNATIONALISTE, Italie)

Ce groupe, avec ses racines dans la Gauche Ita­lienne, sa plateforme, est un groupe révolution­naire qui représente un courant d'idées sérieux dans le milieu politique. Sa volonté de polémiquer, de confronter les positions politiques dans la presse et les réunions publiques est un fait in­discutable. Battaglia a participé à une réunion publique du CCI à Naples sur le thème "Crise du mi­lieu révolutionnaire : comment répondre ?", en élaborant un document pour l'occasion. Ensuite, il a répondu à notre adresse par une lettre en­voyée à tous les groupes qui ont participé aux Conférences Internationales.

Battaglia commence cette réponse en critiquant le CCI : "Nous refusons la conception du CCI rela­tivement  au camp  révolutionnaire  lui-même. C'est-à-dire, qu'il  n 'est pas  clair en ne distinguant pas camp révolutionnaire et camp des  forces politi­ques prolétariennes". Si on entend par "organisa­tions révolutionnaires" les groupes munis d'une plateforme politique cohérente, avec une structure organisationnelle et une intervention régulière et systématique dans la lutte de classe et si on en­tend par "milieu politique prolétarien" les groupes révolutionnaires, mais aussi des groupes sans pla­teforme, sans cohérence, sans racines historiques, qui, dans une mouvance générale, se réclament du prolétariat, nous pouvons être d'accord. Malgré des erreurs occasionnelles de vocabulaire, nous avons toujours défendu la nécessité de cette dis­tinction. C'est pour cela que nous avons tant in­sisté auprès de Battaglia en 1977 pour que les Conférences Internationales se délimitent par des critères politiques clairs.

Malheureusement, Battaglia utilise cette distinc­tion à sa manière : "Qui est en crise ? Certaine­ment le CCI. Certainement le PCI. Certainement pas les forces (peu nombreuses) qui ont évalué la si­tuation et les problèmes de 1'expérience polonaise, qui n'ont pas été victimes de positions mécanistes ou idéalistes, et qui ont en substance, de solides positions doctrinaires" (sic) ([1]). "Ce n'est pas une crise du milieu révolutionnaire, mais un nettoyage? Du camp prolétarien". Merci pour lui. Alors quelles sont les organisations du vrai camp révolutionnaire ? Ta.  CWC ? si on en juge par sa surestimation de la lutte de classe en Pologne (lorsqu'elle appelait les ouvriers à "la révolu­tion maintenant !"), ce n'est pas elle non plus l'heureuse élue. Mais Battaglia se tait à ce sujet. Il reste... Battaglia ! Il faut croire que le triste aboutissement de la mélomanie du PCI-Proqramma n’a rien appris à Battaglia.

Mais attendez. Il veut bien réhabiliter la CWO. L'objectif de toute cette argumentation est de jus­tifier l'élimination du CCI des Conférences Internationales. Les polémiques dans la presse, c'est pour le milieu "vaste et agité", mais les Conféren­ces sont "pour le travail vers la formation du parti". Selon Battaglia, et la CWO, au fur et à mesure des trois Conférences, ils se sont aperçus que le CCI ne défend pas la même position qu'eux sur le Parti. Face à cette révélation, BC a "assu­mé la responsabilité qu'on est en  droit  d'attendre d'une force sérieuse dirigeante"(sic) en introdui­sant, sur cette question, un critère sélectif sup­plémentaire inacceptable par le CCI. Que BC et ses amis cessent de jouer la candeur surprise. Depuis toujours, depuis bien avant les Conférences en 1977, le CCI n'a jamais eu une position léniniste sur le Parti. Si c'est cela qui a empêché les Con­férences de continuer, il ne fallait pas les com­mencer. Quant à "assumer sa responsabilité", nous citons un extrait de notre lettre de juin 1980 :

"Faut-il  considérer que votre décision d'élimi­ner le CCI  n'a  été prise qu'au cours de la Confé­rence elle-même ? Si tel était  le cas, on ne pour­rait  que rester pantois devant votre sous-estima­tion irresponsable de l'importance  tant d'une tel­le décision que des Conférences elles-mêmes et de­vant votre démarche improvisée et précipitée qui tournerait complètement le dos aux exigences d'un travail patient et systématique  qui est tellement indispensable aux révolutionnaires.

Mais, à la Conférence, vous avez affirmé qu'il ne s'agissait nullement d'une décision improvisée mais que vous aviez déjà évoqué ,dans le passé, la nécessité d'une 'sélection'. Faut-il vous rap­peler, camarades, que lors de la réunion  du comi­té technique de novembre 79, nous vous avons clai­rement interrogés sur vos intentions quant à l'a­venir des conférences ainsi que sur votre apparen­te volonté d'écarter le CCI et que c'est tout aus­si clairement que vous avez répondu  être favorables à  leur poursuite avec tous les participants y com­pris le CCI,

Si, effectivement, vous pensiez qu'il était temps, d'introduire un critère supplémentaire beaucoup plus sélectif pour la convocation de futures confé­rences, la seule attitude sérieuse, responsable et compatible avec le souci de clarté et discussion fraternelle qui doit animer les groupes révolution­naires, aurait été de demander explicitement que cette question soit mise à l'ordre du jour de la Conférence et que des textes soient préparés sur cette question. Mais, à aucun moment au cours de  la préparation de la 5ème Conférence, vous n'avez explicitement soulevé une telle question. Ce n'est qu'à la suite de tractations de coulisse avec la CWO que vous avez en fin de conférence lancé votre petite bombe." (Procès Verbal de la 3ème Conférence des Groupes de la Gauche Communiste, p. 2 de la lettre du CCI).

Et après avoir écarté le CCI, B.C et la CWO font une 4ème Conférence, point culminant de la décanta­tion du "camp prolétarien" vers le "camp révolution­naire", de la formation du Parti, avec le SUCM, ("Supporters étudiants du Mouvement de l'Unité Communiste"), un groupe qui est en voie de "former le Parti" en Iran avec le Komala qui pratique la lutte armée pour la libération du Kurdistan en alliance militaire avec le PDK (Parti Démocratique Kurde). Quel est ce groupe avec lequel B.C a "pris ses responsabilités" ? Selon les lettres que B.C a en­voyées au SUCM en juillet et septembre 83, l'UCM "sous-estime le défaitisme révolutionnaire", et sa position de "défense des acquis de la révolution (islamique) n'exclut pas la participation à la guer­re Iran/Irak". L'UCM défend les guerres "justes" et B.C fait la leçon à ses étudiants "supporters" sur comment comprendre la baisse du taux de profit sur trois pages de sa lettre. Bien sûr, B.C proteste contre le "social-chauvinisme" de l'UCM - mais si gentiment- et il chuchote au SUCM de ne pas, tout de même, aller jusqu'à la défense de l'Etat.

Au CCI, B.C écrit en parlant de notre "incapaci­té congénitale", notre "inconsistance théorique", que "seuls des militants incompétents et incura­bles" peuvent avoir nos idées. Au SUCM, il écrit par contre quelque chose dans le style : "Permet­tez-nous de vous dire, chers camarades, que l'or­ganisation dont vous êtes les supporters pourrait être caractérisée par un net penchant stalinien (osons-nous le dire ! ) ". Que de douceurs pour nos frères "en évolution" du Tiers-Monde. Pour le CCI n'importe quelle grossièreté suffirait. La seule  fois où B.C perd son calme, c'est quand il apprend que l'UCM a fait une réunion du "Comité Interna­tional de Solidarité avec l'Iran"... "pour fêter la constitution d'un comité pour la construction du Parti Communiste de 1' Iran"  une réunion en Ita­lie avec le 'Nuclei', 'Lega Leninista’ et d'autres, mais sans B.C !

En réalité, le vrai problème de B.C et de la CWO (qui le suit fidèlement), ce n'est pas d'établir une distinction entre camp prolétarien et camp ré­volutionnaire, mais de ne pas voir la différence entre camp prolétarien et camp bourgeois. Au moins le SUCM semble-t-il plus clair ; il écrit à BC : "soit  vous  êtes  avec le CCI,  soit  vous êtes avec nous".

Aujourd'hui, B.C semble vouloir faire un peu ma­chine arrière sur le SUCM et il envoie à différen­tes organisations la correspondance qu'il a échan­gée récemment avec ce groupe. Mais dans sa lettre de réponse à l'Appel du CCI, il s'obstine à défen­dre sa démarche. Un pas en avant, deux pas en ar­rière.

Comment se fait-il qu'une organisation politique comme B.C avec toute son expérience ait pu se lais­ser entraîner dans un flirt avec le SUCM, un grou­pe de supporters des organisations bourgeoises, style stalinien ?

Il est vrai que les organisations politiques ne sont pas infaillibles. Mais il ne s'agit pas ici d'une erreur d'enthousiasme à propos d'un groupe inconnu. Depuis plus d'un an et en connaissance de cause, nous mettons BC et la CWD en garde contre le contenu bourgeois des positions politiques du SUCM. Aujourd'hui, la fusion en cours entre UCM/ Iran et Komala, les communiqués militaires que nous recevons du SUCM sur la lutte armée en Iran (com­bien de tanks détruits, combien de personnes tuées pour la libération du Kurdistan) ainsi que des do­cuments et des tracts en langage stalinien ne lais­sent aucun doute (pour des militants qui ne se­raient pas "incompétents ou incurables") à leur sujet. Le seul doute qui existe à propos du SUCM c'est de savoir exactement qui est derrière. B.C ne s'est jamais posé la question de savoir d'où venaient les fonds énormes dont dispose ce groupe de dissidents iraniens, capable de couvrir en un an et demi tous les pays principaux d'Europe avec sa propagande ? D'où vient son intérêt à pénétrer les petits groupes du milieu prolétarien actuel sans influence par rapport aux objectifs de Koma­la ? Le SUCM est un groupe très "fin" qui sait par­ler le langage de tout un chacun dans le milieu, qui sait flatter les flatteurs.

Il n'est pas, comme prétend toujours B.C, un "groupe en évolution". Comment un groupe venant du stalinisme, en alliance avec la bourgeoisie, peut-il "évoluer" vers le prolétariat ? Cette frontière de classe est infranchissable pour une organisa­tion politique. A force de patauger dans cette boue, c'est B.C et la CWO qui vont évoluer vers la bourgeoisie. "Savoir faire une  ligne de démar­cation nette  vis-à-vis des  groupes infestés  de so­cial- patriotisme c'est  le minimum que nous puis­sions exiger d'organisations du  sérieux et  de 1'importance de B.C et du  CWO." (Rivoluzione Internazionale, n°33, nov.83)

BC s'est laissée prendre par le bout du nez parce que le SUCM, UCM et Komala parlent du parti, et BC et la CWO sont obnubilés par le mot "parti". Ils venaient d'écarter le CCI sous prétexte que nous serions "contre le parti" ; alors combien at­tirant était cet SUCM exotique "pour le parti". Que ce soit le parti bourgeois du nationalisme kurde n'est que secondaire.

B.C s’est trompe parce qu'il a un penchant (peut-on dire "congénital") pour les opérations opportu­nistes. D'après leur réponse à l'Adresse, B.C et la CWO "sont les seuls à faire ce travail vers le Tiers-monde". Si B.C avait réellement fait un tra­vail vers le prolétariat du Tiers-monde, il aurait su être intransigeant dans la dénonciation du na­tionalisme, comme le CCI peut l'être dans son intervention par rapport aux "guérilleros" en Amérique latine et ailleurs. Toute cette argumentation de condescendance envers les militants du Tiers-monde (qui seraient pour ainsi dire tellement arriérés qu'il faut juger leurs positions avec 1'"indulgen­ce" d'un Battaglia) n'est qu'une insulte aux com­munistes anti-nationalistes dans le Tiers-monde et un alibi pur et simple pour BC. Battaglia n'est pas plus clair sur le programme à suivre en Europe qu'ailleurs. Ce n'est pas une question de géogra­phie et ne date pas de 1983. Dans la Revue Interna­tionale n° 32, nous avons publié les documents du PCI d'Italie de 1945 quand Battaglia et Programma étaient ensemble dans le PCI. Leurs ambiguïtés par rapport aux partisans, des "forces en évolution" pendant la "libération" de l'Italie parlent d'el­les-mêmes. Battaglia nous a répondu qu'il faut sa­voir se salir les mains. Eh bien, l'aventure avec le SUCM n'est pas étonnante.

Mais la principale raison qui détermine la poli­tique oscillante de BC quant au milieu politique du prolétariat,  la délimitation de ce milieu et les responsabilités de BC dans ce cadre, c'est l'insuffisance de sa plateforme criblée de ques­tions "tactiques" sur le syndicalisme, l'électoralisme, la libération nationale.

Battaglia se vante de ses "solides positions doctrinaires". Mais où sont-elles ? Certainement pas dans la nouvelle édition de sa plateforme.

Par contre, il faut croire que le CCI hante son sommeil. Il n'a de cesse d'attribuer au CCI ses propres faiblesses. Selon BC, le CCI souffre de "questions ouvertes". Que veut-il dire par là exactement ? Tout ce que nous savons, c'est que la plateforme de BC n'a évidemment pas de "ques­tions ouvertes" ; ce sont des trous béants qui ne permettent pas de distinguer les frontières de classe. Sur toutes les questions principales, y compris la question du parti, BC ne fait que re­prendre et répéter les positions de la 3ème Internationale, y compris les erreurs en les aggravant par des formulations vagues et contradictoires.

Dans les positions du PCI-Battaglia, on ne trou­ve jamais un rejet franc, clair, des positions er­ronées de l'Internationale Communiste sur les questions nationale, syndicale et électorale, ni même un rejet des erreurs du PCI depuis 1943, mais seulement, à l'occasion, des atténuations dans les affirmations, et rien de plus. Lorsque BC affirme parfois le contraire de ces positions de l'IC, ce n'est que du bout des lèvres, et c'est enveloppé de tant d'ambiguïtés "diplomatiques", "tactiques", que tout reste fondamentalement la même chose. BC continue à se tortiller et à se plaire dans l'équi­voque.

Marx constatait que l'histoire se répète, d'abord en tragédie, ensuite en farce.

Au début des années 20, la majorité centriste de l'Internationale Communiste, les Bolcheviks en tête, préfère éliminer la Gauche pour s'allier à la Droite (Indépendants en Allemagne, etc.). C'était une politique fatale, une tragédie pour le mouvement communiste.

En 1945, le P.C.I. d'Italie, nouvellement créé, préfère éliminer la G.C.F. (cf., l'article sur le 2ème Congrès du P.C.I. dans ce n° de la Revue), pour s'allier avec les rescapés de la participa­tion volontaire dans la guerre impérialiste en Espagne-36, avec les rescapés de la participation au Comité Anti-fasciste de Bruxelles, avec les rescapés du flirt avec la Résistance et la Libéra­tion Nationale. C'était encore une tragédie pour le milieu communiste, mais tenant déjà de la farce jouée par des mégalomanes.

Aujourd'hui, on préfère saboter les Conférences Internationales, afin d'éliminer le courant com­muniste le plus intransigeant, pour chercher al­liance avec l'U.C.M. et autres défenseurs des Libérations Nationales d'Iran et du Kurdistan, transfuges de 60 ans de stalinisme, et qu'on prend pour les pauvres "embryons du futur Parti Commu­niste" dans le Tiers Monde.

Cette fois, c'est la farce complète !

C'est d'autant plus une farce, que ce n'est pas l'unité massive du prolétariat qui, comme Lénine, préoccupe Battaglia, mais plus prosaïquement la défense de sa petite chapelle.

En cela, les "juniors" d'aujourd'hui ne se distin­guent pas de leurs "seniors" de 1 945 : même démar­che, mêmes positions. Peut-être un peu édulcorées, mais avec une bonne dose d'hypocrisie et de mauvai­se foi en plus.

Si l'histoire se répète en farce, l'opportunisme reste, lui, toujours le même.

Le problème avec BC, c'est que sa réponse à l'Adresse, comme ses positions politiques, est insaisissable. Tantôt c'est oui, tantôt c'est non. Contrairement au PCI-Programma qui est fer­mé à tout rapport avec d'autres organisations ré­volutionnaires, le PCI-Battaglia est plus ouvert vers l'extérieur avec des positions plus évoluées sur certains points. Mais si Programma a une co­hérence dans ses erreurs, Battaglia a ses erreurs dans l'incohérence.

CQMMUNIST WORKERS ORGANISATION (Grande-Bretagne)

La CWO nous écrit dans sa lettre de septembre 83: "Nous sommes d'accord que la classe ouvrière et ses minorités se  trouvent dans une situation diffi­cile et dangereuse aujourd’hui mais quand vous parlez de crise dans le milieu révolutionnaire, ce n'est pas  de  la même crise dont nous parlons... C'est notre isolement en  tant  que communistes de la classe." (Lettre au CCI, septembre 83). Mais l'isolement comme tel ne provoque pas de crise. Pour la CWO, la perte des énergies militantes au­jourd'hui est à mettre sur le même plan que dans le passé. Sommes-nous alors en pleine contre-révo­lution ?

La CWO considère que l'Adresse "est 1 'expression de la crise du CCI". Rejette-t-il donc la discus­sion ? Finalement non. "Bien qu'il ne soit pas pos­sible de poursuivre des rapports entre nos deux tendances au niveau des Conférences Internationa­les,  cela n'exclut pas le débat. " Ainsi, la CWO pro­pose une réunion publique de confrontation des posi­tions de la CWO et du CCI sur "la situation actuel­le de la lutte de classe et la responsabilité des révolutionnaires". Nous avons accepté cette propo­sition tout à fait valable.

Mais dans sa lettre, la CWO fait part d'un certain nombre de reproches au CCI et nous profitons de cet­te réponse pour parler de certaines d'entre elles (parler de toutes serait au-dessus des forces d'un Hercule).

-   Selon la lettre de la CWO, le CCI n'est pas "sérieux" parce que "la CWO a offert au CCI l'occa­sion de se solidariser avec l'intervention interna­tionaliste (de la CWO) sur la guerre Iran-Irak, mais le CCI a refusé pour des raisons ridicules". (Pour notre réponse voir World Révolution n°59, avr.83).

La CWO refuse dans le cadre principiel des Confé­rences internationales, de prendre une position com­mune contre la guerre impérialiste et les tensions inter impérialistes parce que, selon la même lettre, ce n'était que des"positions communes   vagues et sans signification à propos de banalités évidentes1.' Mais elle veut que le CCI cautionne ses ambiguïtés dangereuses par rapport au SUCM ? La CWO ne sort pas de tract pour chaque guerre locale dans le mon­de, mais juste pour Iran-Irak, et bien que le tract ait pu prendre position sur des "banalités", il s'est concrétisé par le rapprochement SUCM-CWO.

-   De même, dans la réponse à l'Adresse, la GOnous reproche de ne pas l'inviter aux Congrès duCCI tandis qu'elle nous invite aux siens.

Pendant des années, nous avons invité BC et la CWO à nos différents Congrès et ils sont venus ain­si que des délégations d'autres groupes politiques. Mais après la rupture des Conférences Internationa­les, après avoir été écartés par les manoeuvres de BC et de la CWO, nous considérons qu'inviter ces groupes à nos réunions internes serait un non-sens. La CWO ne veut pas que le CCI assiste à des Conféren­ces entre groupes, mais il veut venir à nos Congrès ? Elle nous rejette des Conférences, mais nous invite à ses Congrès ? A-t-elle une pensée logique ? Mesure-t-elle la portée de ses actes ? Dans l’article "Le soi-disant bordiguisme de la CWO" (RP n°20, 2ème Série) , la CWO ne veut pas par­ler d'elle. Elle préfère défendre son frère aîné Battaglia Comunista contre un sinistre complot : le CCI a appelé BC "bordiguiste". Si le mot vous gêne, camarades, retirez-le. Cela ne change rien au fond. La vérité, c'est que dans l'article comme dans sa lettre, la CWO est furieuse contre le CCI parce que nous avons publié les documents concer­nant l'opportunisme du PCI par rapport aux "parti­sans". En fait ces articles visaient surtout Pro­gramma, mais le chapeau brûle sur la tête de Batta­glia et la CWO. Remarquez, ils ont raison. BC était entre 1945 et 1952 à la tête du PCI "uni". Mais, que répond la CWO : elle crie "maman" et tape du pied. "Mensonges !" Mais elle n'explique rien et justifie tout.

-   Selon la CWO, "avant 1975, le CCI n'a jamais mentionné le peint", comme si on avait "caché" l'existence de BC à la CWO par peur que ces deux titans ne se rencontrent. Nous avons parlé de Bat­taglia, mais la CWO avait les oreilles bouchées à l'époque. Au début des années 70, ce groupe sortait du milieu libertaire et considérait la révolution russe comme une révolution bourgeoise, le parti bolchevik comme un parti bourgeois. Même quand, en­ fin, il a reconnu la révolution d'octobre et l'IC, ce n'était que du bout des lèvres. Pour la CWD, la contre-révolution aurait été définitive en 1921 (elle ne précisait pas si c'était en janvier ou en décembre), mais cela suffisait pour dénoncer le CCI comme "groupe contre-révolutionnaire" à cause de cette date fatidique de 1921. A l'époque, nous étions léninistes parce que nous parlions de Bilan, mais aujourd'hui, on nous taxe de conseillistes parce que la CWO a découvert Battaglia. Le CWO a connu tellement de zigzags dans sa vie qu'il n'est pas à un "zig" près. C'est parce que la CWO est née en ignorant tout de l'histoire du mouvement ouvrier, c'est parce qu'elle n'a jamais voulu sui­vre une vraie cohérence dans son attitude par rap­port aux organisations politiques prolétariennes qu'elle en est réduite à des polémiques du style de RP n°20.

-   Nous ne pouvons pas répondre à tout ici, mais nous voulons encore traiter un dernier point impor­tant : la CWO nous accuse dans RP n°20 de condamner son rapprochement avec BC. C'est faux. Nous sommes toujours pour le regroupement des organisations dès qu'elles se trouvent sur les mêmes positions poli­tiques principielles. Nous n'aurions jamais condam­né le regroupement de BC et de la CWO au sein des Conférences Internationales... Nous avons suivi le même chemin nous-mêmes avec la formation de notre section en Suède à la même époque. Nous sommes con­tre la perpétuation de petites chapelles. Si des groupes sont d'accord, qu'ils s'unissent. Cela ai­ de à la clarification des positions pour le prolé­tariat.

Nous allons encore plus loin : nous connaissons la CWO depuis longtemps et en comparant son rappro­chement actuel avec BC aux mésalliances que ses réactions "anti-CCI" ont failli produire par le passé (avec le PIC, le Revolutionary Workers Group de Chicago, etc.), nous disons : très bien !

La question que nous posons à la CWD est la sui­vante : pourquoi maintenez-vous une existence sépa­rée ? De deux choses l'une : soit vous êtes d'ac­cord avec la plateforme de BC et alors ses ambi­guïtés sur les questions électorale, syndicale et nationale sont les vôtres ; soit, vous n'êtes pas d'accord et alors où pont les textes de discussion entre vous.

La CWO veut attendre de voir si le CCI est "réel­lement sérieux", si son Adresse est "sincère". Notre Adresse exprime notre position de toujours sur la nécessité d'un dialogue dans le milieu po­litique du prolétariat. Depuis plus de quinze ans, nous n'avons pas varié d'un iota sur ce point. Nous ne sommes pas des caméléons comme la CWD qui change de couleur tous les deux trois ans. Si la CWO a la mémoire courte, nous nous chargerons de la lui rafraîchir.

PERSPECTIVES

Les groupes nous écrivent : vos suggestions sont vagues. Que voulez-vous au juste avec cette Adres­se ?

Nous voulons appeler à un changement d'esprit dans le milieu politique de notre classe : la fin des prétentions et de l'arrogance dans l'isolement; la fin des faux-fuyants, de l'activisme dangereux, du flou artistique sur les principes.

D'abord sur le fond. Il faut cesser de faire de la question du parti un alibi. Il faut la discuter sérieusement sans anathèmes, et sans tourner en rond sur des formules creuses. Il faut répondre clairement sur des questions élémentaires pour que le débat puisse s'approfondir ensuite :

-  la conscience de classe vient-elle de l'exté­rieur de la classe comme Lénine l'a écrit dans "Que faire ?" ?

-  le parti de classe a-t-il été dans l'histoire ou sera-t-il demain l'unique creuset ou dépositai­re de la conscience de classe ?

-  est-ce le parti qui devra prendre le pouvoir ?

-  le parti peut-il s'imposer à la classe par des rapports de force comme dans les événements de Kronstadt en 1921 ?

-  que nous apportent comme critique, modifica­tion, élaboration sur la question du parti la ré­volution russe et l'expérience de la première va­gue révolutionnaire ainsi que la dégénérescence en Russie et de l'Internationale Communiste ?

Voila les questions de base auxquelles il faut _ apporter une réponse en poussant à fond la critique des erreurs ou insuffisances du passé et en profi­tant de l'ensemble de l'apport de la Gauche Commu­niste Internationale, sans exclusive "italienne", "allemande" ou autre.

Même Programma, après quarante ans de fermeture et de suffisance, est obligé aujourd'hui par les événements d'ouvrir un débat en son sein sur le parti, sa fonction et son organisation. Mais pour­quoi seulement à l'intérieur ? Est-ce une maladie honteuse que la discussion politique avec le milieu que notre classe produit aujourd’hui canne elle l'a produit dans tous les moments importants de son histoire ? Est-ce que la confrontation des po­sitions politiques est un luxe, une annexe à l'ac­tivité "normale", quelque chose qu'on fait si on a le temps, ou est-ce une nécessité, la seule façon de vérifier le bien-fondé de nos contributions po­litiques vitales pour les combats décisifs de no­tre classe ?

Il est indiscutable que l'absence des Conféren­ces Internationales pèse aujourd'hui : pour répon­dre à l'accélération de l'histoire, pour aider à ce que les énergies militantes ne se perdent pas dans les convulsions du milieu politique, pour présenter un cadre principiel aux nouveaux élé­ments de la classe qui surgissent, pour orienter la clarification dans tous les pays, surtout dans les pays qui n'ont pas eu le temps de développer des traditions marxistes. Et il est aussi indiscutable que les Conférences Internationales se sont disloquées à cause du sectarisme dans le milieu : le PIC qui refusait le "dialogue de sourds", le FOR qui ne voulait pas "discuter la crise économi­que" et qui s'est retiré avec éclat de la 2ème Conférence, Programma qui n'y voyait qu'une empoi­gnade entre "fouteurs" et "foutus", les actions de Battaglia et de la CWO que nous avons criti­quées.

Créer ce nouvel esprit est la seule façon de ren­dre possibles à l'avenir de nouvelles Conférences, la seule façon d'assurer une décantation consciente dans le milieu, de travailler vers de nouveaux efforts de regroupement qui seront absolument né­cessaires.

Car qui oserait prétendre que le milieu politique du prolétariat ne sera jamais rien d'autre que ce qu'il est aujourd'hui ?

JA



[1] Dans Battaglia, la crise ne se traduit jamais clairement, franchement par des oppositions et confron­tations de divergences politiques pour la simple raison qu'il n'y a pas de discussions ni de vie politique véritables dans l'organisation. On ne confronte pas, on vote simplement avec les pieds en quittant indi­viduellement, silence et discrètement 1'organisation. C'est moins visible mais pas pour autant moins critique. Quant à se targuer d'avoir "en substance des solides positions doctrinaires", nous nous conten­terons de renvoyer à  la lecture/dans ce numéro de la Revue, de l'article sur le 2ème Congrès du PCI d'Ita­lie  de   1948.   Cette  lecture  donnera  l'exacte mesure de  ces   "solides positions  doctrinaires" de  Battaglia.