Rapport sur la situation internationale (1ere partie)

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CRISE ECONOMIQUE : LA DESCENTE DANS L'ABIME ET L'IMPASSE DE LA CLASSE CAPITALISTE

Cette partie du rapport sur la situation internationale traite du cours de la crise économique capitalis­te mondiale qui est, en dernière analyse, le facteur déterminant dans le développement des antagonismes inter impérialistes et l’axe autour duquel oscille  le rapport de forces entre la classe capitaliste et le pro­létariat, ([1]). L'évolution actuelle des antagonismes inter impérialistes et le cours de la lutte de classe ne peuvent être analysés que sur la base d'une compréhension claire du cours de la crise économique elle-même.

Au contraire des années 1929-33 qui ont vu une chute brutale de  l'économie capitaliste mondiale, la con­solidation de  la tendance universelle au capitalisme d'Etat a rendu possible un étalement de  la crise mon­diale actuelle de surproduction durant  les années 70. Le recours systématique à une expansion massive du crédit orchestrée par les banques centrales des pays industrialisés du bloc américain et, en particulier, au moyen des armes financières internationales du capitalisme d'Etat américain, le FMI, la Banque mondiale, l'Import-Export Bank, etc., a permis momentanément au capitalisme mondial de compenser le manque croissant de demande effective sur le marché mondial saturé. La création d'une énorme masse de capital fictif, auquel ne correspond aucun capital fixe véritable, n'a pu faire plus, en fait, que de fournir à l'économie mondiale, une décennie de stagnation chronique ponctuée par deux chutes brutales d'une gravité croissante de la production industrielle (1970 et 1974-75) et une inflation galopante. Cette dernière a, en 1970-80, ame­né les métropoles capitalistes elles-mêmes au bord d'une hyper-inflation qui pourrait amener à son tour rapidement un effondrement brutal de l'économie mondiale. La seule voie ouverte au capital mondial, si elle n'avait pas été bloquée par le tourbillon de l'hyper-inflation, était un tournant vers une politique éco­nomique de déflation et d'austérité. Cependant, parce que cette dernière ne peut plus être relayée par une politique keynésienne de véritable expansion du crédit, dont les doses toujours plus massives n'ont fait que permettre un étalement de la crise, le capital mondial, ces trois dernières années, a plongé tête la première dans le sombre abîme d'une dépression qui au niveau économique a déjà confirmé les analyses du CCI sur les années 80, années de vérité.

Bans ce texte nous ferons d'abord un survol de  la situation économique présente du capital mondial en se centrant sur les indices clé qui montrent clairement la condition désespérée de l'économie globale aujour­d'hui. Nous démontrerons ensuite la Marge de manoeuvre toujours plus étroite des politiques économiques utilisables par le capital pour essayer de ralentir la descente vers l'abîme.

En montrant  l'impasse dans laquelle la crise a. conduit la classe capitaliste, nous montrerons comment, du simple  point  de vue de la perspective  économique ([2]), la situation de la classe capitaliste est aujour­d'hui bien pire que celle  d'il y  a cinquante ans, en 1933.

LA SITUATION ECONOMIQUE ACTUELLE DU CAPITAL MONDIAL

L’indice le plus infaillible de l'existence d'une sursaturation du marché mondial est peut­ être donné par les chiffres de la production industrielle et le pourcentage de capacité industri­elle inutilisée, La production industrielle dans les sept principaux pays du bloc américain (USA, Japon, RFA, France, Italie, Canada) a été réellement stagnante en 1981 augmentant d'un minuscule 0,8% par rapport à 1980. En 1982, la production industrielle a plongé dans ces mêmes pays tombant de 4f5% dans l'année. Aux USA, la produc­tion industrielle a commencé à chuter dans la deuxième moitié de 1981 et a décliné de plus de 12% à la fin de 1982. En Grande Bretagne, la bais­se de la production industrielle depuis son point le plus haut de 1979, est de 16% tandis qu'au Canada, la production en août 82 a été de 14,75% au dessous du point le plus haut de 1981 en juin. En Allemagne de l'Ouest, en France et en Italie où la chute a commencé un peu plus tard, la pro­duction industrielle est tombée de 6% en juillet, août et septembre 1982 ; 31,6% des installations industrielles aux USA et 31,8% au Canada ont été inemployées, expression claire de l'hypertrophie de la capacité productive face au manque chroni­que de demande effective,ce qui est la caractéris­tique essentielle de la crise permanente du capi­talisme.

La contrepartie de ce fort déclin de la produc­tion et d'une masse énorme d'usines inutilisées dans les pays du bloc américain, pays qui repré­sentent de loin la partie la plus importante de la production industrielle mondiale, a été une chute non moins dévastatrice des investisse­ments productifs. Ainsi, aux USA, entre le pre­mier et le quatrième trimestre 1982, l'investis­sement d'affaires dans de nouvelles industries et dans les machines est tombé de 14,5 %. En mê­me temps, en Allemagne de l'Ouest, l'investisse­ment en machines et équipements a chuté de 6,5 % et l'investissement dans la construction de 15 % dans la première moitié de 1982..

Dans les pays avancés du bloc américain, la saturation du marché mondial se manifeste dans la forme d'une masse croissante de marchandises invendables et une surproduction de capital pour lequel aucun investissement productif n'est pos­sible. Dans les pays du bloc russe, la même crise globale de surproduction se manifeste par les longues files d'attente devant les magasins vides et le rationnement des biens de première nécessité pour la classe ouvrière en même temps que par une pénurie chronique de capital du fait de laquelle il est vain de tenter de dépasser l'arriération qui est l'héritage historique d'un bloc impérialiste arrivé sur le marché mondial en pleine décadence du capitalisme. L'impact de la crise capitaliste sur les régimes stali­niens peut se voir dans le fait qu'en Russie même, la production industrielle a crû d'un ané­mique 2,8 % en 1982 au lieu des 4,7 % d'accrois­sement qui étaient prévus par la planification, la plus faible croissance depuis la deuxième guerre mondiale. Etant donné que le secteur mili­taire -qui, bien qu'absolument essentiel en ter­mes de compétition inter impérialiste, représen­te une stérilisation de capital- compte pour 25 % dans la production russe et que la produc­tion dans ce secteur s'accroît à un rythme ex­trêmement rapide, ceci signifie qu'il y a eu un ralentissement très brusque de la production du secteur productif de l'économie russe. Dans les économies du bloc russe plus immédiatement liées aux conditions du marché mondial, la situa­tion est encore plus dure. En Pologne, la pro­duction industrielle a décliné en 1982 de 5 % par rapport à 1981. En Hongrie et en Tchécoslovaquie, la production a été de fait stagnante, s'accroissant seulement de 1 % tandis que la pro­duction industrielle de la Roumanie a augmenté de 2,5 % au lieu des 5,5 % qu'avaient prévus les planificateurs.

Dans la poignée de pays du tiers-monde qui ne sont pas totalement dépendants de la production de denrées alimentaires et de matières premières pour l'exportation, mais qui ont aussi un secteur industriel significatif, en retrouve le même ta­bleau d'un déclin ou d'une stagnation dans la pro­duction industrielle. Au Mexique, terre du der­nier "miracle économique" des années 70, le mythe a éclaté comme une bulle et la production indus­trielle a commencé à s'enfoncer tentent à 1 % en 1982. En Argentine, la production industrielle est tombée de près de 4 % alors qu'au Brésil et en Inde, la production du secteur industriel a été stagnante.

Cette même crise de surproduction qui a amené ce déclin dans la production industrielle a aussi amené la chaos dans cette partie de l'éco­nomie consacrée à la production de denrées ali­mentaires et de matières premières. Ainsi, dans un monde où une masse toujours plus grande de la population est condamnée à la famine, 16 % de la production mondiale de céréales en 1982 a été invendable, s'ajoutant aux 35 millions de tonnes de céréales qui pourrissent déjà dans les stocks mondiaux.

La saturation du marché alimentaire et des matières premières pour lesquels il n'y a pas de demande effective a amené une chute des prix en 1982 :

 

Pour les paysans, ceci a signifié une crise dans des proportions dévastatrices jamais vues depuis les années 30. Toutes les récoltes (maïs, coton, sucre, soja) sent maintenant vendues en dessous des coûts de production réels des agri­culteurs. Aux USA, le géant agricole de l'écono­mie mondiale, le revenu net des agriculteurs a chuté depuis 1979 de 50 %, de 32,3 milliards de dollars à 16,5 en 1982. En même temps, l'intérêt des dettes agricoles était à lui seul de 22 mil­liards de dollars en 1982, bien supérieur au re­venu net. Le résultat a été une cascade de fail­lites et des ventes forcées d'exploitations agricoles qui se répandent comme un fléau dans les campagnes.

La saturation du marché mondial a conduit à un déclin du volume du commerce mondial pendant deux ans de suite, ceci pour la première fois depuis la fin de la guerre mondiale et la créa­tion du G.A.T.T., lorsque l'impérialisme améri­cain victorieux imposa sa version du commerce libre sur un monde prostré. A cela doit être ajouté tout l'effilochage du réseau financier complexe mis en place par l'Etat américain pour faciliter le flux du commerce sur le marché mon­dial, dont la plus grande part était tombée sous sa domination en 1945. En 1982, c'est 30 % du commerce mondial (ce qui ne s’était jamais vu), à côté des 2 % il y a deux ans, qui a pris la forme de troc. Le recours au troc a été imposé par la raréfaction des échanges extérieurs, la chute de la valeur de la plupart des monnaies et le manque de crédit disponible pour la plupart des pays du monde. Ce fait est une indication de plus que les mécanismes financiers élaborés par le capital pour relier les différentes parties du marché mondial sont en train de se désinté­grer devant ses yeux-

Le recours massif au crédit qui a permis d'évi­ter une chute brutale de l'économie mondiale pendant les années 70, mais qui a dû être restreint lorsque les pays avancés se sont heurtés à l'hyper inflation, a laissé au capital mondial un fardeau de dettes énorme et insupportable, La dette extérieure du tiers-monde et des pays du bloc russe a maintenant atteint le niveau astronomique de 853 milliards de dollar! Pris entre le poids écrasant de la dette d’un côté et la baisse de la production, des prix et du commerce de l'autre, les trois plus grands débiteurs, le Mexique (81 milliards de dollars), le Brésil (70) et l'Argentine (40), dont les "miracles économiques" avaient été bâtis sur du papier, se sont brutale­ment retrouvés en faillite en 1982. Les plus grands débiteurs du bloc russe, la Pologne (27 milliards de dollars) et la Roumanie (10 milliards de dollars) ont aussi été déclarés insolvables. C'est seulement un rééchelonnement forcené des dettes et un moratoire des paiements accordé par le F.M.I., la Banque Mondiale, et les prêteurs "privés" qui ont empêché que l'ensemble du système monétaire international ne s'effondre corme un château de cartes.

De plus, la dette et le danger de faillite du tiers-monde et des pays du bloc de l'Est ne sont tous deux que la partie visible de l'iceberg.

La dette des pays avancés du bloc américain éclipse de loin les dettes des pays pauvres et a rendu précaire la situation financière de ces géants industriels eux-mêmes. Aux USA le résultat cumulatif de l'hypertrophie du crédit est une dette du secteur public et privé qui a maintenant atteint le niveau incroyable de 5 000 milliards de dollars !

Oie crise capitaliste est toujours une crise du profit dans laquelle, non seulement le taux de profit, mais également la masse de profit s'effon­drent. La situation du capital américain, capital national dominant dans le monde, peut probablement illustrer l'état de plus en plus précaire de l'indice le plus important de la santé de l'éco­nomie capitaliste. Aux USA, les profits industriels avant impôts, qui atteignaient un montant annuel de 260 milliards de dollars au premier trimestre de 1980, sont tombés à un montant de 170 milliards à la fin de 1982. Les profits après impôts des plus grandes compagnies américaines sont tombés de presque 20 % en 1982. Dans l'industrie clé du pétrole, les profits des vingt-cinq plus grandes compagnies américaines sont tombés de 27 % en 1982. Derrière cette chute .dramatique de la masse de profit, il y a le fait que des secteurs criti­ques des industries de base aux USA travaillent à perte : acier, automobiles, machines-outils, ma­tériel agricole, métaux non ferreux, mines.

L'industrie américaine de l'acier, pour prendre un exemple significatif, a perdu 684 millions de dol­lars en 1982.

L'accroissement énorme du chômage est à la fois et en même temps l'expression de la barbarie du capitalisme qui condamne une masse toujours crois­sante de l'humanité au rebut, et la démonstration de la faillite historique d'un mode de production qui ne peut plus exploiter de manière rentable la force de travail de ses esclaves salariés. Dans les pays industrialisés du bloc américain, il y a maintenant 32 millions de chômeurs sur la base des chiffres officiels des gouvernements, qui ca­chent évidemment la profondeur réelle de la catas­trophe (ainsi, si le chômage aujourd'hui était mesuré sur la même base que dans les années 30 aux USA, le taux de chômage des ouvriers améri­cains serait à son plus haut niveau depuis 1935 !) L'extension de 1'accroissement du chômage dans ces pays est un des indices les plus clairs de la plongée du capitalisme dans l'abîme :

 

En même temps, dans les pays arriérés, le capi­talisme poursuit -à un taux plus rapide encore un processus effroyable de création d'une masse permanente de sans emplois vivant dans des condi­tions sous humaines dans d'énormes bidonvilles ou mobilisés pour travailler à la campagne dans des bataillons de travail d'esclave (Chine, Viet­nam. ) .

Trois ans de politique déflationniste dans les métropoles du bloc américain, après une décennie durant laquelle une chute abrupte à la 1929 n'a été évitée que par la création d'une masse de valeurs-papier, ont accéléré la plongée sans ce­pendant écarter le spectre de l'hyper-inflation. Un grand nombre d'économies de premier plan sont restées soumises à une inflation à deux chiffres à la fin de 1982 :

TAUX ANNUEL D'ACCROISSEMENT DES PRIX A LA CONSOMMATION


Un déficit budgétaire aux USA de plus de 200 milliards de dollars pour 1983 ; des emprunts extérieurs massifs de pays comme la France, le Canada, l'Espagne et l'Italie pour soutenir leurs économies qui s'effondrent, et ceci avec des taux d'intérêt qui restent à des niveaux historiques tant ils sont élevés ; tout indique que le tour­billon inflationniste reste un danger réel pour l'économie capitaliste définitivement malade.

Tous les indices montrent donc qu'au cours de ces trois dernières années, la crise économique mondiale a franchi un pas qualitatif à partir duquel -comme nous allons le montrer maintenant -aucune reprise n'est possible.

L'impasse de la classe capitaliste.

Même à  l’époque d'une crise historique du mode de production capitaliste qui pose l'alternative de la guerre impérialiste mondiale ou de la révo­lution prolétarienne comme seules sorties possi­bles de l'effondrement économique, le cours de la crise n'est jamais linéaire. La crise garde sa caractéristique d'avancer en zigzags, bien que fondamentalement elle tende à être toujours plus profonde. Par conséquent, la descente du monde capitaliste dans l'abîme de la dépression n'est pas incompatible avec des reprises courtes, cy­cliques, limitées dans le temps et dans l'espace. De fait, l'économie américaine commence proba­blement déjà à faire l'expérience d'une telle re­prise. Cependant, contrairement à la situation d'après 1933, lorsqu'il a été possible pour le capital de stimuler l'économie pour une période de cinq ou six ans à travers la consolidation du capitalisme d'Etat et une variété de politiques économiques keynésiennes, aujourd'hui, de telles politiques, et par conséquent une reprise du même type, sont exclues.

L'année 1933 a vu Roosevelt et Hitler arriver au pouvoir respectivement aux Etats-Unis et en Allemagne, au milieu d'un effondrement économique quasi-total. En Allemagne, Hitler et son tsar de l'économie, Hjalmar Schacht, lancèrent un program­me de relance basé sur l'autarcie et le finance­ment déficitaire de grands travaux publics et de projets d'armements. La production en Allemagne s'accrût de 90 % entre 1933 et 1938, alors que le chômage tombait de 3,7 millions d'ouvriers à 200 000 dans la même période. Roosevelt et son "brains trust" utilisèrent le protectionnisme, à commencer par le "Scoot-Hawley tariff" de 1930 et une combinaison de politiques keynésiennes consistant en des dépenses déficitaires, l'expan­sion du crédit, l'inflation monétaire et la créa­tion d'un "salaire social" pour compenser le manque de demande effective ([3]), qui amenèrent une croissance annuelle du produit national brut de 9,1 % de 1933 à 1935 et de 9,8 % de 1935 à 1938. Il est certain que la grande expansion du capita­lisme d'Etat et l'utilisation des politiques keynésiennes, qui furent à la base des cinq années de relance, n'ont pu fournir aucune solution à la crise historique du capitalisme. Aux Etats-Unis, de septembre 1937 à juin 1938, la production in­dustrielle a chuté de 30 % alors que le chômage augmentait de 22 %. Avant que cette nouvelle étape dévastatrice de la crise économique n'ait pu s'étendre à 1'Europe, la deuxième boucherie inter­ impérialiste avait commencé et le capitalisme avait de ce fait apporté à la crise économique la seule "solution" dont il est capable.

La situation à laquelle fait face le capital mondial aujourd'hui est qualitativement différente

de celle qui prévalait en 1933. Le type de politi­que qui a permis à la classe capitaliste d'effec­tuer une reprise économique pendant cinq ans, du­rant lesquels les préparatifs économique, militai­re et idéologique pour la guerre mondiale impéria­liste ont été parachevés, n'est pas possible dans la conjoncture actuelle. La tendance universelle au capitalisme d'Etat, qui a été la réponse du ca­pital à la nécessité de centraliser et d'organiser son appareil productif pour la guerre mondiale en 1914-1918, avait été atténuée de façon considéra­ble durant la phase de reconstruction des années 20. Par conséquent, l'utilisation pendant de nom­breuses années, de mesures capitalistes d'Etat après 1933, ont eu pour effet de rationaliser un appareil productif et financier qui était devenu obsolète par rapport aux besoins du capital lui-même confronté à une crise permanente.

Aujourd'hui, cependant, après cinquante ans d'expansion quasi-ininterrompue du capitalisme d'Etat, que ce soit sous la forme stalinienne ou "démocratique", la base économique capitaliste s'écroule sous l'énorme poids du parasitisme de l'Etat Léviathan. Les mesures capitalistes d'Etat supplémentaires -cependant nécessaires du fait que le capital réagit aux antagonismes inter­ impérialistes croissants et au danger de la lutte de classe prolétarienne- loin de stimuler une reprise économique, ne font que constituer un fardeau encore plus lourd sur une économie qui étouffe sous le poids improductif d'une bureau­cratie parasitaire.

Les politiques économiques inflationnistes in­troduites après 1933 faisaient suite à quatre ans de déflation et de chute rapide des prix, pé­riode pendant laquelle d'énormes dettes furent liquidées. Il en résulta une vaste expansion du crédit et un financement déficitaire massif qui pouvaient compenser un manque de demande effecti­ve sans provoquer immédiatement une inflation galopante ou un effondrement du système monétaire. Aujourd'hui, bien qu'après des décennies durant lesquelles la drogue du crédit a été administrée à profusion à une économie capitaliste embourbée dans une crise permanente, le capital mondial titube à la limite d'une hyper-inflation et suf­foque sous une montagne de dettes. Ces politiques économiques très keynésiennes doivent être main­tenant abandonnées si le malade capitaliste ne veut pas mourir d'une overdose de la drogue mortelle qui a été utilisée pour le maintenir en vie ces dernières années.

Après 1933, l'expansion du "salaire social", cette partie du coût de production et de repro­duction de la marchandise force de travail (ca­pital variable) payée directement par l'Etat, qui a été au départ un moyen de soumettre la classe ouvrière à l'Etat capitaliste, a aussi agi comme un stimulant de l'économie en crise. La croissan­ce du salaire social a toujours été liée aux po­litiques inflationnistes keynésiennes ; il s'en­suit que dans la situation présente, le salaire social est partout soumis à une attaque en règle et sauvagement amputé. Le démantèlement du "Welfare State" (Etat "providence"), nécessairement pris en charge tout autant par les gouvernements de gauche que de droite, supprime un des appuis idéologiques clé de la domination capitaliste sur le prolétariat ; en même temps, ceci amènera un rétrécissement accru d'un marché qui est déjà trop petit pour absorber la pléthore de marchan­dises que l'industrie est capable de produire.

L'économie de guerre, qui a été le véritable axe autour duquel le capitalisme d'Etat s'est dé­veloppé, et qui a commencé dans les années 30, n'a jamais été une politique économique en aucune manière, une tentative de vaincre les barrières intrinsèques de l'accumulation du capital, car la production d'armements constitue une stérilisa­tion de capital. Elle est par nature improductive en termes capitalistes. La fonction véritable de l'économie de guerre est toujours une préparation directe à la guerre inter impérialiste elle-même. Néanmoins, après 1933, dans le cadre de la période de déflation sauvage qui venait juste de se produi­re, l'économie de guerre pouvait avoir l'effet sub­sidiaire d'un stimulant momentané de l'économie. Aujourd'hui, alors que la production d'armement doit croître à un taux toujours plus rapide du fait que les deux blocs se préparent pour la guerre, son impact économique -tout au contraire des années 30- sera désastreux pour le capital. Face à des déficits budgétaires déjà incontrôlables, l'augmentation massive des dépenses militaires, que la croissance des antagonismes inter impérialistes rend nécessaire, est un fardeau économique qui ne fait qu'accélérer la descente du capitalis­me dans l'abîme.

Après 1933 l'autarcie et le protectionnisme ont été utilisés par Hitler et Roosevelt, en même temps qu'un financement déficitaire, pour combat­tre temporairement la saturation du marché inté­rieur alors même que le commerce mondial stagnait. Aujourd'hui l'extrême interdépendance des économies capitalistes avancées du bloc américain sous la domination des Etats-Unis, est telle que les fractions dominantes du capital dans chaque pays sont liées à là version américaine imposée du "libre-échange" qui a prévalu depuis 1945. Il est certain qu'il y a des voix et des secteurs crois­sants du capital dans chaque pays qui réclament un retour au protectionnisme, mais ceux-ci restent concentrés dans les secteurs les plus anachroniques et les plus faibles de chaque économie. Une poli­tique de protectionnisme ou d'autarcie est combat­tue par les secteurs les plus puissants de la classe capitaliste parce qu'elle menace directe­ment d'exacerber l'effondrement du commerce mondial et le système monétaire international, aussi bien que la cohésion même du bloc américain. La valeur réelle du protectionnisme pour le capital aujour­d'hui n'est pas celle d'une politique économique comme dans les années 30, mais celle d'une mysti­fication nationaliste pour tenter de dévoyer la lutte de classe, un instrument particulièrement important pour la gauche du capital dans l'oppo­sition 

Ce que nous constatons maintenant n'est rien moins que la faillite complète du keynésianisme, des politiques économiques sur lesquelles le ca­pitalisme s'est appuyé depuis les années 30. L'Etat ne peut plus compenser le manque de deman­de effective sur un marché saturé au travers de politiques inflationnistes qui ont été la cheville ouvrière du keynésianisme. Qui plus est, alors que la direction de l'Etat et le contrôle sur l'éco­nomie -qui est l'autre base du keynésianisme -vont continuer à s'accroître à un taux toujours plus rapide, il est maintenant plus que clair que ceux-ci ne peuvent fournir aucune "solution" à la crise économique. La faillite du keynésianisme est la manifestation éclatante de l'impasse de la classe capitaliste, la confirmation du fait qu'en termes économiques, la perspective à laquel­le fait face le capital mondial est beaucoup plus sinistre qu'elle ne l'était en 1933.

Le long recours au keynésianisme ayant brisé les véritables bases qui permettaient la poursuite de ces politiques inflationnistes, le capital n'a plus de nouveau palliatif économique pour les remplacer. La seule politique ouverte au capital aujourd'hui est la déflation et l'austérité, poli­tique économique qui ne peut que pousser le capi­tal plus loin dans l'abîme de la dépression mon­diale, tout en détruisant en même temps les bases sur lesquelles il a cherché à maintenir un semblant de contrôle idéologique sur le prolé­tariat (Welfare State, "salaire social", etc.).

Empêcher l'éclatement de l'ensemble du système monétaire international -véritable colonne ver­tébrale du capital mondial- par l'hyper-inflation, exige des politiques d'austérité et de déflation qui vont accélérer le plongeon de la production industrielle et du commerce mondial. Cependant, ces politiques vont elles-mêmes toujours générer de nouvelles pressions vers une faillite généra­lisée des nations et entreprises débitrices, ce qui a aussi pour résultat l'effondrement vérita­ble du système monétaire que les mesures d'austé­rité tentent de prévenir. Le dilemme est insolu­ble, sinon par une destruction des valeurs capi­talistes et une re division du marché mondial qui ne peut se faire qu'à l'échelle d'une troisième guerre mondiale -quoique la destruction physique d'un tel holocauste rendrait probablement problé­matique toute sorte de "reconstruction". Néanmoins, c'est le seul pas que le capital -par la nature de ses propres contradictions- doive faire. Ceci signifie que le capital doit tenter de répondre à cette nouvelle étape dans le déroulement de sa crise historique, non par des politiques économi­ques, qui ne sont aujourd'hui rien de plus qu'une opération de colmatage à très court terme, mais par une stratégie politique destinée d'abord à dévoyer ensuite à défaire la classe ouvrière. Seule une telle défaite peut ouvrir la voie à la "solution" capitaliste.



[1] Ceci, bien sûr, ne doit pas nous amener à ignorer le fait que les moyens par lesquels la bourgeoisie réagit aux antagonismes inter impérialistes et à la lutte de classe peuvent eux-mêmes affecter la maniè­re dont s'étend la crise économique.

[2] La situation de la classe capitaliste vis-à-vis du prolétariat est traitée dans l'autre partie du rapport sur la  situation  internationale.

[3] Il  est  clair que la  fonction objective de  toutes ces politiques était  de soumettre le prolétariat à l'Etat capitaliste et permettre à l'impérialisme de parachever sa mobilisation pour la guerre mondiale.