Présentation – 5°congrès du CCI.

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La vie des organisations révolutionnaires fait partie de la vie de la classe révolutionnaire. Mê­me si leur taille et leur influence sont peu impor­tantes, même si parfois certaines d'entre elles ont tendance à l'oublier, les organisations politi­ques prolétariennes sont sécrétées par le proléta­riat et sa lutte historique pour le communisme. Le comprendre, c'est avoir conscience de sa responsa­bilité.

Le 5ème Congrès du CCI, juillet 83, qui réunit des délégations en provenance de dix pays, fut ain­si, avec ses forces et ses faiblesses, non pas un événement "privé", oeuvre de quelques individus, mais un moment de la vie de la classe ouvrière. C'est dans cette optique que nous en rendons pu­blics les principaux documents dans ce numéro de la Revue Internationale.

Comme à l'habitude, notre Congrès s'est attaché aussi bien à définir les caractéristiques et les perspectives qui se dégagent de la période histori­que présente, qu'à faire le point sur 1'état de 1'orqanisation et à tracer les lignes d'orientation de son activité dans le proche avenir. Il s'est en outre penché plus spécifiquement sur la question générale du parti politique prolétarien et a adopté une "Adresse aux groupes politiques prolétariens", mettant en avant la nécessité d'oeuvrer -face à la crise qui a durement secoué depuis plus de deux ans un milieu révolutionnaire déjà faible vers un plus grand esprit de débat et de confrontation fraternels, combattant plus énergiquement que jamais tout esprit de chapelle et de sectarisme.

LA SITUATION INTERNATIONALE

"A l'aube des années 80, nous avons analysé la décennie qui commençait comme les années de vérité, les années où les convulsions et la faillite ouver­te du mode de production capitaliste allaient dé­voiler dans toute sa clarté l'alternative histori­que : révolution communiste ou guerre impérialiste généralisée. A la fin du premier tiers de cette période,  on peut constater que cette analyse s'est pleinement confirmée: jamais,  depuis les années 30, l'impasse totale dans laquelle se trouve l'économie capitaliste ne s'était révélée avec une telle évidence ; jamais depuis la dernière guerre mondiale, la bourgeoisie n'avait déplacé de tels arsenaux mi­litaires,  n'avait mobilisé de tels efforts en vue de la production de moyens de destruction ; jamais depuis les années 20,  le prolétariat n'avait mené des combats de l'ampleur de ceux qui ont secoué la Pologne et l'ensemble de la classe régnante en 1980-81. Cependant, ce n'est là qu'un début. En particulier, si aujourd'hui les dirigeants bour­geois semblent se consoler en bavardant sur la 'reprise économique',  ils ont du mal à masquer que le plus fort de la crise est devant nous. De même, le recul mondial des luttes ouvrières qui a suivi les formidables combats de Pologne ne constitue qu'une pause avant les énormes affrontements de classe qui mettront en mouvement les détachements décisifs du prolétariat mondial,  celui des grandes métropoles industrielles et notamment d'Europe occidentale". (Résolution sur la situation inter­nationale).

Le rapport (en deux parties) et la résolution sur la situation internationale publiés dans ce numéro, adoptés par le Congrès, ont ainsi particulièrement souligné, sur le plan de la vie du capital :

-   l'impossibilité pour la bourgeoisie mondiale de définir une quelconque politique économique lui per­mettant de relancer véritablement sa machine écono­mique ;

-   le fait que le capital apparaît de plus en plus comme ce qu'il est : un rapport social devenu anachronique et dont la survivance ne peut plus engen­drer que misère et barbarie ;

Et sur le plan de la lutte de classe :

-   le fait que le recul des luttes ouvrières, sur­tout en Europe occidentale, depuis 1980, produit d'une contre-offensive de la bourgeoisie au niveau international, est inévitablement momentané, les conditions de son dépassement ne cessant de se déve­lopper avec 1'approfondissement de la crise et l'usure inexorable des mystifications bourgeoises ;

-   le fait que le prolétariat, s'il se trouve en­core souvent paralysé, déboussolé devant 1'ampleur de l'attaque économique et politique du capital, maintient une combativité intacte et -contrairement aux années 30- échappe à tout embrigadement idéologique réel ;

-   le fait qu'en ce sens, le cours historique ac­tuel demeure celui ouvert depuis 1968 : vers le dé­veloppement d'affrontements de classe de plus en plus décisifs, ouvrant la possibilité du triomphe de la révolution communiste mondiale.

L'ETAT DU CCI. ET LA CRISE DU MILIEU REVOLUTIONNAIRE

Dans ces conditions, peut-on estimer que le CCI et plus généralement l'ensemble du milieu révolu­tionnaire a été et est à la hauteur de la situa­tion ?

Comment se sont adaptées, comment se préparent les organisations révolutionnaires aux échéances de l'histoire ? Voici ce qu'en dit la Résolution sur la vie et les activités du CCI adoptée par le 5ème Congrès :

"Depuis son 4ème Congrès (1981), le CCI  a connu la crise la plus grave de son existence. Une crise qui, au delà des péripéties particulières de 'l'affaire Chénier' ([1]), a secoué profondément l'or­ganisation,  lui a fait frôler l'éclatement, a pro­voqué directement ou indirectement le départ d'un quarantaine de ses membres, a réduit de moitié les effectifs de sa deuxième section territoriale.  Une crise qui s'est traduite par tout un aveuglément, une dés orientation comme le CCI n'en avait pas con­nus depuis sa création.  Une crise qui a nécessite pour être dépassée,  la mobilisation de moyens ex­ceptionnels : la tenue d'une Conférence Internatio­nale extraordinaire, la discussion et l'adoption de textes d'orientation de base sur la fonction et le fonctionnement de l'organisation révolutionnaire ([2]), l'adoption de nouveaux statuts".

Dès janvier 1982, le CCI affirmait dans une réso­lution de sa Conférence Internationale extraordi­naire que : "les difficultés que traverse, le CCI ne lui sont pas propres et sont une expression d'une crise qui touche l'ensemble du milieu révolu­tionnaire.  Cette crise est l'expression du fait que les convulsions des   'années de vérité',  qui tou­chent toute la société,  n'épargnent pas les groupes communistes.  Pour eux,  également les années 80 sont les  'années de vérité'  et l'histoire ne leur par­donne aucune faiblesse".

Le 5ème Congrès a tiré un bilan positif de la fa­çon dont le CCI a fait face à cette crise : "Le CCI porte avec lui l'ensemble des faiblesses qui affectent tout le milieu prolétarien.  S1il a mieux résisté à ces faiblesses,  s'il a pu s'éviter l'écla­tement dont d'autres groupes ont été victimes,  s'il a pu retrouver l'essentiel de son équilibre après la crise de 1981,  il le doit essentiellement au ca­dre solide de sa plateforme et de ses statuts, basé sur l'expérience de toute la Gauche Communiste (même s'il l'a négligée,  oubliée,  ignorée pendant quelque temps)". (Résolution sur la crise et les activités du CCI).

Avoir les moyens programmatiques et organisationnels pour permettre à 1'organisation de comprendre et de s'adapter aux exigences de la période historique, tel est un objectif permanent pour toute or­ganisation communiste si elle ne veut pas vivre à la merci de débandades de plus en plus destructri­ces dans la tourmente sociale gui se lève.

Voici comment le 5ème Congrès a concrétisé cet effort dans sa Résolution d'activités : "Le 4ème Congrès du CCI,  tenu neuf mois après les grèves de masse en Pologne,  ne pouvait encore percevoir la tendance au repli des luttes.  Le Sème Congrès, par contre, prend acte du fait que, depuis deux ans, l'offensive de l'ensemble de la bourgeoisie mondia­le,  basée sur la carte de la  'gauche dans l'opposi­tion, a été couronnée d'un certain succès,  ce qui a comme conséquence,  non seulement une diminution très sensible des combats de classe, mais également de l'audience des idées révolutionnaires  (baisse des ventes, des participants aux réunions publiques, etc.).  Cette situation n'est que temporaire, mais, tant qu'elle dure,  les révolutionnaires doivent en tenir compte afin de ne pas gaspiller leurs forces et ne pas arriver épuisés aux batailles décisives. En ce sens, reste on ne peut plus valable,  la con­signe donnée par la Conférence extraordinaire : l'organisation devra, lorsque nécessaire, opérer un repli dans l'ordre afin de consacrer le meilleur de ses efforts à ce qui est essentiel dans la pério­de présente : le renforcement du cadre politique et organisationnel. Mieux vaut moins mais mieux".

La maîtrise que doit avoir une organisation révo­lutionnaire sur sa propre activité est d'autant plus importante que la période historique n'en demeure pas moins, dans ses  tendances profondes, une pério­de de montée de la lutte de classe. L'organisation doit être prête à pouvoir accentuer son activité d'intervention en très peu de temps et sans débanda­des activistes, comme ce fut trop souvent le cas dans la période de luttes de 1978-80.

LES STATUTS

Il ne suffit cependant pas, pour une organisation communiste, de posséder une bonne analyse de la si­tuation historique et des orientations générales d'activité. Encore faut-il qu'elle dispose d'une structure et d'une forme de vie organisationnelles qui lui permet de concrétiser dans sa pratique quotidienne et avec une réelle homogénéité dans toutes ses  sections, ces orientations.

Les statuts de l'organisation sont des instruments de cet objectif. Produits de l'expérience historique de toutes les organisations communistes du passé et de la capacité de l'organisation à assimiler cette expérience et à s'en servir face aux problèmes de son époque, les statuts d'une organisation tradui­sent la maturité organisationnelle et politique de celle-ci.

Ils sont une concrétisation pratique de toutes les conceptions de l'organisation en ce qui concer­ne des questions aussi essentielles que : la com­préhension du déroulement du processus révolution­naire, de la prise de conscience de classe, la pla­ce des révolutionnaires dans ce processus, centra­lisation et démocratie ouvrière, les rapports de­vant exister au sein de la classe révolutionnaire en lutte, et donc au sein de ses organisations po­litiques. C'est ainsi que, en cohérence avec ses conceptions générales, le CCI matérialise dans ses statuts, le rejet des conceptions fédéralistes, mo­nolithiques et substitutionnistes par exemple (voir "Le fonctionnement de l'organisation des révolution­naires" dans la Revue Internationale n°33, 1er tri­mestre 1983).

En se donnant de nouveaux statuts ([3]), le CCI a renforcé sa capacité à être à la hauteur des tâches de la période.

Mais si les statuts sont un cadre organisationnel immédiat, ils sont en même temps une préparation pour l'avenir. Cette préparation passe aussi par une compréhension toujours renouvelée et enrichie de ce que sont et seront la forme, la fonction et le fonctionnement des organisations communistes du prolétariat. C'est ainsi gue le 5ème Congrès a pla­cé dans son ordre du jour la question du parti.

LE PARTI

Le texte adopté par le Congrès, publié dans ce numéro, n'apporte pas d'innovations particulières à ce qu'a été l'analyse du CCI depuis ses  débuts. Il est surtout une affirmation de la méthode avec laquelle cette question doit être abordée, c'est-à-dire historiquement.

Trop souvent, les débats sur la question de l'or­ganisation communiste se sont laissés enfermer dans des analyses idéologiques (conseillisme, partidisme) où les syllogismes abstraits ignorent et manquent l'essentiel : la pratique, l'expérience historique du mouvement réel.

Les conférences de la Gauche Communiste avaient été sabordées par le PCI (Battaglia Comunista) et par la CWO (Communist Workers'Organisation) au nom des désaccords avec le CCI sur la question du par­ti. Au lieu de mener, comme le demandait le CCI, le débat sur ces problèmes au sein des conférences, publiquement, ouvertement, ces organisations ont préfère "fuir" la confrontation et imposer l'adop­tion de leur analyse sur le parti comme critère de participation aux conférences, excluant de ce fait le CCI.

La publication du document adopté par le 5ème Congrès se veut ainsi une contribution pour la pour­suite de ce débat sur la seule base gui puisse ser­vir de référence objective : l'expérience de notre classe. Il est par là un appel aux autres organisa­tions révolutionnaires à assumer leurs responsabi­lités et à prendre conscience de leur importance réelle sans surestimation mégalomaniaque ni sous-estimation auto castratrice.

L'ADRESSE AUX GROUPES PROLETARIENS.

Les classes dominantes ne craignent rien autant -et pour cause- que la perspective d'une révolution communiste.

Les groupes politiques prolétariens sont les dé­fenseurs principaux de la perspective révolution­naire ; leur affaiblissement est un renforcement des classes exploiteuses.

Face à la situation actuelle, face à la crise qui secoue encore le milieu révolutionnaire, au moment où les responsabilités de ce qui devrait être une avant-garde du prolétariat mondial décuplent, plus que jamais, doivent être combattues les tendances à l'atomisation, à 1'éparpillement activiste ou académiste, à l'esprit de chapelle, au sectarisme et au dénigrement des autres groupes que soi. Plus que jamais, il est indispensable que les groupes révolutionnaires sachent se donner les moyens d'une vie politique où les uns n'ignorent pas les autres, où le débat et la confrontation théorique ouverts permettent de dépasser les divergences et servent de point de référence pour toutes les forces com­munistes qui naissent et naîtront avec l'intensifi­cation et la généralisation des combats de classe. Tel est le sens de l'adresse adoptée par le Congrès.



[1] A propos de "l'affaire Chénier", voir Revue Internationale n°28, "La crise du milieu révolutionnaire", et le "Communiqué à tous les militants révolutionnaires" publié dans la presse territoriale du CCI.

[2] "La fonction de l'organisation révolutionnaire", Revue Internationale n°29; "Le fonctionnement de l'organisation des révolutionnaires", Revue Internationale n°33.

[3] Il s'agit en fait d'une reformulation et précision de certains points en fonction de l'expérience acquise depuis l'adoption des premiers statuts du CCI en 1976.