Convulsions dans le milieu révolutionnaire : le P C I (Programme Communiste) à un tournant de son histoire

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Depuis la fin des années 60, la  classe ouvrière, en engageant la lutte internationalement (1968 en France, 1969 en Italie, 1970 en Pologne, 1975-76 en Espagne, etc.) a mis un terme à cinquante ans de contre-révolution. La grève de masse en Pologne en 1980-81 a marqué jusqu'à présent le point le plus haut d'une nouvelle reprise qui mène à des affrontements de classe décisifs qui décide­ront du sort de 1'humanité : révolution ou guerre.

La bourgeoisie à 1'échelle internationale reconnaît le danger mortel pour son  système contenu dans la combativité ouvrière. Par dessus les frontières nationales et même celle  des blocs impérialistes, la classe capitaliste collabore pour faire face au danger de la grève de masse. Le prolétariat n'aura pas devant  lui une bourgeoisie surprise et  déconcertée comme dans la première vague de lutte de 1968, il affrontera une bourgeoisie avertie, préparée à utiliser au maximum ses capacités de mystification, de dévoiement et de répression. Le processus d'unification internationale de la classe ouvrière dans sa lutte pour la destruction du capitalisme s'annonce comme un processus  long et difficile.

C'est à cette réalité que les minorités révolutionnaires qui participent du processus d'unité et de prise de conscience de la classe ouvrière se trouvent confrontées. Loin d'être à la hauteur des exi­gences de la période actuelle, les organisations révolutionnaires sont extrêmement minoritaires et se débattent dans une confusion politique et une dispersion organisationnelle profondes.

Depuis plus d'un an, les faiblesses n'ont fait que s'accentuer dans des disparitions de groupe et des scissions. Ce phénomène culmine aujourd'hui avec la crise qui secoue le Parti Communiste International (Programme Communiste). Après une vague d'exclusions et de nombreux départs, c'est une majorité de 1'organisation qui va rejoindre les positions les plus chauvines et nationalistes de la bourgeoisie, en prenant position pour un camp dans la guerre impérialiste au Moyen-Orient. Cette organisation paye le prix de sa sclérose politique et organisationnelle.

Son incapacité à tirer un bilan critique de la vague révolutionnaire des années 1917-23 et de la contre-révolution qui 1'a suivie, des positions de 1'Internationale Communiste et des fractions de gauche qui s'en sont dégagées, - en particulier sur la question nationale et syndicale et sur la question de 1'organisation des révolutionnaires et du parti -, son incapacité à comprendre les enjeux de la période actuelle, l'ont mené tout  droit à 1'opportunisme et à 1'activisme, jusqu'à la dislocation de 1'organisation.

C'est une responsabilité de 1'ensemble des organisations révolutionnaires de tirer les leçons de cette crise qui exprime la faiblesse générale du mouvement révolutionnaire aujourd'hui, et de contribuer activement à ce que la décantation nécessaire et inévitable ne se transforme en dis­persion des énergies révolutionnaires. L'histoire ne pardonne pas, et si les organisations révo­lutionnaires aujourd'hui ne sont pas capables de répondre aux exigences de la situation, elles seront balayées sans recours, affaiblissant la classe ouvrière dans sa tâche de défense des perspectives du communisme au cours  de ses combats.

"Une crise qui est pour nous très grave et dont les répercussions sur toute notre organisation seront probablement  décisives, vient d'éclater dans le Parti"  (Le Prolétaire n°367, Il Programma Comunista n°20, "Mieux vaut moins mais mieux").  Les articles de la presse nous informent de départs en cascade :

En France ;

- la scission de ceux qui Se regroupent autour d'El Oumami, autrefois organe du PCI pour l'Algérie, aujourd'hui devenu l’"organe des communistes léninistes algériens", pour défendre des positions nationalistes bourgeoises dans le plus pur style tiers-mondiste ;

- le départ de la majorité des membres à Paris et d'autres un peu partout en France "parmi les­ quels  ceux qui  avaient  des  responsabilités de di­ rection",  apparemment sur des positions proches d'El Oumami, avec pour certains le projet de sor­tir une revue, Octobre.

"En  Italie, la crise a  secoué  toutes  les  sections du  fait même de sa précipitation, mais  à  la  liqui­dation n 'ont  adhéré que quelques camarades de Tu­rin et - nous ne savons pas encore combien - quel­ques camarades de Florence" (Il Programma Communista 29-10-82).

En Allemagne, la disparition de la section et de la publication Proletarier.

La presse du PCI, en donnant ces nouvelles, ne parle pas :

- de l'expulsion l'an dernier des sections du sud de la France dont Marseille, par la même di­rection qui est partie actuellement en France, et des sections en Italie, dont Ivrea. Il semble­rait que les expulsés mettaient en question toute la politique consistant à mettre en place une pano­plie de "comités" ("comité contre les licencie­ments", "comité anti-répression", comités dans l'armée, féministes, de squatters, etc.), ayant tous pour objectif de mieux "implanter" le Parti au sein des "luttes sociales".

- des départs d'autres éléments ensuite, pour protester contre ces expulsions, et des démissions individuelles pour des raisons non encore claires.

- de la disparition du "secteur Amérique Latine".

Ce sont des pans entiers du PCI qui se sont vola­tilisés en quelques mois sans aucune clarté réel­le. Pourquoi cette crise ? Pourquoi maintenant ?

Les événements de la période de montée des luttes de classe aujourd'hui commencent à dissiper le brouillard de l'idéologie bourgeoise dans la tête des ouvriers. De même, ils mettent à l'épreuve les positions politiques des minorités révolutionnai­res en balayant les débris des groupes gangrenés par l'idéologie bourgeoise, en secouant, plus, disloquant des groupes ambigus et inutiles.

Dans ce sens, la crise du PCI est la manifesta­tion la plus spectaculaire des convulsions du mi­lieu révolutionnaire aujourd'hui. Il y a un an, quand nous avons parlé des convulsions, des scis­sions, des régressions politiques dans le milieu révolutionnaire (Revue Internationale n°28) face aux "années de vérité", tout le milieu politique a fait la sourde oreille. Aujourd'hui, peut-être ces messieurs vont-ils se réveiller ! Le milieu révolutionnaire (y inclus le PCI) n'a pas voulu créer un cadre de Conférences internationales, permettant la décantation des positions politiques dans la clarté ; aujourd'hui, il subit la décan­tation par la "force des choses", avec tous les risques de perte des énergies militantes que cela comporte. Même si aujourd'hui, il est clair que la réalité sanctionne les insuffisances programma­tiques du PCI, il est de la responsabilité des ré­volutionnaires de tirer le bilan qui s'impose im­périeusement pour éviter de répéter les mêmes er­reurs à 1'infini.

On ne peut ignorer que pendant longtemps le PCI a été un pôle de référence dans plusieurs pays pour des éléments qui cherchaient la voie des positions de classe. Mais en se basant sur un programme politique inadéquat et erroné, sur une structure interne de secte, le PCI s'est sclérosé au fil des années. Sa régression politi­que s'est révélée à l'épreuve des événements : devant le massacre au Liban, le PCI a appelé les prolétaires au Moyen-Orient à lutter "jusqu'à la dernière  goutte  de sang"   pour défendre la cause palestinienne à Beyrouth. Quelques mois après, 1'organisation éclate.

La crise ne s'explique pas comme semblent le croire aussi bien les scissionnistes que le PCI "maintenu" par des erreurs "de la direction"  ou par des erreurs "tactiques".  Ce sont des erreurs programmatiques, à la base même de la constitution du PCI qui se payent aujourd'hui. Le "retour à Lénine" pour appuyer la "glorieuse lutte de libération nationale" que préconisent les scissionnistes, pour couvrir tout simplement leur démarche maoïsante est toute proche de la position du PCI. Si le PCI ne tient qu'à un fil aujourd'hui, cette manière d'expliquer la crise en termes d'"erreurs de direction" et de "tactique" va le couper défi­nitivement.

UNE CRISE QUI ILLUSTRE LA FAILLITE D'UNE CONCEPTION DE L'ORGANISATION

LE BLUFF DU PCI

La crise aujourd'hui laisse un bilan accablant pour "le parti compact  et puissant de demain".

Elle se traduit, selon la presse du PCI, "par 1'effondrement organisatif du centre internatio­nal et la disparition de 1'ancienne Rédaction du Prolétaire, par le départ de tous les responsa­bles centraux de France"  (Le Prolétaire n°367). Les militants qui restent dans le PCI n'étaient au courant de rien. Ils en sont réduits à faire des appels dans la presse pour que les membres qui veulent rester dans le parti se manifestent en écrivant à la Boite Postale ! C'est incroyable d'être acculé ainsi à donner à l'Etat un moyen de repérage si facile.

Les fameux et arrogants "responsables centraux" sont partis en emportant le matériel, l'argent, "y compris les cotisations qui avaient été payées le jour même" (d'après un militant du PCI à Paris), des locaux. Voila des moeurs de gangstérisme po­litique de la bourgeoisie totalement étrangères au prolétariat que nous avions stigmatisées sans ambiguïté lors de l"Affaire Chénier" pendant la crise du CCI (voir Revue Internationale n°28).

Les grands mots ronflants sur le parti pur et dur, "centralisé", n'étaient qu'un bluff. Le PCI s'effondre comme un château de cartes : "La crise s'est  traduite par une activité décentralisée et localiste, couverte seulement en apparence par une centralisation de façade" (Il PC 29-10-82). Les grands discours sur le "centralisme organique" cachaient un fédéralisme de la pire espèce où chaque partie de l'organisation finit par n'en faire qu'à sa tête, une structure molle ouverte à tous les vents de l'idéologie bourgeoise, véri­table pépinière d'irresponsables, d'apprentis-bureaucrates, de futurs sergents-recruteurs pour les massacres impérialistes, comme déjà aujour­d'hui pour le Moyen-Orient.

Après s'être gargarisé de mots pendant 40 ans sur le parti qui "organise" la classe ouvrière, on ne peut tomber de plus haut.

Peut-être que cette crise servira de leçon à tous les groupes dans le mouvement actuel qui ré­duisent tout débat à la question du parti, qui se décernent des titres de gloire qu'ils n'ont rien fait pour mériter, qui entravent tout progrès réel vers un véritable Parti de la classe ouvriè­re par leurs prétentions absurdes d'aujourd'hui. Expliquer les difficultés de la lutte de classe dans la situation internationale par l'absence du parti, tracer comme seule perspective celle de sa présence eucharistique qui résoudra tout, comme l'a ressassé le PCI depuis des années, est non seulement faux et ridicule, ça se paye. Comme nous le disions : "Le drame du bordiguisme est de vouloir être ce qu'il n'est pas : le Parti, et de ne pas vouloir être ce qu'il est : un groupe po­litique. Ainsi, il n'accomplit pas - sauf en paroles - les fonctions du parti qu 'il ne peut accomplir, et n'assume pas  les  tâches,   mesquines à ses  yeux,   d'un  vrai groupe politique" ("Une caricature de parti : le parti bordiguiste", Revue Internationale n°14).

Où est donc le fameux parti "bloc monolithique" ? Sans failles ? Ce "monolithisme", revendiqué par le PCI, n'a jamais été qu'une invention stalinien­ne. Il n'y a jamais eu d'organisations "monolithi­ques" dans l'histoire du mouvement ouvrier. La discussion constante et la confrontation politique organisées dans un cadre unitaire et collectif, est la condition d'une véritable solidité, homo­généité et centralisation d'une organisation po­litique prolétarienne. En étouffant tout débat, en cachant les divergences derrière le mot de "discipline", le PCI n'a fait que comprimer les contradictions jusqu'à l'éclatement. Pire, en em­pêchant la clarification à l'extérieur comme à l'intérieur de l'organisation, il a endormi la vigilance de ses militants. La sécurisation bor­diguiste de la vérité pyramidale, la direction des chefs, a laissé les militants dépourvus d'armes théoriques et organisationnelles devant les scis­sions et les démissions. C'est ce que le PCI sem­ble reconnaître lorsqu'il écrit : "Nous entendons traiter (ces  questions) de  façon plus  ample dans notre presse, en mettant nos lecteurs  devant les problèmes qui  se posent  à  l'activité  du parti" (Il PC, id.). Ces mots semblent être pour le mo­ment plus un clin d'oeil aux militants qui sont partis dans une confusion politique complète, et dont certains ne se doutent certainement pas du bourbier dans lequel ils se sont enfoncés, qu'une véritable reconnaissance de la faillite de l'étouffoir du PCI "seul au monde". La reconnaissance de la nécessité d'ouvrir le débat sur "les problè­mes  qui  se posent  à l'activité", et l'ouverture effective de discussions à l'intérieur et à l'ex­térieur est une des conditions pour garder le PCI au prolétariat, pour lutter contre la pourriture politique qui ronge l'organisation. Le PCI a con­nu d'autres scissions dans ses quarante ans d'exis­tence, mais celle d'aujourd'hui ébranle non seu­lement son cadre organisationnel, mais les fonde­ments de sa trajectoire politique, et le met de­vant l'alternative : tiers-mondisme ou marxisme.

L’INTERNATIONALISME CONTRE TOUTE FORME DE NATIONALISME

LE NATIONALISME AVOUE D1EL OUMAMI

El Oumami a scissionné avec le PCI parce que le jusqu'auboutisme dans la défense de l'OLP a Bey­routh devait y rencontrer des résistances. Ces résistances doivent être bien faibles si on en juge par la position du PCI sur la question. On peut cependant supposer qu'elles portent sur le degré d'engagement, El Oumami intitulant le do­cument dans lequel il Se présente : "Du parti-pro­gramme  au parti   d'action   révolutionnaire". Tout un programme !

El Oumami défend le caractère progressiste du mouvement national palestinien contre "le cancer greffé sur le  corps arabe qu'est 1'entité  sionis­te", "1'Etat-colon, mercenaire, raciste  et  expan­sionniste d'Israël". Pour El Oumami, il est hors de question de mettre sur un pied d'égalité "l'Etat-pied-noir"  et les "Etats  légitimes"  du "monde arabe".

Ce type de distinction a toujours été l'argu­ment de la bourgeoisie pour embrigader la classe ouvrière dans la guerre. Oui, tous les Etats ca­pitalistes sont ennemis de la révolution, nous dit-on, mais il y a l'ennemi n°1 et l'ennemi n°2. Pour la première guerre mondiale, "battons-nous contre "le despotisme russe" disait en substance la Social-Démocratie allemande ; pour l'autre camp, c'était se battre contre "le militarisme prussien". Dans la 2ème guerre mondiale, c'est avec le même langage que les "antifascistes" de tous bords, staliniens en tête, ont embrigadé les pro­létaires en appelant et en participant à "abattre l'ennemi n°1", "l'Etat fasciste", pour défendre "l'Etat démocratique".

Pour El Oumami, 1'"union sacrée juive" fait disparaître les antagonismes de classe à l'intérieur d'Israël. Inutile donc de faire des appels au prolétariat d'Israël. C'est exactement le "peuple allemand, peuple maudit" des staliniens pendant la 2ème guerre mondiale. Et quand, au cours d'une ma­nifestation "OLP-Solidarité", aux cris de "Sabra et Chatila, vengeance !", El Qumami se vante d'a­voir "capturé un sioniste qui a reçu une  terrible raclée",  on est au niveau de "à chacun son boche" du PCF à la fin de la 2ème guerre.

El Oumami se joint aux rangs de la bourgeoisie au niveau du chauvinisme le plus abject. A ce niveau, c'est un groupe maoïsant, tiers-mondiste virulent, qui ne mérite pas qu'on s'attarde particulière­ment. Mais ce qui frappe, en lisant les textes, c'est que ces chauvins nationalistes ont plein la bouche de la Gauche Italienne, cette fraction de la Gauche Communiste Internationale qui fut une des rares et la plus conséquente pour résister à la contre-révolution et maintenir l'internationalisme prolétarien dans la tourmente de la 2ème guerre impérialiste.

Comment le PCI, "continuateur" de la Gauche Italienne, a-t-il pu laisser se développer un tel poison nationaliste en son sein ? Et c'était la direction de Paris, la rédaction du Prolétaire, la rédaction d'EI Oumami, la section en Allemagne ?

Nous rappellerons dans la troisième partie de cet article comment le PCI a conçu cet enfant dans l'oubli de toute une période de l'histoire de la Gauche Italienne entre 1926 et 1943, com­ment il s'est formé avec des groupes de "Parti­sans" de la "Résistance" en Italie, le "comité anti-fasciste de Bruxelles" en 1945, comment les confusions politiques sur le rôle de 1'"antifas­cisme" et la nature des camps en présence à la fin de la 2ème guerre mondiale que le(s) PCI n'ont jamais clarifiées, sont à la racine de ce qui éclate au grand jour aujourd'hui.

Parce que le PCI a nourri cet enfant et le re­connaît même aujourd'hui, ce dernier est le pro­duit légitime de sa propre incohérence et dégéné­rescence.

LE NATIONALISME HONTEUX DU P.CI.

"Pour le vrai révolutionnaire naturellement, il n'y a pas de 'question palestinienne', mais  uni­quement  la  lutte des  exploités du Moyen-Orient, arabes  et juifs  y compris, qui fait partie de la lutte  générale des exploités du monde entier" (Bilan n°2).

El Oumami s'en fout d'une telle position : à l'école de la "tactique" du PCI, il pose la ques­tion non pas en terme de classes, mais en terme de nations. Le futur "parti d'action révolutionnaire" met donc son géniteur, le PCI, au pied du mur, connaissant fort bien son incohérence congé­nitale, et lui lance un défi : "Imaginons un ins­tant 1'invasion de la Syrie par 1'Armée Sioniste. Devons-nous rester indifférents ou pire (sic) ap­peler au défaitisme révolutionnaire sous prétexte que 1'Etat syrien est un Etat bourgeois à abat­tre ? Si les camarades du  Prolétaire sont  consé­quents, ils doivent  le déclarer publiquement. Quant à nous,  nous prenons position ouvertement contre Israël". Et encore : "Le  Prolétaire se pro­nonce pour la destruction de 1'Etat pied-noir d'Israël. Soit. Mais  en même  temps,  il  soutient que les  Palestiniens  subissent  une oppression nationa­le dans  les pays  arabes, qu'Israël  est  entré au Li­ban  continuer 1'oeuvre de la Syrie. Alors, où rési­de la spécificité d'Israël? Devons-nous comprendre que la destruction de1'Etat pied-noir a la même signification que la destruction des Etats arabes, aussi  réactionnaires soient-ils   ?".

Pour El Oumami, c'est net : le critère réaction­naire ne doit pas jouer pour un prolétaire arabe. Son Etat, c'est un Etat arabe, un point c'est tout. D'abord la guerre, après les lendemains qui chantent.

Mais que répond le PCI ? Que répondent les défen­seurs intransigeants, les héritiers de la Gauche Italienne, le Parti Historique ? Tout juste un pe­tit "oui, mais"...

L'article "La lutte nationale des masses palesti­niennes dans le cadre du mouvement social au Moyen-Orient" publié dans Le Prolétaire et II Programma commence en nous sermonnant sur le sentiment panarabe, le capital arabe, la tendance unitaire ara­be et la nation arabe : le rêve d'un étudiant uni­versitaire qui a du rater la fin du cours sur le panslavisme, la négritude, et autres guevarismes des années 60.

Le "capital arabe" n'est pas inféodé au capital américain... Ce serait une vision "superficielle". Par contre, "l'Etat colon juif" l'est "constitutionnellement". Le PCI ne dit pas qu'Israël est totalement un bloc sans classes, niais que les prolétaires là-bas lui semblent "plus anti-arabes que les bourgeois". Et les sentiments xénophobes ne touchent jamais les prolétaires palestiniens ou français ou italiens comme de bien entendu. Et pour finir, on nous sort la vieille cuisine du niveau le plus bas du"maoïsme"le plus répugnant qu'on pouvait trouver chez les "Students for Démocratie Socialism" américains, sur la classe ouvrière ayant "le privi­lège de peau blanche"  qui exploiterait les ouvriers noirs d'Amérique.

Quant à l'OLP, il reste un défenseur de la veuve et de l'orphelin à "la pointe la plus avancée des luttes sociales  gigantesques du Moyen-Orient".

Le PCI affirme : "C'est précisément sur le terrain de la lutte commune (entre bourgeoisie et proléta­riat) que les prolétaires palestiniens  et arabes peuvent acquérir la  force pour se dresser contre leurs  alliés apparents,  mais  en  réalité déjà  leurs ennemis  d'aujourd'hui".  De qui ? De quoi ? Ah, mais ce n'est que "1'apparence qui   est  inter-classiste" nous dit la science bordiguiste... En réa­lité la guerre des Classes "vit à l'intérieur des sujets physiques eux-mêmes", (...) "au-delà et en dehors et même contre la  conscience des  individus eux-mêmes". Le PCI remplace la politique par la psychologie individuelle.

"Il  faut renforcer la  lutte nationale en  la  rem­plissant  de contenus que la bourgeoisie se garde bien de lui donner".  Ceci s'appelle défendre la "révolution double", sans y être et tout en y étant.

Cet article de clarification (?) finit tout sim­plement dans le délire. Il faut "construire une armée à direction prolétarienne grâce au  travail organisatif des  communistes"  pour créer un "cobelligérant"  avec l'armée de l'OLP !!

Le PCI déverse exactement les mêmes lamentations que la scission : "Le prolétariat dans les métropo­les ne se mettaient pas vraiment en mouvement"; alors "à sa place, on a cherché les mouvements de jeunes, de femmes, anti-nucléaire,  pacifiste" (Le Prolétaire n°367). C'est le triste refrain de tous les tiers-mondistes, les étudiants, les blasés et les modernistes : le prolétariat les "déçoit".

Comme le PCI prétendait être déjà le parti, ses enfants n'ont fait que vouloir le mouvement "tout de suite" ; de là ses qualificatifs de "mouvementistes" pour les démissionnaires et les scission­nistes. Une scission "propre", El Oumami ? Cette scission est proprement tombée dans le gauchisme du PCI.

Sortir de ce marasme gauchiste ne sera pas facile pour le PCI. Il n'en  prend pas le chemin. Pour le moment, il gémit des "mea culpa" exactement sur le même terrain qu'El Oumami. Le Parti n'aurait pas su faire "le lien tactique" avec les masses ; il serait resté trop "abstrait", trop "théorique". Tout cela est faux. Le PCI a utilisé le mot "pro­gramme communiste" pour couvrir un vide théorique et justifier une pratique de soutien au nationalisme et d'activisme sans principes. Ce vide théorique et sa pratique actuelle, c'est ce que nous al­lons voir maintenant.

LA SOURCE DES ERREURS : LE VIDE THEORIQUE

"Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d'un poids très lourd sur le cerveau des vivants" (Marx. "Le 18 Brumaire").

L'IC ET LES GAUCHES

Pour expliquer la crise du PCI, il faut remonter aux sources de sa régression politique, au manque de compréhension des erreurs de 1'Internationale Communiste (IC), au nécessaire réexamen critique du passé que le milieu actuel n'a jamais su ni voulu faire jusqu'au bout.

La Gauche Communiste des années 20 n'a pas cher­ché à expliquer la dégénérescence de l'IC par une "crise de direction", comme le fait le PCI aujour­d'hui, pour lui-même, ni seulement par des"erreurs tactiques". Ce serait la réduire au tronc commun du trotskisme : "la crise du mouvement révolutionnaire se résume à la  crise  de  sa  direction"   (Programme de transition de Trotsky). La Gauche Communiste se rendait compte que l'IC fondée sur une vague révo­lutionnaire internationale surgissant brusquement de la guerre, n'arrivait pas à saisir toutes les exigences de la nouvelle"période de guerre et de révolution". Chacun des Congrès de l'IC témoigne à un degré grandissant des difficultés à saisir les implications de la crise historique du capita­lisme, à se débarrasser des anciennes tactiques social-démocrates, à comprendre le rôle du parti et des conseils ouvriers. Dans la situation tour­mentée de l'époque, tirer toutes les implications programmatiques d'une telle situation était impos­sible. Vouloir aujourd'hui ériger tout ce qu'a pro­duit l'IC en dogmes serait justement tourner le dos à la Gauche Communiste.

Au sein de l'IC, les Gauches allemande, italien­ne, hollandaise, anglaise, russe, et américaine étaient l'expression de 1'avant-garde du proléta­riat des grands centres industriels. Avec ses for­mulations hésitantes et souvent confuses, la Gauche a essayé de poser les vrais problèmes de la nouvel­le époque : est-ce que les syndicats restent des organes de la classe ouvrière ou ont-ils été hap­pés dans l'engrenage de l'Etat bourgeois ? Faut-il en finir avec la tactique "parlementaire"? Comment comprendre la lutte nationale dans l'ère globale de l'impérialisme ? Quelle est la perspective pour ce nouvel Etat russe ?

La Gauche Communiste n'a jamais réussi à s'assu­mer en tant que fraction au sein de la 3ème Inter­nationale, à confronter les  positions en son sein. Dès 1921 (moment de l'interdiction "provi­soire" des fractions dans le Parti bolchevik en Russie), la Gauche allemande (KAPD) est exclue de l'IC. L'élimination successive de toutes les Gau­ches va suivre jusqu'à la mort de l'IC avec l'ac­ceptation du "socialisme en un seul pays".

Si les Gauches étaient déjà disloquées au sein de l'IC, elles allaient l'être encore plus en de­hors. Quand l'IC est morte, la Gauche allemande est déjà dispersée en plusieurs morceaux, tombant dans l'activisme, l'aventurisme, et est éliminée sous les coups d'une répression sanglante; la Gau­che russe est dans les prisons de Staline ; les faibles Gauches anglaise et américaine ont disparu depuis longtemps. En dehors du trotskysme, c'est essentiellement la Gauche italienne, et ce qui restait de la Gauche hollandaise qui vont, à par­tir de 1928, maintenir une activité politique pro­létarienne, sans Bordiga et sans Pannekoek, en partant chacune de bilans différents de l'expérien­ce vécue.

Le mouvement révolutionnaire d'aujourd'hui a en­core tendance à voir la Gauche Communiste unique­ment sous sa forme disloquée et partielle léguée par la contre-révolution. Il parle des apports po­sitifs ou négatifs de telle ou telle Gauche en dehors du contexte global de l'époque. Le PCI a ac­centué et aggravé cette tendance en réduisant tou­te la Gauche Communiste à la Gauche italienne, et uniquement celle de la période de 1920 à 1926. Pour le PCI, la Gauche allemande devient une bande d'"anarcho-syndicalistes", identique à la tendance de Gramsci. Ce n'est pas qu'il ne faut pas criti­quer sévèrement les erreurs de la Gauche allemande, mais chez le PCI cela devient une caricature tota­le. L'idée de restaurer l'héritage de la Gauche Communiste enseveli par la contre-révolution, se réduit dans le PCI à la republication à l'infini des textes de Bordiga. L'héritage de la Gauche est surtout une oeuvre critique ; le PCI l'a réduit à une liturgie de secte jalouse. Ainsi, toute une génération de militants du PCI ne connaît qu'une vision déformée de la réalité de la Gauche Commu­niste Internationale, et les questions politiques qu'elle a posées.

LA PERIODE DE LA "FRACTION" ET BILAN (1926-1945)

Jamais les bordiguistes ne parlent de cette époque de la Gauche italienne : ni vu, ni connu pour le PCI. Que devient la "continuité organique"  dont se réclame le PCI pour se proclamer le seul et  l'unique héritier de la Gauche Communiste ? Un trou de 20 années de travail militant. Mais pendant toutes ces années, Bordiga n’était pas là. La seule explication qu'on peut trouver, c’est que la "continuité organique" est en fait la présence d'un "chef génial".

La Gauche italienne dans l'émigration autour de la revue Bilan a continué le travail de la Gauche Communiste, avec la consigne de l'heure : "Ne pas trahir". Le lecteur trouvera le détail de cette période dans la brochure La Gauche Communiste d'Italie, publiée par le CCI.

Pour continuer son activité, et dans une période autrement plus difficile que la notre, elle a reje­té la méthode qui consiste à se raccrocher à Léni­ne comme à une bible. Elle s'est donnée la tâche de tirer les enseignements de la défaite en passant l'expérience au crible de la critique "sans aucun interdit ni ostracisme" (Bilan n°1). A l'étran­ger, la Fraction a pu s'enrichir des apports de l'héritage luxembourgiste à travers, entre autre, l'apport des militants de Belgique qui se sont ralliés à la Gauche italienne. En tant que "Frac­tion italienne de la Gauche Communiste", elle a repris le travail de la Gauche toute entière : en rejetant la défense des libérations nationales, en mettant en question la nature "prolétarienne" des syndicats (sans aboutir à une position définitive); en analysant la dégénérescence de la révolution russe, le rôle de l'Etat et du parti. Elle a tra­cé la perspective historique de son époque de cours vers la guerre impérialiste mondiale avec une lucidité telle, qu'elle lui a permis d'être une des seules organisations à rester fidèle aux principes prolétariens, en dénonçant 1'anti-fas­cisme, les fronts populaires et la participation à la défense de l'Espagne "républicaine".

La guerre a numériquement affaibli la Fraction mais le PCI occulte complètement le fait qu'elle a maintenu son activité politique pendant la guer­re comme en témoignent les 9 bulletins et les tracts les Conférences et la constitution (en 1942) du noyau français de la Gauche Communiste qui publiera Internationalisme.

Vers la fin de la guerre, la Fraction exclut un de ses dirigeants, Vercesi, condamnant sa parti­cipation au "Comité anti-fasciste de Bruxelles" (comme elle avait exclue la minorité qui s'était laissée entraîner dans l'embrigadement anti-fascis­te de la guerre d'Espagne). Par contre, le PCI naissant en Italie en 1943 a flirté avec des "Par­tisans" et a adressé des Appels pour un front uni­que de classe au P.C stalinien et au Parti Socia­liste d'Italie (Voir l'article "Le PCI tel qu'il prétend être et tel qu'il est" dans ce numéro de la Revue Internationale).

LA FORMATION DU PCI

Le Partito Communista Internazionalista d'Ita­lie se forme sur la base d'un regroupement poli­tique hétérogène : il exige la dissolution pure et simple de la Fraction tandis que des groupes du "Mezziogiorno" qui avaient des rapports ambigus avec 1'anti-fascisme, les trotskystes et même le PC stalinien sont intégrés en tant que groupes constitutifs et avec la caution de Bordiga. Verce­si et l'ancienne minorité exclue sur la question de l'Espagne sont également intégrés sans discus­sions. " Le nouveau parti  n'est pas une unité po­litique mais un  conglomérat, une addition de cou­rants et de tendances qui  ne manqueront pas  de  se heurter.   L'élimination  de  l'un  ou  l'autre  courant est  Inévitable.  Tôt ou  tard,  la délimitation poli­tique et organisationnelle s 'imposera" (Internationalisme n° 7, Février 1946).

En effet, en 1952, la tendance Damen a scissionné du parti avec la majorité de ses membres, le jour­nal Battaglia Comunista, ainsi que la revue Prometeo. ([1])

Tout le travail politique et théorique de la Fraction disparaît pour le PCI formé dans un re­groupement immédiatiste et sans principes. Le PCI tourne le dos à tout l'héritage de Bilan sur 1'anti-fascisme, la décadence du capitalisme, les syndicats, la libération nationale, la significa­tion de la dégénérescence de la révolution russe, l'Etat dans la période de transition. Tout cet hé­ritage, le PCI le considère comme des "lâchages" du programme "invariant". Pour le nouveau PCI, les partis staliniens sont réformistes", la Russie, un impérialisme moins dangereux que l'ennemi numé­ro1, l'impérialisme américain, la décadence his­torique du capitalisme devient des "crises cycli­ques et structurelles", les approfondissements théoriques de Bilan sur le programme cèdent complè­tement la place au retour de la "tactique léninis­te". C'est ainsi que le PCI a contribué à ramener le débat dans le mouvement révolutionnaire 20 ans en arrière, au moment de l'IC, comme si rien n'a­vait existé entre 1926 et 1945.

Alors que Bilan insiste sur le fait qu'un parti ne se forme que dans une période de montée des luttes de classe, le PCI s'autoproclame le "Parti" en pleine période de réaction. Ainsi, il a créé une "tradi­tion" selon laquelle n'importe qui peut se proclamer qui n'était que trop contente de constater leur re­fus. Mais, même un début de clarification politi­que était trop dur pour le PCInt et la Communist Workers'Organisation. Ils ont "exclu" le CCI à la 3ème Conférence pour des désaccords sur la question du parti, non pas après un débat profond, mais a priori par une manoeuvre digne des plus sinistres intrigues à la Zinoviev de l'IC dégénérescente. Quelle école que celle du bordiguisme ! Et surtout si on touche à son fétiche, "le parti", que seuls les bordiguistes savent construire comme on peut en voir aujourd'hui le résultat. A une réunion ré­cente, appelée "la 4ème Conférence Internationale de la Gauche Communiste", considérée par le PCInt comme un"indiscutable pas en avant par rapport aux Conférences précédentes" (Battaglia Comunista, du 10-11-82), le PCInt et la CWO ont "commencé à aborder les vrais problèmes du futur parti" ... avec un groupe d'étudiants iraniens mal dégagé du tiers-mondisme. Après tout, chacun a son peuple à libérer : Programma ses Palestiniens, Battaglia ses Iraniens.

Mais à cette époque, de 1976 à 1980, le PCI a tout de même fini par sentir qu'il fallait bouger". Ayant tourné le dos à la clarification politique internationale et sans analyse cohérente de la pé­riode nouvelle, le PCI a simplement troqué son im­mobilité pour un activisme frénétique : les deux faces de la même médaille. Aujourd'hui, en consta­tant que l'organisation part en lambeaux, sur quoi insiste le PCI ? De nouveau sur la "tactique", et pas seulement sur la question nationale, mais sur toutes les questions.

Le PCI a transformé 1'anti-parlementarisme de la Fraction abstentionniste en "tactique" pour en­suite appeler à participer à des élections et des référendums. Il appelle à la défense des "droits démocratiques" dont le droit de vote, pour les ou­vriers immigrés. Pour quoi faire ? Pour après leur dire de ne pas aller voter ? On voit aujourd'hui 1'"après". 1'"antiparlementarisme" est devenu pu­rement verbal, séparé de toute cohérence sur la période historique du capitalisme.

N'importe quelle "tactique" syndicale, de comi­tés frontistes, d'appui critique aux groupes ter­roristes comme Action Directe en France, est bonne pour "organiser" les masses.

Et en Pologne, le PCI a vu dans les saboteurs de l'autonomie de la classe ouvrière, Solidarnosc et ses conseillers du KOR, les "organisateurs" du mou­vement de la classe, eux qui ont tout fait pour le ramener sur le terrain de la défense de l'économie nationale. Et le PCI réclame la "légalisation" de Solidarnosc aux côtés de la bourgeoisie démocrati­que !

Ne voulant pas discuter avec les "déchets du ré­veil de la classe", le PCI a préféré "recruter" dans les résidus de la décomposition du maoïsme. Lorsque le PCI se fit le flic du"service d'ordre" contre le "danger fasciste" des manifestations de la lutte des foyers de travailleurs immigrés en France, interdisant en fait la distribution de la presse révolutionnaire, ce fut un symbole de sa descente à grande vitesse sur la pente glissante du gauchisme.

PERSPECTIVES

Le PCI aurait du rejeter les positions de El Ou­mami depuis longtemps, avant que cette gangrené n'ait pénétré toute l'organisation. El Oumami entonne le chant des sirènes pour attirer le PCI vers la cohérence de la bourgeoisie. Le PCI ne peut plus se réfugier dans l'incohérence et le charabia pour y résister. Des replâtrages ne tiendront plus le coup dans la période actuelle. En premier lieu, le PCI et tout le milieu révolutionnaire doivent reconnaître clairement que l'internationalisme è notre époque ne peut se développer qu'en rupture totale avec toute forme de nationalisme, ne peut signifier qu'une lutte intransigeante contre tout mouvement national qui ne peut être aujourd'hui qu'un moment des luttes entre puissances impérialis­tes, petites ou grandes. Toute défaillance sur cette question ouvre une brèche immédiate à la pression de l'idéologie bourgeoise qui entraînera une organisation inéluctablement et rapidement dans la contre-révolution.

Il ne serait pas trop tard pour le PCI de se re­ssaisir, à condition qu'il ait la force et la volon­té de regarder la réalité en face, de réexaminer les leçons du passé, de revoir de façon critique ses propres origines.

Il y a eu d'autres départs du PCI au cours de l'année passée, mais nous ne savons pas exactement ce que deviennent ces militants. A Marseille sub­sisterait un cercle pour qui "le parti formel est mort, seul vit le parti historique". Ce vocabulai­re bordiguiste n'est pas très clair pour le commun des mortels ; est-ce que "le parti historique" dans ce sens veut dire le programme bordiguiste ? Le marxisme ? Quel bilan faut-il tirer et pourquoi le silence de ces éléments aujourd'hui ?

D'autres ont quitté le PCI à cause de l'étouffement organisationnel et par réaction instinctive à la dégénérescence. Mais il faut aller plus loin qu'un constat, jusqu'à la racine du mal. Il ne faut pas s'arrêter à mi-chemin, en croyant "res­taurer" un "vrai" bordiguisme qui n'existe pas, le pur bordiguisme "de Bordiga" qui n'a jamais existé. Ce chemin mène tout droit aux cénacles, à la créa­tion de "Partiti" de plus en plus réduits, chacun se disputant le titre légitime en ignorant les au­tres comme ont fait bon nombre de scissionnistes-bordiguistes depuis des années, chacun se disputant la "direction" de la classe ouvrière pour l'emme­ner au "paradis".

La clarification politique ne peut pas venir de rafistolages ni de 1'isolement. Elle ne peut se faire qu'avec et dans le milieu révolutionnaire. Il faut rompre le silence en ouvrant un débat pu­blic, dans la presse, dans des réunions, pour en finir avec les erreurs du passé, pour assurer que cette décantation se fasse de façon consciente, pour éviter la dispersion et la perte d'énergies révolutionnaires. Ce n'est qu'ainsi qu'on pourra déblayer le terrain pour le regroupement des révo­lutionnaires qui contribuera au processus de l'uni­fication de la classe ouvrière internationale. Voilà la tâche de l'heure, voilà la vraie leçon de la crise du PCI.

J.A.


[1] Le parti  de Bordiga devient après  la scission  II  Partito  Comunista  Internazionale. Beaucoup d'ex-membres  de la  Fraction sont partis avec Damen et  le programme de Battaglia  Comunista  (PCInt.)  en  1952 contient  certaines positions  importantes  de Bilan  :  sur la question nationale,  la question  syndicale, sur la  Russie. Malheureusement, les quarante années  qui nous séparent  des débuts  de Battaglia  Comunista ont  vu  ce groupe s'engager dans  un processus de sclérose qu'une lecture de sa presse aujourd'hui, com­parée à sa plateforme de  1952,  ne manquera pas de révéler.