Sur la publication des textes de «Bilan» sur la guerre d'Espagne

See also :

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

La reparution des textes de "BILAN" consacrés aux événements d'Espagne de 1936 à 1938, dans une collection de poche, est un événement important. Longtemps refoulées par la puissance de la vague contre-révolutionnaire, les positions internationalistes ré émergent peu à peu dans la mémoire, prolétarienne. Depuis quelques années, un intérêt croissant se manifeste pour la gauche communiste en général, pour la véritable gauche italienne, incarnée par "BILAN" en particulier.

On ne sera pas surpris que de prétendus "héritiers" de la gauche italienne - le courant bordi­guiste - n'aient pas jugé bon de publier les textes de BILAN. Leur politique du silence n'est pas fortuite. La gauche italienne des années 30 est un "ancêtre" gênant qu'ils auraient bien voulu ensevelir dans un oubli définitif.

En réalité, les "bordiguistes" d'aujourd'hui n'ont qu'un rapport très lointain avec BILAN et ne peuvent sous aucun titre se revendiquer d'une filiation de lui.

Nous nous proposons, d'ici quelques mois, de publier une histoire de la gauche communiste italienne de 1926 à 1945, sous forme de livre, afin que son apport reste bien vivant pour les nouvelles générations révolutionnaires.

Au mois de juin 1979, c'est avec beaucoup d'intérêt et de satisfaction que nous avons vu la publication d'un choix de textes de Bilan sur la guerre' d'Espagne, sous l'égide de 3: Barrot. Ce travail de réimpression avait déjà été fait en partie par le CCI dans sa Revue Internationale (n° 4, 6 et 7), et concernant notre analyse de l'importance du travail effectué par la Fraction Italienne de la Gauche Communiste, nous renvoyons le lecteur aux introductions écrites à cette occasion.

Avec la volonté de situer Bilan dans l'histoire des fractions de gauche qui ont lutté contre la dégénérescence de la IIIème Internationale, Barrot a écrit une longue introduction où, bien qu'il affirme et rappelle des positions révolutionnaires, l'auteur finit certainement par égarer le lecteur profane en mêlant les genres : considérations personnelles mêlées à celles de Bilan, comparaisons historiques avec la période actuelle,  définition de concepts, histoires d'autres groupes, polémiques contre le CCI et Bilan. Si beaucoup d'annotations sont justes, et nous ne nions pas qu'il ne faille pas porter des critiques sur Bilan, qui était le produit comme tout groupe d’une période donnée, il faut constater malheureusement que Barrot se situe en juge de l'histoire et que ses conceptions propres viennent jeter la confusion sur les positions fondamentales pour l'émancipation de la classe ouvrière, sur la vie de celle-ci et sur son rôle historique.

  1. MESURES CONCRETES ET PERSPECTIVE REVOLUTIONNAIRE

L'expérience espagnole, la réaction spontanée des prolétaires se dotant de milices contre l'attaque franquiste en dépit des tentatives de conciliation du Front Populaire, puis ces mêmes prolétaires se soumettant à l'encadrement de la gauche bourgeoise, montre la nature des barrières politiques dressées contre le prolétariat et l'échec auquel il est voué s'il ne les franchit pas.

Saluant les positions claires de Bilan à ce propos, et ne pouvant faire autrement car là il n'invente rien, J. Barrot se pose cependant en contempteur du haut de sa chaire à propos de ces évènements d'Espagne en 36-37 :

"Bilan a tendance à ne voir qu'un étouffement des prolétaires (ce qui est vrai), et non l'apparition d'un mouvement social susceptible dans d'autres conditions d'avoir un effet révolutionnaire." "Dénoncer la contre-révolution sans en énoncer aussi les mesures positives et leur enracinement dans chaque situation, c'est agir de façon purement négative. Le parti (ou la 'fraction') n'est pas un sécateur." (page 88)

Si J. Barrot entend par mouvement social, le bouleversement inévitable des institutions bourgeoises en temps de crise, tel que grèves et occupations des terres, c'est un fait que Bilan ne nie pas. Ce que dit Bilan, c'est qu'un tel bouleversement est insuffisant sans le renversement de l'Etat bourgeois !

Quand Bordiga disait qu'il faut détruire le monde capitaliste avant de prétendre construire la société communiste, ce n'était pas pour énoncer un adage de plus, c'était surtout pour montrer comme le faisait Rosa Luxembourg que les révolutionnaires ne disposent que de quelques poteaux indicateurs pour la voie du communisme. Mais J. Barrot a sans doute la prétention, comme les utopistes, de définir dans les détails la marche et la constitution d'une société que bâtiront des millions de prolétaires et sur laquelle nous savons peu, sinon, à grands traits, qu'elle verra le dépérissement de l'Etat, l'abolition du salariat et la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme ([1]).

J. Barrot semble avoir oublié la part fondamentale de la dénonciation de la société bourgeoise quand il reprend à son compte, avec d'autres mots, l'accusation traditionnelle du bourgeois, selon laquelle les révolutionnaires (la Fraction Bilan en l'occurrence) seraient purement nihiliste.

Alors oui, et qui plus est, à propos du massacre des travailleurs en Espagne, le rôle de la Fraction était et ne pouvait être que sécateur entre les idées bourgeoises et prolétariennes, et, sans aucun nihilisme, de dresser la perspective de lutte autonome de la classe -qui en tant que telle n'a rien à voir avec la lutte syndicale basée sur les revendications de la gauche- d'affirmer la nécessité de s'opposer à tout envoi d'armes pour l'un ou pour l'autre camp impérialiste, de mettre en avant la nécessaire fraternisation des prolétaires, sans quoi (ce qu'il advint) ils seraient tués dans la guerre locale d'abord, puis dans l'holocauste mondial. Telles étaient les mesures concrètes politiques à mettre en avant, et Bilan les a défendues!

2. CRISE DU PROLETARIAT OU NECESSAIRE RECONSTITUTION DE SON INDEPENDANCE DE CLASSE ?

Oubliant un demi-siècle de contre-révolution et dénaturant l'affirmation de l'autonomie de classe par Bilan, J. Barrot semble rabaisser cette indépendance de l'action du prolétariat au niveau du danger que la lutte économique reste sur le terrain économique (et plus loin d'ailleurs il nie la primauté du politique quand l'action de la classe englobe nécessairement le politique et l'économique):

"...Dans ces conditions, insister sur "l'autonomie" des actions ouvrières ne suffit pas. L'autonomie n'est pas plus un principe révolutionnaire que le "dirigisme" par une minorité: la révolution ne se revendique pas plus de la démocratie que de la dictature."

Bien qu'il rappelle l'importance du contenu pour l'autonomie, on se demande quel contenu met Barrot dans la dictature du prolétariat, dans la démocratie prolétarienne, dans les organes de masse du prolétariat ?

On comprend que pour cet auteur, l'autonomie ne soit pas un principe car ainsi il rejette l'affirmation du prolétariat comme classe distincte des autres classes et qui forge son expérience à travers ses multiples luttes même sous la domination du capital. C'est lui qui fait la séparation entre la lutte économique et politique, alors que ni Bilan ni le CCI, qu'il met en cause, n'ont jamais fait précéder l'un ou l'autre de façon mécanique; Rosa et Lénine ont assez souvent démontré en quoi les phases de luttes économiques et politiques se succèdent en s'interpénétrant au point qu'elles se confondent, parce qu'elles sont des moments d'une même lutte de la classe ouvrière contre le capital.

Les révolutionnaires ont toujours mis en avant que les ouvriers sont amenés à dépasser le stade strictement revendicatif, faute de quoi les luttes sont vouées à l'échec. Pour autant, les échecs de nombreuses luttes ces dernières années sont le ferment de la lutte décisive à l'avenir, mais J. Barrot y voit une contradiction :

"...contradiction (qui) engendre une véritable crise  du prolétariat, reflétée entre autres par la crise des quelques groupements révolutionnaires. Seule une révolution pourrait dépasser pratiquement cette contradiction."

Pour résoudre ce qu'il comprend de cette apparente contradiction, Barrot secoue le mot révolution comme le curé prodigue l'encens pour chasser le diable.

Il est de peu d'intérêt ici de retenir toutes les jongleries contradictoires de Barrot, mais si par exemple, d'un côté il reconnaît que "l'expérience prolétarienne s'enracine toujours dans les conflits immédiats", comment peut-il soutenir l'idée selon laquelle: "c'est l'activité réformiste des salariés eux-mêmes qui les enchaîne au capital" ?

Que vient faire là le réformisme, alors que les prolétaires se battent contre l'aggravation de leurs conditions de vie ? A moins que Barrot -comme tout gauchiste moyen- identifie la classe aux partis contre-révolutionnaires qui prétendent la représenter et qui passent pour être "réformistes" ?

Si les prolétaires s'enchaînent par eux- mêmes au capital, autant dire que les partis de gauche en Espagne (et ailleurs !) n'ont aucune responsabilité dans la guerre impérialiste et que les idées bourgeoises ne sont plus des forces matérielles ! Alors, le prolétariat n'existe plus comme classe révolutionnaire et la société communiste n'aura été qu'une utopie de plus !

Mais Barrot risque encore de dire que nous dénaturons les questions qu'il pose - certes, ce serait de la mauvaise foi - si seulement Barrot ne confirmait pas la nature de ses questions par ses réponses modernistes et ses jugements a-historiques !

Nous avons appris successivement que l'autonomie de classe n'était pas un principe, que les prolétaires s'enchaînaient au capital. Nous apprenons ensuite que le CCI sait "à peu près ce que la révolution doit détruire, mais non ce qu'elle doit faire pour pouvoir le détruire" (page 87); ceci nous renvoie aux "mesures concrètes„ telles qu'elles entrent dans le schéma barrotien, et on verra que c'est Barrot qui fait l'ignorant.

3. AUCUNE MODIFICATION TANGIBLE DE LA STRUCTURE SOCIALE N'EST VIABLE SANS DESTRUCTION DE L'ETAT BOURGEOIS 1

Nous avons déjà noté l'insuffisance de certains bouleversements sociaux ; que la classe ouvrière tende à remettre en route la production et que les paysans sans terre exproprient les propriétaires fonciers n'a pas un effet révolutionnaire en soi, mais est au contraire un des moments du processus de tâtonnement de la classe, qui, en lui-même n'est pas émancipateur si ce contrôle de la production devient "l'autogestion" et si les prolétaires, comme en Espagne sont soumis à une fraction de la bourgeoisie au nom de "l'antifascisme". Barrot reconnaît les limites de tels bouleversements, mais tout de même en les présentant comme "une immense poussée révolutionnaire".

Tout en reconnaissant partiellement que l'Etat bourgeois républicain "répugnait" (évidemment) à l'emploi de méthodes de lutte sociale pour envoyer en fin de compte les prolétaires au front impérialiste, Barrot pense que :

"La non-destruction de l'Etat empêche aux socialisations et collectivisations d'organiser une 'économie anti-mercantile' à l'échelle de toute la société."

Ce qui est vrai en un sens, mais pour cet auteur, socialisations et collectivisations sont forcément "la tendance potentielle" au communisme. Pour nous, si tendance potentielle au communisme il y a, elle s'exprime dans la capacité de la classe ouvrière à généraliser ses luttes, à centraliser et coordonner son organisation, à faire la démarcation avec les partis bourgeois, à s'armer pour mettre fin à la domination capitaliste, comme condition première de la transformation sociale, plutôt qu'un contrôle de la production visant à atténuer la faillite de la bourgeoisie, ou pire, prétendant, avant la destruction de l'Etat, instituer des rapports de production nouveaux !

En octobre 17 en Russie, ce type d'expérience d'autocontrôle des usines tourne vite court. Ce qui se dégage d'abord et avant tout, c'est la centralisation de la lutte, une centralisation qui, soit n'existe pas en Espagne, soit...est prise en charge par l'Etat bourgeois. Les prolétaires en Russie, après la destruction de l'Etat bourgeois, ont pu croire un court moment organiser une économie anti mercantile avec toutes les difficultés que l'on sait : ce qui s'est confirmé, c'est une impossibilité de la faire dans un cadre national, même après la destruction de l'Etat bourgeois.

Il est évident que les prolétaires, dès avant l'assaut contre l'Etat, dans la période de maturation, bouleversent la bonne marche de l'exploitation, mettent en avant une réduction du temps de travail (les 8 heures), imposent des décrets sur la terre et sur la paix, mais ces mesures ne sont pas en soi communistes. Leur application n'est que la satisfaction de revendications que le capitalisme n'est même plus capable de satisfaire. Et même si le capital cède avant sur certaines de ces mesures, le degré de conscience atteint par les prolétaires au cours du processus de la lutte ne peut leur faire négliger la nécessité de l'insurrection politique.

Après l'insurrection, les prolétaires d'une aire géographique donnée continuent à subir le joug de la loi de la valeur. Si on ne le reconnaît pas, il faut alors nier que le capitalisme impose sa loi à l'ensemble de la planète tant qu'il existe, c'est la porte ouverte à la thèse stalinienne du "socialisme dans un seul pays". Tout ce que nous savons, c'est que le prolétariat ne se trouvera pas avec un mode de production fixe, mais qu'il lui faudra constamment le bouleverser dans un sens anti-mercantile

Pour ce qui est d'établir aujourd'hui de façon précise le quand et le comment sera effectuée la distribution des richesses sociales selon les besoins à long terme (hormis la satisfaction des revendications les plus immédiates, la nourriture, le logement, la suppression de la hiérarchie des salaires, etc.), cela relève de la spéculation hasardeuse ou du bricolage politique. A ce niveau, nous nous trouvons dans la société en transition du capitalisme au communisme, étape inévitable comme l'a toujours affirmé le marxisme.

4. DE LA LUTTE DE CLASSE SOUS LA DOMINATION DU CAPITAL A L'AFFIRMATION DU PROLETARIAT

Il est facile à tous les novateurs en théorie sociologique de théoriser les faiblesses du mouvement ouvrier, de voir les ouvriers récupérés par la "société de consommation" ou intégrés au capital. La prétention de ces fabricants d'idées n'est au vrai qu'une tentative de plus pour liquider le marxisme en tant que méthode et instrument de combat d'une lutte de classe qui tend à détruire l'infrastructure de leur classe d'appartenance, la bourgeoisie. Tel est le chemin sur lequel Barrot risque fort de s'embourber.

Malheureux prolétariat d'Espagne 1936 qui n'obéit pas aux considérations d'un grand observateur au dessus de l'histoire. Au début, il y a un "comportement communiste bien rapporté par Orwell" et ensuite "il ne s'organise pas de façon communiste parce qu'il n'agit pas de façon communiste." Comprenne qui pourra ! En réalité, Barrot met la charrue avant les bœufs :

"Le mouvement communiste ne peut vaincre que si les prolétaires dépassent le simple soulèvement (mine armé) qui ne s'en prend pas au salariat lui-merle. Les salariés ne peuvent mener la lutte armée qu'en se détruisant comme salariés."

Barrot s'engage à la légère pour tirer une leçon des évènements en Espagne, nonobstant le fait qu'il ne s'agit pas alors (en juillet 36) d'un soulèvement armé contre l'Etat. Après avoir été incapable de nous expliquer comment les ouvriers atomisés en individualités peuvent devenir le prolétariat s'affirmant pour le renversement de l'ordre établi, autrement que par des formules du genre "éclatement de la théorie du prolétariat" (!), il veut nous faire croire à la simultanéité absolue de l'abolition du salariat et du renversement de l'Etat bourgeois. Autant rêver encore une fois de la constitution immédiate du communisme !

Effectivement, les prolétaires insurgés ne sont plus à proprement parler des salariés, mais cesseront-ils pour autant de produire dans les usines - même avec un fusil en bandoulière - ? Travailleront-ils gratuitement pour des millions de sans-travail ? Est-il possible au sein du secteur sous contrôle prolétarien de supprimer toute rétribution dans l'anarchie léguée par le capitalisme international, qui dans sa tentative matérielle pour écraser la révolution, imposera par exemple une plus grande production d'armes ou de matériaux de première nécessité? Et de toute façon, qui peut décider du mode de rétribution et de la meilleure façon d'aller au plus vite à l'abolition du salariat dans la division du travail encore existante : Marx et ses bons du travail évoqués dans la Critique du Programme de Gotha ? Barrot ? Le Parti ? Ou plutôt l'expérience même de la classe.

Ce qui distingue aujourd'hui les révolutionnaires de tous les élucubrateurs du communisme en imagination, c'est l'affirmation que toutes les mesures économiques ou de transformation sociale, seront assumées sous la dictature du prolétariat, sous le contrôle politique de cette classe et qu'il n'y aura pas de mesures économiques acquises définitivement, garantissant l'avance vers le communisme ou dont on soit sûr qu'elles ne se retournent pas contre le prolétariat, tant que la politique bourgeoise ne sera pas définitivement vaincue.

Barrot n'a même pas encore levé un coin du voile de la société en transition vers le communisme, qu'il définit déjà la révolution comme "la réappropriation des conditions de la vie et de la production des rapports nouveaux" en traitant par dessus la jambe la période insurrectionnelle décisive. On comprend qu'il reproche, comme tous les modernistes, à la Gauche italienne "un formalisme ouvrier voire un économisme" (!), même s'il est lui-même obligé de reconnaître un rôle-clé aux ouvriers. Par le manque de clarté de toutes ces formulations, n'est-on pas fondé de croire que la démonstration implique le rejet de l'affirmation du prolétariat comme classe sujet de la révolution ?

Tous ceux qui dissolvent déjà le prolétariat en voulant faire croire qu'il est en crise parce qu'il n'arriverait pas à dépasser ses triviales luttes immédiates qui l'enchaîneraient au capital, tous ceux qui envisagent la disparition de la classe ouvrière avant l'assaut révolutionnaire, avant le communisme, sont inutiles au prolétariat parce qu'ils gomment d'un trait toutes les difficultés du passage au communisme. Leurs théories fumeuses 'sur papier glacé finiront à la corbeille à papier de l'histoire.

Loin d'aider à une juste appréciation du rôle des fractions de gauche et de leurs apports à l'usage de notre génération, Barrot les déforme en accusant la Gauche Italienne d'hypertrophier le politique, d'en rester à une conception successive de la révolution (politique puis économique); et qui plus est, bien que Bilan ait tracé les caractères généraux de la révolution communiste future, en l'accusant d'avoir "opposé" le but au mouvement".

Ce genre de commentaires confine au charlatanisme. A l'encontre de ce que tente de démontrer Barrot il suffit de lire le choix des textes publiés, pour voir le soin que Bilan met dans l'analyse du rapport des forces, à rappeler les percées prolétariennes et les sacrifices de la classe, pour montrer en quoi la classe vit et lutte, même handicapée par le poids de l'anarchisme en Espagne, même déviée de la perspective communiste, en quoi les expériences de luttes en 36 constituent une part irremplaçable de l'expérience de la classe dans sa recherche du but final.

La guerre d'Espagne n'a aucunement bloqué le développement théorique de la Gauche Italienne, elle a au contraire vérifié les analyses de Bilan, confirmé qu'il ne fallait pas abandonner d'un pouce la politique prolétarienne. Quant au mouvement "potentiel" dont parle Barrot pour les besoins de sa théorie, les mesures concrètes telles que les "socialisations et collectivisations", elles ont été exagérées dans leur importance et utilisées par la bourgeoisie comme exutoire au problème politique fondamental : l'attaque contre l'Etat bourgeois. Pour Barrot, le communisme est pour tout de suite ou pour jamais. Il clame à qui veut l'entendre : "le communisme théorique ne peut plus exister que comme affirmation positive de la révolution" (souligné par nous). Dans ces conditions, le lecteur de la préface aux textes de Bilan aura pu se demander de quoi se revendique la révolution barrotien­ne, si elle n'est pas quelque chose qui mène nulle par pour aller n'importe où.

Le lecteur attentif a compris que la révolution viendrait toute seule un beau jour pour résoudre la "crise du prolétariat" par la négation pure et simple de cette classe, qu'elle se passerait de ces petits groupes révolutionnaires émiettés qui "ressemblent plus à des maisons d'édition" ou de groupes comme le CCI qui ne savent pas "ce que la révolution doit faire". La force du trait de plume de Barrot élimine les acquis programmatiques du mouvement révolutionnaire, le débat sur la période de transition, rejette la conscience de classe et l'importance de l'activité des révolutionnaires et fait un grand saut dans le vide intersidéral ! Barrot a un grand mérite : c'est d'avoir fait publier des textes de Bilan sur la guerre d'Espagne.

J.L.



[1] Sur la période de transition, consulter les travaux de Bilan et différents textes dans la Revue Internationale du CCI.