Chômage et lutte de classe

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L'accroissement sans précédant du chômage depuis une dizaine d'années pose et posera de plus en plus directement dans l'organisation de sa lutte, le problème que toute une partie de la classe ou­vrière ne se trouve pas ou plus sur les lieux de production. Ainsi privés d'un des moyens fondamen­taux de lutte que constitue la grève, les chômeurs n'en sont pas pour autant privés de toute possi­bilité de lutter. Au contraire. Le chômage, s'il a d'abord frappé les secteurs faibles, les petites entreprises et les secteurs marginaux de l'économie capitaliste, commence à toucher des pans entiers de la classe ouvrière dans les secteurs les plus concentrés : textile, métallurgie,  construction navale,   etc. Le chômage a commencé par frapper  "sélectivement" la classe ouvrière et a permis à la bourgeoisie de mener son attaque contre les conditions de vie en présentant le chômage comme un pro­blème individuel, et la rigueur catégoriel ou régional. En imprégnant de plus en plus la vie sociale, par l'accroissement de sa durée, par la présence de plus en plus fréquente de chômeurs de plus en plus nombreux dans chaque famille ouvrière -amputant ainsi le salaire qui entretient un nombre crois­sant de personnes-, par la mobilité qu'il provoque, le chômage, en s'étendant, fournit un potentiel d'accroissement de la capacité de la classe ouvrière à appréhender les moyens et les objectifs de la lutte au-delà des  divisions entretenues par le capital. Dans la période actuelle de montée géné­rale des luttes ouvrières, pour la première fois dans l'histoire - si l'on excepte 1848-, la perspec­tive  d’une vague  révolutionnaire telle que Marx l'avait envisagée s'est ouverte : l'assaut de l'Etat bourgeois par le prolétariat se prépare dans une phase de crise économique et d'effondrement relati­vement lent du système capitaliste. La bourgeoisie n'a pas réuni les conditions d'embrigadement et de défaite pour aller directement à sa "solution" à la crise : la guerre généralisée. Une des consé­quences d'une telle situation est l'importance prise par la lutte contre le chômage, la perte direc­te des moyens de subsistance, qui devient un facteur moteur des  affrontements décisifs qui se préparent. En quelque sorte, les chômeurs vont être appelés à agir dans ces combats d'une manière analo­gue à l'action des soldats dans la vague révolutionnaire qui a suivi la guerre de 1914, dans le sens de la décision, de l'unité et de la généralisation dans l'affrontement avec l'Etat capitaliste. C'est pourquoi, il est  fondamental pour la classe ouvrière de ne pas prêter le flanc aux multiples pièges que la bourgeoisie dresse pour maintenir les chômeurs comme une catégorie distincte et sépa­rés de l'ensemble des ouvriers. Le texte qui suit s'efforce de répondre aux objections couramment mises on avant pour amputer cette unité indispensable de la classe ouvrière d'une partie de ses mem­bres, d'une partie de ses moyens de lutter.

La surproduction générale dans le monde entier qui accompagna les crises du capitalisme, et particulièrement celles de sa phase de décaden­ce, rejette une partie toujours croissante de la classe ouvrière en dehors du processus pro­ductif. Le chômage, dans les moments de crise aigue tels que nous les traversons actuellement est déterminé à  prendre de plus en plus d'am­pleur et à devenir une préoccupation centrale de la classe ouvrière. Il est donc primordial pour une organisation révolutionnaire qui se propose d'intervenir au sein de la classe ou­vrière afin de clarifier les problèmes qui se posent à celle-ci, d'avoir une compréhension claire du problème du chômage au sein de la lutte de classe.

1 - La situation de chômage est  Inscrite néces­sairement dans la condition d'existence de la classe ouvrière. Celle-ci est, en effet, une classe de travailleurs "libres", c'est-à-dire libres de tout lien avec les moyens de produc­tion dont ils sont séparés et qui leur font face comme capital. Cette "liberté" est en  fait la périodes servitudes car les ouvriers ne peu­vent compter, pour à peine survivre, que sur la vente de leur force de travail. La  forme spéci­fique que prend,   dans   le capitalisme, l'associa­tion du travail avec les moyens de production - le salariat - fait de la force de travail une simple marchandise comme les autres, et même la seule marchandise que possèdent les travailleurs en propre. Comme toutes les marchandises, la marchandise force de travail ne trouve à se ven­dre que lorsque le marché est assez large, et puisque la surproduction par rapport aux be­soins du marché est contenue dans le rapport de production capitaliste lui-même, l'emploi temporaire ou définitif d'une partie des forces de travail - c'est-à-dire - le chômage - fait partie intégrante de la condition que le capital impose à la classe ouvrière. En  raison du caractère particulier de la marchandise force de travail - créatrice de valeur - le chômage a même toujours été une condition indispensa­ble au bon fonctionnement de l'économie capi­taliste, en créant d'une part une masse de for­ces de travail disponibles pour pouvoir assu­mer l'élargissement de la production, et en constituant d'autre part une pression constante sur les salaires. Dans la période de déca­dence du capitalisme, le chômage, sous toutes ses formes, prend une ampleur considérable et devient alors une expression de la faillite historique du capital, de l’incapacité de celui-ci à poursuivre le développement des forces pro­ductives.

2 - Puisque le chômage est un aspect de la con­dition ouvrière, les ouvriers chômeurs font tout autant partie de la classe ouvrière que les ouvriers au travail. Si un ouvrier est au chômage, il est potentiellement au travail; s'il travaille, il est potentiellement un chô­meur. La définition de la classe ouvrière comme productrice de plus-value n'est pas une question individuelle, mais ne peut-être considérée que corme une définition sociale, collective, La classe ouvrière n'est pas une simple somme d’individus, même si, au départ, le capital la crée en individus concurrents. Le prolétariat s'exprime bien plutôt dans le dépassement des divisions et de la concurrence entre les individus, pour former une seule collectivité aux intérêts dis­tincts de ceux du reste de la société. La divi­sion des ouvriers en chômeurs et ouvriers au travail ne fait d'eux, pas plus que les autres divi­sions existant entre diverses catégories d'ou­vriers, des classes différentes. Au contraire : ouvriers au chômage et ouvriers au travail possè­dent strictement les mêmes intérêts face au capital. De même, la conscience de classe du pro­létariat n'est pas une somme de consciences indi­viduelles et, si elle tire son origine dans la façon dont les ouvriers sont intégrés à la production capitaliste, elle n'est pas liée de manière immédiate à l'activité de tel ou tel ouvrier et à sa présence ou non sur un lieu de production. La conscience de classe mûrit dans la classe ouvrière, et aussi bien parmi les chômeurs que parmi les ouvriers au travail. Cela est tellement vrai que, bien souvent, les chô­meurs constituent une des parties les plus déci­dées du prolétariat dans une lutte frontale con­tre le capital, car la situation du chômeur concentre toute la misère de la condition ouvrière,

3 - Il est faux de considérer les chômeurs comme une catégorie sociale distincte : les seules di­visions fondamentales que connaît la société sont les divisions en classes et celles-ci sont de déterminées par la position occupée dans la pro­duction. La situation de chômage est liée au tra­vail salarié. Or, la société capitaliste, dans son développement et notamment dans sa tendance au capitalisme d'Etat, a salarié une partie de plus en plus grande de la population, jusqu'à sa­larier parfois l'ensemble de la classe bourgeoi­se elle-même. Une des expressions les plus pures de la décadence du capitalisme consiste en ce que les gestionnaires du capital eux-mêmes, les fonctionnaires d'Etat, les cadres, sont aussi frappés par le chômage. La situation du chômeur n’est donc plus exclusive à l’ouvrier, et c’est pourquoi le groupe de chômeurs ne représente rien en tant que tel; il englobe des ouvriers comme des membres de la bourgeoisie et des cou­ches intermédiaires. C'est pourquoi aussi, en plus du facteur de démoralisation qui pèse sur 'e chômeur du fait de son isolement-, une partie de la masse des chômeurs peut, dans certaines circonstances, être utilisée par la bourgeoise  à des fins contre-révolutionnaires et plus particulièrement dans les périodes où la classe n’offre pas de perspective prolétarienne à la crise du capital.

4 - Partie intégrante de la classe ouvrière, les ouvriers chômeurs doivent s'intégrer à la lutte de leur classe. Cependant, les possibili­tés de lutte qui leur sont offertes sont-, dans un premier temps restreintes. Car, d'une part, ils se retrouvent fortement isolés les uns des autres et, d'autre part, ils ne disposent- pas de moyen d'action pratique, tels que peuvent en disposer les ouvriers dans la production (grève,…). C'est pourquoi les ouvriers chômeurs entrent généralement et massivement en lutte aux moments où la lutte de classe devient assez générale. L'Intégration des chômeurs à la lutte sera alors un facteur important de radicalisation de celle-ci dans la mesure où, plus que tout autre, ils n'ont pas de revendication. immé­diate, de réformes à faire valoir et où ils ten­dront à mener la lutte centre l'ensemble de le société capitaliste. Les modalités pratiques de cette intégration à la lutte générale de la classe et aux conseils ouvriers, nous n'avons pas à les envisager précisément ; l'expérience les donnera et ce n'est pas aux révolutionnaires de planifier les formes d'organisation de la classe. Quand celles-ci naissent, ils doivent les comprendre dans leur liaison avec le contenu de la lutte, mais ils ne peuvent pas les inven­ter à I'avance.

5 - La mise au chômage toujours plus massive de la classe ouvrière, sans perspective réelle de sa réintégration dans la production, a des ef­fets multiples et contradictoires sur l'évolu­tion de la lutte de classe. Dans un premier temps, elle affaiblit la cohésion de la classe, la divisant en ouvriers dans l'usine et hors de l'usine. En plus d'utiliser la menace de chôma­ge et des ouvriers en chômage, comme pression sur les salaires suscitant artificiellement une hostilité opposant les ouvriers au travail et ceux au chômage, le capital s'emploie de toutes ses forces à disperser cette fraction de la classe, à les atomiser, à en faire de sim­ples individus et à les noyer dans"une masse de nécessiteux". Dans un deuxième temps, devant l'impossibilité de réussir pleinement cet ha opé­ration et devant le mécontentement grandissant dos  ouvriers au chômage, rendant nécessaire un meilleur contrôle sur eux, le capital avec tous ses organismes, partis et syndicats, et aidé vo­lontiers par les gauchistes, recherchent les moyens de mieux les encadrer, créant pour cela des. organismes spécialisés, les cloisonnant corme une "classe à part" de déclassés. A cette double opération du capital, de dispersion et d'encadrement, la classe ouvrière ne peut répon­dre que par l'affirmation de son UNITE", du fait de ses intérêts unitaires historiques or Immé­diats, et par son effort constant et inlassa­ble vers son auto-organisation.

6 - La période de décadence, de crise historique générale du système social capitaliste, mettant fin à la possibilité d'un mouvement d'a­mélioration réelle et durable de la condition ouvrière et posant à la classe et sa lutte des objectifs globaux et d'action révolutionnaire, rend inadéquate l'existence de cette organisa­tion spécifique de défense de la condition éco­nomique des ouvriers a u sein du capitalisme qu'étalent autrefois les syndicats, et qui de ce fait, ne peuvent être désormais que des en­traves à la lutte de classe, c'est-à-dire au pro­fit du capitalisme. Cela ne signifie nullement que la classe n'a plus aucune défense à faire valoir pour ses intérêts immédiats, et le besoin de s'organiser pour lutter, cela signifie seule­ment un changement radical de la forme de lutte et de son organisation que la classe se donne né­cessairement : les grèves sauvages, les comités élus par l'ensemble des ouvriers en lutte, les assemblées générales dans les usines, autant de préfigurations et d'annonciations de l'organisa­tion générale unitaire de la classe de demain, les conseils ouvriers, vers laquelle tend la lutte de classe du prolétariat. Ce qui est vrai pour l'ensemble de la classe l'est également pour cette fraction qui se trouve au chômage, c'est-à-dire hors des usines. Comme l'ensemble de la classe, ces masses de mil­lions de chômeurs ont à lutter contre les condi­tions les plus misérables que le capitalisme leur fait subir. De même que ces conditions de misère ne sont pas un fait d'individus, de chômeurs (même si cette misère est plus directement ressentie par des individus), mais fait partie intégrante de la condition imposée à la classe dans son en­semble, de même la lutte des chômeurs est une partie intégrante de la lutte générale de la classe. La lutte de classe pour les salaires n'est pas une somme de luttes de chaque ouvrier contre son exploitation individuelle mais une lutte générale contre l'exploitation par le capital de la force de travail de la classe ouvrière globale. La lut­te des chômeurs contre les misérables allocations de chômage ou contre les loyers, le paiement de services sociaux (gaz, électricité, transport, etc) relève de la même nature que la lutte pour les salaires. S'il est vrai qu'elle n'a pas immé­diatement un visage net, elle ne relève pas moins de la lutte globale contre l'extraction de la plus-value immédiate ou passée, directe ou indi­recte à laquelle est et a été soumise la classe ouvrière.

7 - Il n'est pas exact que les ouvriers au chôma­ge ne peuvent participer à la lutte de classe qu'uniquement au travers de leur participation au soutien des ouvriers au travail (solidarité et soutien de grèves). C'est directement en se défendant pied à pied contre les conditions que le ca­pital leur impose et à la place qu'il leur fait occuper que le lutte des chômeurs est une partie Intégrante de la lutte générale de la classe ou­vrière contre le capital et comme telle doit être soutenue par l'ensemble de la classe.

8 - Il est vrai que la situation où se trouvent les ouvriers au chômage d'être hors des usines, les prive d'une des armes importantes et classi­ques de la lutte de classe - la grève - mais cela ne signifie pas qu'ils sont privés de tout moyen de lutte. En perdant l'usine, les ouvriers au chômage gagnent la rue. C'est par des rassemblements dans la rue, des manifestations, des occu­pations de mairies, bureaux de chômage et autres Institutions publiques que les chômeurs peuvent lutter et ont lutté. Ces luttes ont pris parfois le caractère de véritables émeutes et peuvent devenir le signal et le stimulant d'une lutte généralisée. On commettrait une erreur grave on négligeant de telles possibilités. Dans une certaine mesure, les luttes radicales, éventuelles, des chômeurs peuvent prendre plus facilement et plus rapidement qu'une grève d'ouvriers dans l'usine, le caractère de lutte sociale.

9 - Pour mener la lutte que les conditions leur imposent, les ouvriers au chômage, à l'instar de toute la classe, tendent à se grouper. De par­ leur situation de dispersement, ce besoin de se grouper leur est rendu relativement plus difficile qu'aux ouvriers concentrés sur leur lieu de travail, les usines. Partant des bureaux de chômage où ils. pointent et se retrouvent, de leur quartier où ils se rencontrent, ils finissent par trouver les moyens de se rassembler et de se grouper. Disposant largement de "temps libre", chassés de leur habitat par l'ennui, la misère, le froid souvent, ils recherchent le contact avec les autres, Ils finissent par réclamer et obtenir des locaux publics pour se réunir. Ainsi se créent des lieux permanents de rassemble­ ment où les conversations, réflexions et discussions se transforment en réunions permanentes. Cela constitue un énorme avantage pour l'agitation et la politisation de ces importantes mas­ses ouvrières. Il est de la plus haute importan­ce de contrecarrer les manoeuvres des partis et surtout des syndicats visant à les inféoder et à en faire des appendices des syndicats. Ces rassemblements, quel que soit leur nom : groupe, comité, foyer, etc..., ne sont pas des syndicats ne serait-ce que pour la raison qu'ils ne sont pas structurés sur le même modèle; ils ne connaissent pas de statuts, d'adhésion, de sélection, de carte et de cotisations. Même quand ils se donnent des comités, ceux-ci ne sont pas per­manents et sont constamment sous le contrôle de tous les participants toujours présents, quoti­diennement rassemblés. A bien des égards, ils sont l'équivalent de ce que sont les assemblées générales des ouvriers des usines en lutte, tout comme ses dernières, ils sont menacés et ont à faire face aux manoeuvres des syndicats cherchant à les contrôler, chapeauter, inféoder afin de mieux les stériliser.

10  - Le fait que le mode d'existence de ces groupements . d'ouvriers au chômage ne soit pas le lieu de travail, mais leur habitat, leur quartier, leur commune, ne change rien à leur nature de classe, ni à leur lien social avec l'ensemble des autres membres de la classe. Ces liens indestructibles sont donnés par le fait que ces ouvriers au chômage ont été des ouvriers au travail hier et sont susceptibles de retourner individuellement au tra­vail demain et par le mouvement constant d'ouvrier au travail rejoignant les sans-travail. Si le chômage est un phénomène fixe et Irréversible de la crise, cela ne se rapporte pas à chaque chômeur pris individuellement, mais à la classe dans son ensemble. Ces liens sont encore donnés par la vie commune, de parenté ou d'amitié des ou­vriers au travail et au chômage partageant en com­mun les revenus des uns et des autres.

Et enfin ces liens existent entre les ouvriers ha­bitant le quartier et les ouvriers travaillant dans les usines dans le quartier. La diversité des conditions particulières et circonstanciel­les à l'intérieur de la condition unitaire géné­rale de la classe peut donner naissance a des formes momentanées diversifiées do regroupement des ouvriers sans mettre pour cela en cause leur caractère de classe.

11 - Dans l'organisation unitaire de la classe, qui sera dans la période révolutionnaire l'organisation centralisée des Conseils Ouvriers, Il est impensable l'exclusion de millions d'ou­vriers parce qu'ils sont au chômage. D'une fa­çon ou d'une autre, ils seront nécessairement présents dans cotte organisation unitaire de la classe comme dans ses combats. Rien ne nous permet, même pas l'expérience du passé, de sti­puler d'avance la forme que doit prendre ou prendra cette participation, et à priori procla­mer que ce ne sera pas par des groupements fo­caux de chômeurs. Il en est exactement de même pour les ouvriers au chômage que pour les ouvriers et employés dans de petites entreprises qui, le plus probablement seront appelés à se grouper sur la base des localités de leur lieu de travail pour envoyer leurs délégués au Con­seil Central des conseils de la ville. De toute façon, il serait artificiel et présomptueux de dicter arbitrairement et au préalable les for­mes particulières que peuvent prendre les grou­pements des ouvriers. Il appartient aux révolutionnaires de rester toujours attentifs et vi­gilants afin que toutes ces formations, qui peuvent apparaître, puissent s'intégrer le mieux possible dans l'organisation  unitaire et le combat unitaire de la classe.

12 - Le fait que d'autres éléments provenant de la petite-bourgeoisie et d’autres couches fassent partie également de l'état de chômage, ne modi­fie pas substantiellement le problème du chômage et des chômeurs. Ces éléments sont largement minoritaires dans la masse des chômeurs. Dans un certain sens, la chute de ces éléments ou une partie d'entre eux dans la masse des ouvriers au chômage est en quelque sorte un mode parado­xal de leur prolétarisation. Ce d'où ils vien­nent sociologiquement et ce qu'ils sont en train de devenir diffère grandement. La menta­lité petite-bourgeoise qu'ils apportent avec eux au sein de la masse ouvrière au chômage peut certes avoir une influence néfaste, mais cette influence est  largement limitée et minimi­sée par des facteurs autrement plus importants que sont  la lutte classe et les rapports de force entre prolétariat et bourgeoisie. Il n'y a pas lieu de lui accorder une importance outre mesure. Après tout, nous trouvons un problème similaire quand ces éléments chutent parmi les ouvriers au travail. Tout dépend de  l'état de la classe, de sa conscience et de sa combati­vité, la rendant fort capable de les diriger et de les assimiler. Il en est également ainsi dans une période de guerre où de grandes masses d'ouvriers, au lieu d'être en chômage, se trou­vent métamorphosés en soldats et également mé­langés  avec des éléments provenant d'autres couches. Il serait vain et par ailleurs impos­sible de perdre son temps à vouloir passer un à  un par  le crible de leur origine sociale. Le chômage est et demeure fondamentalement un état imposé à la classe ouvrière et comme tel c'est un problème de la classe ouvrière.