Article de Battaglia Comunista : "Décadence, Décomposition, produits de la confusion"

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Nous publions ci-dessous un article de Battaglia Comunista. Il s'agit d'un article paru en Italien et intitulé "Décadence, décomposition, produits de la confusion" du numéro 10 de Prometeo.

Notre réponse se trouve dans l'article : "De calomnies en mensonges, le BIPR s'éloigne de la cause du prolétariat".


Décadence, Décomposition, produits de la confusion

La guerre en Irak, comme les autres qui existent disséminées dans le monde, trouverait, pour certains qui insistent pour se proclamer marxistes, ses raisons dans des motifs « stratégiques » qui n’auraient que peu, ou rien à faire, avec les intérêts économiques des puissances en jeu.

Il faut donc avant tout clarifier ce qu’on entend par « stratégiques ».

Dans n’importe quel dictionnaire, on dit que stratégique veut dire « concernant la stratégie », laquelle est « branche de l’art militaire qui traite de la conduite de la guerre » (Zingarelli) ou, au sens figuré, « capacité d’atteindre le but recherché dans des situations qui ne sont pas faciles ». Il s’en suit que pour ceux dont on a parlé plus haut, la guerre en Irak et les guerres analogues, seraient des moments d’une guerre différente, plus ample, dont les causes cependant continuent à se dissimuler. Les plus raffinés parmi ces grands « marxistes » font semblant d’individualiser les causes de ces guerres dans l’impérialisme, dans l’affrontement entre intérêts impérialistes. On peut lire des phrases de ce genre : « Aujourd’hui cependant l’Allemagne perçoit l’aventure américaine actuelle en Irak comme une menace réelle pour ses intérêts dans une zone qui a été centrale pour ses ambitions impérialistes depuis la première guerre mondiale. Elle a donc lancé un défi plus explicite que jamais auparavant vis-à-vis des Etats-Unis ».

On en déduit que bien ou mal, les intérêts en jeu, bien entendu impérialistes, sont les mêmes que lors de la première guerre mondiale. Même dans ce cas, ou à plus forte raison, on s’attendrait à une explication de quels sont ces intérêts impérialistes qui ne changent pas à plus de 80 ans de distance. Mais non !

Le moment est arrivé d’expliciter à qui et à quoi nous faisons référence. Et bien, bien que nous ayons déclaré que nous ne sommes plus intéressés à un quelconque débat/confrontation avec le CCI, c’est la résolution de son XV Congrès que nous analysons, pour démontrer encore une fois, s’il en est encore besoin, que cette dernière est étrangère à la méthode et à la doctrine marxiste.

Risiko ou critique de l’économie politique ?

Les thèses depuis le point 6 jusqu’au point 9 sont plus semblables à la description d’une partie de Risiko qu’à la description de la dynamique du capitalisme à partir des années 70, outre le fait qu’elles contiennent des perles avec des phrases complètement vides comme la suivante (thèse n° 8) : « L’abandon de ces institutions du 'droit international' représente une avancée significative du développement du chaos dans les rapports internationaux ».

Si on veut être plus bienveillant, beaucoup des thèses exprimées ressemblent fortement aux traités « géopolitiques » de revues comme Limes, avec une référence constante à la légitimité des justifications de la guerre, à l’autorité politique des USA en déclin, etc., et sans jamais de référence au contenu réel et concret des intérêts impérialistes. Ces revues ont certainement leur intérêt, mais elles ne prétendent pas utiliser l’arme de la critique qui prépare la critique des armes.

La première et la seconde guerre mondiale ont été définies par les communistes toutes les deux comme impérialistes parce que menées par des fronts impérialistes opposés, poussés par des intérêts spécifique vraiment antagoniques. Mais de là à dire que les intérêts étaient les mêmes, il y a loin.

Il est clair pour tous que si nous disons qu’en régime capitaliste, une révolution industrielle, des processus de production donc, a toujours comme effet l’augmentation de la productivité du travail, nous énonçons une vérité générale qui ne dit rien des spécificités des révolutions industrielles elles mêmes. Pourtant, ces spécificités comptent tout autant, vu que la dernière, que nous définissons comme celle du microprocesseur, non seulement n’a pas créé, à la différence de celles qui ont précédé, de nouveaux secteurs de production qui soient en mesure de compenser la perte d’autres secteurs dépassés, mais elle a aussi réduit le coût des innovations, en vérité le coût du capital constant diminuant ainsi l’augmentation de la composition organique du capital.

Les intérêts en jeu dans les guerres de l’impérialisme changent aussi d’une guerre à l’autre.

Si on veut schématiser un peu, la première guerre mondiale a vu comme dominante l’affrontement pour les intérêts coloniaux des puissances : une guerre pour les matières premières ; la seconde guerre mondiale a vu au contraire l’affrontement pour les marchés où les marchandises peuvent trouver un débouché ; la troisième, en préparation, voit au contraire, comme plus importante, et de loin, la lutte pour les marchés financiers et en dernière instance, pour la répartition de la rente, précisément financière.

Deux clarifications s’imposent :

1. ce n’est pas par hasard que nous utilisons le terme dominante, ou plus importante : cela veut dire qu’à côté de la raison principale , il y a un ensemble d’autres raisons à l’œuvre, qui n’excluent pas celles qui étaient dominantes dans la guerre précédente. Ainsi, la deuxième guerre mondiale, si elle a vu comme dominante l’affrontement pour les marchés où les marchandises peuvent trouver un débouché, a été menée aussi, bien que de façon secondaire, pour les sources de matières premières et pour les marchés financiers. Et même dans la troisième guerre mondiale, si la dominante est la lutte pour des marchés financiers, cela n’exclut pas que les marchés où les marchandises peuvent trouver des débouchés et surtout les sources de matières premières soient en jeu et soient intriquées avec les raisons principales (on pense justement au pétrole).

2. Quand certains, et en particulier, le CCI, nous accusent de voir toutes les guerres récentes uniquement en termes de pétrole, ils ressemblent un peu aux idiots dans l’histoire du doigt et de la lune.

Le pétrole est le doigt. Celui-ci, nous l’avons dit, redit et répété, est extrêmement important en tant que source énergétique et que matière première d’une industrie énorme comme le complexe pétrochimique, mais surtout, c’est la matière première de référence qui, échangée partout en dollars, permet à la Réserve Fédérale d’imprimer des dollars à loisir, bien au delà des soi-disant « fondamentaux » économiques du pays Etats-Unis, et comme cela, de financer les déficits effrayants de la balance commerciale, et les tout autant effrayantes dettes fédérales et privées. C’est cette possibilité, la lune, que les USA ne peuvent se payer le luxe de perdre, et que pour la défendre, le contrôle du pétrole mondial leur est essentiel. Les USA ne peuvent consentir, par exemple, à ce que l’Euro commence à remplacer le dollar en tant que moyen de paiement du pétrole : cela ouvrirait une brèche dans le front de la défense de la rente américaine qui risquerait de le faire s’écrouler, ce qui mettrait les USA dans une situation d’effondrement pire, en valeur absolue, que celle qu’a vue l’URSS juste avant sa chute.

Décadence ? Confusion !

Après n’avoir rien dit sur les causes spécifiques qui mènent aux guerres, le CCI prétend donner la clef générale pour l’interprétation de l’ensemble du cadre international, des guerres, des tensions, des alliances ballerine, etc. Et là apparaît la décadence :

« la plongée dans le militarisme est par excellence l’expression de l’impasse à laquelle est confrontée le système capitaliste, sa décadence en tant que mode de production. Comme les deux guerres mondiales et la guerre froide entre 1945 et 1989, les guerres de la période inaugurée à partir depuis 1989 sont la manifestation la plus flagrante du fait que les rapports de production capitalistes sont devenus un obstacle au progrès de l’humanité » (Thèse N° 12).

Une telle confusion des concepts (au niveaux d’abstraction) mériterait une colle dans une hypothétique école élémentaire de marxisme : ici, il manque vraiment ce qu’on appelle le minimum instrumental.

La société – attention aux sujets – est précipitée dans le militarisme chaque fois qu’une guerre est en vue et cela depuis l’époque des guerres napoléoniennes, époques dont il est difficile d’en trouver de plus militaristes. C’est surtout sur la base de ces guerres que Carl von Clausewitz a écrit son fameux traité sur la guerre qui contient la phrase encore plus fameuse « la guerre est la continuation de la politique ». Est-ce depuis lors que le mode de production capitaliste est en décadence ? Allons, soyons sérieux. Dans des documents présentés comme des résolutions de congrès, on attend quelque chose de mieux.

Mettre ensemble les deux guerres mondiales qui ont eu lieu, la guerre froide et les guerres qui ont suivi comme des démonstrations que le capitalisme est devenu un obstacle « au progrès de l’humanité » est une idiotie.

Entre une guerre et l’autre (21 ans), il y a eu une forte expansion des moyens de production et on a pu voir des progrès humains généraux d’une certaine importance : de la révolution des transports individuels à l’introduction de la théorie quantique et de la relativité dans les sciences… Quelle est alors la signification de cet obstacle au progrès de l’humanité, qui se serait manifesté vraiment à partir de 1914 ? Certes, une société libérée de l’esclavage du travail salarié aurait fait mieux et de façon différente : nous ne pouvons nous contenter du développement qu’a eu l’industrie automobile et du fait que la théorie quantique à été conduite à se heurter à la relativité du fait du confinement capitaliste de la recherche scientifique dans les limites de la recherche de profit. Et encore de quel progrès humain peut on parler si après 21 ans de paix relative, on est de nouveau précipité dans une boucherie mondiale, si dans les guerres locales qui se sont produites au cours de la guerre froide, il y a eu plus de morts civils que dans les deux guerres mondiales réunies, si les deux tiers de l’humanité meurent de faim et que la situation va en empirant ? Nous sommes donc certainement confrontés à une forme d’augmentation de la barbarie de la formation sociale, de ses rapports sociaux, politiques et civils, et vraiment – à partir des années 90 – à une marche en arrière dans le rapport entre capital et travail (avec le retour de la recherche de plus value absolue, en plus de celle relative, dans le plus pur style manchesterien) mais cette « décadence » ne concerne pas le mode de production capitaliste, mais bien sa formation sociale dans le cycle actuel d’accumulation capitaliste, en crise depuis désormais plus de 30 ans ! 1 faire des calculs sur des poires et des carottes comme si c’était la même chose conduit toujours à dire des bêtises. Et celles ci en entraînent toujours d’autres plus graves, plus … grosses comme celle de « l’approfondissement qualitatif de la tendance du capitalisme à l’autodestruction », à la fin de la même thèse 12.

De la Décadence à la décomposition

Et venons à la fameuse décomposition. Celle ci, sur la base de la thèse n°13, semblerait avoir été déclenchée/ signée par l’implosion du bloc soviétique. On affirme que « l’effondrement du bloc stalinien n’était que l’effondrement d’une partie du capitalisme déjà globalisé ».

Disons tout de suite que ce qui peut paraître une approximation « au niveau du lexique » se révèle être une aberration conceptuelle. Parler de fait de « partie du capitalisme » au lieu de front de l’impérialisme permet d’effectuer le passage « logique » : si une partie du tout s’effondre, le tout est en décomposition. Et effectivement la thèse 13 poursuit : « la période inaugurée par ce seïsme n’a représenté aucune fleuraison, aucun rajeunissement du capitalisme ; au contraire, il ne peut être compris que comme la phase terminale de la décadence capitaliste, la phase que nous appelons la décomposition, la « floraison » de toutes les contradictions accumulées par un ordre social déjà sénile ».

Ici, on retrouve l’extrême désinvolture dans le raisonnement et la référence aux concepts. La période qui s’est ouverte avec l’effondrement de l’URSS, donc, n’a pas représenté un rajeunissement du capitaliste (tout à fait juste) mais alors – pourrait se demander quelqu’un – qu’est ce qu’elle a représenté ? Nous répondons que çà a représenté une nouvelle période de redistribution des cartes, ou de désagrégation des vieux fronts impérialistes et de reconstitution de nouveaux, période par ailleurs toujours en cours. Le CCI au contraire, ne répond pas à la question, mais dit « elle ne peut être comprise que… ». Ce qui est une façon d’introduire subrepticement ce concept extravagant de décomposition qui caractérise désormais la … « théorie » CCIiste.

Dans la thèse N°14, nous découvrons le contenu de la nouveauté de cette nouvelle théorie, là où nous lisons :

« le retour de la crise économique qui s’est ouverte à la fin des années 1960 avait en effet déjà ouvert un chapitre final dans le cycle classique du capitalisme, crise, guerre, reconstruction, nouvelle crise. Dorénavant, il devient virtuellement impossible au capitalisme de reconstruire après une troisième guerre mondiale, qui signifierait probablement l’anéantissement de l’humanité ou au mieux, une régression aux proportions incalculables. Le choix historique auquel est aujourd’hui confronté l’humanité n’est plus seulement révolution ou guerre, mais révolution ou destruction de l’humanité ».

D’abord, nous notons et nous soulignons que la raison pour laquelle il n’y a pas eu (du moins jusqu’à maintenant) de troisième guerre mondiale a changé. Ils ont polémiqué pendant des années avec nous en disant que la guerre n’avait pas éclaté parce que c’était le prolétariat mondial qui l’avait empêchée, en n’étant pas battu et donc vigilant et attentif dans le développement de sa conscience. Nous disions, et continuons à dire, que la guerre n’a pas éclaté parce que le front impérialiste occidental réussissait encore à gérer sa crise et que le bloc de l’est était trop faible même militairement pour tenter de s’en sortir en attaquant et en frappant l’adversaire. Nous avons étudié l’administration de la crise par l’occident dans tous ses aspects financiers, tout autant que sur le terrain de la restructuration engendrée par la vague de la révolution du microprocesseur. Bien entendu, le danger nucléaire restait un des facteurs de refroidissement des tensions, ou bien un fort stimulus pour les centres de commande de l’impérialisme à chercher des solutions alternatives. Maintenant, tout à trac, le CCI nous informe que la seule raison du non déclenchement de la guerre, en substance, était le fait qu’une guerre nucléaire aurait anéanti l’humanité. Puissance de la … décomposition !

Cependant, alors que la mise à l’index des armes nucléaires avance, on voit se redessiner lentement les fronts impérialistes. Quelques lignes de fracture se sont déjà bien délimitées, même si les rapports de force sont encore énormément à l’avantage des USA et que le processus de réarmement des adversaires soit lent.

L’agressivité croissante des USA, induite par sa situation économique dramatique (l’affaiblissement continuel du dollar fait empirer les choses et la perspective) ne fera rien d’autre qu’accélérer les phénomènes de restructuration et de consolidation des alliances et en dernière instance des front pour la guerre. C’est toute autre chose que la décomposition.

Est ce que la guerre sera le moteur d’une régression humaine de proportions gigantesques ? Nous ne pouvons certes pas l’exclure, mais les auteurs de la guerre ne sont pas les capitaux, ce n’est pas le rapport capitaliste de production. Cela peut paraître une banalité mais il faut le dire. Les auteurs et les acteurs de la guerre sont les hommes, dans une formation sociale donnée, qui maintenant est bourgeoise, poussée par les intérêts capitalistes.

Les hommes (la bourgeoisie) décident de faire la guerre, non pas pour « détruire des moyens et des forces de production, et ouvrir un nouveau cycle d’accumulation ». C’est ce qui arrive en réalité et qui alimente le cycle infernal crise-guerre-reconstruction-crise –guerre- reconstruction… Mais cela arrive sans que la bourgeoisie même ne doive en être consciente. Une bourgeoisie fait la guerre à une autre parce qu’elle espère sortir de la crise sur les dépouilles de l’autre, et cela toujours, quelles que soient les spécificités matérielles du combat (voir plus haut).

Aujourd’hui, les instruments guerriers, les armes, ont une puissance de très loin supérieure à celle qu'ils avaient auparavant et les armes atomiques menacent la survie de l’humanité. Mais c’est cela qui rend la guerre elle même plus destructive, pas la phase historique du capital en soi.

Faire des confusions là dessus, c’est faire des confusions entre structure et super-structure et, en bonne partie, c’est une preuve d’inadéquation absolue.

Par ailleurs, le CCI ne peut néanmoins jeter par dessus bord son passé récent. Voilà alors que dans la thèse N°15 rentre en jeu la classe ouvrière et sa capacité à empêcher la guerre du seul fait qu’elle n’a pas été directement défaite. Avec cette perle :

« Néanmoins, la classe ouvrière, dont les luttes de la période de 1968 à 1989 avaient empêché la bourgeoisie d’imposer sa « solution » à la crise économique, était de plus en plus confrontée aux conséquences de son propre échec à élever ses luttes à un niveau politique plus haut et à offrir une alternative à l’humanité. La période de décomposition, résultat de cette « impasse » (les guillemets sont d’eux) entre les deux classes, n’apporte rien de positif à la classe exploitée ».

la « décomposition » (du mode de production ? de la formation sociale ? Bof) serait donc le résultat de l’équilibre stable qui aurait été atteint entre les classes, prolétariat et bourgeoisie. En particulier, la classe prolétarienne en serait responsable … parce qu’elle se serait montrée incapable d’élever ses luttes à un niveau politique supérieur. Faire passer sa propre inadéquation théorique pour une faiblesse de la classe est une fourberie de bas niveau et qui ne paye pas. ***

Encore :

« la classe ouvrière dans cette période a été confrontée non seulement à ses faiblesses politiques, mais aussi au danger de perdre son identité de classe sous le poids d’un système social en pleine désintégration »

Là de nouveau, pas un mot sur la dynamique matérielle de décomposition (dans le sens décompo-recompo) de la classe dans la révolution technologique, pas un mot sur les phénomènes de délocalisation de la production et de déplacements massifs de main-d’œuvre entre pays de la métropole et pays périphériques. C’est ainsi que la thèse suivante , la thèse 16 est consacrée à nier de l’importance aux … seules choses importantes. Nous lisons :

« Ce danger n’est pas fondamentalement le résultat des réorganisations de la production et du partage du travail exigés par la crise économique (par exemple le déplacement des industries secondaires vers le secteur tertiaire dans la plupart des pays avancés, l’informatisation, etc.) »

Etcetera justement. Il n’est pas dans notre intention de commenter une par une les 30 thèses de la résolution. Dans toutes se retrouve essentiellement la méthode (ou l’absence de méthode) cciiste que nous avons mise en évidence jusqu’ici. Tout le texte est parcouru par le « concept » de base selon lequel les campagnes idéologiques de la bourgeoisie comptent beaucoup plus dans le fait que la classe soit poussée à la passivité que les modifications objectives des conditions de la classe elle même. La capacité de la bourgeoisie d’avoir un impact grâce à ses campagnes idéologiques sur la façon d’être de la classe et sur sa combativité va de pair, dans la mentalité cciiste, avec la capacité de la bourgeoisie, cette entité unitaire dans son corps et dans son esprit, à manœuvrer de façon à embrigader la classe ouvrière et de l’emmener dans des pièges horrifiants. Chacun a eu le moyen de vérifier cette vision, celle du CCI, d’une bourgeoisie comploteuse en différentes occasions, parmi lesquelles rappelons les grandes grèves en France,, où la bourgeoisie manœuvrait le syndicat de façon à faire tomber le prolétariat dans un piège, ou les thèses sur le « parasitisme » qui attribuaient à la bourgeoisie tout court la responsabilité de créer des groupuscules parasites, exprès, exprès pour faire des dégâts dans le CCI.

Une absurdité ? Oui, mais les perles de l’absurdité abondent dans des thèses que nous avons brièvement analysées ici. Nous nous limitons, pour finir, à relever une de ces perles, justement dans la thèse dédiée au BIPR (19). En s’en prenant à notre interprétation du concept de décadence et en faisant tous ses efforts pour soutenir le développement de la « décadence » en « décomposition », elle en arrive à faire des sauts périlleux. En voilà un :

« Voici la tendance qui découle de ‘l’infrastructure capitaliste’ quand elle ne peut plus croître en harmonie avec ses propres lois ».
Précisons le détail insignifiant qui traite justement de la décomposition, qui découlerait … Insignifiant, parce que la perle, on la trouve dans le « quand ». Il doit nous avoir échappé, mais aussi à Marx, qu’il y a eu une période heureuse dans laquelle le capitalisme se développait en harmonie avec ses propres lois. Marx a écrit trois volumes du Capital sans tenir compte de cela, disant même que le mode de production capitaliste est intrinsèquement contradictoire et vit une série d’antagonismes, entre prolétariat et bourgeoisie, entre croissance technologique et chute du taux de profit, etc.

Si ce sont là – et elles le sont – les bases théoriques du CCI, les raisons pour lesquelles nous avons décidé de ne plus perdre de temps, de papier et d’encre pour discuter ou même polémiquer avec lui, devraient être claires.

Mauro Junior Stefanini.


1 Voir à ce propos « modes de production et formation sociale », Prometeo 12 IV, Novembre 1988) sur le site Internazionalisti.it