Histoire du mouvement ouvrier : Notes pour une histoire du mouvement ouvrier au Japon, 3e partie

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Nous publions ci-dessous la dernière partie d'une étude sur l'histoire du mouvement révolutionnaire au Japon dont les deux pre­miers volets sont parus dans les Revue internationale n°112 et 114.

L'Internationale communiste et le Japon

Bien que la classe ouvrière ait conquis le pouvoir en Russie en Octobre 1917, il a fallu beaucoup de temps avant que les révolutionnaires du Japon n'établissent un contact direct avec le centre de la révo­lution et le mouvement international. C'est ainsi qu'il n'y eut aucun contact entre les révolutionnaires japonais et russes en 1917 et 1918. En outre, au Congrès de fondation de l'Internationale Communiste en mars 1919, aucune délégation venant du japon n'était présente, et même si S. Katayama - établi aux Etats-Unis - avait été mandaté comme délégué de Tokyo et Yokohama, il ne put assister au Congrès. Les premier et second Congrès des Organisations Corn­munistes d'Orient eurent lieu en novem­bre 1918 et 1919 à Moscou, des délégués du Japon y étaient invités mais ils ne purent non plus y assister. Par contre, à la Conférence de Bakou en septembre 1920, un participant japonais provenant des Etats-Unis était présent ; il était membre des Industrial Workers of thc World (IWW) mais il n'avait aucun mandat d'aucune organisation du Japon et était venu de son propre chef.

Cet isolement prolongé vis-à-vis du reste du monde des révolutionnaires du Japon s'explique d'abord par le fait que les com­munications entre la Russie et le Japon étaient en grande partie interrompues à cause de la guerre civile durant laquelle l'armée japonaise - opposante des plus féroces à la révolution prolétarienne - fut impliquée jusqu'cn 1922 cri Sibérie et, ensuite, du fait de la faiblesse politique des révolutionnaires eux-mêmes. Il n'y avait aucun groupe parmi eux pouvant agir comme élément moteur en vue de la construction d'une organisation et de son intégration dans le mouvement révolu­tionnaire international. Ainsi l'Internatio­nale Communiste n'avait aucun pôle de référence au Japon bien qu'elle ait tou­jours cherché à établir le contact.

L'absence d'une fraction capable de jeter les bases d'une nouvelle organisa­tion, se révéla une grande faiblesse et le travail de préparation qu'accomplit une fraction pour la construction d'un parti ne peut être lui-même que le résultat d'un long processus de maturation, d'un com­bat difficile pour la compréhension marxiste de la question organisationnelle.

Ce n'est qu'après le début du reflux du mouvement révolutionnaire que l'Interna­tionale Communiste, en s'appuyant sur une politique totalement opportuniste, s'est mise à oeuvrer de façon précipitée à la construction d'une organisation.

Après que la Troisième Internationale eut créé en 1920 à Shanghai un secrétariat pour l'Extrême-Orient auxquels partici­paient des révolutionnaires de Corée et de Chine, un contact fut établi en octobre de la même année avec l'anarchiste japonais Osugi. Le secrétariat de l'IC pour l'Ex­trême-Orient lui fit parvenir 2000 yens en vue de fonder une organisation au Japon.

Mais quelle crédibilité programmatique et organisationnelle pouvait avoir un anar­chiste dans la construction d'un parti com­muniste ? Osugi lui-même demandait l'autonomie pour chaque "section natio­nale" et n'était d'accord que sur la fonda­tion d'un bureau de coordination interna­tionale. De plus, il n'avait aucun mandat de quelque groupe que ce soit mais lors­qu'il revint de Shanghai, il fonda le jour­nal Rodo Undo deabour Movement). Les autres révolutionnaires toujours très dis­persés ne montrèrent que peu de détermi­nation dans ces années 1920-1921 pour mener à bien un tel projet. Quant à Osugi, il resta fidèle à ses principes anarchistes tout au long des événements qui se déve­loppaient en Russie et appela au renverse­ment du gouvernement soviétique après la tragédie de Kronstadt en 1921. L'Interna­tionale Communiste mit alors fin à tout contact avec lui et les efforts pour créer une organisation furent de ce fait un échec.

Au Japon même, à partir de la fin 1920, Yamakawa, Sakai et Arahata s'efforcèrent de regrouper des forces. C'est ainsi que Hachigatsu Domei dea Ligue d'Août) fut fondée en août 1920 ; en décembre 1920, elle se transforma en Nippon Shakai-shugi Domei (Japanese Socialist League). Dif­férents courants venant d'horizons programmatiques et théoriques divers se regroupèrent et quelques 1000 membres s'y affilièrent. Son journal officiel s'ap­pela Shakaishugi (Socialisme).

Dès le début, la police s'employa à réprimer l'organisation : entre août et no­vembre 1920, des réunions de préparation du travail furent dispersées et, le 9 décem­bre de la même année, la conférence de fondation prévue à Tokyo fut également dispersée par la police. Là encore, la ten­tative d'édifier une organisation échoua sous la forte pression policière. La disper­sion et la fragmentation l'emportèrent, le processus de clarification et de regroupe­ment ne purent faire une percée et, par contrecoup, les différents groupes conti­nuèrent à publier différents journaux tels les Studics in Socialism - édité par Sakai et Yamakawa - Japan Labour News d'Arahata et Labour Movement d'Osugi. En mai 1921, la Socialist League fut offi­ciellement interdite.

Le groupe Socialist League qui aurait dû jouer le rôle de pôle de regroupement, ne fut jamais en mesure d'établir une claire démarcation, d'entraîner une sélection à travers la clarification ni de poser les bases de la création d'une organisation révolutionnaire unie. Au lieu de ccla, l'exis­tence de différentes personnalités qui avaient regroupé des éléments autour d'el­les et qui avaient chacune son journal, continua à dominer la scènE révolution­naire.

Le fiasco rencontré avec Osugi amena les délégués du bureau de l'IC de Shanghai à proposer à Yamakawa en avril 1921 de s'atteler à la tâche de créer un parti. Jus­qu'alors, Yamakawa et Sakai qui était très proche de lui, avaient eu une attitude at­tentiste mais dorénavant, Yamakawa, Kondo et Sakai se tinrent à travailler à l'élaboration d'une plate forme et élaborè­rent les statuts d'un "Comité Communiste provisoire". Mais ces camarades, même au printemps 1921, n'avaient pas encore l'intention de fonder un parti communiste. Le concept d’une organisation commu­niste comme organisation de combat qui aurait à jouer un rôle d'avant-garde dans la lutte révolutionnaire, n'était pas encore ancré dans les esprits. L'accent était seule­ment mis sur la diffusion des idées et sur la propagande communiste. Cependant, la volonté de ces camarades allait dans le sens d'intensifier les contacts avec ]'Inter­nationale Communiste.

Kondo fut envoyé à Shan-liai en mai 1921 afin d'accélérer le rapprochement avec l'Internationale Communiste. Sa tra­jectoire politique avait été influencée par les IWW quand il était aux Etats-Unis et il avait participé au journal d'Osugi aupara­vant, Rondo Undo. Il exagéra les progrès effectués quand il s'entretint avec les dé­légués de l'IC parce qu'en réalité, très peu d'évolution était intervenue en vue de la création de l'organisation. Impressionnés par Kondo, les délégués lui promirent une aide fïnanciere et Kondo revint au Japon avec 6 500 yens mais n'utilisa pas l'argent pour construire l'organisation ([1]).

A son retour à Tokyo, contrairement aux accords établis avec l'Internationale, Kondo fonda son propre groupe "Gyomin Kysanto" (Enlightened People's Communist Party) dont il devint le prési­dent en août 1921. Yakamawa et Sakai rejetèrent sa proposition de transformer le "Groupe de propaande communiste" en parti car ils n'avaient toujours pas digéré le revers de la dissolution de la Socialist League En mai 1921. Après une descente de police en décembre 1921, le groupe de Kondo fut mis hors-la-loi et dissous. Un délégué de l'IC, Grey, qui était également porteur de fonds de l’IC ainsi que d'une liste de contacts fut arrêté en même temps et les documents tombèrent aux mains de la Police : un autre revers pour l’IC dans ses efforts pour aider à la construction d'un parti.

Au moment du 3e Congrès de la Troi­sième Internationale durant l'été 1921, il n'y avait toujours pas de délégué du Ja­pon ; les seuls camarades présents ve­naient des Etats-Unis (Gentaro était mem­bre du Japonese Socialist Group et Unzo, des IWW). Une fois de plus, les révolu­tionnaires au Japon étaient coupés du dé­bat central à Moscou concernant la situa­tion et les méthodes de l'!C. A ce Congrès, les délégués des courants qui, plus tard, allaient se faire connaïtre comme la Gau­che Communiste combattirent la tendance à l'opportunismc croissant dans l'IC.

Entre-temps, l'Internationale Commu­niste elle-même avait crée des comités pour le Japon, avec Radek pour coordina­teur. Elle décida une campagna pour l'in­troduction du droit de vote généralisé, campagne qui survenait alors que le 1e ­Congrès de l'IC avait dénoncé le rôle dan­gereux de la démocratie bourgeoise et du parlementarisme et qu'aux 2e et 3e Con­grès, les camarades de la Gauche italienne et de la Gauche germano-hollandaise met­taient en garde contre la tentation d'utili­ser le parlementarisme. Au 3e Congrès, Taguchi Unzo, membre des IWW, s'op­posa aussi à cette campagne.

L'Internationale Communiste appela à une Conférence des Peuples d'Extrême­Orient a l'automne 1921 ; elle fut organi­sée directement comme conférence alter­native face au sommet des puissances im­périalistes réunies à Washington en no­vembre 1921 où ces dernières avaient pro­jeté de se partager les zones d'influence en Extrême-Orient.

Différents groupes du Japon furent in­vités à assister à cette Conférence d'Ex­trême-Orient. Le groupe de Yamakawa et celui de Kondo, Enlightened People's Communist Party, envoyèrent des délé­gués : s'y joignirent deux anarchistes ainsi que d'autres éléments. A la Conférence, qui se tint finalement en janvier 1922 à Petrograd, Takase, qui s'exprimait au nom du Enlightened People's Communist Party de Kondo, déclara qu'un parti commu­niste avait déjà été formé. De façon pa­tente, c'était du bluff. Par ailleurs, l'anar­chiste Yoshida, impressionné par le Con­grès, annonça qu'il avait été `converti' au communisme : cependant, sur le chemin même du retour au Japon, il revint sur sa déclaration et réaffirma son allégeance aux positions anarchistes.

Boukharine, à cette même Conférence, demanda que la prochaine phase des luttes ouvrières au Japon se concentre sur la construction d'un régime entièrement dé­mocratique à la place du projet d'établis­sentent immédiat de la dictature du prolé­tariat. De plus, l'objectif principal devrait être d'abolir le système impérial. En jan­vier 1922, Zinoviev parlait encore du Ja­pon comme d'une puissance impérialiste mais quelques mois plus tard, quand le Parti communiste allait être fondé, le Ja­pon n'allait plus être considéré comme impérialiste.

Malgré les efforts des forces révolu­tionnaires rassemblées à Petrograd enjan­vicr 1922, les révolutionnaires du Japon continuèrent à rester dispersés ([2]).

Les difficultés à accomplir des progrès décisifs dans la construction d'une organi­sation provenaient du fait que, à cause de l'isolement et des efforts insuffisants pour établir des liens au-delà du Japon, l'Inter­nationale Communiste connaissait à peine les différentes composantes du milieu ré­volutionnaires au Japon, sans compter les raisons plus sérieuses : la sous-estimation de la question organisationnelle parmi les éléments les plus responsables, leur man­que d'initiative pour établir le contact dans des circonstances difficiles, tous ces fac­teurs ont pesé dans les échecs répétés de l'IC.

Si l'IC choisit l'anarchiste Osugi et le très individualiste et imprévisible Kondo comme "hommes deconfiance", c'est parce que les éléments les plus sérieux au lapon n'avaient pas compris la nécessité de pren­dre directement contact avec l'Internationale communiste. Ils laissèrent cette ini­tiative aux anarchistes et aux éléments les moins sérieux.

Même si l'Internationale a tenté d'offrir toutes sortes d'aide aux forces révolution­naires du Japon, elle ne pouvait pallier au manque de conviction des révolutionnai­res envers la nécessité d'un parti mondial dans le pays même. La responsabilité des révolutionnaires envers leur classe n'est jamais unie responsabilité "nationale", li­mitée à une zone géographique où les révolutionnaires vivent mais elle doit se baser sur une démarche internationaliste.

Ainsi, l'absence de tentatives critiques pour tirer les leçons de la décadence sur la question du parlementarisme d'un point de vue marxiste fui d'autant plus dramati­que que les révolutionnaires au Japon n'avaient aucun contact avec les forces de la Gauche communiste qui émergeaient au même moment. Ces difficultés à rompre l'isolement ont contribué à la confusion politique et programmatique.

Quand, à partir de 1920. la vague révo­lutionnaire reflua, la classe ouvriére japo­naise avait combattu sans qu'ait lieu en son sein une véritable intervention des révolu­tionnaires. Alorsq ue l'Internationale Communiste était déjà embarquée dans un cours opportuniste, celle-ci s'employa à regrou­per les révolutionnaires du Japon désireux de participer à la construction du parti. C'est dans ce contexte qu'eut lieu la fon­dation du Parti communiste japonais ( PCJ) le l5 juillct 1922.

La fondation du Parti communiste japonais (PCJ)

Le parti était formé de dirigeants et de membres de différents groupes qui avaient peu d'expérience organisationnelle et il ne comportait aucune aile marxiste véritable et, notamment, aucune aile marxiste sur la question organisationnelle. D'anciens di­rigeants, contactés et formés par I'IC, comme Sakai, Yamakawa, Arahata le re­joignirent et avec eux les groupes qu'ils avaient dirigés jusqu'alors tel e "Wednesday Society Group" de Yamakawa et la publication Vanguard, le cercle autour du Prolétariat de Sakai, "The Enlightened People's Communist Party", des membres des syndicats formés en 1921. En 1923, il était constitué de quelques 50 membres mais le concept même d'adhé­sion était un problème du fait que le parti ne comptabilisait aucun membre indivi­duel, ces derniers appartenant à l'un des différents groupes qui s'étaient réunis pour former le parti. De plus, il n'y avait ni plate-forme ni statuts, aucun organe cen­tral élu. Les membres du parti étaient surtout actifs au sein de leur groupe d'ori­gine, les groupes autour de Yamakawa et Sakai représentant le plus grand nombre de membres.

Au lieu de s'atteler à la tâche de colis­miction d'un seul corps unifié, la vic du Parti allait être "fragmentée" et très forte­ment influencée par ces groupes et par le poids des anciennes personnalités diri­geantes. Du fait que la clarification programmatique n'avait pas été suffisam­ment effectuée, aucun programme n'avait été réellement élaboré.

De plus le parti ne possédait aucune presse autonome car du fait de sa situation d'illégalité, il ne pouvait publier aucune déclaration publique. C’est pourquoi, les membres prenaient position individuelle­ment dans différentes publications politi­ques. C'est seulement en avril 1923 que 3 Journaux - Vanguard The Prolétariat, Studices in Socialism - fusionnèrent en un seul journal Sekki (Red Flag) qui devait représenter l'organe du parti.

Au même moment, le parti chercha à devenir un parti de masse et Yaniakima, suivant les orientations de l'Internationale, s'orienta dans ce sens. Ce parti de masse devait englober tous "les ouvriers organisés ou non-organisés ainsi que les paysans, les couches subalternes des classes moyenness et tous les mouvements et organisations anti-capitalites ". Le PCJ re­prenait donc l'orientation de l'Internatio­nale C'ommuniste mais c'était l’expres­sion de sa politique opportuniste. En effet, la période des partis de masse était revolue commc cela avait été explicitement ana­lysé par le KAfD allemand à l'époque.

Un programme pour le Japon fut éla­boré en novembre 1922 par une commis­sion de l'Internationale à la tête de laquelle se trouvait Boukharine. Le projct traitait du développement économique rapide du Japon pendant la Première Guerre mon­diale mais surtout, il mettait l'accent sur le fait que « le capitalisme japonais montre encore des restes de rapports féodaux du passé, le plus importnat vestige étant l’empereur (mikado) à la tête du gouvernement (…) Les résidus du féodalisme joue également  un rôle dominant dans toute la structure étatique actuelle. Les organes de l’Etat sont toujours aux mains d’un bloc composé de différentes parties de al bourgeoisie commerciale et industrielle et des grands propriétaires fonciers. Cette nature semi-féodale particulière de l’Etat est surtout illustrée par le rôle prédominant de la genro (noblesse, propriétaires féodaux) dans la constitution. A partir de cet arrière plan, les forces qui s’opposent à l’Etat, proviennent non seulement de la classe ouvrière, de la paysannerie et de la petite bourgeoisie mais émergent égaelment de couches plus larges de la soit disant bourgeoisie libérale – dont les intérêts sont aussi en opposition au gouvernement actuel (…) L’achèvement de la révolution bourgeoise peut devenir le prologue, le prélude à la révolution prolétarienne, visant à la domination de la bourgeoisie et l’établissement de la dictature du prolétariat (…) La lutte entre les seigneurs féodaux et la bourgeoisie prendra très certainement un caractère révolutionnaire."(Cité dans Houston, p.60, no­tre traduction.)

Alors qu'à son Congrès de fondation, l'Internationale Communiste dans son Ma­nifeste avait mis la révolution à l'ordre du jour partout, l'IC dégénérescente com­mençait en 1922 à assigner des tâches historiques différentes au prolétariat selon les différentes zones du le monde.

Plaçant le Japon, la Chine et l'Inde sur le même plan car il y avait toujours une forte proportion de paysans au Japon et surtout parce qu'il y avait encore un empe­reur et des restes féodaux, l'IC proposa que la classe ouvrière du Japon fasse al­liance avec des groupes bourgeois. L'In­ternationale communiste mais aussi le PCJ sous-estimaient le réel développement du capitalisme d'Etat qui s'était déjà profon­dément implanté au Japon.

Bien que l'empereur jouât encore un rôle en que représentant politique, cela ne changeait en rien la composition de classe de la société japonaise, ni les tâches histo­riques auxquelles la classe ouvrière était confrontée. L'industrie privée était certai­nement moins développée au Japon que dans d'autres pays industriels, du fait de l'histoire du développement du capita­lisme dans ce pays. Mais depuis l'expan­sion du mode de production capitaliste, cette spécificité du capital japonais, la proportion relativement faible de capital privé par rapport au capital étatique, était "compensée" par la croissance rapide de l'Etat. Très tôt, l'Etat a joué un rôle actif et interventionniste pour défendre les inté­rêts nationaux japonais. A l'arrière-plan de cette position du PCJ et de l'Internatio­nale Communiste, il y avait une sérieuse sous-estimation du niveau de capitalisme d'Etat qui avait pris des proportions bien plus énormes et qui, jusqu'à un certain point, était plus développé au Japon que dans la plupart des autres pays occiden­taux.

Même si, du fait du faible développe­ment du secteur capitaliste privé pendant la phase ascendante du capitalisme, il n'y avait pas autant de partis bourgeois qu'en Europe et si, globalement, le parlementa­risme avait moins de poids et d'influence que dans les autres pays, cela ne voulait pas dire que la classe ouvrière du Japon avait des tâches historiques différentes et qu'elle devait combattre pour un parle­mentarisme démocratique bourgeois.

Cette orientation du PCJ devait rencon­trer une résistance en son sein. Ainsi, Yamakawa affirmait que s'il n'y avait aucune démocratie bourgeoise et que le Japon était dirigé par des cliques militai­res et bureaucratiques, contrairement à l'analyse de l'Internationale, il n'y avait aucune utilité de passer par une révolution bourgeoise. En conséquence, il prit posi­tion contre la mobilisation du parti sur le terrain électoral.

La thèse fut discutée à Lille conférence du parti en mars 1923, mais aucune déci­sion ne fut arrêtée. Sano Manabu proposa une plate-forme alternative dont l'idée principale était que la révolution Proléta­rienne était également à l'ordre du jour au Japon. Il existait aussi des divergences par rapport à la revendication du droit de vote généralisé et le même Sano Manabu rejeta la participation au parlement. Yamakawa se prononça aussi contre la participation aux élections.

Etant donné que la voix de la Gauche communiste d'Europe ne pouvait être en­tendue au Japon, ce qui aurait pu aider à l'approfondissement de cette critique cette dernière ne put être poussée plus avant et s'enraciner sur une base programmatique.

Du fait que les luttes de la vague révo­lutionnaire étaient sur le déclin à la fois internationalement et au Japon lui-même, le PC fut privé du test de l'intervention dans le feu du combat. En considérant son expérience organisationnelle limitée et ses positions politiquement confuses et op­portunistes, on peu présumer que le parti aurait eu les plus grandes difficultés pour agir comme une organisation de combat et jouer son rôle d'avant-garde.

La stratégie de la bourgoisie japonnaise fut semblable à celle de n'importe quelle autre classe dominante - utilisation de la répression et infiltration du PC.J. Le 5 juin 1923 le parti fut interdit, quelques 100 à 200 membres furent arrêtés, tous les mem­bres du parti connus de la police furent jetés en prison.

Le 24 mars 1924, le parti fut totalement dissous : Arahata s'opposa à la dissolu­tion, défendant le besoin de lutter pour maintenir son existence et Sakai soutinrent la dissolution, déclarant qu'un parti d'avant-garde illégal n'était plus nécessaire ni désirable. Selon Yamakawa, un tel parti serait séparé des ouvriers et la proie de la répression bour­geoise, les révolutionnaires marxistes se devaient de rejoindre les organisations de masse telles les syndicats et les organisa­tions paysannes et préparer le parti prolé­tarien légal du futur. C’est ainsi que le premier PC, qui ne fut jamais un corps solide mais plutôt un regroupement de diverses personnalités, n'ayant aucun tissu organisationnel, ne travaillant pas avce un esprit de parti ne fut jamais en mesure d'accomplir ses taches.

Après le reflux des luttes au niveau mondial, les révolutionnaires furent con­frontés à la même tache : alors que l'IC dégénérescente avait mis en avant le mot d'ordre de construction de partis de masse et la politique du front unique, augmentant de la sorte la confusion parmi les ouvriers de plus en plus épuisés et désorientés, les révolutionnaires devaient, en conséquence, s'atteler à la tâche de développer le travail de fraction.

Mais une fois de plus, les révolution­naires au Japon eurent à faire face à de grandes difficultés Pour remplir cette tâche. Aucune fraction ne surgit de leurs rangs pour combattre la dégénérescence de l'Internationale et pour poser les bases d'un futur parti.

La contre-révolution montante au Japon.

La bourgeoisie utilisa le rapport de for­ces qui penchait en sa faveur pour accroitre ses attaques contre la classe ouvriére au Japon. Alors que la classe ouvrière, pendant la Première Guerre mondiale et la vague révolutionnaire qui s'ensuivit, ne s'était pas autant radicalisée qu'ailleurs et qu'elle ne prit part à ces luttes que de manière périphérique, cette dernière allait être frappée durement à son tour pendant les années 1920 par la contre-révolution montante. Après l'interdiction du parti en 1923, le gouvernement saisit l'opportu­nité des effets d'un tremblement de terre dévastateur qui secoua Tokyo le 1er sep­tembre 1923, où plus de 100 000 person­nes périrent et où de larges parties de la ville furent détruites, pour accroître la répression contre lu classe ouvrière. Une "police de la pensée" spéciale (Tokko) fut créée procédant dans les années qui suivi­rent à des arrestations massives : 4000 ouvriers arrêtés en 1928, 5000 en 1929, 14 000 en 1932. 14 000 encore en 1933.

Tandis qu'en Europe il y eut une faible et courte reprise economique au cours des années 1920, le Japon fut frappé plus tôt par la crise économique mondiale provo­quant des attaques accrues contre la classe ouvrière de ce pays. Jusqu'à l'éclatement de la grande crise au Japon qui débuta en 1927, deux ans avant le krach de 1929, la production avait déjà chuté de 40% dans les principales zones industrielles. La va­Ieur des exportations japonaises se rédui­sit de 50%a entre 1929 et 1931 .

Le capital japonais se dirigeait à nou­veau vers des conquétes militaires. Le budget pour l'armement. qui aux envi­rons de 1921 - moment le plus fort de l'intervention contre la Russie - atteignait quasiment 50% du budget de l'Etat, ne fut jamais réellement réduit après la Premiére Guerre mondiale. Contrairement à l'Eu­rope et aux Etats-Unis, il n'y eut pas véri­tablement de démilitarisation. Quelque diminution qu'il y ait pu avoir dans les budgets militaires, l'argcnt sorti de là fut immédiatcmcnt réinjecté dans la moderni­sation de l'armement. La classe ouvrière du Japon ne put offrir qu'une faible résis­tance aux attaques capitalistes et au cours vers la guerre. Dans ce contexte, I'Etat se trouva en position dominante dans l'éco­nomie beaucoup plus tôt que les Etats en Europe et commença à développer un ré­gime capitaliste d'Etat très étendu, s'en­gageant de façon déterminée dans un cours à des conquètes militaires.

Le niveau de vie des ouvriers qui était beaucoup plus bas qu'en Europe chuta d'autant plus : leur revenu réel baissa d'une base de 100 en 1926 à 81 en 1930 jusqu'à 69 en 1931. La famine se répandit dans les campagnes ([3]). Dans cet environnement d'une classe ouvrière affaiblie, avec un capital à l'offensive, il existait que les révolutionnaires tentent de dépasser à tout prix le rapport de forces défavorable en provoquant artificiellement des luttes et en essayant de construire un parti de masse.

Le P.C.J. devient un laquais du stalinisme

A la fin de la vague révolutionnaire en 1923 et alors que le stalinisme en Russie et au sein de l'IC se renforçait, de plus en plus de partis communistes se soumirent à la domination de Moscou, devenant son instrument. Le développement du PCJ il­lustre de façon aveuglante cet état de fait.

L'IC tenta de construire un nouveau parti à tout prix pour défendre les intérêts russes. Après la dissolution du parti en mars 1924, l'Internationale Communiste fonda un nouveau groupe communiste en août 1925 qui se proclama nouveau parti le 4 décembre 1926 mais qui n'était rien d'autre que le perroquet de Moscou. Déjà, en 1925, l'Internationale communiste avait commencé à critiquer dans les Thèses de Shanghai les positions et le travail du précédent parti. Les orientations de l'In­ternationale étaient que la révolution démocratique bourgeoise, qui avait été inau­gurée avcc la restauration des Meiji, de­vait être achevée puisque des vestiges féodaux (surtout les propriétaires terriens féodaux) et la bourgeoisie subsistaient encore. L'internationale conlmuniste met­tait donc l'accent sur les vestiges féodaux tout en admettant que : « l'Etat japonnais lui-même est un élement puissant du capitalisme japonnis. Aucun pays européen n 'est encore allé aussi loin dans  l'intro­duction du capitalisme d’Etat que le Ja­pon où 30% de tous Les investissements dans l'industrie et dans le secteur financier sont finances par l 'Etat ».

Cependant, selon l'Internationale, l'Etat japonais devait devenir réellement démo­cratiquebourgeois. Yamakawa s'opposa â cette analyse, mettant en exergue l'amal­game effectué entre l' Etat et le grand capi­tal financier. Il affirma que la bourgeoisie détenait le pouvoir au Japon depuis long­temps et que le prolétariat devait établir une alliance anti-bourgeoise avec la pay­sannerie, rejetant la "révolution en deux temps" comme le défendait Moscou. Yamakawa soutenait l'idée qu'une aile gauche au sein du mouvement ouvrier ou un parti paysan-ouvrier pouvait prendre la place du PCJ interdit. Yamakawa se mit à publier un journal Rono (Paysan-Ouvrier) en décembre 1927.

L'Internationale communiste poursui­vit sa politique "de noyautage et de conquête des syndicats". obtenant une grande influence dans le "Nippon Rodo Hyogikai" ("Labor Union Council of Japan")- fondé en mai 1925.

Aux élections parlementaires de 1928, le PC.I défendit "un front unique" avec les autres partis « capitalistes dee gauche », dont le nombre avaient autgmenté et dont sept d'entre eux avaient fusionné pour former le "Musan taishuto" ("Parti des Masses prolétariennes").

Après une autre vague de répression en mars 1928, tous les partis de gauche furent interdits et leurs dirigeants envoyés en prison. ils furent menacés de peine de mort s'ils poursuivaient des activités poli­tiques clandestines. Cependant. une fois que la police emprisonné les leaders de l'ancien PC, Moscou put reconstituer à nouveau le parti en novembre 1921; et mettre en place un autre comité central qui pourrait suivre à la lettre les instructions de Moscou. Le comité central et le bureau politique du PCJ furent remplacés les an­nées suivantes en fonction des change­ments de politique de l'Internationale. Après chaque nouvelle vaguc de répression et arrestations, une nouvelle direc­tion était toujours envoyée par Moscou si bien que le parti était maintenu « artificiel­lement » en vie ; mais en dépit de tous les efforts déployés, Moscou ne réussit ja­mais à accroître de façon significative les adhésions. Le PCJ était devenu un simple laquais de Moscou.

Quand. en 1928. l'Internationale com­muniste déclara "le socialisme en seul pays" comme étant sa politique officielle et qu'il expulsa tous les militants dee la Gauche communistc qui restaient ainsi que les forces d'opposition trotskistes, le PCJ ne fit aucune objection. Il ne consi­déra pas cela comme une trahison des intérêts de la classe ouvrière par l' Interna­tionale Communiste. Le PC,I. "alimenté" depuis 5 ans par Moscou a tous les ni­veaux, organisationnellement et programmatiquement, défenseur totale­ment loyal de Moscou, ne put opposer la moindre résistance à cette situation. Déjà en 1927, un groupe arrêté du PCJ mené par Mizino Shigeo, rejeta l'internationa­lisme et se mit à défendre l'idée du "socia­lisme national".

Des problèmes de langue et la difficulté d'accès aux textes de cette période, requierent de notre part de la prudence dans l'évaluation définitive de l'attitude du PCJ, mais au moment de l'écriture de ce texte, nous n’avons pas connaissance de groupes exclus ou de scissions du PCJ comme conséquence de leur opposition à la stalinisation ou a l'idée du "socialisme dans un seul pays". C’est pourquoi on petit présumer que le PCJ ne fit aucune critique et n'opposa aucune résistance à la stalinisation. En tout état de cause, s'il y eut des voix oppositionnelles, elles n'eurent aucun contact avec l'opposition en Russie, ni avec les courants de la Gau­che communiste en dehors de la Russie. Même à propos des événements qui eurent lieu en 1927 en Chine voisine et qui furent durement débattus au sein de l'Internatio­nale et internationalement, autant que l'on sache, il n'y eut aucune voix critique pro­venant du Japon dénonçant la politique désastreuse de l'Internationale.

Même si le parti n'avait pas encore trahi après l'annonce du "socialisme en un seul pays" par l'Internationale Communiste, il ne fut pas en mesure de donner naissance à une quelconque résistance prolétarienne, luttant pour une position internationaliste.

Le chemin vers la guerre de l'impérialisme japonais : l'élimination des voix internationalistes par le stalinisme.

Du fait que le capital japonais avait affronté une classe ouvrière offrant moins de résistance que le prolétariat en Europe, cela lui permit de s'engager dans un cours à la guerre systematique plus tôt que ses rivaux européens. En septembre 1931, l'ar­mée japonaise cnvahissait la Mandchou­rie et installait un Etat mandchou fanto­che.

Tandis que le cours à la guerre s’accé­lérait internationalement et alors que la guerre en Espagne milieu des années 1930 représentait la répétition générale en vue des confrontations en Europe et de la Deuxième Guerre mondiale, la guerre en­tre le .lapon et la Chine se déroula de 1937 à 1945.

L'impérialisme japonais enclencha la spirale de la barbarie à un haut niveau avant même le début de la Deuxième Guerre mondiale. Plus de 200 000 chinois furent massacrés en quelques jours à Nan­kin en 1937 et au total 7 millions de personnes furent tuées lors de cette guerre.

Le groupe de la Gauche communiste qui a publié Bilan était un des rares à défendre une position internationaliste (même au prix d'une scission) pendant la guerre d' Espagne : il représente le pôle de référence pour toutes les forces révolu­tionnaires. Au Japon, cependant, la pré­cieuse tradition de l'internationalisme qui avait existé lors de la guerre de 1905 entre le Japon et la Russie et pendant la Pre­mière Guerre mondiale, avait été réduite au silence par le stalinisme. Le "Nippon Kukka Shakaito" ("Japonese State Socialist Party") - qu'on peut comparer au NSDAP de Hitler en Allemagne - qui fut fondé en 1931 et le Social Démocratie Party du Japon soutinrent ouvertement le cours impérialiste à la guerre du capital japonais. Le "Shakai Taishuto" ("Social Masses Party") se rallia également aux "efforts de défense" de l'armée japonaise en octobre 1934 dans la mesure où "l'ar­mée combattait à la fois le capitalisme et le fascisme". La direction du "Shakai Taishuto" ("Socialist Party") qualifia la guerre contre la Chine de "guerre sacrée de la nation japonaise". Le congrès des syndicats japonais, Zenso, mit les grèves ouvrières hors-la-loi en 1937.

D'un autre côté, alors que les forces de la Gauche communiste défendaient seules l'internationalisme, le PCJ stalinien et Trotsky lui-même appelèrent à la défense de la Chine contre le Japon.

En septembre 1932, le PCJ déclarait : « La guerre de l’impérialisme japonais en Mandchourie marque le début d'une nou­velle série de guerres imperialistes diri­gées en priorité contre la révolution chi­noise et l'URSS (...) Si les imperialistes du monde entiers s’avisaient de lencer un défi à notre patrie, l'URSS, nous leur montrerions que le prolétariat mondial se souléverait par les armes contre eux (...) Vive l'Armée rouge d'Union soviétique et vive l 'Armée rouge de la Chine soviétique ! » (Langer. Red Flag in Japan, 1968, notre traduction). Avec les mots d'ordre de "A bas la guerre impérialiste" "Bas les pattes en Chince" "Défendons la Chine révolutionnaire et l'union soviétique !", le PC.J. appela à soutenir la Russie et la Chine contre le capital japonais. Le PC.J était devenu le meilleur laquais de Mos­cou.

Mais Trotsky jeta aussi par-dessus bord sa propre position qu'il avait maintenue pendant la Première Guerre mondiale. Par­tant d'une vision totalement erronée selon laquelle "L’aventure japonaise actuelle en Mandchourie peut mener le Japon à la révolution " (1931), (Le fascisme peut-il réellement triompher ? l’Allemagne clé de la situation internationale, 26/11/1931, notre traduction) - il appela l'Union sovié­tique à armer la Chine : "Dans la gigan­tesque lutte historique entre la Chine el le Japon, le gouvernement des soviet ne peut rester neutre, il ne peut prendre la même position par rapport à la Chiite et par rapport au Japon. Il se doit de soute­nir pleinement le peuple chinois.". Consi­dérant qu'il existait encore "des guerres progressistes possibles" il déclara : "S'il y a une guerre juste en ce monde, alors c'est celle du peuple chinois contre ses oppres­seurs. Toutes les organisations de la classe ouvrière, toutes les forces rpgressistes de Chine, rempliront leur devoir dans celle guerre de libération, sans abandon­lier le programme et leur indépendance politique. "(30/07/1937, notre traduction)

"Dans ma déclaration à la presse bourgeoise, j'ai parlé du devoir de toutes les organisationts ouvrières de Chine de participer activement et en première ligne à la guerre contre le Japon, sans renoncer le moins du monde à leur programme et à leurs activités autonomes. Mais les Eiffelistes ([4]) appellent cela du social­patriotisme'. Cela signifie la capitulation devant Tchang-Kaï-Chek ! Cela veut dire tourner le clos aux principe de la lutte de classe (...) Dans la guerre impérialiste, le Bolchevisme militait pour le défaitisme révolutionnaire. La guerre civile espagnole et la guerre sino-japonaise sont toutes deux desguerres impérialistes. (...) Nous prenons la même position par rap­port à la guerre en Chine. Le seul salut pour les ouvriers et paysans de Chine est d'agir en tant que force autonome contre les deux armées, à la fois contre la chi­noise et la japonnaise. (...) C'es quatre li­gnes du document des Eiffelistes du 1e septembre 1937 révèlent qu 'ils sont soit des traitres soit de parfaits idiots. Mais quand la stupidité atteint de telles proportions, cela revient à de la trahison.(...) Parler de défaitisme révolutionnaire en général sans faire la distinction entre les pays opprimés et les pays oppresseurs, c'est défigurer le Bolchevisme en une lamentable caricature et mettre cette caricature au service de l’impérialisme. La Chine est un pays semi-colonial qui va être transformer sous nos yeux en pays colonial par le Japon. En ce qui concerne ce dernier, il mène unc guerre impérialiste réactionnaire. Pour ce qui est de lar Chine, elle mène une guierre de libération progressiste. (...) Le patriotisme japonais à le visage hideux et abject du banditisme international. Le patriotisme chinois est lui légitime e progressiste. Placer ces deux patriotisme sur le même plan et parler de ‘social-patriotisme’montre que vous n’avait rien lu de Lénine, que vous n’avait rien compris à l'attitude des Bolcheviks dans la guerre impéria­liste et défendre cela est tout simplemet faire insulte au marxisme. (...) Nous de­vons insister fortement sur le fait que la 4e Internationale est aux côtés de la Chine contre le Japon." ("Sur la guerre sino­japonaise", Lettre à Diego

Toute la tradition d'une lutte impitoya­ble contre les deux camps impérialistes était abandonnée par Trotsky. Seuls les groupes de la Gauche communiste défen­dirent clairement une position internationaliste lors de cette confronta­tion impérialiste. Le groupe de Bilan prit la position suivante à propos de cette guerre : "L'experience a prouvé que le proletariat international, lorsqu'il fut amené par l’Internationale communiste et pur la Russie soviétique, à envisager la possibilité de révolutions bourgeoises et anti-impérialistes en Chine (en 1927), s'est, en fait, sacrifie sur l’autel du capitalisme mondial" ("Résolution de la C.E. de la fraction italienne de la Gauche com­munistc internationale sur le Conflit sino­japonais", nov.-déc. 1937)

« Et c'est dans cette phase historique, où les guerres nationales sont reléguées au musée des antiquités, que l'on voudrait mobiliser les ouvriers autour de 'guerre d’émancipatin nationale ' du peuple chi­nois »

"Qui donc soutient aujourd'hui  la 'guerre d’indépendance' de la Chine (...) : La Russie, l'Angleterre, les Etats-Unis, la France. Tous les impérialismes la soutiennent (...) Et jusqu'à Trotsky qui se laisse emporter à nouveau par le courant de la guerre impérialiste et qui préconise le soutien de la ‘guerre juste’ du peuple chinois" (... )

"Des deux côtés des fronts il y a une bourgeoisie rapace, dominatrice et qui ne vise qu’à faire massacrer les prolétaires. Il est faux, archi faut de croire qu 'il existe une bour­geoisie avec laquelle es ouvriers chinois peuvent, même provisoirement, faire un ‘bout de chemin ensemble' et que seul l'impérialisme japonais doit être  abattu pour permettre aux ouvriers chinois de lutter victorieusement pour la revolution. Partout l’imparialisme mène ladanse et la Chine n’est que le jouet des autres impérialistes. Pour entrevoir le chemin des batailles révolutionnaires il faut que les ouvriers chinois et japonnais trouvent le chemin de classe qui les conduira les uns vers les autres : la fraternisation de­vant cimenter leur assauts simultanés contre leurs propres exploiteurs (...)"

« Seules, les fractions de la Gauche communiste internationale seront oppsoées à tous les courants traîtres et opportunistes et brandiront hardiment le dra­peau de la lutte pour la révolution. Seules, elles lutteront pour la transformation de la guerre impérialiste qui ensanglante l'Asie en une guerre civile des ouviers contre leurs exploiteurs : fraternisation des ouvriers chinois et japonnais ; destruction des fronts de la 'guerre nationale' ; lutte contre le Kuomintang, lte contre l’impérialisme japonnais, luute contre tous les courants qui agissent parmis les ouvriers pour la guerre impérialiste »

"Le prolétaiat international doit trou­ver dans cette nouvelle guerre la force d 'échapper à ses bourreaux, aux traîtres et de manifester sa solidatité avec ses frères d'Asie en déclenchant des batailles contre sa propre bourgeoisie.

A bas la guerre impérialiste de Chine Vive la guerrc civile de tous les exploité contre la bourgeoisie chinoise et l'impe­rialisme japonnais !"(Bilan, "A bas le car­nage impérialiste en Chine ! : Contre tous les bourreaux, pour la transformation im­médiate de la guerre en guerre civile oct.-nov. 1937).

Ceci représentait la tradition internationaliste de la Gauche communiste la seule véritable continuité avec les positions des révolutionnaires de la Pre­mière Guerre mondiale. Cependant, aucune force révolutionnaire au Japon ne reprit, semble-t-il, cet étendard internationaliste.

En Europe, la bourgeoisie inaugura la politique des "fronts populaires" afin d'en­rôler la classe ouvrière dans la bataille impérialiste de la défense des "Etats dé­mocratiques" contre l'Allemagne fasciste de Hitler. Afin de mobiliser les ouvriers dans la guerre, la bourgeoisie avait besoin de tromper les ouvriers par la défense de la "démocratie". Cependant, au Japon, la classe ouvrière avait en grande partie déjà été défaite.

Les appels initiaux du PCJ en vue de l'établissement d'un front unique des par­tis de gauche afin de défendre l'Union soviétique, furent rejetés par ces mêmes partis qui s'étaient rangés derrière les inté­rêts de l'Etat japonais. Le PC.J. de son côté avait choisi son camp.

Les résidus du PCJ qui, une fois de plus, avait été interdit avant même le déclen­chement de la guerre sino-japonaise, ap­pela à la défense de l'Union soviétique contre le Japon.

Pendant la guerre, ce qui restait du PCJ appela à "la destruction de 1'ordre militaro-féodal du Japon par ‘une révolu­tion démocratique-bourgeoise’, déclarant "qu’au sein de ce processu une active coopération avec les nations capitalistes serait nécessaire. " Sur la base de tels arguments, le P.C.J. soutint les Etats-Unis et la Russie dans leur conflit contre le « Japon impérial ! »

Durant l'hiver 1945-1946, le P.C.J. se réforma pendant l'occupation américaine. Un programme fut élaboré qui, à l'instar des thèses de 1927 et 1932, prévoyait un projet de "révolution en deux temps". La tâche immédiate consistait à "dépasser le système impérial, réaliser la démocratie du Japon, une réforme agraire ".  

Cette stratégie offrit la base à une coopé­ration avec les Etats-Unis pour la démili­tarisation et la démobilisation du Japon. Le commandement suprême des forces alliées et des Etats-Unis était considéré comme une partie de la bourgeoisie pro­gressiste dont la fonction historique était d'accomplir la révolution démocratique­bourgeoise.

Comme partout ailleurs dans le monde, la classe ouvrière au sortir de la guerre était plus faible que jamais.

La reconstruction eut lieu avec une classe fortement défaite et démoralisée. Pendant des décennies, la classe domi­nante se fit le plaisir de présenter la classe ouvrière au Japon comme l’exemple même d'une classe docile, servile, défaite et hu­miliée, travaillant pendant de longues heu­res et recevant de très bas salaires.

Quand en 1968, après les grèves massi­ves en Europe et particulièrement en France, la classe ouvrière mondiale réap­parut sur la scène de l'histoire, mettant fn à plus de cinquante ans de contre-révolu­tion, la classe redonna naissance à une série de petits groupes révolutionnaires dont certains purent retrouver la tradition de la Gauche Communiste. Mais au Japon, les groupes de la gauche capitaliste domi­naient totalement la scène politique. De ce que nous savons aucune force ne put établir des contacts avec le milieu politi­que prolétarien historique, c'est-à-dire les groupes se réclamant de la tradition de la Gauche communiste.

Après la période de reconstruction, avec l'entrée en crise et la récession ouverte au Japon depuis pratiquement une décennie, ce n'est qu'une question de temps pour que la classe ouvrière au Japon ne se trouve contrainte de se défendre contre les attaques de la crise à un niveau qualitati­vement plus élevé. Ces confrontations de classe nécessiteront l'intervention la plus déterminée des révolutionnaires. Néan­moins, pourque les révolutionnaires puis­sent remplir leur tâche, les éléments poli­tiques prolétariens qui surgiront, devront établir un lien avec le milieu politique prolétarien international et se concevoir eux-mêmes comme une partie de cette entité internationale.

Plus de cent années d'isolement politi­que quasi complet doivent être surmon­tées. Les conditions pour entreprendre cette tâche n'ont jamais été aussi favorables.

DA



[1] Après son arrivée dans le port japonais de Shimonoscki, il rata son train pour Tokyo. II dut pasaer la nuit en ville - où il dépensa une partie des fonds de l’IC en se payant les services d'une prostituée et en boissons alcoolisées. pendant la nuit il tomba, ivre, aux mains de la police qui lui contisqua le reste de l'argent que la prostituée ne lui avait pas arnaqué. Parlant à un espion de la police dans sa cellule de prison, il avoua sa mission en Chine, mais il fut néanmoins relâché.

 

[2] Au moment même où la Conférence s’ouvrait à Petrograd, le groupe autour de Yamakawa conunençait à publier un journal, Zenei de’avant-garde). A partir d'avril 1922, le groupe autour de Sakai publia Musankaikyu dee Prolétariat) et à partir de juin 1922, Rodo Kumiai deabour Union) parut également. Entre-temps, à partir de janvier 1922, l'anarchiste Osugi avait aussi fait paraître Labour Movement.

 

[3] La famine parmi la population à la campagne était un phénomène très répandu. La journée dee travail dans l'industrie du textile tournait autour de l2 heures et plus. Dans les annécs 1930, il y avait encore une proportion de 44% de femmes travaillant dans les usines et dans les industrie, textiles, 91% de la force de travail féminine vivait dans des dortoirs, afin qu'elle soit toujours plus disponible pour l'exploitation.

[4] Eiffel, nom de guerre de Paul Kirchoff (1900­-1972), membre du KAPD (Parti Communiste ouvrier allemand). Après la prise du pouvoir par les nazis en 1933, il émigra en France, travailla pour la direction trotskiste allemande en exil, mais s'opposa à la politique trotskiste d'en­trisme. Pendant son séjour au Mexique entre 1930 et 1940, il coopéra à la publication de Communismo, journal du "Grupo de trabajadores marxistas", cf. Revue Interrnationale n° 10. juin­-août 1977.