Afrique, contre la marche vers la guerre mondiale : Riposte internationale de la classe ouvrière ! (tract)

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Le capitalisme décadent porte la guerre en ses flancs comme seul aboutissement aux contradictions et déchirements internes du système. Aucun mystère ne voile la nature de la guerre impérialiste à notre époque. L'absence de nouveaux débouchés pour réaliser la plus-value incluse dans les marchandises produites au cours du processus de production, ouvre une crise permanente du système : une lutte acharnée pour la possession des matières première, pour la maîtrise du marché mondial, pour le contrôle des zones militaires stratégiques du globe. Plus l'antagonisme inter-impérialiste s'aggrave avec la crise économique, plus les Etats capitalistes sont amenés à renforcer leur appareil militaire défensif et offensif. Depuis la fin du siècle dernier, le capitalisme est définitivement rentré dans le stade de l'impérialisme et tous les Etats du monde, pour défendre leurs intérêts propres, sont obligés de se mettre sous la tutelle de l'une ou l'autre des deux grandes puissances : les USA et la Russie.

Les guerres restent actuellement localisées mais le théâtre des opérations s'est étendu ces derniers temps depuis l'Indochine, proie entre la Russie et la Chine, elle-même devenue l'interlocuteur privilégié du bloc occidental en Asie, jusqu'au Moyen-Orient, abcès de fixation quasi permanent et maintenant en Afrique qui se déchire en foyers de guerre effectifs ou potentiels : Zaïre, Tchad, Rhodésie, Afrique du Sud, Angola, Ethiopie, Erythrée, Somalie.

Les récents événements au Zaïre constituent le signe le plus marquant du réchauffement des conflits inter impérialistes à l'heure actuelle. Les interventions militaires directes de la France et la Belgique sont motivées par les intérêts économiques et politiques que gardent ces pays face à leurs anciens empires coloniaux, tout comme, les "casques bleus" français au Liban ne sont que l'ancienne armée coloniale déguisée. On serait tenté, si l'on reste à ce niveau seulement de comparer le Zaïre avec des aventures impérialistes des années 60 telles que le Vietnam et d'en conclure que les événements d'aujourd'hui sont moins graves, moins âpres, moins dangereux. Mais on se tromperait lourdement.

En fait, l'intervention au Zaïre comme celle au Tchad fait partie d'une concertation des efforts de tous les pays de l'OTAN pour affronter les poussées du bloc russe. Ce ne sont pas un ou deux pays qui sont en cause mais directement toute la politique des blocs impérialistes. L'impérialisme russe s'acharne à vouloir briser l'emprise du bloc américain sur l'Afrique, après avoir subi l'étau de la "pax americana" au Moyen-Orient. L'impérialisme américain vient de faire une démonstration importante de la rapidité de ses réactions ainsi que de la collaboration au sein de son bloc face aux conflits.

Au moment des événements, tous les pays d'Europe ont donné leur appui à l'intervention au Zaïre et Washington a même prêté certains de ses avions. Le 5 juin, les six pays de l'OTAN se sont réunis à Bruxelles pour étudier la situation en Afrique et plus tard, le 11 juin, les "onze" du bloc américain (y inclus l'Iran, l'Arabie Saoudite, le FMI (Fonds Monétaire International), la Banque mondiale et une commission de la CEE) ont étudié les modalités d'une aide financière pour maintenir à flot l'économie zaïroise, criblée de dettes étrangères de 2,3 milliards de dollars et dont le PNB diminue de 5 % chaque année depuis 1976. Sept pays africains participent à la force chargée de la défense du Shaba; le Maroc fournira l'essentiel des troupes de cette force sans précédent. Même l'Egypte donne son soutien militaire au Zaïre comme au Tchad.

Le renforcement des blocs impérialistes s'accentue de conflit en conflit. Nous voyons aujourd'hui clairement la véracité de notre analyse : "L'économie de guerre à l'époque actuelle n'est pas seule ment mise en place à l'échelle nationale mais aussi à l'échelle d'un bloc impérialiste. L'incorporation dans un des deux blocs impérialistes -chacun dominé par un capitalisme d'Etat continental et colossal, les USA et la Russie est une nécessité à laquelle même les "grandes puissances anciennement impérialistes comme la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et le Japon ne peuvent résister. La tendance dominante de la part des USA et de la Russie est de coordonner, organiser et diriger le potentiel de guerre de leur bloc.(Rapport sur la situation Internationale, Revue Internationale n°11). La bourgeoisie a présenté ce nouveau pas vers la guerre "franche" comme un acte humanitaire" pour "sauver les blancs", tout comme elle a lancé une campagne anti-terroriste pour mieux cacher le renforcement de l'appareil répressif de l'Etat. Les révolutionnaires ont le devoir de prendre une position intransigeante, internationaliste face à toutes les menaces de guerre, à toutes les campagnes idéologiques de la guerre. Et c'est cela que le CCI a fait à travers la déclaration que nous publions ci-dessous, dénonçant les deux camps en présence, dénonçant toute tentative de couvrir la vérité des événements par la mystification des soi-disant "luttes de libération nationale" ou par un appui au bloc russe, supposé "progressiste". Contrairement au PCI (bordiguiste) qui écrit : "les combattants palestiniens, libanais, tchadiens, sahraouis, qui se dressent les armes à la main contre "notre" impérialisme, sont les frères des prolétaires de la métropole dans la lutte contre l'ennemi commun : l'Etat impérialiste français" (Tract du 21 mai 1978, France), le CCI affirme "qu'on ne lutte pas contre l'impérialisme en choisissant l'une ou l'autre des puissances antagonistes. Tous ceux qui tiennent ce langage se font, consciemment ou inconsciemment les rabatteurs de la guerre impérialiste". Les armées palestiniennes, tchadiennes ou katangaises sont des proies de l'impérialisme russe tout en dépendant des intérêts d'une partie de la bourgeoisie locale de la même manière que le corps expéditionnaire du bloc occidental (les légionnaires français, les troupes marocaines et autres) servent l'impérialisme américain tout en défendant les intérêts d'une partie de la bourgeoisie locale. Le prolétariat n'a pas de patrie. Il n'a pas à soutenir de mouvement nationaliste d'aucune sorte, ni au « tiers-monde », ni dans les métropoles. La classe ouvrière vit et agit dans les pays sous-développés ; c'est elle, on effet, qui s'est fait massacrer dans la ville minière de Kolwezi par les armées adverses. La classe ouvrière n'a que faire des alliances avec des mouvements nationalistes. Son seul ennemi, c'est le système capitaliste partout dans le monde.

La situation internationale s'aggrave mais seul le prolétariat peut porter un coup d'arrêt aux forces impérialistes. Au mois de juin 1978, alors que les corps expéditionnaire français et occidentaux font leur sale besogne au Zaïre et au Tchad, 50.000 ouvriers des arsenaux de l'Etat français se sont mis en grève contre leurs conditions d'exploitation. C'est cette voie, cette capacité d'arrêter le bras destructeur du capital qui constitue la seule réponse possible à la crise, à l'OTAN couru ; au C0MEC0N. Il devient chaque jour plus clair que la lutte contre la guerre, c'est la lutte décisive entre le capital et le travail.

La déclaration suivante est publiée dans toute la presse du CCI, dans toutes les langues. Elle a été diffusée en tant que tract au cours des évènements du Zaïre en France et en Belgique.

Ils disent intervenir pour "raisons humanitaires". Ils mentent.

  • Toutes les guerres débutent avec ce prétexte. Les atrocités ? Ils les "oublient" quand elles ne peuvent serviteurs mauvais coups : qu'ont-ils dit du massacre par l'Afrique du Sud de 600 réfugiés en Angola ?
  • "Chevaliers de la civilisation", ces paras, ces légionnaires? Ce sont les troupes les plus brutales et sanguinaires. Eux-mêmes s'en vantent : "On est ici pour casser du katangais".
  • La presse, la télévision, la radio en font trop; elles ne feraient pas tant de bruit si elles n'avaient du mal à remplir leur rôle : tenter de masquer l'évidence ; la seule vraie raison de l'opération Kolwezi : son caractère impérialiste. Et l'ampleur du battage est à la hauteur du l'enjeu en cause, qui n'est pas des moindres : L'INTERVENTION AU ZAÏRE MARQUE UN NOUVEAU PAS DANS L'ESCALADE VERS UNE TROISIEME GUERRE MONDIALE.

Certes, le fait n'est pas nouveau. Depuis la fin de la seconde guerre, les deux blocs impérialistes : USA et ses valets, URSS et ses "frères" n'ont cessé de s'affronter sous couvert de "dé colonisation", "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes", "défense de l'intégrité nationale", "lutte pour la démocratie", "lutte pour le socialisme", faisant des zones en conflit des enfers pour les peuples victimes de leur" sollicitude". Et ce fut, par l'envoi massif d'armements les plus meurtriers, ou par l'intervention directe, le quadrillage de la terre saignant de ces massacres : Indochine, Corée, Afrique du Nord, Moyen-Orient, Vietnam, Biafra, Bengale, Cambodge. Aujourd'hui, l'Afrique est une zone privilégiée de l'échiquier où se joue leur jeu infernal : chacun avance ses pions. Les deux camps sont pour l'heure ainsi tracés : aux couleurs de l'URSS : Angola, Mozambique, Algérie, Libye et Ethiopie. En face, les pièces maîtresses des USA et de ses acolytes anglais, français et belges : Afrique du Sud et Zaïre. Plus le capitalisme mondial s'enfonce dans sa crise économique plus les conflits deviennent nombreux et violents : Rhodésie, Sahara, Ogaden, Erythrée, Tchad, la liste des massacres s'allonge.

Aujourd'hui, l'intervention au Zaïre.

  • Et, parce qu'elle illustre la tendance des conflits à se rapprocher d'un centre vital du capitalisme, l'Europe, dont le Zaïre est le principal réservoir de matières premières et un territoire de pénétration capitaliste de premier ordre.
  • Et, parce qu'elle constitue, malgré les disputes entre les complices français et beiges la réponse d'ensemble du bloc américain au défi lancé par le bloc russe avec sa mainmise sur l'Angola.
  • Et, parce que jamais, ces dernières années, une expédition de ce genre n'a connu une telle ampleur, une telle collaboration des brigands occidentaux dans sa préparation, son exécution, sa justification : avions américains, matériel anglais, troupes belges et françaises, absolution de l'Europe des Neuf et de la Chine dite communiste.
  • Et, parce que la campagne idéologique qui soutient l'offensive militaire est elle aussi sans précédent

par l'ampleur des moyens et l'hystérie des propos. Pour tout cela, l'intervention au Zaïre est une étape fondamentale de cette escalade.

Les autres mensonges de la bourgeoisie

A côté de ceux qui ont patronné cette expédition, certains ne sont pas moins hypocrites :

  • CEUX QUI protestent contre l'intervention, non sur le principe, mois parce qu'elle n'a pas respecté les règles diplomatiques et constitutionnelles : fondamentalement, lis défendent les mêmes intérêts impérialistes de leur capital national.
  • CEUX QUI prônent le simple pacifisme, la pression morale, les conférences internationales l'action de I'ONU et autres sornettes pour que "cessent les guerres".

La guerre n'est pas le fait de quelques gouvernements bellicistes ou mal intentionnés. Elle fait partie du mode de vie même du capitalisme, et particulièrement depuis le début du 20ème siècle. A partir de la première guerre mondiale, ce système ne se survit plus qu'à travers des mutilations successives, qu'à travers un cycle infernal où chaque reconstruction ne fait que préparer une crise encore plus grave que la précédente à laquelle la bourgeoisie no sait apporter qu'une issue guerrière chaque fois plus dévastatrice et meurtrière.

Et, pas plus que celle de 1929, le capitalisme ne peut la foire aboutir qu'à une nouvelle boucherie mondiale.

C'est ce que nous démontre jour après jour la dégradation de la situation économique dans tous les pays du monde, y compris ceux qui se disent socialistes.

C'est ce que "nous démontre l'aggravation constante des conflits sur toute la planète. C'est ce que nous démontre aujourd'hui l'intervention au Zaïre.

Prôner le pacifisme, c'est prôner la passivité et la soumission à cet engrenage. C'est ouvrir la voie à la guerre.

  • CEUX QUI parlant "au nom de la classe ouvrière" ne présentent d'autre alternative aux travail leurs que de soutenir l'autre bloc impérialiste. On ne lutte pas contre l'impérialisme qui, aujourd'hui, est le fait de toutes les nations du mon de, en choisissant l'une ou l'autre des puissances antagonistes. Tous ceux qui tiennent ce langage se font, consciemment ou inconsciemment, les rabatteurs de la guerre impérialiste au même titre que les précédents.

Il n'y a pas d'issue au sein du capitalisme.

Il faut détruire ce système avant qu’il ne détruise l’HUMANITÉ

Une seule force dans la société peut le faire : la classe ouvrière. Elle l'a déjà montré en 1917 en Russie et en 1918 en Allemagne, elle seule petit enrayer et paralyser l'engrenage vers le nouvel holocauste; elle seule a le pouvoir d'abolir l'exploitation, l'oppression, les classes et les nations et d'instaurer une société nouvel le : le socialisme.

Pour cela, elle doit partout engager ou poursuivre l'offensive contre le capitalisme.

Dans les pays où on l'enrôle directement dans le massacre, elle doit dénoncer l'abrutissement du chauvinisme qu'on lui fait subir sous couvert de "libération nationale" et autres mensongeries. La seule réponse possible est celle des ouvriers russes de 1917, des ouvriers allemands de 1918.

  • fraterniser avec les prolétaires en uniforme de l'autre camp,
  • retourner les armes contre ses propres exploiteurs et gouvernements,
  • transformer la guerre impérialiste en guerre civile.

Dans les pays du tiers-monde, terre d'élection des guerres actuelles, le prolétariat a commencé à lutter sur son terrain de classe : pour lui, pas d'autre issue que de poursuivre dans cette voie.

Dans les métropoles du capitalisme et particulièrement en France et on Belgique, celles dont l'impérialisme est aujourd'hui en première ligne, il n'y a pas non plus d'autre voie pour les travailleurs que la reprise des luttes contre l’austérité et les licenciements :

  • parce que l'intervention au Zaïre contre leur niveau de vie font partie d'une même offensive du capital;
  • parce que, qu'ils le veuillent ou non, ils sont déjà obligés dans l'effort de guerre ; c'est leur exploitation qui paie les dépenses militaires croissantes ;
  • parce que leur seule façon de manifester leur internationalisme, leur solidarité avec leurs frères de classe directement touchés par la guerre, c'est de combattre l'ennemi commun qu'ils ont en face d'eux : leur capital national ;
  • parce qu'après les troupes professionnelles, les appelés eux-mêmes seront envoyés à la tuerie; la bourgeoisie ne s'arrêtera pas là : chaque étape franchie dans la préparation de la guerre généralisée ouvre le chemin de la suivante.

Prolétaires de tous les pays,

Votre réponse de classe ne peut attendre. Renouez avec les combats engagés à partir de 1968 et que la bourgeoisie a réussi à épuiser dans les impasses "démocratiques", électorales et syndicales, "de gauche". Faites vôtres les mots d'ordre de votre classe ;

LES PROLETAIRES N'ONT PAS DE PATRIE, PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !

20 mai 1978
Courant Communiste International

Tract diffusé en France et en Belgique et publié dans toutes les revues du CCI.


"Les cadres pour les nouveaux partis du prolétariat ne peuvent sortir que de la connaissance profonde des causes des défaites. Et cette connaissance ne peut supporter aucun interdit non plus qu'aucun ostracisme.
Tirer le bilan des événements de l’après guerre, c'est donc établir les conditions pour la victoire du prolétariat dans tous les pays.
"
BILAN n°1 (novembre 1933)