L'échec de l'anarchisme pour empêcher l'intégration de la CNT à l'État bourgeois (1931-1934)

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mailNous avons montré, dans l’article précédent de cette série 1, comment la CNT contribua de façon décisive à la mise en place du piège que fut la République espagnole et comment les dirigeants syndicalistes de la CNT, lors du Congrès de Madrid (juin 1931), firent tout leur possible pour que soient consommées les noces de ce syndicat avec l’État bourgeois.

Si les épousailles n'eurent pas lieu à ce moment-là, ce fut le résultat de la conjonction de deux facteurs :

- l’État républicain rejeta les offres de la CNT et poursuivit les habituelles et brutales persécutions contre elle ;

- la base ouvrière de la CNT résista à cette perspective.

C'est l’anarchisme qui avait pris la tête de cette résistance en se regroupant majoritairement dans une organisation, la Fédération anarchiste ibérique (FAI), en 1927. L’objet de cet article est de tenter de tirer le bilan de cette tentative de garder la CNT au le prolétariat.

L’anarchisme et la République

La FAI est née de la lutte contre l’influence croissante de l’aile syndicaliste dans la CNT. Même si elle a été constituée formellement en 1927 à Valence, elle avait pris son origine dans un Comité de relations anarchistes qui avait convoqué un congrès clandestin en avril 1925 à Barcelone. Ce congrès devait se prononcer sur trois points :

1. La nécessité d’une action pour mettre à bas la dictature de Primo de Rivera. Francisco Olaya 2 l’expose ainsi : "L’anarchisme espagnol est-il capable de provoquer à court terme une révolution sans liens avec les partis politiques ? Prenant en compte les féroces et fréquentes persécutions subies, il fut répondu que non, qu’il convenait d’agir en accord avec la CNT et avec les forces qui tendaient au renversement de la dictature par la violence, sans limiter la portée et le développement de la révolution". On laissait donc la porte ouverte à l’alliance "tactique" avec toutes les forces bourgeoises d’opposition et, de fait, le Congrès se proposa "de poursuivre les rapports conspiratifs avec Francisco Macia 3, lui donnant un délai jusqu’au 31 juillet pour entreprendre une action décisive contre le régime". Il fut également décidé de "suspendre toute relation avec le républicain Rodrigo Soriano, étant donné son incapacité à remplir ses engagements". Quels engagements avaient bien pu s’établir avec cet individu à l’idéologie notoirement droitière ?

2. La nécessité d’une organisation anarchiste, le Congrès se proposant d’orienter ses efforts vers la formation d’une Fédération anarchiste ibérique, en intégrant les groupes portugais ;

3. Le thème "Le syndicalisme et nous". Selon Olaya, "il fut décidé d’agir activement dans le but d’accentuer progressivement l’idéologie anarchiste de la CNT".

Le Congrès anarchiste se situa sur le même terrain que les syndicalistes qu’il prétendait combattre : il se donna comme objectif "tactique" le remplacement de la dictature par un régime de libertés et l’alliance avec les forces républicaines d’opposition. Olaya cite une intervention de Garcia Oliver 4 au cours d’une réunion qui se tint à la Bourse du travail de Paris, qui affirmait "que le changement de régime était imminent en Espagne et que tous les soutiens devraient être utilisés, sans distinction d’idéologie".

Cette position de Garcia Oliver fut formellement rejetée par le Congrès de Marseille de 1926, qui adopta cependant comme conclusion qu’il fallait "rompre toutes les relations avec les partis politiques et préparer le renversement de la dictature en collaboration avec la CNT". C'est-à-dire que l’objectif "tactique" de se joindre à la "lutte contre la dictature" restait maintenu, mais tout en proclamant qu’il n’y aurait pas de relations avec les partis politiques. D’ailleurs, les contacts de militants avec les partis républicains se poursuivront même après la constitution de la FAI 5.

Suite à la proclamation de la République, un long éditorial de Tierra y libertad 6 (Terre et liberté) du 19 avril 1931, intitulé "la Position de l’anarchisme sur la République", salue "cordialement l’avènement de la République", salue explicitement "les nouveaux gouvernants" et formule une série de revendications qui, reconnaît Olaya, "coïncident avec les promesses électorales faites par beaucoup d’entre eux". C’était la moindre des choses, puisque parmi ces revendications figurent la suppression des titres aristocratiques, la limitation des dividendes des actionnaires des grandes entreprises, la fermeture de couvents de nonnes, moines et jésuites ! Ni plus ni moins qu’un programme cent pour cent bourgeois qu’il faut appliquer… par l’action politique tant vilipendée !

Ainsi, loin de rompre avec la tendance majoritaire dans la CNT qui donnait la priorité à la lutte pour le régime bourgeois de la République, l’anarchisme et la FAI sautaient dedans à pieds joints ! Ils maintenaient cependant l’illusion de pouvoir déborder ce cadre en impulsant la radicalisation des masses. Ils reproduisaient en cela l’ambiguïté classique de l’anarchisme par rapport à la République, qui s’était déjà manifestée en 1873 avec la Première République espagnole (1873-1874) 7.

La scission de la CNT

Le 8 juin 1931, il se tint un Plénum péninsulaire anarchiste au cours duquel furent sanctionnés les "compagnons" du Comité péninsulaire, pour avoir eu des contacts avec des "politiques". Il s’y affirma alors la nécessité "d’orienter les activités dans un sens révolutionnaire et anarchiste, sachant que la démocratie est le dernier refuge du capitalisme" 8.

Comment comprendre ce revirement radical ? Deux mois auparavant, la démocratie était saluée, puis à présent on la dénonce. Ce sont en réalité les fondements même de l’anarchisme qui le poussent à faire une chose et son contraire. Ces fondements proclament que les individus ont une tendance naturelle à la liberté et à rejeter toute forme d’autorité. Avec des postulats aussi abstraits et généraux, on peut justifier le rejet absolu de toute forme d’autorité ou d’État - ce qui permet alors de comprendre que la démocratie est le dernier refuge du capitalisme - et tout aussi bien soutenir une autorité "plus respectueuse des libertés individuelles" ou "moins autoritaire" que la précédente comme pouvait prétendre l’être la République.

Ces "principes", en outre, mènent à la personnalisation la plus totale. On fait démissionner les membres du dernier Comité péninsulaire pour avoir eu des contacts avec des éléments politiques. Mais on ne se penche pas sur les causes qui ont conduit à soutenir ce que l’on rejette à présent, on ne tente pas de comprendre comment il a pu être possible que l’organe central, le Comité péninsulaire, mène une politique contraire aux principes de l’organisation. On change les membres du Comité suivant le principe "morte la bête, mort le venin". Cette personnalisation permet que la lutte contre le secteur syndicaliste ne se mène pas à travers le débat et la clarification, mais par des campagnes contre les militants du secteur opposé, des tentatives de "gagner" des comités locaux ou régionaux, des mesures administratives d’expulsion, etc. Pour la majorité des militants de la CNT, le combat contre le secteur "syndicaliste" n’est pas vécu comme un combat pour la clarification, mais comme une guerre entre groupes de pression dans laquelle règnent les insultes, le mépris et les interdictions. Les événements atteignirent un rare niveau de violence. Olaya témoigne que régnait "au sein de la CNT une ambiance de guerre civile". Le 25 octobre 1932, "un groupe de scissionnistes attaqua sur leur lieu de travail deux militants de la CNT qui étaient opposés à la scission, tuant l’un et blessant l’autre gravement".

"Lors du Plenum régional des syndicats, organisé à Sabadell pendant la répression, l’affrontement entre les deux tendances fut retentissant. Les "Trentistes", réformistes, commencèrent à être dégagés de toutes leurs responsabilités organisationnelles. Pestaña et Arín, signataires du Manifeste des 30, furent démis de leurs fonctions au Comité national. Les syndicats liés à la Fédération locale de Sabadell se retirèrent du Congrès régional pour protester contre la supposée dictature de la FAI. Les syndicats en question, qui comptaient plus de 20 000 adhérents, furent postérieurement expulsés par le Comité régional. Tout ceci aboutit à la scission organisationnelle qui est à l’origine des "Syndicats d’opposition"" 9. La division fut très grave en Catalogne et dans la région de Valence (où il y avait plus de membres dans les syndicats d’opposition que dans la CNT officielle), mais eut aussi d’importantes répercussions à Huelva, aux Asturies et en Galice.

Même si – comme nous allons voir par la suite - la CNT va suivre l’orientation imposée par l’anarchisme, une partie importante de celle-ci, le secteur syndicaliste, fonctionnera de façon autonome sous le nom de Syndicats d’Opposition jusqu’au rassemblement définitif de 1936 (voir le prochain article). Les Syndicats d’Opposition agiront sur une ligne de collaboration plus ou moins ouverte avec l’UGT (le syndicat socialiste) tout en prônant l’unité syndicale.

En 1931-32, la FAI finit par convaincre la CNT de s’orienter vers des tentatives révolutionnaires. Ce virage à 180° répond à une réelle radicalisation des ouvriers, journaliers et paysans fortement déçus par l’aggravation de la misère et la brutale répression de la République. Ce virage se fait cependant dans la confusion la plus totale, d’une part à cause de la scission et des méthodes employées 10, et d’autre part parce qu’il ne se basait sur aucune réflexion sérieuse : on passe d’une politique de soutien à la République à une vague "lutte pour la révolution" sans répondre collectivement à des questions de base : pour quelle révolution fallait-il lutter ? Les conditions historiques et internationales étaient-elles réunies ? Pour quelles raisons tant les syndicalistes que la FAI avaient-ils soutenu l’avènement de la République ? Il n’y eut donc pas de réponse à ces questions, on changea simplement d’orientation : on passa de la voie de droite de l’appui "critique" à la République à la voie de gauche de la "lutte insurrectionnelle pour la révolution". Les principes éternels de l’anarchisme permettaient d’avaliser tant une voie que l’autre.

La période insurrectionnelle, 1932-34

La période 1932-1934 a été nommée "période insurrectionnelle" par Gomez Casas. Les épisodes les plus significatifs en sont les tentatives de grève générale de 1932, de janvier 1933 et de décembre de la même année. Une très forte combativité s’exprima dans ces mouvements, un désir ardent de sortir d’une situation intolérable de pauvreté et d’oppression, mais cela se fit dans la dispersion la plus totale, chaque secteur ouvrier affrontant isolément l’État capitaliste. L’armée fut bien sûr systématiquement envoyée pour écraser les luttes. La réponse de la République était toujours la même : massacres, arrestations massives, incarcérations, tortures, bagne et déportations. Les principales victimes étaient bien sûr les militants de la CNT.

Il s’agit souvent de mouvements surgis de la propre initiative des travailleurs et que la bourgeoisie attribue à un "complot insurrectionnel perpétré par des anarchistes" 11. Un exemple de cela nous est donné lors de la grève du Alto Llobregat12 en janvier 1932. Le 17, les ouvriers de l’industrie textile Berga se mettent en grève pour protester contre la non-application d’accords obtenus 6 mois auparavant. Le lendemain, les travailleurs et mineurs de la zone (Balsareny, Suria, Sallent, Figols…) se mettent en grève en solidarité avec leurs camarades. Les travailleurs désarment les Somatenes (milices civiles auxiliaires des forces de répression de l’État en Catalogne). La grève est totale dans toute la zone dès le 22 janvier. Le drapeau de la CNT est hissé au fronton des mairies de quelques localités. La Garde civile s’enferme dans ses quartiers. Le gouvernement envoie alors des renforts de la Garde civile, stationnés à Lerida et Saragosse, et aussi des unités de l’armée pour écraser la lutte.

Pour justifier la barbarie de la répression, le gouvernement lance une campagne de mensonges, présentant la grève du Alto Llobrega comme étant l’œuvre de la CNT-FAI 13 "traitant les confédérés (confédérés : membres de la CNT) de bandits encartés, étendant la répression à la Catalogne, le Levant et l’Andalousie. Des centaines de prisonniers sont entassés dans les cales des bateaux qui vont les conduire en déportation" 14. Parmi les prisonniers figure notamment Fransisco Ascaso, un des leaders de la FAI. Pour parachever la confusion, dans un article devenu célèbre, une des dirigeantes de cette organisation, Federica Montseny, attribue le mouvement à l’initiative de la FAI.

Le mouvement était revendicatif et solidaire, il surgit des ouvriers eux-mêmes, et en cela fut très différent des mouvements insurrectionnels impulsés par des groupes anarchistes. Bien qu’ils soient généralement motivés par un sentiment de solidarité, en particulier avec les nombreux détenus victimes de la répression républicaine, et par une claire volonté révolutionnaire, ces mouvements n’étaient que des actions minoritaires, très localisées, séparées de la dynamique réelle de la lutte ouvrière, souffrant en outre d’une forte dispersion.

L’action insurrectionnelle la plus importante commença en janvier 1933 et se propagea de la Catalogne jusqu’à de nombreuses localités de Valence et d’Andalousie. Peirats montre que ce mouvement avait eu comme origine les provocations continues du Gouvernement autonome de Catalogne présidé par les "radicaux" d’Esquerra republicana (Gauche républicaine). Ces señoritos (fils de bonne famille) qui, à l’origine, avaient flirté avec la CNT dans les années 20 et qui, plus ou moins secrètement, avaient passé des accords avec les dirigeants syndicalistes pour qu’ils soutiennent le Gouvernement autonome et que "la CNT devienne un syndicat domestiqué comme l’était l’UGT à Madrid" (Federica Montseny), furent très déçus par l’exclusion des Trentistes et, avec plus de rage encore que leurs confrères espagnolistes, tentèrent "d’écraser la CNT par la fermeture systématique de ses syndicats, l’interdiction de sa presse, le régime des prisons gouvernementales et la politique terroriste de la police et des escamots 15. Les Casals de Esquerra 16 se transformèrent en cachots clandestins où étaient séquestrés, bastonnés et torturés les travailleurs confédérés" 17.

L’improvisation et le désordre qui présidèrent à l’organisation de ce mouvement le transformèrent rapidement en déroute que, tant le pouvoir catalan que le pouvoir central, parachevèrent par une incroyable et inqualifiable répression, dont le point d’orgue fut le massacre de Casas Viejas perpétré par ordre direct du Premier ministre Azaña qui donna l’ignoble et célèbre ordre : "Ni blessés ni prisonniers, tirez au ventre !"

"Le mouvement révolutionnaire du 8 janvier 1933 fut organisé par les Cadres de défense, groupes de choc formés par les groupes d’action de la CNT et de la FAI. Ces groupes, mal armés, plaçaient leurs espoirs sur quelques troupes engagées et la contagion populaire qui devait s’ensuivre. La grève générale des chemins de fer reposait sur la Fédération nationale de cette branche des transports qui, malheureusement minoritaire face au Syndicat national ferroviaire de l’UGT, ne parvint pas à la déclencher (…) Les casernes n’ouvrirent pas leurs portes par l’enchantement des révolutionnaires. Le peuple resta indifférent ou, plutôt, accueillit le mouvement de façon très réservée" 18.

Peirats distingue cinq phases dans le mécanisme de ces actions insurrectionnelles :

"1) À l’heure dite, les conjurés pénètrent chez les citoyens "respectables" susceptibles de posséder des armes. Ils les prennent et sortent dans la rue, appelant le peuple à la révolte. Il n’y a pas de victimes. Les éléments désarmés sont laissés en liberté. La révolution sociale déteste les représailles et les prisons. Effrayé, le peuple reste neutre. Le maire donne les clefs de la mairie.

2) La caserne de la Garde civile est assiégée avec les quelques armes récupérées.

3) Les révolutionnaires proclament le communisme libertaire depuis la mairie convertie en commune libre. Le drapeau noir et rouge est hissé. Les archives et titres de propriété sont brûlés sur la place publique devant les curieux. Des bans sont publiés déclarant abolies la monnaie, la propriété privée et l’exploitation de l’homme par l’homme.

4) Arrivée des renforts de gardes et de policiers. Les insurgés résistent plus ou moins, en fonction du temps qui leur est nécessaire pour réaliser que le mouvement n’a pas embrasé l’Espagne entière et qu’ils sont isolés dans leur splendide tentative.

5) Pendant la retraite vers la montagne, les forces de répression poursuivent leur chasse à l’homme. C’est l’épilogue macabre d’assassinats sans distinction de sexe ni d’âge. Arrestations massives, passages à tabac et tortures dans les antres policières…".

Ce témoignage est terriblement éloquent. Les forces les plus combatives du prolétariat espagnol furent mobilisées dans des batailles absurdes condamnées à la déroute. L’héroïsme et la haute valeur morale 19 des combattants furent gaspillés par une idéologie, l’anarchisme, qui en tentant de se réaliser conduisait à l’opposé de ce qu’elle se proposait : l’action consciente et collective de la majorité des ouvriers est remplacée par l’action irréfléchie d’une minorité ; la révolution n’est plus le résultat de l’action des ouvriers eux-mêmes mais celui d’une minorité qui la décrète.

Pendant que la FAI lançait ses militants dans des batailles fantaisistes, les luttes réelles du prolétariat passaient totalement inaperçues. Gérald Brenan, dans le Labyrinthe espagnol, observe que "la cause de presque toutes les grèves de la CNT d’alors était la solidarité, c’est-à-dire que les grèves se lançaient pour réclamer la liberté des prisonniers ou contre des licenciements injustes. Ces grèves n’étaient pas dirigées par la FAI, elles étaient de véritables manifestations spontanées des syndicats" 20.

Cette conception catastrophique de "la révolution" 21 est décrite dans le fameux Manifeste des 30 rédigé par Pestaña et ses amis : "L’histoire nous dit que les révolutions ont toujours été faites par des minorités audacieuses qui ont stimulé le peuple contre les pouvoirs constitués. Suffit-il que ces minorités le veuillent, qu’elles se le proposent, pour que dans une telle situation la destruction du régime en place et de ses forces défensives soit effective ? C’est à voir. Ces minorités, pourvues un beau jour de quelques éléments agressifs ou profitant de l’effet de surprise, s’affrontent à la force publique et provoquent l'événement violent qui peut nous conduire à la révolution (…) Elles confient la victoire de la révolution aux qualités de quelques individus et à la problématique intervention des masses qui les appuieront quand ils prendront la rue. Il est inutile de prévoir quoi que ce soit, de compter sur quoi que ce soit, ni de penser à autre chose que de se jeter dans la rue pour vaincre un mastodonte : l’État (…) Tout est confié au hasard,onespère tout de l’imprévu, on croit aux miracles de la Sainte Révolution".

L’insurrection des Asturies en octobre 1934

Selon les propres termes de Peirats, des milliers et des milliers d’ouvriers ne furent plus que "des grappes de chair torturée éparpillées dans toutes les geôles d’Espagne". La sauvagerie de la répression perpétrée par l’alliance républicano-socialiste n’empêcha cependant pas la droite de gagner les élections générales de novembre 1933 : "Le mouvement ouvrier, qui manifestait des symptômes de reprise, fut coupé net et recula après l’aventure anarchiste. La réaction, au contraire, sortit de sa prudence craintive et passa énergiquement à l’offensive. Les anarchistes n’avaient pas réussi à entraîner les masses, mais leur défaite fut celle des masses. Le gouvernement et la réaction l’avaient parfaitement compris : elle s’affirma et s’organisa au grand jour" 22.

Cependant, ce changement politique était lié à l’évolution de la situation internationale, et plus concrètement à la perspective de Seconde Guerre mondiale vers laquelle le capital s’orientait inexorablement. Deux conditions étaient indispensables pour la préparer : écraser préalablement les secteurs du prolétariat qui avaient encore des réserves de combativité, et encadrer l’ensemble du prolétariat mondial dans l’idéologie antifasciste. Contre l’offensive fasciste, c’est-à-dire celle du camp impérialiste constitué par l’Allemagne et l’Italie, il fallait embrigader les ouvriers dans la défense de la démocratie, c’est-à-dire du camp opposé organisé autour de la Grande-Bretagne et de la France, camp auxquels se rallieront plus tard tant l’URSS 23 que les États-Unis.

Enchaîner le prolétariat au char de la démocratie et de l’antifascisme exigeait d’entraîner sa lutte hors de son terrain de classe vers des objectifs qui lui étaient étrangers, au service exclusif de l’un des camps impérialistes en présence. Dans cet objectif, la social-démocratie (secondée à partir de 1934 par le stalinisme) combina méthodes légales, pacifiques, et politique "violente" pour entraîner le prolétariat vers des combats insurrectionnels condamnés à d’amères défaites et à la répression barbare qui s’ensuivait.

Cette perspective internationale explique l’incroyable virage que réalisa le PSOE en Espagne après sa défaite aux élections de 1933. Largo Caballero, qui avait été rien de moins que Conseiller d’État du dictateur Primo de Rivera et qui avait participé, en tant que ministre du Travail, au gouvernement républicain de 1931 à 1933 24, se transforma du jour au lendemain en révolutionnaire maximaliste 25 et fit sienne la politique insurrectionnelle défendue jusqu’alors par la FAI.

Cette cynique manœuvre reproduisait celle des sociaux-démocrates autrichiens qui avaient réussi à mobiliser les ouvriers de ce pays dans une insurrection-suicide contre le chancelier profasciste Dollfuss et qui se solda par une défaite cruelle. De son côté, Largo Caballero entreprit de défaire un secteur particulièrement combatif du prolétariat espagnol, celui des Asturies. La montée au pouvoir de la partie la plus profasciste de la droite espagnole de l’époque – dirigée par Gil Robles et dont le mot d’ordre était : "Tout le pouvoir au Chef" – provoqua l’insurrection des mineurs des Asturies en octobre 1934. Les socialistes leurs avaient promis un vaste mouvement de grève générale dans toute l’Espagne, mais ils se gardèrent soigneusement de tout mouvement de solidarité à Madrid ou dans les zones dans lesquelles ils avaient de l’influence.

Les ouvriers asturiens étaient victimes d’un piège dont ils ne pouvaient se sortit que par la solidarité de leurs frères de classe des autres régions, qui se serait basée non sur une lutte contre le nouveau gouvernement de droite mais contre l’État républicain qu’il servait. Les tentatives de grèves spontanées qui émergèrent en plusieurs endroits du pays furent annulées et désavouées non seulement par les socialistes, mais aussi par la CNT et la FAI : "En réalité, la FAI et par conséquent la CNT, a été contre la grève générale, et quand des militants ont participé de leur propre initiative et, comme toujours, héroïquement à la lutte, elle en a appelé à la cessation à Barcelone, et n’a pas cherché à l’élargir aux régions où elle était la force prédominante" 26.

En Catalogne, le Gouvernement autonome d’Esquerra republicana profita de l’occasion pour organiser sa propre "insurrection", dans l’objectif de proclamer "l'État catalan au sein de la République fédérale espagnole". Pour accomplir cette exaltante "action révolutionnaire", il interdit préalablement les publications de la CNT, ferma ses locaux et arrêta ses militants les plus connus, parmi lesquels Durruti. La "grève" fut imposée les armes à la main par la police autonomiste. La radio du Gouvernement "révolutionnaire" catalan ne se lassait pas de dénoncer les "provocateurs anarchistes vendus à la réaction". Dans cette terrible confusion qui s’acheva glorieusement dès le lendemain avec la reddition honteuse du Gouvernement catalan confronté à deux régiments restés fidèles à Madrid, la réaction de la CNT fut réellement lamentable. Elle affirma dans un manifeste : "le mouvement déclenché ce matin doit se transformer en héroïsme populaire par l’action prolétarienne, sans accepter la protection de la force publique qui devrait couvrir de honte ceux qui l’admettent et la réclament. Victime depuis longtemps d’une répression sanglante, la CNT ne peut se cantonner plus longtemps dans l’espace réduit que lui laissent ses oppresseurs. Nous réclamons le droit d’intervenir dans cette lutte et nous le prenons. Nous sommes la meilleure garantie contre le fascisme, et ceux qui prétendent le contraire le favorisent au contraire en empêchant notre action" 27.

Le piège de l’antifascisme

Ce qui se dégage de ce manifeste de la CNT est très clair :

– il ne dit pas un mot de solidarité avec les travailleurs des Asturies ;

– il se place sur un terrain ambigu de soutien plus ou moins nuancé au mouvement nationalistes du Gouvernement catalan, à qui il se propose de donner de "l’héroïsme populaire" ;

– il ne dénonce à aucun moment le piège antifasciste, mais se présente au contraire comme le meilleur rempart au fascisme et affirme son droit à contribuer à la lutte antifasciste.

Ce manifeste marque un pas en avant dans une politique très grave. Contre toutes les traditions de la CNT et contre beaucoup de militants anarchistes, il quitte le terrain de la solidarité ouvrière pour s’engager sur le terrain de l’antifascisme et de l’appui "critique" au catalanisme.

Que la CNT, en tant que syndicat, adopte ce terrain anti-ouvrier est parfaitement logique. Dans le contexte de répression et de marginalisation que lui imposait l’État républicain, elle avait impérativement besoin d’un régime de "libertés" qui lui permette de jouer son rôle "d’interlocuteur reconnu". Mais que la FAI, chantre de l’anarchisme et propagandiste de la lutte "contre toute forme d’État", qui dénonçait "toute alliance" avec les partis politiques, appuie cette orientation, est moins facilement explicable.

Une analyse plus profonde permet cependant de comprendre ce paradoxe. La FAI avait fait de la CNT, un syndicat, son organisation de "mobilisation des masses", ce qui lui imposait des servitudes toujours plus grandes. Ce n’était plus la logique des principes anarchistes qui commandait l’action de la FAI, mais toujours plus les "réalités" du syndicalisme déterminées par le besoin impérieux de s’intégrer à l’État.

En outre, les principes anarchistes ne se considèrent pas eux-mêmes comme expression des aspirations, des revendications générales et des intérêts historiques d’une classe sociale, le prolétariat. Ils ne s'enracinent donc pas sur le terrain délimité par sa lutte historique. Ils prétendent au contraire être bien plus "libres". Leur terrain est intemporel et a-historique, se situant davantage par rapport à la liberté de l’individu en général. La logique de ce type de raisonnement est implacable : l’intérêt du libre individu peut être tant le rejet de toute autorité, de tout État et de toute centralisation comme il peut être l’acceptation tactique d’un "moindre mal" : contre le danger fasciste, qui nie simplement et strictement tout droit, il est préférable un régime démocratique qui reconnaît formellement les droits de l'individu.

Enfin, Gomez Casas souligne dans son livre que "la mentalité du secteur radical de l’anarchosyndicalisme comprenait le processus comme une gymnastique révolutionnaire, par laquelle seraient atteintes les conditions optimum pour la révolution sociale" (op. cit.). Cette vision considère comme essentiel de maintenir les masses dans un état de mobilisation, quel que soit l’objectif de celle-ci. Le terrain de "l’antifascisme" semble apparemment propice pour "radicaliser les masses" pour les mener à la "révolution sociale", comme le voyaient et propageaient alors les socialistes "de gauche". En réalité, la vision de l’antifascisme de Largo Caballero et celle de la FAI semblaient convergentes, mais les intentions étaient radicalement différentes : Largo Caballero cherchait à saigner le prolétariat espagnol à travers ses appels "insurrectionnels", alors que la majorité des militants de la FAI croyaient sincèrement à la possibilité de révolution sociale. Sur la République, Largo Caballero pouvait affirmer, en 1934 (en totale contradiction avec ce qu’il avait affirmé en 1931) : "La classe ouvrière veut la République démocratique [non] pour ses vertus intrinsèques, non comme idéal de gouvernement, mais parce qu’en son sein la lutte de classe étouffée sous les régimes despotiques peut trouver une plus grande liberté d’action et de mouvement pour atteindre ses objectifs immédiats et à moyen terme. S’il n’en était pas ainsi, pourquoi donc les travailleurs voudraient de la République et de la démocratie ?" 28. Pour sa part, Durruti disait : "La République ne nous intéresse pas, mais nous l’acceptons comme point de départ d’un processus de démocratisation sociale. A condition bien sûr que cette République garantisse les principes selon lesquels la liberté et la justice sociale ne soient pas des mots creux. Si la République dédaigne les aspirations des travailleurs, alors le peu d’intérêt qu’elle suscite parmi eux sera réduit à néant, car cette institution ne répondrait pas aux espoirs qu’elle a réveillés le 14 avril" 29.

Comment l’État du XXe siècle, avec sa bureaucratie, son armée, sons système de répression et de manipulation totalitaire, pourrait-il être "le point de départ d’un processus de démocratisation sociale" ? Comment peut-on ne serait-ce que rêver qu’il soit le garant de la "liberté et de la justice sociale" ? C’est pour le moins aussi absurde qu’illusoire…

Conclusion

Cette contradiction vient cependant de loin. Déjà, quand le général Sanjurjo se souleva le 10 août 1932 contre la République et provoqua la mobilisation des ouvriers de Séville impulsée par la CNT, celle-ci vit déjà la lutte comme se situant sur un terrain ouvertement antifasciste. Elle déclarait dans un manifeste : "Ouvriers ! Paysans ! Soldats ! Un assaut factieux et criminel du secteur le plus sombre et réactionnaire de l’armée, de la caste autocrate et militaire qui enfonce l’Espagne dans les plus sombres horreurs de la période ténébreuse de la dictature […] finit par nous surprendre tous, souillant notre histoire et notre conscience, enterrant la souveraineté nationale dans la plus funeste des choix" 30.

Le prolétariat se devait de bloquer la main assassine du général Sanjurjo, mais sa lutte ne pouvait aller que dans le sens de ses intérêts de classe et donc, en perspective, de ceux de l’ensemble de l’humanité, et il devait alors combattre tant le fascisme que son soi-disant antagoniste républicain. Le manifeste cénétiste met surtout en avant… la souveraineté nationale !, appelant à choisir entre dictature et République. Une République qui, déjà à cette époque, avait assassiné par la répression plus de mille ouvriers et paysans ! Une République qui avait rempli les prisons et les bagnes de militants ouvriers, d’ailleurs essentiellement cénétistes !

Le bilan est très clair et nous le ferons en laissant la parole à nos ancêtres de la Gauche communiste italienne : "Nous considérerons maintenant l’action de la Fédération anarchiste ibérique (FAI) qui contrôle aujourd’hui la CNT. Après la chute d’Azaña, elle réclama une amnistie sans limites, donc aussi pour les généraux des pronunciamientos militaires, amis du général Sanjurjo, et elle désavoua les ouvriers de la CNT qui avaient mis en échec les tentatives de ce dernier à Séville, en proclamant qu’ils devaient rester passifs. En octobre 1934, elle prit d’ailleurs la même position en écrivant qu’il s’agissait d’une lutte pour le pouvoir entre marxistes et fascistes qui n’intéressait pas le prolétariat, lequel devait attendre pour intervenir que les uns et les autres se soient entredéchirés" 31.

La tentative de la FAI de récupérer la CNT pour la classe ouvrière fut un échec. Ce ne fut pas la FAI qui parvint à redresser la CNT, mais la CNT qui prit la FAI au piège des engrenages de l’État capitaliste, comme on le vit clairement en 1936 avec la collaboration ministérielle de membres reconnus de la FAI agissant au nom de la CNT.

"Au moment de février 1936, toutes les forces agissant au sein du prolétariat se trouvaient derrière un seul front : le nécessité d’arriver à la victoire du Front populaire pour se débarrasser des droites et obtenir l’amnistie. De la social-démocratie au centrisme 32, jusqu’à la CNT et au POUM, sans oublier tous les partis de la gauche républicaine, partout l’on était d’accord pour déverser l’explosion des contrastes de classe sur l’arène parlementaire" 33.

Dans le prochain article de la série, nous analyserons la situation en 1936 et comment furent définitivement célébrées les noces de la CNT avec l’État bourgeois.

RR – C.Mir 10-12-07

 


1 Cf. Revue internationale no 131, "La contribution de la CNT à l’instauration de la République espagnole (1921-1931)".

2 Historien anarchiste, auteur de l’ouvrage Histoire du mouvement ouvrier espagnol (2 tomes en espagnol). Les citations que nous traduisons ici sont extraites du second tome.

3 Rappelons que Macía était un militaire catalan nationaliste.

4 Juan García Oliver (1901-1980). Il fût un des fondateurs de la FAI et un de ses dirigeants les plus en vue. En 1936, il fût nommé ministre de la République au sein du gouvernement du socialiste Largo Caballero (on abordera ce sujet dans un prochain article).

5 Olaya témoigne qu’en 1928, "les républicains, de leur côté, entrèrent en rapport avec Arturo Parera, José Robusté, Elizalde et Hernandez, membres de la FAI et du Comité régional catalan de la CNT".

6 Journal anarchiste espagnol que parût par première fois en 1888. En 1923, il fût supprimé par la dictature de Primo de Rivera. En 1930, il réapparût comme organe de presse de la FAI.

7 Dans sa brochure les Bakouninistes au travail, Engels montre comment les dirigeants de la section espagnole de l’AIT "[trouvèrent] ce pitoyable échappatoire de recommander l’abstention de l’Internationale en corps, mais de laisser ses membres, à titre individuel, voter selon leur gré. La suite de cette déclaration de faillite politique fut que les ouvriers, comme toujours en pareil cas, votèrent pour les gens qui s’affichaient comme les plus radicaux, pour les intransigeants, et de ce fait endossèrent plus ou moins la responsabilité des actes ultérieurs de leurs élus, et s’y trouvèrent impliqués”.

8 Olaya, op. cit.

9 Gómez Casas, auteur anarchiste d’une Histoire de l’anarcho-syndicalisme espagnol, livre dont nous avons parlé dans les articles précédents de cette série et dont nous traduisons les citations.

10 Cette tentative d’imposer une orientation "juste" par le biais de campagnes d’intimidations et des manœuvres bureaucratiques provoqua des situations tragi-comiques dues à la volonté de chaque Comité d’être "plus insurrectionnel" que le voisin. Olaya raconte la pagaille provoquée en octobre 1932 par le Comité national, "qui avait besoin de prouver qu’il n’était pas influencé par la tendance Pestaña, sollicita dans sa Circulaire no 31 les syndicats pour savoir s’ils seraient d’accord pour ratifier ou rectifier les accords du Plénier d’août concernant la grève générale révolutionnaire". Le Comité du Levante (Valence) répondit qu’il était prêt à l’action. Cette réponse ferme effraya le Comité national qui fit machine arrière et annula l’ordre, ce qui mit le Comité levantin en colère. Ce dernier exigea que soit fixée une date pour "descendre dans la rue". Un Plenum fut alors convoqué et, après une série de zigzags, il fut convenu que la "grève générale" aurait lieu en janvier 1933 (nous en reparlerons plus loin).

11 Les campagnes lancinantes de la République quant à "la menace de la FAI" ne servaient qu’à alimenter le mythe entretenu par quelques militants de la FAI qui s’attribuaient le mérite d’avoir fomenté telle ou telle action révolutionnaire. A propos d’un appel échevelé à la grève générale à Séville (juillet 1931) et qui fut annulé deux jours plus tard, Olaya écrit : "en réalité, il ne s’agissait que d’une fanfaronnade, la FAI à ce moment-là n’étant qu’un fantôme utilisé par la bourgeoisie pour effrayer les bigotes de quartier".

12 Quartier industriel et minier de la province de Barcelone.

13 En réalité, s’il est certain que les militants de la CNT jouèrent un rôle très actif dans le mouvement, l’attitude organisationnelle de la CNT fut par contre plutôt tiède et contradictoire : le 21 janvier "se réunit à Barcelone le Plenum départemental, convoqué par Emilio Mira, secrétaire du Comité régional de la CNT, décidant d’envoyer un autre délégué et, bien que quelques délégués soient favorables à la solidarité avec les grévistes, la majorité s’abstint sous prétexte de n’avoir pas de mandat de leur base organique" (Olaya, op. cit.). Cette décision fut réexaminée le lendemain mais fut à nouveau annulée le 24, avec l’adoption d’un manifeste appelant à arrêter la grève.

14 Peirats, La CNT dans la Révolution espagnole, op. cit.

15 Les escamots étaient des "groupes d’action catalanistes xénophobes envers tout ce qui n’était pas catalan" (Peirats, op. cit.).

16 Locaux des escamots.

17 Peirats, op. cit.

18 Peirats, op. cit.

19 L’honnêteté et la droiture de bien des militants de la FAI étaient proverbiales. Buenaventura Durruti, par exemple, n’avait parfois pas de quoi se nourrir mais ne toucha jamais la caisse qui lui avait été confiée.

20 Éditions Ruedo ibérico, 1977, Madrid. Brenan n’est pas un auteur lié au mouvement ouvrier, mais il envisage la période historique de 1931-39 avec beaucoup d’honnêteté, ce qui l’amène à des observations souvent très justes.

21 En dénonçant, de manière plus que caricaturale, le caractère absurde de la "méthode insurrectionnelle" de ses opposants de la FAI, les rédacteurs du Manifeste – qui appartenaient à l'aile syndicaliste de CNT – n'ont pas pour objectif d'éclairer les consciences mais d'apporter de l'eau à leur moulin réformiste et capitulard.

22 Munis, Jalones de derrota, promesas de victoria. Munis fut un révolutionnaire espagnol (1911-1988) qui rompit avec le trotskisme en 1948 et s’approcha des positions de la Gauche communiste. Il fut à l’origine du groupe Fomento obrero revolucionario (FOR). Voir une analyse de sa contribution dans la Revue internationale no 58. Le chapitre V de notre livre 1936 : Franco y la República masacran al proletariado est consacré à la critique de ses positions sur la prétendue Révolution espagnole de 1936.

23 Rappelons ici qu’un pacte secret avait dans un premier temps allié l’URSS à Hitler en 1939-41.

24 Cf. Revue internationale no 131, le quatrième article de cette série.

25 Les Jeunesses socialistes le vénéraient comme le "Lénine espagnol".

26 Bilan, organe de la Fraction italienne de la Gauche communiste, "Quand manque un parti de classe", no 14, déc. 34-janv. 35. Cette analyse est corroborée par un passage du livre Historia de la FAI, de Juan Gomez Casas : "J.M. Molina affirme que bien que la CNT et la FAI ne soient pour rien dans la grève (il se réfère aux Asturies 1934), les comités de ces deux organisations étaient réunis en permanence. Il affirme que "toutes ces réunions convenaient de notre inhibition, mais sans commettre une des erreurs les plus graves et incompréhensibles de l’histoire de la CNT". Molina fait référence aux prises de position de certains organismes de la CNT en faveur du retour au travail et aux consignes que donna à la radio Patricio Navarro, membre du Comité régional, en ce sens (à Barcelone, le Comité régional réunit en Plenum, avec Ascaso à sa tête, fut contraint de démissionner)".

27 Cité par Peirats, op. cit.

28 Cité par Bolloten, auteur sympathisant de l’anarchisme, dans son très intéressant ouvrage la Guerre civile espagnole : révolution et contre-révolution.

29 Juan Gomez Casas, Histoire de la FAI, op. cit.

30 Cité par Peirats, op. cit.

31 Bilan, no 34, "Quand manque un parti de classe", op. cit.

32 C'est par ce terme ambigu que la Gauche italienne désignait le stalinisme à l'époque.

33 Bilan, no 36, oct.-nov. 36, "La Leçon des événements d’Espagne”.