Les IWW (1905 - 1921 ) : L'échec du syndicalisme révolutionnaire aux Etats-Unis (II)

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Dans la première partie de cet article (publié dans la Revue internationale n°124), nous avons examiné le contexte historique au sein duquel furent fondés les IWW, au tournant du 20e siècle, moment critique du passage du capitalisme de sa phase ascendante à celle de sa décadence. Sur la base de la théorie de "l'unionisme industriel", les Industrial Workers of the World (IWW,Ouvriers industriels du monde) cherchaient à trouver une réponse aux problèmes posés par l'incapacité grandissante du "crétinisme parlementaire" et du syndicat réformiste de Samuel Gomper - l'American Federation of Labour (AFL) - à faire face aux problèmes posés par le capitalisme et par la lutte de classe. Contrairement aux anarchistes et aux anarcho-syndicalistes qui avaient une vision fédéraliste, les fondateurs des IWW cherchèrent à construire une organisation de lutte de classe unie et centralisée qui soit à la fois capable de rassembler tout le prolétariat pour la prise du pouvoir et d'offrir un cadre pour exercer le pouvoir prolétarien après la révolution.


Dans cet article nous examinerons si la théorie et la pratique des IWW leur ont permis de remplir leurs objectifs et de faire face au plus grand défi auquel avait jamais été confronté le mouvement ouvrier international : l'éclatement du premier grand conflit impérialiste mondial de l'histoire en 1914.


Pour ou contre "la politique" ?

Le préambule adopté lors de la Convention de fondation des IWW prenait clairement parti pour la destruction révolutionnaire du capitalisme. "La classe ouvrière et la classe des patrons n'ont rien en commun. Il ne peut y avoir de paix tant que des millions de travailleurs connaissent la faim et le besoin, tandis qu'une minorité, que compose la classe des patrons, possède toutes les bonnes choses de la vie... Entre ces deux classes, la lutte doit se poursuivre jusqu'à ce que les ouvriers du monde s'organisent en tant que classe, s'approprient la terre et l'appareil de production et abolissent le système salarié... C'est la mission historique de la classe ouvrière d'abolir le capitalisme." Cependant l'organisation des IWW n'était pas claire sur la nature de cette révolution ni sur les moyens d'y parvenir, en particulier sur la nature politique ou économique de la révolution. Aussi, bien que les IWW aient accepté et même salué la participation d'organisations et de militants politiques dans leurs rangs et que leurs membres aient soutenu les candidats socialistes aux élections, ils ont, dès leur origine, entretenu de grandes confusions sur la nature de l'action politique du prolétariat.

En 1905, les membres du Parti socialiste (SPA, Socialist Party of America 1) présents à la Convention de fondation présumaient que les IWW soutiendraient le Parti. De leur côté, leurs rivaux DeLeonistes espéraient que les IWW s'allieraient au SLP (Socialist Labor Party). Ces espérances naïves manifestaient une sérieuse sous-estimation du scepticisme qui allait prévaloir à la Convention de fondation vis-à-vis de la politique. Malgré leurs sympathies marxistes, les fondateurs des IWW pensaient, en règle générale, que les ouvriers devaient subordonner la lutte politique à la lutte économique. Par exemple, avant la Convention, la Western Federation of Miners (WFM, Fédération occidentale des mineurs) écrivait : "L'expérience nous a appris que l'organisation économique et l'organisation politique devaient être distinctes et séparées... D'après nous, il est nécessaire d'unir les ouvriers dans le domaine économique avant de les unir sur le terrain politique."2

Malgré des points de vue très divergents sur la politique, la Convention, dans l'intérêt de l'unité, formula en termes compliqués une concession aux socialistes des deux partis en acceptant d'insérer, dans le préambule de la constitution des IWW, un paragraphe politique qui se présente ainsi : "Entre les deux classes, la lutte doit se poursuivre jusqu'à ce que tous les travailleurs se rassemblent sur le terrain politique aussi bien qu'industriel, et s'approprient ce qu'ils produisent par leur travail, à travers une organisation économique de la classe ouvrière, sans affiliation à aucun parti politique." Pour la plupart des délégués, cette concession se référant à la politique était incompréhensible. Un délégué se plaignit : "je ne peux pas me permettre, chaque fois que je rencontre quelqu'un, d'avoir frère DeLeon avec moi pour lui expliquer ce que veut dire ce paragraphe."3

L'opposition à la politique provenait d'une incompréhension théorique de la nature de la lutte de classe, de la révolution prolétarienne et des tâches politiques du prolétariat. Pour les IWW, la "politique" avait un sens très étroit ; elle signifiait le parlementarisme, la participation aux élections bourgeoises. De ce point de vue, l'action politique - c'est à dire la participation aux élections - n'avait qu'une valeur de propagande et démontrait la futilité de l'électoralisme comme le montre cette prise de position : "La seule valeur qu'a l'activité politique pour la classe ouvrière, c'est du point de vue de l'agitation et de l'éducation. Son mérite éducatif consiste uniquement à prouver aux ouvriers sa totale inefficacité pour juguler le pouvoir de la classe dominante et donc à forcer les ouvriers à s'appuyer sur l'organisation de leur classe dans les industries du monde."

"Il est impossible à quiconque d'appartenir à l'Etat capitaliste et d'utiliser l'appareil d'Etat dans l'intérêt des ouvriers. Tout ce qui peut être fait, c'est le tenter et être mis en accusation - ce qui arrivera - et alors cela fournira une leçon de choses aux ouvriers sur le caractère de classe de l'Etat."4

De telles prises de position étaient très répandues. Alors que "les anti-politiques" détestaient DeLeon, non sans ironie, ils partageaient beaucoup de ses conceptions théoriques comme :

  • la primauté de la lutte économique sur la lutte politique
  • l'identification entre politique et urnes électorales
  • le rejet de la dictature du prolétariat
  • l'incompréhension du fait que, dans les conditions du capitalisme historiquement progressiste, il était vraiment possible de participer au parlement et d'arracher des réformes à la bourgeoisie
  • l'incapacité de faire la différence entre les réformes gagnées par la lutte de classe (comme la journée de travail de 8 heures, la limitation du travail des enfants, etc.) avec la doctrine contre-révolutionnaire du réformisme qui défendait qu'on pouvait parvenir au socialisme de façon pacifique par la voie électorale.

En s'insurgeant contre "la politique" parce qu'il était impossible d'utiliser l'Etat capitaliste pour les buts révolutionnaires de la classe ouvrière, les Wobblies montraient qu'ils ne comprenaient pas la nature de la révolution prolétarienne et révélaient leur ignorance d'une leçon fondamentale tirée par Marx de l'expérience de la Commune de Paris : la reconnaissance que le prolétariat doit détruire l'Etat capitaliste. Qu'est-ce qui est plus politique que la destruction de l'Etat capitaliste, la prise en main des moyens de production ? La révolution prolétarienne sera l'acte politique et social le plus audacieux et le plus complet de toute l'histoire de la société humaine - une révolution au cours de laquelle les masses exploitées et opprimées se dresseront pour détruire l'Etat de la classe exploiteuse et imposeront leur propre dictature révolutionnaire de classe sur la société afin de réaliser la transition au communisme. A partir du point de vue juste selon lequel les ouvriers ne peuvent pas s'emparer de l'Etat bourgeois et l'utiliser au service du programme révolutionnaire, "les anti-politiques" parvenaient à la conclusion fausse selon laquelle la révolution prolétarienne était un acte économique et non politique. A l'instar des anarchistes, les IWW en déduisaient qu'ils pouvaient ignorer le politique, non seulement le parlement, mais le pouvoir d'Etat de la bourgeoisie elle-même. Ils défendaient ce point de vue en dépit de leur propre activité comme celle des luttes pour la liberté d'expression qu'ils menaient non pas sur les lieux de production, mais dans la rue en tant qu'acte de confrontation politique à l'Etat.5 Et malgré de durs affrontements avec la bourgeoisie au cours desquels cette dernière montrait qu'elle ne tenait aucun compte de ses propres lois, les IWW n'ont pas manifesté la moindre compréhension du fait que s'ouvrait une période où le parlement et les lois bourgeoises allaient devenir seulement un masque pour l'exercice du pouvoir le plus impitoyable contre la menace prolétarienne. Cela devait avoir des conséquences catastrophiques, comme nous le verrons, et c'est une tragédie de dimension historique que, dans cette nouvelle période, tant de militants dévoués et courageux se soient lancés dans les luttes qui venaient sans avoir assimilé ces aspects fondamentaux de la perspective marxiste.

Le compromis politique évoqué plus haut (la concession aux socialistes des deux partis), incarné dans les arcanes du préambule de 1905 ne fut pas suffisant pour maintenir l'unité de l'organisation. Au moment de la Convention de 1908, la perspective anti-politique triomphait. DeLeon ne put participer à la Convention pour des questions de mandat ; lui et ses partenaires rompirent pour former, à Detroit, leur propre IWW subordonné au SLP ; cette organisation ne réussit pas plus à vivre que la Socialist Trade and Labor Alliance avant elle. Debs et bien d'autres membres du SPA ne renouvelèrent pas leur adhésion et se retirèrent de l'organisation. Même le WFM, qui avait joué un rôle vital dans la fondation des IWW, se retira de l'organisation. Haywood resta dans l'organisation. En 1911, il était simultanément membre dirigeant des IWW et membre du Bureau du Parti socialiste jusqu'à ce qu'il fût retiré de ce dernier pour cause d'appartenance aux IWW ; les socialistes considéraient désormais impossible cette double appartenance à cause de la position des IWW sur le sabotage et de l'opposition de ces derniers à l'action politique.

Parti révolutionnaire ou organisation unitaire ?

Pour les IWW, l'union industrielle était une forme organisationnelle qui englobait tout. L'union n'était pas seulement une organisation unitaire servant à la fois à défendre les intérêts de la classe ouvrière et à incarner la forme de la domination prolétarienne après la révolution, elle était aussi une organisation de militants révolutionnaires et d'agitateurs. D'après la constitution de 1908, les IWW pensaient que "l'armée des producteurs doit être organisée non seulement pour la lutte quotidienne contre les capitalistes, mais également pour diriger la production après le renversement du capitalisme. En nous organisant sur une base industrielle, nous sommes en train de créer la structure de la nouvelle société à l'intérieur de l'ancienne". Comme nous l'avons montré auparavant dans cette série d'articles, c'est une vision syndicaliste révolutionnaire qui voit la possibilité de "former la structure de la nouvelle société à l'intérieur même de l'ancienne (...) [Elle] provient de l'incompréhension profonde concernant l'antagonisme existant entre la dernière des sociétés d'exploitation, le capitalisme, et la société sans classe qu'il s'agit d'instaurer. C'est une grave erreur qui conduit à sous-estimer la profondeur de la transformation sociale nécessaire pour opérer la transition entre ces deux formes sociales et, aussi, à sous-estimer la résistance de la classe dominante à la prise du pouvoir par la classe ouvrière."6

De plus, la conception selon laquelle la même organisation pourrait être simultanément une organisation révolutionnaire des ouvriers et des agitateurs conscients de la classe et une organisation ouverte à tous les ouvriers dans la lutte de classe au sein du capitalisme révèle une double confusion, caractéristique du syndicalisme révolutionnaire. La première de ces confusions consistait dans l'incapacité de distinguer les deux types d'organisation qui ont été secrétées historiquement par la classe ouvrière, les organisations révolutionnaires et les organisations unitaires. Les IWW ne sont pas parvenus à comprendre qu'une organisation révolutionnaire qui regroupe les militants sur la base d'un accord partagé et de leur engagement envers les principes et le programme révolutionnaires est, par essence, une organisation politique, un parti de classe en fait, même si elle n'en prend pas le nom. Une telle organisation ne peut, par définition, que regrouper une minorité de la classe ouvrière, ses membres les plus conscients politiquement et les plus dévoués. Comme le dit Le Manifeste communiste de 1848 : "Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l'avantage d'une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien". L'incapacité des IWW de faire cette distinction les a condamnés à une existence instable. L'admission dans l'organisation était ouverte comme les portes d'un moulin où sont entrés, pour en sortir aussi vite, jusqu'à un million d'ouvriers peut-être entre 1905 et 1917. De nouvelles sections syndicales locales étaient à peine créées qu'elles disparaissaient aussi vite après, sans laisser de trace, dès que se terminait la lutte qui les avaient suscitées.

La tension qui résultait de cette conception contradictoire, vouloir être à la fois une organisation révolutionnaire et une organisation de masse ouverte à tous les ouvriers, allait en fin de compte contribuer à l'échec historique des IWW pendant la vague révolutionnaire qui suivit la Première Guerre mondiale. La vision que les IWW avaient de leur rôle, en tant que syndicat de masse regroupant tous les ouvriers, les amena à se préoccuper de plus en plus de la construction d'une l'organisation syndicale au détriment des principes révolutionnaires.

La seconde confusion provient du fait que les IWW n'ont pas compris que, tout en cherchant à défendre avec ferveur les intérêts de leur classe, la bataille menée par les unionistes industriels contre le syndicalisme de métier et les syndicats collaborationnistes était de plus en plus anachronique. Au début du 20e siècle, la période historique était en train de changer. La création du marché mondial et la tendance à sa saturation faisaient entrer le capitalisme dans sa phase de décadence et mettaient un terme à la période où il était possible de lutter pour des réformes durables. Dans ces nouvelles conditions, la forme syndicale d'organisation elle-même, qu'elle soit de métier ou industrielle, devenait inadaptée à la lutte de classe et était condamnée à disparaître ou à être absorbée par l'Etat capitaliste pour devenir un organe de contrôle de la classe ouvrière. L'expérience de la grève de masse en Russie en 1905 et la découverte des soviets, ou conseils ouvriers, par le prolétariat de ce pays constitua un moment critique pour le prolétariat mondial. Les leçons de ces développements et de leur impact sur la lutte de classe sont au centre des travaux théoriques de Rosa Luxemburg, Léon Trotsky, Anton Pannekoek et d'autres dans l'aile gauche de la Deuxième Internationale. Dans les luttes réelles du prolétariat, et contrairement à la théorie du syndicalisme révolutionnaire, les conseils ouvriers prenaient la place des syndicats en tant qu'organisation unitaire de la classe ouvrière. Ce nouveau type d'organisation unissait les ouvriers de toutes les industries dans une zone territoriale donnée pour la confrontation révolutionnaire avec la classe dominante et constituait la forme "historiquement trouvée" qu'allait prendre la dictature du prolétariat (pour utiliser une nouvelle fois l'expression de Lénine). Tout aussi important est le fait que l'expérience de 1905 a montré que les organisations unitaires de masse de la classe ouvrière en lutte pour le pouvoir ne pouvaient se maintenir en tant qu'organisations permanentes au sein du capitalisme quand refluait la mobilisation des ouvriers. Bien que la Convention de fondation des IWW ait exprimé sa solidarité avec les luttes ouvrières du prolétariat russe de 1905, le travail théorique d'élaboration à partir de l'expérience russe semble malheureusement avoir été complètement inexistant dans les IWW qui ne reconnurent jamais la signification du changement de période, ni les conseils ouvriers, et continuèrent de chanter les louanges de "l'unionisme industriel [comme] seule voie vers la liberté". 7

L'incapacité de tirer des leçons de l'expérience concrète réelle et même de s'apercevoir des développements théoriques qui étaient effectués dans l'aile gauche de la social-démocratie (qui devait devenir plus tard l'ossature de l'Internationale communiste) n'est qu'un aspect particulièrement dommageable du fait que, de façon générale, le travail théorique des IWW était très faible. Les thèmes théoriques des journaux de propagande publiés par les IWW répètent, en grande partie, les points fondamentaux du marxisme relatifs à la plus-value, au conflit entre le prolétariat et la bourgeoisie, mais ne prennent pas en compte les élaborations ultérieures de la théorie marxiste réalisées par l'aile gauche de la social-démocratie. Sur le plan historique, les IWW n'ont pas apporté grand chose, sinon rien, à la théorie du marxisme, ni même à la théorie de l'unionisme. En tant qu'historien, Melvyn Dubosky note que les IWW "n'apportaient aucune idée vraiment originale, aucune explication radicale du changement social, aucune théorie fondamentale de la révolution" 8. Leur critique du capitalisme ne dépassa jamais une haine viscérale de l'exploitation et de l'oppression du système et ne chercha jamais à examiner les nuances et les intrications du développement capitaliste, ni à comprendre la signification et les conséquences du changement des conditions dans lesquelles la classe ouvrière menait ses luttes.

La seule exception, désastreuse, à cette ignorance de la nécessité de l'élaboration théorique est peut-être l'effort qu'ont fait les IWW pour expliquer plus profondément leur conception de "l'action directe", qui les a amenés à une défense théorique naïve du "sabotage" dans la lutte de classe, les a rendus vulnérables aux accusations de terrorisme et a ouvert la porte à la répression. Dans leur défense du sabotage, les IWW excluaient l'atteinte à la vie humaine, mais ils confondaient tout un tas d'activités qu'on peut considérer comme des tactiques de routine dans la lutte de classe quotidienne : les grèves du zèle ou le "open mouth sabotage" (saboter en parlant) qui consistait à rendre publics des secrets gênants de l'usine ; des actions purement individuelles qui avaient plus en commun avec l'anarchisme petit bourgeois et sa "propagande par l'action" qu'avec les méthodes de la classe ouvrière de luttes massives. Par exemple, les IWW ont pris la défense d'une action qui avait eu lieu dans un théâtre de Chicago où quelqu'un "jeta simplement sur le sol des produits chimiques puants pendant la représentation et se dépêcha de sortir en silence".9 Certains orateurs soap box10 des IWW défendaient de façon démagogique l'utilisation des bombes et de la dynamite. Comme il était difficile de réconcilier la glorification du sabotage par des individus ou de petits groupes d'ouvriers avec l'engagement dans la lutte de masse, les IWW résolurent la contradiction en déclarant qu'elle n'existait pas : "les actes individuels de sabotage , accomplis dans le but que la classe ouvrière en profite, ne peuvent en aucune façon être utilisés contre la solidarité. Au contraire, ils sont facteurs d'unité. Le saboteur n'engage que lui-même et en vient à prendre des risques à cause de ses puissants désirs de classe".

Les hésitations face à la Première Guerre mondiale

Les guerres et les révolutions sont des moments historiques déterminants pour les organisations qui se réclament du prolétariat, un test révélateur de leur véritable nature de classe. En ce sens, l'éclatement de la Première Guerre mondiale en août 1914 fut le révélateur de la trahison des principaux partis de la social-démocratie en Europe : ils ont pris parti pour leurs bourgeoisies respectives, ont soutenu la guerre impérialiste et tourné le dos aux principes de l'internationalisme prolétarien et de l'opposition à la guerre impérialiste ; ils ont participé à la mobilisation du prolétariat pour la boucherie et franchi la frontière de classe qui les séparait de la bourgeoisie.

Pour leur part, les IWW n'avaient que du mépris pour le patriotisme. Selon leurs propres termes, "de toutes les idées idiotes et perverties que les ouvriers acceptent de la part de cette classe qui vit de leur misère, le patriotisme est la pire". Les Wobblies adhéraient, sur le plan formel, au principe de l'internationalisme prolétarien et se sont opposés à la guerre. En 1914, peu après l'éclatement de la guerre en Europe, la Convention des IWW adopta une résolution qui établissait que "...le mouvement industriel balaiera toutes les frontières et établira des relations internationales entre tous les hommes engagés dans l'industrie... En tant que membres de l'armée industrielle, nous refuserons de nous battre pour un autre but que la réalisation de la liberté industrielle". En 1916, la 10e Convention annuelle adopta une résolution dans laquelle l'organisation s'engageait sur un programme qui défendait "la propagande anti-militariste en temps de paix, la défense de la solidarité entre les ouvriers du monde entier et, en temps de guerre, la grève générale de toutes les industries".11

Mais quand l'impérialisme américain est entré en guerre aux côtés des Alliés en avril 1917, les IWW faillirent lamentablement et ne mirent pas leur internationalisme ni leur anti-militarisme en pratique. Au lieu de cela, l'organisation tomba dans une attitude centriste hésitante, caractérisée par la prudence et l'inaction. Contrairement à l'AFL, les IWW n'ont jamais cautionné la guerre ni participé à mobiliser le prolétariat pour le carnage. Mais ils ne développèrent pas non plus d'opposition active à la guerre. Contrairement aux socialistes, ils n'adoptèrent même jamais de résolution dénonçant la guerre. Au contraire, les brochures contre la guerre comme The Deadly Parallel furent retirées de la circulation. Les orateurs soapbox des IWW stoppèrent leur agitation contre la guerre. Représentant le point de vue de la majorité du Bureau exécutif général, Haywood considérait la guerre comme un dérivatif par rapport à la lutte de classe et que le plus important était de construire l'union ; il avait peur qu'une opposition active à la guerre amène les IWW à subir la répression.12 L'éditeur de Solidarity, Ben Williams, attaqua violemment ce qu'il appelait des gesticulations anti-guerre "dénuées de sens". "En cas de guerre, écrivait Williams, nous voulons que le One Big Union sorte plus fort du conflit, avec plus de contrôle sur l'industrie qu'avant. Pourquoi sacrifierions-nous les intérêts de la classe ouvrière par égard pour quelques parades et quelques manifestations anti-guerre bruyantes et impuissantes ? Continuons plutôt notre tâche d'organiser la classe ouvrière pour qu'elle s'empare des industries, guerre ou pas, et arrêtons toute agression capitaliste future qui mène à la guerre ou à toute autre forme de barbarie."13 Voilà le fruit de l'accumulation des confusions : les IWW ne comprenaient pas la signification de la guerre mondiale, ni qu'elle marquait l'aube de la nouvelle ère de guerres et de révolutions, ni le changement des conditions de la lutte de classe qu'elle entraînait. Ils ne comprenaient pas non plus que leur tâche était celle d'une organisation révolutionnaire (celle d'un parti en fait), et au lieu de cela se centraient sur leur rôle en tant que syndicat de masse et sur leur perspective de croissance, comme si de rien n'était.

Malgré la promesse contenue dans leur résolution de 1916 d' "étendre leur assurance de soutien moral et matériel à tous les ouvriers qui souffrent entre les mains de la classe capitaliste à cause de leur adhésion à ces principes [anti-guerre]", on laissait les militants, confrontés au choix de se soumettre à la conscription et à la guerre impérialiste ou de résister, décider individuellement et ils ne recevaient aucun soutien de l'organisation. Beaucoup de dirigeants des IWW s'opposaient à juste titre aux manifestations et aux organisations inter-classistes contre la guerre et défendaient avec raison le fait que les IWW n'avaient pas suffisamment d'influence dans le prolétariat pour organiser avec succès une grève générale contre la guerre. Cependant, ils ne montraient pas non plus qu'ils cherchaient des moyens de s'opposer à la guerre impérialiste sur le terrain de la classe ouvrière. Dans une lettre à Frank Little, un des dirigeants de la fraction anti-guerre du Bureau exécutif général, Haywood conseille : "Garde la tête froide ; ne parle pas. Beaucoup de gens ressentent les choses comme toi, mais la guerre mondiale a peu d'importance comparée à la grande guerre de classe... Je suis incapable de définir les pas à prendre contre la guerre."14 Ce conseil qui représentait le point de vue majoritaire dans le Bureau, exprime une totale sous-estimation de la signification de la période historique ouverte par la guerre mondiale et laissait la gauche des IWW totalement désarmée face à la répression étatique qui se préparait.

James Slovick, secrétaire du syndicat des Transports maritimes des IWW, écrivit à Haywood en février 1917, avant que les Etats-Unis n'entrent en guerre ; il recommandait de préparer une grève générale contre la guerre à venir, même si cela devait conduire à la destruction de l'organisation. Slovick pressentait à juste titre que la bourgeoisie utiliserait la guerre comme prétexte pour attaquer les IWW tous azimuts, que ceux-ci mènent ou non une action contre la guerre. Il soutenait qu'une grève générale contre la guerre aurait une importance historique et démontrerait que les IWW étaient la seule organisation ouvrière au monde capable de lutter pour en finir avec la boucherie et il réclamait qu'une convention extraordinaire des IWW soit convoquée pour décider de la question. Haywood déclina la requête : "Evidemment, il est impossible pour cette tâche... que tu lances des actions sur ton initiative individuelle. Cependant, je verse ta lettre au dossier pour qu'on s'y réfère ultérieurement". Face aux préparatifs d'entrée en guerre de la bourgeoisie, d'implication dans le massacre impérialiste général, une requête pour tenir d'urgence une convention du Congrès continental de la classe ouvrière afin qu'il discute de la réponse prolétarienne adaptée ... était versée au dossier pour pouvoir s'y référer ultérieurement ! Et par qui ? Par personne d'autre que le très combatif Big Bill Haywood ! Et cela, parce que s'opposer à la boucherie impérialiste pourrait perturber la construction de l'union !

Pour sa part, Frank Little considérait la guerre impérialiste comme le crime le plus grave que le capitalisme ait commis contre la classe ouvrière mondiale et voulait faire campagne contre la conscription. Il disait : "Les IWW s'opposent à toutes les guerres et doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher les ouvriers de rejoindre l'armée". Contre ceux qui évoquaient la répression de l'Etat qui s'abattrait contre les opposants à la conscription et, en invoquant la condamnation des IWW qui s'ensuivrait, Little répondait : "Mieux vaut mourir en combattant qu'abandonner".15, La voix de Little fut rapidement réduite au silence au sein du débat interne aux IWW puisqu'il il fut assassiné par les gros bras au service de l'entreprise pendant la grève des mineurs du Montana, durant l'été 1917. Mais même ce point de vue qui avait le mérite de défendre résolument l'internationalisme prolétarien, souffrait de naïveté politique par son acceptation fataliste de la répression.

Au lieu de s'attaquer à la guerre et de préparer les militants et la direction à l'activité clandestine, les IWW ont centré leurs efforts sur la construction de l'union, ils ont organisé des grèves dans les industries jugées vulnérables à la pression de la lutte. Pour eux, il était apparemment important que s'ils étaient attaqués par le gouvernement, ce soit pour quelque chose comme la lutte pour de meilleurs salaires et non pas contre la guerre. Ironie de l'histoire, ce sont les IWW, qui avaient choisi consciemment de ne pas lutter activement contre la guerre une fois les Etats-Unis entrés dans le conflit, qui furent la cible de la répression, et non les partis socialistes qui s'y étaient opposés. Alors que des socialistes, comme Eugene Debs qui avait ouvertement pris la parole contre la conscription, étaient individuellement arrêtés et emprisonnés, les IWW furent accusés, en tant qu'organisation, de conspiration et de sabotage de l'effort de guerre. En ce sens, la guerre a fourni un prétexte à la bourgeoisie pour réprimer les IWW du fait de leurs activités passées, de leur langage radical, et de la peur qu'ils lui avaient inspirée. En fait, on pourrait même dire que la bourgeoisie américaine était plus consciente que les chefs des IWW eux-mêmes des dangers que leur organisation représentait. Cent soixante cinq dirigeants des IWW furent accusés, le 28 septembre 1917, d'obstruction à l'effort de guerre et à la conscription, de conspiration et de sabotage, et d'interférence dans le bon fonctionnement économique de la société. Le gouvernement était si décidé à décapiter les IWW qu'il accusa même des gens qui étaient déjà morts ou qui avaient quitté l'organisation bien avant l'entrée des Etats-Unis en guerre. Parmi les Wobblies accusés, on trouve par exemple :

  • Frank Little qui avait été assassiné en août 1917 ;
  • Gurley Flynn et Joseph Ettor qui avaient été exclus de l'organisation en 1916, bien avant l'entrée des Etats-unis en guerre ;
  • Vincent St John qui avait démissionné de l'organisation, quitté la politique et était parti faire de la prospection dans le désert du Nouveau Mexique en 1914.

Au grand procès, les avocats des Wobblies défendirent que ces derniers n'avaient pas tenté d'interférer contre l'effort de guerre. Ils soulignèrent que sur les 521 conflits du travail qui avaient eu lieu dans la période de guerre, seuls 3 d'entre eux avaient été organisés par les IWW, les autres par l'AFL. Dans son témoignage, Haywood renia le point de vue de Frank Little et mit en avant que la littérature anti-guerre comme le Deadly Parallel et la brochure sur le sabotage avaient été retirées de la circulation après l'entrée des Etats-Unis en guerre.

Bien qu'ils aient été innocents vis-à-vis des accusations, les Wobblies, en moins d'une heure de délibération du jury, furent déclarés coupables et le gros des dirigeants qui centralisaient les IWW fut envoyé, chaînes aux pieds, à Leavenworth. L'organisation tomba sous le contrôle des anarcho-syndicalistes anti-centralisation et commença à décliner, malgré son engagement dans les grèves générales de Winnipeg au Canada et de Seattle, et dans d'importantes luttes à Butte (Montana) et à Toledo (Ohio).

L'échec des IWW

L'image romantique du Wobbly persiste encore aujourd'hui dans la culture américaine, celle d'un révolutionnaire aguerri, itinérant, voyageant clandestinement dans les trains de marchandises, errant de ville en ville, faisant de la propagande et de l'agitation pour le One Big Union - un chevalier prolétarien en armure étincelante. Ce modèle de révolutionnaire, individu exemplaire qui a tant de charme aux yeux des anarchistes, n'a pas d'intérêt pour le prolétariat. La lutte de classe ne se mène pas grâce à des individus isolés et héroïques mais par l'effort collectif de la classe ouvrière, une classe à la fois exploitée et révolutionnaire, qui trouve sa force non dans des individus brillants mais dans la capacité des masses ouvrières à développer la conscience, à discuter et débattre, et à mener ensemble une action unie.

Malgré leur opposition justifiée à l'opportunisme politique et au crétinisme parlementaire, les inadéquations théoriques des IWW, caractéristiques du syndicalisme révolutionnaire, les rendirent incapables de comprendre les tâches politiques du prolétariat. Les IWW ont milité à une époque extrêmement significative de l'histoire de la lutte de classe. C'était une période où le capitalisme mondial atteignit son apogée historique et se transforma en entrave au développement des forces productives, devenant un système décadent. N'étant plus historiquement progressiste, le capitalisme était mûr pour son renversement révolutionnaire et son remplacement par un nouveau mode de production contrôlé par la classe ouvrière mondiale. C'était une période où le prolétariat, à travers son expérience de 1905 en Russie, découvrit la grève de masse comme moyen de mener la lutte, et les soviets ou conseils ouvriers comme moyen d'exercer sa dictature révolutionnaire de classe pour accomplir la transformation de la société. C'était une période où le capitalisme décadent a placé l'humanité devant le choix historique guerre ou révolution, non comme une question abstraite mais comme une question pratique immédiate. Ces événements et ces luttes donnèrent une impulsion à une formidable entreprise théorique, accomplie par l'aile gauche de la social-démocratie, pour comprendre les forces en jeu, tirer rapidement les leçons qui surgissaient de l'expérience de la lutte de classe et formuler les contours du chemin à suivre pour aller de l'avant. Mais au milieu de ce tourbillon d'événements historiques et d'élaboration théorique, la vision des IWW sur la lutte de classe et la révolution resta engluée dans le cadre du débat sur les syndicats de métier et l'unionisme industriel qui caractérisait le capitalisme ascendant et qui ne correspondait plus aux tâches que le prolétariat devait affronter dans le capitalisme décadent.

Face à la Première Guerre impérialiste mondiale, confrontation qui révéla la vraie nature de classe de ceux qui se réclamaient de la défense des principes révolutionnaires et de l'internationalisme prolétarien , l'internationalisme tant vanté des IWW s'effondra dans l'hésitation et le centrisme. Comme on l'a vu, la majorité des dirigeants, y compris Haywood, ne considéraient pas la guerre impérialiste mondiale et la résistance à cette boucherie comme un moment décisif de la lutte de classe, mais comme une distraction vis-à-vis du travail "réel" de construction de l'union. Ironiquement, en dépit des hésitations des IWW à lutter contre la guerre, la classe dominante américaine a saisi ce moment comme occasion d'utiliser la rhétorique révolutionnaire passée des IWW contre elle et a lancé une attaque sans précédent en les décapitant et en les confinant par la suite et pour toujours au statut de culte anarcho-syndicaliste .

Toute organisation qui s'accroche à des conceptions théoriques invalidées par l'histoire et l'expérience concrète est soit condamnée à disparaître, soit à survivre comme une secte, incapable de comprendre et encore moins d'influencer la lutte de classe. De nos jours, une secte anarchiste qui s'appelle toujours les IWW, a célébré l'année dernière son centenaire, mais elle n'est pas capable de contribuer positivement en quoi que ce soit à la lutte révolutionnaire. Les meilleurs militants des IWW furent perdus à cause de la répression étatique à la fin de la Première Guerre mondiale, ou bien ils adhérèrent aux nouveaux partis communistes après celle-ci. La révolution russe exerça une attraction considérable sur les membres non anarchistes des IWW, "attirant les adhérents comme des mouches".16 Parmi les Wobblies connus qui évoluèrent vers le Parti communiste récemment fondé, il y avait Harrison George, George Mink, Elizabeth Gurley Flynn, John Reed, Harold Harvey, George Hardy, Charles Asleigh, Ray Brown et Earl Browder - dont certains sont ensuite devenus staliniens. Big Bill Haywood évolua aussi vers le communisme, même s'il resta dans les IWW jusqu'à ce qu'il s'exile en Russie en 1922. "Big Bill Haywood avait dit à Ralph Chaplin, "la révolution russe est le plus grand événement de notre vie. Elle représente tout ce à quoi nous avons rêvé et ce pour quoi nous nous sommes battus toute notre vie. C'est l'aube de la liberté et de la démocratie industrielle. 17 Cependant, Haywood fut désillusionné par la révolution russe, en partie parce qu'il était déçu que la révolution n'ait pas pris une forme unioniste ; mais un commentaire qu'il fit à Max Eastman résume de façon succincte l'échec du syndicalisme révolutionnaire des IWW dont il avait été un si grand architecte : "Les IWW tenté de saisir le monde entier mais une partie du monde a sauté plus loin qu'eux." 18

Il est certain que les syndicalistes révolutionnaires des IWW voulaient bien faire et étaient profondément dévoués à leur classe, mais leur réponse à l'opportunisme, au réformisme et au crétinisme parlementaire a complètement raté son objectif. Leur unionisme industriel et leur syndicalisme révolutionnaire ne correspondaient pas à la période historique. Le monde avait "sauté plus loin qu'eux" et les avait laissés loin derrière.

Leur incapacité à comprendre ce que veut dire vraiment la politique pour la classe ouvrière et à réaliser que leur rôle comme organisation était fondamentalement celui d'un parti politique a mené au grand échec des IWW face à la guerre impérialiste. L'incapacité totale à comprendre ce que la guerre voulait dire au niveau du développement historique du capitalisme a amené les dirigeants à faire confiance à la démocratie bourgeoise et à une "loi juste" lors du Grand Procès des IWW. Le résultat, c'est que les IWW ont été littéralement détruits, leurs finances considérablement affaiblies, leurs dirigeants emprisonnés ou exilés, au lieu d'avoir préparé la clandestinité afin de continuer la lutte. Cela les a rendus incapables de remplir leur rôle et de jeter dans la balance l'énorme poids du prolétariat américain en soutien à la révolution en Russie.

J.Grevin

1 Pour plus de détails sur cette organisation et d'autres, ainsi que sur les personnalités mentionnées dans cet article, voir la première partie dans la Revue internationale n°124.

2 Miners Magazine, VI (23 février 1905), cité in Dubosky.Melvyn, We shall be all : a history of the Industrial Workers of the World, Urbana and Chicago, II, University of Illinois Press, 2nd edition, 1988, p. 83

3 Dubosky, p.83-85

4 The IWW and the political parties, de Vincent St John, date inconnue, transcrit par J.D. Crutchfield. (Voir www/workerseducation.org/crutch/pamphlets/political.html)

5 Voir l'article précédent dans la Revue internationale n°124

6 Revue internationale n° 118, "Ce qui distingue le mouvement syndicaliste révolutionnaire", p.23

7 Joseph Ettor, Industrial Unionism: The Road to freedom, 1913

8 Dubosky, p.147

9 Walker C. Smith, Sabotage:Its History, Philosophy and Function, 1913.

10 Ibid.

11 Proceedings of the Tenth Annual Convention of the IWW (Procès-verbaux de la 10e Convention annuelle des IWW) Chicago, 1916.

12 Patrick Renshaw, The Wobblies, Garden City: Doublday, 1967, qui cite des notes, des procès-verbaux et d'autres documents des IWW à la Cour d'Appel américaine, 7e district, octobre 1917

13 Solidarity, février 1917, cité par Dubosky.

14 "Haywood à Little", 6 mai 1917, cité par Renshaw.

15 Renshaw citant les témoignages et l'interrogatoire de Haywood in US versus William D. Haywood.

16 James P. Cannon, The IWW: The Great Infatuation, NY, Pioneer Press, 1955.

17 Colin, Bread and Roses too, citant Ralph Chaplin, Wobbly: the Rough and Tumble Story of an American Radical, Chicago, University of Chicago, 1948.

18 Colin, Bread and Roses too, citant Eastman, Bill Haywood.