Il
y a 25 ans, en mai 1980, le cycle des conférences
internationales de la Gauche communiste, qui avait démarré
sur l’initiative du Parti Communiste Internationaliste (PC Int,
BattagliaComunista) quelques années plus tôt,
se terminait dans le désordre et la confusion, à la
suite d’une motion sur le parti proposée par BattagliaComunista et la Communist Workers' Organisation. Cette motion
avait expressément comme dessein d’exclure le CCI à
cause de sa position prétendument "spontanéiste"
sur la question de l’organisation. Ces conférences ont été
saluées par le CCI en tant qu’avancée positive pour
sortir de la dispersion et des malentendus entre groupes qui avaient
été la plaie du milieu prolétarien
international. Elles représentent encore une expérience
valable dont la nouvelle génération de révolutionnaires
qui apparaît aujourd’hui peut tirer beaucoup de leçons
et il est important pour cette nouvelle génération de
se réapproprier les débats qui se sont déroulés
dans les conférences et autour de celles-ci. Cependant, nous
ne pouvons ignorer les effets négatifs qu’a eus la façon
dont elles ont été interrompues. Un rapide coup d’œil
sur le piteux état du milieu politique prolétarien
aujourd’hui montre que nous subissons toujours les conséquences
de cet échec à créer un cadre organisé
pour un débat fraternel et une clarification politique parmi
les groupes appartenant à la tradition de la Gauche
communiste.
Suite
au flirt du BIPR avec le groupuscule parasitaire autoproclamé
"Fraction Interne" du CCI (FICCI) et avec l’aventurier
qui se cache derrière le "Circulo de Comunistas
Internacionalistas" en Argentine, les rapports entre le BIPR et
le CCI n’ont jamais été aussi mauvais. Les groupes de
tradition bordiguiste soit se satisfont de leur isolement sectaire
dans la tour d’ivoire derrière laquelle ils se sont mis à
l’abri des conférences à la fin des années
1970, soit – comme c'est le cas du Prolétaire – se
sont révélés tout aussi sensibles que le BIPR
aux jeux de séduction et aux flatteries de la FICCI. En tous
cas, les bordiguistes ne se sont pas encore remis de la crise
traumatisante qui les a frappés en 1981 et dont ils n’ont
tiré que très peu de leçons concernant leurs
faiblesses les plus importantes. Quant aux derniers héritiers
de la gauche allemande/hollandaise, ils ont aujourd'hui perdu toute
consistance. Tel est l'état des groupes de la Gauche
communiste aujourd'hui, à l'heure même où une
nouvelle génération d’éléments en
recherche s'approche du mouvement communiste organisé en quête
d'une orientation capable de répondre à ses
aspirations, et au moment même où les enjeux de
l’histoire n’ont jamais été aussi importants.
Quand
Battaglia a pris la décision de saboter la
participation du CCI aux conférences, elle a affirmé
qu’elle avait "assumé la responsabilité qu’on
est en droit d’attendre d’une force dirigeante sérieuse"
(Réponse à l’Adresse du CCI au Milieu prolétarien
de 1983). En revenant sur l’histoire de ces conférences,
nous voulons montrer, entre autres choses, la responsabilité
que porte ce groupe dans la désorganisation de la Gauche
communiste.
Nous ne
chercherons pas à faire un compte-rendu exhaustif des
discussions qui ont eu lieu au sein et autour des conférences.
Les lecteurs peuvent se référer à plusieurs
publications qui contiennent les textes et les procès-verbaux
de ces conférences, bien que celles-ci se soient raréfiées
d'ailleurs (en ce sens, toutes les propositions d’aide permettant
de créer des archives en ligne de ces publications sont les
bienvenues). Le but de cet article vise à résumer les
principaux thèmes qui ont été abordés
dans ces conférences et surtout, d’examiner les principales
raisons de leur échec.
Le
contexte des conférences internationales : la sortie d’une
longue période de dispersion
La
dispersion des forces de la Gauche communiste n’était pas un
phénomène nouveau en 1976. La Gauche communiste trouve
ses origines dans les fractions de gauche de la Deuxième
internationale qui ont mené le combat contre l’opportunisme
à partir de la fin du 19e siècle. Ce combat
était lui-même mené en ordre dispersé.
Ainsi,
quand Lénine a engagé la lutte contre l’opportunisme
menchevique dans le parti russe, la première réaction
de Rosa Luxemburg a consisté à se ranger du côté
des Mencheviks. Quand Luxemburg a commencé à percevoir
la profondeur réelle de la capitulation de Kautsky, Lénine
a mis un bon moment à réaliser qu’elle avait raison.
Tout cela était un produit du fait que les partis de la
Seconde Internationale s’étaient formés sur une base
nationale et menaient presque toute leur activité au niveau
national ; l’Internationale était davantage une fédération
de partis nationaux qu’un parti mondial unifié. Même
si l’Internationale communiste avait pris l’engagement de
dépasser ces particularités nationales, celles-ci
continuaient à peser d’un poids très lourd. Il ne
fait aucun doute que les fractions communistes de gauche qui
commençaient à réagir contre la dégénérescence
de l’IC au début des années 1920 étaient elles
aussi affectées par ce poids du passé ; la Gauche, de
nouveau, répondait de façon très dispersée
au développement de l’opportunisme dans l’Internationale
prolétarienne. L’expression la plus dangereuse et la plus
dommageable de cette dispersion était le fossé qui a
presque immédiatement divisé la Gauche allemande de la
Gauche italienne à partir des années 1920. Bordiga a eu
tendance à identifier l’insistance de la Gauche allemande
sur le rôle crucial des conseils ouvriers avec "le
conseillisme de fabrique" de Gramsci ; la gauche allemande,
quant à elle, n’a pas vraiment réussi à voir
dans la gauche italienne "léniniste" un allié
possible contre la dégénérescence de l’IC.
La
contre-révolution qui a frappé de plein fouet le
mouvement ouvrier à la fin des années 1920 a contribué
à renforcer la dispersion des forces de la Gauche, bien que la
Fraction italienne ait travaillé avec acharnement à
combattre cette tendance en cherchant à établir les
fondements d’une discussion et d’une coopération
internationales sur une base principielle. Ainsi, elle a ouvert les
colonnes de sa presse aux débats avec les internationalistes
hollandais, avec les groupes dissidents de l’opposition de gauche
et d’autres. Cette ouverture d’esprit que montrait Bilan
(organe de presse de la Fraction italienne)– parmi tant d’autres
avancées programmatiques plus générales
réalisées par la Fraction – a été
balayée par la formation opportuniste du Parti Communiste
Internationaliste en Italie à la fin de la guerre. Succombant
à une bonne dose d’étroitesse d’esprit national, la
majorité de la Fraction italienne s’est précipitée
pour saluer la constitution du nouveau parti (en Italie seulement !),
pour se dissoudre et intégrer individuellement ce dernier. Ce
regroupement précipité de plusieurs forces très
hétérogènes n’a pas cimenté l’unité
du courant de la Gauche italienne mais a provoqué de nouvelles
divisions. D’abord, en 1945, avec la fraction Française,
dont la majorité s’était opposée à la
dissolution de la Fraction italienne et critiquait les bases
opportunistes du nouveau parti. La Fraction française a été
expulsée sans ménagement de l’organisation
internationale du PCI (La Gauche communiste internationale) et a
formé la Gauche Communiste de France. En 1952, le PCI lui-même
a subi une grande scission entre les deux ailes principales du parti
– les "daménistes" autour de Battaglia
Comunista et les "bordiguistes" autour de Programma
Comunista, ce dernier développant en particulier une
justification théorique du sectarisme le plus rigide, en se
considérant comme étant le seul parti prolétarien
sur toute la planète (ce qui n’a pas empêché
d’autres ruptures et la co-existence de plusieurs "seul et
unique" Parti communiste international dans les années
1970). Ce sectarisme a, de toute évidence, été
un des tributs payés à la contre-révolution.
D’un côté, c’était l’expression d’une
tentative de maintenir les principes dans un environnement hostile en
construisant un mur de formules "invariantes" autour de
positions acquises à grand prix. De l'autre côté,
l'isolement croissant des révolutionnaires vis-à-vis de
l'ensemble de la classe ouvrière et leur tendance à
exister dans un monde de petits groupes ne pouvait que contribuer à
renforcer l’esprit de cercle et un divorce, analogue à celui
des sectes, avec les besoins réels du mouvement prolétarien.
Cependant,
après les 40 années de contre-révolution qui ont
représenté le point culminant de la faiblesse du milieu
révolutionnaire international, le climat social a commencé
à changer. Le prolétariat est revenu sur la scène
de l’histoire avec les grèves de mai 68, un mouvement qui a
eu une dimension politique d'une immense profondeur puisqu’il
posait la question de l'édification d’une nouvelle société
et avait fait surgir une multitude de groupes dont la recherche
de la cohérence révolutionnaire conduisait tout
naturellement vers une réappropriation des traditions de la
Gauche communiste. Parmi les premiers à reconnaître la
nouvelle situation, il y avait les camarades de l’ancienne GCF qui
avaient déjà repris une activité politique avec
quelques jeunes éléments qu’ils avaient rencontrés
au Venezuela, et formé le groupe Internacionalismo en
1964. Après les événements de mai 1968, des
camarades d’Internacionalismo sont venus en Europe pour
intervenir dans le nouveau milieu prolétarien que ce mouvement
massif avait fait naître. Ces camarades, en particulier, ont
encouragé les vieux groupes de la Gauche italienne, qui
avaient l’avantage d’avoir une presse, une forme
organisationnelle structurée, à agir en tant que centre
du débat et de contact parmi les nouveaux éléments
en recherche, en organisant une conférence internationale. Ils
reçurent une réponse glaciale, parce que les deux ailes
de la Gauche italienne ne voyaient guère dans mai 68 (et même
dans l’Automne chaud en Italie) qu’une flambée d’agitation
étudiante. Après plusieurs tentatives ratées de
convaincre les groupes italiens d’assumer leur rôle (voir la
lettre du CCI à Battaglia dans la brochure Troisième
Conférence des groupes de la Gauche communiste, mai 1980,
Procès-verbal), les camarades d’Internacionalismo
et du groupe Révolution Internationale nouvellement
formé, ont concentré leurs efforts sur le regroupement
des nouveaux éléments qui s'étaient politisés
grâce au ressurgissement du prolétariat sur la scène
sociale. En 1968, deux groupes en France – Cahiers du Communisme de
Conseils et l'Organisation Conseilliste de Clermont-Ferrand – se
réunirent avec le groupe Révolution Internationale
pour donner naissance au journal RI "nouvelle série"
qui formait alors une tendance internationale avec Internacionalismo
et Internationalism aux Etats-Unis. En 1972, Internationalism
proposait un réseau international de correspondance. Une fois
encore, les groupes italiens se tenaient à l’écart de
ce processus mais celui-ci donnait des résultats positifs, en
particulier une série de conférences en 1973-74 qui
réunissait à la fois RI et quelques-uns des
nouveaux groupes en Angleterre, dont l’un d’eux, World
Revolution, rejoignait la tendance internationale qui allait
donner le CCI en 1975 (composé alors de 6 groupes : RI
en France, Internationalism aux Etats-Unis, WR en
Grande-Bretagne, Internacionalismo au Venezuela, Accion
Proletaria en Espagne et Rivoluzione Internazionale en
Italie).
Première
Conférence, Milan 1977
Le
cycle des conférences internationales de la Gauche communiste
s’est ouvert en 1976 quand Battaglia est finalement sortie
de son isolement en Italie et a envoyé une proposition de
réunion internationale à un certain nombre de groupes
dans le monde.
La liste
des groupes était la suivante :
France : Révolution Internationale, Pour une
Intervention Communiste, Union Ouvrière, Combat
Communiste ;
Angleterre : Communist Workers' Organisation, World Revolution
;
Espagne
: Formento Obrero Revolucionario ;
Etats-Unis : Revolutionary Workers Group ;
Japon :
Japan Revolutionary Communist League, Revolutionary Marxist Fraction
(Kahumaru-Ha) ;
Suède
: Forbundet Arbetarmakt (Workers Power League) ;
Portugal : Combate.
L’introduction
à la brochure "Textes et Procès-verbaux de la
Conférence internationale organisée par le Parti
Communiste Internationaliste (Battaglia Comunista)", note
que "très rapidement, une sélection "naturelle"s’est effectuée par la dissolution d’Union Ouvrière
et du RWG et par l’interruption des rapports avec Combat Communiste
dont les positions politiques se sont avérées
incompatibles avec les thèmes de la Conférence. Par
ailleurs, les rapports avec le groupe portugais ont été
interrompus à la suite d’une rencontre entre leurs
représentants et un envoyé du PCInt à Lisbonne,
rencontre au cours de laquelle a été constaté
l’éloignement de ce groupe par rapport aux fondements du
mouvement communiste. L’organisation japonaise n’a, par contre,
donné aucune réponse ce qui peut laisser penser qu’ils
n’ont pas reçu "l’Adresse" du PCInt."
Le groupe
suédois manifesta son intérêt mais ne pouvait
participer.
C’était
un pas en avant important que faisait là Battaglia, une
reconnaissance de l’importance fondamentale, non pas de la
nécessité de "liens internationaux" (ce que
revendique n’importe quel groupe gauchiste) mais du devoir
internationaliste de dépasser les divisions dans le mouvement
révolutionnaire mondial et de travailler en vue de sa
centralisation et en définitive d’un regroupement. Le CCI a
chaleureusement salué l’initiative de Battaglia comme
un coup sérieux porté au sectarisme et à la
dispersion ; de plus, sa décision de participer à
l’initiative a eu un effet salutaire sur sa propre vie politique
car aucun groupe n'était entièrement immunisé
contre la funeste tendance à se considérer comme le
"seul et unique" groupe révolutionnaire. A la suite
de questionnements qui avaient surgis au sein du CCI sur le caractère
prolétarien des groupes issus de la Gauche italienne, il s’en
est suivi une discussion sur les critères de jugement de la
nature de classe des organisations politiques, ce qui a donné
lieu par la suite à une résolution sur les groupes
politiques prolétariens adoptée au congrès
international de 1977 du CCI.
Il
y avait cependant nombre de faiblesses importantes dans la
proposition de Battaglia et dans la conférence qu’elle
a suscitée à Milan en avril/mai 1977.
D’abord,
la proposition de Battaglia manquait de critères clairs
pour la participation. A l’origine, la raison donnée pour
l’Appel à la conférence était quelque chose
qui, avec le recul, s’est pleinement confirmé, le phénomène
en cours de l’adoption de "l’Eurocommunisme" par
les principaux Partis communistes d’Europe occidentale. Les
implications d’une discussion sur ce que Battaglia appelait
la "social-démocratisation" des PC n’étaient
pas claires, mais plus important encore était le fait que la
proposition n’arrivait pas du tout à définir les
positions de classe essentielles qui garantissaient que toute réunion
internationale représenterait un rassemblement de groupes
prolétariens qui exclurait l’aile gauche du capital.
Le flou sur cette question n’avait rien de nouveau pour Battaglia
qui, dans le passé, avait fait des appels à une réunion
internationale avec la participation des trotskistes de Lutte
Ouvrière. Cette fois-ci, la liste des invités
incluait aussi des gauchistes radicaux tels que le groupe japonais et
Combat Communiste. Le CCI a donc insisté pour que la
conférence adopte un minimum de principes fondamentaux qui
excluraient les gauchistes mais aussi ceux qui, même s’ils
défendaient un certain nombre de positions de classe,
s’opposaient à l’idée d’un parti de classe. Le
but de la conférence était donc envisagé comme
faisant partie d’un processus à long terme conduisant à
la formation d’un nouveau parti mondial.
En
même temps, les conférences se dressaient directement
contre le sectarisme qui était parvenu à dominer le
mouvement. Pour commencer, Battaglia semblait avoir décidé
qu’elle serait le seul représentant de la Gauche "italienne"
et n’avait donc invité aucun groupe bordiguiste à la
conférence. Cette approche se reflétait aussi dans le
fait que l’Appel n’était pas adressé au CCI en tant
que tel (qui avait déjà une section en Italie) mais
seulement à certaines sections territoriales du CCI. Ensuite,
nous avons vu la décision subite du groupe "Pour une
Intervention Communiste" de ne pas participer, alors qu’au
début, il était d’accord. Dans une lettre datée
du 25/4/77 il affirmait que cette réunion ne serait rien
d’autre qu’un "dialogue de sourds". En troisième
lieu, au cours même de la réunion, est apparue une
petite manifestation de ce qui devait devenir plus tard un problème
majeur : l’incapacité des conférences à
adopter une quelconque position commune. A la fin de la réunion,
le CCI a proposé un court document qui faisait le point sur
les accords et les désaccords qui étaient ressortis de
la discussion. C’était trop pour Battaglia. Bien que
ce groupe ait fixé des objectifs grandioses à la
conférence – "les grandes lignes d’une plate-forme
de principes fondamentaux, de façon à nous permettre de
commencer à travailler en commun ; un Bureau international de
coordination" (Troisième Circulaire du PC Int,
février 1977) - bien avant que les prémisses d’un tel
pas en avant aient été établies, l'initiative de
Battaglia a été refroidie à l'idée
de signer avec le CCI ne serait-ce qu’une proposition aussi modeste
qu’un résumé des accords et des désaccords.
En
fait, les seuls groupes qui avaient été en mesure de
participer à la réunion à Milan étaient
Battaglia et le CCI. La "Communist Workers Organisation"
était d’accord pour venir – ce qui était un grand
pas en avant parce qu’elle avait jusque là rompu toute
relation avec le CCI, le traitant de "contre-révolutionnaire"
à cause de ses analyses de la dégénérescence
de la Révolution russe – mais n’avait pu participer pour
des raisons pratiques. Idem pour le groupe qui s'était
constitué autour de Munis en Espagne et en France, le FOR.
Néanmoins, cette discussion avait abordé beaucoup de
points et ciblé toute une série de questions cruciales,
résumées dans la proposition faite par le CCI d'une
prise de position commune, laquelle avait mis en évidence que
la discussion avait marqué :
un accord sur le fait que la société capitaliste était
entrée dans sa période de décadence, malgré
l'existence de divergences sur les analyses des causes de cette
décadence : le CCI défendait la thèse de Rosa
Luxemburg selon laquelle la contradiction fondamentale qui fait
plonger le capitalisme dans la décadence est le problème
de la réalisation de la plus-value, alors que pour Battaglia,
ce facteur était secondaire par rapport au problème de
la baisse du taux de profit ;
un accord sur l’ouverture d’une nouvelle phase de crise
économique aiguë ;
un désaccord sur la signification du mouvement de classe à
la fin des années 1960 et au début des années
1970. Pour le CCI, cet événement était le signe
de la fin de la contre-révolution alors que, pour Battaglia,
la contre-révolution dominait encore ;
un accord sur le rôle contre-révolutionnaire des PC et
des PS, bien que le CCI ait critiqué la définition de
ces organisations comme "opportunistes" ou "réformistes"
donnée par Battaglia, puisque de tels adjectifs ne
peuvent s’appliquer qu’à des organisations prolétariennes
affectées par l’idéologie bourgeoise ;
un accord sur le fait que les syndicats étaient des
organisations de la bourgeoisie, mais un désaccord sur
l'intervention à mener à leur égard. Battaglia
défendait encore la nécessité du travail au sein
des syndicats, incluant la possibilité de se faire élire
dans les "comités de fabrique" syndicalistes de
base. En même temps, Battaglia défendait la
nécessité de former ses propres "groupes d’usine",
qu’elle appelait "groupes communistes d’usine" ou
"comités communistes syndicaux" ;
cette question des groupes d’usine a aussi été un
point majeur des discussions, Battaglia les considérant
comme une "courroie de transmission entre le parti et la classe"
tandis que le CCI affirmait que de telles "courroies de
transmission" ne peuvent exister dans la période de
décadence du capitalisme puisque la classe ouvrière ne
pouvait plus se doter d'organisations permanentes de masse pour
remplacer les syndicats ;
cette discussion était liée à de profonds
désaccords sur la question du parti et de la conscience de
classe, Battaglia défendant la thèse de Lénine
selon laquelle la conscience doit être apportée aux
ouvriers "de l’extérieur", par le parti. Cette
question devait être reprise à la conférence
suivante.
Ces
questions ont continué à constituer des points de
désaccords entre le CCI et Battaglia (et le BIPR)
depuis les conférences (avec en plus un tournant important
effectué par le BIPR vers l’abandon de la notion même
de décadence - voir nos articles récents dans les
derniers numéros de la Revue internationale).
Cependant, ces divergences n'étaient nullement la
manifestation d'un "dialogue de sourds". Battaglia a
réellement évolué sur la question syndicale,
puisqu'elle est allée jusqu'à enlever le terme
"syndical" de ses groupes d’usine. De la même
façon, quelques-unes des réponses du CCI à
Battaglia sur la conscience de classe pendant la réunion
de Milan révélaient un "anti-léninisme"
viscéral que le CCI allait combattre dans ses propres rangs
dans les années qui ont suivi, en particulier, dans le débat
avec les éléments qui allaient constituer la "Fraction
externe du CCI" (FECCI) après 1984. En bref, c’était
une discussion qui pouvait conduire à des clarifications des
deux côtés et qui était d'un grand intérêt
pour le milieu politique dans son ensemble. La conférence
tirait en effet un bilan positif de son travail dans la mesure où
il s'est dégagé un accord pour continuer ce processus.
Deuxième
Conférence : Paris, novembre 1978
Cette
conclusion trouvait sa concrétisation dans le fait que la
deuxième conférence allait marquer un grand pas en
avant par rapport à la première. Elle était
mieux organisée, avec des critères politiques de
participation clairs, et a rassemblé plus d’organisations
que la première. Beaucoup de documents de discussions furent
publiés ainsi que les procès-verbaux. (Voir Volumes I
et II de la brochure "Deuxième Conférence des
groupes de la Gauche Communiste". encore disponibles en
français).
Cette
fois, la conférence s’est ouverte avec beaucoup de
participants : Battaglia, le CCI, la CWO, le Nucleo Comunista
Internazionalista (Italie), Fur Kommunismen (Suède) et le FOR.
Trois autres groupes s’étaient déclarés
favorables à cette conférence bien qu’ils aient été
dans l’incapacité d’y être présents :
Arbetarmakt de Suède, Il Leninista d’Italie et
l’Organisation Communiste Révolutionnaire Internationaliste
d’Algérie.
Les thèmes
de la réunion se situaient d'abord dans le prolongement de la
discussion de la première conférence – la crise et
les fondements économiques de la décadence capitaliste,
le rôle du parti. Il y eut aussi une discussion sur le problème
des luttes de libération nationale, qui était une
pierre d’achoppement pour la plupart des groupes de tradition
bordiguiste. Ces débats représentèrent une
contribution importante dans un processus plus général
de clarification. En premier lieu, ils avaient permis à
certains des groupes présents à cette conférence
de voir qu’il existait suffisamment de positions en commun pour
s’engager dans un processus de regroupement qui ne remettrait pas
en question le cadre général des conférences.
C’était le cas pour le CCI et le groupe suédois Fur
Kommunismen. Ensuite, ces débats avaient fourni un cadre de
référence inestimable pour le milieu politique
prolétarien dans son ensemble – y compris pour les éléments
qui n’appartenaient pas à un groupe particulier mais
cherchaient une cohérence révolutionnaire.
Cependant,
cette fois, le problème du sectarisme allait apparaître
de manière beaucoup plus aiguë.
Les
groupes bordiguistes étaient invités à la
deuxième conférence mais leur réponse fut une
expression classique de leur refus de s’engager dans le mouvement
réel, d’une attitude profondément sectaire. Le groupe
appelé PCI "de Florence" (qui s’est séparé
du principal groupe bordiguiste Programma en 1972 et publie IlPartito Comunista) avait répondu qu’il ne voulait
rien avoir à faire avec tout "missionnaire de
l’unification". Mais, comme le souligne notre réponse
dans "La Deuxième Conférence Internationale"
(Revue internationale n°16), l’unification n’était
certainement pas la question immédiate : "l’heure
n’a pas encore sonné pour l’unification dans un seul Parti
des différents groupes communistes qui existent aujourd’hui".
Ce
même article s’adresse aussi à la réponse de
Programma :
"Peu
différent – quant au fond de l’argumentation – est
l’article, réponse du deuxième PCI, celui de
Programma. Ce qui le distingue essentiellement est sa grossièreté.
Le titre de l’article "La lutte entre Fottenti et Fottuti"
(littéralement entre "enculeurs et enculés")
montre déjà la "hauteur" où se place
le PCI Programma, hauteur vraiment peu accessible à d’autres.
Faut-il croire que Programma est à tel point imprégné
de mœurs staliniennes qu’il ne peut concevoir la confrontation de
positions entre révolutionnaires que dans les termes de
"violeurs" et "violés ? Pour Programma, aucune
discussion n’est possible entre des groupes qui se réclament
et se situent sur le terrain du communisme, surtout pas entre ces
groupes. On peut à la rigueur, marcher avec les trotskistes et
autres maoïstes dans un comité fantôme de soldats,
ou encore signer avec les mêmes et autres gauchistes des tracts
communs pour "la défense des ouvriers immigrés",
mais jamais envisager la discussion avec d’autres groupes
communistes, même pas entre les nombreux partis bordiguistes.
Ici, ne peut régner qu’un rapport de force, si on ne peut
les détruire, alors ignorer jusqu’à leur existence !
Viol ou impuissance, telle est l’unique alternative dans laquelle
Programma voudrait enfermer le mouvement communiste et les rapports
entre les groupes. N’ayant pas d’autre vision, il la voit partout
et l’attribue volontiers aux autres. Une Conférence
internationale des groupes communistes ne peut, à ses yeux,
être autre chose et avoir d'autre objectif que celui de
débaucher quelques éléments d’un autre groupe.
Et si Programma n’est pas venu, ce n’est certes pas par manque de
désir de "violer" mais parce qu’il craignait
d’être impuissant… Pour Programma, on ne peut discuter
qu’avec soi-même. Par crainte d’être impuissant dans
une confrontation des positions avec d’autres groupes communistes,
Programma se réfugie dans le "plaisir solitaire".
C’est la virilité d’une secte et l’unique moyen de
satisfaction."
Le PCI
avait aussi mis en avant une autre excuse : le CCI est "anti
parti". D’autres refusèrent de participer parce qu’ils
étaient contre le parti – Spartcusbund (Hollande) et le PIC
qui, comme l’article le souligne, préféraient de
beaucoup la compagnie de l’aile gauche des socio-démocrates
à celle des "bordigo-léninistes". Et enfin :
"La
Conférence devait encore connaître un de ces coups de
théâtre du fait du comportement du groupe FOR. Celui-ci,
après avoir donné sa pleine adhésion à la
première Conférence de Milan et son accord pour la
réunion de la seconde, en contribuant par des textes de
discussion, s’est rétracté à l’ouverture de
celle-ci sous prétexte de ne pas être d’accord avec le
premier point à l’ordre du jour, à savoir sur
l’évolution de la crise et ses perspectives. Le FOR
développe la thèse que le capitalisme n’est pas en
crise économiquement. La crise actuelle n’est qu’une crise
conjoncturelle comme le capitalisme en a connu et surmonté
tout au long de son histoire. Elle n’ouvre de ce fait aucune
perspective nouvelle, surtout pas une reprise de luttes du
prolétariat, mais plutôt le contraire. Par contre, le
FOR professe une thèse de "crise de civilisation"
totalement indépendante de la situation économique. On
retrouve dans cette thèse les relents du modernisme, héritage
du situationnisme. Nous n’ouvrirons pas ici un débat pour
démontrer que pour les marxistes il paraît absurde de
parler de décadence et d’effondrement d’une société
historique, en se basant uniquement sur des manifestations
superstructurelles et culturelles sans se référer à
sa structure économique, en affirmant même que cette
structure – fondement de toute société – ne connaît
que son renforcement et son plus grand épanouissement. C’est
là une démarche qui se rapproche plus des divagations
d’un Marcuse que de la pensée de Marx. Aussi le FOR
fonde-t-il l’activité révolutionnaire moins sur un
déterminisme économique objectif que sur un
volontarisme subjectif qui est l’apanage de tous les groupes
contestataires. Mais devons-nous nous demander : ces aberrations
sont-elles la raison fondamentale qui a dicté au FOR de se
retirer de la Conférence ? Non certainement pas. Dans son
refus de participer à la Conférence et, en se retirant
de ce débat, se manifestait avant tout l’esprit de chapelle,
de chacun pour soi, esprit qui imprègne encore si fortement
les groupes se réclamant du communisme de Gauche."
(1)
En fait,
il était assez évident que le sectarisme constituait un
problème en lui-même. Mais la Conférence refusa
de soutenir la proposition du CCI de faire une prise de position
commune condamnant ce type d’attitude (bien que le Nucleo ait été
en faveur de cette proposition). Les raisons données étaient
que l’attitude des groupes n’était pas le problème
– le problème, c’était leurs divergences
politiques. C’est vrai pour des groupes comme Spartacus et le PIC
qui, en rejetant le parti de classe, montraient clairement qu’ils
ne pouvaient accepter les critères. Mais ce qui est faux,
c’est cette idée selon laquelle l’activité
politique ne réside que dans la défense ou le rejet de
positions politiques. L’attitude, la trajectoire, le comportement
et la pratique organisationnelle des groupes politiques et de leurs
militants ont autant d’importance et la démarche sectaire
tombe bien sûr dans cette catégorie.
Nous
avons eu la même réponse du BIPR en réaction à
quelques-unes des crises dans le CCI. Selon le BIPR, la tentative de
comprendre les crises internes en parlant de problèmes comme
l’esprit de cercle, le comportement clanique ou le parasitisme
n’est qu’une façon d’éviter les questions
"politiques", et même un camouflage délibéré.
Dans cette vision, les problèmes organisationnels du CCI
peuvent tous s’expliquer par sa vision erronée de la
situation internationale ou de la période historique ;
l’impact quotidien des habitudes et de l’idéologie
bourgeoises au sein des organisations prolétariennes n’a
simplement pas d’intérêt. Mais la preuve la plus
claire que le BIPR est délibérément aveugle en
cette matière a été fournie par sa conduite
lamentable lors des dernières attaques menées contre le
CCI par les parasites de la FICCI et l’aventurier qui se cache
derrière le "Circulo" en Argentine. Incapable de
voir la motivation réelle de ces groupes, qui n’a rien à
voir avec la clarification de différends politiques, le BIPR
s’est rendu directement complice de leur activité
destructrice (2). Les questions de comportement ne sont pas de
fausses questions pour la vie politique prolétarienne. Au
contraire, elles sont une question de principe, liée à
un besoin vital pour toute forme d’organisation de la classe
ouvrière : la reconnaissance d’un intérêt
commun opposé aux intérêts de la bourgeoisie. En
bref, la nécessité de la solidarité –
et aucune organisation prolétarienne ne peut ignorer cette
nécessité élémentaire sans en payer le
prix. Cela s’applique également au problème du
sectarisme, qui est aussi un moyen d’affaiblir les liens de
solidarité qui doivent unir les organisations de la classe
ouvrière. Le refus de condamner le sectarisme à la
deuxième conférence a porté un coup à la
base même de ce qui avait suscité cette série de
conférences – le besoin urgent d’aller au-delà de
l’esprit du chacun pour soi et de travailler à l’unité
réelle du mouvement révolutionnaire. En repoussant
toute prise de position commune, elles tombaient encore plus sûrement
dans le piège du sectarisme.
Selon
la définition de Marx : "la secte voit sa raison
d’être et son point d’honneur non dans ce qu’elle a de
commun avec le mouvement de classe mais dans le shibboleth
particulier qui la distingue du mouvement" (Marx à
Schweitzer, 13/12/1868, Correspondance…). C’est une description
exacte du comportement de la grande majorité des groupes qui
ont participé aux conférences internationales.
Troisième
Conférence, Paris, mai 1980
Bien
que nous restions donc optimistes concernant le travail de la
deuxième conférence dans la mesure où elle avait
marqué une avancée significative par rapport à
la première, les signes du danger étaient là.
Ils devaient passer au rouge à la troisième conférence.
Les
groupes qui y ont participé étaient : le CCI,
Battaglia, la CWO, L’Eveil internationaliste, les Nuclei
Leninisti Internazionalisti (issus d’un regroupement entre le
Nucleo et Il Leninista), l’Organisation communiste révolutionnaire
d’Algérie (qui toutefois n’était pas présente
physiquement) et le Groupe communiste internationaliste, qui
assistait en tant "qu’observateur". (3)
Les
principales questions à l’ordre du jour étaient de
nouveau la crise et ses perspectives et les tâches des
révolutionnaires aujourd’hui. Le bilan tiré par le
CCI de cette conférence, "Quelques remarques générales
sur les contributions pour la Troisième Conférence
internationale", publié dans la brochure La Troisième
Conférence, faisait ressortir un certain nombre de points
d’accord importants à la base de la conférence :
le
capitalisme fait face à une crise qui s’approfondit et qui
conduit le système à une troisième guerre
mondiale ;
cette
guerre sera impérialiste et les révolutionnaires
doivent dénoncer les deux camps ;
les
communistes doivent avoir pour but de contribuer à l’action
révolutionnaire de leur classe, seule alternative capable de
contrer la marche vers la guerre ;
la
classe ouvrière doit se libérer de l’influence des
partis et syndicats "ouvriers" et, sur ce plan aussi,
l’activité des révolutionnaires est vitale.
En
même temps, le texte note qu’il y existait d'énormes
désaccords sur le cours historique, avec Battaglia en
particulier, qui soutenait qu’il pouvait y avoir simultanément
un cours à la guerre et un cours à la révolution
et que ce n’était pas la tâche des révolutionnaires
de décider lequel allait prévaloir. Le CCI, de son
côté, se basant sur la méthode de la Fraction
italienne dans les années 1930, insistait sur le fait qu’un
cours à la guerre ne pouvait s’établir que sur la
base d’un affaiblissement et d’une défaite de la classe
ouvrière et que, dans le même sens, une classe qui se
dirigeait vers une confrontation révolutionnaire avec le
capitalisme ne pouvait être embrigadée dans une marche
vers la guerre. Il ajoutait qu’il était vital pour les
révolutionnaires d’avoir une position aussi claire que
possible sur la tendance dominante, puisque la forme et le contenu de
leur activité doivent être adaptés à leur
analyse du cours historique.
La
question des groupes d’usine a de nouveau représenté
une pierre d’achoppement pour les groupes présents à
cette conférence. Présentée par Battaglia
comme un moyen de développer une influence réelle et
concrète dans la classe, cette conception, pour le CCI,
procédait d'une nostalgie de l’époque des
organisations permanentes de masse telles que les syndicats. L’idée
que les petits groupes révolutionnaires d’aujourd’hui
puissent créer un tel réseau d’influence, de telles
"courroies de transmission entre le parti et la classe",
révélait une certaine mégalomanie en ce qui
concernait les possibilités réelles de l’activité
révolutionnaire dans cette période. En même
temps, cependant, l’écart entre cette démarche et une
compréhension du mouvement réel pouvait avoir pour
conséquence une sérieuse sous-estimation du travail
authentique que pouvaient faire les révolutionnaires, une
incapacité à saisir le besoin d’intervenir au sein
des formes réelles d’organisation du prolétariat qui
avaient commencé à apparaître dans les luttes de
1978-80 : non seulement les assemblées générales
et les comités de grève (qui devaient faire leur
apparition la plus spectaculaire en Pologne mais s’étaient
déjà manifestés dans la grève des dockers
à Rotterdam), mais aussi les groupes et les cercles formés
par les minorités combatives au cours des grèves ou à
la fin de celles-ci. Sur cette question, la vision du CCI était
proche de celle développée par les NLI dans leur
critique du schéma "groupe d’usine" de Battaglia.
Cependant,
toute possibilité de développer la discussion sur cette
question ou d’autres allait être réduite à
néant par la victoire définitive du sectarisme sur les
conférences.
En premier
lieu, on a assisté à un rejet de la proposition du CCI
d'élaborer une déclaration commune face à la
menace de guerre qui était à cette époque une
question majeure suite à l’invasion de l’Afghanistan par
la Russie :
"Le
CCI demanda que la conférence prît position sur cette
question et proposa une résolution, à discuter et
amender si nécessaire, pour affirmer ensemble la position des
révolutionnaires face à la guerre. Le PCInt refusa et,
à sa suite, la CWO et l’Eveil Internationaliste. Et la
Conférence resta muette. Du fait même des critères
de participation à la conférence, tous les groupes
présents partageaient inévitablement la même
position de fond sur l’attitude qui doit être celle du
prolétariat en cas de conflit mondial et face à sa
menace. "Mais attention !" nous disent les groupes
partisans du silence, "c’est que nous, on ne signe pas avec
n’importe qui ! Nous ne sommes pas des opportunistes !" Et
nous leur répondons : l’opportunisme, c’est trahir des
principes à la première opportunité. Ce que nous
proposions, ce n’était pas de trahir un principe mais de
l’affirmer avec le maximum de nos forces. Le principe
internationaliste est un des plus hauts et des plus importants pour
la lutte prolétarienne. Quelles que soient les divergences qui
séparent les groupes internationalistes par ailleurs, peu
d’organisations politiques au monde le défendent de façon
conséquente. La conférence devait parler sur la guerre
et parler le plus fort possible.
Le
contenu de ce brillant raisonnement "non opportuniste" est
le suivant : puisque les organisations révolutionnaires ne
sont pas parvenues à se mettre d’accord sur toutes les
questions, elles ne doivent pas parler de celles sur lesquelles elles
sont d’accord depuis longtemps. Les spécificités de
chaque groupe priment par principe sur ce qu’il y a de commun à
tous. C’est cela le sectarisme. Le silence des trois conférences
est la plus nette démonstration de l’impuissance à
laquelle conduit le sectarisme." (Revue Internationale
n°22, "Le sectarisme, un héritage de la
contre-révolution qui doit être dépassé")
Ce
problème n’a pas disparu : il s’est manifesté en
1999 et en 2003 dans les réponses aux propositions plus
récentes du CCI de faire une déclaration commune contre
les guerres dans les Balkans et en Irak.
En
second lieu, le débat sur le parti a subitement été
interrompu à la fin de la réunion par la proposition de
Battaglia et de la CWO d’un nouveau critère, formulé
de façon à éliminer le CCI à cause de sa
position rejetant clairement l'idée que le parti devait
prendre le pouvoir lors de la révolution : ce nouveau critère
évoquait "le parti prolétarien, un organisme
qui est indispensable à la direction politique du mouvement de
classe révolutionnaire et du pouvoir révolutionnaire
lui-même". Cela signifiait mettre fin au débat
avant même qu’il ait commencé. Selon Battaglia,
c’était la marque d’un processus de sélection qui
éliminait organiquement les "spontanéistes"
des rangs de la conférence, ne laissant que ceux qui étaient
sérieusement intéressés à la construction
du parti révolutionnaire. En fait, tous les groupes qui
assistaient à la conférence étaient par
définition engagés dans la construction du parti en
tant que perspective à long terme. Seule la discussion – en
lien avec la pratique réelle des révolutionnaires –
pouvait résoudre les désaccords les plus importants sur
la structure et la fonction du parti.
En
fait, le critère de Battaglia et de la CWO montre que
ces groupes n’étaient pas arrivés eux-mêmes à
une position claire sur le rôle du parti. A l’époque
de la conférence, tout en faisant souvent de grandes phrases
sur le parti, "capitaine" de la classe, Battaglia,
en insistant sur la nécessité pour le parti de rester
distinct de l’Etat, rejetait normalement la vision bordiguiste plus
"franche" qui se fait l’avocate de la dictature du parti.
A la Deuxième Conférence encore, la CWO avait choisi de
polémiquer principalement contre les critiques que faisait le
CCI des erreurs "substitutionnistes" des bolcheviks et
avait déclaré catégoriquement que le parti prend
le pouvoir, quoique "à travers" les soviets. Ainsi,
ces deux groupes pouvaient difficilement déclarer le débat
"terminé". Mais la raison pour laquelle Battaglia
(qui avait commencé les conférences sans aucun critère
et était devenu maintenant fanatique de critères
particulièrement "sélectifs") a mis ce
critère en avant n'était nullement motivée par
une volonté de clarification, mais à cause d'une
pulsion sectaire pour se débarrasser du CCI, vu comme un rival
à évincer, afin de se présenter comme le seul
pôle international de regroupement. Cette politique allait
devenir, en fait, de plus en plus la pratique et la théorie du
BIPR dans les années 1980 et 1990, une politique qui allait le
conduire à abandonner le concept même de camp
prolétarien et à s'autoproclamer la seule force capable
d'œuvrer à la construction du parti mondial.
De
plus, il est important de comprendre que l’autre face du sectarisme
est toujours l’opportunisme et le marchandage des principes. C’est
ce qu’a démontré la méthode avec laquelle
Battaglia a sorti ce nouveau critère de son chapeau et l'a
soumis au vote (à la suite de négociations dans les
couloirs avec la CWO), au moment même où le seul autre
groupe qui s’y opposait, le NCI, avait déjà quitté
la conférence (cette manœuvre est connue sous le nom de
"flibusterie" dans les parlements bourgeois et n’a
clairement pas sa place dans une réunion de groupes
communistes).
Contre
de telles méthodes, la lettre du CCI écrite à
Battaglia après la conférence (publiée
dans La Troisième Conférence) montre ce
qu’aurait été une attitude responsable : "Si,
effectivement, vous pensiez qu’il était temps d’introduire
un critère supplémentaire, beaucoup plus sélectif,
pour la convocation des futures conférences, la seule attitude
sérieuse, responsable et compatible avec le souci de clarté
et de discussion fraternelle qui doit animer les groupes
révolutionnaires, aurait été de demander
explicitement que cette question soit mise à l’ordre du jour
de la conférence et que des textes soient préparés
sur cette question. Mais, à aucun moment au cours de la
préparation de la Troisième Conférence, vous
n’avez explicitement soulevé une telle question. Ce n’est
qu’à la suite de tractations de coulisses avec la CWO que
vous avez, en fin de conférence, lancé votre petite
bombe.
Comment
peut-on comprendre votre volte-face et votre dissimulation délibérée
de vos intentions véritables ? Pour notre part, il nous est
difficile d’y voir autre chose que la volonté d’esquiver
le débat de fond qui seul aurait permis que l’introduction
d’un critère supplémentaire sur la fonction du parti
ait éventuellement un sens. C’est bien pour mener ce débat
de fond, bien que nous considérions pour notre part qu’une
"sélection" sur ce point soit bien prématurée
même après une telle discussion, que nous avons proposé
de mettre à l’ordre du jour de la prochaine conférence
"la question du parti, sa nature, sa fonction et le rapport
parti-classe à partir de l’historique de la question dans le
mouvement ouvrier et la vérification historique de ces
conceptions" (projet de résolution présentée
par le CCI). C’est cette discussion que vous avez voulu éviter
(vous gêne-t-elle tellement ?) et cela s’est manifesté
clairement en fin de conférence quand vous avez refusé
d’expliquer ce que vous entendiez, dans votre proposition de
critère par la formule "le parti prolétarien,
organisme indispensable à la direction politique du mouvement
de classe révolutionnaire et du pouvoir révolutionnaire
lui-même". Pour tous les participants, il était
clair que votre unique volonté n’était pas de
clarifier le débat mais de "débarrasser " les
conférences des éléments que vous avez qualifiés
de "spontanéistes" et notamment du CCI.
Par
ailleurs, cette façon cavalière d’agir qui affiche le
plus grand mépris à l’égard de l’ensemble
des groupes participants, de ceux qui étaient présents
physiquement, mais également et surtout, de ceux que des
raisons matérielles avaient empêché de venir et,
au delà de ces groupes, de l’ensemble du milieu
révolutionnaire pour qui les conférences étaient
un point de référence, une telle façon d’agir
semble indiquer que Battaglia Comunista considérait les
conférences comme SA chose, qu’elle pouvait faire et défaire
à sa guise, suivant son humeur du moment.
Non
camarades ! Les conférences n’étaient pas la
propriété de Battaglia, ni même de l’ensemble
des groupes organisateurs. Ces conférences appartiennent au
prolétariat pour qui elles constituent un moment dans le
chemin difficile et tortueux de sa prise de conscience et de sa
marche vers la révolution. Et aucun groupe ne peut s’attribuer
un droit de vie et de mort à leur égard sur un simple
coup de tête et par le refus peureux de débattre à
fond des problèmes qu’affronte la classe."
L’opportunisme
qui s’était manifesté dans l’approche de Battaglia
et de la CWO s’est pleinement confirmé dans la Quatrième
Conférence qui s'est tenue à Londres en 1982. Non
seulement ce fut un fiasco du point de vue de son organisation, avec
beaucoup moins de participants qu’aux conférences
précédentes, sans publication de textes et de
procès-verbaux, sans suivi, mais elle représentait
aussi une altération dangereuse des principes, puisque le seul
autre groupe présent était "Les Supporters de
l’Unité des Militants Communistes (SUCM) – un groupe
stalinien radical en lien direct avec le nationalisme kurde et qui
est maintenant devenu le Parti communiste des Travailleurs d’Iran
(connu aussi sous le nom de "Hekhmatistes"). Cette
"rigueur" sectaire envers le CCI et le milieu prolétarien
allait de pair avec une attitude très complaisante à
l’égard de la contre-révolution. Le BIPR allait
reproduire de façon répétée cette
approche opportuniste sans fard du regroupement, comme nous l’avons
mis en évidence dans l’article : "Polémique
avec le BIPR : une politique opportuniste de regroupement qui ne
conduit qu’à des avortements" (Revue
internationale n° 121).
Les
années de vérité pour les révolutionnaires
Les
années 1970 ont été des années de
croissance pour le mouvement révolutionnaire qui recueillait
encore les fruits du premier assaut des luttes ouvrières à
la fin des années 1960. Mais depuis le début des années
1980, l’environnement politique s’était considérablement
assombri. L’invasion par la Russie de l’Afghanistan, la réponse
agressive des Etats-Unis, marquaient de façon claire une
exacerbation des conflits inter-impérialistes dans lesquels la
menace de guerre mondiale commençait terriblement à
prendre forme. La bourgeoisie parlait de moins en moins de l'avenir
radieux qu’elle nous réservait et commençait à
parler de plus en plus le langage du réalisme, dont le symbole
même était le style de la "Dame de fer" en
Grande Bretagne.
Au
début de la décennie, le CCI disait que les années
d’illusion étaient terminées et que commençaient
les années de vérité. Confrontés à
l’approfondissement dramatique de la crise et à
l’accélération des préparatifs de guerre, nous
défendions le fait que la classe ouvrière allait être
obligée de mener ses luttes à un niveau plus élevé
et que la décennie suivante pourrait être décisive
en ce qui concerne la détermination de la destinée
ultime du capitalisme. Le prolétariat, contraint par la
brutale nécessité, a en effet placé plus haut
les enjeux de la lutte de classe. En Pologne, en août 1980,
nous avons vu le retour de la grève de masse classique qui
démontrait la capacité de la classe ouvrière à
s’organiser au niveau d’un pays tout entier. Bien que ce
mouvement ait été isolé et finalement écrasé
par la répression brutale, la vague de luttes qui a commencé
en Belgique en 1983 montrait que les ouvriers des pays-clefs en
Europe occidentale étaient prêts à répondre
aux nouvelles attaques contre leurs conditions de vie imposées
par la crise. Les révolutionnaires avaient de nombreuses et
importantes occasions d’intervenir dans le mouvement qui a suivi,
mais ce n’était pas une période "facile"
pour le militantisme communiste. La gravité de la situation
posait trop d'exigences à ceux qui n’étaient pas
prêts à l’engagement à long terme pour la cause
du communisme, ou s’étaient retrouvés dans le
mouvement avec toutes sortes d’illusions petite-bourgeoises
héritées des "happy days" des années
1960. En même temps, malgré l’importance des luttes
ouvrières à cette époque, ces luttes ne sont pas
parvenues à se hisser à un niveau suffisant de
politisation. Les luttes des mineurs anglais, des travailleurs
de l’école en Italie, des cheminots en France, la grève
générale au Danemark, tous ces mouvements et beaucoup
d’autres exprimaient bien la méfiance ouverte d’une classe
qui n’était pas défaite et continuait à faire
obstacle à la marche de la bourgeoisie vers la guerre mondiale
; mais ces luttes n'ont pas été en mesure de poser la
perspective d’une nouvelle société, elles n'ont pas
clairement établi la capacité du prolétariat
d'agir comme force révolutionnaire de l’avenir. Et, par
conséquent, elles n'ont pas fait surgir une nouvelle
génération de groupes prolétariens et de
militants.
Le
résultat global de ce rapport de force entre les classes
allait être ce que nous avons appelé la phase de
décomposition du capitalisme, dans laquelle aucune des deux
classes historiques n'est capable d'imposer sa propre perspective :
la guerre impérialiste mondiale ou la révolution
prolétarienne. Les "années de vérité"
allaient révéler sans pitié toute la faiblesse
du milieu révolutionnaire. Le PCI (Programma) subit une
crise dévastatrice au début des années 1980,
résultat d’une tare congénitale dans son armement
programmatique - surtout sur la question des luttes de libération
nationale qui amena à la pénétration dans ses
rangs d’éléments ouvertement nationalistes et
gauchistes. La crise du CCI en 1981 (qui a culminé avec la
scission de la tendance "Chénier") était dans
une large mesure le prix qu’il eut à payer pour sa faiblesse
de compréhension des questions organisationnelles. De plus, la
rupture de la "Fraction externe du CCI" (FECCI) montrait
que notre organisation n'avait pas encore éliminé les
restes de visions conseillistes des premières années de
sa fondation. En 1985, le BIPR se formait sur la base d’un mariage
entre Battaglia et la CWO. Le CCI caractérisait cette
union comme un "bluff opportuniste" ; l’incapacité
du BIPR, par la suite, à construire une organisation
internationale réellement centralisée, n'a fait que
révéler toute la réalité de ce "bluff".
Ces
problèmes se seraient certainement manifestés si les
conférences n’avaient pas été sabotées
au début de la décennie. Mais l’absence de
conférences signifiait qu’une fois de plus, le milieu
prolétarien aurait à les affronter en ordre dispersé.
Il est significatif que les conférences aient fait faillite à
la veille même de la grève de masse en Pologne,
soulignant l’échec du milieu international à être
capable de parler d’une seule voix, pas seulement sur la question
de la guerre mais aussi sur une expression aussi ouverte et
stimulante de l’alternative prolétarienne.
De même,
les difficultés auxquelles fait face le milieu politique
prolétarien aujourd’hui ne sont pas du tout le produit de
l’échec des conférences internationales : comme nous
venons de le voir, elles ont des racines beaucoup plus profondes et
beaucoup plus étendues. Mais il ne fait aucun doute que
l’absence d’un cadre organisé de débat politique et
de coopération a contribué à les renforcer.
Toutefois,
du fait de l’apparition d’une nouvelle génération
de groupes et d’éléments prolétariens, le
besoin d’un cadre organisé se représentera
certainement dans le futur. Une des premières initiatives du
NCI en Argentine avait été de faire une proposition
dans ce sens, mais cette initiative a été accueillie
par une fin de non recevoir de la part de la quasi totalité
des groupes du milieu prolétarien. Cependant, de telles
propositions seront de nouveau faites, même si la majorité
des groupes "établis" sont de moins en moins
capables de faire une contribution un tant soit peu positive au
développement du mouvement. Et quand ces propositions
commenceront à porter leurs fruits, elles devront certainement
se réapproprier les leçons des conférences de
1976-80.
Dans
sa lettre à Battaglia publiée dans sa brochure
"La Troisième Conférence", le CCI
dégageait les plus importantes de ces leçons :
"Importance de ces conférences pour le milieu
révolutionnaire et pour l’ensemble de la classe,
nécessité d’avoir des critères,
nécessité de se prononcer,
rejet de toute précipitation,
nécessité de la discussion la plus approfondie sur les
questions cruciales qu'affronte le prolétariat."
Si ces
leçons sont assimilées par la nouvelle génération,
alors le premier cycle de conférences n’aura pas
complètement failli à sa tâche.
Amos
Notes
brèves sur les groupes mentionnés.
Certains
groupes mentionnés dans cet article ont disparu par la suite.
Spartacusbond
Ce
groupe était un des derniers groupes qui restait de la Gauche
communiste hollandaise mais, dans les années 1970, il n'était
plus que l'ombre du communisme de conseil des années 1930 et
du Spartacus Bond de l’après-guerre qui reconnaissait le
besoin d’un parti prolétarien.
Forbundet
Arbetarmkt
Un
groupe suédois qui représentait un curieux mélange
de conseillisme et de gauchisme. Il définissait l’URSS comme
"un mode de production bureaucratique d’Etat" et
soutenait les luttes de libération nationale et le travail
dans les syndicats. Cependant, il existait des divergences
considérables en son sein et quelques membres le quittèrent
à la fin des années 1970 pour rejoindre le CCI.
Pour
une Intervention communiste
Sorti
du CCI en France en 1973, sous prétexte que le CCI
n’intervenait pas assez (pour le PIC, cela voulait dire produire
des quantités infinies de tracts). Le groupe a évolué
plutôt rapidement vers des positions semi-conseillistes et a
fini par se dissoudre.
Nucleo
Comunista Internazionalista
Ce
groupe est sorti du PCI (Programma) en Italie à la fin
des années 70 et avait au début une attitude beaucoup
plus ouverte vis-à-vis de la tradition de Bilan et du
milieu prolétarien existant, une attitude qui peut se voir
dans beaucoup de ses interventions dans la conférence. A
l’époque de la Troisième Conférence, il
s’était regroupé avec Il Leninista pour former les
Nuclei Leninisti Internazionalisti. Par la suite, il forma
l’Organizzazione Comunista Internazionalista qui finit par tomber
dans le gauchisme. La faiblesse initiale du NCI sur la question
nationale avait trouvé un terrain fertile pour prendre racine
puisque l’OCI intervint pour soutenir ouvertement la Serbie dans la
guerre en 1999 et l’Irak dans les deux guerres du Golfe.
Formento
Obrero Revolucionario
Courant
fondé par Grandizo Munis dans les années 1950. Munis
avait rompu avec le trotskisme sur la question de la défense
de l’URSS et avait évolué vers des positions de la
Gauche communiste. Les confusions du groupe sur la crise de même
que la mort de Munis qui était très charismatique ont
porté un coup fatal à ce courant qui a fini par
disparaître au milieu des années 1990.
L’Eveil
Internationaliste
Ce
groupe est apparu en France à la fin des années 70 à
la suite d’une rupture avec le maoïsme. A la Troisième
Conférence, il a fait la leçon à tous les autres
groupes sur leurs insuffisances en matière de théorie
et d’intervention et a disparu sans laisser de traces peu de temps
après.
Connue
parfois sous le nom de TIL (du nom de son journal, Travailleurs
Immigrés en Lutte), elle soutenait les conférences mais
affirmait ne pas pouvoir participer physiquement pour des raisons de
sécurité. Cela faisait en fait partie d’un problème
plus vaste : éviter la confrontation avec le milieu
révolutionnaire. Elle n’a pas survécu très
longtemps pendant les années 80.
(1)
Il est intéressant de noter que le FOR semble avoir remporté
une victoire posthume à cette conférence. Il y a après
tout une ressemblance frappante entre son idée que la société
capitaliste est décadente, mais pas l’économie
capitaliste, et la nouvelle découverte du BIPR d’une
distinction entre le mode capitaliste de production (non décadent)
et la formation sociale capitaliste (décadente). Voir en
particulier le texte de Battaglia : "Décadence et
décomposition, produits de la confusion" et notre réponse
sur notre site web en français.
(2)
Voir en particulier la "Lettre ouverte aux militants du BIPR"
sur notre site web.
(3)
L’attitude du GCI à la Conférence montrait, comme
nous l’avons signalé dans la Revue Internationale n°
22 qu’il n’avait pas sa place dans une réunion de
révolutionnaires. Bien que le CCI n’avait pas encore
développé sa compréhension du phénomène
du parasitisme politique à l’époque des conférences,
le GCI en montrait déjà tous les caractères
distinctifs : il n’était venu à la conférence
que pour la dénoncer comme une "mystification",
insistait sur le fait qu’il n’était présent qu’en
tant qu’observateur et qu’on devait lui permettre de parler sur
toutes les questions, et à un certain moment, il avait presque
provoqué un pugilat. En bref, c’est un groupe qui existe
pour saboter le mouvement prolétarien. A la conférence,
il fit beaucoup de grandes déclarations en faveur du
"défaitisme révolutionnaire" et de
"l’internationalisme en action et non pas en parole". La
valeur de ces phrases peut se mesurer à l’aune de l’apologie
des gangs nationalistes au Pérou et au Salvador qu’a faite
le GCI par la suite, et de sa vision actuelle selon laquelle il
existe un noyau prolétarien pour la "Résistance"
en Irak.
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