L'abandon par Battaglia Comunista du concept marxiste de décadence d'un mode de production (2e partie)

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

Dans la première partie de cet article (Revue Internationale n° 119) nous avons rappelé que, pour le marxisme et contrairement à la vision développée par Battaglia Comunista (1), la décadence du capitalisme n’est pas une éternelle répétition de ses contradictions à une échelle croissante mais pose bien la question de sa survie en tant que mode de production selon les propres termes utilisés par Marx et Engels. En rejetant le concept de décadence tel qu'il a été défini par les fondateurs du marxisme et repris à leur compte par les organisations du mouvement ouvrier, dont certaines l'ont approfondi, Battaglia tourne le dos à la compréhension du matérialisme historique qui nous enseigne que les conditions de dépassement des modes de production supposent qu’ils rentrent dans une phase de "sénilité" (Marx) où "leurs rapports de production devenus obsolètes constituent un obstacle au développement des forces productives" (Marx). Il n’y a nul "fatalisme" intrinsèque dans l’idée même "d’autodestruction" du capitalisme comme le prétend Battaglia car, si la décadence d’un mode de production est la condition indispensable pour "une transformation révolutionnaire de la société tout entière" (Marx, Manifeste Communiste), c’est la lutte des classes qui, en dernière instance, tranche les contradictions socio-économiques. Si cette dernière en est incapable, s’il y a un blocage du rapport de force entre les classes, la société s’enfonce alors dans une phase de décomposition, dans "la ruine des diverses classes en lutte" nous dit encore Marx au tout début du Manifeste Communiste. Nul automatisme et fatalisme donc dans la succession des modes de production qui amènerait à penser que, acculé par des contradictions de plus en plus insurmontables, le capitalisme se retirerait de lui-même de la scène de l’histoire.

Ainsi, après avoir jeté la suspicion sur le concept marxiste de décadence (fatalisme), après avoir affirmé péremptoirement qu’il n’existerait pas de définition économique cohérente de la décadence et que, sans cette dernière, ce concept serait sans valeur, après avoir rejeté la méthode marxiste pour la redéfinir, nous avons vu que Battaglia en rejetait les manifestations essentielles. Dans cette seconde partie de notre critique nous allons : (a) relever les zigzags incroyables et permanents de cette organisation dans la reconnaissance du concept de décadence ; (b) poursuivre l’examen des erreurs méthodologiques d’analyse qui font revenir ce groupe à la démarche des socialistes pré-marxistes ; (c) rappeler les bases marxistes conditionnant une révolution victorieuse ; (d) et enfin, examiner les implications de l’abandon de la notion de décadence sur le plan politique de la lutte du prolétariat.

Les zigzags de Battaglia dans la reconnaissance de la notion de décadence

Lors des discussions autour de l’adoption de sa plate-forme politique à sa première Conférence Nationale en 1945, le Comité Central du "Parti" reconstitué charge l’un de ses membres Stefanini (senior), ancien militant en vue de la Fraction italienne de la Gauche Communiste Internationale (1928-45) de présenter un rapport politique sur la question syndicale dans lequel il "réaffirme sa conception que le syndicat dans la phase de décadence du capitalisme est nécessairement lié à l’Etat bourgeois" (Compte-rendu de la première Conférence Nationale du PCInt). Ce rapport présenté au troisième jour du Congrès était contradictoire avec la plate-forme discutée et votée la veille (2). De surcroît, dans la discussion, plusieurs militants appuient cette position développée par Stefanini au nom du Comité Central alors que ce dernier, à l’issue de la discussion, appelle néanmoins le Congrès à réaffirmer la position développée dans la Plate-forme (3) et estime devoir présenter et faire voter une motion en fin de Congrès qui en appelle à "la reconstruction de la CGIL" et à "la conquête des organes dirigeants du syndicat" (idem, Motion du Comité Central sur la question syndicale).

De plus, malgré sa revendication explicite de continuité politique et organisationnelle avec la Fraction italienne de la Gauche Communiste Internationale (1928-45) (4) et malgré la présence de membres de cette Fraction à la direction du "Parti" reconstitué, la Plate-forme votée à ce Congrès de fondation n’évoque même pas ce qui constituait le ciment et la cohérence politique des positions de la Fraction, à savoir l’analyse de la décadence du capitalisme. Enfin, le "Parti" nomme un Bureau International pour coordonner ses extensions organisationnelles à l’étranger qui, quant à elles, cacophonie oblige, continuent de défendre dans leurs publications l’analyse de la décadence du capitalisme (5) ! Autant dire qu’avec une telle méthode de regroupement à sa fondation, c’était à peu près sur toutes les questions politiques adoptées qu’il y avait une véritable hétérogénéité programmatique. La lecture du compte-rendu de ce Congrès est édifiante sur la profonde confusion politique qui y régnait (6) !

Sur de telles bases politiques confuses, il n’est dès lors pas surprenant que, tel un monstre du Loch Ness, la notion de décadence réapparaisse à l’une ou l’autre occasion et notamment lors de la Conférence syndicale du PCInt en 1947 où il est affirmé, en contradiction avec la Plate-forme votée en 1945, que "Dans l’actuelle phase de décadence de la société capitaliste, le syndicat est appelé à être un instrument essentiel de la politique de conservation et par conséquent à assumer de précises fonctions d’organismes d’Etat" (7). Ce cocktail détonant à la fondation du PCInt ne résistera pas très longtemps à l’épreuve du temps ; après de nombreux départs individuels et de petits groupes, il va se scinder en deux branches en 1952, l’une autour de Bordiga (Programme Communiste), campant sur ses positions politiques des années 1920, l’autre, autour de Damen (qui conservera la publication Battaglia Comunista), se revendiquant de façon plus explicite des apports politiques de la Fraction italienne de la Gauche Communiste Internationale (1928-45) (8). C’est au moment de cette scission que Bordiga développera quelques considérations critiques à propos de la décadence (9). Cependant, malgré la réappropriation de certaines positions de la Fraction l’analyse de la décadence ne se retrouvera toujours pas dans la nouvelle plate-forme politique de Battaglia après la scission de 1952.

Plus tard, dans son effort de regroupement des forces révolutionnaires, dans le cadre de la dynamique ouverte par les Conférences Internationales des Groupes de la Gauche Communiste entre 1976 et 1980 (10) et de discussion avec notre organisation, Battaglia fera finalement sienne l’analyse sur la décadence du capitalisme. Battaglia publiera deux longues études sur la décadence dans ses numéros du premier semestre 1978 et de mars 1979 (11) ainsi que dans ses textes de contribution pour les deux premières Conférences des Groupes de la Gauche Communiste (12). Nous verrons ainsi apparaître dans les positions de base qui caractérisent Battaglia, publiées au dos de ses publications, un nouveau point programmatique marquant l’adoption principielle du cadre d’analyse de la décadence : "L’accroissement des conflits inter-impérialistes, les luttes commerciales, la spéculation, les guerres locales généralisées, signent le processus de décadence du capitalisme. La crise structurelle du système pousse le capital au-delà de ses limites "normales", vers sa solution sur le plan de la guerre impérialiste". Après la mort de Damen senior en octobre 1979, le fondateur du PCInt et l’initiateur du cycle des Conférences, ce point sur la décadence disparaîtra de ses positions de base à partir du Prometeo n°3 de décembre 1979, c’est-à-dire juste à la veille de notre exclusion par Battaglia lors de la tenue de la 3e conférence en mai 1980. Il est d’ailleurs significatif que l’analyse de la décadence du capitalisme, qui était centralement présente dans les contributions de Battaglia pour les deux premières Conférences, disparaîtra totalement dans ses contributions pour la troisième dans lesquelles nous voyons apparaître une analyse préfigurant la position actuelle... tout cela dans la discrétion la plus complète et sans explication aucune, ni par rapport à ses lecteurs, ni par rapport aux autres groupes du milieu politique prolétarien ! Pour être complet, signalons également que Battaglia propose aujourd’hui d’abandonner ce qu’il continuait encore d’affirmer dans la plate-forme de 1997 du BIPR, à savoir l’existence d’une rupture qualitative au tournant de la Première Guerre mondiale entre deux périodes historiques fondamentales et distinctes dans l’évolution du mode de production capitaliste même s’il n’utilisait plus et ne l’expliquait plus par les concepts marxistes d’ascendance et de décadence d’un mode de production (13).

Après ces multiples zigzags politiques, Battaglia a le culot de se plaindre en disant être "fatigué de discuter de rien quand nous avons à travailler pour chercher à comprendre ce qui arrive dans le monde" (14). Comment en effet ne pas être fatigué lorsque l’on change régulièrement de paire de lunettes et qu’on ne sait jamais laquelle chausser pour bien "comprendre ce monde dans lequel nous vivons" ? Aujourd’hui, tout un chacun peut constater que Battaglia a délibérément choisi des verres de presbyte pour sa myopie.

A ce stade, le lecteur aura pu constater qu’à défaut d’être expert es marxisme comme elle le prétend, Battaglia est plutôt doué pour surfer sur l’opportunité du moment et être le champion en retournement de veste... Mais ce n’est pas fini (!), le comble nous est donné par ses zigzags tout récents. En effet, pour qui lit la prose de Battaglia, il est manifeste que cette organisation voulait définitivement se débarrasser d’une notion qu’elle considère, selon ses propres termes dans une prise de position datant de février 2002 et publiée dans Internationalist Communist n° 21 (15), être un "concept aussi universel que confus (...) étranger à la méthode et à l’arsenal de la critique de l’économie politique" qui ne joue "aucun rôle sur le terrain de l’économie politique militante, de l’analyse approfondie des phénomènes et des dynamiques du capitalisme", qui est "hors du matérialisme historique" et qui, de surcroît, n’apparaîtrait "jamais dans les trois volumes qui composent le Capital" (16). Mais alors, pourquoi diable Battaglia ressent-elle deux années après (Prometeo n° 8 de décembre 2003) le besoin de lancer un grand débat dans le BIPR sur un concept "confus", qui "ne peut expliquer les mécanismes de la crise", qui serait "étranger à la critique de l’économie politique", qui n’apparaîtrait qu’incidemment chez Marx et qui serait absent de son oeuvre maîtresse ? Enième retournement de veste... Battaglia se serait-elle tout un coup souvenue que la première brochure écrite par son organisation soeur (la CWO) s’intitulait justement "Les fondements économiques de la décadence", organisation soeur qui considère, à juste titre, que la "décadence fait partie de l’analyse de Marx des modes de production" et fut au coeur de la création de la IIIe internationale : "Au moment de la création de l’IC en 1919, il semblait que l’époque de la révolution fut atteinte, ce que décréta sa conférence de fondation" (Revolutionary Perspectives n° 32)... Battaglia se rendrait-elle compte aujourd’hui qu’il lui est bien difficile d’évacuer aussi facilement un acquis aussi central du mouvement ouvrier que la notion marxiste de décadence d’un mode de production ?

Dès lors, il ne faut guère s’étonner que Battaglia, dans sa contribution d’ouverture au débat, n’ait rien à dire sur la définition et l’analyse de la décadence des modes de production développées par Marx et Engels ni sur leurs tentatives d’en définir les circonstances et le moment pour le capitalisme. De même, Battaglia feint superbement d’ignorer la position constitutive de l’IC analysant la Première Guerre mondiale comme le signal inéquivoque de l’ouverture de la période de décadence du capitalisme. Battaglia qui se réclame pourtant politiquement de la Fraction de Gauche Italienne (1928-45) se tait également dans toutes les langues sur le fait qu’elle a fait de la décadence le cadre de sa plate-forme politique. Alors, au lieu de se prononcer sur le patrimoine légué par les fondateurs du marxisme et approfondi par des générations de révolutionnaires, Battaglia préfère jeter des anathèmes (fatalisme) et répandre la confusion sur la définition de la décadence... pour finalement nous annoncer un débat au sein du BIPR ainsi qu’une "grande recherche" de son cru : "...le but de notre recherche sera de vérifier si le capitalisme a épuisé sa poussée de développement des forces productives et si cela est vrai, quand, dans quelle mesure et surtout pourquoi". En effet, lorsque l’on veut abandonner un acquis historique du marxisme, il est plus facile d’écrire sur une page blanche que de devoir se prononcer sur les acquis programmatiques du mouvement ouvrier. Telle était déjà la démarche des réformistes à la fin du 19e siècle. Pour notre part, nous attendons les résultats de cette "recherche" avec une grande impatience et nous nous ferons fort de les confronter à la théorie marxiste et à la réalité de l’évolution historique et actuelle du capitalisme... Cela dit, nous pouvons noter que les arguments qui sont d’ores et déjà utilisés nous montrent une direction qui n’augure rien de bon !

Un retour à l’idéalisme du socialisme utopique

Pour Battaglia, à l’image des socialistes utopiques, la révolution n’est le produit d’aucune nécessité historique trouvant ses racines dans l’impasse de la décadence du capitalisme comme nous l’ont enseigné Marx, Engels et Rosa Luxemburg : "L’universalité vers quoi tend sans cesse le capital rencontre des limites immanentes à sa nature, lesquelles, à un certain stade de son développement, le font apparaître comme le plus grand obstacle à cette tendance et le poussent à son auto-destruction" (Marx, op. cité) ; "La science économique... est bien plutôt de montrer que les anomalies sociales qui viennent de se faire jour sont des conséquences nécessaires du mode de production existant, mais aussi, en même temps, des signes de sa désagrégation commençante, et de découvrir à l'intérieur de la forme de mouvement économique qui se désagrège les éléments de la nouvelle organisation future de la production et de l'échange qui éliminera ces anomalies." (Engels, Anti-Dürhing, Editions Sociales 1973 [1877] : 179) ; "Pour le socialisme scientifique la nécessité historique de la révolution socialiste est surtout démontrée par l’anarchie croissante du système capitaliste qui enferme celui-ci dans une impasse" (Rosa Luxemburg, op. cité : 20). Pour le marxisme, si "l’autodestruction", la "désagrégation", "l’impasse" de la décadence du capitalisme sont une condition indispensable au dépassement de ce mode de production, elles n’impliquent aucunement sa disparition automatique car : "Ce qui pourra l’abattre, c’est uniquement le coup de marteau de la révolution, c’est-à-dire la conquête du pouvoir politique par le prolétariat" (Rosa Luxemburg, op. cité : 44). "L’autodestruction" (Marx), la "désagrégation" (Engels), "l’impasse" (Luxemburg) de la décadence du capitalisme créent les conditions de la révolution, elles en constituent le fondement de granit sans lesquels "il s’agit d’un fondement idéaliste du socialisme, excluant la nécessité historique : le socialisme ne s’appuie plus sur le développement matériel de la société (...) en ce cas, le socialisme cesse d’être une nécessité historique ; il est alors tout ce que l’on veut sauf le résultat du développement matériel de la société" (Rosa Luxemburg, op. cité : 21-22). Tout comme les siècles de décadence romaine et féodale ont été nécessaires pour qu’émergent les conditions objectives et subjectives nécessaires à l’avènement d’un nouveau mode de production, l’impasse de la décadence du capitalisme est ce qui constitue pour le prolétariat la preuve du caractère historiquement rétrograde de ce mode de production car, contrairement à ce que pense Battaglia, "Le socialisme ne découle pas automatiquement et en toutes circonstances de la lutte quotidienne de la classe ouvrière. Il naîtra de l’exaspération des contradictions internes de l’économie capitaliste et de la prise de conscience de la classe ouvrière, qui comprendra la nécessité de les abolir au moyen de la révolution sociale" (Rosa Luxemburg, op.cité : 47-48).

Le marxisme ne dit pas que la révolution est inéluctable. Il ne nie pas la volonté comme facteur de l’histoire, mais il démontre qu’elle ne suffit pas, qu’elle se réalise dans un cadre matériel produit d’une évolution, d’une dynamique historique dont elle doit tenir compte pour être efficace. L’importance donnée par le marxisme à la compréhension des "conditions réelles", des "conditions objectives" n’est pas la négation de la conscience et de la volonté, mais au contraire la seule affirmation conséquente de celles-ci. Dès lors, si le capitalisme "se reproduit, rééditant à un niveau supérieur toutes ses contradictions" (Battaglia) où se trouvent les fondements objectifs du socialisme ? Car, comme nous le rappelle Rosa Luxemburg : "Pour Marx, la rébellion des ouvriers, la lutte des classes et c’est là ce qui assure leur force victorieuse sont les reflets idéologiques de la nécessité historique objective du socialisme, qui résulte elle-même de l’impossibilité économique objective du capitalisme à un certain stade de son développement. Bien entendu, cela ne signifie pas que le processus historique doive nécessairement (ou même puisse) être mené jusqu’à son terme, jusqu’à la limite de l’impossibilité économique du capitalisme. La tendance objective du développement capitaliste suffit à provoquer, avant même qu’il ait atteint cette limite, l’exaspération des antagonismes sociaux et politiques et une situation si insoutenable que le système doit s’effondrer. Mais ces conflits sociaux ou politiques ne sont en dernier ressort que le résultat de l’impossibilité économique du capitalisme, et il s’exaspèrent dans la mesure où cette impossibilité devient sensible. Supposons au contraire avec les "experts" (comme Battaglia, ndlr) la possibilité d’une croissance illimitée de l’accumulation : le socialisme perd alors le fondement de granit de la nécessité historique objective, et nous nous enfonçons dans les brumes des systèmes et des écoles pré-marxistes qui prétendaient faire découler le socialisme de l’injustice et de la noirceur du monde actuel ainsi que de la volonté révolutionnaire des classes laborieuses (...)...à mesure que le capital avance, il exaspère les antagonismes de classe et l’anarchie économique et politique internationale à tel point qu’il provoquera contre sa domination la rébellion du prolétariat international bien avant que l’évolution économique ait abouti à sa dernière conséquence : la domination absolue et exclusive de la production capitaliste dans le monde" (L’Accumulation du capital, tome II, Critique des critiques : 165, Ed. Maspéro, 1967).

Ce n’est pas parce que l’immense majorité des hommes est exploitée que le socialisme est aujourd’hui une nécessité historique à l’ordre du jour. L’exploitation régnait déjà sous l’esclavagisme, sous le féodalisme et sous le capitalisme du 19e siècle sans que pour cela le socialisme eût alors la moindre chance d’être réalisé. Pour que le socialisme puisse devenir une réalité, il faut non seulement que les moyens pour son instauration (classe ouvrière et moyens de production) soient suffisamment développés, mais encore que le système qu’il est appelé à dépasser, le capitalisme, ait cessé d’être un système indispensable au développement des forces productives pour en devenir une entrave croissante, c’est-à-dire qu’il soit entré dans sa phase de décadence : "La plus grande conquête de la lutte de classe prolétarienne au cours de son développement a été la découverte que la réalisation du socialisme trouve un appui dans les fondements économiques de la société capitaliste. Jusque là le socialisme était un "idéal", l’objet de rêves millénaires de l’humanité ; il est devenu une nécessité historique" (Rosa Luxemburg, Réforme ou Révolution, Maspéro 1971 : 53). L’inévitable erreur des utopistes résidait dans leur vue de la marche de l’histoire. Pour les uns comme pour les autres, celle-ci pouvait dépendre du bon vouloir de certains groupes d’individus : Babeuf ou Blanqui attendaient de quelques travailleurs décidés la solution ; Saint Simon, Fourier ou Owen s’adressaient même à la bienveillance de la bourgeoisie pour la réalisation de leurs projets. L’apparition du prolétariat comme classe autonome pendant la révolution de 1848 devait montrer que c’est une classe qui devra réaliser le socialisme. Elle confirmait la thèse que Marx énonçait déjà dans le Manifeste Communiste : depuis la division de la société en classes, l’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte des classes. L’évolution des sociétés ne peut dès lors se comprendre qu’en fonction du cadre qui détermine ces luttes, c’est-à-dire dans l’évolution des rapports sociaux qui lient les hommes et les divisent en classes dans la production de leurs moyens d’existence : les rapports sociaux de production. Savoir si le socialisme est possible, c’est donc déterminer si ces rapports sociaux de production sont devenus une entrave au développement des forces productives imposant la nécessité du dépassement du capitalisme par le socialisme. Pour Battaglia, par contre, quel que soit le contexte historique global de la période historique dans laquelle évolue le capitalisme, "L’aspect contradictoire de la forme capitaliste, les crises économiques qui en dérivent, le renouvellement du processus d’accumulation qui est momentanément interrompu par les crises mais qui reçoit de nouvelles forces à travers la destruction de capitaux et des moyens de production excédentaires, ne mettent pas automatiquement en cause sa disparition. Ou bien c’est le facteur subjectif qui intervient, dont la lutte de classe est l’axe matériel et historique, et les crises la prémisse économique déterminante, ou bien le système économique se reproduit, rééditant à un niveau supérieur toutes ses contradictions, sans pour cela créer les conditions de sa propre destruction" ; dans la vision de Battaglia, la lutte de classe, conjuguée à un épisode de crise économique, suffirait à ouvrir la voie possible à une issue révolutionnaire : "En dépit des incontestables succès remportés par la bourgeoisie sur la limitation et la gestion des contradictions de son système économique, celles-ci ne sont pas éliminables et nous marxistes nous savons que ce jeu ne peut durer éternellement. L’explosion finale, toutefois, n’amènera pas nécessairement une victoire révolutionnaire. Dans l’ère impérialiste, en fait, la guerre globale peut représenter pour le capitalisme une voie momentanée de la résolution de ses contradictions. Cependant, avant que ceci n’arrive, il est possible que la domination politique et idéologique de la bourgeoisie sur la classe puisse se relâcher ; en d’autres termes, il est possible que le prolétariat retourne d’une façon imprévue et en masse sur le terrain de la lutte de classe et les révolutionnaires doivent être prêts à ce rendez-vous. Quand la classe ouvrière reprendra l’initiative et commencera à utiliser la force contre les attaques du capital, les organisations politiques révolutionnaires devront se trouver, du point de vue politique et de l’organisation, en une telle position qu’elles pourront guider et organiser la lutte contre les forces de la gauche bourgeoise" (Plate-forme du BIPR, 1997). Pour Battaglia, nul besoin de déterminer si les rapports sociaux de production sont devenus historiquement obsolètes, nul besoin de l’avènement d’une période de décadence... car le système "reçoit de nouvelles forces à travers la destruction de capitaux et des moyens de production excédentaires" et, après chaque crise, "le système économique se reproduit, rééditant à un niveau supérieur toutes les contradictions".

Les conditions requises pour la révolution

Que Marx ait pu dire que "toute cette merde d’économie politique finit quand même dans la lutte de classe" alors qu’il a passé l’essentiel de sa vie à procéder à la critique de l’économie politique montre que si c’était bien la lutte de classe qui constituait pour lui le facteur décisif, le moteur de l’histoire, il accordait néanmoins beaucoup d’attention à son soubassement objectif, au contexte économique, social et politique dans laquelle elle se déroule. Le répéter après lui, comme le fait Battaglia, c’est enfoncer des portes ouvertes car personne, de Marx lui-même au CCI, n’a prétendu qu’un seul de ces deux facteurs (crise économique ou combats de classe) suffisait pour renverser le capitalisme. Par contre, ce que Battaglia ne comprend pas c’est que, ensemble, ces deux facteurs sont insuffisants ! En effet, des périodes de crises économiques conjuguées à des conflits de classes ont existé depuis les premiers temps du capitalisme sans pour autant ouvrir la possibilité objective de renverser le mode de production capitaliste. Ce que nous apporte Marx avec le matérialisme historique c’est que trois conditions au moins sont indispensables : un épisode de crise, des conflits de classe mais également l’avènement de la décadence du mode de production (en l’occurrence ici le capitalisme). C’est ce que les fondateurs du marxisme ont bien compris lorsqu’après avoir pensé à plusieurs reprises que le capitalisme avait fait son temps, ils étaient revenus à chaque fois sur leur diagnostic (pour un bref historique de l’analyse de Marx-Engels concernant les conditions et le moment de l’avènement de la décadence du capitalisme nous renvoyons le lecteur au n°118 de la Revue Internationale). Engels conclura cette quête dans son introduction de 1895 à l’ouvrage de Marx sur Les luttes de classes en France lorsqu’il nous dit que : "L’histoire nous a donné tort, à nous comme à tous ceux qui pensaient de façon analogue. Elle a montré clairement que l’état du développement économique sur le continent était alors bien loin encore d’être mûr pour l’élimination de la production capitaliste ; elle l’a prouvé par la révolution économique qui, depuis 1848, a gagné tout le continent (...) cela prouve une fois pour toutes combien il était impossible en 1848 de faire la conquête de la transformation sociale par un simple coup de main." (Ed. La Pléiade-Oeuvres politique, tome I : 1129).

Mais ce n’est pas tout, car ce que Battaglia n’a jamais compris, c’est qu’une quatrième condition est requise pour que s’ouvre une période favorable à l’éclatement de mouvements insurrectionnels victorieux : l’ouverture d’un cours historique aux affrontements de classe. En effet, dans les années 1930, les trois conditions minimales étaient bien présentes (crise économique, conflits sociaux et période de décadence) mais placées au sein d’un cours historique allant vers la guerre impérialiste. Tel fut l’un des apports politiques majeurs de la Fraction italienne de la Gauche Communiste Internationale (1928-1945). En cohérence avec l’analyse de l’Internationale communiste qui définissait la période ouverte par la première guerre mondiale comme "l’ère des guerres et des révolutions", c’est elle qui a développé cette analyse du cours historique aux affrontements de classe ou à la guerre. La Gauche Communiste de France (1942-1952) et ensuite le CCI l’ont reprise et développée mais n’en sont pas les géniteurs comme le prétend mensongèrement Battaglia : "La conception schématique des périodes historiques, qui historiquement appartient au courant original de la Gauche Communiste française qui fut ensuite à l’origine du CCI, caractérise les périodes historiques comme révolutionnaires ou contre-révolutionnaires sur la base de considérations abstraites sur la condition de la classe ouvrière" (Internationalist Communist n°21). Cette falsification dans le certificat de naissance permet à Battaglia, outre de malhonnêtement jeter le discrédit sur nos ancêtres politiques, de se revendiquer de la Fraction italienne de la Gauche Communiste Internationale (1928-45) sans trop devoir se prononcer sur cet apport théorique essentiel de leurs ancêtres.

La nécessité d’un cadre historique pour l’élaboration des positions de classe

"La capitalisme, oui ou non, a-t-il fait son temps ? Est-il en mesure de développer dans le monde les forces productives et de faire progresser l’humanité ? Cette question est fondamentale. Elle a une importance décisive pour le prolétariat." (Trotsky, Europe et Amériques, 1924, Ed. Anthropos). Effectivement, cette question est fondamentale, décisive pour le prolétariat comme le dit Trotsky car, déterminer si un mode de production est encore en phase ascendante ou est en décadence, c’est rien de moins que de savoir s’il est encore progressiste pour le développement de l’humanité ou s’il a historiquement fait son temps. Savoir si le capitalisme a encore quelque chose à offrir au monde ou s’il est devenu obsolète implique des conséquences radicalement différentes quant aux positions et à la stratégie du prolétariat. Trotsky en était bien conscient lorsqu’il poursuivait sa réflexion concernant l’analyse de la révolution russe : "S’il s’avérait que le capitalisme est encore capable de remplir une mission de progrès, de rendre les peuples plus riches, leur travail plus productif, cela signifierait que nous, parti communiste de l’URSS, nous nous sommes hâtés de chanter son De Profundis ; en d’autres termes, que nous avons pris trop tôt le pouvoir pour essayer de réaliser le socialisme. Car, comme l’expliquait Marx, aucun régime social ne disparaît avant d’avoir épuisé toutes ses possibilités latentes" (ibid). Que ceux qui abandonnent la théorie de la décadence méditent ces paroles de Trotsky car sinon ils finiront par devoir conclure que les Mencheviks avaient raison, que c’était bien la révolution bourgeoise qui était à l’ordre du jour en Russie et non la révolution prolétarienne, que la fondation de l’Internationale communiste n’était basée que sur une illusion, que les méthodes de lutte qui avaient cours au 19e siècle sont toujours d’actualité, etc. Trotsky, en marxiste conséquent, répond sans hésiter dans la suite de cette citation : "Mais la guerre de 1914 n’a pas été un phénomène fortuit. Cela a été le soulèvement aveugle des forces de production contre les formes capitalistes, y compris celle de l’Etat national. Les forces de production créées par le capitalisme ne pouvaient plus tenir dans le cadre des formes sociales du capitalisme" (ibid). Ce diagnostic sur la fin du rôle historiquement progressiste du capitalisme et la signification de la Première Guerre mondiale comme marquant le passage entre sa phase ascendante et décadente, c’est ce que tous les révolutionnaires de l’époque partageaient, y compris Lénine : "De libérateur des nations que fut le capitalisme dans la lutte contre le régime féodal, le capitalisme impérialiste est devenu le plus grand oppresseur des nations. Ancien facteur de progrès, le capitalisme est devenu réactionnaire; il a développé les forces productives au point que l'humanité n'a plus qu'à passer au socialisme, ou bien à subir durant des années, et même des dizaines d'années, la lutte armée des "grandes" puissances pour le maintien artificiel du capitalisme à l'aide de colonies, de monopoles, de privilèges et d'oppressions nationales de toute nature." (Les principes du socialisme et la guerre de 1914-1918 – "La guerre actuelle est une guerre impérialiste").

En effet, si le capitalisme "se reproduit, rééditant à un niveau supérieur toutes ses contradictions" (Battaglia), non seulement on tourne le dos aux fondements matérialistes, marxistes de la possibilité de la révolution comme nous l’avons vu ci-dessus mais on ne peut comprendre pourquoi des centaines de millions d’hommes décideraient un jour de risquer leur vie dans une guerre civile pour remplacer ce système par un autre car, comme le dit Engels : "Tant qu’un mode de production se trouve sur la branche ascendante de son évolution, il est acclamé même de ceux qui sont désavantagés par le mode de répartition correspondant. Ainsi des ouvriers anglais lors de l'apparition de la grande industrie. Aussi longtemps même que ce mode de production reste normal pour la société, dans l'ensemble on est satisfait de la répartition et les protestations qui s'élèvent à ce moment dans le sein de la classe dominante elle-même (Saint-Simon, Fourier, Owen) ne trouvent au début absolument aucun écho dans la masse exploitée." (Anti-Dühring, partie II, "Objet et méthode"). Alors que, lorsque le capitalisme rentre dans sa phase de décadence, nous avons là les bases matérielles et (potentiellement) subjectives pour que le prolétariat trouve les conditions et les raisons de passer à l’insurrection. Ainsi, Engels dans la suite de la citation dira : C'est seulement lorsque le mode de production en question a parcouru une bonne partie de sa branche descendante, qu'il s'est à demi survécu à lui-même, que les conditions de son existence ont en grande partie disparu et que son successeur frappe déjà à la porte, (...) La tâche de la science économique (...) est bien plutôt de montrer que les anomalies sociales qui viennent de se faire jour sont des conséquences nécessaires du mode de production existant, mais aussi, en même temps, des signes de sa désagrégation commençante, et de découvrir à l'intérieur de la forme de mouvement économique qui se désagrège les éléments de la nouvelle organisation future de la production et de l'échange qui éliminera ces anomalies." (Engels, l’Anti-Dühring, Editions Sociales : 179). Voilà ce que Battaglia, en abandonnant le concept de décadence, commence à oublier de faire : sa "science économique" ne sert plus à montrer "les anomalies sociales"’, les "signes de la désagrégation commençante" du capitalisme comme nous exhortaient à le faire les fondateurs du marxisme mais sert à nous refourguer la prose gauchiste et altermondialiste sur les capacités de survie du capitalisme au travers de la financiarisation du système, de la recomposition du prolétariat, de la tarte à la crème des "transformations fondamentales du capitalisme" suite à la soi-disant "troisième révolution industrielle" basée sur le "microprocesseur" et les nouvelles technologies, etc. : "La longue résistance du capital occidental à la crise du cycle d’accumulation (ou à l’actualisation de la tendance à la chute tendancielle du taux de profit) a évité jusqu’à maintenant l’effondrement vertical qui a frappé au contraire le capitalisme d’Etat de l’empire soviétique. Une telle résistance a été rendue possible par quatre facteurs fondamentaux : (1) la sophistication des contrôles financiers au niveau international ; (2) une restructuration en profondeur de l’appareil productif qui a comporté une augmentation vertigineuse de la productivité (...) ; (3) la démolition conséquente de la composition de classe précédente, avec la disparition de tâches et de rôles désormais dépassés et l’apparition de nouvelles tâches, de nouveaux rôles et de nouvelles figures prolétariennes (...) ; (4) La restructuration de l’appareil productif est arrivée en même temps que ce que nous pouvons définir comme la troisième révolution industrielle vécue par le capitalisme. (...) La troisième révolution industrielle est marquée par le microprocesseur..." (Prometeo n° 8, "Projet de thèses du BIPR sur la classe ouvrière dans la période actuelle et ses perspectives").

De plus, lorsque Battaglia défendait le concept de décadence, elle affirmait très clairement que les "deux guerres mondiales et la crise sont la preuve historique de ce que signifie sur le plan de la lutte de la classe la permanence ultérieure d’un système économique décadent comme le système capitaliste" (17). Après avoir abandonné ce concept, elle pense maintenant que "la solution guerrière apparaît comme le principal moyen pour résoudre les problèmes de valorisation du capital" et que les guerres ont une fonction de "régulation des rapports entre les sections du capital international" ou, comme il est dit dans la plate-forme du BIPR de 1997 : "la guerre globale peut représenter pour le capitalisme une voie momentanée de la résolution de ses contradictions".

Alors qu’à son 4e Congrès, dans ses Thèses sur le syndicat aujourd’hui et l’action communiste (18), Battaglia était encore capable de mettre en exergue la citation suivante de sa Conférence syndicale en 1947 : "Dans l’actuelle phase de décadence de la société capitaliste, le syndicat est appelé à être un instrument essentiel de la politique de conservation et par conséquent à assumer de précises fonctions d’organisme d’État",aujourd'hui, son analyse est différente. Le syndicat continuerait à jouer un rôle de défense des intérêts immédiats de la classe ouvrière lorsque la courbe pluri-décennale du taux de profit est à la hausse : "Tout ce que les luttes syndicales elles-mêmes ont conquis sur le terrain du réformisme, c’est-à-dire sur le terrain de la médiation syndicale et institutionnelle, dans le domaine de la santé, de la prévoyance et de l’assistance, de l’école, dans la phase ascendante du cycle (années 50 et en partie 70)..." et un rôle contre-révolutionnaire lorsque cette courbe est orientée vers le bas. "Le syndicat, depuis toujours instrument de médiation entre capital et travail en ce qui concerne le prix et les conditions de vente de la force de travail, a modifié non pas la substance, mais le sens de la médiation : ce ne sont plus les intérêts ouvriers qui sont représentés et défendu dans le capital, mais les intérêts du capital qui sont défendus et masqués dans la classe ouvrière. Cela parce que, spécialement dans la période de la crise du cycle d’accumulation, la pourtant simple défense des intérêts immédiats des ouvriers contre les attaques du capital met directement en question la stabilité et la survie du rapport capitaliste" (citations extraites de Prometeo n° 8, "Projet de thèses du BIPR sur la classe ouvrière dans la période actuelle et ses perspectives"). Les syndicats auraient donc une double fonction selon l’orientation de la courbe du taux de profit... Ah ! Matérialisme vulgaire, quand tu nous tiens !

Même la nature des partis staliniens et de la social-démocratie est reconsidérée ! Ils sont maintenant présentés comme des partis ayant défendu les intérêts immédiats des ouvriers (!!) puisque ayant "joué le rôle de médiateurs des intérêts immédiats du prolétariat au sein des démocraties occidentales, de façon cohérente avec le rôle classique de la social-démocratie", alors qu’après la chute du mur de Berlin" la faillite du 'socialisme réel' les a conduits au maintien de leur rôle de partis nationaux mais aussi à l’abandon de la classe en tant qu’objet de la médiation démocratique. (...) Il reste le fait que la classe ouvrière se trouve aujourd’hui privée aussi des instruments de la médiation politique au sein des institutions bourgeoises et donc complètement abandonnée aux attaques toujours plus violentes du capital" (Prometeo n° 8, "Projet de thèses du BIPR sur la classe ouvrière dans la période actuelle et ses perspectives"). On croît rêver, ne voilà-t-il pas que Battaglia se met à pleurer sur la disparition d’un supposé rôle de défenseurs des intérêts immédiats des ouvriers au sein des institutions bourgeoises qu’auraient représenté les staliniens et la social-démocratie !

De même, au lieu de comprendre la naissance du système de Sécurité sociale à la fin de la Seconde Guerre mondiale comme une politique de capitalisme d’Etat particulièrement pernicieuse consistant à transformer la solidarité au sein de la classe ouvrière en dépendance économique envers l’Etat, Battaglia voit ce système comme une conquête ouvrière, une véritable réforme sociale : "Courant des années 50 les économies capitalistes se remirent en route (...) Cela s’est traduit indéniablement par une amélioration des conditions de vie des travailleurs (Sécurité sociale, conventions collectives, relèvement des salaires...). Ces concessions faites, par la bourgeoisie, sous la pression de la classe ouvrière..." (BIPR, in Bilan et perspectives n°4 : 5 à 7). Plus grave, Battaglia considère même que les "conventions collectives’, ces accords permettant aux syndicats de faire la police dans les usines, sont à ranger dans les "acquis sociaux arrachés de haute lutte".

Nous n’avons pas la place ici de détailler toutes les régressions politiques de Battaglia consécutives à l’abandon définitif du cadre conceptuel de la décadence du capitalisme pour l’élaboration des positions de classe, régressions sur lesquelles nous reviendrons dans d’autres articles. Nous voulions juste l’illustrer par quelques exemples pour que le lecteur comprenne bien qu’entre cet abandon et la défense ouverte de positions typiquement gauchistes, le chemin est très court, terriblement court ! Après cela, lorsque Battaglia nous serine à longueur de pages qu’il est nécessaire de comprendre les nouvelles évolutions du monde et que nous en serions incapable (19), elle ne voit pas qu’en abandonnant le cadre d’analyse de la décadence du capitalisme, c’est la même démarche que celle du réformisme à la fin du 19ème siècle qu’elle emprunte : c’était aussi au nom de la "compréhension des nouvelles réalités à la fin du 19ème siècle" que les Bernstein et Cie justifiaient leur révision du marxisme. En abandonnant définitivement la théorie de la décadence, Battaglia croit avoir fait un grand pas en avant dans la compréhension "des nouvelles réalités de ce monde". En fait elle est en train de retourner au 19e siècle. Si "comprendre les nouvelles réalités du monde" signifie troquer les lunettes marxistes de la décadence pour celles du gauchisme... non merci ! On mesure ici combien l’absence récurrente de la notion de décadence dans ses plate-formes successives (à l’exception de son intégration principielle dans ses positions de base au temps des Conférences Internationales des Groupes de la Gauche Communiste) est la matrice de tous les errements opportunistes de Battaglia depuis ses origines.

Conclusion

Derrière des prétentions toutes théoriques, les critiques de Battaglia Comunista au concept de décadence ne sont finalement que des redites de celles déjà énoncées par Bordiga il y a une cinquantaine d’années. En ce sens, Battaglia en revient à sa matrice bordiguiste des origines. En effet, la critique du prétendu "fatalisme" intrinsèque à la théorie de la décadence, Bordiga l’avait déjà énoncée lors de la réunion de Rome en 1951 : "L’affirmation courante que le capitalisme est dans sa branche descendante et ne peut remonter contient deux erreurs : l’une fataliste, l’autre gradualiste". Quant à l’autre critique de Battaglia envers la théorie de la décadence selon laquelle le capitalisme "reçoit de nouvelles forces à travers la destruction de capitaux et des moyens de production excédentaires" et qu’ainsi "le système économique se reproduit, rééditant à un niveau supérieur toutes ses contradictions", Bordiga l’avait déjà énoncée dans cette même réunion de Rome, il y a plus de 50 ans : "La vision marxiste peut se représenter en autant de branches de courbes toutes ascendantes jusqu’à leur sommet..." et dans son Dialogue avec les morts : "... le capitalisme croît sans arrêt au-delà de toute limite...". Cependant, nous avons vu que telle n’est pas la vision du marxisme, ni de Marx : "L’universalité vers quoi tend sans cesse le capital rencontre des limites immanentes à sa nature, lesquelles, à un certain stade de son développement, le font apparaître comme le plus grand obstacle à cette tendance et le poussent à son auto-destruction" (Principes d’une critique de l’économie politique Ebauche 1857-1858 – (20), La Pléiade-Economie, tome II : 260-261), ni pour Engels : "Le mode de production capitaliste (...) par son évolution propre, tend vers le point où il se rend lui même impossible." (Anti-Dühring, partie II, "Objet et méthode") (21).

Ce qu’affirme le marxisme, ce n’est pas que le triomphe de la révolution communiste est inévitable suite aux contradictions mortelles qui l’amène au "point où il se rend lui-même impossible" (Engels) et le "pousse à son auto-destruction" (Marx), mais que, si le prolétariat n’est pas à la hauteur de sa mission historique, l’avenir n’est pas à un capitalisme qui "se reproduit, rééditant à un niveau supérieur toutes ses contradictions" et qui "croît sans arrêt au-delà de toute limite" comme le prétendent Battaglia et Bordiga. Au contraire, l’avenir du capitalisme est à la barbarie, la vraie : celle qui ne cesse de se développer depuis 1914, des boucheries de Verdun aux génocides rwandais ou cambodgien en passant par l’Holocauste, le Goulag et Hiroshima. Comprendre ce que signifie l’alternative Socialisme ou Barbarie, c’est cela comprendre la décadence du capitalisme.

Quand la flagornerie tient lieu de ligne politique

Dans l’article ci-dessus ainsi que dans sa première partie (Revue Internationale n°119) nous avons examiné en détail en quoi Battaglia Comunista, sous le couvert d’en "redéfinir le concept", abandonnait la notion marxiste de décadence qui est au coeur de l’analyse du matérialisme historique dans l’évolution des modes de production dans l’histoire. Nous y avons également montré la méthode typiquement parasitaire utilisée par la FICCI consistant à user de flagornerie pour s’accorder les faveurs du BIPR. Ne voilà-t-il pas que la FICCI en remet une épaisse couche dans son bulletin n° 26 ("Commentaires à propos d’un article du BIPR : Effondrement automatique ou révolution prolétarienne"). Ainsi, l’article de Battaglia y est salué chaleureusement "Nous voulons saluer et souligner l’importance de la publication de cet article..." et n’est pas vu pour ce qu’il est : une grave dérive opportuniste consistant à s’écarter du matérialisme historique dans la compréhension des conditions politiques, sociales et économiques de la succession des modes de production. La FICCI ose même affirmer, avec le malhonnête aplomb qui la caractérise, que Battaglia dans son article "... reconnaît explicitement l’existence d’une phase ascendante et d’une autre, décadente, dans le capitalisme". Pour notre part, ne prenant pas nos lecteurs pour des imbéciles décervelés comme le fait la FICCI, nous leur laissons le soin de juger de la validité de cette affirmation au regard de nos deux articles critiques (22).

Evidemment, méthode du parasitisme oblige, le petit couplet laudatif en direction de Battaglia se devait d’être accompagné par le coup de pied de l’âne envers le CCI : nous sommes maintenant accusés de développer une "nouvelle théorie sur l’effondrement automatique du capitalisme" (Bulletin Communiste n° 26, "Commentaires...") relayant ainsi la critique de fatalisme de Battaglia envers le concept marxiste de décadence et, par ricochet, son rejet du concept marxiste de décomposition : "Nous ne pouvons terminer ce rapide survol des théories de "l’effondrement" sans évoquer la théorie sur la décomposition sociale que défend l’actuel CCI (...) nous voulons juste attirer l’attention sur comment cette théorie (...) est devenue chaque fois plus une théorie aux caractéristiques analogues à celles des théories de l’effondrement du passé (...) Et il est certain, comme le signale le BIPR, que tant la théorie de "l’effondrement" que celle de la "décomposition" finissent "par avoir des répercussions négatives sur le plan politique, générant l’hypothèse que pour voir la mort du capitalisme, il suffit de s’asseoir sur la berge"" (Bulletin Communiste n° 26, idem). Et la FICCI de réitérer "ad nauseam" que le CCI "se refuse à répondre à la question fondamentale que nous posons : l’introduction "officielle" par le 15ème congrès du CCI d’une troisième voie se substituant à l’alternative historique "guerre ou révolution" est-elle oui ou non une révision du marxisme ?" (Bulletin Communiste n° 26, "La vérité se lit parfois dans les détails’). Précisons qu’à son 15e congrès, sur le fond, le CCI n’a fait que réaffirmer ce que le marxisme a toujours défendu depuis le Manifeste Communiste à savoir que "une transformation révolutionnaire de la société toute entière" (Marx) n’avait rien d’inéluctable car, disait-il, si les classes en lutte ne trouvaient pas les forces nécessaires pour trancher les contradictions socio-économiques, la société s’enfoncerait alors dans une phase où c’est la "ruine des diverses classes en lutte" (Marx). Marx ne défendait pas là une fantasmagorique "troisième voie" ; il était tout simplement conséquent avec le matérialisme historique qui réfute la vision fataliste selon laquelle les contradictions sociales se résoudraient "automatiquement" par la victoire d’une des deux classes fondamentales en lutte. En effet, pour la FICCI, nous refuserions de reconnaître que "l’impasse historique ne pouvait qu’être momentanée" (Bulletin Communiste n° 26, "Commentaire..."). Effectivement, avec Marx nous refusons de n’envisager unilatéralement qu’une "impasse historique momentanée" et avec lui, nous pensons qu’un blocage du rapport de forces entre les classes peut aussi perdurer et aboutir à "la ruine des diverses classes en lutte". Dès lors, pour paraphraser la FICCI, nous lui retournons sa question : l’introduction par la FICCI de l’idée que "l’impasse historique ne peut être que momentanée" est-elle oui ou non une révision du marxisme ?

En réalité, dans sa dynamique parasitaire et destructrice du milieu politique prolétarien, la FICCI ne cherche pas à "débattre" comme elle le prétend, mais elle utilise n’importe quoi pour attester son délire d’une prétendue "dégénérescence du CCI" et, chemin faisant, elle ne fait que dévoiler son ignorance des bases élémentaires du matérialisme historique. Comme dans la fable, elle ne s’aperçoit guère qu’elle enfourche ce dont elle accuse les autres à tort et à travers : l’automatisme et le fatalisme dans la résolution des contradictions historiques entre les classes.

Dans notre article de la Revue Internationale n° 118, nous avons montré, en nous appuyant sur de nombreuses citations issues de toute leur oeuvre, y compris Le Manifeste et Le Capital, que le concept de décadence d’un mode de production trouvait sa véritable origine chez Marx et Engels. Dans sa croisade contre notre organisation, la FICCI n’hésite pas à abonder dans l’argumentaire des groupuscules académistes et parasites consistant à prétendre que le concept de décadence trouve ses origines ailleurs que dans les travaux des fondateurs du marxisme. En effet, pour la FICCI (Bulletin Communiste n° 24, avril 2004), la théorie de la décadence naîtrait à la fin du 19e siècle "nous avons présenté l'origine de la notion de décadence autour des débats sur l'impérialisme et l'alternative historique de guerre ou révolution qui ont eu lieu à la fin du 19e siècle face aux profondes transformations vécues alors par le capitalisme" venant apporter une pierre à la même idée défendue par Battaglia (Internationalist Communist n° 21) selon laquelle le concept de décadence est "aussi universel que confus, (...) étranger à la méthode et à l’arsenal de la critique de l’économie politique" qui ne joue "aucun rôle sur le terrain de l’économie politique militante, de l’analyse approfondie des phénomènes et des dynamiques du capitalisme", qui est "hors du matérialisme historique" et qui, de surcroît, n’apparaîtrait "jamais dans les trois volumes qui composent le Capital" ou encore que Marx n’évoquerait la notion de décadence qu’à un seul endroit dans toute son oeuvre : "Marx s’est limité à donner du capitalisme une définition progressiste seulement pour la phase historique dans laquelle il a éliminé le monde économique de la féodalité engendrant une vigoureuse période de développement des forces productives qui étaient inhibées par la forme économique précédente, mais il ne s’est pas plus avancé dans une définition de la décadence si ce n’est ponctuellement dans la fameuse Introduction à la critique de l’économie politique". Entre la flagornerie et la prostitution, le pas est vite franchi. La FICCI, qui a le culot de se présenter comme un grand défenseur de la théorie de la décadence, l’a franchi.

C. Mcl.

(1) En particulier dans les deux articles suivants : Prometeo n°8, série VI (décembre 2003) "Pour une définition du concept de décadence" écrit par Damen junior (il est disponible en français sur le site Web du BIPR http://www.ibrp.org/ en anglais dans Revolutionary Perspectives n°32, série 3, été 2004) et dans Internationalist Communist n°21, "Eléments de réflexion sur les crises du CCI" écrit par Stefanini junior également disponible sur les pages françaises du site Web du BIPR.

(2) "Le travail au sein des organisations économiques syndicales des travailleurs, en vue de leur développement et de leur renforcement, est une des premières tâches politiques du Parti. (…) Le Parti aspire à la reconstruction d’une Confédération syndicale unitaire… (…) les communistes proclament de la façon la plus ouverte que la fonction du syndicat ne se complète et ne s’épanouit que lorsqu’à sa direction se trouve le parti politique de classe du prolétariat" (Point 12 de la Plate-forme politique du Parti Communiste Internationaliste, 1946).

(3) "La Conférence, après une ample discussion du problème syndical, soumet à l’approbation générale le point 12 de la Plate-forme politique du Parti et donne mandat au Comité Central d’élaborer un programme syndical conforme à cette orientation" (Compte-rendu de la première Conférence Nationale du PCInt).

(4) "En conclusion, si ce n’est pas l’émigration politique, laquelle a porté exclusivement tout le poids du travail de la Fraction de gauche qui a eu l’initiative de la constitution du Parti Communiste Internationaliste en 1943, c’est pourtant sur les bases qu’elle a défendues de 1927 à la guerre que cette fondation s’est effectuée" (Introduction à la plate-forme politique du PCInt, publication de la Gauche Communiste Internationale, 1946, p. 12).

(5) Lire, par exemple, l’intéressante étude sur "L’accumulation décadente" dans L’Internationaliste (1946), le bulletin mensuel de la Fraction belge de la Gauche Communiste Internationale ou sa première brochure intitulée Entre deux mondes publiée en décembre 1946 : "La lutte est entre deux mondes : le monde capitaliste décadent et le monde prolétarien en puissance (...) Depuis la crise de 1913, le capitalisme est entré dans sa phase de décadence".

(6) Pourquoi une telle hétérogénéité et cacophonie politique ? En réalité, la fondation du Parti Communiste Internationaliste s’est réalisée lors de sa première Convention à Turin en 1943 puis lors de sa première Conférence Nationale en 1945 avec l’adoption de sa Plate-forme politique. C’est un regroupement hétéroclite de camarades et noyaux aux horizons et positions divers allant des groupes du Nord de l’Italie influencés par les positions de la Fraction (1928-45) à des militants issus de la dissolution prématurée en 1945 de cette dernière, aux groupes du Sud de l’Italie avec Bordiga qui pensaient encore possible le redressement des Partis Communistes et restaient confus sur la nature de l’URSS, en passant par des éléments de la minorité exclue de la Fraction en 1936 pour sa participation dans les milices républicaines pendant la guerre d’Espagne et la tendance Vercesi qui a participé au Comité Antifasciste de Bruxelles. Sur une base organisationnelle et politique aussi hétérogène, c’est le plus petit dénominateur commun qui a été choisi... Il ne fallait donc guère s’attendre à une clarté programmatique à toute épreuve, en particulier sur la question de la décadence.

(7) Disponible en français sur le site Web du BIPR : Thèses sur le syndicat aujourd’hui et l’action des communistes. De telles contradictions avec le point 12 de sa plate-forme de 1945 sur la politique syndicale se retrouvent également dans le rapport présenté par la Commission Exécutive du "Parti" sur L’évolution du syndicat et les tâches de la Fraction Syndicale Communiste Internationaliste (publié dans Battaglia Comunista n° 6, année 1948 et disponible en français dans Bilan & Perspectives n° 5, novembre 2003).

(8) Pour plus de détails sur l’histoire de la fondation du Parti Communiste Internationaliste et de sa scission entre le Parti Communiste International (Programme Communiste) et le Parti Communiste Internationaliste (Battaglia Comunista), lire notre brochure sur l’histoire de la Gauche Communiste d’Italie ainsi que nos Revues Internationales n° 8 (Les ambiguïtés sur les "Partisans" dans la constitution du PCInt en Italie 1943) ; n° 14 (Une caricature de parti, le parti bordiguiste) ; n° 32 (Problèmes actuels du milieu révolutionnaire) ; n° 33 (Contre la conception du chef génial) ; n° 34 (Réponse à Battaglia et Contre la conception de la discipline du PCInt) ; n° 36 (Sur le 2ème congrès du PCInt) ; n° 90 (A l’origine du CCI et du BIPR) ; n° 91 (La formation du PCInt) ; n° 95 (Parmi les ombres du bordiguisme et de ses épigones) ; n° 103 (La vision marxiste et la vision opportuniste dans la politique de la construction du parti 1) ; n°105 (idem 2).

(9) La doctrine du diable au corps (1951), republié dans Le Prolétaire n° 464 (journal du PCI en français), Le renversement de la praxis dans la théorie marxiste republié dans Programme Communiste n° 56 (revue théorique du PCI en français) ainsi que le compte-rendu de la réunion de Rome en 1951 publié dans Invariance n°4.

(10) Trois Conférences se sont tenues, la première en avril-mai 1977, la deuxième en novembre 1978 et la troisième en mai 1980. A la fin de cette dernière, Battaglia a avancé un critère supplémentaire de participation afin, selon ses propres dires, d’éliminer notre organisation. Seules deux organisations (Battaglia et la CWO) sur les cinq participantes (BC, CWO, CCI, NCI, l’Eveil + le GCI comme groupe observateur) accepteront ce critère supplémentaire qui n’a donc pas été formellement adopté par la majorité de la Conférence. Au-delà de cette question formelle, cette esquive face à la confrontation signifiait la fin du cycle de clarification politique. La quatrième conférence, à la seule initiative de BC et de la CWO, ne rassemblera qu’eux-mêmes et une obscure organisation d’étudiants maoïstes iraniens (le SUCM) qui disparaîtra d’ailleurs peu après. Le lecteur peut se référer aux compte-rendus de ces Conférences ainsi qu’à nos commentaires dans nos Revue Internationale n° 10 (première conférence), n° 16 et n° 17 (deuxième conférence), n° 22 (troisième conférence) ainsi que les n° 40 et n° 41 pour des commentaires sur la 4ème conférence.

(11) "Maintenant que la crise du capitalisme a atteint une dimension et une profondeur qui confirment son caractère structurel, se pose à nouveau la nécessité d’une compréhension correcte de la phase historique que nous vivons en tant que phase de décadence du système capitaliste..." (Notes sur la décadence - 1, Prometeo n° 1, série IV, 1er semestre 1978, page 1) ; "L’affirmation de la domination du capital monopolistique signe le début de la décadence de la société bourgeoise. Le capitalisme, une fois arrivé à sa phase de monopole, n’a plus aucune fonction progressive ; ceci ne signifie pas qu’il empêche tout développement ultérieur des forces productives mais que la condition du développement des forces productives à l’intérieur des rapports de production bourgeois est donné à travers une continuelle dégradation de la vie de la majorité de l’humanité vers la barbarie" (Notes sur la décadence - 2, Prometeo n° 2, série IV, mars 1979, page 24).

(12) Citons les textes de présentation de Battaglia lors de la première et de la deuxième Conférence : "Crise et décadence" : "Quand ceci a commencé à se manifester, le système capitaliste a cessé d’être un système progressif, c’est-à-dire nécessaire au développement des forces productives, pour entrer dans une phase de décadence caractérisée par des essais de résoudre ses propres contradictions insolubles, se donnant de nouvelles formes organisatives d’un point de vie productif (...) En effet, l’intervention progressive de l’Etat dans l’économie doit être considérée comme le signe de l’impossibilité de résoudre les contradictions qui s’accumulent à l’intérieur des rapports de production et est donc le signe de sa décadence" (première conférence) ; "Monopole et décadence" : "C’est précisément en cette phase historique que le capitalisme entre dans sa phase de décadence (...) Deux guerres mondiales et cette crise sont la preuve historique de ce que signifie sur le plan de la lutte de classe la permanence ultérieure d’un système économique décadent comme le système capitaliste" (deuxième conférence).

(13) "La Première Guerre mondiale, résultat de la compétition entre les Etats impérialistes, marqua un tournant décisif dans les développements capitalistes. (...) On était donc entré dans une nouvelle ère historique, celle de l’impérialisme dans laquelle chaque Etat fait partie d’un système économique global et ne peut échapper aux lois économiques qui le régissent dans son ensemble. (...) L’époque historique où les luttes de libération nationale pouvaient représenter un élément de progrès au sein du monde capitaliste est finie depuis de nombreuses décennies (avec la Première Guerre impérialiste en 1914). (...) Avec la fondation de la Troisième Internationale, l’ère de la révolution prolétarienne mondiale fut proclamée et ceci marqua la victoire des principes marxistes ; à partir de ce moment, l’activité des communistes devait en fait se diriger exclusivement vers le renversement de la société bourgeoise pour créer les conditions de la construction d’une nouvelle société".

(14) Dans "Réponse aux accusations stupides d’une organisation en voie de désintégration", disponible sur le site Web du BIPR.

(15) Disponible en français à l’adresse : http://www.internazionalisti.it/BIPR/francia/crises_du_cci.htm

(16) Nous avons vu dans le numéro 118 de cette revue que Battaglia a très mal lu le Capital où la notion de décadence y apparaît clairement à plusieurs reprises. Mais peut-être faut-il tout simplement faire le navrant constat que Battaglia s’essaie à quelques lamentables effets de manches cherchant abusivement à se couvrir de l’autorité de nos "Maîtres" auprès de jeunes éléments en recherche des positions de classe. Dans ce premier article de notre série nous avons commenté plus d’une vingtaine de citations réparties dans toute l’oeuvre de Marx et Engels, de l’Idéologie allemande au Capital en passant par le Manifeste, l’Anti-Duhring, etc. et republié un large extrait d’une étude spécifique de Engels intitulé "La décadence de la féodalité et l’essor de la bourgeoisie".

(17) Texte de présentation de Battaglia à la deuxième conférence des Groupes de la Gauche Communiste.

(18) Disponible en français à l’adresse http://www.internazionalisti.it/BIPR/francia/syndicat_aujourd.htm

(19) "[Le CCI]...une organisation dont les bases méthodologiques et politiques situées hors du matérialisme historique et impuissante à expliquer la succession des événements du 'monde moderne’..." (Internationalist Communist n° 21).

(20) Mieux connu sous l’appellation de Grundrisse.

(21) Au sein de cette série d’articles en défense du matérialisme historique dans l’analyse de l’évolution des modes de production, nous avons étayé nos analyses en nous appuyant sur les textes fondamentaux du marxisme dont nous avons extrait de nombreuses citations. Nous réitérons ici notre invitation à tous les pourfendeurs de la théorie de la décadence à mettre en évidence, comme nous l’avons abondamment fait, de passages des oeuvres des pères fondateurs qui attesteraient leurs visions toutes particulières du matérialisme historique.

(22) En réalité, la FICCI sait pertinemment que Battaglia, sous le couvert d’en redéfinir la notion, est en train d’abandonner le concept marxiste de décadence. Son soutien et sa flagornerie envers le BIPR n’est là que pour rechercher une légitimité politique auprès des groupes de la Gauche Communiste qui ne défendent pas ou plus la théorie de la décadence en vue de masquer ses pratiques de voyous, de voleurs et de mouchards.