Face à la terreur et à l’austérité, l’avenir appartient à la lutte de classe !

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Le grand écran de fumée provoqué par la surmédiatisation des jeux Olympiques cet été a momentanément occulté la réalité des attaques sur les conditions de vie, la répression et le développement du chaos guerrier. En Syrie  (1), au Mali et sur nombre de points chauds, les civils continuent d’être les otages et victimes de guerres impérialistes sanglantes. Partout, la terreur capitaliste impose son ordre dans le sang et la misère. A peu près au moment où Valls lançait brutalement ses flics pour chasser les Roms, la police de l’ANC en Afrique du Sud tirait à bout portant en rafales dans le ventre des ouvriers des mines de platine  (2). Partout, le capital en faillite généralise et banalise l’horreur, continue d’étaler sa barbarie au grand jour !

Aucun pays n’est épargné par la crise économique qui alimente en même temps l’explosion du chômage  (3). En Europe, le taux dépasse déjà le seuil des 10 % et frappe particulièrement les jeunes qui ne peuvent désormais plus s’insérer dans un appareil productif sursaturé. En Espagne et en Grèce, c’est plus de 50 % des jeunes qui se retrouvent sans travail (4)  ! Désormais, une grande partie de la population est dans un état de paupérisation absolue, sans logement, uniquement préoccupée par les moyens d’assurer sa propre survie et vivant dans la terreur des pressions policières. En Espagne, par exemple, dans 1 700 000 foyers, personne ne travaille ni ne perçoit plus la moindre indemnité ! Dans certaines régions les plus sinistrées, comme l’Andalousie, 35 % des familles des grandes villes vivent en dessous du seuil de pauvreté (5).

Les expulsions se multiplient et, face aux contestations, la répression policière s’amplifie.

Ce n’est pas un hasard non plus si l’Allemagne autorise désormais l’intervention de l’armée sur son sol, s’empressant aussitôt d’avertir que “ce n’est pas dirigé contre les manifestations” ! Sans commentaire…

La réalité de la récession

Dans ce contexte de crise économique aiguë, la France en récession doit faire face elle aussi à des vagues de licenciements et de multiples plans sociaux. L’annonce en juillet de la suppression de 8000 postes chez PSA à Aulnay-sous-Bois et dans différents établissements n’est qu’un avant-goût de ce qui se prépare. Le secteur automobile est touché de plein fouet. Avec une baisse d’environ 10 % des ventes en Europe, il devient clair qu’il y a surcapacité et que l’avenir se présente très sombre partout. On annonce aussi 5000 suppressions de postes pour les télécommunications chez Alcatel Lucent, idem à Air France, le géant de la pharmacie Sanofi met sur la sellette 2000 salariés, la grande distribution, dont Carrefour, entrevoit de supprimer des milliers de postes... sans compter tous les sous-traitants touchés et les nombreuses PME qui disparaissent chaque jour en France. L’idée du “redressement productif” est une mascarade. Elle cache en réalité la simple volonté de la bourgeoisie française de résister à son recul sur un marché mondial saturé, face à une concurrence exacerbée. C’est d’ailleurs le sens de sa volonté sous-jacente de sacrifier en grande partie l’automobile pour se recentrer sur d’autres secteurs industriels vitaux. Comme le faisait Sarkozy en son temps, lorsqu’il promettait de “sauver des emplois” dans la sidérurgie, le nouveau gouvernement prétend qu’“une solution sera proposée pour chaque salarié” ! Ce mensonge, comme les précédents, permet de gagner du temps pour tenter de faire avaler la pilule.

Partout, que les gouvernements soient de droite ou de gauche, nous voyons le capital opérer des choix drastiques et obéir à une même logique d’attaques massives : fermetures d’usines, d’hôpitaux, salaires gelés (quand ils ne sont pas tout simplement supprimés...), fonctionnaires non remplacés, pensions diminuées, âge du départ à la retraite repoussé, pression fiscale accrue et hausse du coût de la vie.

Que valent, dans un tel contexte, les discours sur la “justice sociale” du gouvernement Hollande ? Rien, si ce n’est une nouvelle imposture ! Il faut ajouter que le chauvinisme, savamment entretenu par la bourgeoisie nationale et ses médias, derrière le soutien à ses athlètes aux JO enveloppés dans le drapeau tricolore, a constitué un véritable enfumage pour masquer l’austérité et tenter de préserver la paix sociale. De l’union nationale autour des jeux sportifs au “patriotisme économique” proclamé par les ministres Ayrault et Montebourg, les discours officiels incitent à un même “sacrifice” soi-disant juste et pour tous, au “dépassement de soi”, pour soutenir la compétitivité de “l’économie nationale”.

Les premières mesures symboliques du gouvernement, comme la baisse de 30 % des salaires des ministres (qui restent plus que très confortables), la retraite à 60 ans pour quelques dizaines de milliers de salariés, le barouf autour de la taxation des 75 % devant compenser la baisse de l’ISF pour les plus riches, le “coup de pouce” au SMIC (22 euros par mois !), etc., ne sont que des cosmétiques, de la poudre aux yeux destinés à “légitimer” les attaques en cours et à justifier d’avance celles bien pires en préparation contre tous les prolétaires. Cela, au nom de “l’effort juste” !

Vers des attaques massives

Car, derrière les beaux discours hypocrites du gouvernement, cherchant à faire diversion face à l’explosion du chômage, ces attaques sont déjà une réalité. L’été, comme toujours, a été un moment privilégié pour augmenter les prix sur le dos des classes exploitées : ceux des biens de première nécessité, du gaz, de l’électricité et des carburants (même si des effets d’annonce du gouvernement prétendent y remédier) sont déjà facturées. Comme nous l’avons vu, c’est surtout au niveau de l’emploi que la situation s’est très fortement dégradée. En juin 2012, on comptait 41 600 demandeurs d’emploi en plus. Les 295 100 radiations représentent 65 % des “sorties” de Pôle Emploi et on enregistre une multiplication des stages-parking, en hausse de 24 % en un an ! Le chômage de longue durée s’est lui aussi accru de plus de 21 % durant la même période ! Et ces chiffres ne prennent pas en compte les 1 312 400 foyers réduits au RSA, ni le million de sans-droits, etc. En réalité, c’est plus de 8,5 millions de demandeurs d’emploi, au bas mot, qu’il faudrait compter aujourd’hui  (6).

Et la situation ne peut que s’aggraver ! Les budgets de la majorité des ministères, jugés “non prioritaires”, sont en effet partout revus à la baisse par le gouvernement Ayrault. Le principe du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux de l’ère Sarkozy est non seulement maintenu, mais renforcé, puisqu’il passe à deux fonctionnaires sur trois ! Ce ne sont pas les quelques milliers de postes d’enseignants recréés qui permettront de compenser les pertes ni de redresser la situation de précarité croissante. De grosses coupes claires sont déjà programmées en coulisse dans les collectivités territoriales. De nombreux postes de fonctionnaires dans les mairies, les petites communes, les départements et les régions, sont appelés à disparaître.

Par ailleurs, le gouvernement, qui se vante d’avoir supprimé la “TVA sociale” au nom de la “justice”, se prépare à une mesure aussi injuste que douloureuse : la hausse de la CSG, impôt sur l’impôt, inventée par la gauche elle-même et l’ancien ministre Michel Rocard. Il s’agira là d’une mesure transitoire en attendant une “réforme de la fiscalité” qui ne fera que plomber encore davantage le portefeuille des ménages. Mais les attaques ne s’arrêtent pas là. La question des retraites sera remise sur la table au printemps 2013. Et ce ne sera certainement pas pour une amélioration ! De même, la question du coût de la force de travail et de la flexibilité sera traitée dans l’esprit de ce qui est déjà en œuvre un peu partout ailleurs, comme en Allemagne, avec la profusion de petits boulots à 400 euros par mois. Aux États-Unis, par exemple, les salaires dans le secteur automobile ont déjà été divisés par deux pour des conditions de travail aggravées. Nous avons là un avant-goût de ce qui nous attend ! Et pour mettre en œuvre ces attaques, le gouvernement socialiste pourra compter sur toutes les forces politiques “critiques” de la bourgeoisie : de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, en passant par toutes les forces syndicales.

Un partage du travail contre les ouvriers

Alors que le gouvernement prépare ces nouvelles attaques, l’opposition lui facilite le travail en multipliant les critiques par une surenchère démagogique. Mais dans le dispositif politique anti-ouvrier, ce sont surtout les syndicats et l’extrême-gauche, de Lutte ouvrière à Mélanchon, qui s’avèrent les plus utiles pour mystifier et encadrer la classe ouvrière en cherchant à la museler, comme on a pu le vérifier au moment de l’annonce des suppressions de postes à PSA. Le gouvernement était parfaitement au courant des intentions de la direction Peugeot. Les propos du ministre demandant une “expertise” n’étaient que pure hypocrisie, polarisant les responsabilités exclusivement sur la famille Peugeot et sa “mauvaise stratégie” : Hollande déclarait le 14 juillet que le plan social était “inacceptable en l’état” et qu’il devait être “renégocié”. Les syndicats, comme chiens de garde de l’ordre établi, ont alors emboîté le pas exprimant leur volonté d’obtenir “des preuves des difficultés avancées par le constructeur”. Le syndicat SUD, qui appelait à une “grève illimitée” à Aulnay, éteignait sa mèche en demandant en même temps l’appui du gouvernement pour “mettre en place un plan d’ensemble de la filière automobile assurant l’avenir et maintenant tous les emplois du secteur”. Un véritable écho au discours de Montebourg, pour qui “la nation doit se rassembler autour de la défense de PSA”, souci également partagé et appuyé par le Front de gauche patriotard de Mélanchon.

La délégation de la CFDT se vantait du “soutien du ministre” alors que la CGT, plus radicale face aux méfiants, entérinait l’isolement : “on ne peut compter que sur nous-mêmes” (7)  ! Mais dans cette partition, tous les syndicats, dont le SIA (syndicat maison), étaient hostiles à la grève et jouaient au maximum la division. Le SIA, par exemple, opposait les ouvriers en distinguant les “traîtres”, les “jaunes”, les “islamistes”. Les syndicats ont tout fait pour éviter la grève au moment où le gouvernement n’avait aucun intérêt au déclenchement de conflits sociaux.

Le pompon revient aux militants de Lutte ouvrière qui, comme éléments radicaux de la CGT, proclamaient qu’“une grève illimitée serait une erreur tactique” et qu’il valait mieux attendre le mois de septembre après les vacances ! S’il est vrai que l’annonce de la fermeture durant les vacances a été un choix délibéré de la direction pour profiter de la démobilisation estivale, la pratique de LO a été dans le sens de la renforcer en essayant de tuer dans l’œuf toute volonté des plus combatifs en appelant à défendre “l’unité syndicale”, enfermant ceux qui voulaient réellement se battre dans un vague projet de “comité de lutte” qui visait à les isoler davantage  (8).

Il n’y a pas d’illusions à avoir, le gouvernement est parfaitement préparé face à la colère ouvrière et bénéficie d’une complicité sans faille de toutes les composantes radicales de la gauche, syndicales et d’extrême-gauche !

Si cette préparation de la bourgeoisie et les attaques au niveau mondial rendent plus difficile le combat de la classe ouvrière, il existe néanmoins des signes qui montrent que le prolétariat, comme classe internationale, n’est pas prêt à se résigner  (9). Si le chemin vers de futures luttes massives est encore long et difficile, il se poursuit, en exprimant de plus en plus clairement le besoin de solidarité ou en faisant surgir des regroupements de minorités plus conscientes. Cette maturation en profondeur constitue un pas nécessaire pour préparer les luttes massives de demain.

WH, 25 août

1) Voir notre article sur la guerre en Syrie (p. 4)

2) Voir nos articles sur le massacre de Marikana (p. 1) et la traque des Roms (p. 5).

3) HP a ainsi prévu de supprimer 27 000 postes, Nokia 10 000, Sony 10 000 également, RWE, deuxième groupe de services aux collectivités en Allemagne, prévoit de supprimer 5000 emplois supplémentaires en Europe, le groupe japonais d’électronique Sharp va en supprimer 5000 autres dans le monde..., la liste est très longue.

4) Voir le tract diffusé par la section du CCI en Espagne (p. 3).

6) http ://www.agoravox.fr

8) Le Prolétaire no 503.

9) Voir nos articles sur la lutte des classes dans le monde (pages 2 et 3).

 

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