Au Sommet de l'Euro de juin 2012, derrière les illusions, un nouveau pas dans la catastrophe

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Nous publions ci-dessous de larges extraits de l’éditorial de notre Revue internationale numéro 150 (3e trimestre 2012) à paraître prochainement.

Le 29 juin 2012 au matin, comme par enchantement, une douce euphorie gagnait rapidement les politiciens et dirigeants de la zone Euro. (…) Le dernier sommet européen venait de prendre apparemment des décisions historiques (…) Pour un peu on se serait cru dans le monde d’Alice aux pays des merveilles. Mais, en y regardant de plus près et une fois les brumes matinales dissipées, apparaissent alors les vraies questions : quelle est la réalité du contenu de ce sommet ? Quelle va être sa portée ? Va-t-il réellement apporter une solution durable à la crise de la zone Euro et donc pour l’économie mondiale ?

(…) Les derniers chiffres annoncés en matière de dette pour la zone Euro s’élèvent (…) à environ 8000 milliards dont une grande partie représente des actifs dits “toxiques” (c’est-à-dire des reconnaissances de dette qui ne seront jamais honorées). Il n’est pas bien difficile de comprendre que l’Allemagne est incapable d’assurer un tel niveau d’endettement. Elle n’est pas en mesure non plus, dans la durée, de cautionner, avec suffisamment de crédibilité, par sa seule signature ce mur de la dette auprès des marchés financiers. La preuve effective de cette réalité existe. Elle s’exprime dans un paradoxe dont seule une économie en plein désarroi à le secret. L’Allemagne place sa dette à court et moyen terme à des taux négatifs. En clair, les acheteurs de cette dette acceptent de ne percevoir que des intérêts ridicules tout en perdant du capital avec l’évolution de l’inflation. La dette souveraine allemande semble être un refuge de montagne capable d’affronter toutes les tempêtes mais, en même temps, les prix des assurances contractées par les acheteurs pour assurer cette dette en leur possession grimpe au niveau de la Grèce ! Finalement, ce refuge se révèle bien vulnérable ! Les marchés savent pertinemment que si l’Allemagne continue de financer la dette de la zone Euro, elle deviendra alors elle-même insolvable (…) Alors reste la tentation de l’arme ultime. Celle qui consisterait à dire à la Banque centrale européenne de faire comme en Angleterre, au Japon ou aux États-Unis : “Imprimons des billets et encore des billets sans regarder la valeur de ce que l’on prend en échange. (…) Si la BCE pouvait opérer comme la banque centrale d’Angleterre ou des États-Unis par exemple, l’insolvabilité du système bancaire et des États de la zone Euro serait-elle résolue ? Que se passe-t-il au même moment au niveau de l’économie mondiale ?

Des banques centrales plus fragilisées que jamais

Alors que de lourds nuages s’accumulent au dessus de l’économie américaine, pourquoi les États-Unis n’ont-ils pas encore sorti de leur manche un troisième plan de relance, une nouvelle phase de monétisation de leur dette ? Il faut se rappeler que le Directeur de la Banque centrale américaine, Ben Bernanke a été surnommé “Monsieur Hélicoptère”. Il y a déjà eu aux États-Unis en quatre ans deux plans de création monétaire massive, les fameux quantitative easing. Ce monsieur semblait pouvoir survoler sans relâche les États-Unis et balancer de l’argent, inondant tout sur son passage. Un raz-de-marée ininterrompu de liquidités, et que chacun s’enivre à satiété ! Eh bien non, désolé, cela ne marche pas comme cela. Depuis quelques mois, une nouvelle création monétaire massive est indispensable aux États-Unis. Mais elle ne vient pas, elle se fait attendre. Parce qu’un quantitative easing no 3 est à la fois indispensable, vital et impossible, comme l’est en Europe une mutualisation et une monétisation globale de la dette de la zone Euro. Le capitalisme est engagé dans une rue qui finit en cul-de-sac ! Même la première puissance économique au monde ne peut pas fabriquer ex nihilo de l’argent à l’infini. Toute dette a besoin d’être financée à un moment donné. La Banque centrale américaine a comme toute banque centrale deux sources de financement qui sont de fait liées et interdépendantes à un moment ou à un autre. La première consiste à capter l’épargne qui existe au-dedans ou en-dehors du pays, soit à un coût d’emprunt tolérable, soit par une augmentation de la fiscalité. La seconde consiste à fabriquer de l’argent en contrepartie de reconnaissances de dettes. Notamment en achetant ce que l’on appelle des obligations représentant la dette publique ou d’État. La valeur de ces obligations est en dernière instance déterminée par l’évaluation qu’en font les marchés financiers. Une voiture d’occasion est à vendre. Son prix est affiché sur le pare-brise par le vendeur. Les acheteurs potentiels vérifient l’état du véhicule. Des offres de prix d’achat sont proposées et le vendeur choisira sans aucun doute la moins mauvaise pour lui. Si l’état de la voiture est trop dégradé, alors le prix devient dérisoire et celle-ci reste pourrir dans la rue. Ce petit exemple exprime le danger d’une nouvelle création monétaire aux États-Unis et ailleurs. Depuis quatre ans, des milliards de dollars ont été injectés dans l’économie américaine sans que la moindre relance durable ne soit au rendez-vous. Pire : la dépression économique a poursuivi de manière souterraine son bonhomme de chemin. Nous voici rendus au cœur du problème. L’évaluation de la valeur réelle de la dette souveraine est connectée de fait à la solidité de l’économie. Comme la valeur de notre voiture est liée à son état réel. Imaginons maintenant ce que vaudrait l’argent créé par une banque centrale et prêté à un travailleur précaire qui plonge progressivement dans la misère ? Notre travailleur précaire en devenir, c’est l’économie américaine ou japonaise, ou bien encore celle de la zone Euro. Voilà le dilemme que pose une nouvelle création monétaire massive sans une contrepartie effective en termes d’épargne ou de richesses nouvelles en garanties.

En route vers une récession généralisée

Une telle affirmation peut toujours paraître un peu exagérée ou aventureuse et pourtant ! Voici ce qui est écrit dans le bulletin Global Europe Anticipation de janvier 2012 : “Pour générer un dollar de croissance en plus, les Etats-Unis doivent désormais emprunter autour de 8 dollars. Ou bien l’inverse, si on préfère, chaque dollar emprunté ne génère que 0,12 dollar de croissance. Cela illustre l’absurdité du moyen-long terme des politiques menées par la FED et le Trésor américain ces dernières années. C’est comme une guerre où il faut tuer de plus en plus de soldats pour gagner de moins en moins de terrain.” La proportion n’est sans doute pas exactement la même dans tous les pays du monde. Mais la tendance générale suit le même chemin. C’est pour cela, notamment, que les 100 milliards d’euros prévus par le sommet du 29 juin en vue de financer la croissance ne seront pas autre chose qu’un cautère sur une jambe de bois. La richesse produite par le capitalisme est détruite de manière toujours plus importante. Les profits réalisés sont dérisoires au regard de l’évolution du mur de la dette. (…) Face à cette débandade générale des pays les plus développés, certains, afin de minimiser la gravité de la situation du capitalisme, tentent d’opposer l’exemple de la Chine et des pays “émergents”. Il y a quelques mois encore la Chine nous était vendue comme étant la prochaine locomotive de l’économie mondiale, aidée dans ce rôle par l’Inde et le Brésil. Qu’en est-il en réalité ? Ces “moteurs” connaissent à leur tour de très sérieuses ratées. La Chine a annoncé officiellement, le vendredi 13 juillet, un taux de croissance de 7,6  %, ce qui en fait le taux le plus bas pour ce pays depuis le début de la phase actuelle de la crise. Le temps des taux à deux chiffres est bien révolu. Et pourtant, même à 7  %, ces chiffres n’intéressent plus les spécialistes. Tous savent qu’ils sont faux. Ces gens avisés préfèrent se tourner vers d’autres chiffres qu’ils jugent plus fiables. Voici ce qui était dit le même jour sur une radio économique spécialisée (BFM) : “En regardant l’évolution de la consommation électrique, on peut déduire que la croissance chinoise se situe en réalité autour de 2 à 3  %. Soit moins de la moitié des chiffres officiels.” En ce début d’été, tous les chiffres de la croissance de l’activité sont en berne. Ils diminuent partout. Le moteur tourne au ralenti, proche de zéro. L’avion s’apprête à plonger et l’économie mondiale avec lui.

Le capitalisme entre dans la zone des grandes tempêtes

Face à la récession mondiale et à l’état financier des banques et des États, la guerre va faire rage entre différents secteurs de la bourgeoisie. La relance de l’activité par une politique keynésienne classique (qui suppose un endettement de l’État) ne peut plus être, comme on l’a vu, réellement efficace. Dans ce contexte de récession, l’argent collecté par les États ne peut que diminuer et, malgré l’austérité généralisée, leur dette souveraine ne pourra que continuer à exploser comme en Grèce ou maintenant en Espagne. La question qui va déchirer la bourgeoisie va être : “Faut-il prendre le risque insensé de relever une nouvelle fois le plafond de la dette ?” De manière croissante, l’argent ne veut plus aller à la production, à l’investissement ou à la consommation. Ce n’est plus rentable. Mais les intérêts et les remboursements des dettes à échéances sont là. Il est nécessaire pour le capital de fabriquer de la monnaie nouvelle et factice, au moins pour retarder la cessation de paiement généralisée. Bernanke, le patron de la Banque centrale américaine et son homologue Mario Draghi dans la zone Euro, comme tous leurs confrères sur cette planète sont pris en otage par l’état de l’économie capitaliste. Soit ils ne font rien et alors la dépression et les faillites vont prendre à court terme l’allure d’un cataclysme. Soit ils injectent à nouveau massivement de l’argent et alors commencera à sonner le glas de la valeur de la monnaie. Une chose est certaine, même si elle perçoit maintenant ce danger, la bourgeoisie, divisée irrémédiablement sur ces sujets, ne réagira que dans des situations d’urgence absolue au dernier moment et dans des proportions toujours plus insuffisantes. L’accélération de la crise du capitalisme malgré tout ce que nous avons connu depuis l’année 2008 n’en est qu’à ses débuts.

Tino, 31 août