L’avenir de l’humanité ne passe pas par les urnes !

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Depuis des semaines, les joutes verbales des politiciens patentés occupent le devant de la scène médiatique. Les journaux reprennent en chœur les derniers propos provocateurs de tel homme politique fustigeant tel autre. Et puis les sondages, les sondages et encore les sondages. Bref, l’appareil électoral est en branle dans sa marche grotesque vers la grande mascarade démocratique.

Comme de coutume, toute l’attention est portée sur les propos de tel ou tel personnage politique, sur son style vestimentaire, sur sa stratégie de campagne électorale, sur les restaurants qu’il fréquente, etc. C’est la façon que la bourgeoisie a de toucher… oh pardon… de traiter le fond. Toute cette gesticulation n’a pour but que de masquer l’absence totale de propositions réelles pour améliorer la situation. La bourgeoisie, qu’elle soit de gauche comme de droite, n’a en réalité aucune alternative à proposer à l’enfoncement de cette société vers la misère et la barbarie. Gauche et droite mènent partout la même politique, attaquent partout violemment les conditions de vie. Il suffit de demander aux travailleurs vivant en Grèce, en Espagne et au Portugal ce qu’ils pensent des “socialistes”. Et à ceux qui croient que le PS français est différent, qu’ils se remémorent ce qu’ont été sous Mitterrand les années 1980 et 1990 et sa politique anti-ouvrière.

“Le moins pire” ?

Le seul argument de poids de Hollande auprès des travailleurs, des chômeurs, des précaires, des retraités…, ce n’est pas sa politique (qui sera faite d’une sévère cure d’austérité comme chacun sait), mais la nature horripilante de son concurrent nommé Sarkozy. Ce président sortant, complètement imbu de sa personne, n’hésitant pas à user de ce langage particulièrement grossier qui lui est propre, a cette incroyable capacité à concentrer dans un si petit corps autant d’aspects insupportables. Le “style Sarko” est si stérile et prétentieux qu’il représente même une menace pour la crédibilité de la bourgeoisie française dans son ensemble aux yeux de la communauté internationale. Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses critiques viennent remplir les pages de la presse et des médias, y compris de droite.

Mais ce “nabot”, comme certains se plaisent à le nommer, est-il pire que les autres membres de sa classe ? Plus insupportable, certainement. Mais son remplaçant, si remplaçant il y a, ne mènera-t-il pas exactement la même politique anti-ouvrière ?

Les principales réformes menées depuis ces 40 dernières années sont le fruit du travail commun de la gauche et de la droite. En 1991, le fameux “livre blanc” sur les retraites de Rocard1 a constitué les prémices d’une attaque majeure contre le système des retraites. C’est sur cette base qu’a été menée la réforme de Woerth en 2010. L’actuelle loi sur la législation du travail et son fameux article 40 qui impose sans l’accord des travailleurs des conditions de travail nécessaires au patronat est une extension de la loi Aubry sur les 35 heures qui permet à l’Etat et aux patrons de rendre corvéables à merci tous les ouvriers. Ce sont les mêmes paroles de Felipe Gonzales du Parti socialiste ouvrier espagnol qui, en 2003, justifiait une réforme visant à précariser plus le travail sous prétexte que le travail n’est pas la propriété du travailleur (2).

Autrement dit, l’anti-sakozysme mis en avant pour pousser dans les isoloirs est un piège car il entretient une illusion, celle que les autres représentants politiques peuvent mener une politique différente, plus humaine et, ce faisant, elle détourne de la seule riposte possible contre les attaques : la lutte !

Voter ou lutter ?

Cette réalité que droite et gauche sont comme la peste et le choléra est comprise par une partie toujours croissante de la population. Pourtant, nombreux sont ceux pour qui il est impensable de ne pas voter. Ne pas se rendre dans l’isoloir à chaque grande messe électorale est même une chose honteuse pour la société, ceux qui avouent cette “faute” à un repas de famille ou à leurs collègues sont aussitôt montrés du doigt. Et la même phrase sentencieuse revient alors presque toujours : “Mais tu te rends compte que des gens sont morts pour qu’on ait le droit de vote ?” Qui est mort ? Quand ? Pourquoi ? Où ? Lors de quelle lutte ? Personne ne le sait mais tout le monde est persuadé que le droit de vote a été arraché au prix du sang. Quelle est la réalité ?

Au xixe siècle, la lutte ouvrière contre l’exploi­tation et l’oppression de la bourgeoi­sie passait nécessairement par une lutte pour des ré­­formes, par d’âpres batailles revendica­tives pour conquérir et arracher des amélio­rations pos­sibles, réelles et durables des condi­tions de travail et d’existence sur le terrain économique et politique. A cette époque, le parlement pouvait être utilisé comme une tribune grâce à laquelle la classe ou­vrière pouvait faire entendre sa voix, s’affirmer comme une force sociale dans un capitalisme en­core florissant. De ce fait, tout en combattant les illusions sur la possibilité de parvenir au so­cialisme par des voies démocratiques, paci­fiques, réformistes, les révolu­tion­naires étaient néanmoins partie prenante du combat pour l’obtention du suffrage universel. Ils appelaient les ou­vriers dans certaines circonstances à participer aux élections et au parlement bourgeois pour favoriser l’obtention de telles réformes en jouant sur les oppositions entre frac­tions progressistes et réactionnaires de la classe dominante qui s’y affrontaient. A cette époque donc, effectivement, il y a avait des manifestations pour le suffrage universel qui étaient réprimées, souvent violemment.

Mais au xxe siècle, l’attitude de la bourgeoisie change. En France et en Belgique par exemple, les femmes accèdent au suffrage universel après la Seconde Guerre mondiale sans qu’il y ait même besoin de descendre dans la rue pour le réclamer. Dans certains pays, les travailleurs sont obligés par la loi d’aller voter, sous peine d’amende. En France, très régulièrement, cette “obligation citoyenne” est avancée par tel ou tel politique, telle que Ségolène Royal en 2007. Et lors de chaque campagne électorale, l’Etat, celui-là même qui tirait dans la foule manifestant pour le droit de vote au xixe siècle, ce même Etat paye aujourd’hui des spots publicitaires pour nous pousser tous, jeunes et vieux, chômeurs ou retraités, à aller poser notre petit bulletin dans l’urne. Pourquoi ? Pourquoi, de gauche comme de droite, tiennent-ils tous tant à nous faire voter ? La raison est simple, c’est eux qui y gagnent, à tous les coups, et non plus nous.

Depuis des décennies, le capitalisme s’enfonce dans la crise, plus aucune réforme progressiste n’est possible. Nos conditions de vie ne cessent de se dégrader. Les fractions bourgeoises n’ont plus rien à nous proposer, nous n’avons plus rien à leur réclamer. Nous n’avons qu’une seule chose à faire, faire face ensemble, collectivement, nous les exploités, aux attaques du capital et, par ce combat, découvrir que nous pouvons construire un autre monde. C’est de ce cheminement de pensée que la bourgeoisie tente en permanence de nous détourner en essayant de nous faire croire qu’il n’y a pas besoin de faire la révolution, qu’un autre capitalisme, plus humain, est possible, “il suffit de bien voter”.

Comme le proclamait un slogan des Indignés : “Nous ne sommes ni de droite ni de gauche, nous sommes ceux d’en bas contre ceux d’en haut !” Ce combat, il faudra le développer, non pas derrière les représentants patentés de la “démocratie” bourgeoise mais en prenant nos luttes en main, internationalement.

Maxime (23 février)

 

1) Il fut Premier ministre socialiste de François Mitterrand et est un ardent défenseur depuis toujours de la” nécessaire réforme des retraites” (entre autres) : “Michel Rocard note que la réforme menée par Eric Woerth est “non négligeable et courageuse” estimant que “le gouvernement a eu raison de la faire” mais regrettant “que le gouvernement n’ait pas suivi la voie de la négociation”. Il insiste sur le fait que de nombreux problèmes n’ont pas été tranchés, comme ceux des régimes spéciaux” (Sur le site du journal le Monde, page du 24 juin 2010).

2) Le PSOE a même poussé jusqu’à présenter cette réforme comme un concept marxiste contre la propriété privée !