La bourgeoisie est divisée face à la crise mais unie face au prolétariat !

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L’économie mondiale connaît une débâcle que la classe dominante parvient de plus en plus difficilement à masquer. Les différents sommets internationaux à répétition censés chaque fois “sauver le monde”, des G20 aux multiples rencontres franco-allemandes, ne font en effet que révéler toujours un peu plus l’impuissance de la bourgeoise à ranimer son système. Le capitalisme est dans une impasse. Et cette absence totale de solution et de perspective est en train de raviver les tensions entre les nations ainsi qu’entre les cliques bourgeoises à l’intérieur de chaque pays, et de rendre de plus en plus instables les gouvernements. Des crises politiques sérieuses ont ainsi déjà éclaté :

• Au Portugal, le 23 mars dernier, le Premier ministre portugais, José Socrates, démissionnait devant le refus de l’opposition de voter un quatrième plan d’austérité afin d’éviter un nouvel appel à l’aide financière de l’Union européenne et du Fonds monétaire ;

• En Espagne, au mois d’avril, le Premier ministre José Luis Zapatero a dû annoncer par avance qu’il ne se représenterait pas en 2012, pour faire adopter son plan d’austérité ; mais ce plan d’austérité et les attaques très rudes contre les retraites, a été payé par la lourde défaite du PSOE aux législatives du 20 novembre, entraînant l’accession au pouvoir d’un nouveau gouvernement de droite conduit par Mariano Rajoy ;

• En Slovaquie, la Première ministre Iveta Radicova a été contrainte de saborder son gouvernement début octobre pour obtenir le feu vert du parlement à l’adoption d’un plan de secours pour la Grèce ;

• En Grèce, après l’annonce-surprise le 1er novembre, juste au lendemain du Sommet européen du 26 octobre, d’un projet de référendum qui a suscité un affolement et un gigantesque tollé des autres puissances européennes, Georges Papandréou a dû rapidement y renoncer sous la pression internationale et s’étant vu contesté, désavoué et mis en minorité dans son propre parti, le PASOK. Il s’est alors résigné à démissionner le 9 novembre et à passer la main à l’équipe Papademos ;

• En Italie, c’est le lâchage par ses pairs européens mais aussi par tous les acteurs du marché mondial, parce qu’il était jugé incapable de faire passer les mesures drastiques qui s’imposaient, qui ont poussé le très contesté président du conseil Silvio Berlusconi à se démettre de ses fonctions le 13 novembre alors que ni la rue ni les scandales à répétition n’avaient réussi à le faire tomber ;

• Aux Etats-Unis, la bourgeoisie américaine se déchire autour de la question du relèvement du plafond de la dette. Cet été, un accord bancal et éphémère a été trouvé in extremis. Et cette même question risque à nouveau de faire des ravages d’ici quelques semaines ou quelques mois. De même, l’incapacité d’Obama de prendre de réelles décisions, la division au sein du camp démocrate, la véhémence du Parti républicain, la montée en puissance de l’obscurantiste Tea Party… montrent à quel point la crise économique sape la cohésion de la bourgeoisie la plus puissante au monde.

Quelles sont les causes de ces divisions et de cette instabilité croissante ?

Ces difficultés ont trois racines qui s’entremêlent :

1. La crise économique aiguise les appétits de chaque bourgeoisie nationale et de chaque clique. Pour prendre une image, le gâteau à se partager devient de plus en plus petit et la guerre pour arracher sa part de plus en plus haineuse. Par exemple, en France, les règlements de compte entre les différents partis et parfois au sein même de ces partis, à coups d’affaires de mœurs, de scandales financiers, de révélations de corruption et de procès retentissants, relèvent pleinement de cette compétition sans foi ni loi pour le pouvoir et les avantages qui en découlent. De même, les “divergences partielles de point de vue” (autrement dit, une fois le langage diplomatique décrypté, “l’affrontement ouvert de positions inconciliables”) qui s’expriment dans les grands sommets sont le fruit de la lutte à mort au sein du marché économique mondial en crise.

2. La bourgeoisie n’a aucune réelle solution pour enrayer la dégringolade de l’économie mondiale. Chaque fraction, de gauche ou de droite, ne peut donc proposer que des mesures vaines et irréalistes. Or, chacune de ses fractions ne voit pas l’inefficacité de ses propositions mais a pleinement conscience de l’impuissance de la politique de la fraction adverse. Chaque fraction sait que la politique de l’autre mène droit dans le mur. Voilà ce qui explique fondamentalement le blocage des décisions concernant l’élévation du plafond de la dette aux Etats-Unis : les démocrates savent que les options républicaines mènent le pays à la déroute… et réciproquement !

C’est pourquoi les appels lancés un peu partout, de la Grèce à l’Italie, de la Hongrie aux Etats-Unis, à “l’union nationale” et aux sens des responsabilités de tous les partis sont tous désespérés et illusoires. En réalité, face au bateau qui menace de sombrer, c’est plus que jamais le “sauve qui peut” qui prévaut dans la classe dominante, où chacun ne cherche avant tout qu’à sauver sa peau aux dépens des autres.

3. Mais toutes ces divisions n’expliquent pas elles seules l’instabilité actuelle des gouvernements. La colère des exploités ne cesse de croître face aux plans d’austérité successifs et les partis au pouvoir sont aujourd’hui totalement discrédités. Les oppositions, qu’elles soient de droite ou de gauche et même si elles n’ont aucune autre politique à proposer, se retrouvent donc les unes après les autres à leur tour au pouvoir lors de chaque élection. Et quand les échéances électorales sont trop lointaines, elles sont artificiellement précipitées par la démission du Président ou Premier ministre en place. C’est exactement ce qui s’est passé à maintes reprises ces derniers mois en Europe. En Grèce, si un référendum a été momentanément proposé, c’est parce que Papandréou et ses acolytes se sont faits éjecter du cortège de la fête nationale (le 28 octobre) à Thessalonique par une foule en colère !

En Grèce, ou en Italie avec le gouvernement Mario Monti, le discrédit des politiques est tel que les nouvelles équipes au pouvoir ont dû être présentées comme des “technocrates”, même si ces nouveaux représentants du pouvoir sont en réalité autant des “politiques” que leurs prédécesseurs (ils occupaient d’ailleurs déjà auparavant des postes importants au sein des gouvernements précédents !). Cela donne une indication du niveau de discrédit envers la classe politique dans son ensemble. Nulle part pour les populations et les exploités, il ne s’agit d’adhésion aux nouveaux gouvernants mais d’un simple rejet des gouvernants en place. Cela s’est vérifié à travers un taux d’abstention record atteint en Espagne qui est passé de 26 % à 53 % de la population en âge de voter en 2011... En France d’ailleurs, les sondages montrent que 47 % des électeurs n’ont pas l’intention de choisir entre les deux grands favoris au second tour des présidentielles de mai 2012 et se prononcent pour un “ni Sarkozy, ni Hollande” (1).

A la Droite comme à la Gauche, opposons la lutte de classe !

Il est donc de plus en plus flagrant pour tous que les changements de gouvernants ne changent rien aux attaques, que toutes les divisions qui traversent le camp de la bourgeoisie ne changent rien à son unanimité pour mener des plans d’austérité drastiques contre les exploités. Preuve en est, il y a peu encore, les périodes électorales et leurs lendemains étaient synonymes d’un relatif calme social. Aujourd’hui, il n’y a plus de “trêve des confiseurs”. En Grèce, il y a déjà eu une nouvelle grève générale et des nouvelles manifestations dès le 1er décembre. Au Portugal, le 24 novembre, avec la plus grande mobilisation dans l’ensemble du pays depuis 1975, de nombreux secteurs (écoles, bureaux de postes, agences bancaires et services hospitaliers) ont été fermés tandis que le métro de Lisbonne a été paralysé, les principaux aéroports fortement perturbés et les services de voirie n’ont pas été assurés. En Grande-Bretagne s’est déroulée le 30 novembre, les grèves les plus suivies et les manifestations les plus massives de tout le secteur public depuis janvier 1979 (près de 2 millions de personnes). En Belgique, le 2 décembre, les syndicats ont lancé une grève de 24 heures assez largement suivie contre les mesures d’austérité annoncées par le futur gouvernement Di Rupo, péniblement formé après 540 jours où le pays est resté officiellement “sans gouvernement”. Et la crise politique n’est pas près de s’achever car aucune des sources de tensions entre les différents partis bourgeois n’a été résorbée. En Italie, le 5 décembre, dès l’annonce du plan d’austérité draconien, les syndicats modérés UIL et CISL ont été contraints d’appeler… à une dérisoire grève symbolique… de 2 heures le 12 décembre.

Seule cette voie, celle de la lutte dans la rue, classe contre classe, peut effectivement s’opposer aux politiques drastiques qui attaquent nos conditions de vie. D’ailleurs, en France, alors que c’est une droite prétentieuse et arrogante symbolisée par son infatué président Sarkozy qui détient les rênes du gouvernement, la bourgeoisie nationale est en partie paralysée face à ce risque de “lutte de classe”. Sous la menace directe d’une dégradation de sa note économique qui est sa hantise et qui lui ferait perdre son statut de leadership en Europe aux côtés de l’Allemagne, ce gouvernement vient pourtant d’adopter un nouveau plan d’austérité bien loin d’être au niveau des autres Etats. Un exemple significatif est l’attaque sur les congés-maladie qui en constitue le volet le plus rude : le gouvernement a dû manœuvrer pour ne pas avoir l’air de mener une attaque trop frontale. Après avoir annoncé un jour de non paiement supplémentaire sur les salaires pour tous les travailleurs en cas d’arrêt maladie, elle a fait mine de lâcher du lest pour le secteur privé (où la règle était déjà de 3 jours de retenue sur salaire) et n’a maintenu la déduction d’une journée de carence que pour le secteur public (qui n’en avait aucune jusqu’à lors). Cela démontre que la bourgeoisie française, plus que tout autre, n’ose pas frapper aussi fort qu’ailleurs, en fonction de sa crainte de mobilisations prolétariennes d’envergure dans un pays qui a déjà historiquement été le détonateur d’explosions sociales en Europe en 1789, 1848, 1871 et 1968. Et le mouvement de la jeunesse précarisée en 2006, contre le CPE, face à laquelle le gouvernement français a dû reculer, à constitué une très efficace piqûre de rappel.

L’ensemble de cette situation inaugure une ère d’instabilité de plus en plus grande où les gouvernements ne peuvent que se décrédibiliser de plus en plus vite à cause des attaques à mener. Et dans ces crises politiques, derrière de précaires accords de façade ou des tentatives de replâtrage pour parer aux plus pressé, le “chacun pour soi”, les tensions et le déchirement entre fractions rivales comme entre pays concurrents ne peuvent que s’accentuer.

Nous, par contre, prolétaires en activité ou au chômage, à la retraite ou en formation, devons défendre partout les mêmes intérêts face aux mêmes attaques. A la différence de notre ennemi de classe qui s’entredéchire face à la crise, poussée par l’aiguillon de la concurrence, cette situation nous pousse, nous, les exploités, à riposter de manière de plus en plus massive, unie et solidaire !

WP (8 décembre)

 

1) Source : http://www.lexpress.fr/actualites/1/politique/presidentielle-ni-hollande-ni-sarkozy-pour-47-des-francais-selon-un-sondage_1056443.html