L'envers du décor du miracle chinois

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Derrière le prétendu “miracle” de la croissance chinoise se cache une réalité qui n’a rien d’enviable. Si peu enviable que la classe dirigeante et ses médiats aux ordres l’occultent même complètement. Dans le pays où fut inventée la poudre à canon, la situation est véritablement explosive !

Depuis le début du mois de juin, de violentes protestations parcourent le sud du pays, opposant les migrants des campagnes (mingongs) aux forces de police et parfois même à l’armée. Il semblerait que l’élément déclencheur de cette vague de colère soit une altercation dans la ville de Xintang entre un couple de modestes vendeurs ambulants originaires du Sichuan et des “chengguan” (l’équivalent de nos policiers municipaux et profondément détestés). Ces derniers, voulant déloger le couple sous prétexte que la vente à la sauvette est illégale, auraient violemment bousculé la jeune femme qui est enceinte. Aussitôt, la foule alentour s’est regroupée et a exprimé sa colère contre de tels comportements. Dans un climat rendu explosif par la situation qui règne dans le pays, le mouvement a rapidement tourné à l’émeute. Selon l’agence officielle de Chine nouvelle, des centaines de personne ont jeté des briques et des bouteilles sur les policiers. Dans les jours qui suivirent, malgré l’intervention massive des policiers appuyée par le déploiement de blindés, la fermeture des routes à la circulation et l’arrestation de 25 personnes, la situation dans la région de Xintang demeure tendue. De nombreux manifestants restent mobilisés, demandant la libération des 25 collègues détenus (1). Ce phénomène n’est pas un fait isolé. Loin de là. Pour l’immense majorité du peuple chinois et particulièrement pour les ouvriers migrants venus dans les grandes agglomérations avec l’espoir de trouver du travail, les conditions de vie sont de moins en moins supportables. Entre les murs de “l’usine du monde”, comme ailleurs, le cynisme et le mépris de la classe capitaliste envers les ouvriers paraît sans limite. Il y a peu, un ouvrier chinois demandait que lui soient versé des salaires impayés. En retour… il a reçu un coup de couteau de la part de ses patrons ! L’ignominie de cet acte abominable a sans doute fortement attisé le sentiment de révolte qui s’est étendu peu à peu à travers le pays. Mais ces faits ne suffisent pas à comprendre les causes profondes de l’explosivité du climat social. Ainsi, dans un article du journal les Echos du 15 juin on peut lire : “Des problèmes locaux ont tendance à dégénérer en raison de l’inquiétude croissante posée par d’autres questions comme l’inflation, explique à l’AFP Russell Leigh-Moses, analyste installé à Pékin. (…) L’inflation en Chine a atteint en mai son plus haut niveau en près de trois ans, et la hausse des prix est potentiellement explosive. De nombreuses catégories de Chinois subissent de plein fouet l’envolée des prix, notamment les paysans, les retraités et les ouvriers migrants. Face à ce profond malaise, l’Etat doit employer les grands moyens pour maintenir une certaine stabilité dans la région où avait déjà explosé, il y a un an, une série de grèves et de manifestations (2). Sur le site web Rue 89, un article bien détaillé et daté du 14 juin 2011 précise : “s’ils avaient réussi à obtenir des augmentations de salaire et, dans certains cas, une relative amélioration de leurs conditions de travail, leur situation reste peu enviable”. Enfin, Jeffrey Crothall, porte-parole de l’ONG China Labor Bulletin explique : “Ils ont des horaires de travail très lourds et souffrent de discriminations. Certes, grâce au manque de main-d’œuvre, les travailleurs ont gagné du pouvoir de négociation dans certains secteurs. Mais dans beaucoup d’endroits, ils sont encore très mal traités par leurs patrons, qui refusent souvent de les payer. Quant aux augmentations de salaires, de toute façon leur effet a été largement amoindri par l’inflation.

En définitive, c’est un pas de plus vers la misère généralisée que nous montre la réalité du “miracle chinois”.

Maxime (24 juin)

 

1) Selon le site Radio Free Asia.

2) Lire RI n°415, “Une vague de grève parcourt la Chine”, et RI n° 422, “Après le monde arabe, la Chine ?”.