Les élections au Mexique et au Pérou sont un piège contre les travailleurs

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Que ce soit au Mexique ou au Pérou, les attentes autour des élections sont amplifiées au maximum et par tous les moyens de communication pour maintenir l’intérêt des travailleurs fixé sur des sujets qui sont bons pour la bourgeoisie et qui sont partout les mêmes : tel ou tel parti est le meilleur pour en finir avec la crise ou l’insécurité, telle ou telle alliance serait meilleure pour signer des accords qui permettent de réaliser les reformes légales nécessaires pour les affaires capitalistes, toujours présentées, cela va de soi, comme bénéfiques “pour les pauvres enfin, en dernière instance, toutes ces campagnes ont comme axe le culte de la personnalité des différents candidats dont il faudrait valoriser les attributs au moment de voter. Et c’est ainsi que les personnages des principaux partis du Mexique (PAN, droite, PRI, centre, et PRD, gauche) se sont mis en concurrence pour les gouvernorats des provinces mexicaines (1). Ou, au Pérou, les candidatures autour de personnages comme Ollanta Humala ou Keiko Fujimori (la fille de l’ancien président Alberto Fujimori), pour ne nommer que les plus connus. Tous reviennent pour renouveler dans les têtes des masses ouvrières et opprimées le sempiternel espoir selon lequel cette fois-ci c’est la bonne, cette fois-ci on a l’occasion de sortir de la crise, cette fois-ci la pauvreté va disparaître, cette fois-ci on va régler ce fléau de la délinquance déchainée, du narcotrafic et ainsi de suite...et tout ça, uniquement grâce à un simple geste magique… “le vote démocratique”. Cette mystification est effectivement la même dans tous les pays, même s’il existe quelques particularités, parfois extravagantes ou en lien avec les systèmes électoraux, qui font qu’au Mexique, par exemple, il n’y ait qu’un seul “tour” et au Pérou un “deuxième tour”, face à des résultats peu clairs, ce qui au demeurant, peut servir à susciter une attente et un intérêt plus grands.

L’escroquerie idéologique de l’égalité et du pouvoir citoyen

La démocratie capitaliste ne pourrait fonctionner sans la mystification idéologique des élections libres et démocratiques, par lesquelles, prétendument, “les citoyens sont à égalité pour décider pour qui ils votent, en ayant ainsi une influence dans le choix de ceux qui vont les gouverner et leurs représentants au Parlement” ; voilà une des plus grandes escroqueries réalisée par l’État lui-même à notre époque de décadence du capitalisme ; alors que c’est à partir de l’État lui-même que sont créés les différents partis, avec des masques idéologiques de droite, de centre ou de gauche pour inciter à la participation citoyenne, pour faire voter pour tel ou tel choix par le biais de différents mécanismes de manipulation, de propagande et de moyens de diffusion aux mains de l’État. C’est une tromperie démesurée, qui, en plus, essaye d’occulter que la prétendue égalité est une chimère, c’est la classe dominante qui décide quels candidats doivent être dans la compétition et, en fin de compte, quel candidat ou quel équipe gouvernementale doit prendre en charge tel ou tel poste pour une période donnée.

La bourgeoisie conserve cette institution démocratique en y injectant des masses d’argent considérables, parce qu’elle est la colonne vertébrale de sa domination ; c’est à travers ces institutions que les masses travailleuses surtout peuvent avoir l’illusion que seul le vote “pacifique”, très solitaire et atomisé dans une urne en carton, pourrait avoir une véritable influence pour que son état permanent de pénurie puisse ne serait-ce que diminuer. C’est ainsi que les agissements des partis politiques, des syndicats, des médias, etc., arrivent à détourner l’attention des masses ouvrières de leurs intérêts de classe, c’est-à-dire : la défense de leurs conditions de vie et de travail.

Au Pérou, par exemple, grâce à l’orgie électoraliste, on a occulté intentionnellement toute information sur des luttes qui se sont déroulées parallèlement aux élections : des mineurs, des dockers, des ouvriers des raffineries de sucre, avec, parfois, des affrontements des travailleurs contre les forces de répression de ce même État qui organise les élections, des affrontements qui ont causé des morts et des blessés. Ou au Mexique où l’on offre cette eucharistie du vote citoyen pour éviter que les prolétaires ne portent leur attention sur les véritables causes de leur misère croissante, pour éviter qu’ils ne recherchent les raisons du chômage qui broie leurs familles, éviter qu’ils ne s’opposent activement aux attaques impitoyables du capital qui continue à dégrader leur situation jusqu’à des limites insupportables.

Pour les travailleurs, rien ne se joue dans les élections démocratiques. Il suffit de se rappeler ne serait-ce que les résultats des élections passées au moment où des “alternatives différentes” sont arrivées au pouvoir, mais dans les faits, elles ont appliqué les mêmes mesures nécessaires pour que les affaires capitalistes puissent continuer à marcher tant bien que mal, ce qui, toujours, s’est concrétisé à travers des plans d’austérité contre les exploités. La diversité politique avec laquelle on veut nous droguer n’est faite que des masques plus ou moins hideux ou avenants pour cacher la division du travail entre la droite, le centre et la gauche. Il faut que tous les “choix” s’offrent aux votants : pour que ces campagnes électorales soient un succès, il faut que le plus grand nombre de personnes aillent aux urnes pour qu’elles soient ainsi accrochées au char de l’État.

La bourgeoisie a érigé le totem avec l’emblème du “citoyen avec des droits et des devoirs”, le citoyen “qui participe dans une communauté et qui se développe par l’action autorégulée, intégrante, pacifique et responsable, avec le seul objectif supérieur d’améliorer sans cesse le bien-être public”, autrement dit, la bourgeoisie, en accord avec ses intérêts, identifie “l’intérêt commun” avec les siens propres qui sont ceux d’une économie et d’un ordre politique et social organisé à l’intérieur d’une nation capitaliste, des intérêts préservés grâce à l’État qui exerce une dictature de la minorité sur l’immense majorité. Les travailleurs, pour pouvoir s’affirmer en tant que classe, devront secouer aussi le joug de cette mystification et penser en termes de classe, de leurs intérêts communs, comment développer la conscience du fait qu’au niveau individuel ils ne sont rien et qu’ils doivent rechercher la solidarité et l’unité pour arriver à ce que le poids réel qu’ils représentent dans la société soit reconnu grâce à leurs propres méthodes d’organisation et de lutte. Un scénario totalement opposé a la mascarade des élections démocratiques bourgeoises.

RR, avril 2011

1) Tout au long de l’année 2011, il y a des élections de gouverneurs placés à la tête des provinces mexicaines.