Après Tchernobyl, Fukushima... ce ne sont pas les atomes qui sont à craindre, mais le capitalisme

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Alors que la catastrophe de Fukushima ne cesse d’évoluer vers une situation toujours plus incertaine, l’histoire est venue nous rappeler l’épisode de Tchernobyl, il y a 25 ans, le 26 avril 1986.

De Tchernobyl…

Cet “anniversaire” de l’explosion d’un réacteur nucléaire, qui a fait entre 1986 et 2004 (dernier “pointage” de l’OMS) un million de morts “reconnus”, est par la même occasion venu aussi nous rappeler à quel point la classe dominante nous prend pour des imbéciles, elle qui a cette incroyable capacité à se lancer dans des projets dont elle ne maîtrise en rien les conséquences et les risques les plus destructeurs. En 1986, on nous avait seriné que c’était évidemment de la faute à l’incurie du système “soviétique”, et la propagande occidentale ne s’était pas gênée pour fustiger l’arriération des dirigeants russes proportionnellement égale à la vétusté de leurs centrales nucléaires, et inversement. Il est vrai que l’Etat russe avait entourloupé sans état d’âme les 500 000 liquidateurs du fameux réacteur no 4 en leur répétant qu’ils ne craignaient rien, ainsi que le monde entier  !

Mais ici, dans l’Hexagone, relayant en quelque sorte les mensonges du Kremlin, on nous avait également copieusement arrosé, au milieu de la masse d’atomes de césium 137 ou encore d’iode 135 équivalente à 400 fois la radioactivité de la bombe d’Hiroshima, de nombreuses certitudes comme celle répétée à plusieurs reprises selon laquelle “l’anticyclone des Açores” (1) avait “bloqué” l’arrivée du panache atomique en provenance de Tchernobyl, alors que des doses radioactives largement supérieures à la normale étaient décelées le jour-même et le lendemain de la Suède  (2) jusqu’au midi de la France. Ce que savait pertinemment le gouvernement qui ne se gênait pas de déclarer que “du point de vue de la santé publique, il n’y a aucun risque” (3). Au ministère de l’Intérieur, tenu par un dénommé Pasqua, on savait qu’en Corse par exemple la contamination par l’iode 131 était de 10 000 becquerels par litre de lait (ce qui est une dose hautement dangereuse), le gouvernement ne prenait aucune mesure particulière, à part répéter la même litanie, celle que servaient au peuple les éteigneurs de lanternes du Moyen-Age : “Tout va bien, bonnes gens, dormez tranquilles  !”

Et si l’effet de la pollution atomique a été largement sous-évalué, en particulier en France dont le lobby nucléaire est d’une importance cruciale pour son indépendance énergétique et militaire, la dangerosité de la centrale n’a quant à elle pas cessé. Les risques d’effondrement du sarcophage existant et de fusion du réacteur sont toujours imminents, tandis que les émanations radioactives continuent de pourrir l’environnement à des dizaines de kilomètres alentour. Pourtant la bourgeoisie et nombre de ses prostitués qui manient le verbiage de ceux qui savent se sont efforcés de “positiver” une prétendue nouvelle “norme” de vie initiée par la catastrophe de Tchernobyl. Une sorte de mode a ainsi pris son essor il y a quelques années consistant à se faire une balade, sous escorte d’un guide et d’un compteur Geiger, dans la zone interdite de Tchernobyl. Après Dysneyland, Tchernoland  ! Non seulement des touristes en mal de sensations mais aussi des journalistes en mal de scoops y font donc de fréquentes incursions. Certains prétendus “scientifiques” prétendent même que la vie sauvage y a repris ses droits avec des chevaux sauvages et des loups en pleine santé, développant diverses théories sur les potentialités des cellules à “se réparer” devant les attaques des atomes ionisants, ce qui est en effet une véritable capacité du monde vivant, confronté à une radioactivité naturelle permanente. Mais on sent dans ces théorisations le souffle frelaté du bourgeois qui voudrait à la fois minimiser le danger monstrueux du nucléaire et même répéter que la présence de taux élevés de radioactivité, dans la mesure où ils sont “stables”, fait que la région est devenue “habitable”. Tchernobyl serait en passe de devenir avec le temps un milieu original, celui de la “genèse” d’une nouvelle norme “propice à la vie”.

Voilà qui devrait rasséréner les victimes de Tchernobyl, mortes ou en passe de la devenir, ainsi que les enfants nés de malformations et de handicaps profonds, physiques et mentaux. Voilà aussi qui devrait rassurer les victimes d’Hiroshima et de Nagasaki et dont les enfants et petits-enfants subissent encore jusqu’à aujourd’hui les séquelles de ces bombardements atomiques.

à Fukushima

L’accident de la centrale de Fukushima, en totale perdition, est passé en niveau 7, égalant le triste record de… Tchernobyl  ! Joyeux anniversaire  !

Les taux de radioactivité ne cessent de monter, le gouvernement nippon a repoussé à 30 km la zone de “sécurité” autour de la centrale (recommandation qui sous-estime celle des Etats-Unis qui l’ont repoussée pour leurs ressortissants à 80 km), ce qui ne l’empêche pas de continuer à mentir et trafiquer les chiffres devant une situation qu’il est incapable de maîtriser. Ainsi, vingt établissements scolaires, écoles maternelles, primaires et collèges autour de la ville de Fukushima ont été réouverts. Des mesures plus approfondies dans la région, comme à Tsushima, un village à l’extérieur de la zone d’évacuation volontaire de 30 km, laissent aussi paraître des niveaux de contamination jusqu’à 47 microSieverts par heure. L’exposition humaine à un tel degré de radioactivité signifie que la dose maximale admissible pour une année est atteinte en 24 heures. Toutes les cultures de la région sont contaminées, tandis que le gouvernement ne donne aucune consigne claire quant à leur utilisation. L’eau déversée dans la mer est environ 100 fois plus radioactive que les seuils autorisés, a précisé Tokyo Electric Power (Tepco), l’opérateur de la centrale mais, selon le gouvernement japonais, “il n’y a pas d’autre solution”, car Tepco n’a plus de place pour stocker une eau encore plus radioactive ayant servi à refroidir les réacteurs.

Comme à Tchernobyl, il n’y aura aucune autre option que de recouvrir les réacteurs d’un sarcophage de béton, mais, selon un reportage de Reuters, cela serait beaucoup plus difficile qu’à Tchernobyl, ne serait-ce que du fait qu’il s’agit d’une zone hautement sismique. Et même, une telle mesure n’empêchera pas la formation d’un “désert nucléaire” à long-terme autour de la centrale, alors que des milliers de tonnes de dérivés hautement radioactifs resteront sur le site et que la contamination s’est répandue dans toute la zone d’exclusion. Selon de nombreux experts, le “nettoyage” de la zone autour de Fukushima prendra plusieurs décennies.

Le Premier ministre japonais, Naoto Kan, a fini par déclarer “l’état d’alerte maximale”, laissant entendre que trois des réacteurs nucléaires situés à Fukushima sont présentement en fusion. Le réacteur no 3, qui fonctionnait depuis peu avec du MOX, un mélange d’uranium et de plutonium, est fissuré et donc des fuites y sont présentes. D’ailleurs, des échantillons prélevés à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments ont décelé du plutonium, l’élément chimique le plus toxique connu de la science. Tepco, qui est évidemment de la plus grande opacité, a été contraint de reconnaître que des taux de radiation 100 000 plus élevés que la norme ont été mesurés dans de l’eau contaminée sous le réacteur no 2, dans des tunnels, et qui se déversent maintenant dans l’océan adjacent. La nappe phréatique sous la centrale a des taux de radioactivité 10 000 fois supérieurs à la “normale”.

Pourtant, l’horreur qui est en train de se produire au Japon, avec toutes ses conséquences, était annoncée. De nombreux scientifiques, dont le professeur Katsuhiko, avaient dénoncé dès 2006 la “vulnérabilité fondamentale” aux séismes de cette centrale. Mais, dans le capitalisme, la science ne doit servir qu’aux intérêts capitalistes, et advienne que pourra  !

Barack Obama déclarait le 29 avril à Tusaloosa en Alabama, après la série de tornades qui a fait des centaines de morts et des milliers de blessés, du jamais vu depuis 1925 : “Nous ne pouvons pas contrôler où et quand une terrible tempête va frapper, mais nous pouvons contrôler la façon dont nous y répondons.”

Voilà la logique bourgeoise, on voudrait bien, on sait que c’est dangereux, mais on s’en fout.

Mulan (30 avril)

 

1) Déclaration imposée aux services météorologiques et reprise au JT d’Antenne 2 le 30 avril au soir.

2) Au soir même du 26 avril, le Service central de protection contre les rayonnements ionisants avait équipé en catimini les avions d’Air France de filtres permettant d’analyser l’atmosphère vers le nord et l’est de l’Europe.

3) JT d’Antenne 2 du 29 avril à 13 h.

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