Les vacances de "MAM" en Tunisie sont l'arbre qui cache la forêt des amis de dictateurs

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A force d’entendre dire que la France a la droite la plus bête du monde, nous finirions presque par ne plus nous en rendre compte. Mais heureusement, régulièrement, elle s’applique à nous le rappeler avec brio, repoussant toujours plus loin les limites de sa propre stupidité.

Avec Sarkozy et sa clique, on est même plutôt gâtés. A tel point qu’on se demande à chaque fois ce qu’ils vont pouvoir inventer. Par exemple, qui aurait pu imaginer que la ministre des affaires étrangères et le Premier ministre, rien que ça, iraient passer leurs vacances en Tunisie ou en Egypte, frais payés alors même que la colère a embrasé les deux pays  ? Eh bien si, ils l’ont fait  ! Quand le grand patron lui-même fête ses victoires sur des yachts d’amis milliardaires, pourquoi ses ministres se priveraient-ils de quelques escapades en jet privé ou, à défaut, présidentiel  ?

C’est ce qu’on appelle tendre le bâton pour se faire battre. Et le bâton n’est pas resté longtemps tendu sans que l’opposition ne s’en saisisse. Jouant les parangons de vertu outragés, elle appelle aujourd’hui unanimement à la démission des fautifs, au nom de la rigueur, de la droiture attachées aux fonctions gouvernementales et de l’image de la France. Profiter des largesses d’une clique de dictateurs, quelle horreur  !

Le problème c’est que ce bâton ressemblent étrangement à un boomerang et que la gauche devrait s’en méfier un peu. Cet infréquentable Ben Ali était encore il y a peu de temps membre de l’Internationale socialiste (IS) et en a même été exclu trois jours seulement après sa fuite de Tunisie  (1). Quelque mois avant de subir la fronde populaire, il aura donc encore eu le temps de décorer son “camarade” Strauss-Kahn, par exemple. Et on apprenait récemment que la compagne de l’ex-ministre de Mitterrand (lui-même ami et régulièrement invité des deux dictateurs bannis), Elizabeth Guigou, traitait avec le même homme d’affaires proche du clan Ben Ali qui faisait bénéficier MAM de ses largesses  !

De même en novembre, l’IS tenait congrès à Paris, avec la présence appréciée de membres du FPI de Gbagbo et du PND de Moubarak. Si ce dernier a finalement subi le même sort que Ben Ali, le “camarade” Laurent Gbagbo, lâché par le monde entier suite à sa défaite contre Alassane Ouattara, est encore dans la grande famille socialiste. Ouf  ! Certains socialistes français adeptes du soleil ivoirien et des boîtes de nuit d’Abidjan  (2) pourront encore prendre du bon temps.

Parmi les “camarades” fréquentables pour l’IS, il y a certainement aussi l’Union sociale-démocrate au pouvoir en Macédoine de façon quasi-ininterrompue depuis 1991 et qui en matière de corruption n’a certainement rien à envier à Ben Ali, ou le Parti révolutionnaire du peuple mongol qui de 1921 à 1990 a présidé aux destinées d’un peuple dont on connaît l’insolent bonheur ou enfin, et pour revenir à l’Afrique, le Frelimo qui fait du Mozambique un enfer sur terre  (3) .

Bref, pour faire ami-ami avec les pires tortionnaires, les pires profiteurs à travers le monde, la gauche n’a de leçons à recevoir de personne, pas même d’un Sarkozy, d’une Alliot-Marie ou d’un Fillon qui pourtant semblent être dotés en la matière d’une rare expertise. Rien d’étonnant en cela, de gauche comme de droite, ce sont d’abord des membres d’une même classe, la bourgeoisie. Qui se ressemble s’assemble  !

L’extraordinaire don de la droite française est seulement de se faire prendre, avec une prodigieuse régularité, la main dans un sac où tous ses petits camarades bourgeois, de tous bords et de tous pays, piochent constamment des deux mains.

GD (16 février)

1) http ://www.slate.fr/story/34001/internationale-socialiste-dictateurs (entre autres sources).

2) On se souvient du bruit qu’avait fait la virée nocturne de Jack Lang avec son “ami” en 2008, à une époque où le PS était fier de compter un “camarade” au pouvoir dans un pays phare de l’ex-pré carré français en Afrique (http ://www.agn.netis-senegal.com/Laurent-Gbagbo-s-eclate-en-boite).

3) Idem note 1.